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1785 : Mrs Cradock traverse la Saintonge et l’Aunis

journal de voyage

jeudi 7 mars 2019, par Christian, 370 visites.

Mrs Cradock n’est pas Arthur Young, qui visitera la France quelques annes aprs elle, mais en agronome. C’est (avant la premire attestation du mot) une “touriste”, applique mais superficielle : hormis quelques rares lans d’ailleurs convenus, elle ne va gure au-del de ce que voient ses yeux. Mais c’est aussi ce qui fait le prix de son journal de voyage. Elle y est notamment trs bavarde sur ses conditions d’hbergement ; au rebours de ce que son nom voque tout Franais contemporain, elle est par exemple obsde par la propret et fournit une documentation de premier ordre sur l’tat de notre htellerie la veille de la Rvolution [1]. D’autre part, si elle est captive par les pires productions de l’art catholique, elle ne ddaigne pas d’entrer en conversation avec les simples gens de rencontre, et elle s’intresse selon toute apparence sincrement aux bagnards de Rochefort.

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Anna Francesca, troisime fille de Francis Stratford of Merevale Hall, pousa en 1765 Joseph Cradock (1742-1826), homme de lettres, grand amateur de thtre (il tait ami de Garrick), un peu mcne et qui finira par se ruiner force d’embellir son manoir et ses jardins de Gumley (Leicestershire). Elle eut un jour une attaque de paralysie dont son mdecin prconisa de prvenir le retour par un changement de climat. Le couple partit alors pour le continent, sjournant Paris pendant une anne entire. Puis, le dernier jour d’octobre 1784, tous deux s’engagrent, chacun avec son domestique, dans un tour de France qui les conduisit en neuf mois Lyon, Marseille, Montpellier, Toulouse, puis Bordeaux… C’est donc seulement au dbut d’aot 1785 qu’ils arrivrent en Saintonge, remontant vers Nantes.
Ce voyage aurait totalement guri Mrs Cradock, qui n’eut plus aucune alerte de sant jusqu’ sa mort accidentelle, en 1816. Mais son journal, rest l’tat de manuscrit, choua – amput de son dbut –chez un brocanteur, o l’aurait retrouv quatre-vingts ans plus tard Odile Delphin-Balleyguier, qui le traduisit et le publia chez Perrin (1896). Cependant le mari, Joseph [2], avait dj fait paratre, l’anne de sa mort (1826), le deuxime volume de ses Literary and Miscellaneous Memoirs, dans lequel il relate le mme voyage, au reste de faon bien plus cursive. On en a insr, en italiques, des extraits (traduits par nos soins) dans le texte d’Anna Francesca : cela concerne notamment une excursion l’le de R, dont elle n’tait pas, ou bien les dmls avec les hteliers de La Rochelle, qu’il prfre rgler seul. Mais on a parfois donn aussi les deux versions d’une mme visite, les deux poux ayant assez souvent des points de vue lgrement diffrents : ainsi, l’un a trouv interminables les explications du commandant de Rochefort tandis que l’autre les a juges trop succinctes. Joseph, volontiers didactique (mais on n’a pas repris ici ses spculations sur l’tymologie de messe ou de huguenots ), est aussi un peu snob : lui ne fraie gure avec le commun, sinon pour sermonner les hteliers, et il est volontiers ironique. C’est aussi un gourmet, sourcilleux quant l’approvisionnement des tables d’htes, et un grand lecteur de journaux, comme tel frustr. Ces traits de caractre nous valent au passage quelques dtails supplmentaires – except pour ce qui est des choses de la mer, sur lesquelles il parat moins port qu’Anna Francesca, encore que sa collecte de plans de La Rochelle soit un peu suspecte, au lendemain d’une paix avec l’Angleterre qui pouvait ne pas durer...

