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1620-1626 Éphémérides historiques de la Rochelle revisitées

vendredi 17 avril 2020, par Pierre, 12 visites.

Les Éphémérides historiques de La Rochelle, publiées par J-B Jourdan en 1861, sont une véritable mine d’informations sur l’histoire de cette ville. Cet ouvrage essentiel est composé de 847 notices sur les événements du riche passé de cette ville. Pour chacune de ces notices, les sources d’archives sont mentionnées, et l’auteur compare les sources, leurs éventuelles contradictions.
Un ouvrage qui est aussi déconcertant pour le lecteur, puisque les événements y sont classés du 1er janvier au 31 décembre, toutes années confondues, ce qui rend impossible d’y retrouver la chronologie sous-jacente.
Nous avons "revisité" cet ouvrage en reclassant les 847 notices dans leur ordre chronologique du 21 mars 1089 au 12 novembre 1858.
Réalisée en période de confinement, propice aux travaux au long cours, cette nouvelle présentation facilitera, nous le pensons, les recherches des amateurs de l’histoire de cette ville au riche passé.
Nous avons conservé l’intégralité du contenu des 847 notices, avec leurs notes de bas de page. Pour faciliter la lecture, ces notes suivent immédiatement le texte principal de chaque notice.

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ÉPHÉMÉRIDES ROCHELAISES.
Tout le monde sait que ce fut par un édit de Charles IX , donné à Roussillon, en Dauphiné, le 9 août 1564, que le premier jour de l’année fut fixé pour l’avenir au 1er janvier. Antérieurement dans l’Aquitaine , dont faisait partie la Rochelle, l’année commençait le 25 mars, contrairement à l’ancienne coutume de France, qui fixait le premier de l’an au jour de Pâques. Toutefois, l’année municipale rochelaise continua de s’ouvrir le jeudi après la Quasimodo, jour de l’installation du Maire, dont l’élection avait lieu chaque année le dimanche de la Quasimodo.


1620
1620 05 04. — « Fust publié, en l’audience de la cour présidiale, un édict du Roy portant défense de porter habits de argent, clinquans , passemens de Milan, broderies et autrement. » (Guillaudeau.).
1620 09 23. — Naissance de Françoys, fils de noble homme Pierre Tallemant, l’ung des pers de ceste ville, et de Damoiselle Marie de Rambouillet. (Reg. de l’état-civ. des prolest.) — Le confondant avec son frère, Arcère prétend à tort que François Tallemant, plus connu sous le nom de l’abbé Tallemant, portait le surnom de des Réaux, qui n’a appartenu qu’à Gédéon, auquel la découverte assez récente d’un recueil d’historiettes a valu une célébrité posthume , quand celle de son frère l’académicien est depuis longtemps presque oubliée. Il s’est aussi trompé en donnant à leur père le prénom de François, qui est celui de leur grand père , originaire de Tournay, et qui, pour échapper aux persécutions du duc d’Albe contre les protestans, s’était réfugié, vers 1560, à la Rochelle où, quelques années après, il épousa une riche veuve, nommée Loyse Thévenin. S’il faut en croire des Réaux , qui ne ménage pas son frère dans ses historiettes, ce fut l’ambition qui lit de bonne heure changer de religion à François. Il embrassa aussitôt l’état ecclésiastique, obtint l’abbaye du Val-Chrétien , le prieuré de Saint-Irénée de Lyon , fut pendant 24 ans aumônier du Roi, puis premier aumônier de Madame, mais il ne put obtenir l’évêché qu’il ambitionnait. En 1631 , la faveur de Mazarin, plus que son mérite, lui valut l’honneur d’être appelé à l’Académie française, où il remplaça J. de Montereul. Quelques poésies, son goût et sa facilité pour l’étude des langues, étaient ses seuls titres ; mais il ne tarda pas à publier une traduction des hommes illustres de Plutarque , qui eut promptement sept éditions, malgré le jugement sévère de Boileau qui n’y voit qu’une sèche traduction du françois, d’Amyot. Il paya sa reconnaissance à son puissant protecteur en nombreux sonnets et madrigaux. En 1679, il donna au public une traduction de l’histoire de la république de Venise, de Nani, qui eut un grand succès. Arcère lui attribue encore quelques épitaphes, qui sont l’œuvre de son frère. L’abbé Tallemant mourut, à Paris, à l’âge de 73 ans, le 6 mai 1693. ( T. des Réaux. — Monmerqué.)
1620 10 04 (1). — Le 26 septembre, le Maire avait reçu de Favas, député général des églises réformées, une lettre par laquelle il annonçait que le Roy ne vouloit donner aucun contentement aux églises, et alloit en Béarn déposséder ceux de la religion ; il engageait, en conséquence , le corps de ville à se tenir sur ses gardes et à convoquer une assemblée générale si, dans le troisième jour du mois suivant, il ne mandoit autre chose. Ce délai étant expiré, « le quatrième jour du mois d’octobre, il fut résolu, en la maison de ville et parmy les bourgeois, que l’assemblée des provinces du royaulme et souveraineté de Béarn seroit convoquée en la ville de la Rochelle, au 25 novembre suivant, et qu’à cette fin il seroit escript à toutes les provinces ; ce qui fut exécuté. Et le vendredy suivant, arriva le seigneur de la Chesnaye , envoyé par le Roy, qui exposa au conseil qu’il avoit charge, au nom du Roy, de faire défense de faire ladite convocation ; ce qui estoit aussy porté par les lettres de Sa Majesté. Auxquelles lettres et au seigneur de la Chesnaye fut faict response que ladite assemblée estoit desjà convoquée, les despèches envoyées, et que cela avoit esté faict suivant les promesses du Roy données à l’assemblée de Loudun. Et comme on eut avis de tous costés que l’on eust à prendre garde à soy, on avertit les amis de Poitou et de Xaintonge, on travailla aux fortifications et on mit du canon sur les murailles. » (Colin. — Guillaudeau.)

(1) Cette date est celle donnée par Guillaudeau : elle me paraît plus conforme aux instructions de Favas que celle du 12 , que donne Colin.


1620 12 25. — Louis XIII, après l’inutile légation de la Chesnaye (V. 4 octobre.), avait déclaré illicite l’assemblée générale des protestants convoquée à la Rochelle, fait défense aux Rochelais de la recevoir dans leur ville, sous peine d’être responsables en leurs propres et privés noms, et à tous ses sujets de s’y trouver, s’ils ne voulaient être poursuivis selon toute la rigueur des lois (22 octobre.) Quand cette déclaration fut signifiée au Maire de la Rochelle , Jean Prou se contenta de répondre au sergent : « qu’il avoit fait sa charge et qu’il s’en allât quand il voudroit » et le 25 décembre, un mois juste après le jour fixé par les lettres de convocation (1), la grande assemb lée politiqtte ouvrit ses séances , en présence d’une cinquantaine de députés. Elle devait se composer de soixante-cinq députés des provinces et des principaux personnages du parti réformé ; mais quelquesuns n’étaient pas encore arrivés, huit ne se rendirent pas, et la Trémouille, Rohan, la Force et Châtillon s’y tirent seuls représenter ; MM. de Bouillon, Sully et Lesdiguières prirent le parti de s’abstenir. La ville de la Rochelle, qui seule avait rang de province, car l’Aunis votait avec la Saintonge et l’Angoumois, était représentée par quatre députés (2) : Louis Berne, seigneur du Pont-la-Pierre, Maire des années 1603 et 1614, de la Goutte, avocat du Roi au présidial, pour la maison de ville, et Riffaut et Massiot pour le corps des bourgeois et habitants. Après avoir décidé que le bureau serait changé chaque mois, l’assemblée élut pour président M. de Bessay , pour adjoint M. Clémenceau, ministre, tous deux députés du Poitou, et pour secrétaire de la Milletière, avocat au parlement de Paris. Avant de procéder à aucune délibération, l’assemblée nomma ensuite cinq de ses membres pour aller faire ses complimens à M. le Maire et à Messieurs du corps de ville, et les asseurer de son service : politesse que ceux-ci lui rendirent le lendemain. (Proc.-verb. de l’assemb. — L. Anquez.) — V. 17 février et 10 mai.

(1) La date du 26 octobre donnée par Arcère est doublement fausse : annalistes et historiens sont d’accord pour déterminer celle du 25 novembre comme le jour qui avait été fixé pour la réunion.

(2) M. Anquez dit que la Rochelle avait cinq imputés, mais le procès-verbal de l’assemblée n’en indique que quatre.


