Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

Accueil > Chronologie de l’histoire locale > La Renaissance > 1533 - 1850 - Le protestantisme en Angoumois, Aunis et Saintonge > De l’Edit de Nantes sa rvocation (1598-1685) > 1683 - Factums catholiques contre les Prtendus Rforms de Saintonge > 1683 - Factum contre les Prtendus Rforms de Saint-Seurin

1683 - Factum contre les Prtendus Rforms de Saint-Seurin

mercredi 26 décembre 2018, par Pierre, 142 visites.

Factum : Rcit de l’une des parties, destin aux juges, exposant sommairement les faits d’un procs. Il s’agit ici d’argumentaires en faveur de la partie catholique (Diocse de Saintes), contre les Protestants.

Le d-tricotage de l’Edit de Nantes, pendant les rgnes de Louis XIII et de Louis XIV, se fait de diffrentes manires :
 par l’usage de la justice Royale, ce qui nous donne des dossiers d’argumentaires (factums) pour aider le clerg du diocse de Saintes lutter contre les protestants ;
 par l’usage de la force : dragonnades, mises au couvent, envoi aux galres, etc.

L’intrt de ces "Factums" est la description de la situation locale du protestantisme pendant les rgnes de Henri IV, Louis XIII et Louis XIV, avec les noms et les rles des acteurs locaux, lorsque cela est utile l’argumentaire..

Source : Factums pour le syndic du clerg du diocse de Saintes contre les prtendus rforms de Saintonge, sur le sujet des temples et des exercices publics de leur religion qu’ils ont tablis dans le diocse de Saintes, par contravention aux dits. - 1683 - BNF Gallica

Voir ici une page de synthse sur les 41 factums en cours de publication sur ce site. On y trouve la liste des lieux concerns par un Factum, et les rfrences rglementaires sur lesquelles s’appuie le rdacteur, Monseigneur de Chteauneuf.

SAINT SEURIN.

FACTUM

Pour le Syndic du Clerg du Diocese de Saintes, demandeur.
Contre les Prtendus Reformez de Saint Seurin, dfendeurs.

Le Syndic du Clerg de Saintes, demande la dmolition du Temple, que les Prtendus Reformez de S. Seurin ont fait btir dans leur Bourg en l’anne 1659. quarante ans aprs l’Edit de Nantes.

Pour faire voir la justice de sa demande, il avance deux propositions contre les dfendeurs.

La premire, Que l’exercice de la R. P. R. qui avant l’Edit de Nantes s’est fait S. Seurin, n’estoit qu’un exercice personnel ou de Chasteau.

La seconde, Que quand mesme ct exercice n’auroit pas est un exercice de Chasteau, il doit toujours estre interdit, parce que les dfendeurs ne donnent point de preuves d’exercice tabli & publiquement fait S. Seurin, dans le temps requis par l’Edit.

C’est sur ces deux veritez, que la justice des demandes du Syndic est fonde ; il les prouve avec vidence.

Quant la premire, les titres des dfendeurs en donnent des preuves incontestables.

En effet, dans le livre des Baptesmes par eux produit sous cotte A. on lit ces mots : Fut fait exhortation en la grange dudit Seigneur de S. Seurin, par Mr Mastre lehan Vallain, Ministre de Gemosac. Et ceux-cy : Par Maistre Michel Znechel ; & furent baptizez, &c. fol. verso. Le mot de grange, en Guienne,en Saintonge, en Poitou, & en beaucoup d’autres endroits, signifie, soit dans un Chasteau, soit dans la maison des particuliers, le lieu o l’on met les gerbes & la paille : de sorte qu’il est vident, que les Baptesmes que les Ministres administroient, & les Presches qu’ils faisoient S. Seurin aux Prtendus Reformez, se faisoient dans le Chateau du Seigneur dudit lieu.

On voit aufli en plusieurs endroits, ces paroles : A est fait exhortation au Chasteau de S. Seurin , par mondit sieur Chastagnier ; & ont est baptizez, &c. fol. 4. verso.

On lit encore celles-cy : Ont est baptisez par ledit Chaslagnier, exhortant dans la douze du Chasteau dudit S. Seurin. fol. 7. recto.