De Bordeaux Saint-Genis par Blaye et Mirambeau

Vendredi 5 aot 1785.
Levs avant cinq heures, nous prenions notre caf et quittions, cinq heures et demie, cet excellent htel, emportant avec nous les regrets des matres et des serviteurs dsols que notre sjour ne se prolonget pas davantage. Une voiture nous conduisit jusqu’au bateau destination de Blaye, et sur lequel tait dj notre chaise de poste qui devait nous servir de cabine, vu le nombre des passagers.
Partis six heures et demie, avec un bon vent, nous arrivions dix heures Blaye, o nous commandions notre dner [djeuner] au Grand-Saint-Louis et allions ensuite jusqu’ la citadelle, sur un roc au bord de la Gironde, trs large cet endroit. Cette citadelle, garde par un dtachement de soldats, est dfendue, du ct de la terre, par un double foss garni de canons. Dans l’enceinte des murs s’est leve comme une toute petite ville o l’on trouve des magasins de tous genres. Il y a deux moulins vent et un bon puits dont l’eau est trs frache. La sentinelle nous prvint qu’arrivs en haut nous ne devions pas nous tenir au centre, ce qui nous fit supposer qu’on y gardait les munitions. De l, on dcouvre une vue admirable. La ville de Blaye n’a rien d’autre de remarquable ; sinon qu’on ne rencontre aucun mendiant, ce que j’attribuai l’absence de couvents o les pauvres sont gnralement secourus.
Vers deux heures, nous tions de retour notre auberge : l’on nous y servit un excellent dner dans une salle trs modeste ; de plus, une fois notre note acquitte, le matre de l’auberge et sa femme nous pressrent d’accepter des pches magnifiques pour nous rafraichir durant notre voyage.
Au cours de ce djeuner, nous nous rgalmes une dernire fois des coulemelles [clear yellow mushrooms] qui font la rputation de cette rgion. Plus tard, j’en commandai du myclium Bordeaux, mais c’tait pendant la rvolution et l’envoi se perdit. Ces champignons ne se trouvent Paris que schs, comme les fonds d’artichauts, mais cela n’a ni couleur ni parfum. Les truffes, morilles et autres articles de la sorte sont cependant meilleurs que chez nous, mme schs, car avant de les consommer, on les met gnralement mariner et ramollir dans du vin blanc chaud.
Abandonnant le bateau, nous montions trois heures passes dans notre chaise de poste et, par une route pave, ce qui la rend trs dure, nous traversions un pays riche, mais peu pittoresque, pour arriver Etolier [tauliers] o nous changions de chevaux. Au relai [sic] suivant (Saint-Aubin), la route prend compltement un autre aspect : plus de pav, mais un sable noir trace la ligne des voitures au milieu de terrains incultes o ne croissent que de petites fougres. En continuant, le chemin devient montueux et tout fait mauvais, par suite de quartiers de rochers ou de fondrires viter. Notre conducteur, trs ngligent et entt, nous fit passer, malgr les avertissements des gens du pays, sur un pont absolument vermoulu et dangereux. Il ne nous arriva pas d’accident, mais j’eus une frayeur terrible.
Mirambeau nous ne nous reposmes que peu de temps, car il est impossible d’y trouver coucher. On nous assura que la route menant Saint-Genis tait bonne ; aussi, quoiqu’il ft dj huit heures, nous prfrmes poursuivre notre voyage. Ce fut d’ailleurs une bonne aubaine pour un pauvre homme allant de notre ct et qui nous demanda la permission de monter sur le sige. En effet, la route tait excellente, notre nouveau conducteur trs attentif, et nous arrivmes dix heures et demie [pas avant minuit, selon Joseph] la Croix-Blanche , Saint-Genis. Tout le monde dormait ; mais on se leva, on nous prpara un bon souper et nous gagnmes nos lits.

