Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

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1074 - 1113 - Chartes concernant l’glise Saint-Gaudence de Fouras (17)

lundi 19 avril 2010, par Jean-Claude, Pierre, 1237 visites.

Pour l’normit de mes fautes, moi Geoffroi, j’implore la grce de Dieu, et je donne l’abbaye de Nouaill en Poitou l’glise de Saint-Gaudence qui est Fouras. La rdemption des pchs commis pendant la vie au moyen d’un don un monastre est une formule courante. Cette vieille glise de Fouras, antrieure au 11me sicle, nous est inconnue. La lecture et l’analyse des chartes sont une forme d’archologie.

Curieux parcours que celui de cette glise : donne par Geoffroi successivement l’abbaye de Saint-Maixent avant 1074, puis celle de Nouaill, puis de nouveau celle de Saint-Maixent, usurpe par le prieur de St Gildas de Tonnay-Charente, elle revient finalement Saint-Maixent en 1096.

Source : Bulletin de la Socit des antiquaires de l’Ouest - Poitiers - 1847 - Google Books

Dessin de Jean-Claude Chambrelent

Notes sur quelques chartes relatives l’glise de Fouras en Aunis - Par M. Faye.

Aprs avoir, dans mes Recherches sur les vigueries du pays d’Aunis [1], indiqu aussi exactement que possible les anciennes divisions territoriales de cette petite province, je me proposais d’tudier les diverses localits qu’elle renferme, de recueillir les chartes o elles sont mentionnes, et de publier ces documents, en les accompagnant, l’exemple de dom Fonteneau, de notes explicatives. Des circonstances indpendantes de ma volont ne m’ont pas permis de mettre ce projet excution, et je le regrette d’autant plus, que ces documents intressent un haut degr l’histoire de l’Aunis. Pour montrer combien il serait dsirer que cette utile publication ft entreprise, je donne le texte des chartes relatives l’ancienne glise de Fouras [2] ; elles sont au nombre de cinq, et encore indites, si j’en excepte quelques mots cits dans le Gallia christiana [3], dans la description de l’Aunis place en tte de l’Histoire de la Rochelle du pre Arcre [4], et dans les Fastes historiques de la Charente-Infrieure, publis par M. Lesson [5].

I. - 17 octobre 1074.

Don fait l’abbaye de Nouaill par Geoffroi, fils de Hugues de Saint-Maixent, de l’glise de Saint-Gaudence en Aunis et de plusieurs hritages aux environs (1). (1) Don Fonteneau, t. XXI, p. 437. — L’original de ce titre est dpos aux archives du dpartement de la Vienne. Il a 60 centimtres de large sur 28 de haut. L’criture est belle et aussi facile lire qu’une page imprime. Les souscriptions sont de la mme criture que le texte.
In Dei nomine, ego Gauzfridus, filius Hugonis De Sancto Maxentio (1), cum, propter enormitatem scelerum meorum, imploraturus pro eisdem gratiam Domini per sanctorum suffragia veneranda, quadam die Nobiliaco monasterio venissem(2), ubi sanctus Domini confessor Junianus quiescit humatus, inspectis sanctis et Deo dignis omnique seculo extollendis nuper inibi intra sacrarium ipsius sanctae repertis reliquiis ecclesiae, divina miseratione conditoris et desiderio gloriae sanctorum tactus, tractare intra me cœpi, qualiter sanctissimo jam dicto Juniano sanctisque sanctorum reliquiis placere volerem, quo gratiosius communis contra me suo precatu iram refragarent judicis et cunctis necessariam implorarent misericordiam conditoris. (1) Gauzfridus filius Hugonis de Sancto Maxentio. — Ce Geoffroi parat tre le mme que Geoffroi de Rochefort, — Gosfridus De Rupeforti, — charg en 1068 , par Gui-Geoffroi, duc d’Aquitaine, de rgler avec l’archevque Archambaud,— Archembaldus, archiepiscopus de S. Maxentio (comme il est dit dans la souscription), — le diffrend qui s’tait lev, l’occasion de la terre de Saint-Agnan, entre un des prvts du duc et l’abb de la Trinit de Vendme. (Besly, Hist. des comtes de Poitou, p. 347.) En 1044, Geoffroi souscrivait un don fait l’abbaye de St-Maixent. — Signum Goffredi, filio Hugoni. — (Dom Font., t. XV , p. 263 ). En 1049, il signait avec son pre, — S. Ugoni, S. Gofridi, filii sui, — une manumission ou libert accorde A un serf prcisment par Archambaud, abb de Saint-Maixent. (Dom Font., t. XV, p. 271.)

(2) Nobiliaco monasterio, — l’abbaye de Nouaill en Poitou.
Dum haec mecum volverem, et ipse de hac re interpellatus sum ab abbate et a monachis, ut, quia Dominus dominum me largi fundii fecerat, aliquid prediorum vel ecclesiarum sanctissimo huic cœnobio et monachis inibi Deo et sanctis servientibus reliquiis conferre deberem.

Unde, capto cum amicis consilio, Deum sanctumque Junianum heredem alicujus partis meae hereditatis fieri statui, quatinus mihi partem idem Dominus Christus praeclarae hereditatis tribuere dignetur in cœlestis sedibus.
Dono igitur sanctissimo jam nominato Juniano et monachis sibi Deoque servientibus, pro remedio animarum genitorum meorum et meae simulque conjugis et filiorum, quandam ecclesiam(1) in Sanctonico(2), in pago Alniso, quam habeo de comite Pictavensi(3), annuente ipso domino meo, prope mare sitam, foris castrum(4) quod vocatur Colrasum(5), in honore Domini et sancti martyris et episcopi Gaudencii (6) constructam, cum rebus sancto altari pertinentibus ; hoc est terram laboris XVII sext., V quarterios vinearum, dimidium molendinum, in mare piscatorias, unam ad Pontem Natalis(7) et de hac quartam partem, alteram in mare et hanc integram ; boscum ad opus eorum sufficiens, viridiaria(8) et ortos in circuitu ecclesiae, cum mansionibus(9). (1) Quandam ecclesiam. — Dom Fonteneau rappelle qu’ cette poque les princes donnaient aux seigneurs, titre de bnflce, des fonds de leur domaine, ou mme des biens ecclsiastiques, et que ces seigneurs en jouissaient alors comme de leur propre hritage, avec cette seule restriction qu’ils ne pouvaient en disposer que du consentement du souverain.

