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1570-1576 Ephémérides historiques de la Rochelle revisitées

vendredi 17 avril 2020, par Pierre, 14 visites.

Les Éphémérides historiques de La Rochelle, publiées par J-B Jourdan en 1861, sont une véritable mine d’informations sur l’histoire de cette ville. Cet ouvrage essentiel est composé de 847 notices sur les événements du riche passé de cette ville. Pour chacune de ces notices, les sources d’archives sont mentionnées, et l’auteur compare les sources, leurs éventuelles contradictions.
Un ouvrage qui est aussi déconcertant pour le lecteur, puisque les événements y sont classés du 1er janvier au 31 décembre, toutes années confondues, ce qui rend impossible d’y retrouver la chronologie sous-jacente.
Nous avons "revisité" cet ouvrage en reclassant les 847 notices dans leur ordre chronologique du 21 mars 1089 au 12 novembre 1858.
Réalisée en période de confinement, propice aux travaux au long cours, cette nouvelle présentation facilitera, nous le pensons, les recherches des amateurs de l’histoire de cette ville au riche passé.
Nous avons conservé l’intégralité du contenu des 847 notices, avec leurs notes de bas de page. Pour faciliter la lecture, ces notes suivent immédiatement le texte principal de chaque notice.

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ÉPHÉMÉRIDES ROCHELAISES.
Tout le monde sait que ce fut par un édit de Charles IX , donné à Roussillon, en Dauphiné, le 9 août 1564, que le premier jour de l’année fut fixé pour l’avenir au 1er janvier. Antérieurement dans l’Aquitaine , dont faisait partie la Rochelle, l’année commençait le 25 mars, contrairement à l’ancienne coutume de France, qui fixait le premier de l’an au jour de Pâques. Toutefois, l’année municipale rochelaise continua de s’ouvrir le jeudi après la Quasimodo, jour de l’installation du Maire, dont l’élection avait lieu chaque année le dimanche de la Quasimodo.


1570
1570 05 18. — Vente à G.me Gendrault, échevin , de l’emplacement sur lequel était construite l’église de Saint-Sauveur , détruite deux ans auparavant par les ordres de St-Hermine. (1) (Acte du notaire Saleau.) Le clocher et le portail qui s’écroula bientôt après (V. 1er février) et dont quelques vestiges attestent encore la richesse de sculpture, voilà tout ce qui restait de cette belle église reconstruite à la fin du XVe siècle, ornée d’une quantité de chapelles magnifiques , objet de la vénération des pélerins et des fidèles, et qui était desservie par non moins de vingt-deux prêtres. (V. 28 mai.)

(1) Les matériaux servirent à construire le bastion du Gabut (Colin). Quand, en 1689, on répara ce bastion et haussa ses murailles, on trouva, nous apprend Maudet, des pierres qui provenaient évidemment d’une église.


1570 08 26. — Publication à la Rochelle du troisième édit de pacification obtenu par les protestans : paix glorieuse s’il en fut jamais , dit M. Michelet, el qui semblait fonder la liberté religieuse. Entre autres privilèges, on leur accordait quatre places de sûreté : la Rochelle et la mer , la Charité la clé du centre, Cognac et Montauban, la porte du Midi. « Cette paix fut publiée dans la place du Chasteau, devant le logis ou estoit la Reine de Navarre aux fenestres, estant avec elle Mad. la Princesse, sa fille , et leurs demoiselles , et aussy y estoient M. de Larochefoucault, La Noue, M. des Roches, premier escuyer du Roy, et plusieurs autres grands seigneurs et gentilshommes. Les deux trompettes du Roy sonnèrent par trois fois ; puis le Roy d’armes Dauphiné, accompagné des Roys d’armes d’Anjou et Bourgogne, lut et publia l’édit. Peu de temps après, arrivèrent à la Rochelle le prince de Navarre, le prince de Condé, l’amiral (de Coligny) et plusieurs autres seigneurs et gentilshommes de la religion (réformée), après avoir juré d’entretenir la paix, afin de laisser rasseoir les émotions des catholiques, se rafreschir de leurs travaux et aviser à ce qui seroit requis et nécessaire de leur part. » (Mém. de l’estat de F. - Mém. pour servir à l’hist. de F. — Michelet, guerres relig. ) - V. 3 janv. et 25 mars.
1571 01 03. — Après l’édit de pacification, trop justement appelé la paix boiteuse et mal assise, le maréchal de Cossé et Dupin , conseillers au parlement de Rennes, furent envoyés comme commissaires, par la cour, pour rétablir l’exercice du culte catholique à la Rochelle. Un certain nombre de personnes , choisies parmi les plus notables de l’une et l’autre religion , jurèrent, ce jour là, entre leurs mains, au nom de tous les habitants leurs coréligionnaires, de vivre à l’avenir en bonne paix et union. (1) Les églises ayant été détruites dans les troubles précédents, les catholiques célébrèrent la messe dans un vaste magasin qu’on fit planchéier. (Ph. Vincent. — Chronique de Langon).

(1) Arcère s’est trompé en fixant, au 3 janvier 1570, la date de cette cérémonie.


1571 03 25. — Mariage, à la Rochelle, de Gaspard de Coligny, amiral de France, avec Jacqueline , comtesse de Montbel et d’Entremont.- « Du fond de la Savoie, écrit Michelet dans ses guerres religieuses, d’un vieux manoir des Alpes , Madame d’Entremont déclare à l’amiral qu’elle veut épouser un saint, un héros, et ce héros c’est lui. Le duc de Savoie s’y oppose : elle s’en moque, laisse ses biens, arrive à la Rochelle. Comment repousser un tel dévouement ? Madame d’Entremont avait deux châteaux en Savoie, une place forte en Dauphiné, au passage des montagnes. Elle apportait en dot des positions qui pouvaient servir le parti. Tous d’un avis unanime, l’Eglise et les amis, voulurent qu’il se remariât. Coligny était trop honnête homme pour n’épouser que ses fiefs. Il aima fortement celle qui adoptait ses enfants. Il lui en laissa un : elle devint enceinte en Mars 1572. » Tout se réunissait pour donner aux fêtes de ce mariage le plus grand éclat : les protestants venaient d’obtenir la paix la plus favorable et la plus glorieuse qu’ils pussent espérer, et les nombreux princes, seigneurs et grandes dames qui se trouvaient en ce moment à la Rochelle, formaient autour de la reine de Navarre , Jeanne d’Albret, la cour la plus brillante et la plus distinguée : son fils d’abord, l’aimable Henri de Navarre, qui avait tant de succès auprès des belles Rochelaises (1) ; le jeune prince de Condé ; Françoise d’Orléans , la veuve de Louis de Bourbon ; Ludovic, comte de Nassau ; le comte de La Rochefoucault, prince de Marcillac, et Charlotte de Roye, sa femme ; Anne de Salm , la veuve du brave d’Andelot, frère de l’amiral ; Louise de Châtillon, fille de Coligny ; Charles de Téligny, son charmant fiancé ; la célèbre Catherine de Parthenay ; l’héroïque la Noue ; Sully, qui n’était encore que baron de Rosny ; Françoise de Rohan, dame de Nemours ; Soubise ; de Languiller ; le baron de Fontrailles ; de Puyviault ; Compaing, chancelier de Navarre ; Phil. Douarti, gentilhomme ordinaire de la chambre du Roi ; François du Fou, seigneur du Vigean ; Briquemaut, k. Jamais la Rochelle ne fut plus digne de son titre de Capitale du protestantisme. (Colin.- A. Barbot. - Arch. du royaume, &.)

(1) V. ma XVIIIe lettre Rochelaise.


1571 04 02. (1) — Ouverture d’un synode national des protestants convoqué à la Rochelle , « pour regarder à ce qui concernoit leur doctrine et discipline ; car les deux dernières guerres avoient introduit de grandes confusions. » (Mém. dEstat.) Quoique de Thou prétende le contraire, il paraît certain que ce fut le célèbre Théodore de Bèze, que la reine de Navarre et les princes avaient mandé de Genève, qui fut le modérateur ou président de ce synode, auquel assistèrent Jeanne d’Albret, son fils Henri, prince de Béarn , le prince de Condé, le comte de Nassau, l’amiral de Coligny, et un grand nombre d’autres grands seigneurs protestants et plusieurs notables bourgeois de la Rochelle. Des trois copies de la confession de foi adoptée par cette grande assemblée, signées par tous les assistants, l’une fut déposée dans la tour de Moureilles, qui servait d’archives générales aux églises réformées de France , la seconde fut envoyée à Genève, et la troisième en Béarn. Le procès-verbal authentique de ce synode a été conservé dans les archives du consistoire de Nismes. (A. Barbot. — Aymond. — Mém. de l’Hist. de France. — Bullet. de la Soc. de l’Hist. du protest.)

(1) Cette date est celle donnée par A. Barbot : les mémoires d’état disent que ce synode s’ouvrit dans le mois de mars. Arcère s’est doublement trompé en fixant ce synode à l’année 1570, et en disant qu’il précéda le mariage de l’amiral Coligny.


1571 05 27. — Célébration à la Rochelle du mariage de Charles de Téligny,(« ce jeune homme tant aimé, dit Michelet, que pas un catholique ne put le tuer à la Saint-Barthélémy, et qui ne périt que par hasard, ») avec Louise de Châtillon, fille de l’amiral Coligny, et qui épousa plus tard Guillaume de Nassau, prince d’Orange, le glorieux fondateur de la liberté des PaysBas. (Minutes du notaire Saleau.) — V. 25 mars.
1571 07 04. — Quelques semaines avant de quitter la Rochelle, pour aller se livrer à ses assassins , l’amiral Coligny , toujours préoccupé de la gloire et de la grandeur de la France, et de la pensée de disputer l’Amérique à ses conquérants (V 13 juin) , expédie du port de cette ville une petite escadre, chargée d’aller reconnaître les Antilles et de préparer des moyens d’attaque contre ce vaste archipel. (H. Martin.)
1572 01 20. — Malgré les horribles massacres de la Saint-Barthelemy, qui avaient ensanglanté Paris et une partie de la France, l’hydre du calvinisme n’avait pas été écrasée sous la massue de l’hercule Charles IX (1). Aux premières nouvelles qui leur en étaient parvenues, les Rochelais avaient fermé leurs portes à tous les agents de la Cour, et s’étaient préparés avec une merveilleuse activité à défendre leur ville ou à vendre chèrement leur vie. Comprenant toutefois qu’ils ne pouvaient, réduits à leur propres ressources, résister aux forces royales , ils avaient invoqué l’assistance de la reine d’Angleterre, qui se qualifiait de protectrice de la foi. La Cour paraissant résolue à assiéger la Rochelle, ils avaient, dès le mois d’octobre précédent, envoyé des députés pour demander des secours à Elisabeth. Le navire sur lequel ceux-ci étaient montés, ayant été assailli par une tempête, ils avaient été obligés de regagner la Rochelle sur une barque. Le 20 janvier , un assez grand nombre de navires, conduits.par Languillier, accompagné de quatre nouveaux députés, furent expédiés pour l’Angleterre , où, avec l’appui du comte de Montgommery et du vidame de Chartres,, ils devaient se procurer de la poudre et autres munitions. (Bruneau. — A. Barb.).

(1) Sur le revers de l’une des médailles commémoratives de cet épouvantable forfait et représentant l’effigie de Charles IX, on voyait Hercule terrassant l’Hydre. (H Martin..- Hist. de France).


1572 06 09. — Mort à Paris de Jeanne d’Albret, empoisonnée, dit Amos Barbot, comme la plupart des historiens protestants, en sentant des gants de fleurs, préparés par un nommé René, florentin, parfumeur ordinaire de la Reine-mère. Après un séjour de près de quatre années à la Rochelle, entraînée par les assurances-de Coligny qu’avaient gagné les prévenances empressées et les belles promesses de la cour, la Reine de Navarre, malgré les trop justes appréhensions des Rochelais , avait quitté leur ville, à la fin du mois de mars précédent, pour aller assister aux préliminaires du mariage de son fils avec la princesse Marguerite, sœur du Roi. Elle avait été devancée par Henri, par le prince de Condé et le comte de La Rochefoucaud, qui avaient voulu se mettre en équipage convenable pour la cour et ledit mariage. Elle partit accompagnée de Ludovic de Nassau et de grand nombre de noblesse, après avoir adressé aux Rochelais tous ses remerciements de leur concours généreux et dévoué, et leur avoir exprimé sa reconnaissance du service qu’ils avaient rendu au parti en offrant leur ville pour asile aux chefs protestants pendant les troubles précédents. Le mariage d’Henri de Bourbon fut célébré le 18 août suivant ; six jours après sonnait le glas funèbre de la Saint-Barthélémy !… (A. Barbot. — Bruneau.)
1572 09 01. — Si l’on en croit les mémoires de Claude Haton , ce serait par Montgommery, l’un des principaux seigneurs protestans échappés au massacre de la Saint-Barthélémy, que, 24 heures après, les Rochelais auraient appris l’horrible nouvelle, qui leur causa plus de douleur encore que d’épouvante(1). Depuis longtemps ils avaient eu le pressentiment qu’il se tramait quelque sinistre complot contre les protestants, et s’étaient efforcés de faire partager leurs craintes à l’amiral Coligny. A la fin de juillet, ils lui avaient écrit que la flotte réunie sur les côtes du Poitou , sous le commandement de Strozzi, leur paraissait bien plutôt destinée à combattre la Rochelle qu’à aller en Zélande , comme la Cour voulait le faire croire, et que toutes les bandes de gens d’armes qui ravageaient le pays d’alentour , disoient tout apertement que , sans la promesse du sac de la ville, ils ne se fussent mis aux champs. L’amiral, fasciné par les hypocrites cajoleries du Roi et de sa mère, avait eu beau leur répondre que, quoy que l’on veuille dire, ils vCavoient, Dieu mercy, nulle occasion de craindre, ils ne s’en étaient pas moins tenus prudemment sur leurs gardes, et avaient su déjouer les manœuvres employées par Strozzi et le baron de La Garde pour l’exécution des projets de la Cour contre la Rochelle (2). Persuadés que c’était un vray cordeau, cordeau pour les étrangler, ils avaient sagement repoussé l’offre de ceux-ci de faire entrer à la Rochelle quelques troupes, dans l’intérêt de la sûreté de la ville , et comprenant qu’ils ne devaient attendre leur salut que d’eux-mêmes, ils se préparèrent à tout évènement et commencèrent le 1er septembre le dénombrement des habitans (3), qui furent ensuite partagés en huit compagnies, de 200 hommes chacune, outre la Colonelle, composée des membres du corps de ville et des plus notables citoyens. (Mémoires de l’Estat de France. — A. Barbot. — Cl Haton, etc.)