De Saint-Genis Saintes par Pons

Samedi 6 aot 1785.
Ayant pass une trs mauvaise nuit, M. Cradock me proposa de nous arrter pendant la journe Saint-Genis mais, aprs mon djeuner, je me sentis mieux et prfrai poursuivre notre chemin. Ayant donc pay notre compte, fort modr d’ailleurs, nous remontmes dans notre chaise. M. Cradock ordonna au conducteur d’aller doucement, et bientt, remise par cette promenade en plein air, je ne me ressentis plus de mon indisposition de la nuit.
Peu aprs onze heures, nous arrivions Pons, o nous changions de chevaux. Pons tait autrefois une grande ville ; elle fut dtruite du temps des guerres civiles : ce n’est plus qu’un village situ sur une haute colline ; cependant des ruines, que l’on rencontre tout moment, attestent son ancienne splendeur. Ses environs sont excessivement fertiles. Nous tombmes en pleine foire. Celle-ci consiste surtout en vente de btail, les autres marchandises ne constituent qu’un trs petit march o nous nous promenmes, tandis qu’on attelait. J’achetai un mouchoir, et M. Cradock une paire de souliers de chamois.
Il y avait un grand tal de chaussures en cuir de chamois. J’en achetai et les trouvai trs lgres et faites pour la marche. En Angleterre, la coutume est de n’en porter que quand on est en grand deuil.
Nous allmes ensuite aux jardins du chteau servant maintenant de jardins publics. Ils sont sur une hauteur, bien entretenus, et ont conserv leur forme primitive : taills la franaise, ils ont de petits bassins, de petites alles droites bordes de petites plates-bandes mais, de chaque ct, il y a une magnifique alle couverte. Tout l’entour, le paysage est charmant : au pied du rocher coule un ruisseau disparaissant de temps autre au milieu des broussailles. Ce qui reste du chteau est devenu une maison d’habitation : une ancienne grande tour carre contigu, sert actuellement de prison. Quittant Pons, nous relaymes encore Jard, et atteignmes Saintes vers dix heures. Entre Pons et Saintes, les rcoltes sont ordinairement abondantes mais la plupart seront perdues cette anne cause de la scheresse : le mas mme a beaucoup souffert et ne rend que des pis maigres et desschs.
Saintes, mieux que Pons, a conserv des restes d’anciens monuments. La cathdrale passe pour avoir t une des plus belles et des plus solidement bties du royaume ; cependant on a t forc de la rparer, et quelques parties seulement rappellent sa clbrit d’autrefois. De l, nous suivmes une promenade nouvellement trace, longeant la Charente qui enserre la ville en forme de fer cheval ; de l’autre ct de la rivire se droule une large plaine borde de bois.
trois heures, nous retournions l’htel des Trois-Princes , o nous avions command notre repas et des chambres. Aprs dner, nous visitions les ruines d’un amphithtre (Saintes a t une colonie romaine), bti dans une valle prs des murs de la ville. Les restes de cet amphithtre ne sont pas si bien conservs que ceux du palais Galien Bordeaux ; presque toutes les arches sont remblayes, et de loin, on croit voir un pont croul. Il a t construit en pierres jointes par un ciment tellement rsistant qu’il est plus impntrable que les pierres elles-mmes. Au milieu de ces ruines, on dcouvre une fontaine d’eau de source claire et limpide ; elle est abrite par une arche surmonte d’un crucifix : sur la pierre fermant la vote est sculpte l’image de la Vierge Marie tenant entre ses bras l’Enfant-Jsus.
Puis, nous visitmes l’glise de Saint-Eutrope, devenue la chapelle des Bndictins. Elle a d tre superbe, mais a subi le sort de la cathdrale ; nous descendmes dans la crypte qui est remarquable : on y accde par une double range de marches. Du ct droit de l’autel, sous un cintre, repose, nous dit-on, le corps du saint [3] Remontant ensuite l’glise suprieure, on nous montra le buste de saint Eutrope contenant une relique du saint. Il est renferm derrire une grille, et, assure-t-on, en pur argent ; les cheveux et la barbe sont dors, ce qui produit un aspect bizarre ; la tte est orne d’une couronne en verroteries, les paules couvertes d’un surplis garni d’une vieille dentelle ; la muraille sont suspendus des ex-voto. Revenus l’htel dix heures, nous nous reposmes des fatigues de la journe.
Avons atteint Saintes dans l’aprs-midi, aprs avoir travers une campagne qui ressemble beaucoup celle de maintes rgions d’Angleterre. La ville montre la mme dsolation que Pons, et pour la mme cause. Cependant, les ruines qu’on y voit encore sont immenses. La cathdrale a t plusieurs fois dfigure, par les Normands et par les Huguenots : a seule chapp leur rage une tour qu’on dit avoir t difie par Charlemagne. Demeurent galement quelques vestiges d’un amphithtre.
Notre guide insista particulirement pour que nous visitions l’glise de Saint-Eutrope, qui a servi de fondation la chapelle des Bndictins. Comme il tait fort civil, nous nous fmes un plaisir de nous rendre sa pieuse invite. Nous descendmes donc dans cette glise o, nous dit-on, reposait le saint patron de la ville et o nous aurions la permission d’examiner sa chsse sacre. Le guide s’agenouilla respectueusement devant une espce d’armoire place effroyablement loin derrire une grille de fer, puis dit quelques prires et finit par dverrouiller la porte, rvlant une tte de grande dimension, entirement en argent massif ce qu’on nous dclara ; les cheveux et une immense paire de moustaches (ou favoris ? “whiskers”) taient dors, les paules taient couvertes de linon, dcor de pierres prcieuses vritables ce qu’on nous dit encore ; mais nous vmes qu’il tait littralement cern d’ex-voto. Jamais ce jour je n’avais rencontr de saint aussi formidable !
Saintes, capitale de la Saintonge, se trouve dans un site trs charmant sur la rivire Charente, et fut jadis la ville la plus florissante de toute la Guyenne. De grands embellissements y taient en cours, en particulier l’amnagement d’une ample promenade publique, et au moins cinq cents soldats y taient occups entailler une colline, scne qui retint longuement notre attention.
La quantit de vin rouge produite chaque anne dans cette rgion se monte, ce qu’on nous assura, huit mille fts, et celle de vin blanc dix mille ; ce dernier sert pour une grande part faire du brandy ou d’excellents alcools, et les deux sont surtout consomms dans le pays. La population de la ville ne peut excder dix mille habitants ce jour, mais aucune des villes que nous avions vues ne connaissait pareille croissance.