1620 12 28. — Les députés de l’assemblée générale des protestants ( V. 25 décemb.) prononcent et signent un long serment d’union et de silence, dans lequel il est dit notamment : qu’ils n’ont en vue que la conservation et sûreté des églises, le service du Roi, le bien de l’état et de la tranquillité publique , protestant et jurant saintement devant Dieu de demeurer inséparablement unis, soubs la très humble subjeclion du Roy, qu’ils rccognoissent leur avoir esté donné de Dieu pour leur souverain seigneur ; de ne proposer aucun avis qui ne soit, selon leur conscience, conforme à la raison et à l’équité ; de déposer toutes passion et affection mauvaises et intérêts particuliers, pour n’écouter que l’honneur de Dieu, le bien , repos et avancement des églises, le service de Sa Majesté et le bien de l’Etat ; de ne révéler, directement ou indirectement, par écrit ou par parole, les avis, propositions ou résolutions que l’assemblée jugera devoir être tenus secrets , et de mettre ses biens et sa vie même au service de ceux qui seraient poursuivis ou molestés à l’occasion des actes de l’assemblée. Nous savons à quoi devaient aboutir ces belles résolutions, ceste humble subjeclion envers le Roi. (V. 10 mai, 22 février, etc.) (Proc.-verb. de l’assemb.)
1621 02 19. — Dès ses premiers actes, qui étaient autant d’atteintes à la souveraineté royale, la fameuse assemblée des Eglises réformées de France , réunie à la Rochelle, malgré les défenses expresses du roi, semblait annoncer le projet d’établir au sein de la monarchie une véritable république fédérative, une sorte d’état dans l’État. Les évènements si graves du dehors rendaient plus inexcusable encore, en de telles conjonctures, la conduite des meneurs calvinistes. Aussi, les hommes politiques du parti et les principaux et plus illustres chefs , Duplessis-Mornay, Rohan, la Trémoille, Lesdiguières, Bouillon, Soubise , &., voyaient-ils avec douleur ces plans chimériques et ces provocations téméraires , qui ne pouvaient que fournir des armes à leurs ennemis et irriter contre eux le jeune roi. Les trois premiers avaient été chargés par la cour d’intervenir auprès des membres de i’assemblée pour les déterminer à se séparer ; mais tous leurs efforts avaient échoué. Le 17 février, le sage Duplessis se décida à adresser à l’assemblée un long mémoire, dans lequel il lui proposait ce tempérament : que les députés suspendissent leurs séances ; que , sans dissoudre l’assemblée et prêts à se réunir de nouveau, si le besoin s’en fesait sentir, ils sortissent de la Rochelle et se retirassent dans les villes voisines , en alléguant qu’il ne pouvaient avec sécurité retourner dans leurs provinces, après les déclarations royales rendues contre eux, et qu’on profiterait ensuite de cette apparente soumission aux volontés du roi, pour obtenir de lui la réparation des justes griefs dont avaient à se plaindre les églises réformées. Rien ne put vaincre l’obstination de l’assemblée : il devint dès lors évident qu’une nouvelle guerre civile était imminente. (Proc. verb. de l’assemblée. — d’Aubigné. Levassor, &c.)
1621 04 17. — La cour n’était )as heureuse dans le choix de ses représentants à la Rochelle : en 1568, nous avons vu le lieutenant général, Jean Pierre, seconder la révolte, qui devait livrer la Rochelle au prince de Condé (V. 9 janvier) , et le 17 avril 1621, quand l’assemblée générale des églises réformées, réunie dans cette ville, méprisant les ordres réitérés du Roi et dédaignant ses menaces, organisait un soulèvement général des protestants et usurpait les prérogatives de la souveraineté (V. 17 février) , le sénéchal du gouvernement de la Rochelle , René de Talansac, seigneur de Loudrières, se rendait au sein de l’assemblée pour protester , comme il l’avait déjà fait par ses lettres, de son dévouement à la cause qu’elle défendait, et mettre à son entière disposition l’autorité que lui conférait sa charge , s’engageant à exécuter avec le plus grand zèle tout ce qui serait ordonné par l’assemblée. (Proc. verb.de l’assemblée). On le retrouve encore plus tard dans le parti des Rochelais , lors du siège de 1627-28. Cette seconde fois cependant, Louis XIII se décida à le révoquer de ses fonctions.
1621 04 22. — « Sur les advis donnés à l’assemblée (genérale des églises réformées) qu’à la nouvelle, présentement apportée en ceste ville, du bruslement du temple de Tours, désenterrement des morts et massacres de plusieurs de la religion habitans ladite ville de Tours, le peuple de ceste ville (de la Rochelle) se seroit tellement émeu qu’il commence à s’atroupper, vouloyr tendre les chaisnes aux rues , courir aux armes, aux portes et aux cantons ; qu’il y a dangier de grands désordres et inconvénients, mesme qu’ils se veulent attaquer aux catholiques romains, s’il n’y estoit promptement pourveu. L’assemblée , considérant combien il importe au bien du service du Roy et de la tranquillité publique que toutes esmotions soyent promptement appaisées, a député trois de ses membres vers M. le Maire, pour le prier d’y apporter son authorité et ramener et contenir le peuple en telle modération que nulle offense, injure, ni excès ne se commettent contre les personnes, biens et honneurs des habitants de contraire religion, et qu’un chascun puisse vivre en paix et concorde comme auparavant. » (Proc. verb. de l’assemblée). — V. 21 mai.
1621 05 21. — Depuis l’édit de Nantes, qui avait rétabli le culte catholique à la Rochelle (V. 9 mai), l’église de Ste-Marguerite, dépendant de l’ancien couvent des Dames blanches (de l’ordre de Prémontré), la seule qui eût échappé à la destruction , avait été abandonnée aux catholiques, et les bâtiments du monastère servaient à l’habitation des derniers moines de Saint-Jean-Dehors (1), qui s’étaient récemment unis à la nouvelle congrégation de l’Oratoire , fondée par Pierre de Bérulle. Pendant que l’assemblée générale des protestants siégeait en souveraine à la Rochelle (V. 17 février), les ministres et un certain nombre de députés et de francs bourgeois résolurent d’expulser de la ville ces religieux. Ils parlaient même de les brûler dans leur église ou de les précipiter du haut des murailles. Le Maire réussit à les ramener à des sentiments plus humains en leur fesant comprendre que ce serait exposer leur co-religionnaires aux mêmes traitements, là où ils étaient les plus faibles, et promit de se charger de faire sortir les Oratoriens de la Rochelle. Mais pendant qu’il se concertait avec le supérieur sur les moyens de les soustraire à l’exaltation populaire , un nombreux attroupement s’était formé devant la maison de Ste-Marguerite, en proférant de menaçantes clameurs. En vain , le Maire s’efforce de faire retirer cette populace furieuse , son autorité est méconnue. Il s’avise alors d’intimer l’ordre aux religieux de ne pas sortir jusqu’au lendemain, sous peine de la vie. Rassurée par cette feinte défense , la foule se dissipe. Le Maire s’empresse alors de profiter de l’heure à laquelle chacun était à dîner, accourt avec une quarantaine d’hommes armés, fait sortir en toute hâte les malheureux prêtres par la porte neuve , qu’il fait fermer derrière eux , et les conduit jusqu’à Port-Neuf (2), où il les fait embarquer pour Brouage, sur un bâtiment qu’il avait fait préparer à cet effet. (Le bannissement des prestres de l’Oratoire. — Colin.) (3)

(1) Leur monastère était situé près de la porte de Cougnes. ( V. ma Ve Lettre Rochelaise.)

(2) Port-Neuf était un petit port, aujourd’hui détruit, situé au-delà do la digue de Richelieu et que Louis XIII utilisa, pendant le siège , pour abriter et charger ses bâtiments de transport.

(3) « Les prestres de l’Oratoire n’ont jamais osé faire leur charge librement à la Rochelle ; quand ils vouloient aller administrer ou consoler quelque pauvre malade , ils portoient la sainte hostie dans leur pochette ou dans leur sein et mesme nagueres un de ces prestres fut arresté, en allant voir un , par un gros portefaix, qui en pleine rue luy jette son sac sur les épaules, luy disant : « Tiens, gros asne, porte mon sac. » Et ça toujours esté un crime capital parmy eux d’estre prestre ; mesme ils ont solemnellement juré que jamais Jésuite ne seroit reçeu en leur ville. Les Capucins, Récollets, Minismes et autres religieux sont interdits d’y entrer s’ils ne changent d’habits ou ne se déguisent. Leurs chiens portent presque tous le nom de quelque dignité ecclésiastique , les uns appelant les leurs Saint-Pierre, les autres Cardinal les autres Petit-Evesque, d’autres Gros-Prestres, Petit-Curé, &. » (Le bannissem. des prestres de l’Oratoire.)

Le même jour (1) Louis XIII, étant à Niort, déclarait par des lettres patentes « criminels de lèzë-majesté tous les habitants et autres personnes de quelque qualité qu’ils soient, demeurant retirez ou réfugiez d^ns la Rochelle, el qui recognoitront en quelque façon que ce soit l’assemblée (réunie à la Rochelle) ; la déclarant privée et déchue de tous octroys, privilèges,franchises et autres grâces qui pourroient avoir été concédées par ses prédécesseurs. » (Aug. Gallant.)
(1) Cette date est celle donnée par Gallant ; Arcère indique celle du 27, et le procès-verbal de l’assemblée celle du 17. -


1621 05 30. - Aussitôt après l’expulsion des prêtres de l’Oratoire de leur couvent de Sainte-Marguerite (V. 21 mai), les protestants s’emparèrent de leur chapelle pour en faire un nouveau temple (1), et le ministre de la Chapellière y fit le premier prêche le dimanche 30 mai. (Regist. des bapt. protest.) 1628 (Siège de). — Les députés Rochelais, Bragneau et Gobert n’ayant pas réussi, quelques remontrances , prières et supplications qu’ils luy eussent pu faire , à déterminer l’amiral anglais à tenter le moindre effort pour sauver la Rochelle (V. Il mai), étaient partis pour l’Angleterre, afin d’exposer au Roi la lâche conduite de d’Embigh. Au récit qu’ils lui firent de l’afreuse situation de la Rochelle , Charles Ier, aussi ému qu’indigné , entraîna Gobert près d’une fenêtre et s’appuyant sur son épaule et pleurant à chaudes larmes, lui demanda quel sujet avoient donc eu ses gens de se retirer et d’abandonner ceste pauvre ville. Il fit aussitôt assembler son conseil, voulut que les députés y fissent eux-mêmes le récit de ce qui s’était passé, et il fut résolu qu’on dépêcherait un gentilhomme à d’Embigh, pour lui intimer l’ordre de retourner dans la rade de la Rochelle et d’y attendre les renforts qu’on allait s’empresser de lui expédier. Le 30 mai, le roi d’Angleterre écrivait aux Rochelais la lettre suivante : « Messieurs ne vous déconfortez pas, encores que ma flotte soyt retournée ; tenez bon jusques au dernier jour, car je suis résolu que toute ma flotte périra plustost que vous ne soyez secourus. A cet effect je l’ay contremandée et ay envoyé navires pour luy faire changer son desseing qu’elle auroit pris de revenir. Je vous envoie promptement quantité de vaisseaux pour la renforcer. Avec l’ayde de Dieu, j’espère que le succès sera heureux pour voire deslivrance. Cependant donc prenez bon courage et vous contiez en la foy de vostre bon amy, Charles. » (Mervault.) -Vaines promesses, que devaient suivre les plus cruelles déceptions !.

