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1780-1799 Éphémérides historiques de la Rochelle revisitées

La Rochelle pendant la Révolution

vendredi 17 avril 2020, par Pierre, 42 visites.

Les Éphémérides historiques de La Rochelle, publiées par J-B Jourdan en 1861, sont une véritable mine d’informations sur l’histoire de cette ville. Cet ouvrage essentiel est composé de 847 notices sur les événements du riche passé de cette ville. Pour chacune de ces notices, les sources d’archives sont mentionnées, et l’auteur compare les sources, leurs éventuelles contradictions.
Un ouvrage qui est aussi déconcertant pour le lecteur, puisque les événements y sont classés du 1er janvier au 31 décembre, toutes années confondues, ce qui rend impossible d’y retrouver la chronologie sous-jacente.
Nous avons "revisité" cet ouvrage en reclassant les 847 notices dans leur ordre chronologique du 21 mars 1089 au 12 novembre 1858.
Réalisée en période de confinement, propice aux travaux au long cours, cette nouvelle présentation facilitera, nous le pensons, les recherches des amateurs de l’histoire de cette ville au riche passé.
Nous avons conservé l’intégralité du contenu des 847 notices, avec leurs notes de bas de page. Pour faciliter la lecture, ces notes suivent immédiatement le texte principal de chaque notice.

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ÉPHÉMÉRIDES ROCHELAISES.
Tout le monde sait que ce fut par un édit de Charles IX , donné à Roussillon, en Dauphiné, le 9 août 1564, que le premier jour de l’année fut fixé pour l’avenir au 1er janvier. Antérieurement dans l’Aquitaine , dont faisait partie la Rochelle, l’année commençait le 25 mars, contrairement à l’ancienne coutume de France, qui fixait le premier de l’an au jour de Pâques. Toutefois, l’année municipale rochelaise continua de s’ouvrir le jeudi après la Quasimodo, jour de l’installation du Maire, dont l’élection avait lieu chaque année le dimanche de la Quasimodo.


1780
1780 05 02. — A3 heures 20 minutes du matin, secousse assez forte de tremblement de terre, paraissant se diriger du sud-ouest au nord, avec bruit souterrain ressemblant à un coup de tonnerre. (Perry.)
1780 06 23. — « Arrivèrent à la Rochelle, Louis-Joseph de Bourbon , prince de Condé, et Louis-Henry-Joseph de Bourbon-Condé, son fils. Ils furent reçus à la porte Dauphine par l’état major de la place, ayant à sa tête le marquis Voyer-d’Argenson, lieutenant-général, commandant dans la province. Après être descendus de voiture, ils vinrent à pied à l’Intendance , à travers la haie formée par le régiment d’Aulbonne-Suisse et cent cinquante hommes du corps d’artillerie. Le premier bataillon du régiment de Languedoc étoit sous les armes avec le drapeau blanc, pour la garde d’honneur, devant l’hôtel de l’Intendance. L’évêque et son clergé, les officiers du présidial et municipaux et la chambre de commerce , attendoient les princes dans l’hôtel. Après avoir reçu leurs hommages, ils se rendirent à pied au port, jusques à la construction, et delà à la comédie, où ils ne restèrent qu’une demi-heure. En rentrant à l’Intendance , ils trouvèrent le corps de ville, ayant à sa tête M. Rougier, maire, et furent tous ensemble sur la Place-d’Armes, où était dressé le bûcher pour le feu de la St-Jean. Le prince y mit le feu, aux acclamations de tout le peuple et revint à l’Intendance , où M. d’Argenson en l’absence de l’intendant (Honoré-Lucas, seigneur Demuyn), avoit fait préparer le souper. Le public fut admis dans la salle. Vers minuit, les princes se rendirent au grand bal public de la salle de spectacle, où le prince de Condé ne resta qu’un instant ; mais le duc de Bourbon , son fils , y dansa trois contredanses. Ils partirent le lendemain pour Fourras. « (Perry.)
1781 02 07. — Naissance de Michel-Nicolas Balisson de Rougemont, mort à Paris, le 16 juillet 1840. On ne lui attribue pas moins de quatre-vingt-trois pièces de théâtre avec divers collaborateurs, et de trente-cinq autres sans aucune collaboration, sans compter les romans, poèmes, chansons, articles de journaux, &. La plupart des mots soi-disant historiques , qui coururent du temps de l’Empire et de la Restauration , les uns sous le nom de l’Empereur, les autres sous celui de Louis XVIII, de Charles X, &., étaient en réalité des mots créés par Rougemont. Il n’eût pas un moins grand succès dans l’art des fausses citations : ce qu’il prêta de phrases à Bossuet et à Voltaire ; ce qu’il inventa de vers de Boileau, de Corneille, &,,., est vraiment incroyable ; on les acceptait sur parole, aimant mieux croire à sa mémoire qu’à son esprit. (Rainguet, biogr. Saint. — Ed. Fournier.)
1782 07 24. — La bibliothèque et le cabinet d’histoire naturelle de M. Clément de la Faille, naturaliste distingué de la Rochelle, sont remis à l’Académie de cette ville, conformément à son testament du 28 novembre 1770. ( Barret ). C’est cette dernière collection, beaucoup augmentée depuis, qui a formé le commencement du muséum d’histoire naturelle du jardin des Plantes. (1)

(1) En 1770, il avait fait don à l’Académie de 210 médailles et en 1774, de 353 autres , dont 327 en argent. (Rég. de l’Acad.)


1784 06 27. — Bénédiction solennelle de la nouvelle Cathédrale par Monseigneur François-Joseph-Emmanuel de Crussol d’Uzès, septième évêque de la Rochelle. Le grand temple, qui servait de Cathédrale, avait à peine été consumé par les flammes (V. 9 février) qu’on avait songé à en reconstruire une autre sur son emplacement ; en 1690, on avait même planté des piquets à cet effet, mais le projet avait été rejeté, ainsi que celui d’élever le nouvel édifice à l’endroit où fut bientôt après construit l’hôpital général. Ce fut seulement en 1742 que, sur les plans de Gabriel, premier architecte du Roi, on commença la Cathédrale actuelle qui, après plus d’un siècle, est encore inachevée. Les travaux , poussés d’abord avec activité, restèrent longtemps interrompus , faute de fonds ; ils furent repris au mois de septembre 1773 ; la couverture put être placée en 1777 ; mais au moment de la bénédiction, le chœur ni le grand autel n’étaient encore terminés , car on fut obligé de murer la porte principale, pour y adosser un autel provisoire. Bien que la Cathédrale eut ainsi été livrée au culte, les offices religieux de la paroisse Saint-Barthelémy n’en continuèrent pas moins dans l’église paroissiale, qui ne fut détruite que pendant l’orage révolutionnaire, après avoir été vendue à des particuliers. La Cathédrale servit au culte de la Raison, qu’on y célébrait chaque jour de décade. En 1801, sur le vœu exprimé par le Conseil d’arrondissement, elle fut remise aux mains de la commune , pour y tenir ses foires. (Perry. — Affiches de la Roch. — Journal de Seignetle. — Dupont.)
1785 09 06. — « Raz de marée comme aucun marin ne se rappelle en avoir vu. Tout à coup la mer monta dans le port de dix-huit pouces et refluoit avec tant de violence qu’elle a couvert les jetées de l’avant-port, qui étoient à plus de huit pieds au-dessus du niveau de la pleine mer. Ce n’étoit point des vagues, c’étoit vraiment un soulèvement de la mer ; car toute la surface paraissoit être à cette hauteur. Elle auroit passé par dessus les quais, si l’entrée rétrécie des deux tours ne s’y étoit opposée ; mais il y avoit entre les tours un courant égal à celui d’une écluse ouverte, ce qui a occasionné un ressac si considérable que tous les bâtiments, qui étoient dans le port, ont cassé leurs amarres. Cinq minutes après, la mer a baissé avec autant de rapidité qu’elle avoit monté. Elle grondoit dehors avec un bruit considérable. Les vents est-sud-ouest souffloient avec assez de force , mais sans être trop violents. » (Aff. de la Rochelle.)
1786 05 03. — Pose de la première pierre de l’arsenal dont les travaux furent dirigés par Choderlos de Laclos, l’ami et compagnon d’Orléans-Egalité , et auquel un immoral ouvrage , les Liaisons dangereuses (1), ont acquis une triste célébrité. Il épousa le même jour Mlle Duperré, sœur de l’amiral ; et voulut consacrer ce double souvenir sur la plaque de cuivre , qui fut déposée dans les fondations de ce monument, et qui a été retrouvée en 1833 (2). Elle porte cette inscription : L’AN 1786, LE 3 DE MAI, MESSIRE PIERRE-AMBROISE, CHODERLOS DE LARCLOS , ÉCUYER, CAPITAINE D’ARTILLERIE AU RÉGIMENT DE TOUL, A ÉPOUSÉ DEMOISELLE MARIE-SOULANGE DUPERRÉ, QUI A POSÉ ELLE-MÊME CETTE PIERRE. LE MÊME JOUR A VU S’ÉTABLIR LE FONDEMENT DE CET ARSENAL ET CELUI DE LEUR BONHEUR. La ville avait acheté, pour cette construction, une partie des jardins des pères Récollets , et fournit plus tard, pour son achèvement, une contribution de 60,000 fr. Le matériel de la guerre était auparavant déposé dans plusieurs magasins loués à des particuliers et dont le principal, appelé l’arsenal, était sur la petite rive, vis-à-vis le bassin à flot. (Aff. de la Rochelle.— Plans. — Dupont.)

(1 ) On assure que la plupart des personnages de cet ouvrage sont Rochelais, sous des noms supposés : j’aime à croire que c’est une calomnie.

(2) Cette plaque a été replacée à l’endroit qu’elle occupait, dans le mur Est du bâtiment où se trouve la salle d’armes. (Note communiquée par M. Th. Vivier.)