De Saintes Rochefort

Dimanche 8 aot 1785.
huit heures et demie nous quittions l’htel, assez satisfaits de la nourriture, des chambres et de la propret, pour nous diriger vers Rochefort. Le premier relai se fit Saint-Porchaire, le second Saint-Hippolite.
Le pays compris entre Saintes et la Charente, que nous traversmes sur un grand bac plat, semble avoir t une continuit de bois et de forts. Cependant, dfrich en grande partie, il est maintenant cultiv.
La route est nouvelle et bonne, comme d’ailleurs la plupart des routes en France : elle est borde de bois o des troupes d’oies, de dindons et de poules cherchent leur nourriture et animent le paysage. En approchant de Rochefort, la scne change : les prairies et les champs de bl se droulent perte de vue ; bientt on distingue les mts des navires sur la rivire peu large, mais profonde cet endroit, et qui dans ses dtours disparat compltement quelquefois, de sorte qu’on dcouvre les btiments pleines voiles, sans voir l’eau qui les porte.
Rochefort tant une ville fortifie, la sentinelle, avant de nous y laisser pntrer, nous demanda qui nous tions, d’o nous venions et o nous allions. Aprs avoir satisfait toutes ces questions, on nous permit d’entrer, et notre chaise nous arrta l’htel du Grand-Bazar  [4] Vieux, petit et sale, c’est pourtant le meilleur d’ici ; il n’y a pas de chambres un lit ; la matresse de l’htel parut trs tonne quand je lui en demandai, et me fit observer que nous tions quatre et qu’il se trouvait quatre lits dans la chambre nous servant de salle manger. On finit pourtant par nous procurer deux chambres deux lits. M. Cradock et son domestique en occuprent une, j’occupai l’autre avec ma femme de chambre.
trois heures, notre dner termin, nous voulmes visiter le chantier de rparations des navires mais, arrivs la porte, le gardien nous dclara que nous ne pouvions voir ni les magasins, ni les travaux, sans une permission du commandant ; cependant nous tions libres, nous dit-il, de nous promener en l’attendant. Fort complaisamment il l’envoya chercher, et on la rapporta bientt, en nous faisant observer que, gnralement, on n’en donnait jamais le dimanche. Nous examinmes tous les navires, visitmes mme une canonnire de soixante-dix canons qui a t fort endommage lors de la dernire guerre et qui, malgr de grandes rparations, ne pourra dsormais servir qu’aux transports des marchandises ; sa mture a t dtruite, et on dirait actuellement une immense barque.
Le soir, nous montmes bord d’un navire de soixante-dix canons qui avait t pris dans le dernier combat engag avec Lord Rodney [la bataille des Saintes, o le comte de Grasse fut dfait en avril 1782 ?] et qui, bien que fortement endommag, avait t remorqu jusqu’ici comme un remarquable trophe [5].