(1) Les massacres commencèrent le 24 août ; les Mémoires de l’Estât de France disent que les Rochelais n’en furent informés que le 29.

(2) Les Mémoires de l’Estat de France, d’autres livres huguenots et Arcère lui-même, vont jusqu’à citer une lettre que Catherine aurait écrite à Strozzi, vers la fin de Juin, avec ordre de ne la décacheter que le 24 août, et dans laquelle la reine mère lui donnant avis tlu massacre de Paris, lui enjoignait "de se rendre maître de la Rochelle , et de faire aux huguenots qui lui tomberont sous la main le même qu’il avoit été fait à ceux de Paris , sous peine d’encourir la disgrâce d’elle et de son fils. Mais il est bien évident que cette lettre est supposée, et que Catherine ne savait pas deux mois d’avance que l’exécrable boucherie aurait lieu précisément le 24 août.

(3) Nos annalistes n’en constatent pas le résultat. Henri Martin, dans son Histoire de France, déclare, sans indiquer la source où il a puisé ce renseignement, que la population de la Rochelle ne dépassait pas alors 18,000 âmes.


1572 09 09. — Six jours après la Saint-Barthelémy, Charles IX dépêchait aux Rochelais d’Audevars , maître d’hôtel de la Reine de Navarre (1), qu’accompagnait le pair de la commune Bouc.hereau, avec une longue lettre au corps de ville, dans laquelle , en les priant de ne pas ajouter foi aux rapports qui leur seraient faits sur les événements de Paris, il leur déclarait qu’en se défaisant de l’amiral et de ses adhérans, il n’avait fait que les frapper du coup qu’ils préparaient pour lui, sa mère, ses frères et autres princes et seigneurs, par une damnable conspiration, que Dieu lui avait fait la grâce de découvrir et de déjouer ; mais que cela n’avoit esté faict à cause ou pour haine de la religion (réformée), ny pour contrevenir en rien à ses édits de pacification, et qu’il était asseuré que ses bons et loyaux subjets en recevroient un merveilleux bien et contentement. En vain leur promettait-il le libre exercice de leur culte, et de les conserver et favoriser par tous les moïens qui seroient en lui, les Rochelais n’étaient pas assez crédules pour ajouter foi à ces grossiers mensonges : en écrivant à Strozzi, quelques jours après, ils qualifiaient d’estranges et horribles exécutions ce qui s’était passé à Paris et continué en pareille furie à Orléans, à Saumur et plusieurs autres lieux ; ils refusaient au baron de la Garde les bledz , farines, vins , chairs et poissons salez, qu’il leur avait demandés pour le service du Roi, et répondaient au reproche qu’il leur adressait de faire trop grande garde en leur ville, que leurs portes n’esloienl pas gardées plus étroitement que de coustume et qu’il nestoit dans tout le royaume ville plus paisible que la leur. Prévoyant bien que l’orage ne pouvait tarder à fondre sur eux, tout en protestant de leur fidélité au Roi, ils ne négligeaient rien pour leur défense. Afin d’intéresser le ciel à leur cause, les 9 et 11 septembre, le consistoire fit publier un jeûne général : à quoy le peuple se trouva bien disposé n’ayant cessé de pleurer et gémir depuis les nouvelles du massacre. (Mém. de l’Estat de France.) — V. 1er septembre.

(1) C’est par erreur qu’Arcère a écrit qu’il était pair de la commune rochelaise.


1572 09 19. — Les craintes qu’inspirait la Rochelle à la cour étaient telles que pendant que gentils hommes, capitaines , bourgeois ou autres estans en lad. ville publiaient une sorte de manifeste, dans lequel ils flétrissaient la Saint-Barthélémy en ces termes : lâche entreprise et barbare exécution, baillant matière aux historiens d’escrire une histoire tragique dont l’antiquité n’a jamais ouy parler d’une pareille) et dont la postérité ne pourra ouyr parler qu’avec horreur , et traitaient de conte absurde la prétendue conspiration de l’amiral de Coligny et des réformés , déclarant que tous ceux de la religion romaine, ausquels est resté quelque goutte d’humanité, le confessent et baissent la teste de honte, rnaudissans et de cœur et de bouche les cruels exécuteurs de ceste maudite entreprise et les méchans perturbateurs du repos public, etc., Charles IX, malgré de si sanglants outrages, écrivant aux Rochelais, le 19 septembre, les traitait de chers et bien aimez, vantait leur fidélité et droite intention, les assurait de toute sa bonne volonté à leur égard et dérogeant pour eux seuls à ses derniers édits, leur accordait le libre exercice de la-religion réformée , à la condition toutefois de recevoir Biron, comme gouverneur, de n’admettre dans leur ville aucun étranger sans son autorisation, ni à leurs prêches et assemblées religieuses d’autres personnes que celles de tout temps domiciliées à la Rochelle. (Mém. de l’estât de F.) — V. 9 septembre.
1572 09 26. — Malgré les instances et les promesses de la Cour (V. 19 sept.) , malgré les assurances de Biron qu’il avait versé des larmes sur les massacres de Paris, qu’il consentait à n’être introduit dans la ville qu’avec deux personnes de sa suite et à se retirer aussitôt qu’il aurait été reconnu en qualité de gouverneur, et aurait reçu le serment des habitans ; malgré les malheurs qu’il leur fesait entrevoir, s’ils se refusaient aux demandes aussi justes que modérées du Roi, tout le peuple, que le Maire avait convoqué pour lui communiquer les propositions du Roi et de Biron, s’écria d’une voix que le seigneur de Biron ne devoit estre receu en ville, jusqu’à ce que les armées fussent congédiées ou tellement retirées que tous soupçons et défiances fussent levés. (Mém. de l’est. de F. -. A. Barbot. — D’Aubigné. — De Thou.)
1572 10 16. — On ne peut s’empêcher de prendre une bien haute idée de l’importance et de la force de la Rochelle, en même temps qu’une bien triste opinion de la faiblesse de la royauté , en voyant que, depuis plus d’un mois, il ne se passait presque pas de jour sans que le Roi, la Reine mère, les princes ou les plus grands de l’Etat n’écrivissent aux Rochelais, ou ne leur envoyassent des députés, pour les déterminer à recevoir un gouverneur, qu’on avait choisi tout exprès pour eux , lié qu’il était avec les chefs des politiques, qui avait sauvé plusieurs huguenots à la St-Rarthelémy (parmi lesquels deux députés Rochelais), et qui demandait si peu que cela : entrer à la Rochelle sans aucune suite, recevoir le serment des habitans et se retirer après. ( V. 26 septembre. ) Le 16 octobre, arriva un nouvel envoyé de la cour , un sieur Durand , procureur de la commune au parlement de Paris (1). Il avait pour mission d’assurer de nouveau le corps de ville de la bonne volonté de Sa Afajesté, du désir qu’elle avoit que les Rochelois vécussent en repos, paix et contentement, el savoir de quoy ils avoient à se plaindre, pour là dessus y pourvoir. Outre des dépêches de Biron, qu’il avait été trouver à Saint-Jean d’Angély, il apportait des lettres du premier président de Thou, adressées au lieutenant-général, Jean-Pierre, au Maire Morisson et à quelques notables. « Mais comme on voyoit les affaires tellement engagées à la guerre et à un siège contre ceste ville, qu’il n’y avoit aucune assurance aux promesses qui estoient faites , ceste ville , pour response , se tient en ses premières résolutions, tesmoignant aud. Durand que, quelque affection qu’on luy portast pour ses services, on avoit grandement désagréables et on trouvoit très mauvais, vu la profession qu’il faisoit de mesme religion, les conseils qu’il donnoit, et d’avoir entrepris une telle légation. Les Maire, eschevins et pairs continuans leurs plaintes envers led. seigneur de Biron de ce que , pendant tous ces entretiens, on fermoit tous les chemins et allées en ceste ville, pour empescher le commerce, et qu’on prenoit les navires et autres biens des habitans, qui y venoient des provinces ou royaulmes estrangers (2). » (A. Barb. - Mém. de l’Estal de Fr.) — V. 22 janv. 19 et 26 sept.

(1) La ville avait deux avocats, un procureur et un solliciteur au parlement de Paris , auxquels elle donnait des appointements fixes de 3 écus deux tiers par année. (Etablissem, et statuts du corps de ville.)

(2) Dans sa réponse à Biron, le corps de ville se plaignait notamment de ce que le seigneur de Royan avait capturé deux navires Rochelais, chargez de drogues et espiceries, de la valeur de quinze à seize mille escus ; de ce que plusieurs autres navires , chargés de blé et de vin , avaient été pillés, et un batiment venant de Terre-Neuve tout récemment arrêté par les vaisseaux du Roi. (Mém. de l’Estat de Fr.)


1572 10 18. — Il devenait chaque jour plus évident que les longues négociations des Rochelais avec la cour (V. 16 oct.) ne pourraient aboutir à aucun résultat, qui satisfit l’une et l’autre partie. Les magistrats municipaux, les habitants et les réfugiés, comprenant qu’ils n’avaient plus d’espoir de salut qu’en eux-mêmes, et que leur union seule pouvait leur donner les moyens de résister aux forces de leurs adversaires, avaient résolu de se lier plus étroitement par de solennels sermens : ils avaient tous juré, entre les mains du Maire, de se vouer corps et biens à la cause, de mourir, s’il le fallait, pour le salut des églises réformées, et principalement pour la conservation de la liberté religieuse et des franchises de la Rochelle. Le corps de ville, de son côté, avait senti la nécessité de déléguer une partie de ses pouvoirs et de ses attributions à un conseil extraordinaire qui, moins nombreux , plus facile à réunir, plus apte à garder le secret des affaires et des délibérations, pourrait donner une prompte solution aux nombreuses et graves questions que les évènemens allaient faire surgir. N’était-il pas convenable d’ailleurs de faire participer, dans une juste mesure, aux délibérations et résolutions qui seraient prises , ceux qui venaient de se consacrer avec tant de dévouement à la défense commune ? En conséquence, 1 e 18 octobre, tous les citoyens furent convoqués au son de la cloche de l’échevinage, dans la salle Saint-Yon , et le Maire leur déclara qu’il les avait réunis pour eslire un certain nombre de personnages capables et idoines pour vaquer à toutes les affaires d’Estat qui surviendroient, au faict de la guerre et autres, et en outre statuer sur les procès civils et criminels, dont les appels ne pouvaient plus être portés désormais au Parlement. Il proposa de choisir six anciens Maires ou échevins, trois pairs et trois bourgeois ; les gentilhommes étrangers devant, de leur côté, désigner quatre d’entr’eux. Les bourgeois, après avoir délibéré, demandèrent que le nombre des bourgeois fut porté à quatre , et celui des membres du corps de ville réduit à huit ; ce qui fut adopté. Il fut ensuite décidé que le conseil extraordinaire, qui se trouva ainsi composé de seize membres, se réunirait chez le Maire , tous les jours, à midi, pour expédier les affaires ordinaires et courantes, et chaque mardi, à sept heures du malin, pour les affaires d ?Estât et autres de conséquence. (Rég. du corps de ville. — A. Barbot.)
1572 10 23. — La cour avait envoyé un nouveau député aux Rochelais, ( V. 16 octobre.) François du Fou, seigneur de Vigean, gentilhomme de marque du Poitou, dont le choix semblait devoir leur être agréable en sa qualité de protestant. Il était arrivé, la veille, aux portes de la Rochelle ; mais on avait refusé de le recevoir ; le corps de ville lui avait seulement dépéché à Tasdon trois commissaires, qui avaient répondu à ses ouvertures de façon à ne lui laisser aucun espoir d’arrangement (1). Il s’était retiré alors au château de Sigognes, en la paroisse du Thou (2), dont le seigneur était assez suspect aux Rochelais, à cause de ses relations avec Riron. Dans la nuit du 23 au 24 octobre, quelques cavaliers de la compagnie de Saint-Etienne pénètrent dans le château ; du Vigean est attaqué dans son lit, percé de coups d’épée et laissé pour mort dans la ruelle ; deux personnes de sa suite sont tuées et les assaillans ne se retirent qu’après avoir pillé ses bagages et enlevé ses chevaux. Cet attentat, que rendaient plus odieux et plus grave le titre de député de du Vigean et le sauf-conduit qu’il avait obtenu du Maire, eût un grand retentissement à la Rochelle ; les ministres le flétrirent avec indignation etLanguiller, de la maison de Belleville et proche parent de du Vigean , insista pour qu’il fut puni avec rigueur. Le lieutenant de Saint-Etienne, Guémenière, qui avait conduit l’expédition , selon les uns, qui l’avait simplement conseillée, selon les autres, fut arrêté et enfermé dans la tour de la Lanterne. Mais SaintEtienne prit chaudement sa défense , et menaça de se retirer s’il n’était rendu à la liberté. Pour éviter une rupture fâcheuse, les magistrats de la commune, après s’être excusés, auprès de Riron, d’une action qu’ils présentèrent comme le résultat d’une méprise, se déterminèrent à en abandonner la poursuite. (Mém. de l’Est. de Fr. — A. Barb. — De Thou. — Add. aux mêm. de Castelnau.)