(2) In pago Sanctonico. — Ces mots prouvent, comme le fait observer dom Fonteneau, que l’Aunis dpendait de la Saintonge, et non du Poitou.

(3) Quam habeo de comite Pictavensi. — II rsulte de ces expressions, comme le note galement dom Fonteneau, que le comte de Poitou tait seigneur souverain de l’Aunis, puisqu’il donnait titre de bnfice ou de fief les glises de ce pays.— J’ai dit cette occasion, dans mes Recherches sur les vigueries de l’Aunis (loco citato, p. 352), que, sous le rapport administratif et judiciaire, ce pays tait une dpendance du Poitou ; mais que, sous le rapport ecclsiastique, il tait une dpendance de la Saintonge.

(4) Foris castrum. — Ces deux mots indiquent que l’glise de Saint-Gaudence se trouvait hors de l’enceinte du chteau. Foris est synonyme d’extra, — foris esse dicuntur Gentiles, quod extra ecclesiam sunt (Carpentier). Les deux titres suivants disent : l’un juxta castrum, l’autre prope castellum. La position de l’glise, relativement au chteau , est donc clairement indique dans les trois chartes.

(5) Colrasum.— M. Lesson (Fastes hist., p. 58 et 59) note deux fois que Colrasum a t mis sans doute pour Folrasum. Je ne puis me rendre ce sentiment. Le soin qui a prsid la rdaction et l’excution de l’original de notre charte, la nettet et la beaut de l’criture, ne permettent gure d’admettre une erreur ou une faute de copiste. Il n’est donc pas douteux pour moi que Colrasum n’ait t l’ancien nom de Fouras ; tout d’ailleurs concourt le dmontrer, ainsi qu’on le verra plus loin. Quant prsent, je me borne dire que ce nom se rencontre quelquefois et qu’on en trouve mme un autre exemple dans cette partie de la Saintonge qui dpendait autrefois de l’Aunis. On lit en effet dans la notice des dons faits par les ducs d’Aquitaine l’abbaye de Saint-Jean-d’Angly (juillet 951, — Dom Fonteneau, XIII, p. 47 ) que cette abbaye possdait prs de la fort d’Essouver une petite glise nomme Colra — prope itaque loco ipso (Exulverto), ecclesiolas duas... alia quae dicitur Colra (Courant, aujourd’hui chef-lieu d’une commune du canton de Loulay ).

(6) Sancti Gaudencii, saint Gaudence, vque de Brescia , qui vivait vers l’an 410.

(7) Unam ad Pontem Natalis. — Je ne puis prciser l’emplacement de cette pcherie , qui se trouve galement indique dans le titre suivant, — piscatura Ponte Naau. — Une troisime charte mentionne , vers 1171 (dom Font., t. XIII, p. 245 ; M. Massiou , Hist. de la Saint., t. II, p. 466 ), le don fait par Gilbert de Rochefort, — Gislebertus de Rochafort., — l’abbaye de Saint-Jean-d’Angly et l’obdience d’Yves, de droits de navigation et d’paves , — levatgium et ribatgium ab estierio (l’tier) de Sebilio, usque ad monesrium (au moulin) de la bessa (du canal) de Ponte Natali, et quidquid inter haec loca a mari projectum fuerit. Le droit appel levatgium tait, d’aprs Carpentier, qui cite prcisment notre charte, le tribut impos sur les marchandises importes ou exportes. Ribatgium, d’aprs le mme auteur, tait le droit pay au rivage, — tributum quod ad ripas solvitur.

(8) Viridiaria, — vergers.

(9) Mansionibus, — maisons.
Reditus vero omnes ecclesiae, ut sanctorum praecipit auctoritas, ipsa habeat ecclesia, excepto decima quam aliqui de me noscuntur habere.
Has res nominatas, cum additamentis non notatis, integras absque ulla calumpnia in jure transfundo Nobiliacensis cœnobii lege perpetua, ut habeat sanctus Junianus, teneat, possideantque sibi servientes, annuente uxore mea Oxile et filiis Hugone(1)... cum auctoritate Sanctonici praesulis Bosonis(2) et ceterorum fidelium christianorum maximeque mihi domesticorum, qualiter peccatorum consequi valeam a pio Domino veniam, pacisque praesentis et future fruar gratia.

Quod si bonorum virorum magnitudo aliquid adaugere illis voluerit, habeant potestatem largiendi, sive cultum sit vel incultum, salsum vel insalsum, totum ab hodie quesitum et adquirendum ipsi monachi habeant et possideant absque mea meorumque vel dominorum vel extraneorum contradictione.

Quod si aliquis, vel propinquus, vel extraneus, huic helemosine obvius ire perrexerit, aliquid contra dicere volens iram omnipotentis patris incurrat, similique quo Pharao, Datan et Abiron, vel Judas Domini proditor, pœna puniatur, nec effectum habeat, sed convictus judicum judicio reus legis efficiatur ; persolvat vero principi C. lib. auri (3).
(1) Il y a ici une lacune qui existe dans l’original.

(2) Sanctonici presulis Bosonis. — Boson a occup le sige piscopal de Saintes de 1066 1083.

(3) Libras auri. — Voir, pour la valeur de la livre d’or, une note de mes Recherches sur les vigueries du pays d’Aunis (loco citato, p. 411).
Ut autem carta haec rata et inconvulsa permaneat, ducis et comitis Pictavensis, domini mei, Gauzfridi(1) auctoritate roborata et manu firmata, simul Isenberto(2) pontifici Pictavensi eam firmare rogavimus ; venerando vero Bosoni praesuli Sanctonici ostensa, manu illius roborata est ; nostris vero tam manibus quam auctoritate firmata ; conjugi simul et filiis ita facere praecepi, a quibus libenti animo corroborata est.