(1) Les protestants avaient alors trois autres temples : le grand Temple terminé depuis 1603, sur la place du château ; la salle St-Yon, dans l’ancien couvent des Augustins, et la salle Gargouillaud , dans la rue de ce nom. Ils ne se servaient plus de la salle Saint-Michel, où siégeait le conseil des quarante-huit.. On s’étonnera moins de ce qu’ils eussent besoin d’un quatrième temple , quand on saura que d’une enquête faite en 1618 il résulte que les protestants formaient les dix-neuf vingtièmes de la population et que leur nombre allait toujours croissant.


1621 07 28. — Établissement, par l’assemblée protestante siégeant à la Rochelle, d’une juridiction souveraine , pour prononcer sur les appels formés contre les jugements des juges ordinaires, tant en matière civile que criminelle. (Gallant). V. 17 février.
1621 07 29. — La commission que Louis XIII, après la prise de Saint-Jean d’Angély, avait donnée au duc d’Epernon de marcher contre la nouvelle République de la Rochelle (1). ( V. 22 février) était la plus agréable qu’il pût recevoir ; car il haïssait mortellement les Rochelais, qui avaient maintes fois blessé sa vanité et qui, en se fondant sur leurs privilèges , s’étaient toujours refusés à le recevoir comme gouverneur. Il ne doutait pas, dans sa présomption, de pouvoir bientôt apprendre à parler à ces orgueilleux bourgeois , qui avaient osé le traiter de loup gris (2) et de se rendre maître de leur ville, en fermant l’entrée du port. Après avoir rassemblé son armée à Surgères, il s’empara de Frontenay-l’Abattu (Rohan-Rohan) , du château de Nuaillé, de Marans, de l’île de Ré, de CroixChapeau , laissant des garnisons dans chacune de ces petites places, et arriva le 29 juillet à la Jarrie, où il établit son quartier général. Le jour même, il y eut d’assez rudes chocs à Aytré et à Périgny, dont les églises fortifiées étaient gardées par des détachements Rochelais. Le lendemain, le vicomte de Favas étant sorti de la Rochelle, avec quelques pièces de canon, pour reprendre la Gremmenaudière, dont s’étaient emparées les troupes royales, fut repoussé par le comte d’Oriac et obligé de battre en retraite après avoir perdu une quarantaine de soldats. Le jour suivant, le marquis de Lavalette , fils de d’Epernon , réussit, malgré une vive résistance , à s’emparer du fort de Tasdon. « Ces défaites, dit un écrit du temps, mirent en rumeur la communauté des habitants contre les chefs, disans qu’ils les mettoient à la boucherie pendant qu’ils se conservoient en la ville, dont est survenu de très grands tumultes et divisions. » (Divisions survenues entre les seigneurs de Soubize, etc. — La défaite de 200 hab. sortis de la Roch. — Levassor. — La prise des advenues, etc. — Merc. franc. — Le bruslement des moulins des Roch. , etc.).

(1) Lorsque la Trémouille fit sa soumission , après le siège de SaintJean d’Angély , le Roi lui dit : « Vous serez témoin que si j’ai les armes à la main, ce n’est que pour réduire la nouvelle République de la Rochelle. » (Levassor).

(2) « Ils détraictent de moi, disait-il en 1616 , et m’appellent loup gris. Le Maire m’a écrit que je le molestois en son gouvernement ; je lui apprendrai à parler et je luy ferai connoître qu’il n’y a d’autre gouverneur que moi. » (Merlin).


1621 10 02. — La Cour avait compris qu’il ne suffisait pas d’attaquer la Rochelle du côté de terre, si on lui laissait la mer libre, et elle avait donné à Launay de Razilly le commandement d’une petite flotte, qui ne paraissait forte de plus de quarante voiles que parce qu’on y avait introduit, pour faire nombre, une certaine quantité de navires marchands. Lorsqu’elle parut, le 1er octobre, dans le pertuis Breton, il n’y avait à la Rochelle ni navires, ni canons et fort peu de matelots ; mais le même jour , arrivèrent fort à propos neuf navires, qui revenaient de la guerre ou de Terre-neuve, Dans une séance que tint le corps de ville, le 2 octobre, il fut décidé qu’on formerait aussitôt une flotille de guerre. On y travailla avec tant d’ardeur que , dans la soirée du 4, elle était en état de prendre la mer. Grâce à une marée extraordinaire , qui parut aux Rochelais un signe visible de la protection céleste , dix-huit navires et une grande galère, tous fort bien équipés et munis d’hommes, d’artillerie et de feux d’artifice, se trouvèrent réunis, le 6 au matin , à Chef-de-baie , sous le commandement de Jean Guiton (1). Les habitans de l’île de Ré, qu’on avait fait immédiatement avertir, lui envoyèrent un renfort de trois bâtiments, dont un très gros navire flamand, monté par 200 vaillants marins et soldats. « Les livrées estoient écharpes blanches et bleues, et les pavillons des vaisseaux aussy , et dé crainte que l’armée royale, pour tromper, n’arborât pareils pavillons, l’on envoya à ladite armée du treillis jaulne, pour le mettre par tous les navires aux mâts de devant pour se recognoistre. » A huit heures, Guiton attaqua les royalistes, qui, après deux heures de combat, se retirèrent en désordre, abandonnant plusieurs de leurs navires aux Rochelais. Trois jours après, Saint-Luc, gouverneur de Brouage, étant allé rejoindre Razilly, à l’île d’Oleron, avec cinq vaisseaux, ils revinrent ensemble pour attaquer la flotille rochelaise, qui était radée vers la Flotte et la Palisse. Comme ils avaient l’avantage du vent, Guiton rangea ses navires le long de La côte, derrière la pointe de Sablonceau , et essuya toutes les bordées des bâtiments royalistes ; mais, dès qu’ils furent passés, profitant à son tour de la faveur du vent, il les suivit à coups de canons , si rudement que l’armée royale ne retourna au combat. (Colin.)

(1) Il montait un navire de 400 tonneaux , armé de 20 canons.


1621 10 09. — Les chefs que l’assemblée générale des protestans avait désignés pour les huit cercles ou gouvernements de la France (V. 10 mai.) avaient presque tous décliné ce dangereux honneur. Le duc de la Trémouille, auquel avaient été attribuées, avec l’Angoumois, la Saintonge et îles adjacentes, ayant fait sa soumission au Roi, l’assemblée , dans sa séance du 9 octobre, invita Soubise, qui déjà avait le Poitou et la Bretagne, à accepter la charge de chef et général de la province de Saintonge. (Proc.-verb. de l’assemblée.)
1621 11 03. — Les Rochelais ayant appris que le duc d’Epernon était à Marsilly, avaient résolu de s’emparer de sa personne par surprise. Vers les deux heures de la nuit, ils sortent mystérieusement de la ville, au nombre de quatre ou cinq cents hommes, suivis de trois canons ; mais d’Epernon, averti de de leur projet, avait fait cacher derrière un bois, proche le chemin de la Rochelle à Marsilly, un assez grand nombre de gens d’armes, qui chargèrent à l’improviste les Rochelais quand ils approchèrent. Après un combat de deux heures, ceux-ci furent obligés de rétrograder, en abandonnant leurs canons. Cet échec occasionna une grande rumeur parmi le menu peuple et surtout parmi les femmes de ceux qui avaient succombé. Elles voulurent outrager Soubise, Favas, de Bessay et le Maire lui-même, qui furent contraints de rester enfermés pendant trois heures à l’Hôtel-de-Ville. Il en résulta qu’on ne tint plus de conseils secrets, et qu’on appela aux réunions suivantes des habitants de chaque quartier et de toutes conditions. (L’entreprise des Roch. descouverte etc.) — V. 29 juillet.
1621 11 06. — Un nouveau succès de Guiton, contre les royalistes ( V. 2 octobre.) , vînt atténuer le mauvais effet de l’échec que, trois jours auparavant, d’Epernon avait fait essuyer aux Rochelais (7. 3 novembre). On avait appris à la Rochelle que dix-huit navires du Roi étaient arrivés à Brouage, pour se radouber. Vingt-deux batimens rochelais partent, le 6 novembre, pour Brouage, sous le commandement de Guiton. Une partie de la flotte royale s’enfuit à leur approche ; mais deux des navires, le Saint-François et le Saint-Louis, touchent et s’échouent. Les Rochelais sautent à bord, avec épées et pistolets et force pots à feu ; les royalistes se défendent avec courage , mais ayant perdu plusieurs des leurs, accablés par le nombre, ils sont obligés de se rendre ; quelques-uns cependant ayant préféré se jeter à la mer se noyèrent. Les deux navires restèrent aux mains des Rochelais , qui les emmenèrent, avec une soixantaine de prisonniers, quand la marée les eût remis à flot. (Colin.)
1621 11 08. — La prise de l’île d’Oleron, par Soubise et Saint-Surin, suivit de près le succès obtenu par Guiton contre Saint-Luc ( V. 6 novemb.). Ils y commirent ou laissèrent commettre de fâcheux excès et de regrettables dévastations. Ils ne se contentèrent pas de s’emparer des revenus des catholiques, d’enlever les sels, d’abattre les bois, ils autorisèrent encore la destruction des églises , à peine relevées de leur ruine par les catholiques. (Arcère. )
1622 02 22. — Toutes les démarches faites auprès de l’Assemblée de la Rochelle, pour la déterminer à se dissoudre ayant échoué ( V. 17 février 1622), Louis XIII s’était décidé à recourir à la voie des armes. Marchant en personne contre les révoltés, il s’était emparé, l’année précédente, de la ville de Saint-Jean-d’Angély, qu’on appelait le boulevard de la Rochelle ; mais au lieu de marcher ensuite contre cette dernière ville, il avait pris le chemin de la Guienne, laissant au duc d’Epernon et à Biron le soin d’aller l’attaquer. Les troupes de ces deux généraux n’étaient pas suffisantes pour une pareille entreprise, surtout avec les immenses ressources dont pouvaient disposer les Rochelais, déjà maîtres de la mer et dont les innombrables corsaires étaient l’effroi de l’Océan. Aussi ne pouvaient-elles engager que des combats partiels, dans lesquels le succès se prononçait tantôt pour l’un tantôt pour l’autre parti. Comme il était évident toutefois que de nouvelles forces ne tarderaient pas à être envoyées contre la Rochelle, le corps de ville, pour empêcher que les royalistes ne pussent s’établir solidement dans le voisinage de la ville, ordonne, le 22 février, que « tous les temples (églises) , clochers et autres forteresses qui sont dans le gouvernement (de la Rochelle) et mesme les forteresses, qui sont en maisons particulières, comme de la Sausaye, la Gremenaudière et autres seront desmolies et razées. » ( Reg. des délibér. du corps de ville.)
1622 02 23. — Si la prise de Saint-Jean-d’Angély par Louis XIII (V. 22 février 1621) n’avait intimidé ni l’assemblée ni les Rochelais, elle leur avait fait comprendre la nécessité de ne rien négliger pour fortifier davantage la Rochelle. Le côté de la .place, qui s’étendait depuis la porte des Deux-Moulins jusqu’au fâmeux boulevard de l’Evangile, étant. le plus faible, on couvrit la Porte-Neuve par une demi-lune ( qui semble être l’ouvrage de défense appelé dans des titres du temps : fort de l’Assemblée) ; on enveloppa d’un ouvrage à corne Je boulevard de la porte des Deux-Moulins et au-delà du fossé, qui bordait la muraille de la ville, on fit cinq redans, simplement gazonnés, mais fortement fraisés et palissadés ; enfin, sur le haut du faubourg de Tasdon, on éleva un très grand fort, qui prit le nojn de ce village et qui était destiné à défendre la côte. Tout le mojade, hommes, femmes, enfants, de quelque condition qu’ils fussent, même les membres de l’assemblée, travaillèrent avec une noble ardeur aux travaux les plus rudes. Pour établir sans doute plus d’ordre et de discipline parmi les travailleurs, et afin que nul, surtout parmi les catholiques, ne put s’en exempter, il fut fait, le 23 février, une proclamation portant injonction à tous les habitants d’aller à la hotte, par deux compagnies (1) chaque jour, sous peine d’amende d’abord et de prison ensuite. (Reg. des délib. — Pièces diverses.)