(1) Il y a cependant lieu de douter de l’exactitude de la réponse que leur prête Cauriana : « La Rochelle est libre et n’a rien de commun avec le Roi. »

(2) Massiou s’est deux fois trompé en plaçant le château de Sigogne près de Marans, et en donnant la date du 12 octobre à la conférence de du Vigean et des députés Rochelais.


1572 10 24. — Un vieux loup gris pénètre dans la grande boucherie , par le canal de pierre, qui lui servait d’égoût et se trouvait au coin des vieux murs de Maubec. Il fut tué par les chiens et par les gens du peuple, accourus en foule pour voir un spectacle si inouy et si inopiné, « sur quoy plusieurs esprits firent des augurations sur la circonstance du temps », ajoute A. Barbot.
1572 11 08. — Tout en assurant Biron qu’ils ne cherchoient dans toutes leurs allures qu’à servir Dieu et à avoir paix et seureté (Lettre du 24 octobre. — V. 23 octobre), les Rochelais, avertis par leurs amis que la cour se préparait sourdement à assiéger leur ville, ne négligeaient rien de leur côté pour se mettre en état de défense. Dès le 25 octobre, ils avaient expédié en Angleterre trois députés pour solliciter l’appui de la reine Elisabeth (V. 20 janvier) ; le 31 du même mois, le conseil extraordinaire avait ordonné que , conformément aux privilèges de la Rochelle, les habitants des paroisses du gouvernement seraient tenus de venir travailler aux fortifications, qui furent considérablement augmentées ; les royalistes ayant arrêté et saisi plusieurs navires et leurs cargaisons appartenant à des Rochelais , le conseil avait prononcé la confiscation de tous les deniers, meubles et revenus des papistes, qui avaient abandonné la ville. Afin de mieux protéger les communications du côté de la mer, on résolut de s’emparer de l’île de Ré. Dans la soirée du 8 novembre, quatre navires et quelques barques, montés par des troupes que commandait des Essards, sortirent dans ce but du port de la Rochelle ; mais en approchant de Chef-de-baie , ils firent la rencontre de deux galères, que le baron de La Garde avait envoyées sous le commandement de Tosinghi, vieux général florentin, et d’un gentilhomme génois, nommé Fiesque, pour reconnaître, avec deux ingénieurs italiens, Justiniani et Ramelli, les arrivages de la Rochelle et sonder la profondeur du canal. Les Rochelais fondirent sur eux à l’improviste ; Tosinghi parvînt à s’éloigner à force de rames ; mais de Fiesque , plus engagé, ne pût se faire obéir des galériens, ses rameurs, auxquels les assaillans promettaient la liberté, et après un combat très vif, il fut obligé de se rendre. La petite flotille rochelaise revînt alors au port, ramenant la galère de Fiesque et son équipage. L’expédition de l’ile de Ré fut reprise le lendemain ; mais elle ne put réussir par suite d’une tempête, qui l’obligea à rentrer. (A. Barbot. — De Thou. — Cauriana.)
1572 11 13. — « Le conseil extraordinaire arrêta de faire desmolir et raser les moulins proches la porte Sainte-Nicolas et leurs dépendances, la maison et moulin du Fourneau (1), toutes les murailles des vignes, depuis ladite maison jusques à Coureilles, toutes les maisons du Colombier (V. 4 avril), celles du Treuil-Mesnard (près du Treuil-des-Noyers) et de la Brande , tout le fauxbourg de Saint-Eloy, les maisons des Salines, celles des Voiliers (2) et de Pallère (près de la porte de Cougnes), qui estoient les plus proches et faisoient l’entour de la ville , afin que l’ennemy ne s’en pust servir et venir à couvert jusques sur la contrescarpe, et de plus que tous les fossés estans èsdits lieux, regardans la ville , seroient comblés, les buissons et espines toutes coupées : ce qui fust faict. » (A. Barbot.)

(1) Près de la porte Saint-Nicolas, au bord de la côte.

(2) Située sur l’emplacement où a été percée la rue des Voiliers, qui doit son nom à cette ancienne maison seigneuriale.


1572 11 19. - La cour, voulant tenter un dernier effort pour ramener les Rochelais à l’obéissance (V. 16 octobre), avait jeté les yeux sur La Noue, ce héros sans peur et sans reproche des huguenots. Le zélé protestant, qui avait tant de fois combattu pour la défense de sa religion, hésita longtemps à accepter une pareille mission ; mais Charles IX et sa mère protestèrent si bien de la sincérité de leurs intentions, l’accablèrent de tant de prévenances, lui firent de si belles promesses, qu’il se laissa gagner, persuadé qu’il était que la ruine de la Rochelle était certaine s’il n’intervenait pour la sauver. On lui adjoignit l’abbé Guadagne , moins peut-être comme collègue que comme surveillant. La Noue donna avis aux Rochelais de sa prochaine arrivée et de la commission qu’il avait reçue du roi. Malgré l’opposition de quelques esprits exaltés et principalement des ministres, qui prétendaient que ce serait un sacrilège d’avoir des rapports avec un renégat qui, disait-on , avait été à la messe, les modérés obtinrent qu’on nommerait des commissaires pour conférer avec lui, et on choisit Tasdon pour lieu de réunion. Les députés de la cour y arrivèrent le 19 novembre. (1) Arcère et plusieurs historiens ont reproduit le récit, fort dramatique, que nous a laissé Cauriana, de l’entrevue qui eut lieu le même jour, entre La Noue et les commissaires rochelais ; ceux-ci auraient feint de ne pas le reconnaître, et, sous d’éloquentes figures de rhétorique, lui auraient amèrement et cruellement reproché le rôle qu’il avait accepté. Mais A. Barbot semble plus digne de foi en racontant qu’après que La Noue eut exposé aux commissaires les propositions du roi et les dangers qui menaçaient la Rochelle, si elle persistait dans la révolte , « il fust convié par eux de leur donner conseil selon ses sentiments particuliers, et qu’il leur conseilla de ne rien faire qu’avec bonne asseurance et de n’entendre à la paix, si elle n’estoit générale et profitable pour tous. » Une assemblée générale des habitants fut convoquée à l’Hôtel-de-Ville ; la Noue s’y rendit : sa parole entraînante dissipa tous les soupçons et lui rallia tous les cœurs. Les magistrats l’embrassèrent et lui offrirent le choix entre ces trois partis : prendre le commandement des troupes rochelaises ; passer en Angleterre , sur un navire qui serait mis à sa disposition, ou vivre parmi eux en simple particulier, lui promettant maison, terres et les dignités dont pouvoit disposer leur modeste république. Après en avoir conféré avec Biron et Guadagne, La Noue opta pour le commandement qui lui était otfert, acceptant ainsi le rôle si difficile de servir les intérêts de ses coreligionnaires, sans manquer à sa parole envers le Roi. (A. Barb,-Cauriana. — de Thou. — Hist. des deux sièges, etc.)

(1) La date du 19 décembre, donné par Arcère , est une faute d’impression vraisemblablement.


1572 12 13 (Siège de). — Toutes les tentatives d’accommodement ayant échoué devant l’inébranlable fermeté des Rochelais (V. 19 novembre. ) , Biron s’était décidé à entrer avec ses troupes dans le gouvernement de la Rochelle pour venir investir cette ville. Il s’était facilement emparé de Marans et des châteaux fortifiés de Charron , de la Gremmenaudière et de la Sausaye, dont les faibles garnisons s’étaient repliées sur la Rochelle, et il était venu établir son quartier à Saint-Xandre, en distribuant ainsi ses forces : Ph. Strozzi, colonel des bandes françaises, à Puilboreau (1) ; le capitaine Saint-Martin, dit le Luthérien, à Lagord, avec douze cents hommes ; Goas, à Rompsay, avec six enseignes d’infanterie, et du Guast, colonel d’un régiment de vieilles bandes, au bourg d’Aytré. Après que chacun d’eux s’y fut fortifié par des retranchements, des fossés et des barricades, Biron songea à priver les Rochelais de l’eau douce, que des canaux souterrains conduisaient de Lafons dans les trois fontaines de la ville. Le 13 décembre, il s’avança avec des forces considérables vers le village de Lafons, que les assiégés avaient presque entièrement brûlé ou démoli, pour couper les canaux et empoisonner les eaux. Les Rochelais firent une sortie pour s’y opposer ; un rude choc eût lieu, dans lequel les royalistes (que leurs adversaires appelèrent dès lors philistins, dit Bruneau), perdirent cent cinquante hommes, parmi lesquels Saint-Genest, guidon de Biron. La crainte que l’eunemi n’eût réussi à empoisonner l’eau des fontaines, détermina le Maire à en interdire l’usage , mais on reconnut bientôt qu’on s’était alarmé inutilement, et on ne tarda pas à recommencer à en boire. (A. Barbot. — Mém. de l’Estat. - De Thou. - Bruneau. )

(1) On écrivait alors Puy-le-boreau, c’est- à-dire mont du bourreau.


1572 12 18 (Siège de.) — Biron, après avoir essayé de priver d’eau les Rochelais, en coupant les canaux des fontaines ( V. 13 décernb.), avait résolu de leur enlever les moyens de moudre leur grain. « Dans la nuit du 18 décembre, il fait brusler quatre moulins à vent hors la porte de Cougnes, et fait mourir quelques habitans de la ville qui estoient en iceulx , et dès lors furent faitz en lad. ville grand nombre de moulins à cheval et à bras. » (A. Barbot.) Cependant, Biron n’ayant pu détruire quatre moulins plus rapprochés des murailles, les habitants, pour suppléer à l’insuffisance des moulins mécaniques, s’y rendaient par bande pendant la nuit, protégés par des soldats. Mais, dans la nuit du 24 au 25 du même mois, ils furent attaqués par l’ennemi, qui en tua plusieurs, fit une trentaine de prisonniers et brûla les moulins. (Idem.)
1572 12 20 (Siège de). — Investie du côté de la terre ( V. 13 décembre. ), la Rochelle avait encore la mer à peu près libre, et quelques galères et vaisseaux du Roi, qui croisaient dans les rades , ne pouvaient suffire pour empêcher ses navires de passer. « Les capitaines de marine ayant pour la pluspart équipé leurs vaisseaux pour tenir la mer et aller à la queste,.. Jehan Boisseau, de ceste ville, leur fust nommé chef et admirai, le 20 dud. mois, pour commander sur tous, au nom et en l’authorité du seigneur Maire et capitaine. » ( A. Barbot.) V. 3 février.
1572 12 22 (Siège de). — « Le 22 dud. mois, sur ce qu’il commençoit, à cause des sorties, d’y avoir quelques soldats blessés, le conseil de guerre ordonna de faire un hostel des blessés en la maison où autrefois estaient les religieuses des soeurs noires (1) ; lad. maison appelée Sainte-Marguerite, ainsy qu’aux troubles précédents elle avoit servi au mesme usage. » Le 4 février suivant, le conseil fit un « règlement pour les blessés qui seront à l’hôpital Sainte-Marguerite, tant pour leur introduction que sur leur nourriture et médicamens et leur enterrement en cas de décès. » L’article 3 est ainsi conçu : « Le gardien baillera à desjeuner auxd. blessés à sept heures du matin, le gouster entre une ou deux heures, et à chascun un quart de vin par repas. Aussy leur baillera à disner à 10 heures précisément, et souper à 5 heures, et à chascun repas une chopine de vin, dont les plus malades auront du mouton ou agneau bouilly ; à disner et à souper, roty par chacun jour, s’il s’en peut trouver , et les moins malades n’auront de roty que deux fois la semaine , sçavoir le dimanche et le jeudy, et les autres jours, de ce qui se pourra trouver. » (A. Barbot.) La médecine de nos aïeux, on le voit, n’était pas partisante de la diète.