Similiter manibus amicorum et hominum meorum tradita adstipulatione eorum roborata est. —

Actum hoc anno ab Incarnatione Domini millesimo LXXIIII, indictione XII, apud Nobiliacnm monasterium, XVI calendas novenbris, ante altare sancti Hylarii, regnante Philippo rege(3).

S. Gauzfridi comitis. — S. Bosonis episcopi Sanctonici. — S. Isenberti episcopi Pictavensis. — S. Gauzfridi, qui hoc fieri praecepit. — S. Oxile uxoris suae. — S. Paplae matris Gauzfridi. — S. Hugonis filii.
(1) Gauzfridi, — Gui-Geoffroi, duc d’Aquitaine et comte de Poitou de 1058 1086.

(2) Isemberto, — Isembert II, vque de Poitiers de 1047 1087.

(3) Philippe rege, — Philippe Ier, roi de France de 1060 1108.

II. - 4 fvrier 1080.

Don fait l’abbaye de Saint-Maixent par Geoffroi, fis de Hugues, de l’glise de Saint-Gaudence en Aunis, et de plusieurs droits et hritages dans le mme pays. Don Fonteneau , qui transcrit ce titre (t. XV, p. 369), constate que l’criture de l’original tait belle et semblable celle du XIIe sicle, quoique quelques caractres tinssent encore du XIe.
In nomine Domini nostri Jesu Christi, ego Woffredus, filius Ugonis(1), cupiens devitare penas inferni et particeps fore sempiterne glorie paradisi, pro remedio animae meae omniumque parentum meorum vel fidelium defunctorum, dono Deo et sancto Maxentio(2) ipsiusque ecclesiae servitoribus ecclesiam sancti Gaudentii, que est in Alnisio, juxta castrum Currasium(3), cum terra que est a castello usque ad silvam, et a silva usque ad mare terram arabilem, et ab ecclesia inter duas vias usque ad castrum, et terram hominis Costet, et censum de salinis Robelini, et a salinis totam terram usque ad mare : si silva supra dicta deserta ab arboribus fuerit, sit terra sancti Maxentii ; terram Rainmundi De Botavilla, que est subtus ecclesia, cum terra Pertrin et Otgerii, et orto, arneis (4) cum silvula. Concedo de piscatura Ponte Naau medietatem meae medietatis, hoc est quarta anguilla (5). Do eiset censum de molendino Marsilie (6) ; de salina Robelini inferius(7) usque ad Aguillam (8). (1) Woffredus filius Ugonis — C’est le mme que Gauzfridus du titre qui prcde.

(2) Ainsi, dans un intervalle de moins de six ans, la mme glise tait donne successivement par le mme seigneur l’abbaye de Nouaill et celle de Saint-Maixent. Il faut, dit ce sujet Arcre, que le premier don n’ait pas eu lieu, puisque le donateur, nomm Geoffroi, donne en 1080 la mme glise l’abbaye de Saint-Maixent. De son ct , dom Fonteneau fait l’observation suivante : "Geoffroi avait dj donn cette glise l’abb de Nouaill... comment peut-il la donner ici l’abbaye de Saint-Maixent ? Peut-tre l’avait-il te la premire pour la donner la dernire, ce qui parait assez singulier." Cette circonstance semble en effet fort extraordinaire ; mais elle se trouve explique par la charte qui va suivre, et qui nous apprend qu’antrieurement l’anne 1074 l’glise de Fouras avait dj t donne l’abbaye de Satnt-Maixent. Fatigu des obsessions des moines de Nouaill, qu’il tait all visiter, — interpellatus ab abbate et a monachis ut, quia Dominus me dominum largi fundi fecerat, aliquid prediorum vel ecclesiarum conferre deberem, — Geoffrol ne songea plus sans doute l’antique donation faite l’abbaye de Saint-Maixent, et donna prcisment l’glise de Fouras. Il y eut ncessairement de la part de l’abb de Nouaill une rclamation a laquelle Geoffroi fit droit par un autre acte de libralit dont le souvenir n’est pas arriv jusqu’ nous.

(3) Castrum Currasium. — La diffrence qui existe entre ce nom et celui de Colratum du titre de 1074 se trouve explique par les nonciations contenues dans la charte suivante.

(4) Arneis — pour arenis, les sables du rivage , les dunes.

(5) Quarta anguilla. — Ces mots expriment, je pense, le droit an quart du poisson pris dans la pcherie du Pontnau.

(6) De molendino Marsilie, — Ce moulin tait situ peut-tre Marsilly.

(7) Inferius. — Ce mot indique d’une manire assez prcise la situation de la saline de Robelin. Elle se trouvait probablement tablie entre Fouras et l’Aiguille.

(8) Aguillam.— II s’agit ici de la pointe l’Aiguille, langue de terre, distante de Fouras d’environ deux kilomtres, et qui s’avance dans la mer. On y a construit une redoute en 1673. — La forme troite et allonge de cette petite pninsule lui a valu sans doute le nom d’Aiguille qu’elle portait, ainsi qu’on le volt, ds le XIe sicle.
Si salina aut molendinum factum fuerit, consuetudo sit monachorum. Si ipsi monachi in eadem terra molendinum aul salinam facere voluerint, faciant sicut domini. Ista vero omnia hoc est predictam ecclesiam et cetera que subscribuntur, Deum et sanctum Maxentium et servitores ecclesiae ejusdem cum omni libertate habere concedo. Terre autem de Alantia(1) et de Lironis(2) partem mihi divino nutu concessam, duarum scilicet medietatem insularum et bessam(3) qua Vindocimenses monachi(4) supradictas insulas circuire inceperunt, inmutabiliter dono, hac in hoc dono conventione habita ut monachi sancti Maxentii inceptam bessam usque ad Sensmurum(5) perficiant et ipsius besse piscaturam omnem optineant. Pecoribus quoque sive aliis bestiis monachorum quibuslibet seu famulorum sine aliqua consuetudine omni tempore pasturam habere concedo ; aedifcia vero domorum que monachi sunt facturi in supradictis insulis et circa monasterium, non prepositus, non quelibet persona violare aut judicare presumat, nisi forte monachus, vel alius jussione ejus. (1) Terra de Alantia, — appele aujourd’hui la Lance ; il faudrait crire l’Alance.