Il est dit dans le mesme Livre : Que le Ministre Chaslagnier retourna dans le Chasteau dudit Seigneur de S. Seurin, o il demeura pendant les troubles, y preschant & faisant exercice de la Religion, fol. 3. verso.

On y lit encore, qu’aprs que les troubles furent pacifiez, & que le Roy eut donn libert par son Edit, tous Seigneurs Chtelains, de faire dans leur terre l’exercice de la R. P. R. le sieur Gabriel de la Mothe, comme estant Seigneur Chtelain dudit S. Seurin, voulant continuer d’avoir publiquement l’exercice de la Religion audit S. Seurin, avoit retenu & pri ledit Maistre lehan Chastagnier, Ministre de la Parole de Dieu audit lieu de S. Seurin, pour y admnistrer la Parole de Dieu & les saints Sacremens ; ce que ledit Chastagnier luy aurait accord pour un an, commenant le premier de May ensuivant, moyennant certains gages, & que ledit Seigneur envoyeroit querir sa femme jusqu’ son pays de Montrichet. Ce qui luy auroit est octroy. Et leur fit bailler le Chasteau bris pour leur demeurance. fol. 6. verso.

Ce fut seulement en l’anne 1639. c’est dire, plus de quarante ans aprs le temps requis par l’Edit de Nantes, que les dfendeurs parlerent d’avoir un lieu qui fut hors du Chasteau, pour y faire l’exercice de leur Religion.

En effet, leur contract d’achat, d’un chay ou cellier vin, sis au devant le Port de S. Seurin, pour en faire un Temple, remis par eux sous cotte G, est du 23. Juin 1639. & il n’a pas est en leur pouvoir de prouver par aucun acte, qu’avant ladite anne l’exercice ait est fait hors du Chasteau, la reserve de quelques baptesmes faits dans les maisons de quelques particuliers.

Le Temple fut basti du consentement, &. mesme par les soins du Seigneur de S. Seurin, comme il appert par l’acte de donation qu’il fit aux acquerans, des lods & ventes qui pouvoient luy estre deus, raison dudit contrad, & de la rente seigneuriale qu’ils pouvoient & pourroient luy devoir pour les lieux vendus.

Il est remarquer, que les dfendeurs bastirent ce Temple de leur autorit propre, sans avoir obtenu aucune permission des Commissaires dputez par Sa Majest. Le Syndic du Clerg de Saintes, espere de la justice de Nosseigneurs du Conseil, qu’ils ne souffriront pas que les P. R. fassent impunment des entreprises si hardies, & si contraires aux Edits & aux Dclarations du Roy,

La premire proposition du Syndic est assez justifie : Il est clair, & des preuves aussi fortes que celles que les dfendeurs mesme en donnent, ne souffrent pas que l’on en doute : il est clair, dis-je, que l’exercice des dfendeurs, qui s’est fait devant l’Edit de Nantes, n’a est qu’un exercice de Chasteau ou personnel ; & le sieur de S. Seurin, qui S. Seurin appartient, estant present Catholique, il n’y a nulle difficult que le Temple construit S. Seurin ne doive estre dmoli. Nous sommes dans l’espece de l’Arrest du Conseil d’Etat du 11. Janvier 1657. rapport par Bernard page 18. qui porte, Que les Temples qui auront est tablis par les Hauts Iusticiers, faisans profession de la R. P. R. dans leurs Terres, seront dmolis, & l’exercice dfendu, lorsque le Seigneur ou ses successeurs en la Terre seront Catholiques.

Quant la seconde proposition que le Syndic a avance, savoir que les defendeurs ne donnent aucune preuve d’un exercice tabli & publiquement fait s annes portes par l’Edit ; il la prouve par les titres mesmes que les dfendeurs ont remis au procs.

il n’y est jamais parl de l’anne 1577. dans le livre de raison d’un particulier, qu’ils produisent sous cotte B. L’on voit bien des Baptesmes en l’an 1575. 76. 78. 79. mais nul en l’an 1577.

Pour l’anne 1596. ils ne donnent point d’autre preuve, que la table de leur Synode National assembl cette anne-l Saumur, remise sous la cotte F. o il est crit, que Maistre George Pascard Ministre de la Roche-Foucaud, Maistre Pierre Constantin Ministre de l’Eglise de S. Seurin, M. lehan Chatemet Ancien de l’Eglise de la Rochelle, ont comparu pour la Province de Saintonge, Aunis & Engoumois.