Dans ce chantier travaillent quatre cents galriens ; leur heure de repos venait de finir : nous les vmes s’avancer par compagnies de cinquante enchans deux deux par la jambe et conduits par des soldats. Le cliquetis de leurs chanes me fit frissonner de piti, mais leur vue me rassura un peu, car ils semblaient moins malheureux que je ne me l’tais imagin. On donne chaque homme une pinte de vin par jour, et leur nourriture est suffisante ; ils couchent deux deux sur une paillasse, car on ne les dchane jamais, except en cas de maladie. On les loge dans un tablissement part ; ceux qui se conduisent bien, le Gouverneur permet de travailler dans des ateliers destins aux diffrents corps de mtiers ; ils peuvent mme aller, accompagns d’un gardien, vendre leurs travaux en ville. Leur gain est pour eux ; de cette faon quelques-uns s’amassent une somme assez ronde. Chaque galrien cote au Roi, de nourriture et d’entretien, de 4 14 sous par jour.
Les diffrentes couleurs des vtements (une large veste et un pantalon) dsignent la nature des diffrents crimes ; les voleurs sont en rouge, les faussaires en vert, les dserteurs en brun. Ceux condamns perptuit portent un bonnet de la mme couleur que leurs habits ; ceux terme ont un bonnet blanc. Par leur travail, on rend encore ces misrables utiles la socit. On les surveille trs troitement, le dsir d’tre libres poussant plusieurs chercher s’vader ; mais, pour empcher toute corruption de la part des gardiens, ceux-ci sont condamns eux-mmes aux travaux forcs perptuit s’ils laissent vader un prisonnier.
Joseph expdie trs rapidement cet pisode : Avons vu quatre cents galriens [galley-slaves] ; et nous sommes rjouis de constater l’examen qu’ils taient mieux traits que nous ne nous y attendions, mais il n’empche, pareil esclavage tait horrible voir.
En sortant de ce triste lieu, nous donnmes un coup d’œil au jardin public d’o se droule la vue de la rivire. Je retournai alors l’htel, tandis que M. Cradock se rendait un caf pour lire les nouvelles mais impossible de trouver un seul journal.
son arrive La Rochelle, Joseph notera le 9 : Sitt que nous nous fmes un peu rafrachis, je sortis en qute du Courrier de l’Europe ou de quelque autre gazette car, depuis que j’avais quitt Bordeaux (…), pour ce qui est des nouvelles, “la famine tait grande dans le pays” [6].
six heures, nous allions au thtre. Quoique petit, il n’est pas mal, et les acteurs sont suffisants. Je ne sais quel tait le titre de la dernire pice, mais le plus grand succs fut pour un des comdiens qui entre en scne mont sur un ne qu’on lui vole ; la salle entire applaudit.
sept heures, tout tait termin ; nous retournions l’htel o je demandai du th : on me rpondit qu’il n’y en avait pas dans la maison. Comme j’avais du th, une thire et une bouillote, je priai qu’on m’apportt seulement des tasses, du lait et du sucre. La femme me regarda d’un air interdit, mais revint bientt mettre une nappe, posa sur la table quatre normes bols, quatre cuillers soupe, un plat rempli de sucre et une vaste terrine pleine de lait. Je ne pus m’empcher de rire la vue de tous ces prparatifs : cependant notre th n’en fut pas moins bon, et, aprs l’avoir pris, nous repartmes.
Rochefort a t btie sous Louis XIV : ses rues larges, bien paves, s’entre-croisent angles droits. Les maisons ne rpondent pas ce plan ; construites par ceux qui doivent les habiter, elles sont fort irrgulires ; il y en a peu de belles. D’aprs l’tendue de la ville, le nombre des habitants m’a paru assez restreint, car, bien que ce ft dimanche, il y avait peu de monde au thtre et sur les promenades extrieures plantes de canons et ombrages de beaux arbres.