1787 06 26. — Jugement du présidial, qui condamne quatre individus, pour avoir volé avec effraction quatre quarts de café dans un magasin de cette ville , à être pendus et étranglés jusqu’à ce que mort s’en suive, à une potence dressée sur la place royale, où leur corps devront rester exposés pendant ving-tquatre heures, pour être ensuite transportés aux fourches patibulaires et y rester jusqu’à entière consommation. ( Aff. de la Rock.) (1)

(1) Le châtiment infligé aux voleurs était loin d’être uniforme : très anciennement on leur coupait l’oreille, la première fois, ce qu’on appelait essoriller et on ne le pendait qu’en cas de récidive ; la peine la plus habituelle était le fouet, avec la marque d’une fleur de lis, appliquée sur l’épaule avec un fer rouge ; dans les cas graves, on les rouait vifs ; pour les vols peu importants , on se contentait du bannissement ou de l’amende ; l’emprisonnement n’était jadis que préventif et on ne l’appliquait presque jamais comme peine. ( V, 16 et 26 juillet.)


1788 07 21. — Arrêté des officiers municipaux prescrivant l’établissement, pendant la haute mer, d’une chaloupe d’observation , placée entre l’éperon de pierre de la porte des Deux-Moulins et l’éperon de bois de la Croix (1), lieu le plus fréquenté des baigneurs, pour porter secours à ceux qui seraient en danger. Il devait y avoir à bord une boîte fumigatoire, des vêtements de laine, des cordes et autres objets nécessaires en cas d’accidents. (Affic. de la Roch.)

(1) Il y avait alors une croix vis-à-vis le chemin de la Genette , au point où commencent les allées du Mail et en face , sur le rivage , un éperon de bois. (Plans du temps).


1788 12 30. — Le corps de ville, après communication d’un mémoire présenté et signé par un nombre très considérable des plus notables citoyens, arrête qu’on suppliera très humblement Sa Majesté d’ordonner : 1° que le nombre des députés du tiers-état aux états généraux soit égal à celui des députés de la noblesse et du clergé réunis ; 2° que, dans les délibérations, les voix soient comptées par têtes et non par ordre ; 3° que les députés du tiers-état ne puissent être pris ni parmi les nobles, ni parmi les annoblis ; 4° que la ville et gouvernement de la Rochelle aient des députés ainsi qu’aux XIVe, XVe et XVIe siècle ; 5° qu’il soit accordé au pays d’Aunis des états provinciaux, concentrés dans les limites de la province et qui ne soient dépendants du régime et de l’administration d’aucune autre province (1). Les vœux exprimés dans le mémoire allaient beaucoup plus loin : ils demandaient l’égalité de l’impôt entre la noblesse, le clergé et le tiers-état, l’abolition de la corvée , l’égale répartition entre tous les habitants du logement des troupes, la suppression de l’exemption des droits au profit des villes, et aussi l’exécution du projet de canal de Niort à la Rochelle, et qu’une activité plus grande fut imprimée aux travaux d’amélioration du port et particulièrement à ceux du bassin de carénage. (Perry. )

(1) Par arrêt de son conseil du "21 juillet 1787, le Roi avait ordonné la formation d’une assemblée provinciale , commune à l’Aunis et à la Saintonye : l’Aunis ne devait y avoir que huit membres , quand il en était accordé vinqt à la Saintonge. De fâcheuses dissensions avaient empêché l’exécution de l’ordonnance. (Mémoire présenté au corps de ville.)


1789 01 13. — Après un hiver aussi long que rigoureux, qui avait commencé à la fin de novembre et pendant lequel lé thermomètre était descendu jusqu’à 15 degrés au-dessous de zéro (1), le dégel se prononça enfin le 13 janvier. La terre était restée couverte de six pouces de neige depuis le 5 décembre (Perry).

(1) A Paris, il était descendu à 18 degrés 1/2. ( Perry )


1789 03 04. — Les élections pour les états généraux, convoqués par Louis XVI, s’étaient ouvertes dans les premiers jours de février, au milieu de l’hiver le plus rigoureux dont on eût gardé la mémoire (1). Mais le choix des députés, des trois ordres, était moins important encore que la rédaction des cahiers qui devaient leur être remis, pour porter au pied du trône, l’expression des besoins et des vœux du pays. Le tiers-état de la ville de la Rochelle termina son travail le 4 mars. L’original du cahier de ses plaintes, doléances et remontrances — contenant quatre-vingt-treize articles, et signé par quatre-vingt-deux des plus notables citoyens, a été conservé au greffe du tribunal civil. Il se distingué par un très remarquable esprit de sagesse, de modération et de noble fermeté. Malheureusement son étendue ne permet pas d’en faire ici l’analyse même, la plus sommaire.

(1) V. 13 janvier 1789. — Les Affiches de la Rochelle vont même jusqu’à dire que la mer gela et que , dans la soirée du 8 janvier, une brise du sud s’étant élevée , au moment où le flot baissait, un banc de glace , d’environ trois lieues d’étendue , s’ébranla avec fracas et entraîna quarante bâtiments , qui perdirent leurs ancres et furent jetés à la côte. (V. Massiou t. 6, p. 8.)


1789 07 22. — A la nouvelle reçue la veille, que Louis XVI avait accepté des mains de Bailly, maire de Paris, la cocarde tricolore , comme un gage d’alliance entre le trône et la nation , toutes les classes de la population rochelaise avaient arboré les nouvelles couleurs nationales. Ce jour-là, des cocardes furent portées par l’élite de la jeunesse, avec tambours et musique en tête, aux principaux chefs militaires et à Madame Alquier, femme du député du tiers-état (1). On alla même jusqu’à en décorer la statue de Henri IV (2), qui surmontait l’espèce d’impériale du principal escalier de l’Hôtel-de-Ville. ( Aff. de la Rochelle).

(1) Charles-Jean-Marie ALQUlER, avocat du Roi au Présidial et procureur du Roi au bureau des Finances, avait été ’nommé Maire de la Rochelle au mois de mai 1788 , et, l’année suivante, l’un des deux députés du tiers-état de la province d’Aunis aux Etats généraux (Perry).

(2) Elle y avait été placée en 1612 , deux ans après la mort de Henri IV. Il en est parlé dans le roman allégorique des Amours du Fort-Louis et de la Belle Rochelle ; « nous ne nous sommes pas contentez, dit Lépine, d’avoir son image gravée dans nos cœurs, qui n’eust eu de tesmoin que nostre conscience, nous l’avons fait relever en bosse, au milieu de nostre maison commune. « Et plus loin , Fleur-d’Amour montre à Bon-Espoir l’effigie du deffunct roy) qui est en hault de l’escalier, relevé en bosse. Cette statue était peinte et d’une très grande ressemblance, disent d’anciens mémoires. Henri était représenté en costume de guerre, revêtu d’une cuirasse , la tête nue , la main gauche sur la garde de son épée et la droite appuyée sur un bâton de commandement. (Masse.)


1789 08 11. — Dîner de 400 couverts, offert par les grenadiersbourgeois de la Rochelle aux grenadiers et chasseurs du régiment de la Sarre, dans une des allées de la Place-d’Armes. De nombreuses bannières, flottant de distance en distance, portaient les inscriptions de : vive le Roy ! vive la Nation ! vive Necker ! vive Maillé ! (1) vive Alquier ! etc. La chambre de commerce arrosa le dessert de 50 bouteilles de vins de Malaga. Le 25 du même mois, le commerce, représenté par cinquante négociants (à la tête desquels était M. Perry, directeur de la chambre, et dont les notes nous ont fourni de précieux renseignemens), donna un dîner de 1,200 couverts aux bas officiers , grenadiers, soldats et musiciens du même régiment, qui le matin avaient prêté serment de fidélité au Roi et à la Nation, et auxquels on avait joint les grenadiers-bourgeois. On avait eu le soin de couvrir les allées de la place avec des voiles de navires. On y but au Roi , à la Nation et à ses représentans, à l’Assemblée Nationale, à l’armée, à M. Necker, au commandant de la province, au régiment de la Sarre , à la municipalité , à la milice bourgeoise et aux volontaires nationaux , enfin au commerce de la Rochelle. (Perry. — Aff. de la Roch.)

(1) Le duc de Maillé , lieutenant-général, commandait en second les provinces d’Aunis , Saintonge et Poitou, dont le duc de Laval-Montmorency était gouverneur.


1789 09 29. — Formation du corps des volontaires nationaux de la Rochelle. Il était composé de deux bataillons et d’un nombre indéfini de compagnies , de cent hommes chacune au complet. L’état-major comprenait : un commandant-général, un commandant en second, un major, un aide-major, un quartier-maître-secrétaire, deux porte-drapeaux, un aumônier, un chirurgien-major, deux adjudans, un tambour-major et quatre porte-haches (1). Chaque compagnie avait deux capitaines, deux lieutenants, deux sous-lieutenants, un sergent-major, quatre sergents, huit caporaux et un tambour. Les nominations dans l’état-major étaient faites au scrutin par tout le corps ; les officiers, sergens et caporaux étaient élus de la même manière par la compagnie. L’uniforme était ainsi réglé : habit de drap bleu de roi, avec parements et revers de drap blanc, collet écarlate, et doublure blanche, avec passe-poil écarlate ; boutons jaunes aux armes de la ville ; veste et culotte de drap blanc ; chapeau bordé d’un galon noir, avec cocarde et pompon aux trois couleurs ; guêtres noires l’hiver, blanches l’été ; cheveux en catogan. Les officiers portaient les épaulettes et dragonne de leur grade, avec épée et pistolets à la ceinture. Le commandant-général pouvait admettre , sous le nom de volontaires-aspirans, un nombre indéfini d’enfans à la suite du corps, avec permission de porter l’uniforme. (V. 30 septembre.)

(1) Furent nommés : le chevalier de Romfort , commandant-général ; Fleury de La Vergne, commandant en deuxième ; le baron de Cointes, major ; H. Rondeau et Bragneau , porte-drapeaux ; et Demissy , Thouron, Vivier, de Saint-Martin, Faure, Tayau, de Beaussay, Lepage aîné et Bouguereau , capitaines-commandants des neuf compagnies.