(2) Lironis, — Liron ; c’est un village de la commune de Loire, ainsi que la terre de l’Alance et Sensmur, dont il est parl plus bas.

(3) Bessam. — Bessa signifie ordinairement bche ; ici il veut dire foss, canal. De l le nom de Bessons donn, dans l’Aunis, ceux qui creusent les fosss des marais, ainsi que je l’ai fait remarquer dans mes Recherches sur les vigueries de ce pays (loc. cit. , p. 390).

(4) Vindocimenses monachi. — Les moines de l’abbaye de la Trinit de Vendme, qui possdaient divers terrains en Aunis.

(5) Sensmurum. — M. Rdet, dans ses curieuses observations sur les noms de lieux dans le dpartement de la Vienne (Mm. de la Soc. des Ant. de l’Ouest, anne 1846, p. 327), parle des noms dont la premire syllabe, pouvant se confondre avec le mot saint, a fait clore une foule de saints qu’on chercherait vainement dans les calendriers. — Sensmur a donn naissance un de ces saints imaginaires. On en a fait saint Mur ou saint Mus. — C’tait autrefois une forteresse baigne d’un ct par la mer et entoure de l’autre par de larges fosss. Il n’en reste que des vestiges. — Sensmur est aujourd’hui huit kilomtres au moins des bords de la mer.
Rursus hoc convenio et promitto, ut pro injuriis vel aliis foris factis que mihi abbas vel monachi sancti Maxentii fortassis quandoque facient, de hoc loco vel de omnibus rebus ad eundem pertinentibus non accipiam aliquam vindictam, neque subtraham servitoribus loci beneficium meum(1). Si in his partibus(2) me, vel uxorem meam, seu heredem meum, hujus honoris possessorem, contigerit mori, expeto ut hic, si voluero, monachi et abbas sancti Maxentii me honorifice sepeliant, vel hinc, si petiero, deferant ad sanctum Maxentium sine precio, nisi aliquid spontanea voluntate dedero. Si vero comes Pictaviensis vel suorum aliquis injuriam aut pressuram aliquam ipsius loci habitatoribus monachis, vel insolitam consuetudinem inferre voluerint preter id dominium quod me superstite ibi habet, hoc divino jure ei prohibeatur, et ex mea parte et meorum penitus ei sit prohibitum. Et iterum si uxor vel heredum meorum aliquis monachos molestare aut elemosinam meam voluerit prorsus adnullare, comitis judicio jussione mea subjaceant, et, ut ei placuerit, ad equitatis tramitem quod injuste contra monachos egerint reducat.

S. Gaufridi filii Ugonis qui hoc + donum dedit.

S. Ugonis filii ejusdem Goffre+di qui idem confirmavit (3).
(1) Beneficium meum. — Le monastre de Salnt-Maixent et tous ses biens, dit dom Fonteneau, avaient t donns titre de bnfice des comtes par les prdcesseurs de Louis le Dbonnaire, sans doute ceux du Poitou, sous la puissance desquels ce monastre demeura pendant quelque temps." J’ai fait connatre, d’aprs dom Fonteneau, la signification du mot bnfice dans mes Recherches sur les vigueries d’Annis (loc. cit.,p. 424 , en note).

(2) Si in his partibus. — Cette prcaution de stipuler que s’il mourait en Aunis, les moines transporteraient son corps Saint-Maixent, semble indiquer que Geoffroi, comme son pre Hugues, tait natif de cette ville et qu’il voulait tre inhum dans la spulture de ses anctres.

(3) Ces suscriptions sont renfermes dans un cercle.
Si quis vero supradictam sententiam ac donacionem, quod absit, violenter anullare voluerit, ex auctoritate Dei omnipotentis et beatissime Marie matris ojus, et beatissimi Petri apostolorum principis, ac gloriosi confessoris adjutoris Maxentii, sanctorumque martirum Gaudentii atque Eutropii, omniumque sanctorum, quicumque in libro vite scripti sunt, excommunicetur et anathematizœtur et a liminibus sancte Dei ecclesie sequestretur, et cum Dathan et Abiran qui vivi sunt a terra absorti, cum Faraone et Juda traditore Domini, inrecuperabiliter nisi resipuerit in profundo inextinguibili ign comburatur, atque reproborum sententiam judiciariam in die judicii dicturi Creatoris patiatur : Ite maledicti in ignem eternum. Amen, fiat, fiat(1). (1) Ite maledicti, etc. — Cette curieuse formule d’anathme, qui vient ici se runir celle qu’on trouve ordinairement la fin des chartes, est une prcaution de plus que croyait devoir prendre le rdacteur de la donation pour assurer l’abbaye de Saint-Maixent la proprit dfinitive de l’glise de Fouras. On verra cependant par le titre qui suit que, moins de seize ans aprs, le prieur de Saint Gildas de Tonnay-Charente tait parvenu s’en emparer.
S. (signum) Rainaldi Grospan prioris. — S. Willelmi Gratum. — S. Fortonis. — S. Hucberti, cantoris. — S. Garini.— S. Petri conven. cell. — S. Johannis. — S. Giraldi, qui dictavit hanc cartam. — S. Ademari, subscriptoris hujus donationis. — S. Petri pueri. - S. Ademari pueri. — S. Joscelini pueri et monachi. — S. cœterorum monachorum confratrum nostrorum.