(1) Il y avait dix compagnies, la première de Saint-Yon ; la deuxième du Temple ; la troisième de la Grande-Rue ; la quatrième de St-Sauveur ; la cinquième du Minage ; la sixième de Saint-Nicolas ; la septième du Carrefour ; la huitième des Cordouans ; la neuvième de Cougnes , et la dixième du Perrot. (Reg. des délib)


1622 03 02. — Violant le serment, qu’il avait prêté après la soumission de Saint-Jean-d’Angély, de ne plus porter les armes contre le Roi, Soubise était entré, à la tête de 3,000 hommes, dans le bas Poitou, et s’était rendu maître des Sables-d’Olonne et de plusieurs petites places du pays. Le seigneur du Plomb, fils de Paul Yvon , avait été chargé par lui de porter à la Rochelle et d’offrir en son nom à la commune cinq drapeaux ou guidons, qu’il avait enlevés aux royalistes (1). Le 2 mars, « ils furent mis en l’Hôtel-de-ville , pour estre gardés et conservés en mémoire honorable dudit exploict. » (Proc.-verb. de l’ass. — Mervault. — Mercure français.) — V. 22 février 1622.

(1) « Dans lesquels il y avoit un soleil rouge avec une croix blanche de couleur tannée, jaune orangé et vert. »


1622 03 05. — Le corps de ville de la Rochelle ordonne la démolition des fortifications d’Esnandes et de l’église d’Angoulins. (Regist. des délibérations.)
1622 04 11. — Telle était la puissance de la marine rochelaise, qu’à cette date et pendant que la fameuse assemblée de toutes les églises réformées de France siégeait à la Rochelle, le corps de ville, se fondant sur « la nécessité qu’il y avoit d’armer promptement, pour résister aux efforts des ennemys, mesmement sur mer, « envoya des députés annoncer à l’assemblée qu’il avoit pris résolution de mettre sus vingt vaisseaux de guerre pour envoyer dans la Manche, et empescher le passage aux ennenys. » Il demandait seulement que, pour encourager tant les capitaines que les soldats, il leur fut accordé le dixième des prises. L’assemblée refusa de prendre un tel engagement et promit seulement de fortes gratifications. (Procès-verbal de l’assemblée)
1622 04 14. — Les premiers succès de Soubise dans le Poitou (V. 1 mars) avaient rallié autour de lui de nombreux partisans. Avec une petite armée , forte de plus de 7000 hommes, il se mit à courir le pays jusqu’aux faubourgs de Nantes, jetant partout la terreur par ses cruautez, pilleries et incendies. Louis XIII, qui avait eu avis que les Rochelais méditaient en outre de jeter quelques troupes dans la basse Normandie , pour la soulever, résolut de marcher lui-même contre Soubise , avec des forces importantes, que conduiraient de vaillants capitaines. Soubise s’était cantonné dans l’île de Ré. En apprenant que le Roi s’avançait en personne, précédé des maréchaux de Vitry, de Praslin et de Bassompierre, il fut pris tout-à-coup d’une terreur panique et, abandonnant lâchement ses soldats , se sauva à la nage avec sa cavalerie, dans la nuit du 14 au 15 avril, pour gagner Saint-Gilles. Manquant de chef, ses troupes ne songèrent plus qu’à fuir ou à déposer les armes : 2,500 de ces malheureux furent massacrés par les troupes royales ou par les paysans ; 150 environ se noyèrent et près de 700 furent faits prisonniers et envoyés aux galères. Un grand nombre d’entr’eux étaient Rochelais ; aussi quand cette affreuse nouvelle parvint à la Rochelle, dans la journée du 16, quelques efforts que fissent les magistrats pour dissimuler l’étendue du désastre , la douleur et l’indignation soulevèrent la population contre l’assemblée (V. 17 février) et contre les officiers de la commune , qui eurent peine à se soustraire à la fureur de la population. Soubise n’y eut certainement pas échappé s’il fut arrivé à la Rochelle dans ce moment d’effervescence. Poursuivi par les royalistes jusqu’à quatre lieues de cette ville, il parvint à grande peine, à la faveur de la nuit et de la forêt de Benon, à gagner la Rochelle, le 19 avril, accompagné seulement de 40 ou 50 cavaliers. Le peuple avait eu le temps de se calmer. Soubise comprit cependant, à l’accueil qui lui fut fait, qu’il était plus sage, sinon plus prudent, de s’éloigner, et il s’embarqua pour l’Angleterre. (Proc-verb. du curé de Chalans. — Hist. de la rébellion. — Levassor. — La grande et merveilleuse sédition, &.— Le bannissem. de M. de Soubize.- H. Martiny &.)
1622 04 16. — Soubise voyant le danger de sa situation dans l’île de Rié (V. 14 avril) avait, avant d’abandonner ses troupes , demandé aux Rochelais des secours, qu’ils s’étaient empressés de lui expédier ; mais la flotille rochelaise, commandée par l’amiral Guiton , malgré sa diligence, ne put arriver qu’après la défaite sanglante de Rié. Le lendemain de cette journée néfaste, pendant que les navires de Guiton côtoyaient le rivage pour recueillir les derniers débris de l’armée protestante, le duc de la Rochefoucault, l’un des généraux catholiques, voulut par un indigne stratagème essayer d’enlever quelques-uns des bâtiments ou d’écraser du moins leur équipage. Il dirigea donc vers la côte un fort détachement d’hommes armés , que précédait un groupe nombreux de prisonniers, et pour attirer les gens de la flotille, il voulut forcer les prisonniers rochelais à courir du côté des navires, en criant au secours f mais l’un d’eux, nommé Job Foran , de l’île de Ré, gravit précipitamment sur le sommet d’une falaise et, de sa voix la plus éclatante , s’écria : trahison !trahison ! Certain du sort qui l’attendait pour son héroïque patriotisme, il se précipita ensuite du haut du rocher. Il fut relevé tout meurtri par quelques matelots , qui avaient déjà pris terre, et put aller mourir dans sa patrie, objet de la reconnaissance et de l’admiration de ses concitoyens pour sa noble conduite. (Arcère, d’après Chabans et Duchatelier-Barlot.)
1622 05 10. — Date du fameux règlement de l’Assemblée générale des protestants réunie à la Rochelle, que les catholiques appelèrent les lois fondamentales de la république des prétendus réformés. Louis XIII, avant de marcher en personne contre les protestants soulevés, avait lancé une déclaration de lèze majesté contre l’assemblée et ses adhérents. L’assemblée y répondit par un manifeste qui justifiait la guerre et par un réglement qui l’organisait. Les cercles, ou grandes divisions provinciales établies depuis 1611, à l’instigation de Rohan, pour les affaires religieuses et politiques du parti, transformés en huit gouvernements militaires, furent confiés au duc de Bouillon, premier maréchal de France, au duc de Soubise, au duc de la Trémouille, au seigneur de la Force, et à son fils aîné, le marquis de la Force, au duc de Rohan, à Châtillon et au duc de Lesdiguières. « Le païs d’Aunix et la Rochelle firent comme un cercle particulier : en considération des anciens privilèges de ses habitans, leur Maire conserva toujours le gouvernement de la ville et du païs d’Aunix, sans reconnaître aucun autre officier. » (Levassor.) Le commandement général des armées fut attribué au duc de Bouillon, qui refusa en alléguant son âge et ses infirmités. De nombreux articles réglaient ensuite l’organisation des assemblées générales et provinciales, leurs attributions ainsi que celles des chefs de cercle, le système financier du parti, la discipline des troupes, &. Rohan et Soubise acceptèrent seuls le périlleux honneur qui leur était déféré par l’assemblée, les autres refusèrent ; l’ambitieux Lesdiguières fit plus : il accepta de conduire l’armée du Roi contre ses coréligionnaires. (Proc.-verb. de rassemblée. — Levassor.- H. Martin.) — V. 22-23 février et 11-12 avril.)
1622 05 11. — Après la victoire remportée sur les troupes de Soubise à Rié (V. 14 et 16 avril), Louis XIII marcha contre Royan , Il qui estoit une porte de derrière pour les rebelles de la Rochelle, par laquelle ils s’alloient pourmenans dans les plaines de Xaintonge et rendoient presque du tout inutile le fort de Blaye, et de là mesme, au moyen de l’isle d’Argenton, qu’ils ont surprise à l’embouchure de la Garonne dans l’Océan, couroient jusques aux portes de Bordeaux, surprirent Soulac et ravageoient le païs de Médoc. » Royan était défendu par le béarnais de Loubie. D’Epernon avait reçu l’ordre d’investir la place avant l’arrivée du Roi. En vain les Rochelais y envoyèrent plusieurs fois des secours, les assiégés, manquant de poudre, se rendirent à Louis XIII, le Il mai, le jour même où le corps de ville autorisait une nouvelle levée de 250 hommes pour aller renforcer la garnison. (Proc.-verb. de rassemblée.Brochure du temps.)
1622 06 25. — Après avoir défait les troupes de Soubise, à Rié, et enlevé la ville de Royan aux protestants ( V. 14 avril et Il mai). Louis XIII était entré en Guienne et avait chargé le jeune comte de Soissons de faire le biocus de la Rochelle par terre, pendant que le duc de Guise assemblerait une flotte pour la bloquer aussi du côté de la mer. Le comte de Soissons arriva à la Jarrie , avec ses troupes, le 24 juin et le lendemain il s’avança jusqu’à la Moulinette, où eut lieu un premier engagement avec les Rochelais. Quelques jours après, il distribua ses quartiers à Saint-Maurice, à l’Epine, à Laleu, au Plomb et fit commencer bientôt sur la motte St-JJtich’Jl, ce fameux fort Louis qui, pendant quinze ans, devait être l’objet des incessantes réclamations des Rochelais et l’une des principales causes des guerres qui suivirent. Les travaux en étaient dirigés par Pompeio-Targon , célèbre ingénieur italien, que le Pape avait adressé au Roi. Une brochure du temps parle de ce fort en ces termes : « On tient ceste machine pour la mieux travaillée et fortifiée ( et avec autant de hardiesse à la porte d’une ville des plus importantes de l’Europe) qui se soit jamais veiie. Il bat la ville à plomb et commande au canal par où passent les navires, et ne peuvent sortir les vaisseaux Rochelais sans estre foudroyés des canonnades qu’on tire journellement dudit fort. Des lignes de communication s’étendaient du fort Louis jusqu’à la mer. Pompeio imagina en même temps de fermer le canal par une estacade et par une immense chaîne de fer. (1) « Mais il n’en put jamais venir à bout, dit Mervault, plus ou lui donnoit de temps, de matière et d’argent, plus il en demandoit, c’estoit, comme l’on dit, la mer à boire. Il n’avoit point encore commencé de poser la première pièce de sa machine dans le canal, quand vint la nouvelle de la paix. » (Hist. de la rebellion. - Colin. — Mervault. — Les invent. et mach. admir. de Pomp.-Targon.) 96 Juin.