1789 09 30. — Bénédiction, à l’église Notre-Dame, en présence de tous les ordres de la ville et au bruit des décharges de l’artillerie, des drapeaux des volontaires nationaux. La nouvelle milice fit éclater son royalisme, quand bientôt après, s’étant rendue sur la place pour prêter serment, à la question : promettez-vous d’être fidèles à votre Roi ? mille voix répondirent : nous le promettons, en ajoutant : et de mourir tous pour lui, s’il le faut. (Perry. — Aff. de la Roch.) — V. 29 septembre.
1789 11 12. — « Le présidial tient sa première audience dans le palais rebâti. » (Perry.) L’expression de Perry n’est pas tout à fait exacte, puisqu’une partie des murs et des salles, qui composaient l’ancien palais royal, construit aux frais d’Henri IV, fut conservée (V, 9 juin) ; mais les changements avaient été cependant assez considérables pour qu’ils pussent être considérés comme une véritable reconstruction. C’est au mois de décembre 1783 qu’avaient été mis en adjudication les ouvrages nécessaires pour la reconstruction et agrandissement des palais el prisons de la Rochelle, sur les plans et devis de M. Duchesne, ingénieur en chef des ponts-et-chaussées. Le 8 février 1785 , le présidial, « informé par l’architecte que la construction des prisons royales étant fort avancée, on alloit tout prochainement toucher à différentes chambres du palais , même jeter le grand escalier par terre, ainsi qu’une des portes d’entrée. avoit ordonné que, de l’agrément de MM. les juges-consuls et de la chambre du commerce, le siège de la justice seroit transféré, à commencer du 15 du même mois jusqu’à ce que les réparations à faire au palais fussent finies, dans les salles de la juridiction consulaire. » Après un éloignement de près de cinq années, les magistrats du présidial inauguraient le palais neuf, le jour même de leur audience solennelle de rentrée. Ils n’y devaient siéger que quelques mois : une nouvelle organisation judiciaire allait succéder à celle établie par Henri II. (Affich. de la Rochelle.) — V. 1er juin.
1789 12 15. — Date du mémoire présenté au comité de constitution pourra division du royaume en départements par MM. Pinnelière (curé de Saint-Martin), le vicomte de Malartic, Griffon de Romagné et Alquier, députés du pays d’Aunis, pour demander qucrAunis, séparé de la Saintonge , fût appelé à former un département particulier, soit isolément, soit en y annexant l’île d’Oleron et une portion du Bas-Poitou. Au nombre des considérations invoquées en faveur de cette mesure, on remarque particulièrement celles-ci : « que la Rochelle est une des plus anciennes villes commerçantes du royaume et la première qui ait entrepris les voyages de longs-cours ; que toutes les entreprises capables d’étendre le commerce de la France ont été exécutées par ses vaisseaux ; que ce sont eux qui ont introduit en France la première barrique de sucre de nos colonies ; que c’est la Rochelle qui a formé nos premières colonies, et qui a donné son nom à un des établissements les plus considérables du nord de l’Amérique ; que c’est elle qui avoit établi le Canada, et qui avoit le plus contribué à l’établissement de la Louisiane ; que si la perte de l’un et la cession de l’autre à l’Espagne, privaient cette ville d’une branché de commerce, qu’elle faisoit presque exclusivement, il devait entrer dans les vues de l’Assemblée Nationale de l’en dédommager et de confier aux soins et à la vigilance d’une administration particulière le maintien journalier des avantages que la Rochelle , Rochefort, l’île-de-Ré et Daligre (Marans) ne cessent d’offrir, surtout en temps de guerre. » Nous avons vu que l’Assemblée Nationale, rejetant la demande de nos députés, avait décidé que l’Aunis formerait avec La Saintonge le département de la Charente-Inférieure, et que l’assemblée, chargée d’administrer ce département, siégerait alternativement à la Rochelle, à Saintes et à SaintJean-d’Angély, et comment les électeurs, réunis à Saintes , avaient éludé cette combinaison assez étrange. (V. 20 juin.)
1790
1790 01 18. — En vertu du décret de l’Assemblée Nationale du 14 décembre précédent, les citoyens actifs des cinq paroisses de la ville, assemblés dans les cinq églises, nommèrent d’abord les présidents de district et procédèrent ensuite à l’élection des membres d’une nouvelle municipalité. M. J. Denis Goguet, directeur de la chambre de commerce, fut nommé maire.(Perry). Après avoir refusé, d’abord par modestie, il se laissa vaincre par les instances qui lui furent faites, et le lendemain il prêta serment ainsi que les autres officiers municipaux, « dans cette tribune ou le fameux Guiton parût autrefois avec tant d’éclat », ajoute un journaliste du temps. (Affich. de la Rochelle).
1790 06 20. — Les électeurs du département de la Charente-Inférieure, réunis à Saintes, décident que l’assemblée chargée d’administrer le département, restera en permanence à Saintes, au lieu d’alterner dans les trois villes de Saintes, de la Rochelle et de Saint-Jean-d’Angély, conformément au décret de l’assemblée nationale du 4 mars précédent. Cette décision , dont les députés des deux dernières villes attaquèrent en vain la légalité, fut consacrée par un autre décret du 17 septembre suivant. (Journ. de Saintes et d’Angoumois. — Moniteur.)
1790 07 12. — Décret de l’assemblée nationale, qui supprime l’Évêché de la Rochelle et fixe à Saintes le siège épiscopal du nouveau département de la Charente-Inférieure. (V. 27 février et 2 mai.) 1790 07 14. — Les compagnies de volontaires et le régiment de la Sarre prêtent le serment fédératif sur l’autel de la liberté, élevé sur la place d’armes et dont le buste de notre bon Roi, dit un contemporain, sursoit pour faire l’ornement. Mgr de Coucy, dont l’évêché venait d’être supprimé, bénit le drapeau de la Fédération, qui lui fut présenté par le maire Goguet. Après un discours de ce magistrat, l’Evêque prit la parole pour rappeler au peuple que s’il avait des droits à réclamer, il avait aussi des devoirs à remplir et que le plus impérieux, après celui d’aimer la patrie, était celui de respecter le Roi. Après le Te Deum, le drapeau fut porté en grande pompe à l’Hôtel-de-Ville. La journée se termina par un feu de joie et une illumination générale. Les volontaires élurent, ensuite un député à la Fédération et leur choix tomba sur M. Joanne de Saint-Martin fils. (Perry. - Affich. de la Roch. — Dupont.)1790 11 22. — La municipalité, précédée de ses archers, alla mettre les scellés sur les greffes du Présidial (1), de la Monnaie (2), de l’Élection (3), du Bureau des Finances (4), de la Police, des Traites (5), de la Maréchaussée (6) et de Officialité (7) ; toutes juridictions supprimées par l’Assemblée nationale et remplacées par un seul tribunal du district, composé de cinq juges nommés par les électeurs. (Perry.)

(1) Voir 1er juin.

(2) La juridiction de la monnaie, qui relevait de la cour des monnaies de Paris, se composait de deux juges-gardes, d’un procureur du Roi et d’un greffier.

(3) V. 3 décembre.

(4) Le bureau des finances connaissait des affaires de finances et du domaine du Roi et avait l’inspection sur la grande et petite voirie des ponts-et-chaussées. Les appels en ce qui touchait les finances et la voirie étaient portés au conseil en cassation, et les matières domaniales au parlement de Paris. Il ne se composait d’abord que de six trésoriers, dont l’un remplissait les fonctions de président, d’un procureur du Roi, d’un avocat du Roi et de deux greffiers , mais le nombre des trésoriers avait été dans la suite porté à dix. (V. 3 décembre 1689.)

(5) Ce tribunal, établi après ’le siège de 1625 pour connaître des affaires concernant les fermes du Roi, ressortissait de la cour des aides de Paris. Il se composait d’un président-juge des ports, d’un assesseur ou lieutenant, d’un procureur du Roi et d’un greffier. (Hist. milit.)

(6) La prévôté des maréchaux ou maréchaussée , chargée de veiller au bon ordre, d’entretenir la sûreté des grands chemins et de juger les délits , avait été établie par Henri IV, supprimée ensuite , puis rétablie par Louis XIII. Elle se composait d’un prévôt-général, aussi appelé vice-sénéchal, d’un lieutenant, d’un sous-lieutenant, d’un assesseur, d’un procureur du Roi et d’un greffier, (Hist. milit. de la Rochelle. Masse. — Calendrier de la généralité.)

(7) En 1790, l’officialité se composait d’un vicaire-général-officiai , d’un vice-gérant, d’un chanoine-promoteur et d’un greffier. Elle tenait ses séances deux fois par semaine à l’évêché. (Calend. de la génér.) — V. 17 juillet.