Huic donationi testes extiterunt et manu propria confirmaverunt :

Witbertus archipresbiter. — Arbertus presbiter. — Rainaldus David presbiter. — Willelmus olim presbiter. — Hugo miles. — Joscelinus Rufus miles. — Ramnulfus miles. — Garinus. — Hugo Avamuns. — Aimericus Mainstrole. — Petrus Daalge. — Ramnulfus

Engelgers. — Brunetus Maufe. — Josbertus Feriers. — Johannes Vendarius. — Tetbaudus Comes. — Bernardus Serviens. — Huco Boillete.

Data VI kal. marcii, in capitulo sancti Maxentii, domno Ansegiso abbate eundem capitulum tenente, monasterii regimen solerter gubernante, Isemberto vero Pictavensis sedis curam habente. Anno ab Incarnatione Domini millesimo LXXX, regnantibus Philippo rege in Francia, Woffredo duce in Aquitania.

III. - 1096.

Restitution faite l’abbaye de Saint-Maixent, par le prieur de Saint Gildas de Tonnay-Charente, de l’glise de Saint-Gaudence en Aunis, qu’il avait usurpe injustement (1). (1) Dom Fonteneau (t. XV , p. 459). L’original n’existe plus.
Posteris nostris notificare volumus ego Warnerius, abbas sancti Maxentii, ceterique fratres contemporanei, finem controversie que aliquandiu versata est inter nos et Mascelinum monachum sancti Gildasii priorem apud castrum Talniaci(1), super ecclesiam sancti Gaudencii que est sita juxta mare, prope castellum quod vulgari nomine nuncupatur Currasium(2) ; hic siquidem Mascelinus prefatam ecclesiam multa pecunia injuste invaserat(3) et virtute tirannica possidebat. (1) Apud castrum Talniaci. — Tonnay-Charente.

(2) Vulgari nomine Currasium. — Ces expressions vulgari nomine expliquent la diffrence qui existe entre les noms donns au chteau de Fouras dans les actes de 1074 et 1080. — Colrasum se traduisait en franais par Couras, et le peuple disait Curas, en attachant ce mot une signification indcente, ainsi que le dmontre le passage suivant de la charte rapporte ci-aprs : — Quod seculares homines usualiter turpi nomine vocant. De ce nom Curas, dont se servait le vulgaire, les rdacteurs des chartes ont fait en latin Currasium. Cette explication, puise dans des titres authentiques, prouve combien peu est fonde cette observation d’Arcre : Le vulgaire, par impritie ou par un badinage indcent, a dfigur ce nom, abusant de l’expression foris castrum. Le peuple, qui ne comprenait pas plus le latin au XIe sicle qu’aujourd’hui, et qui ne lisait pas assurment les chartes relatives Fouras, ne pouvait gure abuser du mot foris, comme le prtend notre auteur. Ce mot d’ailleurs, dans la charte de 1074, n’indiquait en aucune faon le nom du chteau ; il dterminait seulement, comme je l’ai dj not, la position de l’glise relativement ce chteau, — prope mare, foris castrum quod vocatur Colrasum. — A l’exemple d’Arcre, M. Lesson semble avoir pris pour un nom propre la prposition foris, car il a imprim — prope maris Foris castrum. — Cet auteur ajoute, en invoquant l’autorit des nouveaux diteurs du Gallia christiana, que Currasium a t travesti par le peuple en Follo raso, et fait driver ce mot de foratus, rectum , et de foris ou foria, dvoiement. Cette tymologie est inadmissible. Le nom de Fouras a succd celui de Couras. Currasium est la traduction latine de Curas, et Curas tait le nom dshonnte donn par le vulgaire cette localit.

(3) Multa pecunia invaserat. — On volt ici, dit en note dom Fonteneau, jusqu’o la simonie tait porte dans ces sicles.
Unde , facto clamore in auribus et corde domni Ramnulfi, Sanctonensis episcopi(1), clerique sui, dieque judicii consilio inter utramque partem constituto, decrevit episcopus, curie sue ut Garinus monachus noster, si veraciter posset et vellet, propria manu juraret cum duobus legitimis fratribus istius monasterii, scilicet Ademaro Giraldi(2) et Ademaro Toselini, predictam ecclesiam donatam sancto Maxentio ab Arnulfo Sanctonensi episcopo(4), cum concessione Ugonis, domini Rocafortis(4).Id enim idem Garinus se fratresque illos et alios plurimos oculis suis vidisse in audientia tocius curie professus est ; quod sacramentum cum in facie domni Ramnulfi Sanctonensis presulis et Gaufridi abbatis Malliacensis Petrique archidiaconi multorumque aliorum Mascelino priori presentatum fuisset, ex deliberatione consilii sui juramentum dimisit, et ecclesiam cum rebus suis, quod injuste pervaserat, reddidit sancto Maxentio et abbati Garnerio, a quo accepit ipse Mascelinus C et X solidos(5) pro labore edificiorum in quibus aliquantulum desudaverat. (1) Ramnulfi Sanctonensis episcopi. — Ramnulfe, vque de Saintes depuis 1083 jusque vers 1107. — Il gouverna son glise avec distinction et fermet : — Egregius episcopus, ecclesiam Sanctonensem viriliter gubernare perhibetur. (Gall. christ.)

(2) Garinus et Giraldus figurent parmi les souscripteurs de la charte de 1080.

(3) Ab Arnulfo Sanctonensi episcopo. — Arnulfus ou Arnaldus sigeait ds l’an 1038. Il fut accus de simonie, c’est--dire de confrer les ordres prix d’argent et de vendre d’autres choses sacres, et en fut convaincu dans un synode, o par dcret en forme il fut dgrad de l’piscopat ; on ignore en quelle anne. Il avait dj un successeur en 1068. (Dom Font.)

