Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

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1586 - Agrippa d’Aubigné prisonnier après sa prise de l’Île d’Oleron

mercredi 17 octobre 2007, par Pierre, 770 visites.

Agrippa d’Aubigné est fait prisonnier par les troupes catholiques. De sa captivité, condamné à mort, il nous adresse un poème.

Sources :
- Mémoires de Théodore Agrippa d’Aubigné / publ. pour la première fois d’après le ms. de la bibliothèque du Louvre par M. Ludovic Lalanne ; Suivis de fragments de l’histoire universelle de d’Aubigné et de pièces inédites - Paris : Charpentier, 1854 - BNF Gallica
- Petites œuvres meslées de d’Aubigné (Genève, 1630, in-12, p. 164)

Voir l’épisode précédent : la prise de l’Île d’Oleron par d’Aubigné

1586 Captivité de d’Aubigné

Mémoires, p. 76.
Sainct-Luc aiant seu que trois cents hommes d’Oléron estaient passez vers Sainct-Jean [d’Angély] pour une entreprise sur Xainctes, trouva moien de faire couler près de quatre cents hommes par l’intelligence des habitants dedans les caves et tonnelles des jardins du bourg du chasteau, et puis donna une amorce de quarante ou cinquante au village de Ors, où peu de jours auparavant soixante des siens avoient esté deffaits par la garnison. Il arriva qu’un des bateaux qui avoient passé la troupe fut assablé et ne put estre ramené delà le courau comme les autres.

Aubigné mesurant ce qui pouvoit estre descendu en l’isle, selon le port du vaisseau, mordit à l’appast et, de quatre-vingts hommes qui lui restoient, n’en laissa que sept dans le fort, fit donner par La Limaille avec trente en Ors, et lui attendant à Sainct-Nicolas le reste pour le mener, vid quant et quand deux grosses troupes entre lui et son fort, lequel voulant conserver ou mourir il donna lui sixiesme à la troupe qui estoit en la rue. Là il fut arresté et abatu, il se démesla et se fit faire place pour gagner le bord de la mer, mais il y trouva une troupe encore plus forte, où il donna, n’aiant plus qu’un soldat [1]. Son désespoir donna envie aux autres de le sauver ; et ainsi il fut prisonnier de Sainct-Luc, qui l’asseura de sa vie, pourveu qu’il n’eust point lettres du roi et de la roine pour l’envoier ailleurs. Le maistre aiant fait amitié avec son prisonnier lui donna congé sur sa foi d’aller à La Rochelle, à la charge qu’il seroit le dimanche prochain à cinq heures du soir de retour en Brouage, si mort ou prison ne l’empeschoit. Le dimanche matin, Sainct-Luc le fit avertir par Luché qu’il ne retournast pas à l’heure jurée, pource que les vaisseaux de guerre de Bourdeaux, par commandement du roi, l’estoient venu quérir pour l’emmener mourir, avec lettres à Sainct-Luc pour le menacer de ruine lui et les siens s’il manquoit. Le captif n’aiant point sa foi relaschée de la main où il avoit touché, et ses amis le voulant mettre prisonnier pour subtiliser sur la promesse, il se desroba de La Rochelle, comme il eust fait de Broûage, pour aller à la mort. En arrivant, il vid les galères prestes et fut receu de Sainct-Luc avec pleurs. Mais la nuict mesmes qu’il faloit s’embarquer, ses gens prirent Guiteaux, lieutenant de roi aux isles, et aians mandé qu’il couroit fortune en toutes choses comme leur chef, Sainct-Luc retint son prisonnier, renvoia les vaisseaux, se monstrant en secret joieux de l’accident.

Mes lecteurs, ne me soupçonnez pas de vous avoir fait ce conpte pour ma délectation ; j’y perdis trop, c’est pour vous que je l’ai fait. Ne vous arrestez pas tant à la louange de la fidélité qu’à l’exemple et à l’espérance du secours de Dieu, duquel vous devez estre certains, quand vous ferez litière de vostre vie pour garder la foi inviolablement.

PRIERE DE L’AVTHEVR prisonnier de guerre, & condamné à mort.


Lors que ma douleur secrette

D’un cachot aveugle jette

Maint souspir emprisonné,

Tu m’entends bien sans parole ,

Ma plainte muette vole

Dans ton sein desboutonné.

Je veux que mon ame suive,

Ou soit libre, ou soit captive,

Tes plaisirs : rien ne me chaut ;

Tout plaist pourveu qu’il te plaise,

O Dieu : pour me donner l’aise,

Donne-moi ce qu il me faut.

Ma chair qui tient ma pensee,

Sous ses clefs est abaissee,

Sous la clef d’un geôlier :

Dont sert en quelque manière

Cette prison prisonniere,

Moins rude à son prisonnier.

Que si mon ame captive

Est moins allègre & moins vive

Lors que ses membres germains

L’enveloppent de mes peines,

De mes pieds oste mes chaines,

Et les manottes des mains.

Mais si mon ame au contraire

Fait mieux ce quelle veut faire

Quand son ennemi pervers

Pourrit au fonds de ses grottes,

Charge mes mains de manottes,

Et mes deux iambes de fers.

Si le temps de ma milice,

Si les ans de mon service

Sont prolongez, c’est tant mieux :

Cette guerre ne m’envie,

Douce me sera la vie,

Et le trespas ennuyeux.

Mais, o mon Dieu, si tu trouve

Qu’il est temps qu’on me releve,

Je suis tout prest de courir,

De tout quitter pour te suivre ;

Le mourir me sera vivre,

Vivre me sera mourir.

Voir l’épisode précédent : la prise de l’Île d’Oleron par d’Aubigné


[1Le récit que d’Aubigné donne dans sa seconde édition est beaucoup plus détaillé. Voici le passage modifié : Il donna lui sixiesme en chemise à la troupe qui estoit en la rue ; là il se fit faire place, en combattant d’un espieu abbatit le capitaine de Chapitet, n’aguères son prisonnier, et puis esgarant le reste se démesla et gagna le bord de la mer, mais il y trouva une troupe encor plus gaillarde. Il avoit dit à ses soldats en partant : « Que nul ne tire que je ne l’aye dit. » Mais la presse où il se trouva l’ayant empesché de parler aux siens, les cinq y tirèrent et se sauvèrent, ne lui restant qu’un nommé Pariolo. Il lui dit : « Tu n’as pas tiré. » Le soldat respond : « Vous ne me l’avez commandé. » Il répliqua : « Donne à bout touchant à qui je donnerai. » Là-dessus il va contraste avec le capitaine La Fleur, qui lui perça la chemise de son hallebarde, et Aubigné lui coupa la moitié de la main de son espieu. Pariolo appuya son mousquet contre la cuisse de La Fleur, le tire et lui passe le ventre, et puis se jette en la mer. Son capitaine ayant abbatu un sergent près de La FIeur, passoit par-dessus lui, mais l’autre en tombant le saisit et le fit cheoir. Son désespoir, etc.

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