1790 11 23. — Les électeurs avaient nommé pour juges du tribunal du district (V. 22 novembre.) : MM. J. Aimé de Lacoste, avocat, Ch.-J.-Marie Alquier, député à l’Assemblé nationale et ancien avocat du Roi au présidial, Pre-Henri Seignette , ex-assesseur criminel, Nce.-Sim.-Marie Billaud , avocat et père de Billaud-Varennes, et J.-B.-P.-Augustin Grissot, ex-lieutenant criminel au présidial. Le 23 novembre eût lieu leur installation, au Palais de Justice, par le conseil général de la commune. Le cortège partit de l’Hôtel-de-Ville, précédé de la musique de la garde nationale et escorté de trois cents gardes nationaux. Six archers de la ville marchaient en tête , suivis des membres de la commune sur deux files ; puis venaient le officiers municipaux, ceints de l’écharpe tricolore et l’épée au côté ; au milieu d’eux étaient les nouveaux juges, coiffés de leur chapeau à plume. Après avoir entendu une messe basse à l’église Saint-Barthelémy, le cortège, auquel s’était joint le curé de cette paroisse, monta dans la salle d’audience du Palais, où les membres du conseil général prirent place sur les hauts sièges , et les juges dans le parquet. Le Maire , M. Goguet, adressa un discours, dans l’esprit du temps, aux nouveaux. magistrats , qui prêtèrent ensuite serment. Les membres du conseil général leur ayant cédé leurs sièges, ils reçurent à leur tour le serment du Maire, au nom de la commune. La cérémonie se termina par un discours du premier juge, M. de Lacoste. (Perry. )
1790 11 25. — Afin de faciliter la circulation des assignats, la Chambre de commerce de la Rochelle crée un bureau d’échange, où on délivrait des billets de 3 et 6 livres en échange d’assignats. Ils portaient un timbre représentant un vaisseau, avec ces mots pour devise, arte et labore, et devaient être signés par le syndic et le secrétaire de la Chambre. (Alfi. de la Roch.)
1790 12 17. — En vertu du décret de l’Assemblée constituante, du 19 juin précédent, qui avait aboli les titres de noblesse , la direction du département prend un arrêté , qui prescrit de faire disparaître tous les signes extérieurs rappelant les distinctions sociales, les poteaux de justice, armoiries, etc. (Jour. patriot. de Saintes.) On doit peu regretter les fourches patibulaires de Gourville ( V. 26 juin, 1er août, 11 déc.), où pendaient trop souvent, pour l’effroi des passants, les cadavres des suppliciés ; mais ce qui est très regrettable, ce sont les nombreux écussons et armoiries, la plupart du temps très délicatement sculptés, qui décoraient nos anciens monuments, les édifices publics et un grand nombre même de maisons particulières ; car les Maires de la Rochelle , annoblis par leur charge quand ils n’étaient pas nobles d’avance , avaient tous leurs armoiries qu’ils tenaient à honneur de faire sculpter, à côté de celles de la ville, sur les édifices qu’ils fesaient construire, où auxquels on opérait, pendant leur Mairie, de notables changements. Ce curieux armorial de pierre, notes précieuses pour l’antiquaire, a malheureusement disparu sous le marteau sottement égalitaire des démocrates rochelais, qui ne comprenaient pas qu’en détruisant les écussons des Guiton , des Jacques Henry et de tant d’autres, ils effaçaient le souvenir de ceux qui avaient vaillamment combattu et cruellement souffert pour défendre contre les Rois les libertés de leur patrie.
1791 01 30 — Prestation du serment civique par les ecclésiastiques de la Rochelle. Neuf seulement le prêtèrent, dont un seul curé de la ville, celui de Saint-Sauveur. (Man. de Perry).
1791 02 02. — La chambre de commercer fait arborer, pour la première fois, le drapeau tricolore à bord du navire le Tigre, appartenant à M. Guibert. Il fut hissé par M. Jacques Carayon, ancien directeur de la chambre et doyen des négociants rochelais, qu’accompagnaient les membres de la chambre de commerce, les officiers municipaux en écharpe, et tous les négociants de la ville. La garde nationale était sous les armes et trois décharges de neuf pièces de canon saluèrent le nouveau drapeau national. Le cortège se rendit ensuite à l’église de Saint-Sauveur, dont le curé avait seul prêté le serment civique et où fut chanté un Te Deum solennel. (Perry.)
1791 02 27. - Après de longues discussions et trois tours de scrutin , l’abbé Robinet, curé de Saint-Savinien, est élu évêque du nouveau département de la Charente-Inférieure, par les électeurs du département, réunis dans la cathédrale de la ville de Saintes, qui était devenue le seul siège épiscopal de la Charente-Inférieure , par suite de la suppression de celui de la Rochelle. Il succédait à Pierre-Louis de la Rochefoucauld, qui, ayant refusé de prêter serment à la Constitution, se trouvait ainsi déchu de sa dignité épiscopale. C’était un pauvre curé de village, sans plus de naissance que de fortune, qui était appelé à ceindre la mître portée par un prince de la maison de Bourbon , un Rochechouart de Mortemart, un Bassompierre, un la Châtaigneray, &. Trois jours après son élection, le nouvel évêque, dit un contemporain, entra dans sa ville épiscopale avec ses guêtres de laine et dans un costume qui retraçait l’humble simplicité des premiers siècles de l’église et contrastait avec la pompe fastueuse des prélats de la cour. (Affich. de la Rochelle. — Moniteur.)
1791 03 31. — Après quatre jours de séance, les électeurs du district proclament, dans l’église de Saint-Sauveur, les noms des dix-huit curés élus par eux, en remplacement de ceux qui avaient refusé de prêter serment à la Constitution. Des députations de tous les corps de la ville assistaient à la cérémonie, qui se termina par un Te Deum (Affiches de la Rochelle).
1791 04 06. — Sans attendre la loi qui devait supprimer bientôt toutes les congrégations religieuses (1), les frères de la Charité, qui, depuis le siège de 1628, possédaient l’hôpital de SaintBarthélemy (ou d’Auffrédy), et les pères Carmes, abandonnent volontairement leur établissement, dont le premier fut confié, le même jour, aux Filles de la Sagesse, avec lesquelles les officiers municipaux avaient fait un traité, et le second fut vendu à M. Meschinet de Richemont. (Perry.) L’ancienne église des Carmes sert aujourd’hui d’entrepôt au commerce.

(1) Cette loi est du 18 août 1792.


1791 04 06. — Le comité d’administration de la garde nationale de la Rochelle, informé, par une lettre de M. de Missy, de la mort de Mirabeau, arrête que, « pour manifester ses regrets de la perte de cet illustre patriote et pour reconnoître les services qu’il a rendus à la constitution par ses travaux immortels » la garde nationale portera un deuil de huit jours. Sur l’invitation de l’autorité municipale tous les citoyens firent de même. (Affiches de la Roch.)
1791 05 06. — Fermeture, en vertu des décrets de l’assemblée nationale , de l’église et du couvent des Augustins (Perry.) Le père Lubin prétend que les pères Auguslins, de la province d’Aquilaine, s’établirent d’abord, et dès l’année 1205, dans la paroisse de Saint-Nicolas, dans un lieu appelé la Moulinette (1). Au commencement du XIVe siècle, ils transférèrent leur monastère au centre de la ville, dans la rue appelée jadis de la Taupinerie, et qui prit dès lors le nom des Augustins ou de Saint-Yon, leur patron. Il s’étendait de la rue de la GrandePelleterie (aujourd’hui de Dupaly) jusqu’à la rue de Baillac (actuellement des Augustins). Il subit le sort de tous les établissements religieux de la Rochelle, lors des troubles de 1568. (V. 10 février.1568) Nous avons vu qu’une partie seulement en fut conservée et servit de temple protestant, de bibliothèque et de premier tribunal consulaire. (F. 19 janvier et 7 février.) En 1630, les Augustins de la réforme de Bourges rentrèrent en possession de ce qui restait des anciens domaines des Augustins de la Rochelle. La nouvelle église qu’ils construisirent, sous l’invocation de St-Thomas de Villeneuve , ne fut achevée qu’en 1660 : elle appartient aujourd’hui, ainsi que le couvent, aux Dames de Chavagnes.

(1) Dans ma première Lettre rochelaise j’ai dit les motifs qui me portaient à penser que cette date était trop reculée. On y trouvera aussi plus de détails sur l’ancien couvent des Augustins.


1791 05 09. — Le couvent des pères Capucins fut fermé, et vendu, au mois de juillet suivant, au sieur Touas, ancien receveur des tailles, qui y établit une manufacture de tabac. (Perry.) — V. 4 janvier.
1791 05 10. - Fermeture du couvent des Récollets ; il fut vendu, au mois de juillet suivant, au sieur Chamois, négociant. (Perry.) Leur église fut achetée ensuite par les protestants, auxquels elle sert aujourd’hui de temple.
1791 05 16. — La municipalité de la Rochelle, pour se conformer aux décrets de l’assemblée nationale, fait fermer le couvent des pères Cordeliers. (Perry.) On ne connait pas bien la date de l’établissement dans notre ville des Frères mineurs, Franciscains ou Cordeliers. Le titre le plus ancien dans lequel il en soit-parlé est le testament, en date de 1289, par lequel certain chevalier, nommé Nicolas Roter, lègue aux Frères mineurs de la Rochelle soixante sols, pour célébrer l’anniversaire de sa mort. Ce fut dans leur église que, en 1363, Edouard, prince d’Aquitaine et de Galles , reçut le serment des membres du corps de ville et des habitants. Une partie de leur ancien couvent , qui embrassait tout l’espace compris entre les rues du Collège, de St-Julien-du-Beurre, des Trois-Canons, de Pauléon et des Cordouans fut, comme nous l’avons vu (V. 14 mai), arrenté par eux à la commune pour y établir un collège. Celui-ci ayant été, en 1629 , donné par Louis XIII aux Jésuites, les Cordeliers furent obligés, lors de leur rétablissement en 1631, de construire , sur un terrain dépendant des anciennes fortifications, près de la seconde porte de Cougnes (1), un nouveau monastère, qui a donné son nom à la place située devant la porte d’entrée, ainsi qu’à la rue de St-François. Détruit en partie aujourd’hui, il sert accidentellement de caserne. (Arch. de l’hôp. St-Barth. - A. Barbot. — Bruneau, &.)

(1) Bâtie à côté de la première, en 1613, et d’une élégante construction , la nouvelle porte de Cougnes , comme on l’appelait, fut démolie en 1689 pour fournir des matériaux aux fortifications ; on en voit encore quelques restes à l’entrée de la rue de la Porte-murée. Le maire Thévenin y avait fait, selon l’usage , sculpter les armoiries royales , celles de la ville et les siennes , qui étaient : d’azur, à un cheval d’argent, accompagné de deux merlettes en chef et d’une étoile en pointe , aussi d’argent. Ce qui fit dire un jour, à son fils , garçon de peu d’esprit : « Ces fleurs de lys, c’est’le Roi ; ce navire , la Rochelle , et ce cheval, c’est mon père. » (Hist. de Tallemant des Réaux.)