(4) Cum concessione Ugonis domini Rocafortis. — II semble rsulter de ce texte qu’il n’y avait pas eu d’acte dress de cette donation, ou que tout au moins l’acte n’existait plus ds 1096. Quant la donation, elle avait d tre faite dans la priode de 1038 1068, temps de l’piscopat d’Arnulfe. Le nom d’Hugues de Rochefort, — Hugonis de Rocaforte, — figure au pied d’une charte constatant un don fait par Guillaume V, duc d’Aquitaine, l’abbaye de Saint-Jean-d’Angly. Parmi les autres souscripteurs on remarque Guillaume et Odon, fils de Guillaume V, qui succdrent leur pre, le premier en 1029, le second en 1038 ; on y remarque galement Agns leur mre et Arnulfe, vque de Saintes. — Cette charte a t publie, sans date, par Besly (Hist. des comtes de Poit., p. 358 ). Vialart (Hist. de la maison de Surgres) la place entre les annes 1027 et 1031. Dom Fonteneau (t. LXII , p. 541) lui donne la date approximative de 1028. — Guillaume V tant mort en 1029, il est vident qu’elle remonte cette poque, et que ds ce temps-l Arnulfe tait vque de Saintes, puisqu’il signe en cette qualit. — Hugues, seigneur de Rochefort, tait-il le mme que Hugues de Saint-Maixent dsign comme, pre de Geoffroi dans le titre du 17 octobre 1074 ? Il y a lieu de le penser. S’il en et t autrement, comment l’glise de Fouras, appartenant Hugues, seigneur de Rochefort, et donne l’abbaye de Saint-Maixent, serait-elle devenue la proprit de Hugues de Saint-Maixent, et plus tard , de Geoffroi son fils ? Le surnom donn Hugues indique, mon avis, qu’il tait originaire de Saint-Maixent ; une foule de titres des XIIe et XIIIe sicles, extraits des cartulaires de l’abbaye de cette ville et de celle des Chtelliers, mentionnent cette famille de seigneurs qui prenaient le nom de Rochefort. A la vrit, entre Hugues (1028) et Geoffroi (1068) se place Fouchard de Rochefort, — Fulchardus de Rupefortis, — qui signe en 1047 l’acte de fondation de l’abbaye de Notre-Dame hors les murs de Saintes ; mais rien n’tablit que Fouchard ne fut pas, comme Geoffroi, fils de Hugues de Saint-Maixent.

(5) C et X solidos. — Vingt sous faisaient une livre d’argent, et douze deniers faisaient un sou. — Voir, pour la valeur du denier, l’Essai sur les monnaies du Poitou de M. Lecointre-Dupont (Mm. de la Soc. des Ant. de l’Ouest, anne 1839, p. 312 et 443).
Quod cum vidisset, antiquam illam donationem predecessoris sui supradictus antistes quasi novo et proprio dono confirmavit(1). Eodem vero anno, contigit infirmari Ebulonem filium Goffredi, domini Rocafortis(2). Qua infirmitate vivens accepit habitum monachi et tandem defunctus est. Ad cujus obitum accurrentes mater ejus Ausiria, cum filiis suis Gofredi videlicet, Guilelmo et Mauricio(3) pro amore defuncti sui et honesto obsequio quod circa eum abbas cum monachis celebraverunt, concesserunt ipsi quatuor predictam ecclesiam, quia sui juris antiquitus erat, sancto Maxentio et monachis suis, sicut Mascelinus monachus ante possederat. (1) Confirmavit. — Le titre qui constate cette confirmation est rapport ci-aprs.

(2) Ebulonem filium Goffredi, domini Rocafortis. — Dans l’acte du 17 octobre 1074, Geoffroi, flls de Hugues et de Papie, parle de ses fils, — filiis — mais le nom de Hugues est seul cit, car, ainsi que je l’ai not, il existe prcisment en cet endroit une lacune dans la charte originale. Dans le titre de 1080, Geoffroi parle aussi de ses hritiers, — heredum meorum, — bien que Hugues, l’un d’eux, souscrive encore seul la donation faite par son pre l’abbaye de Saint-Maixent. — Eble, dont il est ici question, tait-il un de ces fils non dsigns par leurs noms dans les titres prcdents ? Je n’tablirais aucun doute cet gard, si sa mre n’tait pas appele Ausiria. tandis que dans l’acte de 1074 la femme de Geoffroi se trouve dsigne sous le nom d’Oxila, diffrence qu’on ne pourrait expliquer que par une erreur de nom ou par un second mariage : Eble tait plutt un des petits-fils de Geoffroi, fils de Hugues. Si ces conjectures sont fondes, on pourrait tablir de la manire suivante la gnalogie de cette famille :

HUGUES mari avec PAPIE.

dont

FOUCHARD (1047)

GEOFFROI mari avec OXILE.

dont

HUGUES (dont il n’est plus parl aprs 1080

GEOFFROI surnomm REBOCHET (voir le titre de 1113)

GEOFFROI mari avec AUSIRIE

dont

EBLE. GEOFFROI. MAURICE. GUILLAUME. GILBERT.

A partir de 1090 jusqu’au commencement du XIIe sicle, on trouve en outre Alboin,— Albuinus, — qui parait avoir t aussi seigneur de Rochefort en Aunis (Dom Font., t. XIV, p. i95 ; LXIII, p. 273, et LXXX). Il tait sans doute parent, mais j’ignore quel degr.

(3) Gofredi videlicet Guillelmo et Mauricio.— Le titre suivant prouve que Geoffroi se fit moine comme son frre Eble, et que Guillaume devint plus tard seigneur de Mauz. Quant Maurice, je n’ai rencontr aucun document qui le concerne.

+ Testes ad confirmationem episcopi vel dimissionem Mascelini monachi fuerunt : Ugo Arberti, Engelricus ,

Ad confirmationem Ausirie filiorumque suorum fuerunt : ipse Ugo Arberti. — Ugo Villanus. — Rainaldus Aimo. — Tetbaldus. — Aldeardis comitissa (1).

cta sunt haec anno ab Incarnatione Domini millesimo nonagesimo sexto, regnantibus Philippo rege in Francia, Willelmo duce in Aquitania (2).
(1) Aldeardis comitissa. — Sans doute la femme de Gui-Geoffroi, mre de Guillaume IX, duc d’Aquitaine. (Dom Font.)

(2) Willelmo, Guillaume IX, duc d’Aquitaine de 1087 1127 ; Il tait fils de Gui-Geoffroi.