(1) Le protestant A. Barbot se trompe : les religieuses de Sainte-Marguerite étaient désignées sous le nom de sœurs blanches et celui de sœurs noires était porté par les religieuses de Sainte-Claire. (V. 21 mai et 5 août.)


1573 01 23. — Tous les efforts de la Cour pour rassurer les Rochelais sur ses intentions et les déterminer à recevoir Biron dans leursmurs, comme gouverneur, ayant échoué devant le souvenir des Noces de Paris, Biron avait fait avancer ses troupes autour de la ville, déterminé à en faire le blocus. Déjà plusieurs engagements avaient eu lieu entre les Rochelais et les troupes royales. Dans la nuit du 23 au 24 janvier, Strozzi résolut de s’emparer du moulin de la Brande, situé à trois cents pas de la contre-escarpe, entre la Porte-Neuve et la porte Rambaud. Les soldats chargés de le défendre pendant le jour , rentraient en ville le soir, n’y laissant qu’une sentinelle pour la nuit. Strozzi, qui ignorait cette circonstance , vint attaquer le moulin , à la tête d’un détachement qu’accompagnaient deux couleuvrines. L’unique défenseur du moulin, pauvre chaudronnier de l’île de Ré, dont le nom est resté inconnu, résolut d’user de stratagème et de payer d’audace. Il fit feu sur les assaillants avec une si étonnante activité, et sut si bien déguiser sa voix de diverses manières , que la troupe de Strozzi put croire que le chétif moulin, contre lequel furent tirés 16 coups de canon., comptait de nombreux défenseurs. Le capitaine Normand, du haut d’un cavalier de la place, encourageait le valeureux soldat et lui parlait comme s’il commandait une compagnie, lui annonçant un prompt renfort. Cependant, à bout de ressources et de munitions, l’intrépide défenseur se vit obligé de demander quartier pour lui et pour les siens. Quand on lui eut accordé sa demande, Strozzi, furieux d’avoir été le jouet d’une ruse aussi téméraire, voulut le faire pendre, mais Biron le condamna seulement à être rameur sur une galère ; châtiment auquel le brave chaudronnier parvint à se dérober par la fuite. (A. Barbot).
1573 02 01. — « Le portail du temple de Saint-Sauveur, après avoir été sappé, tomba de nuit et rompit plusieurs maisons. » (Bruneau.)
1573 02 03. — Biron comprenant que ce n’était pas assez d’avoir investi la Rochelle du côté de la terre (V. 23 janvier 1573 ), résolut de la bloquer aussi du côté de la mer. pour empêcher que des secours ne fussent envoyés aux assiégés. Il fit en conséquence commencer deux forts pour battre le canal, l’un à Coureille et l’autre à Port-Neuf, et fit venir de Brouage une grande caraque vénitienne, du port de 1200 tonneaux , selon Mervault, pour en établir un troisième au milieu même du canal. On la remplit en conséquence de pierre et de sable, et on l’enfonça, le 3 février, à portée de canon, en face de l’ouverture du port. Prévoyant le danger auquel les exposait une pareille entreprise , les Rochelais résolurent de profiter du moment où la mer serait basse pour mettre le feu à la carraque. La nuit suivante, hommes , femmes, enfants et soldats, chargés de matières combustibles et de pièces d’artifice (1), firent de vains efforts pour l’incendier : le retour du flot les obligea à se retirer et quinze personnes se noyèrent ou furent tuées par les mousquetades des assiégeants. Ce fort fut appelé le Fort de l’Aiguille. (Cauriana. — A. Barbot.)

(1) Cauriana dit à cette occasion que les Rochelais excellaient dans l’art de faire les pièces d’artifice.


1573 02 04.Outre les forts de Coureilles et de Port-Neuf (v. 3 fév.), les assiégeants avaient résolu d’en construire un autre sur la motte Saint-Michel, à l’endroit même où plus tard fut élevé le fameux Fort-Louis. Pour entraver les travaux que l’on venait de commencer, les Rochelais font une sortie par la porte des Deux-Moulins ; mais les catholiques, qui étaient sur leurs gardes marchent contre eux , les forcent à se replier et s’emparent des maisons de la corderie. Le brave La Noue sort alors de la place, fond sur les papistes et les oblige à déguerpir de la corderie , mais non sans perdre bon nombre de soldats. (A. Barbot.)
1573 02 11. — Le duc d’Anjou , frère de Charles IX, auquel il succéda sous le titre d’Henri III, et qui s’était acquis dans plusieurs batailles précédentes un grand renom de talent et de courage, qu’il allait compromettre devant les murs de la Rochelle, arrive au camp pour prendre le commandement de l’armée assiégeante, salué par toute l’artillerie royale. ( Voir 23 janvier 1573). Il était accompagné du duc d’Alençon , son frère ; du roi de Navarre et du prince de Condé, que l’on avait contraints de marcher dans les rangs catholiques , à côté des meurtriers de l’amiral, pour prouver la sincérité de leur retour à l’église Romaine ; du duc de Montpensier, qui, dix ans auparavant , avait laissé à la Rochelle de si cruels souvenirs de son fanatisme ( voir 8 février) ; de son tils , le prince dauphin d’Auvergne ; des ducs de Guise, de Longueville et de Nevers ; du jeune duc de Bouillon, qui, malgré les conseils de son oncle, avait craint qu’on imputât à faute de cœur de lie pas se rendre à un siège où toute la France alloit, dit-il dans ses mémoires ; du marquis de Mayenne, du duc d’Uzès , du bâtard d’Angoulême, grand prieur de France ; du maréchal de Cossé, de Blaise Montluc, qui devait l’être bientôt ; de Gonzague, de Villequier ; du comte de Retz , des deux de Beaufïremont, de la Valette, du grand prieur de Champagne, de Puy-Gaillard, de Clermont, de Brantôme, de Coconas, etc., en un mot de tous les princes, de tous les capitaines et grands seigneurs, qui avaient quelque réputation dans les armes. Le même jour, suivi d’une faible escorte, le duc d’Anjou fit le tour.de la ville, à portée d’arquebuse, pour reconnaître la place et convoqua ensuite tous les chefs pour discuter et arrêter les plans de campagne et assigner à chacun son poste. ( Cauriana — de Thou, — Davila, — H. Martin, etc. )

(1) Ce dernier, qui dirigeait, sous la direction de Richelieu , la construction de la digue , mourut sur ces entrefaites , en ordonnant qu’on l’enterrât dans la Rochelle !


1573 02 12. — L’arrivée du duc d’Anjou et de la brillante troupe de guerriers qui l’accompagnaient, dut nécessairement imprimer une grande activité aux opérations du siège. Pour montrer que les assiégés n’en étaient pas effrayés, la Noue , dès le lendemain, sortit de la place avec 25 chevaux et un certain nombre d’hommes de pied, fondit sur un détachement de cavaliers , qui conduisaient du canon, et leur fit quelques prisonniers, parmi lesquels Sainte-Colombe. Sans une brume épaisse , qui lui fit craindre de tomber dans une embuscade, il pouvait charger une compagnie, commandée par le duc d’Anjou, qui courut un instant le danger d’être pris. ( A. Barbot).
1573 02 18. - « Les Philistins (depuis quelque temps les Rochelais qualifiaient ainsi les soldats de l’armée royale), commencèrent , près du moulin de la Brande (F. 23 février) , un fort, qu’ils appelèrent de Saint-Martin le luthérien » ( Braneau ) du nom du capitaine qui devait le commander. Cauriana l’appelle le fort de la Brande, et dit qu’il était situé en face du boulevard de l’Evangile, à quatre cents pas de la ville. (1)

(1) La date du 28 février, donnée par Arcère, est fausse.


1573 02 20. — Mariage à la Rochelle de Lancelot du Voysin, plus connu sous le nom de la Popelinière, avec Marie Bobineau, fille ou peut-être nièce du maire alors en exercice. Ainsi devenait plus rochelais encore le vaillant guerrier, qui, depuis longtemps déjà, avait voué son épée à la défense de la cause rochelaise ; l’habile négociateur, qui plus d’une fois avait défendu ses intérêts à la cour ou dans les assemblées protestantes ; l’historien de mérite , qui écrivit et fit imprimer à la Rochelle son histoire , encore si estimée, des troubles et des guerres religieuses, dans lesquelles il avait joué un rôle important. (Reg. de l’état-civil des protest.)
1573 02 21. — Brillante victoire remportée par les assiégés sur les troupes royales, près du village de Lafons., après un combat qui avait duré six heures , et dans lequel les royalistes avaient perdu huit capitaines ou cornettes, et avaient eu cinquante soldats tués et plus de cent blessés, dont plusieurs gentilshommes et favoris des ducs d’Anjou et d’Alençon. La Noue y avait fait preuve du plus bouillant courage et avait eu son cheval tué sous lui. Au moment où le colonel royaliste, Sérilliac, était rapporté blessé dans sa tente , après avoir tué de sa main l’un des plus braves officiers rochelais, un des soldats de celui-ci, voulant venger la mort de son capitaine , se précipita sqr le colonel et le renversa d’un coup d’épieu à la tête, en lui prédisant sa fin prochaine. « Je ne sais pas si mon heure est venue. » répondit Sérillac, et saisissant son épée, il la passa au travers du corps de l’intrépide soldat. (Cauriana.)
1573 02 28 (Siège de). — Le nombre des ministres présents à la Rochelle n’étant pas moindre de cinquante-sept, le conseil de guerre décide qu’il en sera spécialement attaché à chaque compagnie militaire et qu’ils ne se borneront pas à visiter les malades et les blessés, mais que ceux auxquels leur âge et leur santé le permettront, prendront les armes et que les autres travailleront aux fortifications ou feront les patrouilles. ( Am.Barbot. - Mervault.)
1573 03 03 (Siège de). — Claude de Lorraine, duc d’Aumale, s’étant approché de la place , pour examiner ce que fesaient les canonniers et ayant levé la tête au-dessus du parapet-, est tué roide par un boulet tiré du boulevard de l’Evangile (1). Les assiégés, joyeux de la mort de celui qu’ils regardaient comme l’un de leurs ennemis les plus acharnés, donnèrent son nom à la couleuvrine la Mercière (2), qui lui avait porté le coup mortel. (A. Barbot. — Conain.)

(1) A l’occasion de cet événement, Catherine écrivit, le 17 mars, au duc de Montpensier : ï Je vous prie , quelque mine qu’ils vous fasent (ses fils, les ducs d’Anjou et d’Alençon) ne creindre à les empescher du tout de n’aler plus ou yl on tousiours alé ; car vous voyez l’ynconvenyent aveneu au povre M. d’Aumale, y lour en peult advenir aultant, et pour l’honneur de Dieu, metez-vous tous ensemble et les empeschez, comme aussy le Roy, mon fils , pour le regret qu’il a d’avoyr perdu un tel prinse contre des belistres. YI désire la conservation de vous tous plus que la prise de la Rochelle, encoresquele luiimporte de la conservation de son royaulme et ne veult nulement que neul prinse alet allasault, &. »

(2) Ainsi appelée du nom de son donateur, Guillaume Mercier, maire de 1494 , qui avait fait sculpter sur la culasse ses armoiries , formées de trois lumats (limaçons). D’anciens règlements municipaux obligeaient les Maires, lors de leur élection, à donner à la ville une pièce d’artillerie.
Golnitz, dans son itinéraire , prétend que la Mercière ou la d’Aumale avait quarante pieds de long. Arcère a raison, je le crois, de taxer cette assertion d exagération ; mais il se trompe en ajoutant qu’en dérision de l’obésité de Catherine de Médicis , les Hochelais appelaient précédemment cette couleuvrine lu Vache ; celle qu’ils avaient ainsi ironiquement baptisée était la pièce nommée le Gerfaut, qui n’avait pas moins de vingt-deux pieds de longueur. (Livre de la paterne.)