(1) « Le 4 août, la chaisne de fer arriva et fust portée par trente-cinq charrettes et encore n’est-elle pas toute entière. » (Histoire de la rebellion de France.)


1622 06 28. — Le corps de ville, pour mettre obstacle aux approches du comte de Soissons ( V. 25 juin), décide que les maisons de la Fons seront démolies et les hauts bois de Rompsay abattus. (Reg. des délibér.)
1622 07 28. — « On fit sortir quelques 30 petits navires, pour escarmoucher le long de la coste contre ceux qui travailloient au fort de la Moite, et en même temps on fit sortir 800 hommes de pied et quelques 80 chevaux pour recognoistre le travail de la Motte ; mais on leur fit., de la ville, signal afin qu’ils retournâssent et ne s’engageâssent d’avantage. Dequoy ils furent bien faschés , parce qu’ils pouvoient facilement prendre ledit fort. » (Colin). - V. 25 juin.
1622 08 05 (Siège de). — « On renvoya tous les malades du camp (du comte de Soissons) ; il y en eut jusqu’à 62 charrettes. Aussi fut-on obligé de recourir aux recrues pour refaire l’armée. » (Hist. mémor. de tout ce qui s’est fait, etc.) — V. 14 juillet.
1622 10 27. — La flotte royale qui, sous les ordres du duc de Guise, devait joindre ses efforts à ceux du comte de Soissons pour réduire la Rochelle (V. 25 juin), avait mis tant de temps à se réunir qu’elle n’avait pu partir de Blavet que le 19 octobre, le jour même où le duc de Rohan signait la paix, à Montpellier, au nom du parti protestant. Le 24, elle était en vue de la flotte rochelaise, commandée par Jean Guiton. Les historiens, très peu d’accord sur les forces de l’une et l’autre, (1) le sont cependant pour reconnaître que les vaisseaux du Roi étaient beaucoup plus gros et montés par un bien plus grand nombre d’hommes. Le 27, à huit heures du matin, le duc de Guise donna l’ordre de commencer l’attaque. « Ce combat, dit Mervault, fut le plus furieux de mémoire d’homme ; car, en peu de temps, furent tirés plus de 1,400 coups de canon. » Malgré des pertes importantes, les Rochelais paraissaient avoir l’avantage et l’avant-garde, commandée par SaintLuc , était près de succomber. Le duc de Guise, voyant le danger, n’hésite pas à se détacher de son corps de bataille pour voler à son secours. Les Rochelais tournent alors leurs efforts sur le grand galion, fort de 12 à 1500 tonneaux, qui lui servait d’amiral, parviennent à attacher à ses flancs deux gros brûlots et bientôt le galion est tout en flammes. En vain essaie-t-on de déterminer l’amiral à abandonner le navire ; en vain la Rochefoucault lui crie : « Ah ! Monsieur, tout est perdu. — Autant vaut rôti que bouilli, » lui répond intrépidement le duc de Guise et, avec autant de sang-froid que de courage, il fait couper les amarres des grapins des brûlots, emploie une partie de l’équipage à éteindre le feu et, avec le reste , il combat comme un lion pour repousser les assaillans. « Jamais César ny Alexandre, écrivait dans son admiration M. de Montolieu, firent si courageusement sur terre, que mon dit seigneur fit en mer, ce jour-là. » Le combat dura, terrible et acharné, jusqu’à quatre heures du soir. Le navire de Guiton était criblé de coups et la plupart de ses hommes hors de combat ; il se retira vers la fosse de Loix, où le reste de sa flotte ne tarda pas à le rejoindre. Il avait perdu 1500 hommes ; les pertes des royalistes étaient bien moindres, parce que , grâce à la grandeur de leurs vaisseaux ils tiraient à couvert ; ce que ne pouvaient faire les soldats rochelais. Mais leurs adversaires eux-mêmes furent obligés de reconnaître qu’ils avoient tesmoigné d’une grande audace et avoient très vaillamment combattu, comme gens qui vouloient mourir ou vaincre. (Merc. franc. — Lettre de Montolieu. — Mervault. - Colin. Hist. de la Rebellion. — Tallem. des Réaux, etc.)

(1) Le Mercure francais, Arcère et H. Martin ne portent qu’à une quarantaine le nombre des vaisseaux du duc de Guise , mais l’Histoire de la Rebellion lui en donne 86. Les Rochelais, d’après Arcère, avaient 39 navires assez petits ; d’après Colin, une cinquantaine ; selon Montolieu , 60 vaisseaux très forts ; enfin , selon la relation véritable et H. Martin, non moins de 70 voiles. Chabans dit que le duc de Guise avait 14,000 hommes de troupes ; les Rochelais n’en avaient que .4,000 d’après Colin et 5,000 au plus , selon Arcère.


1622 11 07 (1) (Siège de). — Un grand pan de la muraille de la ville, qui s’étendait de là porte des Deux-Moulins à la tour du Padé (V. 27 juin), soit qu’il fût trop surchargé de parapets, soit parce qu’il était battu depuis longtemps par le canon du Fort-Louis et de l’Epine, s’écroule sur une longueur de quarante toises, et jusqu’à ses fondemens. Les assiégeans crurent voir le doigt de Dieu dans cet accident très naturel. Mais les Rochelais, -hommes, femmes et enfans, sans s’effrayer des boulets ennemis, travaillèrent avec une infatigable ardeur jusqu’à ce que la brèche eût été réparée. ( Colin. - Mervaull. )

(1) « On fit d’autres machines qui tenoient toute l’ouverture ( conservée entre les deux bras de la digue ), et estoient faites de grandes pièces de bois, enfoncées et Iiêes par dessus avec de la charpente : on appela ces machines chandeliers. » (Mém. de Richelieu.)