IV. - 1096.

Don de l’glise de Saint-Gaudence de Fouras, fait l’abbaye de Saint-Maixent par Rainulfe, vque de Saintes (1). (1) Dom Fonteneau (t. xv, p. 443) assigne tort cette charte la date vers 1092 ; on a vu dans le lilre prcdent qu’en ordonnant la restitution de l’glise de Saint-Gaudence, Rainulfe avait confirm le don de cette glise, quasi novo et proprio dono. La donation et la restitution doivent donc porter la mme date, celle de 1096.
Omnibus tam futuris quam presentibus, veraciter esse volumus notum quod ego Ramnulfus, Sanctonensis ecclesise episcopus, do beato Maxentio ecclesiam beati Gaudencii de Folloraso(1), quod seculares homines usualiter turpi nomine vocant. Hocdonum facio hujusque crucis(2). (1) Ecclesiam beati Gaudentii de Folloraso. — C’est dans ce titre qu’on rencontre pour la premire fois le nom de Follorasum, rpt dans la charte suivante. On a vu par les actes qui prcdent que Fouras s’appelait d’abord Couras (Colrasum), et que le vulgaire disait Curas (Currasium). La diffrence qui se fait remarquer entre Colrasum et Folrasum ou Follorasum est-elle le rsultat de l’incertitude et de la fluctuation que, suivant l’observation de M. Rdet, prsentait cette poque l’orthographe des noms communs eux-mmes, ou bien la lettre F n’avait-elle l substitue la lettre C. que pour faire renoncer au nom vulgaire de Curas ? C’est un point que je ne puis rsoudre ; mais ce que je dois rpter, c’est que Follorasum n’a jamais t, comme l’ont prtendu dom Fonteneau et d’autres historiens, le nom indcent donn par le peuple cette localit. II y a apparence, dit notre clbre bndictin dans une note sur la charte de 1113, que ce nom tait un sobriquet donn au chteau de Fouras, puisque dans un autre titre (celui qui nous occupe) on lit : Quod vocant turpi nomine Follorasum. L’erreur vient de l’inexactitude de la citation. Follorasum, dans le titre invoqu, prcde les mots quod vocant turpi nomine, au lieu de les suivre : le nom dshonnte n’tait donc pas Fouras ; encore une fois, c’tait Curas. Les dtails dans lesquels je suis entr prouvent le peu de fondement des tymologies proposes. M. Gautier (Statist. de la Charente-Inf., part. 2, p. 87 ), proccup de cette circonstance qu’un bois se trouvait dans les environs de Fouras, a mis l’opinion que cette localit tire son nom du cette forest, fort, en basque fora, en allemand fora. M.Lesson avait pensd’abord, comme je l’ai dj not, que Follorasum venait de foratus, rectum, et de foris ou fora, dvoiement. Le mme auteur s’est demand (Fast. hist., loco citato, et Hist. des march. de la Saint., p. 100 ) si Fouras ne drivait pas du mot foras ou foris, qui signifie dehors, aller dehors, parce que la pointe de Fouras commande le golfe ; puis il a regard comme probable que follo venait de follis, vent, et rasso de rado, qui glisse sur les eaux, qui souffle sur les rivages. On pourrait proposer encore bien d’autres explications. Malheureusement le nom primitif de Couras, au lieu de Fouras, leur donne d’avance un dmenti et montre combien, en matire d’tymologies, il faut tenir compte des altrations que subissent les noms de lieux, altrations qui finissent souvent par les dfigurer de la manire la plus complte.

(2) A partir de ce moment, l’glise de Fouras demeura la proprit de l’abbaye de Saint-Maixent ; aussi, dans une bulle du pape Pascal II, en date du 17 avril 1110, on voit flgurer cette glise, — ecclesia S. Gaudencii de Foras, parmi les biens appartenant cette abbaye et qui se trouvaient placs sous la protection du saint-sige.— La bulle de Pascal est transcrite par dom Fonteneau (t. XV, p. 531).— Dans un aveu du temporel de l’abbaye de Saint-Maixent, en date du 15 dcembre 1363, rendu au prince d’Aquitaine et de Galles par Guillaume, abb de cette abbaye, figure le prieur de Fouras.(Dom Font., t. XVI.p. 257.)
V. - 1113.
Don fait l’abbaye de Saint-Maixent, par Geoffroi Rebochet, des dmes sur le btail de Fouras en Aunis, et sur quelques vignes du voisinage du chteau (1). Dom Fonteneau , t. XV, p. 560. —L’original est perdu.
Goffredus cognomento REBOCHET(1) dedit Sancto Maxentio apud Follorasum ovium nostrarum et bestiarum propriarum decimam, et quartum et decimam vinearum que sunt supra mare quando pergitur de ecclesia ad castrum ad dexteram, sive cum venitur de castro ad ecclesiam sunt ad sinistram. Hoc donum fecit in capitulo quando Goffredum(2) nepotem suum monachavit et mater sua Ausiria obtulit in manu domni Garnerii abbatis, videntibus Guillelmo nepote suo de Mausec(3) ; — Tetbaudo, Taun ; — Tetbaudo Rofino ;— Rainaldus Aimone ; — ei multis aliis et monachis omnibus sedentibus in capilulo, qui cum abbate totius monasterii beneficium eis dederunl et osculati sunl. Item, quando Gislibertus(4) frater ejus obiit, complantum (5) vinearum que sunt juxta silvam, scilicet de quatuor quarteriis, et receptum quod suum erat, videntibus Guillelmo, fratre suo ; — Ademaro Talefer ; — Ramnulfo Engelrio , el aliis multis, anno millesimo centesimo decimo tertio. (1) Goffredus Rebochet. — Geoffroi, surnomm Rebochet, tait frre de Geoffroi de Rochefort, dont il est question dans le titre prcdent ; il ne saurait y avoir le moindre doute sur ce point, puisqu’il parle d’Ausirie, mre de Geoffroi, et de Geoffroi, Guillaume, leurs enfants, qu’il appelle ses neveux.