1573 03 04 (Siège de). — Tout en pressant vivement la place, le duc d’Anjou ne laissait pas de profiter des occasions qui lui étaient offertes pour adresser aux assiégés des propositions d’accommodement ; mais elles échouaient toujours par l’impossibilité de s’entendre sur les conditions de la paix. De nouvelles conférences furent ouvertes, le 4 mars, pendant lesquelles il fut arrêté que tout acte d’hostilité serait suspendu. « Ces tresves ainsy faites, raconte Brantôme, parurent aussitost comme nous hors des tranchées force gens de la ville sur les remparts et sur les murailles, et surtout il y parust une centaine de dames et bourgeoises des plus grandes, des plus riches et des plus belles, toutes vestues de blanc, tant de la teste que du corps, toutes de fine toile de Hollande, qu’il fit très-beau à voir, et ainsy estoient-elles vestues à cause des fortifications des remparts où elles travailloient, fust ou à porter la hote, ou à remuer la terre ; et d’autres habillements se fussent salis, mais ces blancs, on estoit quitte pour les mettre à la lessive. Nous autres fusmes fort ravis à veoir ces belles dames et plusieurs s’y amusèrent plus qu’à toute autre chose. Aussy voulurent-elles se montrer à nous et ne furent guères chiches de leur veüe ; car elles se plantèrent sur le bord du rempart, d’une fort belle grâce et démarche qu’elles valoient bien les regarder et désirer. Nous fusmes curieux de demander quelles dames c’estoient : ils nous répondirent que c’estoit une bande de dames ainsy jurées, associées et ainsy parées pour le travail des fortifications et pour faire de tels services à leur ville ; comme de vray elles en firent de bons, jusques-là que les plus vieilles et robustes menoient les armes , de telle sorte que j’ay ouï conter d’une que, pour avoir souvent repoussé les ennemys d’une pique, elle la garde si soigneusement comme une sacrée relique qu’elle ne la donneroit ny vendroit pour beaucoup d’argent, tant elle la tient chère chez soy. » (Mérri. de Brantôme.) — Quel charmant sujet de tableau pour un peintre ! — « Cependant, ajoute Cauriana , les ennemis (les Rochelais) ne quittent pas leurs rangs, et leurs officiers, se promenant le long du fossé, les maintenaient dans le devoir ; en sorte que nous ne pûmes pas examiner leurs fossés. »
1573 03 11 (Siège de) (1). — La Noue, désespérant d’amener les Rochelais à des dispositions pacifiques, découragé par les calomnies, les humiliations même (2) qu’il avait eu à subir , après avoir vainement cherché la mort sur le champ de bataille par la plus audacieuse témérité , se décide à sortir de la Rochelle et à se retirer au camp du duc d’Anjou, avec plusieurs gentilshommes. Ce départ du héros calviniste pouvait produire sur les esprits le plus fâcheux effet, aussi le Maire s’empressa-t-il de convoquer, le même jour, une assemblée générale des habitants et gens de guerre et, après leur avoir rappelé leur devoir, il leur fit jurer à tous « de rester unis pour résister, sous la faveur de Dieu, aux ennemis de sa gloire, sans se rendre déserteur du party ny abandonner la place, et d’exposer leurs biens et leur vie pour sa juste défense. » Il fut décidé en même temps que les huit mousquetaires et les vingt-neuf arquebusiers, qui avaient été donnés pour gardes à La Noue, seraient désormais attachés à la personne du Maire. (A. Barbot.)

(1) Les historiens et les annalistes donnent des dates différentes au départ de La Noue ; mais une lettre de Charles IX le fixe au jour que nous avons adopté.

(2) Quelques jours auparavant, le ministre Desmazières, dit la Place, après l’avoir accablé d’outrages, avait été jusqu’à lui donner un soufflet.(A. Barbot.)


1573 03 17 (Siège de). — « Le 17 au soir, le capitaine Lafons (1) estant de garde hors la ville, à une casemate, ayant choisi neuf ou dix de ses soldats, les mena à la Ladrerie (2), proche le Plessis, où il trouva à table , sous une tente , neuf ou dix tant gentilshommes que capitaines, lesquels estant surpris furent tués sans avoir esgard à grand nombre d’escus qu’ils promettoient pour leur rançon ; apportant toutes leurs hardes, dont plusieurs mandilles estoient de velours ; ce qui fit croire que c’estoient quelques seigneurs. » (Mém. d’estal. — Mervault. — A. Barbot.)

(1) Quelques jours après , « sur certaines rumeurs qu’il se tramait quelque trahison. on arresta le capitaine Lafons , quelques bons exploits qu’il eust fait, on lui fit son procès et, mis à la question, il avoua avoir cherché à entrainer quelques habitants et soldats. » (A. Barbot.)

(2) On appelait ainsi l’hôpital des lépreux, dont l’établissement au village de Saint-Eloy datait des premiers temps de la commune.


1573 03 26. (Siège de). — Les assiégeants ayant préparé une mine, y mirent le feu, dans la nuit du 25 ait 26 Mars ; mais ils s’y prirent si mal qu’elle engloutit cent cinquante de leurs pionniers. La place était si resserrée et les sentinelles ennemies si près des remparts , qu’assiégés et assiégeants pouvaient converser ensemble. Le corps de ville voyant là un danger de trahison, défendit, par un arrêté du 26 Mars, de s’entretenir avec qui que ce fut de l’armée royale sous peine de mort. (A. Barbot.)
1573 03 29 (Siège de). — Quoique la situation de la Rochelle fut de plus en plus critique, surtout depuis le départ de La Noue et de plusieurs gentilshommes notables (V. 11 mars) ; que la ville eut perdu, dans les combats de chaque jour, bon nombre de ses plus vaillants défenseurs ; que les intrigues de ses ennemis eussent réussi à ourdir parmi les assiégés plusieurs complots , et que l’ardeur des assiégeants et leurs moyens d’attaque parussent s’accroître en proportion de l’héroïque résistance des Rochelais l’année de la mairie de Jacques Henry , qui avait déployé dans ces terribles conjonctures une admirable énergie et un dévouement sans borne à la patrie, étant expirée, le corps de ville, ne crut pas devoir déroger au statut communal et procéda, comme à l’ordinaire, le jour de la Quasimodo, à l’élection de trois candidats à la mairie. Jean Morisson, seigneur de Coureilles, Jean Bouchet, avocat, et Pierre Mignonneau ayant eu le plus de voix, le lieutenant-général choisit le premier pour chef de la commune. (A. Barbot.) Bien que Morisson se soit montré non moins digne que son prédécesseur du poste si difficile auquel il fut appelé , et qu’il ait noblement succombé aux fatigues de sa glorieuse tâche, au moment même où la Rochelle allait en recueillir les fruits, l’histoire, trop souvent aussi partiale qu’injuste, a presque oublié son nom, pour ne se souvenir que de celui de Jacques Henry, dont il serait juste de lui faire partager la gloire.
1573 04 07. — Le siège de la Rochelle durait depuis cinq longs mois, sans que tous les efforts d’une armée nombreuse, commandée par les plus grands capitaines , eussent obtenu aucun avantage sérieux, et sans que l’héroïque et saint enthousiasme des assiégés se fut un moment refroidi. Les soldats manquant de vivres et d’argent, la désertion commençait à se joindre à la- mortalité et aux maladies pour affaiblir chaque jour l’armée royale, et toute cette jeune et brillante noblesse de France, impatiente des lenteurs du siège, murmurait hautement et menaçait de se retirer. Le duc d’Anjou ne crut pas devoir retarder plus longtemps le moment de l’assaut, qui fut fixé au 7 avril. Dès la veille , il commença à faire canonner le flanc nord de la place, depuis la tour d’Aix (derrière l’église Noire Dame), jusqu’au bastion de l’Evangile, déjà fort endommagé par la mine, et contre lequel devait être principalement dirigée l’attaque. Pour combler en partie le fossé qui le séparait de la contre-escarpe, on avait entassé une grande quantité de fascines et plus de deux cents tonneaux pleins de cailloutage ; on avait construit en outre en charpente une galerie couverte, montée sur des roues, assez large pour contenir trois hommes de front et assez longue pour aller de la contre-escarpe au bastion de l’Evangile. De leur côté, les Rochelais, sous la direction du nouveau maire Morisson, n’avaienl rien négligé pour déjouer tous les efforts de l’ennemi. Le sept, dès l’aurore, la canonnade des royalistes recommença avec plus de furie, et à midi, la muraille offrant plusieurs larges brèches, le signal de l’assaut fut donné. A la voix de leurs ministres, les Rochelais entonnèrent alors du haut de leurs remparts le psaume 68 : Que Dieu se montre seulement !… et enflammés d’ardeur, hommes, femmes et enfants se mirent en devoir de repousser les Philistins. Le choc fut terrible ! des deux côtés on fit des prodiges de valeur ; les femmes Rochelaises en particulier furent admirables. Ce n’était pas assez pour elles de porter des rafraîchissements aux. combattants et, aidées des enfants , de lancer du haut des murs sur les. assaillants de grosses pierres, des grenades, des pots à feu et de répandre sur leur tête des flots d’huile bouillante ou de goudron enflammé , à l’aide de l’encensoir (long mât tournant sur un pivot et au bout duquel était suspendue une grande marmite), beaucoup d’entr’elles prenaient encore les armes des hommes blessés ou épuisés de fatigue et combattaient avec une bravoure toute virile. Après un combat acharné de plus de cinq heures, pendant lesquelles plusieurs positions furent prises et reprises tour à tour, le jour commençant à baisser, Monsieur fit sonner la retraite, laissant au pied des murailles en ruine un grand nombre de morts, parmi lesquels du Gast, St-Sulpice et plusieurs autres gentilshommes, et comptant parmi les blessés les plus vaillants capitaines. « La nuit veneue fust veu un signe en l’air en forme de dragon, qui jetoit feu et ce signe tomba à la veue de ceux de la ville et du camp ; il entortilloit sa queue comme un serpent, longue de plus de deux lances. » (A. Barbot. - Cauriana. — de Thout — Mervault. — H : Martin, &.)
1573 04 10 (Siège de). — Croyant trouver les assiégés épuisés par la rude journée du 7 (V. plus haut), le duc d’Anjou avait recommencé l’assaut le lendemain, mais sans plus de succès. Le 10, il voulut tenter un assaut général. Il se réserva l’attaque du fameux boulevard de l’Evangile, pendant que le comte de Lude dirigeait ses efforts du côté de St-Nicolas, et Bajourdan , contre la tenaille de la porte des Deux-Moulins. Biron, profitant de la basse mer, avait commencé, avant le jour, à agir contre la tour et la muraille de la Chaîne. Les Rochelais firent face à tout avec une merveilleuse activité, et repoussèrent l’ennemi sur tous les points en lui faisant éprouver de grandes pertes ; et ce furent les femmes et les goujats qui, franchissant les barrières de la porte des Deux-Moulins , se chargèrent d’achever sa défaite en poursuivant les derniers fuyards avec la pique et des bâtons ferrés. ( La Popelinière. — Cauriana. — Amos Barbot, &.)
1573 04 18 (Siège de). — Causseins, ce capitaine des gardes du corps, qui, le jour de la Saint-Barthelémy, avait conduit les assassins de l’amiral, et qui était maître de camp dans l’armée du duc d’Anjou, et Scipion Vergano, l’ingénieur italien, qui après avoir, sous les ordres de la reine de Navarre et des princes, perfectionné les fortifications de la Rochelle, avait mis à la disposition des royalistes son expérience et sa connaissance de la place, tombèrent le même jour et presque au même moment, frappés dans la tranchée par les boulets des assiégés , qui manifestèrent une grande joie de ce qu’ils regardaient comme une juste punition delà Providence. (A. Barbot).
1573 04 19 (Siège de). — Enfin la vigie signale la flotte de secours depuis si longtemps attendue d’Angleterre, et les Rocbelais, qui commençaient à manquer de vivres, de poudre et de munitions, croient déjà pouvoir saluer avec joie le jour de leur délivrance ; ;< mais Dieu, dit Amos Barbot, ne vouloit pas délivrer de leurs afflictions ceste ville et ses églises par le seul bras de la chair, ains par ses moyens admirables. » Malgré la bannière à la croix rouge d’Angleterre, cette flotille, que commandait le comte de Montgommery (ayant pour lieutenant Champernon , son gendre, et Jean Sore J l’ancien amiral des Rochelais), ne se composait guères que de dix ou douze navires anglais, dont le plus grand, la Prime-Rose , qui servait d’amiral, n’était pas de plus de 3 à 400 tonneaux. Les autres, au nombre d’une quarantaine, étaient français, la plupart de la Rochelle, de 50 à 60 tonneaux environ , et armés seulement de petits canons de fer nommés verteils,. C’était là tout ce que le mauvais vouloir d’Elisabeth, plus reine que zélée protestante, avait permis à Montgommery de réunir après beaucoup de temps et d’efforts. Les vaisseaux du Roi, qui bloquaient la Rochelle, étaient sans doute plus forts ; l’estacade qui barrait l’avant-port et les forts construits à l’extrémité des deux pointes offraient de sérieux obstacles à vaincre ; mais ces vaisseaux manquaient d’équipage, et les royalistes, surpris par la brusque arrivée de la flotte, n’étaient pas préparés au combat. Si profitant de la marée et du vent favorable, qui en trois fois vingt-quatre heures avait transporté sa flottille des ports de Plymouth et de Porstmouth sur les côtes de la Rochelle , Montgommery ;feut attaqué brusquement les royalistes , il eut certainement forcé le passage et eut réussi à entrer à la Rochelle ; mais, mal secondé par les Anglais, il hésita, perdit du temps en délibérations, et permit ainsi aux assiégeants de mettre à réquisition un certain nombre de navires Olonnais , venus à l’Aiguillon-pour charger de sel, et de renforcer les équipages d’un grand nombre de gentilshommes. Le lendemain , lorsqu’il se décida à attaquer la flotte royale , la côte était couverte de canons et de soldats ; les Anglais refusèrent d’obéir aux signaux de l’amiral, et la Prime-Rose , atteinte presque aussitôt par un boulet dans ses œuvres vives, faillit être coulée bas. Tout ce que put faire Montgommery fut de faire passer aux Rochelais, sur une patache, 16 ou 18 milliers de poudre , et mettant à la voile dans la nuit du 21 au 22, il alla tomber à l’improviste sur Belle-Isle, dont il s’empara. (Cauriana. — A. Barbot. — Mém. de la Tour d’Auvergne. — Histoire des deux Sièges, etc.)
1573 04 26. — La disette dont les Rochelais eurent à souffrir pendant le premier siège, ne peut être comparée à l’horrible famine du second ; toutefois elle fut l’occasion de plusieurs émeutes contre les accapareurs de grains, et de coupables excès contre le droit de propriété. C’estoit quasy à attrape qui peut, dit A. Barbot. Pour faire cesser de pareils abus, le corps de ville , le 26 avril, rendit une ordonnance, qui prononçait la peine de mort contre les coupables. En même temps il nomma des commissaires pour rechercher les denrées qui pouvaient avoir été cachées « et les faire distribuer selon les nécessités d’un chascun ». « Alors, Dieu envoya une manne d’une telle quantité de sourdons que, de basse mer, il s’en ramassoit sur le sablon, hors l’avre (le port) de la ville, à pleins paniers et en peu de temps, et dont le pauvre peuple vivoit, qui les alloit amasser et en vendoit à suffire par toute la ville. » « Ce qui est chose grandement remarquable, ajoute A. Barbot, et un tesmoignage de la faveur et assistance de Dieu, puisque de mémoire d’homme , devant et après, il ne s’en estoit, en tout jamais, tant vu qu’en ce seul temps de siège. - (A. Bar. Ms. int. , hôtel-de-ville).
1573 05 01 (Siège de) - Pour monstrer aux ennemys que ceste ville ne s’estonnoit point, le premier jour de may, qui est accoustumé estre employé en resjouissance et cérémonie de planter un May, comme on appelle, il s’en plante un, dès la nuit, par les soldats avec toute marque d’allégresse, sçavoir de chamades et tambours, esclats de fifre, trompettes, salves et escopeteries d’arquebuzes. » (A. Barbot.) Cette bravade des assiégés faillit leur coûter cher, car peu s’en fallut que les royalistes n’en profitassent pour surprendre la ville.
1573 05 23 (Siège de). — Arrivée au camp des six mille Suisses qu’attendait depuis longtemps le duc d’Anjou. « Comme si jamais on avoit vu Suisses, dit Brantôme, par la plus sotte curiosité qui fut jamais », les soldats royalistes allèrent fort loin à leur rencontre. Les assiégés, profitant de cette imprudence, se précipitent dans les tranchées, au nombre de quatre à cinq cents cavaliers et fantassins, passent au fil de l’épée plus de quatre cents philistins , enclouent quatre gros canons, coupent les roues des autres et enlèvent neuf drapeaux , une cornette et grande quantité d’armes, cuirasses , morions, rondaches , espieux, hallebardes , espées et arquebus. Ils seraient rentrés dans la place sans aucune perte si, s’étant attardés au butin dans les tentes, ils n’avaient laissé le temps d’arriver aux Suisses, qui leur tuèrent vingt-cinq à trente hommes et leur commandant Maronnière. Le lendemain, les Rochelais arborèrent sur le demi-bastion de la Vieille-Fontaine les drapeaux pris à l’ennemi, pendant que le duc d’Anjou fesait décimer par le grand prévôt, les compagnies qui s’étaient laissé surprendre et en cassait les officiers. (Cauriana. — La Popelin. — Brantôme. — A. Barbot. — Bruneau.)
1573 06 14 (Siège de). — Le duc d’Anjou avait été élu roi de Pologne, le 9 du mois précédent, et cette nouvelle avait augmenté encore son désir de terminer le siège de la Rochelle , non moins funeste à ses troupes qu’à sa réputation de grand capitaine. La disette, en effet, était aussi grande au camp royal que dans la ville, et les maladies y sévissaient bien davantage (1) : la fièvre, le flux de ventre et de sang, les dyssenteries y fesaient d’affreux ravages ; « les blessez et estropiez y estoient si mal traitez et pansez, qu’estant délaissez et abandonnez en la pourriture de leurs playes, ils n’estoient pas seulement infectez, mais rongez par les vers qui s’y mettoient » ; et d’un autre côté, le mécontentement de la noblesse fesait que, chaque jour, quelques-uns des grands abandonnaient le camp sous prétexte d’indisposition ou de maladie. Mais malgré les belles promesses du nouveau Roi, et bien qu’il leur eût fait dire que, s’ils lui envoyaient six de leurs principaux citoyens pour lui demander humblement pardon, il leur accorderait plus qu’ils n’avaient demandé, les Rochelais, ne voyant dans ces ouvertures qu’un signe de faiblesse et de découragement, peu confiants d’ailleurs dans la parole du prince, persistaient à ne rien rabattre de leurs prétentions et à exiger, au lieu de paroles, de sûres garanties. Peu s’en fallut que, ce jour là, le siège ne se terminât par un tragique événement, qui eut pu avoir puur les destinées de la France d’incalculables conséquences. Le roi de Pologne se trouvant près du fossé de la contrescarpe, avec le duc d’Alencon , le roi de Navarre et quelques seigneurs, un des assiégés, placé sur la muraille, reconnaissant, aux marques de déférence dont ils étaient l’objet, que ce devait être de grands personnages , mit en joue le roi de Pologne. De Vins, son écuyer, en apercevant le feu de l’amorce , se jeta aussitôt au devant du Roi et reçut le coup dans la hanche. (2) Le prince en fut quitte pour voir sa fraise déchirée par une des balles dont l’arquebuse était chargée. (A. Barbot. — de Thou. — Mém. de V Estal-d ? Aubignè.)