1791 06 15. — Arrêté du directoire du district de la Rochelle, qui supprime deux des paroisses de la ville, et détermine la circonscription des trois paroisses conservées. (A ff. de la Roch.) — V. 15 janvier.1791 07 27. — « Dans la nuit du 27 au 28, vers une heure moins un quart, on a ressenti dans cette ville et les environs, une secousse assez forte de tremblement de terre, accompagnée de bruit, et dans la direction de l’Est à l’Ouest. » ( Affi. de la Roch.).
1791 08 13. — La Société des amis de la Constitution, qui venait de se former à la Rochelle, adresse à la municipalité une déclaration ainsi conçue : « Les vues que les membres de cette société se proposent sont de se pénétrer de l’étendue et des bornes des droits de l’homme social, des principes de notre législation , de s’instruire de la lettre et de l’esprit de la nouvelle constitution et généralement de tout ce qui se rapporte à la Révolution, dans l’intention de contribuer à en assurer le succès. Ces citoyens déclarent de plus que le lieu de leurs assemblées sera aux Carmes ; qu’ils se réuniront tous les jours, notamment les lundi, mercredi et vendredi à midi. » La société rochelaise s’empressa de s’affilier à la Société des amis de la Constitution de Paris et reçut de Pétion une lettre, en date du 5 septembre qui la félicitait de son patriotisme. ( Affic. de la Rochelle.)
1791 08 19. — « Arrivée à la Rochelle , en tournée épiscopale , de M. Robinet, ci-devant curé à Saint-Savinien, premier évêque du département de la Charente-Inférieure. La municipalité avait envoyé au-devant de lui jusques aux Trois-Canons, à moitié chemin de Rochefort, MM. J. Perry, officier municipal, et Morin , procureur de la commune , le complimenter et lui offrir place dans un carosse à six chevaux. Ils entrèrent en ville vers midi, précédés de la cavalerie de la garde nationale de la ville, et suivis par celle d’Aytré. L’évêque descendit de voiture et se rendit à pied, escorté des deux députés, entre la haie, que formaient l’infanterie de la garde nationale et la troupe de ligne, à la maison où il devait loger (1) , au bruit de douze coups de canon et de toutes les cloches de la ville. Le soir toute la ville fut illuminée. » Perry. — V. 27 février.

(1) L’hôtel Garesché, dans la rue Porte-Neuve. (Dupont.)


1791 09 21. — Grande fête à l’occasion de l’acceptation de la constitution par Louis XVI. — Te Deum en musique dans la ci-devant cathédrale ; feu de joie ; illumination générale ; bal à la bourse , donné par la chambre de commerce ; distribution de pain aux pauvres par le maire Garesché, etc. (Affi. de la Roch.)
1791 10 19. — Proclamation de la Constitution par le Maire Garesché (1), qu’accompagnaient les autorités civiles et militaires, escortées par des détachemens de la garde nationale. Le chef de la commune portait sur un coussin l’acte constitutionnel. La proclamation en fut faite d’abord à l’Hôtel-de-Ville, ensuite aux carrefours des différents quartiers, et en dernier lieu sur la place , où avait été élevé un autel à la patrie qu’entouraient quatre grandes cassolettes montées sur des trépieds et un théâtre, sur lequel prirent place tous les fonctionnaires. On chanta d’abord un Te Deum à l’ÊTRE SUPRÊME , puis un hymne à la Liberté, et le Maire lut à haute voix la Constitution. Des illuminations générales, et un feu de joie terminèrent cette fête patriotique. Les magistrats municipaux avaient décidé que le souvenir en serait consacré par une colonne élevée au milieu de la place, à l’endroit où était érigé l’autel de la patrie, mais il ne paraît pas qu’il ait été donné suite à ce projet. Il nous est resté seulement une naïve image , due au burin peu habile d’un de nos concitoyens , et dédiée à Messieurs les Maire et officiers municipaux, avec ce quatrain adressé à M. Garesché : Ce grand jour fut pour lui le plus beau de sa vie ; Il montra son respect, son amour pour les loix ; Citoyens, comme lui, chérissez la patrie , Et vous mériterez d’avoir conquis vos droits. (Affi. de la Roch. — Gravure de Chotard.) .

(1) Il distribua, le même jour, à ses frais , pour 1,500 de pain et autres comestibles. Bien qu’il eut déjà, peu de temps auparavant, été taxé à 10,000 liv. pour sa contribution patriotique ; il offrit, deux mois après, à l’Assemblée Nationale, un nouveau don de 50,000 livres. (Dupont.)


1791 11 27. — Lettre du ministre de l’intérieur aux officiers municipaux pour les remercier, au nom du Roi, de l’offre faite par les Rochelais de mettre leurs navires à sa disposition pour porter des secours à Saint-Domingue, en leur indiquant les moyens d’utiliser leur bonne volonté. (Aff. de la Roch.)
1792 05 23. — Installation, dans la grande salle de la Bourse, du premier tribunal de commerce, établi en exécution de l’édit des 31 décembre-7 janvier 1791. Il se composait de MM. Collet, Chamois, Raymond, Nairac, Callot et Viault. (Perry.)
1792 05 29. — Arrêté des officiers municipaux qui prononce l’expulsion de la Rochelle des prêtres non assermentés, et défend l’exercice du culte catholique ailleurs que dans les églises paroissiales. Cette décision avait été prise à la suite des plus déplorables désordres, qui s’étaient passés la veille dans l’ancienne église des Augustins. Le couvent de ces religieux avait été acheté, l’année précédente, par l’huissier Trimouille, au nom d’une association catholique , qui, profitant de l’arrêté du directoire du département autorisant la liberté des cultes (27 octobre 1791), ne se contentait pas d’y faire célébrer (par deux prêtres non assermentés, MM. Jaucour et Merlin,) les exercices de la religion catholique apostolique et romaine, mais frondait encore le faible troupeau, qui suivait les prêtres constitutionnels. L’arrivée à la Rochelle d’un bataillon républicain, dirigé sur la Vendée, fut l’occasion qui fit éclater l’esprit d’hostilité qui animait les deux partis. Le lendemain de la Pentecôte, pendant l’office du soir, une soixantaine de perturbateurs font invasion dans l’église, y tiennent à haute voix les plus inconvenants propos, et se jetant bientôt à travers les rangs des fidèles, font sauter les coiffes des femmes, arrachent les jupes des autres, donnent le fouet à quelques-unes, brisent les vitraux et le mobilier de l’église, se répandent ensuite dans le couvent, où habitait le sieur Trimouille, mettent sa maison au pillage et le frappent lui-même de trois coups de sabre à la tête. La courageuse attitude de l’ingénieur militaire, M. de Talesis, qui assistait à l’office et qui l’épée à la main alla se placer devant l’autel, réussit cependant à préserver le tabernacle. (Affiches de la Rochelle. — Mémoires imprimés. Dupont.)
1792 08 23. — Départ pour la frontière d’une compagnie de cent cinquante Rochelais, commandés par le brave Rondeau, lieutenant-colonel de la garde nationale (1), et dont porte le nom la rue où était sa demeure. Les dames Rochelaises avaient voulu broder de leurs mains le guidon de la patriotique cohorte. D’un côté on y lisait en lettres d’or la terrible devise : La liberté ou la mort ; de l’autre se relevait en bosse le bonnet phrygien, couleur de sang, supporté par une pique ornée d’une couronne de chêne et de laurier, avec cette inscription brodée en fil d’or : Compagnie des volontaires Rochelois (2). Le 20 octobre, ils passaient la frontière par la Savoie et furent attachés à l’armée des Alpes sous le titre de Chasseurs Rochelais. Bientôt après à l’attaque de Saluces , ils se battirent en enragés, écrivait leur digne commandant ; ce sont des lions qui affrontent tout, répétait-il plus tard. Le 2 germinal an II, Rondeau fut élu chef de bataillon à une grande majorité des suffrages. Après les plus beaux faits d’armes, qui l’avait fait surnommer dans l’armée le brave, il fut nommé chef de brigade et était présenté pour le grade de général de brigade, quand, le 17 messidor an iv, il succomba aux suites d’une blessure reçue sur le champ de bataille de Savone. Il fut enterré dans la cathédrale même de Savone. Voici le certificat que lui délivrait le général de division Masséna, qui s’y connaissait en héros : « André Masséna , commandant en chef de l’expédition d’Oneille, certifie que le citoyen Rondeau, chef du 1er bataillon de la troisième brigade d’infanterie légère, s’est trouvé sous mes ordres pendant toute l’expédition d’Oneille, Saorgio et col de Ter.de ; qu’il a donné dans toutes ces affaires des preuves d’une très-grande bravoure, beaucoup d’intelligence et -qu’il a déployé les plus grands talents militaires ; ce qui 1ni a attiré l’estime et l’amitié de toute l’armée. » Ce certificat était accompagné de cette lettre : « Je t’envoie, mon camarade, le certificat que tu me demandes. Je t’assure que c’est une dette que mon amitié a payée à tes talents militaires et à ta bravoure. Je serai toujours flatté de te dire toute ma vie ton sincère ami et camarade, Masséna. » Les généraux Laharpe, Scherer et Berthier, dans leurs lettres, parlent de lui dans les mêmes termes, et à la suite de la brillante journée où il trouva la mort, le directoire lui-même lui adressa les plus flatteuses félicitations. (Papiers de la famille Rondeau.)

(1) Les autres officiers étaient : Bardon , capitaine en second ; Lambert, 1er lieutenant ; Majolt 2me lieutenant ; Mounier, 1er sous-lieutenant, et Seignetie, 2me sous-lieutenant.

(2) Le 19 octobre, Rondeau écrivait à son père : « Nous faisons notre entrée demain en Savoie ; nous déployerons ce gage précieux, qui nous a été confié par nos aimables citoyennes, ce guidon chéri qui fait l’objet de notre admiration, et dans trois jours il flottera au champ de l’honneur, sous les murs de Genève. Il sera là, comme à présent, le signe de notre réunion et ne nous échappera qu’avec la vie du dernier d’entre nous. » Il a tenu parole : après sa mort, le noble guidon fut trouvé au nombre de ses effets et existe encore dans les mains de sa famille.