(2) Goffredum, — Geoffroi, l’un des fils de Geoffroi de Rochefort et d’Ausirie.

(3) Guillelmo de Mausec,— autre flls de Geoffroi de Rochefort et d’Ausirie.

(4) Gislibertus. — Gilbert tait galement fiil de Geoftroi de Rochefort et d’Ausirie. — Les mots frater ejus se rapportent bien au Geoffroi qui s’tait fait moine, car au nombre des tmoins de la donation figure Guillaume son frre.

(5) Complantum,— droit de complant.

Tels sont les titres qui nous restent sur Fouras. M. Lesson note en outre une charte de 1096 [6], par laquelle Adhmar de Chiz donne l’glise de Saint-Gaudence l’abbaye de Nouaill ; mais, n’ayant point le texte sous les yeux, il n’a pu voir que cet acte concernait une glise situe non pas en Aunis, mais, comme nous l’apprend un autre titre de janvier 988 [7], dans la viguerie de Niort en Poitou. — Il ne reste plus rien de l’ancienne glise de Fouras. Les chartes sur parchemin ont rsist l’preuve du temps ; le monument en pierre n’a pas rsist, lui, aux ravages de la guerre. L’glise actuelle, qui parait avoir t btie peu prs au mme endroit, entre le chleau et le bois de chnes verts, n’a pas mme conserv le nom de Saint-Gaudence ; elle est ddie aujourd’hui, dit M. Lesson, Notre-Dame de Bon-Secours, patrone des mariniers.

— Je terminerai celte note par quelques renseignements sur le chteau de Fouras. M. Lesson [8] regarde comme un fait certain que les Romains s’taient tablis dans cette localit, et ajoute que dans l’opinion populaire la tour de Fouras porte le nom de Chteau de Csar, Castrum Julii, qu’on donnait jadis Chtelaillon. Arcre, dont je partage l’opinion, pense que ce chleau doit avoir t construit par les ordres de Charlemagne ou des ducs d’Aquitaine, pour fermer aux pirates du Nord l’entre de la Charente. Le chteau de Fouras, crivait l’ingnieur Masse [9] au commencement du dernier sicle, est situ l’embouchure de la Charente, au pays d’Aunis ; on a commenc aie mettre en tat de dfense en 1689. Depuis ce temps-l on y a toujours travaill. Il ne reste de l’ancien chteau que le donjon, qui n’estoit pas vot, et deux tours [10] Ce donjon, bti sur une minence au bord de la mer, qui en baigne le pied chaque mare, a environ vingt mtres de hauteur. On y a tabli un smaphore. — Pendant les luttes entre l’Angleterre et la France, le chteau de Fouras, qui appartenait alors Aimar de Malmont, fut un de ceux qui souffrirent le plus, raison de l’importance de sa position. Il fut tour tour pris et repris. Pris a t par les ennemis, disait le roi de France dans des lettres du 27 mars 4346, et depuis pill, gt et fondu par les Franois. En 1351, Jean le Maingre, dit Boucicaut, l’enleva d’assaut aux Anglais et le rendit Aimar de Malmont, qui resta charg de le dfendre. — Durant les guerres du calvinisme, le 19 septembre 1585, le prince de Cond s’empara son tour du chteau de Fouras [11].— C’est Fouras que, le 8 juillet 1815, Napolon dit adieu la France ; lorsqu’il s’y rendit en partant de Rochefort, la population entire marcha sur ses pas ; cette population dvoue s’taient joints des gens accourus de toutes parts, qui, l’œil fix sur leur empereur, n’attendaient qu’un signe de lui pour l’enlever. Ce signe, il ne le fit pas, et l’on respecta son silence [12]. Vers quatre heures du soir, Napolon quittait le rivage.

En 1839, je visitais la chteau de Fouras, et, malgr toute mon attention, toute ma curiosit d’antiquaire nophyte, je commenais craindre de ne rien rencontrer qui et chapp aux attentives recherches de mes prdcesseurs. Mais Dieu ne me rservait pas une pareille dconvenue. En montant au donjon, j’aperus, sur le devant de la pierre qui forme la soixante-neuvime marche, deux lignes de caractres gravs. Je ne pus retenir une exclamation de joie. Une inscription indite, quelle admirable dcouverte ! Je me prosternai, j’cartai avec prcaution la poussire incruste dans quelques lettres, et bientt je pus lire ce remarquable distique, digne de passer la postrit la plus recule :

+C+. EST. LA. MO+T+.

DE. CE. ES-QUALL+.


[1Mm.de la Soc. des Ant. de l’Ouest, anne 1845, p. 351.

[2Fouras , village situ sur le bord de la mer, l’embouchure de la Charente, est aujourd’hui le chef-lieu d’une commune qui compte huit neuf cents habitants. Cette commune fait partie du canton de Rochefort, et se trouve 14 kilomtres de cette ville.

[3T. II, p. 1065, col. 2.

[4Hist. de la Roch., t. I, p. 161.

[5Fast. hist., t. l, p. 58.

[6Dom Fonteneau, t. XXI, p. 537.

[7Ibid., t. XXI, p. 313.

[8Fast. hist., t.1, p. 60 ; — re celt. de la Saint., p. 223 ; — llist. det march. de la Saint., 103.

[9Dom Fonteneau , t. XXXIV. Il avait fait prendre une copie de plusieurs de ces Mmoires.

[10Suivant M. Lesson (Fast. hist. , t. I, p. 60), Il ne reste aucune trace de l’ancien donjon, et celui actuel date au plus du XIVe sicle, en juger par quelques fentres et par son escalier vis ; mais, ajoute cet auteur, de nombreuses restaurations ne permettent pas de dcrire son caractre d’architecture.

[11Voir l’Hist.de la Saint, et de l’Aunis par M.Massiou, t. III, p. 59-63 ; v, p. 30-226-508 ; VI, p. 476.

[12MM. Viaud et Fleury, Hist. de Roch., t. II, p. 512.

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