(1) Des feux étaient allumés , jour et nuit, dans les rues de la ville et sur les place, pour purifier l’air et maintenir la santé publique. (Cauriana. )

(2) « Le coup fut si grand, dit A. Barbot, qu’on estime qu’il n’en a esté guesry que par enchantement. »


1573 06 17 (Siège de). — Les ambassadeurs de la Pologne étant venus au camp de la Rochelle saluer leur nouveau Souverain, et lui présenter les hommages de ses sujets, y avaient été reçus aux acclamations de l’armée royale et au bruit de toute l’artillerie. « Le 17, Monsieur monta sur mer à Chef-de-Baye, et là fut couronné Roy de Pologne en grande magnificence. » (Hist. des deux derniers sièges). (1) « Les Poulonnais, dit Brantôme , pressèrent si près tant leur nouveau Roi esleu de s’en aller en Poulongne, que la Royne, esperdue de joye de son fils Roy, lui manda de faire une capitulation à la Rochelle quoi qu’il fust. » Ce fut une consolation pour son amour-propre de paraître accorder par des considérations diplomatiques ce qu’il eut été bientôt obligé de subir par impuissance (V. 24 juin ) (1) Un passage de Bruneau porterait à penser que cette cérémonie eut lieu quelques jours plus tard ; car il écrit, sous la date du 22 juin : « Furent faits feux de joye dans la Rochelle, sur les brèches , pour le couronnement de M. d’Anjou , Roy de Poulongne. »
1573 06 20 (Siège de). — Malgré les pourparlers de paix , sans cesse rompus et repris, il ne se passait guères de jour sans quelque acte d’hostilité entre les assiégés et les troupes royales. Ce jour-là eût lieu une scène tragi-comique, à l’occasion de ces pêches si abondantes de sourdons, dont il a été précédemment parlé. ( V. 26 avril.) (1) Pendant que les pauvres Rochelaises s’aventuraient sur le rivage pour chercher quelque nourriture, - il arrivait souvent que les soldats du camp fondaient sur elles et qu’elles devenaient victimes de leur brutale insolence Un certain nombre d’assiégés résolurent de venger ces outrages ; - ils, prirent des habits de femme, avec espées et pistolets cachés sous leur cotte, se mêlèrent aux pêcheuses et quand les Philistins arrivèrent sans défiance, ils se jetèrent sur eux et en tuèrent un bon nombre ; les autres prirent la fuite, aussitost refroidis en amour qu’ils s’y estoient échauffés à la découverte de ces femmes. (A. Barbot. — d’Aubigné. — la Popelinière. Histoire des deux sièges.)

(1) Arcère et Massiou semblent croire que ce fait eut lieu dans le mois d’avril ; mais A. Barbot dit qu’il se passa après les conférences pour la paix du mois de juin , et l’histoire des deux sièges lui assigne la date précise du 20 juin.


1573 06 24 (Siège de). — Trop de raisons militaient des deux côtés en faveur de la paix pour qu’assiégeants et assiégés ne finissent pas par se mettre d’accord, en se fesant de mutuelles concessions. D"une part, l’armée royale, nous l’avons vu (V. 14 juin), était décimée par les maladies, la noblesse mécontente et le trésor royal épuisé (1) ; le roi de Pologne était aussi impatient de régner, que Charles IX, qui le jalousait, de le voir hors du royaume ; enfin les ambassadeurs Polonais pressaient leur nouveau souverain d’accomplir les engagements pris en son nom de lever le siège de la Rochelle et de faire de larges concessions aux réformés Français. D’autre part, les Rochelais, toujours en armes depuis près d’un an et depuis plus de six mois assiégés par une puissante armée , voyaient leurs ressources presque épuisées et leurs murailles en ruine ; ils n’avaient plus l’espoir d’être secourus par la reine d’Angleterre et devaient croire avoir assez fait pour la cause commune en obtenant, à force de courage et d’énergie , la liberté de conscience pour tous les protestants, le plein exercice du culte réformé et l’exemption de garnison pour les trois villes confédérées de la Rochelle, Nîmes et Montauban, et enfin, comme satisfaction de leur patriotique orgueil, que le duc d’Anjou n’entrât pas dans la cité qu’il n’avait pu prendre. Devaient-ils prolonger cette douloureuse lutte pour obtenir que la pauvre ville de Sancerre fut comprise dans le traité, et pour se soustraire à l’obligation de fournir au Roi quatre otages de leur fidélité, double point sur lequel les commissaires royaux refusaient de céder ? Enfin, après de longues conférences, 1 e 24 juin, les commissaires Rochelais, réunis aux députés de Nîmes et de Montauban, arrêtèrent, avec les commissaires du duc d’Anjou, les articles du traité de paix, sous une tente qui avait été dressée à cet effet près de la porte de Cougnes. Le même jour, une assemblée générale des citoyens et des réfugiés, convoqués par le Maire, en ratifia les conditions, en se confiant à la générosité du Roi pour leur accorder davantage, quand il aurait acquis la preuve de leur sincère fidélité. Le roi de Pologne, afin d’échapper à l’humiliation de ne pouvoir entrer dans la ville, avait quitté le camp pour aller soit à l’île d’Oleron, selon Barbot, soit à Marans, d’après Cauriana : il ne put signer le traité que le 26 , et l’expédia aussitôt au roi par son chambellan de Belleville. (2) (A. Barbot.- Cauriana.- de Thou - Mém. de la Tour-d’Auvergne.)

(1) « Des fièvres mortelles et d’autres maladies avaient réduit notre armée à un tel état que , sur dix combattants à peine pouvait-on en trouver un, qui ne fut accablé de blessures ou de hideux exanthêmes ; la noblesse elle-même, la force de l’expédition, était dans le plus misérable état. Ajoutez à cela l’épuisement du trésor royal, la fidélité douteuse de bien des gens, &. (Cauriana.)

(2) Les protestants lui avait donné le nom de Guille-Bédouin qui, dans le jargon du Poitou, dit Arcère, signifie déserteur, parce qu’après avoir suivi le parti de Condé, il avait embrassé celui du Roi.


1573 07 01 (Siège de). — Dès que le Roi de Pologne eut signé le traité de paix (V. 24 juin), on célébra cet heureux évènement par grandes acclamations de réjouissance et feu de joie. Les portes de la ville s’ouvrirent aux royalistes et de part et d’autre on se fit autant de tesmoignages de bienveillance qu’on s’estoit montré de haine et de désir d’entreprendre les uns sur les autres pendant qu’on avoit les armes en mains. Les ambassadeurs de Pologne ayant témoigné, par un trompette du Roi, le désir de voir une ville, qui avait fait pendant si longtemps l’étonnement et l’entretien de l’Europe entière, le sergent-major Gargouillaud fut, par arrêté du conseil extraordinaire du 1er juillet, chargé de les recevoir à la porte de Cougnes. On les accueillit avec les plus grands honneurs et la foule s’émerveilla de leur accoutrement bizarre. « Ils avaient la tête rasée par derrière, à la façon des Tartares, portaient des arcs et de larges carquois et accoutraient eux et leurs chevaux de grands panaches et d’aîles d’aigles largement déployées » (1) (Barbot. — de Thou.)

(1) Le Roi de Navarre était entré à la Rochelle des premiers ; car on a une lettre de lui , datée de cette ville , le 26 juin. (Rec. des lettres missives de Henri IV.)


1573 07 02. — « Le 2e jour dudit mois, Jeh. Morisson , seigneur de Moureilles, eschevin, Maire et capitaine de la ville, décéda au grand regret et desplaisir de tous ses concitoyens, parce qu’il estoit homme d’esprit, qu’il s’estoit toujours porté à la conservation de la liberté et des privilèges de ceste ville, pour la défense et maintien de laquelle, pendant le siège, il avoit tellement peiné et travaillé qu’il en avoit acquis la maladie qui le porta dans le tombeau. Lequel ayant esté enterré, le troisième jour de juillet, selon l’honneur deu à sa charge, façon et cérémonie accoustumées, Jacq. Henry, escuyer, seigneur de de Monssidun, Maire précédent, faisant les fonctions de la Mairie, accompagné de ceux du corps (de ville), présentent, à l’instant des obsèques, à M. le lieutenant-général Pierres, le sieur Mignonneau, restant des coélus à Maire (1) pour le parachèvement de ladite année. » (A. Barbot.) — V. 29 mars.