1792 09 04. — Dépouillement, dans la ci-devant Cathédrale, du scrutin d’élection des députés à la Convention nationale, en vertu duquel MM. Giraud, juge de paix à la Rochelle, et Dechézeau, négociant à la Flotte, furent proclamés députés. (Affiches de la Rochelle.) Tous deux, dans le jugement de Louis XVI, rejetèrent la peine de mort et votèrent pour la simple détention. Le second, dénoncé par l’infâme Billaud-Varennes, pour son modérantisme, paya courageusement sur l’échafaud, à Rochefort, ses généreux sentimens et son dévouement à sa patrie. ( V. l’Hist. de la Saintonge et de l’Aunis, de Massiou. )
1792 09 30. — Les religieuses Ursulines, de Notre-Dame de la Charité, dites Dames-Blanches, de la Providence, de Sainte-Claire et les Hospitalières de la Rochelle sont expulsées de leurs couvents , en vertu des décrets de l’Assemblée Nationale. (Perry.) Nous avons déjà parlé des religieuses de la Providence ( V. 28 août), et nous nous occuperons plus tard des Ursulines et des Hospitalières. Le couvent des Dames-Blanches .était alors situé à l’angle sud-est des rues des Trois-Marteaux et du grand Saint-Louis. Il fut bientôt transformé en maison de détention, plus tard en dépôt de mendicité, et sert maintenant aux cours d’accouchement et au dépôt de la maternité. Ce fut Mgr de Champflour qui, en 1715 , fit venir de Vannes six religieuses de Notre-Dame-de-Charité, pour fonder le couvent de la Rochelle ; mais les lettres patentes consacrant leur établissement ne sont que du mois de mai 1726. Lorsque les communautés religieuses furent de nouveau autorisées, Mme Maudet, de concert avec l’abbé Saboureau, chanoine de la Cathédrale, rétablit à la Rochelle les Dames-Blanches dans les dépendances de l’ancien couvent des Récollets, où elles sont encore, travaillant à la conversion des pauvres filles tombées dans le dérèglement. (Arcère. — Perry. — Rainguet. — Anciens plans.) — V. 3 mai. Les religieuses de Sainte-Claire, appelées aussi Clarisses et Sœurs noires, ont donné leur nom à la rue où était jadis leur couvent, qui sert actuellement de caserne. Selon Wadingli, l’historien de l’ordre de Saint-François, dont elles fesaient partie, les Clarisses s’établirent à la Rochelle dans les premières années du xive siècle. Jaillot dit dans ses notes que , pendant les guerres du calvinisme, la plupart des religieuses furent massacrées, que les autres se réfugièrent chez leurs parens ou dans des couvens voisins , et que leur monastère fut détruit. Aucun de nos annalistes ne font mention de ce prétendu massacre ; A. Barbot se borne à dire que les sœurs noires abandonnèrent leur couvent. Ce qui est mieux justifié que les allégations de Jaillot, c’est que beaucoup d’entr’elles n’avaient pas attendu les guerres religieuses pour jeter le froc aux orties, et qu’un procès-verbal de l’official, de 1546, constate qu’elles avaient quitté le cloître , les unes pour se marier, les autres pour aller vagabonder au grand scandale de la religion, et quand le grand-vicaire de l’évêque se transporta au couvent, pour remédier à de tels abus, la Dame abbesse refusa de lui ouvrir, en lui disant que les religieuses ne dépendaient ni de lui, ni de l’évêque, qu’elles éloient subjectes du Pape et du primat des Cordeliers, auquel elles répondroient quand requises en seraient. Après le siège de 1628, les religieuses de Sainte-Claire furent réintégrées dans leur ancien monastère, et au moment où elles furent contraintes d’en’ sortir, elles étaient au nombre de 23, sans compter huit sœurs converses. (Rég. de l’offic. — Masse. — Perry.)
1792 10 20. — Les officiers municipaux, délégués par le directoire du district, signifient aux Oratoriens de la Rochelle d’avoir à sortir de leur monastère de Sainte-Marguerite , et mettent les scellés sur leur établissement. ( Perry. ) Depuis qu’en 1613, Louis XIII avait approuvé l’union à la congrégation de l’Oratoire , nouvellement fondée par Pierre de Berulle, du chapitre de Saint-Marguerite ( V. 6 août) , du chapitre de Saint-Jean dehors (dont il ne restait plus que trois chanoines, qui s’étaient réunis à ceux de Sainte-Marguerite), et enfin du prieuré de l’île d’Aix , dont dépendaient de nombreux bénéfices (V. 19 février), les prêtres de l’Oratoire avaient toujours joui de la possession et administration des trois principales cures de la ville, celles de Notre-Dame, de Saint-Barthelémy et de Saint-Sauveur, dont les églises avaient été originairement fondées et construites par les moines de l’île d’Aix.
1792 12 09. — Fête patriotique à l’occasion du drapeau enlevé à l’ennemi, au poste de Virton , par le premier bataillon de la Charente-Inférieure, qui en avait fait don au département. Le drapeau fut promené en triomphe par la ville, accompagné d’un immense cortège. Derrière les tambours et la musique , un citoyen portait, suspendue au bout d’une pique, la déclaration des droits de l’homme ; après lui s’avançait la statue de la liberté ; portée par des soldats de la garnison et de la garde nationale , que suivait un vétéran avec le drapeau conquis, autour duquel étaient groupés les pères et mères des jeunes gens du 1er bataillon ; deux longues files de citoyennes, qui devaient chanter l’hymne de la liberté, parées du ruban tricolore, et des branches de laurier à la main, précédaient le corps des autorités. Quand le cortège arriva sur la place , la statue de la liberté fut érigée sur un piédestal et le chœur entonna l’hymne des Marseillais, qu’accompagnaient la musique militaire et le bruit du canon, et que répétaient des milliers de voix, avec cet enthousiasme qu’il n’appartient qu’à un peuple libre de sentir avec tant de vérité et d’exprimer avec tant de force , dit le patriote chroniqueur. Après des évolutions de la troupe et de la garde nationale , on reconduisit, dans le même ordre , la statue de la liberté à la maison commune. Le reste du jour fut consacré au plaisir ; un hymne, composé pour la circonstance, fut chanté à la société des amis de la liberté et de l’égalité , et l’on dansa toute la nuit dans la salle de la Bourse. (Aff. de la Roch. )
1792 12 24. — En effaçant de nos monuments les signes nobiliaires (V. 17 décembre.), on avait cependant laissé subsister les armoiries et les emblêmes de la royauté , qui avait survécu A la noblesse ; mais la royauté elle-même ayant été engloutie dans la tourmente révolutionnaire, le directoire du district adj ugea , le 24 décembre, « les travaux à faire pour l’enlèvement des armes et écussons, qui existaient encore dans le fronton de la colonnade du Palais, aux façades et tourelles de la Grosse-Horloge (1), dans les frontons des églises Saint-Jean et de Saint-Nicolas, et au devant de la porte du ci-devant Gouvernement. » « Plusieurs de nos édifices publics , portait l’arrêté, offrent encore, dans leur décoration, des monumens du régime monarchique et féodal ; ces-emblèmes, qu’un usage avilissant avoit prodigués autour de nous, ne doivent plus fatiguer les regards de l’homme libre ; ils doivent disparoître comme les pouvoirs odieux dont ils retraçoient l’existence. » (Aff. de la Roch.)

(1) Le monument qu’on appelait, dès le commencement du XVe siècle, la tour du reloge était l’ancienne porte qui conduisait de la vieille ville dans le faubourg du Perrot ou Parrot, ce qui lui avait fait donner le nom de porte du Parrot. On l’appela ensuite porte du pont tornis (1352), sans doute parce qu’on y avait construit, pour traverser le canal de la Verdière, un pont tournant. Elle était anciennement formée de deux baies, dont l’une, beaucoup plus étroite que l’autre, n’était praticable qu’aux piétons. En 1672, on entreprit d’enlever le massif pilier qui les séparait et de les réunir ainsi par une voûte commune ; ce qui fut regardé comme l’ouvrage le plus hardi et le plus beau qui eût été fait en lad. ville, dit Beauval ; une inscription en consacra le souvenir en termes pompeux, et au-dessus fut sculpté l’écusson de France, avec l’emblème du grand Roi et son orgueilleuse devise. En 1746 , comme toutes les anciennes portes, elle était encore couronnée de mâchicoulis, au-dessus desquels s’élevait une espèce de clocher, carré à sa base et qui se terminait en octogone et par un campanile où se trouvait la cloche de l’horloge, le tout entièrement couvert de plomb. Les tourelles , couronnées aussi de mâchicoulis, avaient un faite conique , dont les ardoises étaient taillées en écailles de poisson. C’est à cette époque seulement que cette originale construction du moyen-âge fit place à celle que nous voyons aujourd’hui. On parle du projet qu’aurait l’administration municipale de rétablir l’écusson royal et les armoiries des Maires qui avaient coopéré aux diverses restaurations de ce vieux monument, dont la construction remonte vraisemblablement à l’établissement de la première enceinte de la Rochelle : ce serait faire acte de justice et de goût tout à la fois , car l’œil est désagréablement choqué de cette grande façade restée sans aucun ornement depuis les mutilations révolutionnaires.