1622 11 10. — La Rivière , courrier du Roi, avait apporté la veille les articles de paix , signés à Montpellier le 19 octobre , par le duc de Rohan , au nom de toutes les églises réformées. (V. 27 octobre.) L’imprudente prise d’armes des protestans leur avait coûté cher : ils perdaient deux gouvernemens de province, le Béarn et le Poitou, leurs places de sûreté, moins la Rochelle et Montauban ; toutes assemblées politiques leur étaient interdites sans la permission du Roi ; ils ne conservaient que la faculté de tenir des assemblées de consistoire, colloques et synodes, pour pures affaires ecclésiastiques ; Montpellier devait être démantelé ; toutes les nouvelles fortifications élevées par les réformés, spécialement dans les îles de Ré et d’Oleron, devaient être démolies ; — celles de la Rochelle étaient exceptées ; un brevet particulier promettait même le rasement du Fort-Louis ; - l’édit de Nantes était de nouveau confirmé, mais aussi le culte catholique devait être rétabli partout où son exercice avait été interrompu , etc. Tous les corps de la ville furent réunis, ce jour-là, à l’échevinage pour avoir communication du traité. La Rivière , en prenant la parole, voulut commencer par prôner la bénignité du Roy et sa grandeur : on l’interrompit, en lui disant de parler de la paix, et d’en produire l’acte. Il déclara qu’il n’avait pas les originaux, mais seulement l’acte de publication faite à Montpellier, et des instructions du Roi pour faire mettre à exécution ce qui avait été arrêté avec M. de Rohan. Malgré le mécontentement qu’on éprouva de cette circonstance , on nomma cependant cinq députés , pour aller saluer, à Laleu, le comte de Soissons et le maréchal de Vitry, et trois autres, pour se rendre vers le duc de Guise, amiral de la flotte royale. (Colin. — Rég. des délibérations.)
1622 11 11. — La fameuse assemblée de la Rochelle, qui siégeait depuis le 25 décembre 1620, tint sa dernière séance le 11 novembre, jour de la publication de la paix de Montpellier. En même temps les députés rochelais étaient reçus par le comte de Soissons , qui leur déclara qu’il allait immédiatement lever le camp, mais qu’il laisserait au Fort-Louis le colonel du régiment de Champagne, Arnault (1), jusqu’à ce que le Roi eût fait connaître ses volontés ; ce qui affligea beaucoup de gens, dit Colin. Le même jour, le corps de ville choisit deux de ses membres, et les bourgeois un des leurs, pour aller assurer Sa Majesté de leur fidélité et obéissance. (Proc.-verb. de l’assemblée. - Rég. du corps de ville.)

(1) « On appela cet Arnaut Arnaut du Fort, dit Tallemant des Réaux, parce que ce fut luy qui s’avisa, après avoir changé de religion, de proposer de faire le Fort-Louis, pour incommoder ceux de la Rochelle , et il en fut capitaine. » (Historiettes.)


1622 11 15. — Depuis le combat du 27 octobre ( V. cette date.) , Guiton et sa flotille avaient eu à essuyer de rudes combats et des pertes considérables. La position de l’amiral rochelais était d’autant plus critique, que son vice-amiral Maquin s’était noyé, et que d’une cinquantaine de navires, il lui en restait à peine une vingtaine, encore en si mauvais équipage qu’à peine s’en pouvoit-il servir, tandis que son terrible adversaire avait au contraire reçu un nouveau renfort de dix bâtimens, que lui avait amenés de Brouage le marquis de Rouillac. Néanmoins, cantonnés dans la fosse de Loix, les Rochelais se défendoient comme un sanglier au pied d’un arbre, dit Montolieu. Heureusement qu’au moment où le duc de Guise prenait ses dernières dispositions pour les écraser, il reçut la nouvelle de la paix et renonça à son attaque. Guiton , informé de son côté que la paix était faite, se rendit, le 15 novembre , à bord du galion du duc de Guise, qui l’attendait, assis dans une chaire et entouré de ses officiers et des plus qualifiez gentilshommes de l’armée. Jetant son pavillon aux pieds du duc, l’amiral rochelais lui dit, qu’obéissant à Messieurs de la Rochelle, ses maîtres, il venait lui faire sa soumission et protester , tant en son nom qu’en celui des siens, d’être à l’avenir humbles sujets et serviteurs fidèles de Sa Majesté. « Vous faites bien d’obéir, lui répondit le duc, soyez toujours bons serviteurs du Roy, qui vous témoigne son affection paternelle en vous donnant la paix , lorsque vous la deviez moins espérer. Je reçois vostre estendard ( en mettant la main » dessus ), je vous le rends, je ne l’ay pas gagné au combat. » A l’instant il se leva et embrassa led. admirai rochelois et luy dit : « Vous êtes de braves gens d’avoir osé combattre si vaillament ; c’est à quoy je ne m’attendois pas, et estimois que, voyans une si puissante armée, vous dussiez vous retirer sans combat. » — « Monseigneur, lui répondit fièrement Guiton , Dieu m’a fait ceste grâce de n’avoir jamais tourné le dos au combat, et je me fusse plustost perdu par le fer que de fuir. » ( Mervault. — Suite de l’histoire de la rébellion. - Pièces historiq. — De Montolieu. )
1622 12 07. — Le corps de ville « pour recognoissance des services rendus au public par Jeh. Guiton , en sa charge d’admiral de l’armée navale ( V. 27 oct. et 15 nov.), et pour récompense des frais par luy faictz », lui fait don du navire le Melhuacq ( que la commune avait précédemment acheté d’un flamand de ce nom) avec tous ses agrès, apparaux et canons. (Reg. des délib. )
1622 12 18 (1). — Louis XIII écrivait, à cette date, au commandant du Fort-Louis une lettre ainsi conçue, qu’il remit aux députés Rochelais qui l’avaient été saluer à Lyon : M. Arnault, ayant esté adverty que mes subjects de la ville de la Rochelle se sont mis en debvoir d’exécuter ce à quoy ils sont obligez par la déclaration de la paix (V. 10 novembre.), et ayant d’ailleurs contentement des submissions et assurance de fidélité que leurs députés me sont venus rendre au nom du corps de ma dile ville, j’ay résolu aussy de faire effectuer ce qui leur a esté promis de ma pari, de faire desmolir les forts, qui ont esté construits et environnent la ville et particulièrement le plus proche (2). C’est pourquoy je vous faitz ceste lettre pour vous dire que, huit jours après que ceux de lad. ville auront razé et explané les forts d’Oleron , les fortifications nouvelles qui pourront avoir esté faictes dans l’isle de Ré et autres lieux, vous ayez à faire commencer la desmolition desd. forts , et continuer jusqu’à ce qu’elle soit entièrement faicte. » (Reg. du corps de ville.) Mais en même temps , dit Levassor, on écrivit au gouverneur de ne rien faire de ce qui était contenu dans la lettre donnée aux députés. Ce qui est certain , c’est que, malgré toutes les démarches et les instances des Rochelais, le Fort-Louis ne fut pas démoli, et ce fut l’une des principales causes de la prise d’armes de 1625 (V. 6 mai.), et de la guerre de 1627.

(1) La date du 8 décembre donnée par Arcère est fausse : la lettre transcrite sur le reqistre du corps de ville porte celle du 18.

(2) Le Fort-Louis.


1623 11 25. - Par les ordres de Jean de Saint-Bonnet de Thoiras, qui venait de remplacer Arnault dans le commandement du Fort-Louis ( V. 11 novembre.), « on commença à travailler pour faire un hâvre à Port-neuf », rapporte Colin. Mais sur les observations du corps de ville que ce port serait grandement préjudiciable au bien, liberté et trafic de la Rochelle , Thoiras fit suspendre les travaux. (Rég. des délibérations. ) V. 21 mai.
1624 01 18. - Depuis la paix que le duc de Rohan avait signée , au mois d’octobre 1622 , l’exercice du culte catholique n’avait point encore été rétabli à la Rochelle. Deux commissaires du Roi étaient arrivés pour faire droit aux plaintes des catholiques. Les églises ayant été détruites en 1568, le corps de ville ordonna aux ministres de vider la chapelle de l’ancien couvent des Sœurs Blanches ou de Sainte-Marguerite (1), qui avait été transformée en temple protestant, et le 18 janvier 1624, monseigneur Michel Raoul. évêque de Saintes, accompagné des prêtres de l’Oratoire, que l’on avait précédemment chassés, y célébra pontificalement le service divin. (Reg. des délibérations du corps de ville. — Arcère).

(1) Devenue aujourd’hui la chapelle des Frères de l’École Chrétienne.