(1) Le deuxième coélu, Bouchet, avait été tué par l’explosion d’une mine pendant le siège. Le nouveau maire Mignonneau mourut lui-même, le 5 du mois suivant , et ce fut Jacques Henry qui, comme premier échevin, acheva la Mairie. (Baudouin. — Reg. du corps de ville.)


1573 07 10 (Siège de). (1) — Belleville ayant rapporté les articles de la capitulation signés par le Roi, « fust publiée la paix , tant à Nieul, où le Roy de Poulongne estoit que dans la Rochelle, par le grand hérault d’armes du Roy, ayant la casaque semée de fleurs de lys d’or, avec quatre trompettes, qui l’accompagnoient » (Bruneau.) — V. 24 juin.

(1) A. Barbot donne à cette publication la date du 11 , Arcère celle du 12 : j’ai suivi celle fournie par Bruneau.


1573 07 13 (Siège de). — L’édit de pacification ayant été enregistré au présidial, sept commissaires de la ville, deux échevins, deux pairs et trois bourgeois, se rendirent auprès du Roi de Pologne , pour lui prêter serment de fidélité, au nom des habitants, et lui présenter la liste des cinquante citoyens, parmi lesquels le Roi devait choisir quatre ôtages, dont deux protestants et deux catholiques (1). Par pure forme, ils lui offrirent les clés de la ville, en l’invitant à y entrer, mais il avait été secrètement arrêté d’avance que le prince refuserait ; ensuite « ils lui fisrent leurs compliments, lui rendant humblement grâce du bien que, par sa faveur, il avoit pleû à Dieu leur donner par l’octroy de la paix, le suppliant de prendre sous sa protection et sauvegarde tous ceux de la religion réformée , avec la même affection et le saint zèle qui l’avoient porté à mettre fin à cette malheureuse guerre, le priant d’accepter un présent peu digne de sa grandeur, et que leur position pouvoit seule excuser, et l’asseurant enfin que cette ville demeureroit à jamais soubs l’obéissance du Roy. » : (2) Ce présent, fait au roi de Pologne, consistait en quelques guenons et perroquets trouvés en cette ville. Et pour que rien ne manquât à ce que semblait avoir d’ironique un semblable cadeau , quand le prince voulût prendre l’une des guenons des mains de celui qui la tenait, elle le mordit assez fort et rudement, mais toutesfois ne s’en esmust pas comme on le craignait. Qui est, ajoute A. Barbot : tout le présent qui lui fust offert, contre ce que quelques-uns ont voulu escripre que par argent ceste ville s’estait redimèe dudit siège. (3) Impatient de s’éloigner de ces lieux où s’était englouti tant d’argent, où avaient péri tant de victimes et des plus illustres (4), où il avait enfin compromis gravement sa réputation et sa gloire, le duc d’Anjou s’embarqua, le jour môme, pour Nantes avec les princes et l’élite des généraux et grands seigneurs. « Cette prodigieuse résistance de la Rochelle, dit M. Michelet, avec celle de la petite ville de Sancerre , est un des plus grands faits de notre histoire. Un peuple se battit comme un seul homme. » (La ligue et Henri IV.)

(1) Le Roi choisit Pierre Salbert, seigneur de l’Herbaudière, échevin, Pierre Guiton , contrôleur de la traite , pair, et deux bourgeois. Ces otages devaient être changés de trois mois en trois mois, pendant deux ans.

(2) Cauriana met dans la bouche des députés un discours dont les termes, par leur humilité et leur servilité même, contrastent trop avec la fière attitude des Rochelais jusqu’aux derniers moments du siège, pour que l’on puisse admettre qu’il ait été prononcé ; le langage que leur prête A. Barbot m’a paru beaucoup plus raisonnable.

(3) « M. d’Anjou s’en leva avec telle honte de ne l’avoir prise, écrit Gaspard de Saulx dans ses mémoires, qu’encores estoit-il plus honorable pour luy de dire que les Rochelois l’avoient gagné par argent. »

(4) De Thou et d’Aubigné prétendent qu’il y mourût 40,000 hommes ; Bruneau dit qu’il fut tué 12,000 soldats , 18,000 pionniers, 264 capitaines et 344 gentilshommes ; Mervault en porte le nombre à plus de 30,000 ; A. Barbot n’estime qu’à 18 ou 20,000 ceux qui périrent par le feu et les maladies ; M. Michelet adopte le chiffre de 22,000. Les assiégés ne perdirent que 12 ou 1,300 personnes de l’un ou l’autre sexe, dont 500 habitants environ, et 7 à 800 tant réfugiés que serviteurs. (A. Barbot. — Bruneau.)


1573 08 26. — Le corps de ville avait à se prononcer, ce jour là, sur un cas bien extraordinaire et peut-être unique. Jean Morisson avait succombé aux fatigues du siège, trois mois après sa nomination de Maire, Bouchet, l’un des coélus, avait été tué par une mine, et après moins d’un mois et demi d’exercice , le second coélu, Pierre Mignonneau, qui avait remplacé Morisson, était aussi décédé, le 15 août. Le jour même de sa mort, le Maire de l’année précédente, Jacq. Henry, comme premier échevin, s’était fait remettre les sceaux de la commune, les clés des portes de la ville, la scrutine et les XIV livres en parchemyn couvertz de veau contenant les statutz, qui se trouvaient au domicile du défunt. Il restait au corps de ville à décider si, dans ces circonstances, il devait être procédé à l’élection de trois nouveaux candidats, parmi lesquels le Roi ou son représentant choisirait le Maire , ou si le premier échevin, qui, en cas d’empêchement du Maire et des coélus, devait les remplacer, serait appelé à achever l’année de la mairie. Après avoir consulté les anciens statuts, le corps de ville se prononce dans ce dernier sens, proclame que les fonctions de Maire appartenaient de droit à Jacq. Henry et qu’en cas d’absence, maladie ou décès, il serait remplacé par le premier conseiller. (Rég. du corps de ville. — Statuts.)
1573 12 12. — Le traité qui avait mis fin au siège de la Rochelle (V. 24 juin) avait été désavoué tout d’une voix par le parti protestant, qui ne prétendait à rien moins qu’à se constituer en fédération républicaine. La Reine-mère , comprenant toute l’importance de la possession de la Rochelle , qu’on n’avait pu prendre par les armes, avait déterminé Biron à chercher à s’en emparer par trahison ; mais le complot qu’il avait concerté avec quelques notables Rochelais, aveuglés par un trop grand amour de la paix, avait été découvert et n’avait pu avoir de résultat. Peu de temps après, le comte de Lude. Landereau et Puy-Gaillard, renouèrent les mêmes intrigues avec l’échevin Jacques du Lyon, seigneur du Grand-fief. Une lettre anonyme, portant au lieu de suscription un cœur percé d’une épée ( ce qui fit donner aux conspirateurs le nom de faction du cœur navré), révéla leurs projets au Maire Jacques Henry. Quelques soldats furent arrêtés et mis à la torture ; ils dénoncèrent alors plusieurs citoyens, parmi lesquels, outre Jacques du Lyon, Claude Huet, échevin et Guill.me Guy, écuyer, seigneur de la Bataille, receveur du tallion , de l’une des plus anciennes familles de la Rochelle, et dont le père avait été Maire. Le 12 décembre, Gargouillaud, à la tête de quelques hommes d’armes, se rendit au domaine du Grand-fief, à Saint-Rogatien, pour s’emparer de Jacq. du Lyon ; celui-ci voulut faire résistance, mais il fut tué par un homme de la troupe de Gargouillaud. Guy fut bientôt après condamné à mort et eût la tête tranchée sur la place du Château , en protestant de son innocence ; la plupart des autres accusés subirent le supplice de la roue. Huet ne dut la vie qu’à la rétractation de ses accusateurs. Les ministres, et surtout Denort et Dumoulin , n’avaient pas peu contribué par leurs discours fanatiques à exalter les passions populaires, au point que les juges intimidés n’auraient pas osé se montrer moins sévères, tout en déplorant de pareilles rigueurs. (A. Barbot. — De Thou.) (1)

(1) Il résulte du registre du présidial que Beuffin, maistre des haulles œuvres , toucha 10 livres par chaque supplicié , et reçut en outre les habillements dont ils étaient vêtus, en vertu de l’ancienne couslume de tout temps observée.


1574 01 13. — Condamnation par un tribunal, composé de membres du présidial et de juges de l’amirauté, des équipages de trois navires, commandés par un gentilhomme Lucquois, argentier du roi, nommé Luchani, et, qui, croisant sur les côtes de la Saintonge et de l’Aunis, avec l’assentiment de la Cour, croyait-on, arrêtaient et pillaient les navires qui venaient trafiquer à la Rochelle. Dix hommes furent pendus sur la petite rive ; les autres furent fouettés à tous les cantons de la ville. Luchani et son frère parvinrent à s’échapper et ne furent exécutés qu’en effigie. ( A. Barbot, Bruneau.).
1574 01 26. — Ni la cour, ni les protestants, ne s’étaient montrés satisfaits du traité de paix, qui avait mis fin au siège de la Rochelle de l’année précédente. Tandis que ceux-ci tendaient à constituer une sorte de fédération républicaine, l’astucieuse Catherine de Médicis avait recours à la trahison, son moyen ordinaire, pour réparer ses affaires et recouvrer la Rochelle. Par l’entremise de Biron, elle avait réussi à gagner plusieurs notables rochelais, qu’effrayaient de nouveaux troubles ; mais le complot ayant été découvert, le maire, Jacques Henry, en avait châtié les auteurs avec une impitoyable rigueur. Les ministres protestants, et surtout le fanatique Denort, soufflaient le feu de la révolte. L’arrivée de La Noue et la confiance qu’il inspirait avaient fini par déterminer le peuple à embrasser l’union civile déjà formée dans le Languedoc et la Guienne , en accompagnant cette résolution de la publication d’un manifeste, par lequel on déclarait qu’on ne prenait les armes que pour la défense de la religion et contre les massacreurs, et que les catholiques paisibles n’avaient rien à redouter. Effrayée de ces nouvelles, la cour dépêcha Saint-Sulpice à la Rochelle pour tâcher de ramener les esprits. Il y arriva le 26 janvier. Mais en vain essaya-t-il dans une assemblée , tenue à l’Hôtel-de-Ville, de dissiper les craintes et de faire entrevoir à quels nouveaux malheurs la guerre allait exposer la Rochelle, tous ses efforts échouèrent devant la ferme résolution des Rochelais. La Noue fut élu général des provinces poitevines, en attendant qu’un plus grand se déclarât. (A. Barb. — H. Martin).
1574 02 23. — Les tours, qui avaient seules survécu à la ruine du château de Vauclerc et qui depuis cette époque avaient servi de prisons royales (V. 22 janvier 1574), ayant été fortement endommagées par le canon de l’armée du duc d’Anjou, pendant le siège de l’année précédente, s’écroulèrent tout-à-coup, écrasant sous leurs ruines la maison du concierge et divers bâtiments construits à leur pied, mais sans cependant tuer personne. Les prisonniers n’y étant plus en sûreté furent transférés dans les prisons municipales de l’Hôtel-de-Ville , en attendant que les lieux fussent mis en état de les recevoir. Ce ne fut que vers 1625 qu’une nouvelle prison fut Construite près du Palais, sur l’emplacement où elle existe encore aujourd’hui. (Reg. du gouvernement. - Requête du présidial.)
1574 02 24. — Le chef-général, que La Noue avait fait espérer aux Rochelais, de voir bientôt à la tête des confédérés protestants unis à une partie des politiques (V. 26 janvier), était le duc d’Alençon, le plus jeune frère du Roi, et dont Henri de Navarre et le prince de Condé avaient embrassé la cause. Les conjurés se proposaient de favoriser la fuite des princes, qui étaient comme prisonniers à la cour de Charles IX, dont il était facile de prévoir la fin prochaine, et de s’emparer du plus grand nombre de places que l’on pourrait. Le jour de l’exécution avait été fixé au mardi-gras ; ce qui fit donner à cette prise d’armes le nom de guerre du mardi-gras. Les indiscrétions du duc d’Alençon, ses hésitations et sa faiblesse firent échouer le complot ; La Molaet Coconas payèrent de leur tête la participation qu’ils y avaient prise et peu s’en fallut que le duc d’Alençon et le roi de Navarre n’eussent le même sort. Cependant au jour convenu, le 24 février, les Rochelais, conduits par La Noue, marchèrent contre Rochefort et s’en emparèrent. Quoique désavoués bientôt par les chefs de la conjuration , ils n’en continuèrent pas moins, soutenus par l’énergie de La Noue, leurs expéditions militaires , armèrent d’innombrables corsaires et se préparèrent à combattre les troupes que Catherine de Médicis ne tarda pas à diriger vers le Poitou, sous le commandement du duc de Montpensier. (A. Barbot. — H. Martin.) — V. 24 mars 1574.
1574 03 11. — Pendant que le duc d’Alencon trahissait la cause de ceux qui s’étaient armés en sa faveur (V.21 février 1574), les protestants de l’Ouest, fidèles au mot d’ordre des conjurés, s’étaient emparés d’un grand nombre de places du Poitou et de la Saintonge. Rochefort, Tonnay-Charente, Tallemont, Pons, Royan, Fontenay, Melle , Lusignan, étaient déjà en leur pouvoir, quand les Rochelais apprirent les évènements de Paris et que les principaux chefs étaient aux mains de l’habile et impitoyable Catherine de Médicis. A ces nouvelles, la crainte et le découragement abattirent un instant leur résolution et leurs espérances ; mais La Noue survint bientôt, qui ranima les courages et, le 11 mars, bourgeois, habitants, gentilshommes, capitaines , soldats et gens de toute condition , convoqués au son de la cloche dans la salle Saint-Yon , jurèrent solennellement de n’abandonner jamais la cause commune. On établit aussitôt un conseil extraordinaire, formé de quatre échevins et d’autant de pairs, de gentilshommes et de bourgeois ; pour pourvoir à toutes les affaires que les circonstances exigeraient. ( V. 26 janvier). Deux jours après, les Rochelais et les députés des trois provinces de Poitou, Saintonge et Angoumois s’unissaient plus étroitement encore par un acte de confédération particulière. (A. Barbot.)
1574 06 05. — Nous avons vu qu’à la voix de La Noue, les Rochelais s’étaient soulevés en faveur du duc d’Alençon ( V. 26 janvier) ; que, malgré la faiblesse ou la trahison des chefs du parti, ils s’étaient emparés de plusieurs places importantes ; qu’ils avaient formé une confédération avec les provinces de Poitou, Saintonge et Angoumois, et que gentilshommes, capitaines et bourgeois avaient pris l’engagement solennel de ne jamais abandonner la cause commune. (F. 24 févr. et Il mars.) Les Rochelais, sous l’active impulsion de La Noue, avaient en cinq semaines armé soixante-dix bâtiments de différente grandeur pour courir sur tous navires Espagnols, Portugais , Basques, Bretons, Normands et d’autres populations catholiques. Dominant la mer depuis le Pas-de-Calais jusqu’au détroit de Gibraltar, cette nombreuse flotille devint bientôt la terreur de toutes les villes de commerce maritime. Ses expéditions furent si heureuses et ses captures si nombreuses, que le cinquième du butin, attribué par moitié à la ville et à la caisse de la confédération, suffit pour subvenir aux grandes dépenses de toutes deux. (1) Néanmoins les amis de la paix, les principaux négociants surtout s’affligeaient de cette guerre de corsaires qui, disaient-ils, rendait le nom des Rochelais et celui des réformés odieux ; ils profitèrent de la mort de Charles IX (30 mai) pour demander qu’on cessât les hostilités, puisque l’avènement d’un nouveau prince devait rassurer contre les justes alarmes qu’avait pu inspirer le gouvernement de l’auteur de la Saint-Barthelémy. Mais dans une grande assemblée, qui fut tenue le 5 juin à l’échevinage, et à laquelle, outre le corps de ville, assistaient un grand nombre de seigneurs, de bourgeois et de protestants des provinces confédérées, on leur répondit que la politique de la cour ne changerait pas tant que dominerait dans les conseils la reine-mère, l’implacable ennemie des Rochelais et des Églises réformées, et que toutes considérations devaient se taire devant la nécessité et le devoir de défendre les privilèges de la Rochelle et la liberté de conscience. Le parti de la guerre l’emporta à une immense majorité ; on se lia par de nouveaux serments : tout ce que les partisans de la paix purent obtenir fut qu’on ne traiterait pas en. ennemis les catholiques qui, n’ayant participé à aucune hostilité contre les protestants, viendraient à la Rochelle pour y trafiquer. (Barbot. — Vie de La Noue.)

