Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

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1588 - Angoulme : Conjuration des habitants contre le Duc d’Epernon

dimanche 1er mars 2009, par Pierre, 974 visites.

La russite cette conjuration conviendrait assez Henri III, mais il se garde bien de le dire clairement. L’chec de la tentative lui donne l’occasion de se dbarrasser de Villeroy, l’organisateur, dfaut du Duc d’Epernon. Machiavel, es-tu l ?

Source : Histoire des guerres civiles de France sous les rgnes de Franois II, Charles IX, Henri III, & Henri IV - Par Arrigo Caterino Davila, Charles Eisen, Edme Mallet, Fierre Jean Gresley, Jacques Aliamet, Nol Le Mire, Arthur Webster Machen - Amsterdam - 1757 - Books Google

Conjuration des Habitans d’Angoulme contre le Duc d’Epernon.

La Cour toit occupe de ces intrigues, lorsqu’on y reut la nouvelle d’une conjuration qui avoit clat Angoulme contre le Duc d’Epernon, qui manqua d’en tre la victime. Nous avons vu que les Ordres du Roi qui dfendoient de recevoir le Duc dans cette Ville, ni de l’y reconnotre , y toint arrivs trop tard. Quelques Bourgeois qui n’aimoient pas ce Duc, se persuaderent trop lgrement, qu’ils rendroient fervice au Roi, en chassant d’Epernon de leur Ville. Ils envoyrent la Cour un homme de confiance, qu’ils adressrent Villeroi, pour savoir premirement de lui, quelles toient les vritables intentions de Sa Majest, & l’assurer qu’ils se sentoient assez de courage pour chasser le Duc de leur Ville, & mme l’arrter Prisonnier, quoiqu’il demeurt toujours dans le Chteau, Place sre & bien fortifie. Villeroi ennemi du Duc, & qui avoit expdi les ordres dont on vient de parler, crut que la circonstance & les ordres du Roi s’accordoient parfaitement, & gota les propositions de cet homme. Il la communiqua au Roi, qui commenant se dfier de lui, ne voulut pas lui dclarer nettement sa volont. Mais afin qu’il ne pntrt point ses vritables sentimens, qui toient toujours les mmes pour le Duc d’Epernon, il lui rpondit froidement : qu’il ne seroit pas fch de voir ce Seigneur chass d’Angoulme, & mme qu’on le conduist prisonnier son Arme, pourvu qu’on n’attentt point sa vie. Le Secrtaire d’Etat saisit avec ardeur cette rponse, & la rendit au Dput des Conjurs : Cet homme fut mme introduit quelques jours aprs dans le Cabinet du Roi, qui se contenta de lui dire, de s’en tenir aux ordres qu’il recevroit du Secrtaire d’Etat. Villeroi ne voulut la vrit lui en donner aucun par crit ; mais, il lui dit, que l’intention du Roi toit qu’ils fissent tous leurs efforts, pour ter le Gouvernement de leur Ville au Duc d’Epernon & mme pour l’arrter, & qu’ils rendroient en cela un service essentiel Sa Majest.