Mais ce titre leur est inutile, pour les raisons suivantes :
1. Ce n’est qu’une copie faite sur une autre copie.
2. De ce que Constantin Ministre a assist un Synode National au nom d’une Eglise, on ne peut pas conclure que dans cette Eglise il y eust pour lors un exercice subsistant : car

Il arrive souvent, que le Ministre d’un lieu o I’exercice avoit est, & mesme d’un lieu o il n’avoit point encore est fait, a est dput par la Province un Synode National. Mais de plus, ce Constantin n’estoit point tabli S. Seurin, on ne voit point qu’il y ait fait aucune fonction ; c’estoit un Ministre passager, qui voulut bien comparoistre pour ceux de S. Seurin au Synode National tenu Saumur.

Pour l’anne 1597. bien loin de donner des preuves d’un exercice fait alors S. Seurin, ils en donnent d’un lieu, qui estoit apparemment sans aucun exercice.

En effet, ils ont remis sous cotte E. ces paroles de la Table de leur Synode Provincial, assembl ladite anne la Rochelle le 7. May : L’Eglise de Mortagne , S. Fort, & S. Seurin abfentes. L’absence d’une Eglise, qui n’a envoy au Synode, ni Ministre, ni Ancien, est plustost une preuve, qu’il n’y avoit pour lors en cette Eglise Prtendue Reforme, ni Ministre pour y faire l’exercice, ni consistoire dress pour dputer au Synode au moins un Ancien.

Ils produisent de plus sous cotte F. non un mariage clbr en 1597. mais seulement un contract de mariage, stipul entre le nomm Micheau Vrignaud & la nomme Esther Goyeau, le 22. Avril 1597. Ce contract est-il une preuve d’un exercice publiquement fait au lieu de S. Seurin ?

Mais donnons quelque chose aux dfendeurs, accordons-leur qu’un Synode tenu la Rochelle au mois de May de l’anne 1597, o l’Eglise de S. Seurin est marque comme absente, & qu’un contract de mariage stipul le 22. Avril 97. pour estre clbr S. Seurin, selon l’ordre tabli par les Prtendus Reformez, puissent estre des preuves d’un exercice tabli & publiquement fait S. Seurin au mois d’Avril & de May 1597. cela ne serviroit pas de grand’chose aux defendeurs : car ils n’auroient pas pour cela un exercice fait dans tout le temps prescrit par l’Edit de Nantes. L’Edit demande art. 9. un exercice tabli & publiquement fait par plusieurs & diverses fois en l’anne 1596. & en l’anne 1597. jusques la fin du mois d’Aoust. Il est bien constant qu’un concract de mariage stipul au mois d’Avril 1597. & qu’un Synode tenu au mois de May de la mesme anne, ne peut estre une preuve d’un exercice tabli & publiquement fait jusques au mois d’Aoust de cette mesme anne 1597. Les dfendeurs ne produisant point d’autres titres, ni mesme aucune Cene administre pendant les deux annes requises par l’Edit de Nantes : il est clair qu’ils ne donnent point de preuves d’un exercice tabli & publiquement fait S. Seurin dans le temps port par l’Edit. Et s’il y avoir quelque difficult sur ce sujet, leur exercice n’ayant est qu’un exercice de Fief ou de Chasteau, comme il a est prouv par les propres pices des dfendeurs : il est constant qu’il ne doit plus fubfifter, present que le Seigneur est Catholique.

Pour ces causes, le Syndic espere de la justice de Sa Majest, & de celle de Nosseigneurs de son Conseil, que l’exercice public de la R. P. R. sera interdit S. Seurin, & le Temple o il se fait, condamn estre dmoli aux frais & dpens des dfendeurs.

Mr le Marquis DE CHASTEAU-NEUF, Rapporteur

Rechercher dans le site

Un conseil : Pour obtenir le meilleur résultat, mettez le mot ou les mots entre guillemets [exemple : "mot"]. Cette méthode vaut également pour tous les moteurs de recherche sur internet.