(1) Les congés ou lettres de marque, qui étaient délivrés aux armateurs, étaient signés par La Noue, par autorisation du conseil extraordinaire et par le Maire de la Rochelle, et scellés du sceau de la commune. Les commissions générales relatives aux milices, finances, justice et police, portaient en tête : Nous seigneurs, gentilshommes et autres de la religion réformée des pays de Poitou, Xaintonge, Angoulmois, ville et gouvernement de la Rochelle , et elles étaient signées de René de Rohan ; de La Noue, de François de Pons et du Maire de la Rochelle, et scellées du sceau de chacun d’eux. (A. Barbot.)


1575 09 03. — Les Rochelais, nous l’avons dit, n’avaient pas eu assez de confiance dans le nouveau successeur de Charles IX pour déposer les armes. (V. 5 juin.) En vain Henri III leur avait-il envoyé René de Tournemine, baron de la Hunaudaie, pour leur promettre la liberté religieuse et les détacher de la confédération, La Noue n’avait pas eu de peine à leur persuader que les avances du Roi pouvaient bien ne cacher qu’un piège, et les hostilités avaient continué en même temps que les pourparlers. Le 2 septembre, l’archi-renégat de Landreau, comme l’appelaient les huguenots, accompagné de quarante gentilshommes et de trois ou quatre cents soldats, avait fait à l’improviste une descente sur les côtes de l’île de Ré et, avant que l’alarme eut été donnée, avait marché droit sur Saint-Martin et s’en était emparé sans peine , grâce à la panique des habitans. A cette nouvelle, le Maire de la Rochelle, Jacques Guiton, donna aussitôt l’ordre aux capitaines de la milice de prendre vingt hommes d’élite dans chaque compagnie, et de les faire partir immédiatement pour l’île de Ré. « Gentilshommes , capitaines et soldats s’embarquèrent à l’envi ; si monseigneur de Rohan et M. le Maire eussent voulu le permettre , tous ceux qui estoient capables de porter les armes y fussent librement allez. » La Popelinière et La Fromentinière furent chargés de commander l’expédition. La petite troupe huguenote se trouva réunie, à la Flotte, dans la soirée du 2. Il fut résolu qu’on attaquerait les royalistes pendant la nuit, en ayant soin de s’attacher au bras ou au chapeau un morceau d’étoffe blanche, comme signe de reconnaissance. Après avoir invoqué tous ensemble le nom du grand Dieu des armées et des batailles, on part de la Flotte vers minuit. « Ordre est donné de n’employer le feu de l’arquebuse, mais de fondre sur l’ennemi l’espée à la main, tête baissée, de l’enfoncer sans sonner mot, puis de crier tous à la fois : lue ! Tue ! Victoire ! victoire ! (car c’estoit mesme leur mot qu’ils avoient pris pour s’entrecognoistre au combat) et faire battre l’alarme à tous leurs tambours et fifres, pour mener plus de bruit et pour effrayer davantage les ennemis ; enfin, de ne s’amuser nullement au butin qu’après le combat. » Pleins d’ardeur, ils marchent sur Saini-Martin, l’attaquent par deux côtés, enlèvent les barricades, qui barraient les rues, enfoncent partout les rangs des catholiques et se rendent bientôt maitres de la ville. De Landreau, se voyant sur le point de tomber entre leurs mains, s’était jeté, nud teste et sans souliers, dans une barque et sauvé en Olonne. Tous les siens furent tués, noyés ou faits prisonniers. L’affaire avait été « si d’extrement conduite que de ceux de la Rochelle ne furent tuez que le capitaine Bonneau et l’enseigne de Gargouillaud et cinq soldats, et environ sept ou huit blessez. » (La Popel. — Disc, de la prinse de l’ile de Ré. - Bruneau.)
1576 06 28. — Depuis que le Roi de Navarre avait quitté la Rochelle, en 1572, pour aller épouser la sœur de Char !es IX , bien des causes avaient refroidi l’affection des Rochelais à son égard et diminué leur confiance : son abjuration au protestantisme, au moment de la Saint-Barthelémy ; sa présence au camp du duc d’Anjou, pendant le siège de la Rochelle ; son long séjour à la cour, au milieu des plus honteuses voluptés, quand le duc d’Alençon et Condé combattaient pour le parti dont il était naguères le chef ; enfin, depuis que d’Aubigné l’avait arraché aux séductions royales, son entourage où on en comptait plus d’un qui avoit joué du couteau à la Saint-Barthelémy , dit d’Aubigné, étaient bien de nature à inspirer quelque défiance à ses bons amis d’autrefois. Après avoir pendant trois mois flotté entre la messe et le prêche, il venait, il est vrai, d’abjurer le catholicisme à Niort ; le récent édit de Châtenay avait sans doute comblé les espérances des réformés ; mais les catholiques en avaient frémi d’indignation, et la sainte ligue commençait à se former ; on ne doit donc pas s’étonner qu’en recevant le gentilhomme, dépêché de Niort par Henri de Navarre, pour leur exprimer son désir de venir dans leur ville, les Rochelais l’eussent prié de renoncer à son projet jusqu’à des temps meilleurs. Henri insista , déclara que son affection et son dévouement pour eux n’étaient pas changés, qu’ils n’avaient pas de meilleur défenseur que lui de leurs intérêts et de leurs privilèges, et qu’il n’attendait que l’occasion de le leur manifester. Les Rochelais cédèrent à ses instances , mais à trois conditions : d’abord qu’il ne viendrait point en qualité de gouverneur et n’en établirait aucun à la Rochelle ; ensuite que les clés de la ville ne lui seraient point présentées ; enfin qu’il n’entrerait qu’avec sa maison, en la réduisant autant que possible. Le prince souscrivit à tout, assura qu’il voulait seulement les visiter privement comme amis , envoya la liste de ceux qui devaient l’accompagner et, le 28 juin, fit son entrée à la Rochelle avec sa sœur Catherine, au bruit du canon et des salves de mousqueteries des milices bourgeoises réunies sur la place. Pendant le séjour qu’ils firent à la Rochelle, la princesse Catherine fit sa reconnaissance de ce qu’elle avoit esté à la messe à Paris, et tous deux s’embarquèrent, le 4 juillet, pour Brouage. (Bruneau. — Colin. — Legrain. — d’Aubigné.)
1576 07 28. — Adoption par le corps de ville d’un règlement relatif au paveur de la ville. « Led. paveur, y. est-il dit, pour se pouvoir entretenir avec quelques ouvriers, pourra-rechercher par toute la ville les endroits où il est besoin de paver, soit à neuf ou à vieux, et ayant appelé les procureurs de police ou deux de la maison de ville pour en faire rapport à M. le Maire, qui, selon la nécessité, luy permettra d’y travailler et contraindre les propriétaires ou détenteurs des maisons de payer, au prix ci-dessous, par saisie et exécution de biens. Led. paveur sera tenu d’entretenir led. pavé ainsy faict par luy jusques à deux années en suivantes, afin qu"il regarde à le faire de telle façon qu’il n’y faille retoucher si souvent. Il sera permis aud. paveur de prendre du pavé et sable partout où il en trouvera , même contraindre les navires, qui en auront en leur lest, de le descendre sur la calle. (1) Il lui était attribué 10 sols par brasse carrée, toutes les fournitures étant à la charge des propriétaires ; si le payeur fournissait les matériaux, il avait droit : pour le pavé neuf, à 18 sols par brasse, dans les paroisses St-Nicolas et du Perrot ; à 24 sols, dans celles de Saint-Sauveur et de Saint-Barlhelémy, et à 30 sols, dans celle de Cougnes, la plus éloignée du port. (Baudouin). Ce règlement et plusieurs titres plus anciens prouvent que le pavage des rues et l’entretien du pavé étaient à la charge des propriétaires des maisons (1), et cependant, dès l’année 1373, Charles V avait octroyé à la commune le droit de percevoir aux portes de la ville, pour réparation des pavés, 4 deniers tournois par chaque charrette entrant à la Rochelle, un denier.par cheval à bât, et une maille par âne : c’est ce qu’on appelait droit de barrage (2). Aussi, en 1530, lés bourgeois se plaignaient-ils, devant l’évêque d’Avranches, de ce que, malgré cette perception, on les obligeât à entretenir le pavé. Un très ancien règlement défendait, dans l’intérêt de la conservation du pavé, de faire trotter les chevaux dans les rues sous peine d’amende. (Invent. des privil.).

(1) En 1468, le Maire Mérichon fit paver à ses frais la rue Baillory (aujourd’hui des Augustins) , qui passait derrière son hôtel.

(2) Charles VII, leur confirma ce privilège par lettres patentes du 12 août 1443. (Invent. de privil.).


1576 08 22. — En vertu de l’édit de pacification du mois d’avril précédent, les catholiques de la Rochelle avaient obtenu une ordonnance du lieutenant général, qui leur abandonnait la moitié de l’église Sainte-Marguerite pour l’exercice de leur culte. Elle servait alors de magasin pour l’artillerie. En attendant qu’une cloison de séparation fut faite, le lieutenant général avait ordonné qu’il serait fait inventaire des machines et ustensiles qui y étaient déposés et que les catholiques en seraient responsables. Cette formalité remplie , il les mit en possession de l’église le 22 aoÛt. ( Jaillot, notes. )
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