Les Conjurs encourags par le rapport de Villeroi, trs-diffrent de l’indiffrence qu’avoit marqu le Roi, & par l’exagration que leur fit leur Dput de tout ce qu’il avoit vu & entendu, comme c’est la coutume en pareil cas, se crurent capables d’excuter leurs promesses, & projetterent de prendre le Duc d’Epernon, mort ou vif. Ils communiqurent leur dessein aux Seigneurs de Mr, de la Messeliere, au Vicomte d’Aubeterre, & quelques autres Gentilshommes du Pays. Le dixime d’Aot, Fte de Saint Laurent, ils prirent les armes, coururent tout--coup au Chteau, & s’tant empars de la porte, o l’on n’toit point sur ses gardes, ils pntrrent jusques dans les Appartemens les plus reculs du Duc, & y attaqurent ses Domestiques qui toient dans l’Anti Chambre, tandis qu’il s’entretenoit dans sa Chambre avec Marivaux & l’Abb d’Elbene. Les Domestiques du Duc d’Epernon se dfendirent avec vigueur, malgr leur petit nombre. Raphal Jeronimi Florentin, dfendit long-temps la porte, & tua trois des Conjurs ; mais il fut enfin tu lui-mme d’un coup de pistolet. Sorbin, Chirurgien du Duc, prit aussi-tt sa place, & se comporta bravement. Quoique dangereusement bless, il arrta les efforts des assaillans, en appellant haute voix son secours les autres domestiques qui toient dans les chambres basses ; enfin il donna le temps au Duc, & ceux qui l’accompagnoient, de barricader la porte de sa chambre avec des cassettes & des coffres, & tout ce qui se prsenta, pour dfendre leur vie, contre une attaque si inopine. Pendant qu’on combattoit la porte de l’anti-chambre, ses Gentilshommes ayant leur tte Lancelot de Nores, Noble Cypriot , & jugeant par le bruit de ce dont il s’agissoit, avoient pris les armes & regagn la porte du Chteau que Dambleville & Lartigues se chargrent de garder. Les autres montrent dans les escaliers, & ayant trouv les Conjurs qui s’efforoient d’enfoncer les portes de la chambre, ils les passrent tous au fil de l’pe, l’exception d’un des Consuls de la Ville qu’ils firent prisonnier. Le Duc sortit de son appartement, prit ses armes, & se prsenta courageusement avec ses amis pour dfendre le Chteau, il descendit dans la cour o le tumulte redoubloit. Le frre du Consul y toit dj entr, aprs avoir escalad les murs avec quelques gens arms, pour secourir les siens, le Duc les attaqua avec vigueur, & tua leur Chef de sa propre main.. On y prit encore cinq des principaux Bourgeois qui l’avoient suivi, & l’on arrta ainsi la fureur des Conjurs.

Cependant tout le Peuple s’toit soulev dans la Ville au son du Tocsin, & les principaux avoient arrt la Duchesse d’Epernon, qui, sans se douter de rien, toit venue entendre la Messe dans la Cathdrale. Les Habitans recevoient chaque instant des renforts de la Noblesse qui accouroit de toutes parts pour seconder leur projet. Enhardis par ces secours, ils poussrent des Barricades pour attaquer le Chteau. Mais le Duc les fit menacer, s’ils usoient de la moindre violence, de faire mourir ses prisonniers, qui toient des premires familles de la Ville. Il tint par ce moyen le Peuple en bride, jusqu’ ce que Tagent arriva avec ses troupes. Il avoit ses quartiers dans le voisinage, & accourut promptement au bruit qu’on entendoit de loin dans la Campagne. Son arrive intimida le Peuple ; & les Chefs des Conjurs dconcerts, convinrent enfin, par l’entremise de l’Evque d’Angoulme & de l’Abb d’Elbene, que les Prisonniers seraient relchs. La Duchesse fut pareillement remise en libert ; les Gentilshommes qui avoient tremp dans la conspiration, sortirent de la Ville, & le Duc fut reconnu comme auparavant Gouverneur au nom du Roi. C’est ainsi que le Duc d’Epernon, autant pas sa modration, aprs l’accommodement, que par sa valeur se dfendre, touffa cette dangereuse conspiration , qui manqua de l’accabler lorsqu’il s’en doutoit le moins.

La nouvelle de cet vnement acheva d’indisposer Sa Majest contre Villeroi. Henri ne put se persuader que, si le Ministre et rapport prcisment au Dput des Habitans d’Angoulme, la rponse froide & ambigu qu’il avoit lui-mme faite leur proposition, ils n’auroient jamais eu l’audace d’attenter la vie du Duc, malgr la dfense expresse qu’il leur en avoit faite. Il conclut que Villeroi s’toit prvalu de la circonstance pour satisfaire l’inimiti dclare, & assouvir la haine implacable qu’il portait au Duc d’Epernon. Cette pense lui fit dplorer son sort, de se voir ainsi entour de Ministres qui n’coutoient que leurs passions & leurs intrts particuliers.

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