1624 12 28. — Au mois de décembre de cette année, les curés de la banlieue de la Rochelle renouvelèrent la grande question de la dime, qui avait occasionné, au XIVe siècle, de si longs débats (V. 13 juin et 7 août), en assignant devant le présidial de Poitiers un grand nombre d’habitans des paroisses rurales, pour s’entendre condamner à leur payer le dixième sur tous les fruits et récoltes recueillis dans ce gouvernement. Le corps de ville s’émut de ces poursuites et nomma, le 28 décembre , M. Daniel de la Goutte, l’un des pairs, « pour aller par devers Monsieur l’évesque de Xaintes, et le prier de faire cesser lesdites poursuites, attendu qu’on lui payoit le centiesme des fruits croissans en lad. banliefve, qui est au lieu de la dixme , suivant le concordat faict en l’an 1380 » ; il chargea en même temps le procureur de la ville d’intervenir dans la cause portée au présidial de Poitiers et, dans le cas où il serait donné suite à l’affaire, de se pourvoir par requête pour faire évoquer la cause devant le parlement de Paris, auquel le concordat attribuait. la connaissance des difficultés relatives à son exécution. (Reg. du corps de ville. ) Une délibération postérieure nous apprend que le parlement évoqua en effet l’affaire, qui fut jugée sans doute contre les prétentions des curés , puisqu’en 1629 , après la reddition de la Rochelle, ils firent de nouvelles poursuites dans lesquelles, nous l’avons vu, ils furent plus heureux. ( V. 28 juin.)
1625 02 22. — Mort d’Amos Barbot, frère du Maire de 1610 (dont il avait été le coélu), grand bailli d’Aunis, et auteur du manuscrit si précieux pour notre histoire , auquel nous fesons de si fréquents emprunts, et dont la bibliothèque impériale de Paris possède l’original.
1625 05 05. — Nous avons vu qu’en 1614 les syndics des bourgeois et le conseil des quarante-huit avaient été établis pour s’opposer aux abus d’autorité du corps de ville et défendre les intérêts populaires contre l’arbitraire de l’aristocratie municipale (F. 29 mars ) ; mais trop souvent les pouvoirs démocratiques deviennent plus tyranniques que ceux mêmes dont ils avaient mission de tempérer la puissance. Voilà à quel point, après dix ans, en étaient arrivés les représentants des bourgeois Rochelais : les deux frères Rohan et Soubise avaient fomenté une nouvelle insurrection huguenote, au moment même où Richelieu, reprenant la politique d’Henri IV, s’était allié aux princes protestants contre la maison d’Autriche, et venait de reconquérir la Valteline , en battant les soldats du Pape. Quels que fussent d’ailleurs les justes griefs des protestants français , le moment était donc mal choisi et l’entreprise au moins très hasardeuse. Le corps de ville, tout en gardant les plus grands ménagements envers Soubise ( qui avait préparé à l’île de Ré un armement pour s’emparer du port de Blavet), et en fesant même pour lui sans doute des vœux secrets, craignait d’embrasser ouvertement son parti et hésitait devant la pensée de se jeter dans une nouvelle guerre, dont le succès semblait très-douteux. Le peuple rochelais au contraire, très-favorable à Soubise, voulait qu’on se déclarât immédiatement pour lui et avait déjà plusieurs fois, par des députés, pressé les magistrats de le faire. Le 5 mai, dit l’échevin Guillaudeau, les procureurs des bourgeois et un certain nombre de délégués des quarante-huit étant venus au conseil, assemblé à l’Hôtel-de-Ville, le plus fougueux d’entr’eux, Mocquay, « fil lecture d’un escript portant une résolution de ladite compagnie des quarante-huit, contenant, après un discours présupposant des choses du tout fausses, que tous ceux du corps de ville seroient contrainctz à consentir à faire l’union et jonction avec M. de Soubise et qu’à faulte de ce faire, ilz seroient déclarez déserteurs du bien publicq ; eulz, leurs familles et adhérents mis et chassez hors ladite ville. » Le corps de ville somma Mocquay de lui remettre la copie de cette décision, mais il s’y refusa. ( Sur quoy, ajoute notre annaliste, il pourra estre remarqué de quelle façon et violence lesdits du corps de ville sont forcés et contraintz aux volontés et résolutions desdits bourgeois et que les advis du corps de ville ne sont libres ni asseurés. » Le parti populaire l’emporta ; la guerre, qui dura près d’un an, ne fut pas favorable aux Rochelais, et nous savons que l’une des conditions qui leur furent imposées, par la paix de 1626 , fut la suppression des syndics et du conseil des quarante-huit. ( V. 8 mars.)
1625 07 16. — Nous avons vu que, sous la pression du parti populaire, les magistrats de la Rochelle avaient été contraints de prendre parti pour l’insurrection huguenote , fomentée par Rohan et Soubise. (V. 5 mai.) Après une expédition heureuse contre Blavet, Soubise s’était emparé des îles de Ré et d’Oleron et avait rallié à ses armes victorieuses un grand nombre de partisans, qui d’abord avaient blâmé la témérité de son entreprise. Enhardi par le succès, il était entré dans la Gironde, avec soixante-quatorze navires, pillant et rançonnant le pays jusqu’aux portes de Bordeaux. Mais battu par Thoiras, il était revenu sur les côtes d’Aunis, où n’avait pas tardé à le poursuivre une flotte franco-batave, composée de vingt navires de guerre hollandais, commandés par l’amiral Houtsteen, et une dizaine de vaisseaux français, sous le commandement du vice-amiral Manty. Profitant de la conformité de croyance des Hollandais, et des pourparlers de paix, qui avaient lieu entre les députés généraux protestants et la cour, Soubise avait facilement déterminé Houtsteen à suspendre les hostilités et à échanger des otages ; mais apprenant qu’il s’armait aux Sables-d’Olonne une vingtaine d’autres navires qui devaient se réunir à l’armée royale, sans respect pour sa parole, le 16 juillet, il fondit à l’improviste, avec trente-neuf voiles, sur la flotte alliée, mit le feu à l’aide de brulôts, à l’un des plus gros navires ennemis qui brûla entièrement, et prit ou coula quatre autres bâtiments. L’amiral Houtsteen ne s’échappa qu’avec peine, après avoir perdu quinze cents des siens , dit avec quelque exagération sans doute le duc dé Rohan, qui, dans ses mémoires, donne à cette victoire de mauvais aloi de son frère plus d’importance qu’elle ne mérite. ( Guillaudeau. Richelieu. — H. Martin, &.)
1625 09 15. — Le succès obtenu par Soubise contre l’amiral Houtsteen (V. 16 juillet) coïncidant avec de mauvaises nouvelles d’Italie, Richelieu offrit des concessions aux protestans, et la Reine mère, les ministres et le connétable devaient garantir le rasement du Fort-Louis dans quelque temps. Les Rochelais l’exigeaient tout de suite ; la cour refusa. Par le crédit de Buckingham, elle obtint alors de Charles Ier, qui venait de succéder au roi Jacques , d’employer contre les Rochelais les navires que celui-ci avait promis pour agir contre les Génois. Ne voulant pas combattre leurs coreligionnaires, les capitaines et matelots anglais désertèrent presque tous ; mais leurs navires , montés par des Français, n’en vinrent pas moins grossir la flotte formée aux Sables d’Olonne, et dont le duc de Montmorency avait reçu le commandement. Elle se composait d’une soixantaine de voiles françaises, Hollandaises et Anglaises. Avant de mettre à la voile , le duc de Montmorency donna l’ordre à Saint-Luc, la Rochefoucault et Thoiras, qui depuis quelque temps resserraient la Rochelle, sous les ordres du maréchal de Praslain, de préparer une descente à l’île de Ré. Dès que la flotte de Montmorency eut paru dans le pertuis Breton, et que Soubise, qui commandait la flotte Rochelaise, se fut retiré dans la fosse de Loix, Saint-Luc, La Rochefoucault et Thoiras cinglèrent dans des chaloupes vers l’île de Ré, abordèrent avec leurs troupes, dans la soirée du 15 septembre, entre les Portes et la pointe du Gros-Jean, où malgré les efforts de Soubise , qui était accouru avec deux bataillons d’infanterie, quelque cavalerie et quatre pièces de canon , ils opérèrent leur descente avec autant d’habileté que de bonheur. Dans la bataille qui eut lieu le lendemain, la victoire se prononça en faveur des royalistes : Soubise fut obligé de s’enfuir à l’île d’Oleron, et après avoir perdu 7 à 800 hommes, leurs canons et deux drapeaux, les troupes protestantes capitulèrent. (Disc. de ce qui s’est passé à l’armée navale. — Arcère.)
1625 09 17. — Le sort des armes ne fut pas plus favorable à Soubise sur mer que sur terre. (V. 15 septembre.) Sa flotille , qu’il avait laissée dans la fosse de Loix, sous le commandement de Guiton , trop faible pour entreprendre de lutter contre la flotte de Montmorency , avait cherché à gagner l’île d’Oleron ; mais elle avait été fort maltraitée par les royalistes, et comme on était en temps de morte-eau , deux des plus gros navires s’échouèrent, le Saint-Michel et la Vierge, qui servait d’amiral. Attaqué vigoureusement par le capitaine de Saint-Julien, le premier ne tarda pas à se rendre. Quatre navires royalistes assaillirent en même temps la Vierge, ce beau vaisseau que Soubise avait, peu de temps auparavant, enlevé aux catholiques, dans le port de Blavet, le plus puissant navire qu’on eut vu encore en France, qui portait 80 canons et avait coûté plus de 200,000 écus à construire et à munitionner. Assailli à la fois par le haut-banc, par lé proue et par le tillac, son équipage se défendit longtemps avec le plus intrépide courage ; mais, voyans que de tous ces vaisseaux il leur fondoit tant de gens sur les bras et qu’estant le tillac desjà saisi, il n’y avait plus de résistance possible, l’un des matelots nommé Durand , de l’île de Ré, cantonné au bas du château de poupe, où était le magasin à poudre, s’écria : « donnez la vie ou vous ne tenez rien. » - « Pas de quartier, » lui fut-il répondu. Aussitôt, par un héroïque mouvement de désespoir, il mit le feu à la fougade, et plus de 230 barrils de poudre éclatèrent avec un épouvantable fracas, engloutissant avec la Vierge les quatre vaisseaux ennemis. Deux personnes seulement échappèrent, comme par miracle, au désastre , et le flot rejeta au rivage près de 700 cadavres. Guiton put gagner la Rochelle dans une barque, sans pourpoint, chausses, manteau ni espée, accusé de trahison par ses ennemis et menacé d’être traduit en justice. (Disc. de ce qui s’est passé, &. - Bernard. — Colin. — H. Martin.)
1625 11 22. — « Arriva à Chef-de-Baye un grand navire turc pirate, de trois cents tonneaux, que la tourmente y avoit chassé ; lequel salua de trois coups de canon, et aussitost le capitaine vînt au hâvre dans son bateau, et demanda à parler au juge de l’amirauté, ayant en sa main une commission du sieur du Chalart. Il parloit bon François, estoit Breton de nation et renégat. Le navire fut amené en ville, et lui fut conduit à Paris, et son équipage envoyé aux galères. » ( Colin.)
1625 11 26. — La Rochelle, étourdie par la défaite de Soubise (V. 15 sept.) et celle de Guiton (V. 17 sept.) et par la prise des îles de Ré et d’Oleron par le duc de Montmorency , tombant tout d’un coup d’une fermeté un peu outrée dans les plus profondes soumissions, dit l’auteur de l’histoire de l’édit de Nantes, avoit pris le parti de demander avec humilité ce qu’elle avoit exigé avec hauteur. Mais Louis XIII n’avait même pas voulu entendre les cinq députés que les Rochelais lui avaient envoyés. Le 26 novembre, il interdit le présidial de la Rochelle, dont il transféra le siège à Marans, en ordonnant aux magisirals de s’y transporter, dans le délai de huit jours, sous peine d’être déclarés atteints et convaincus de rébellion et désobéissance , et comme tels indignes et incapables de tenir et exercer cy-après leurs charges et offices (1). (Benoist. - Ms. Nos 2,060, 289.)