1793 03 19. — Le soulèvement de la catholique et royaliste Vendée, venait d’augmenter encore les dangers dont la coalition étrangère menaçait la République. Il s’était rapidement répandu de Nantes jusqu’au Sables-d’Olonne , et l’on devait craindre qu’il ne trouvât de puissants auxiliaires dans les Anglais, auxquels la France venait de déclarer la guerre. On disait que les Vendéens devaient marcher sur la Rochelle , pour s’emparer de l’arsenal, et se diriger ensuite sur Niort et Poitiers. Dans ces conjonctures critiques, les Rochelais se distinguèrent par leur zèle patriotique. Tandis qu’une partie de la population travaillait aux fortifications, la portion la plus jeune ou la plus ardente courait aux armes pour aller défendre les côtes ou combattre les brigands ; riches et pauvres apportaient à l’envi argent et objets précieux pour subvenir aux frais de la guerre. « Aussitôt que le décret, qui fixe à 240 hommes le contingent de notre commune, nous est parvenu, disait le corps de ville , dans une lettre qui fut lue , le 19 mars, à la convention, nous avons ordonné la réunion de nos concitoyens pour le dimanche suivant. Nous avons ouvert un registre et 180 jeunes gens se sont volontairement inscrits sous les yeux de leurs parents. Le lendemain , il y avait sur le registre 263 volontaires inscrits. L’armement et l’équipement de ces jeunes défenseurs ne coûteront rien à la République. Les citoyens qui, à cause de leur âge ou de leurs infirmités, ne peuvent marcher à la défense de la patrie, ont pourvu à leur équipement. Les femmes ont offert leurs bagues, leurs bracelets, leurs bijoux. Les dons en espèces ou assignats s’élèvent à 46,000 livres ; les offrandes en effets militaires sont évalués à 15,000 livres. » — Sur la proposition du représentant de la Rochelle, Giraud, l’assemblée décréta, dans la même séance, que la ville de la Rochelle avait bien mérité de la patrie et ordonna que le récit de cet acte de patriotisme serait imprimé et envoyé à tous les départements. (Moniteur. — Perry.)
1793 03 21. — La nouvelle apportée , à la Rochelle, dans la nuit du 20 au 21, que les détachements de gardes nationaux et de volontaires envoyés contre les Vendéens, sous le commandement du général Marcé, avaient été taillés en pièces, le 18 mars, près de Saint-Fulgent, avait répandu dans la ville une consternation, qui se changea bientôt en fureur contre les prêtres et contre les royalistes, auxquels on imputait le soulèvement de la Vendée et les malheurs qui en étaient la suite. (V. 19 mars.) La malveillance avait propagé le bruit que ces derniers avaient préparé une mine pour faire sauter la Rochelle ; des professeurs assuraient avoir entendu un grand bruit dans les souterrains du collège et, comme si tout devait se réunir pour exalter les plus mauvaises passions de la populace, les boulangers, ce jour là, n’avaient pas faitde pain, faute de bois. Ce fut dans un pareil moment que le procureur du district eut l’imprévoyance de faire conduire sur le port, longtemps avant l’heure du départ, quatre malheureux prêtres, qui devaient être déportés à l’île d’Oleron. Des femmes, à figure sinistre , les avaient suivis en vociférant mille injures et en s’efforçant d’ameuter contr’eux des marins étrangers. Le rassemblement grossissant toujours et devenant de plus en plus menaçant, le Maire Dély averti, était accouru avec une soixantaine d’hommes armés, conduits par le commandant Touron. En vain s’efforça-t-il de rappeler cette foule en délire au respect de la loi, sa voix ne fut pas écoutée, et il n’osa assumer la responsabilité de commander à sa troupe de faire usage de ses armes ; il crut devoir faire avertir les membres du district, dont l’autorité ne fut pas plus respectée que la sienne, et pendant que ceux-ci allaient donner l’ordre de battre la générale, une bande de forcenés se précipita dans le corps de garde de la tour de la Lanterne, où on avait réussi à faire réfugier les quatre ecclésiastiques, et malgré les courageux efforts du maire et du commandant Touron, qui furent renversés et foulés aux pieds, les pauvres prêtres furent impitoyablement égorgés et mis en pièces. Les assassins portèrent alors par les rues leurs têtes et leurs membres déchirés. Le lendemain, ces scènes horribles recommencèrent : deux autres prêtres , que l’on ramenait de l’île de Ré, furent massacrés au moment où ils arrivaient au port, et un troisième n’échappa au même sort qu’à l’aide d’un déguisement et en feignant de partager la fureur de ces bandits. (V. Dupont, histoire de la Rochelle.)
1793 07 12. — La disette commençant à se faire sérieusement sentir, le conseil de la commune, considérant que les approvisionnements de froment ne sont pas suffisants pour attendre la récolte, ordonne que les boulangers feront leur pain avec un tiers de baillarge et leur fait défense de faire plus d’une qualité de pain, sans aucune exception. (Affi. de la Rochelle.) (1)

(1) La disette avant augmenté encore pendant les années suivantes , le 20 janvier 1795, le Conseil général de la commune prit un arrêté par lequel il réduisit à une demi livre de pain par jour les citoyens de la classe aisée, et à trois quarts de livre, ceux qui travaillaient de force. Au mois de juin suivant, le tonneau de blé était coté, à Marans, à 6,500 liv. en assignats , ce qui équivalait à plus de 1,600 liv. en argent. (Affi. de la Roch.)..


1793 07 21. — Les assemblées primaires du canton de la Rochelle acceptent à l’unanimité la constitution Française. (Affic. de la Rochelle).
1793 08 21. — Si, dans ces tristes jours, la Rochelle eut l’honneur d’être dénoncée plus d’une fois à la Convention pour son modérantisme, par son indigne fils Billaud-Varennes et par le représentant du peuple à la Rochelle , Lequinio , de sanglante mémoire, elle n’en donnait pas moins chaque jour de nouvelles preuves de son patriotisme. Pendant qu’un grand nombre de ses enfants s’enrôlaient pour la défense de la patrie, ses plus notables citoyens, les Demissv, Wanhooguerfï (1) , de Chassiron , Garesché, Harouard, Thouron (2), Rasteau et tant d’autres rivalisaient de générosité pour verser dans les caisses de l’Etat ou de la commune des sommes considérables. Le premier écrivait, le 21 août, aux officiers municipaux cette lettre non moins admirable par sa simplicité que par le sentiment qui la dictait : « Je vois, citoyens, par votre circulaire de ce jour, que vous avez besoin de grands moyens pour vous procurer les subsistances nécessaires à notre cité ; je le sens comme vous et je n’en ai que plus de regret de ne pouvoir vous donner de suite un secours effectif ; mais je vous propose celui de 150,000 liv. en 25,000 comptant, et en 125,000 en mes bons, payables a la fin de sept., oct. et novembre. Vous n’avez pas besoin de me rassurer sur la rentrée de cette somme : s’il était possible qu’elle fut compromise, ce qui réduirait de beaucoup ma fortune, l’idée d’avoir été essentiellement utile à mes concitoyens me servirait de dédommagement. Demissy. ( V. l’hist. de la Roch. de Dupont.)

(1) Il avait offert à l’État dix pièces de canon, avec leurs affuts et boulets. (Dupont.)

(2) Il avait fait l’avance à la garde nationale de 17,000 liv., dont il prévoyait bien n’être jamais remboursé. (Idem.)


1793 09 13. — Émeute contre-révolutionnaire pour empêcher la levée des hommes nécessaires à la cavalerie de réquisition, et dissoudre la société populaire. Le représentant du peuple Lequinio fit arrêter un certain nombre de citoyens, coupables, selon lui, d’avoir par leurs propos inciviques et leurs manœuvres insurgentes été les principaux agens de l’émeute, et ordonna qu’ils seraient livrés à là vengeance des loix. ( Titre du temps. )
1793 09 28. — Proclamation et arrêté du représentant du peuple Lequinio. Après avoir attribué aux manœuvres perfides des agens de Pitt et de Cobourg la démonstration du 13 du même mois ( V. cette date), déclaré que toutes associations particulières, autres que. les sociétés populaires, ne peuvent être que suspectes aux amis de la liberté, qu’il y a nécessité d’étouffer l’aristocratie, en quelque coin qu’elle réside, enfin que l’intérêt public commande de destituer tous les ci-devant nobles, qui occupent des fonctions publiques , ou du moins ceux qui, maculés de cette tache originelle, ne l’auroient pas effacée par des preuves éclatantes et soutenues d’un civisme ardent et d’une affection toute particulière pour le système républicain, le député patriote du Morbihan ordonne : que tout rassemblement connu sous le titre de société politique et littéraire, et spécialement ceux du Cercle et du Salon, seront dissous, à l’exception de la société populaire et républicaine ; il défend aux ci-devant religieuses de se réunir au-delà de six, chargeant les officiers de la commune de veiller soigneusement à ce qu’il ne se passe chez elles aucun rassemblement ou cérémonies, qui puissent tendre à entretenir les maximes dit fanatisme ou la haine contre la révolution ; il prescrit la formation d’une commission militaire pour juger les brigands de la Vendée, détenus à la Rochelle, en ajoutant que ceux d’entr’eux qui ne seraient point condamnés à mort seront employés aux travaux publics, enchaînés deux à deux (1) ; il décrète la réorganisation de la garde nationale, dont les cinq bataillons seront réduits à trois , en interdisant , sous peine de prison , le remplacement dans le service ; il commande de ne laisser à chaque paroisse qu’une seule cloche et de transporter les autres à la fonderie de canons de Rochefort ; enfin il change les membres du comité de surveillance et destitue tous les officiers ci-devant nobles des garnisons de la Rochelle et de l’île de Ré, ainsi que les principaux membres de l’administration de district. (2) (Proclamation.)

(1) Une grande partie des malheureux enlevés dans la Vendée furent dirigés vers la Rochelle. Sur un cahier conservé au greffe du tribunal civil et intitulé contrôle numératif des brigands détenus à la Tour de la Lanterne et à celle de Saint-Nicolas, on compte 409 noms , dont 194 sont suivis de ce simple mot : mort.

(2) « Les citoyens : Boutiron, ci-devant noble, président de l’administration du district ; Massias, autre ci-devant noble , vice-président ; Hérard, avoué, et Perry négociant, administrateurs du directoire du district, cesseront leurs fonctions dans les 24 heures de la publication du présent. » (Proclamation.)