Lundi 8 aot 1785.
Levs six heures, nous faisions demander au commandant maritime l’autorisation de visiter le dpt des approvisionnements de la Marine royale. Il nous fit rpondre qu’ neuf heures il se mettrait notre disposition, les trangers n’tant admis qu’accompagns par lui. Pendant notre djeuner, deux galriens, sous la garde de soldats, vinrent nous offrir du coton tricoter. Nous en achetmes par piti pour ces malheureux.
neuf heures et demie arriva le commandant, respectable vieillard, trs courtois. Un jeune Irlandais, qui se trouvait notre htel, se joignit nous. Nous allmes d’abord aux chantiers o se construisent et se rparent les navires de guerre dans des bassins, soit sec, soit remplis d’eau, disposs la faon d’cluses, de sorte que, lorsqu’un navire est termin, on peut le lancer dans le bassin mme o il a t construit. Nous traversmes ensuite une cour pleine de canons de cuivre ou de fer, et d’ancres de toutes dimensions : elle conduit la corderie longue de 400 toises ; l se fabriquent tous les cordages ; il y a des cbles d’une demi-aune de circonfrence. Puis on nous mena dans un norme btiment au bout duquel on a tabli les forges servant couler les boulets de canon, et o se travaillent tous les fers entrant dans la construction des navires. l’oppos, on faonne les petites bombes en terre glaise pour les galiotes ; l’autre ct est rserv aux charpentiers. Nous fmes aussi dans la boucherie et la boulangerie ; le pain sortait prcisment du four, et paraissait excellent. Enfin, nous passions par le jardin du commandant jusqu’ sa maison o nous le quittions en le remerciant de sa complaisance, quoiqu’il et mis beaucoup de discrtion dans ses explications.
Ayant apport avec moi une autorisation particulire de visiter les chantiers de construction, les magasins et la fonderie, je reus du Commandant un billet trs poli disant qu’il nous recevrait neuf heures, car les trangers ne pouvaient tre admis qu’accompagns par lui-mme. Notre groupe s’tait augment d’un gentilhomme irlandais, que je pris le risque de lui prsenter ; mais je n’avais pas ide de la moiti du drangement que nous allions causer ! La visite prit plusieurs heures : cause de la recommandation dont j’tais muni, le Commandant pensa qu’il lui incombait de nous montrer absolument tout et nous finmes si puiss que nous rsolmes part nous de ne plus jamais solliciter de telles faveurs. Comme il nous pressait de venir nous rafrachir chez lui, nous dclinmes l’invitation tout en l’assurant qu’ notre retour Paris, nous ferions le rapport le plus logieux sur les attentions qu’il nous avait prodigues.
Sortant alors de l’enceinte du dpt, nous traversions le march bord d’une range de magasins o se vendent des habillements tout faits pour hommes et femmes. Nous retournions enfin l’htel d’o M. Cradock partait onze heures, avec le jeune Irlandais pour La Rochelle, y retenir des logements. Je devais le rejoindre le lendemain. Dans la soire, me sentant un peu fatigue, j’envoyai mes domestiques la comdie et me couchai de bonne heure.

La Rochelle

Mardi 9 aot 1785.
Leve six heures. neuf heures, j’allai avec ma femme de chambre faire un tour sur les remparts. En dehors des portes de la ville, on construit actuellement un bel hpital. A dix heures, je retournai l’htel, je payai ma note, et, comme d’habitude, j’attendis les chevaux de poste. Enfin, dix heures et demie, je montais dans ma chaise et partais pour La Rochelle.
une lieue de Rochefort, premire vue de l’Ocan Atlantique, plage trs dnude. La route est dure, le pays aride et ennuyeux. Nous ne relaymes qu’une fois. deux heures nous arrivions La Rochelle, place fortifie, o nous dmes, avant d’atteindre la premire porte, passer sur quatre ponts-levis gards par des soldats ; et encore, avant de me permettre d’entrer, un commis me fit inscrire mon nom sur un registre. Nous nous rendmes l’htel du Comte-d’Artois , le meilleur d’ici, dit-on, mais il ne peut soutenir aucune comparaison avec l’htel d’Angleterre Bordeaux. M. Cradock et son compagnon n’taient pas arrivs sans peine La Rochelle ; leur conducteur, compltement ivre, voulut les forcer accepter dans leur cabriolet une femme qui semblait lui tenir fort cœur. Ces Messieurs refusrent nergiquement, ce qui enragea tellement le misrable qu’il les menaa ; enfin, ils parvinrent avoir raison de lui.
Ayant dn trois heures, nous allmes ensuite nous asseoir sur le port : la mer tait calme, les bateaux pcheurs rentraient en quantit. Nous causmes avec un marin qui savait l’anglais, ainsi qu’avec un des prposs aux douanes. Celui-ci avait t prisonnier en Angleterre, et il paraissait enchant de nous parler ; notre conversation attira quelques-uns de ses camarades, curieux d’apprendre d’o nous venions et o nous avions t. Je ne me formalisai pas de leurs questions mais elles confirmrent mon opinion sur le besoin d’informations qu’ont, en gnral, les Franais. Vers huit heures, nous tions l’htel.