(1) Une particularité digne de remarque, c’est que Louis XIII enjoint en même temps aux échevins de Marans de se procurer et de fournir , aux magistrats du présidial, vng domicile propre pour la tenue de leur siège. Ce qui semble établir que Marans avait une commune administrée par des échevins , sans avoir de Maire.


1625 11 27. — « Le 27 novembre, fust oüy, dans la maison de ville, M. de Lescure, gentilhomme envoyé par M. de Laval, qui représenta que les députés de la Rochelle n’avoient point esté ouys ( V. 26 novembre. ) et on ne les vouloit oüyr sans une submission entière , qui estoit de desmolir leurs fortifications, recevoir une citadelle, et l’entrée du Roy en ladite ville, et que il y avoit plusieurs régimens pour faire jusques au nombre de 8,000 hommes de pied et 600 chevaux, lesquels dans le 10e de décembre se debvoient rendre devant la Rochelle, avec grand nombre de pièces de canon, pour faire des forts et empescher que on ne peust avoir aucun vivre, en attendant que on battist de force avec lesd. canons ; et que les frais de telle armée estoient faits par les ecclésiastiques, qui avoient promis de fournir au Roy 1,500,000 escus, dont ils faisoient advance de 1,700,000 liv. Sur quoy et aultres occurences, a esté résolu de se mettre en estât d’une défense telle que pourra et par les moyens plus promptz, propres et convenables ; et pour cet effet le tout renvoyé au conseil de guerre establi par M. le Maire. » (Guillaudeau.) Nous avons vu déjà comment Richelieu, jugeant que le siège de la Rochelle était encore chose prématurée, dans la situation générale des affaires, avait engagé le Roi à se départir de la rigueur des conditions imposées aux Rochelais, à recevoir leurs députés et à leur accorder un traité de paix plus favorable et qui ne fut cependant pas accepté sans difficulté. ( V. 8 mars.)
1625 12 01 C’est le jour où on célèbre la fête de Saint-Eloy , le patron des orfèvres et des serruriers. La corporation des premiers , trop peu nombreuse sans doute, ne paraît pas avoir été érigée en maîtrise à la Rochelle , car le livre des statuts ne contient aucun réglement qui les concerne, et un registre du corps de ville, de 1625, nous apprend qu’un compagnon orfèvre ayant demandé la permission de s’établir à la Rochelle , le corps de ville chargea le Maire de réunir chez lui les principaux maîtres-orfèvres. et de s’entendre avec eux pour savoir s’il y avait inconvénient à accorder cette autorisation. Ils avaient cependant une bannière avec des armoiries de gueules, à une enclume d’argent, accompagné de deux marteaux d’or en chef. Outre la marque particulière de chacun d’eux, la corporation avait encore un poinçon représentant un dragon ailé. (1) La corporation des serruriers au contraire avait été de tout temps en maîtrise à la Rochelle, porte une ancienne délibération du corps de ville ; mais il ne nous est resté que leur statut réformé eu 1584 , et rédigé en vingt-trois articles. Il ne diffère guères des autres pour l’élection des maîtres-regardes , les privilèges accordés aux fils et veuves de maîtres, le serment annuel à prêter entre les mains du Maire, les minutieuses précautions destinées à assurer la bonté des ouvrages, la formalité du chef-d’œuvre pour les candidats à la maîtrise, si ce n’est toutefois qu’on exigeait d’avantage de l’apprenti étranger que de celui qui avait fait son apprentissage chez un maître établi entre les quatre portes de la ville. Ce qu’on y trouve de plus remarquable, ce sont les précautions prises contre les voleurs. Ainsi il était interdit à tous gens travaillant les métaux de faire aucune clé ni serrure, et à tous autres d’en vendre ; les serruriers ne pouvaient, sous peine d’amende , faire aucune clé sans qu’on apportât chez eux la serrure, ni en faire sur modèle pour un bourgeois de la ville , sans aller voir la serrure à laquelle elle était destinée. Il leur était défendu, sous la même peine, d’acheter aucune clé, vieille ou autre, plus d’un denier tournois , de peur qu’on ne volât les clés pour les revendre. Les serruriers portaient dans leurs bannières : de gueules, à quatre clés d’or posées deux et deux. Ne serait-ce pas leur corporation qui aurait donné son nom au faubourg de Saint-Eloy ? Ce qui tendrait à le faire croire, c’est que la chapelle de la confrérie de Saint-Eloy et la maison où s’assemblaient ses membres se trouvaient en dehors de la porte de Cougnes, à l’entrée même de ce faubourg. On conservait dans cette chapelle une relique de Saint-Eloy , dans un bras couvert d’une feuille d’argent, et le chapelain , qui devait dire quatre messes, chaque semaine, pour les fondateurs, confrères, sœurs et bienfaiteurs, était nommé par les maîtres-confrères, conjointement avec le curé de Notre-Dame. (Statuts. — Armoriai de la Roch. — Rég. du corps de ville. — Jaillot. )

(1) Le poinçon des orfèvres de Saint-Martin ( île de Ré) représentait des mouchettes, et celui des orfèvres de Marans une sorte de sébile. (Moyen-âge et Renaissance.)


1626 02 13. — Catherine de Parthenay , l’opulente héritière des anciens barons de Châtelaillo ’n, cette femme au coeur tout viril, qui devait jouer bientôt un rôle si actif pendant le siège de la Rochelle, et qui, presque octogénaire, aima mieux subir les rigueurs d’une prison que de courber la tête devant le vainqueur Louis XIII ; l’auteur de la tragédie d’Holopherne , représentée avec éclat à la Rochelle, en 1574 ; qui non-seulement avait écrit des élégies, et un pamphlet sur la conversion d’Henri IV, mais encore avait traduit du grec les préceptes d’Isocrate ; la mère du vaillant chef des protestants, Henri de Rohan, et du duc de Soubise, cet ardent boute-feu des guerres religieuses du commencement du xvne siècle ; la vieille duchesse de Rohan enfin, abandonnant son château de Soubise , vient se fixer à la Rochelle, avec sa fille, la belle Catherine , qui fit cette noble réponse à Henri IV : Je suis trop pauvre pour être votre femme et de trop bonne maison pour être votre maîtresse. — Le Corps de ville les reçut avec de grands honneurs et leur offrit pour logement l’hôtel de Marsan (v. 1er février 1626), où elles demeurèrent jusqu’à la fin du siège. (Colin. - Actes de Dupuy. — La Croix Dumaine. — Bul. de la société de l’histoire du protestantisme, etc. )
1626 03 08. — Publication par tous les cantons, au son des trompettes et des tambours, du traité de paix accordé par le Roi aux Rochelais, le 5 février précédent. (Guillaudeau.) La guerre avec les huguenots durait depuis le mois de janvier 1625. Malgré les revers de Soubise et de leur amiral Guiton, les Rochelais avaient repoussé les premières conditions que le Roi avait voulu leur imposer, après la fatale bataille de l’île de Ré, et Louis XIII avait refusé ensuite de les comprendre dans la paix générale signée avec les protestants ; mais Richelieu , qui ne se sentait pas encore assez fort pour entreprendre le siège de la Rochelle, et qui comprenait la nécessité d’avoir la tranquillité à l’intérieur avant de porter au-dehors l’activité de la France, détermina le Roi à adoucir la rigueur des conditions primitives. On fit disparaître les articles qui obligeaient les Rochelais « à recevoir le Roi dans leur ville , avec le respect et la révérence qui lui sont dus, toutes fois et quantes il leur feroit l’honneur d’y aller », et qui leur imposaient un intendant de justice et de police (1). Au lieu de la démolition de toutes les fortifications élevées depuis 1560, la cour se contenta de la destruction du fort de Tasdon (V. 23 février). L’exercice du culte catholique était rétabli à la Rochelle, mais sans les processions et le port du corpus domini ; les capitaines de navires rochelais devaient se munir à l’avenir d’un congé du grand amiral, suivant l’usage général du royaume ; obligation dont ils s’étaient jusque-là dispensés. Il n’était pas parlé dans le traité du rasement du fort Louis, réclamé avec tant d’instance et depuis si longtemps par les Rochelais ; mais la promesse en avait été faite aux ambassadeurs d’Angleterre, qui étaient intervenus dans les négociations en faveur des Rochelais. L’article qui avait été l’objet de la plus vive opposition de la part des bourgeois, quand le traité avait été soumis à leur approbation et qui avait soulevé la populace contre le Maire, était celui qui rétablissait le gouvernement municipal, tel qu’il était avant 1614, supprimait le conseil des bourgeois appelé les quarante-huit, et abolissait les fameux vingt-huit articles, causes de si longues luttes entre les bourgeois et le corps de ville. (V. 11 janvier.) Mais la Rochelle n’ayant pas été comprise dans le traité général fait avec les protestants et n’ayant obtenu la paix que par un acte séparé, la crainte d’avoir à combattre seuls, si la guerre était continuée, avait déterminé les bourgeois, après de longs débats, à souscrire aux conditions signées par les députés Rochelais. (Guillaudeau. — Reg. du corps de ville, &. — Colin.)

(1) L’établissement d’un intendant à la Rochelle ne date réellement que de la capitulation de 1628, et si M. Amelot, comme le dit Arcère , en a eu le titre dès 1623, il ne paraît pas en avoir exercé les fonctions. Jean Boucherat, maître ordinaire en la chambre des comptes , nommé après la fin du siège, céda presque aussitôt sa place à M. Gaspard Coignet de la Thuilerie, maître des requêtes. (Duchesne. — Arcère.)


1626 04 30. - Conformément aux conditions de la paix du mois de février précédent (V. 8 mars) « on commença à desmolir le fort de Tasdofl, sans attendre la venue des commissaires que l’on disoit venir pour l’exécution de la paix. » L’année suivante, les Rochelais en reconstruisirent un nouveau , mais beaucoup plus bas et bien plus grand , en y enfermant le moulin de la Barouère. (Colin.)
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