1794 01 08. — Fête magnifique , organisée par les soins du commissaire du salut public, Julien, à l’occasion de la reprise de Toulon. Sur un char attelé de trois chevaux richement caparaçonnés, trônaient les trois déesses de la Liberté, de l’Égalité et de la Victoire , représentées par trois belles rochelaises, au pied desquelles un enfant demi nu tenait le livre de la Loi sur les genoux. Vingt jeunes citoyennes entouraient le char, vêtues de blanc, avec un ruban tricolore en sautoir. La foule suivait, en faisant retentir l’air des cris mille fois répétés de : vive la République ! vive la Montagne ! vivent les vainqueurs de Toulon ! Arrivé à la Cathédrale, décorée du beau titre de temple de la Raisún, on entonna des hymnes républicains, et on représenta les héros et les dieux de la Montagne terrassant les préjugés et foudroyant les têtes couronnées. Puis, déesses, nymphes et simples citoyens se répandirent sur la place, où ils formèrent des chœurs de danse jusqu’à la fin du jour. (Voir l’Histoire de la Roch. de Dupont).
1794 03 13. — Sous l’inspiration du commissaire du comité de salut public, Marc Antoine Julien, la société populaire de la Rochelle décide qu’il sera fait une liste exacte de tous les suspects de la commune ; qu’en conséquence deux commissaires par section seront chargés de recueillir les renseignements nécessaires pour la formation de cette liste, qui sera publiée et affichée dans la salle des séances. (Document contemporain.)
1794 06 08. — Célébration à la Rochelle, de la Fête de l’Être suprême. « Une horloge décimale, placée à la commune, sonna pour la première fois, ce jour-là, la première heure de ce beau jour. » Ainsi commence le récit emphatique d’un fervent disciple du culte Robespierrien. Le cortège sortit de l’Hôtel-de-Ville , précédé de tambours, de groupes de sociétaires et de citoyens portant le ruban tricolore en sautoir. Les gardes nationaux accompagnaient le char, sur lequel trois belles citoyennes représentaient la Liberté, l’Egalité et la Victoire. Un groupe de villageois et de villageoises , tenant à la main des instruments aratoires, entouraient une jeune femme personnifiant la Terre, devant laquelle était une charrue chargée des dons de la nature. Derrière elle, s’avançait le char des Vertus, escorté des quatre âges : la Bienfaisance couvrait de son manteau un vieillard et un enfant ; la Fidélité caressait un chien placé sur ses genoux ; la Tempérance portait à la main le frein symbolique ; la Modestie se dérobait aux regards sous un long voile , et la Justice tenait d’une main la balance et de l’autre le glaive. Du haut du char, la Raison semblait présider à la fête. Au-dessus d’elle un enfant, symbole de la Vérité, déployait une banderolle avec cette inscription : A l’Etre suprême ; son culte est la vertu , L’univers est son temple. Des deux côtés du char marchaient sur deux files les autorités civiles et militaires. Venaient ensuite de nombreuses mères de familles ( dont plusieurs annonçaient une heureuse fécondité), conduisant leurs jeunes enfants sur la trace des vertus. Une foule de citoyens et de citoyennes, indistinctement mêlés, fermaient la marche. L’air retentissait de chants religieux, qui respiraient une piété sublime. Rien de plus imposant que ce nombreux cortège , qui après avoir parcouru une partie de la ville, arriva sur la place du 10 août, au bruit des salves d’artillerie. Les vertus se placèrent alors sur une estrade, décorée des attributs des arts et métiers, de manière à dominer tous les spectateurs. Après un discours, dans lequel l’orateur s’efforça de faire comprendre à la foule le but de ces fêtes, instituées pour rappeler l’homme à la pensée de la Divinité et à la dignité de son être, le cortège se rendit dans le temple de la Raison, qui retentit de nouveaux chants d’allégresse. Dans l’après midi, d’autres discours furent prononcés au lieu des séances de la Société populaire, où on exécuta un hymne à la Divinité, mis en musique par le citoyen Crouzet. Le soir, des pièces patriotiques furent représentées au théâtre et un bal civique, où assista la Modestie, termina gaîment celle heureuse journée. (Affic. de la Rochelle.)
1794 12 21. — « Pour assurer le triomphe du culte de la Raison et porter le dernier coup à la scélératesse expirante de ces serpens el scélérats de prêtres » , le représentant du peuple Laignelot, après avoir cependant proclamé tous les cultes libres et que « le premier des droits de l’homme étoit de rendre librement hommage au Dieu que son imagination lui peint », défend à tous ministres, de quelque culte que ce soit, de prêcher, écrire ou enseigner la morale , sous peine d’être regardés comme suspects , et comme tels mis en état d’arrestation. Le comité d’instruction publique de la société populaire régla ensuite , sous son inspiration et avec le soin le plus minutieux, le cérémonial des fêtes décadaires, « dont le but étoit d’offrir aux citoyens réunis dans le temple de la Raison les enseignements de la raison et les préceptes de la vérité , embellis du charme des plaisirs » ainsi que les banquets fraternels, qui devaient remplacer la ridicule communion chrétienne. (Affi. de la Roch.)
1795 04 02. — La convention condamne à la déportation le sanguinaire Rochelais Billaud-Varennes , ainsi que ses dignes acolytes, Barrère et Collot d’Herbois. Il fut transporté à la Guyanne, où il passa la fin de ses jours à élever des perroquets. (Petite biograp. des conventionnels.)
1795 04 08. — Arrivée à la Rochelle des terroristes Billaud-Varennes, Collot-d’Herbois et Barrère, qui furent conduits à l’île d’Oleron en attendant qu’ils pussent être transportés au lieu fixé pour leur détention. (Dupont, Hist. de la Rochelle.) V. 2 avril.
1795 04 18. — Le conventionnel Blutel arrive à la Rochelle , chargé de faire exécuter le décret de la Convention qui ordonnait le désarmement des terroristes. (Dupont).
1795 08 22. — Arrêté du conseil général de la commune, qui met provisoirement la ci-devant cathédrale à la disposition des citoyens pour l’exercice public des cultes, à la charge de réparer et entretenir l’édifice sans aucune contribution forcée. (Aff. de la Roch.)
1795 12 19. — La disette était telle et l’anéantissement du commerce si grand que le sucre brut était coté, ce jour-là, sur la place de la Rochelle, à 110 et 150 fr. la livre ; et la dépréciation des assignats était arrivée à ce point que le tonneau de vin rouge ne se payait pas moins de 36 à 40,000 fr. en papier, ce qui n’équivalait pas à plus de 240 à 250 fr. en argent. (Affi. de la Roch. )
1796 06 28. — Fête de l’agriculture, dont un arrêté du directoire, du 20 prairial an IV, avait fixé d’avance, pour toute la France, les principales dispositions du programme. Toutes les autorités et les gardes nationales du canton avaient été convoquées à cette solennité. A la tête d’un nombreux cortège marchaient, précédés de leurs femmes et de leurs enfants, vingt-quatre laboureurs , choisis parmi les plus anciens et les plus recommandables , ayant leur chapeau orné de feuillage et de rubans tricolores et tenant d’une main un ustensile de labourage et de l’autre une gerbe d’épis et de fleurs ; derrière’ eux des bœufs, couverts de fleurs et de branches d’arbres, traînaient une charrue et une herse. Ensuite s’avançait, traîné par quatre beaux bœufs, un grand char, qui portoit tout ce que la nature a formé pour le bonheur de l’homme , l’abondance présentée par les grâces. Trois jeunes filles, ornées de parures simples et modestes, étoient placées au milieu des trésors de la nature. Sur le devant du char, deux sœurs , auxquelles le peuple François vient de consacrer ses hommages, la Liberté et l’Egalité ; au-dessus d’elles, Cérès, le front ceint d’une couronne d’épis et appuyée sur une corne d’abondance. Une musique guerrière alternait avec la voix des chœurs, qui chantaient des hymnes, « célébrant le bonheur champêtre , les richesses que la nature prodigue à l’homme laborieux, la douce joie que procure le travail, la pureté et la simplicité des mœurs. » Le cortège sortit bientôt de la ville, et se dirigeant vers la campagne, s’arrêta au milieu des champs. Le président du district célébra dans un discours les bienfaits de la Providence et proclama la solide gloire dans la personne d’un cultivateur, qui avoit été désigné d’avance par sa bonne conduite, son activité et son intelligence. Après lui avoir posé une couronne sur la tête, il l’embrassa et tous les chefs de la commune en firent de même. Puis laboureurs et citoyens armés se confondirent et échangèrent leurs armes et leurs instruments de labourage. Alors le président, à l’instar des Empereurs de la Chine, prit la charrue et traça un sillon, au son des fanfares et au chant des hymnes. On se rendit ensuite sur la Place-d’Armes, où était élevé un autel de la Patrie, sur lequel le président et le laboureur couronné déposèrent les instruments d’agriculture, en les couvrant de fleurs, d’épis et de diverses productions de la terre. Des danses joyeuses terminèrent la fête. (Aff. de la Roch.)
1796 08 25. — Les Anglais, qui interceptaient l’entrée de tous nos ports, font une descente dans les environs de la Rochelle, et avant de se retirer, chargés de butin, incendient deux bâtiments mouillés près de la côte. ( Gazette de France. )
1797 07 27. — En exécution de la loi du 5 messidor an V, les membres de l’administration départementale, assistés de 14 notables négociants ou propriétaires, délégués par chacune des villes du département, forment un tableau de la valeur successive du papier monnaie, dans le département de la Charente-Inférieure, depuis le 1er janvier 1791 jusqu’au 10 thermidor, an IV. Il en résulte qu’à cette dernière date, un louis de 24 livres valait 5,700 livres en assignats. ( Titre origin.).
1798 02 21. — Naissance de Gustave Drouineau, auquel ne purent suffire les brillants succès, que lui valurent ses pièces de théâtre, ses romans, ses douces poésies, et qui paya de la perte de la raison l’ambition de vouloir être le prophète d’une religion nouvelle.
1799 11 11. — Arrêté des consuls qui enjoint à vingt membres des conseils des anciens et des cinq-cents, qui s’étaient opposés au coup d’état du 18 brumaire (parmi lesquels le conventionnel Julien, le marquis d’Antonnelli), (1) d’avoir à se rendre à la Rochelle , pour être ensuite conduits et détenus dans tel lieu du département, qui serait indiqué par le ministre de la police générale. Le ministre désigna l’île de Ré, qui était devenu un lieu de déportation politique (2). Mais cet acte de rigueur souleva de si vives réclamations , qu’un nouvel arrêté du 29 novembre révoqua le premier, et soumit seulement ces nouveaux suspects à la surveillance du ministre de la police. ( Bulletin des lois.)

(1) Le général Jourdan n’en fesait pas partie , comme le prétend Massiou : il était un de ceux qui précédemment avaient été déportés à l’île d’Oleron par le Directoire. (Bull, des Lois.)

(2) Un y avait notamment déporté un grand nombre de prêtres. Un autre arrêté des consuls ne tarda pas à ordonner qu’une série de déportés, qui étaient à la Guyanne, seraient transférés aux îles de Ré et d’Oleron. (Bulletin des Iois.) — V. 21 Mars.


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