Mercredi 10 aot 1785.
peine ai-je got une heure de sommeil cause des punaises. neuf heures, nous partions pour la cathdrale que l’on reconstruit en partie. Les sculptures l’extrieur ne sont pas termines, et l’intrieur peine orn, le grand autel simple et lgant. Puis, nous allions l’glise Saint-Sauveur, belle et ancienne ; le portail surtout mrite d’tre vu. Pas de chaises, seulement des bancs. Deux anges, admirablement sculpts, entourent de chaque ct le grand autel de marbre.
Je considrais l’ensemble grandiose de cet difice, et le bon got qui avait prsid son ornementation sans clinquant, lorsque mes regards furent attirs par un calvaire tout en coquillages. Notre-Seigneur sur la Croix ; au pied, deux dragons la gueule ouverte, et autour, sortant de vases, des ttes d’anges avec des ailes, le tout en coquillages. Quelle patience il a fallu pour faire une si vilaine chose !
t ensuite voir la fameuse digue de Richelieu : on peut la suivre mare basse, except au milieu, o l’eau est toujours assez profonde pour permettre aux btiments d’y passer. Pendant deux heures, nous restmes regarder la mer : quand elle se fut retire, je me hasardai sur les rocs couverts d’herbes marines, et enfin m’assis sur une pierre. Je voyais au loin les navires voguant aux hasards de l’Ocan livrs tous ses caprices ; plus prs, des barques de pcheurs choues attendant la mare pour se remettre flot ; autour de moi, l’immensit sans fin, sans bornes, m’enveloppant de la grandeur et de la puissance du Crateur, dont les œuvres sont autant de merveilles vis--vis de nos faibles intelligences. La plage tait couverte d’une multitude d’hommes, de femmes et d’enfants pchant des crevettes, des moules, des hutres, etc. Une jeune fille, sorte d’amphitrite, vint nous proposer des coquillages manger ; nous lui en achetmes pour quelques sous. Elle nous examina des pieds la tte, et mon habit amazone semblait attirer particulirement son attention. Revenus de cette dlicieuse promenade, nous nous mmes table. Dans la soire, M. Cradock alla au thtre ; moi, je me couchai de bonne heure.

Jeudi 11 aot 1785.
Trois espces de vermine m’ont dvore cette nuit. Aprs djeuner, t l’htel de ville, qui se trouve ct de notre htel. C’est un des plus anciens et des plus beaux btiments de La Rochelle, du style Renaissance. L’escalier du dehors est fort remarquable. Au-dessus du centre de la porte se voit, sous une petite coupole, la statue en pierre de Henri IV en costume du temps [7]. Un peu fatigus, nous remmes la suite de notre visite un autre jour.

Vendredi 12 aot 1785.
Trouvai notre htel si ngligent dans son approvisionnement que je menaai de le quitter. Me rendis au march, d’o je nous fis envoyer d’excellentes hutres.
Visit l’glise et le couvent de l’Oratoire. L’glise n’est pas belle, mais possde deux bons tableaux : la Rsurrection et le Crucifiement. Puis nous entrmes dans le couvent nouvellement bti. On nous fit monter par un large escalier en pierre, et, passant par une petite porte donnant dans la tour sur un troit escalier tournant, nous arrivmes une terrasse de vingt pieds de large d’o l’on dcouvre la ville, le pays environnant, la mer et, l’horizon, les les de R et d’Olron. La vue est splendide mais de cette hauteur, et par le vent qui soufflait, j’avais presque le vertige ; heureusement qu’au milieu de la terrasse on a eu soin de fixer un sige sur lequel je m’assis. huit heures nous rentrions l’htel.

Dimanche 14 aot 1785.
Vers six heures et demie, avant notre souper, t aux Fantoccini , thtre de marionnettes italiennes, o nous nous amusmes beaucoup.

Lundi 15 aot 1785.
Aujourd’hui, grande fte de l’Assomption, toutes les glises sont superbement dcores, les statues de saints pares de leurs plus beaux habillements. Dans la matine, t Notre-Dame, puis au couvent des Cordeliers : leur vieille glise est trs ordinaire, mais bien situe. Nous sortions, quand un vieux moine, paraissant se mourir d’un asthme, vint au-devant de nous et s’informa de notre nationalit, de notre religion, etc., etc.
Ensuite, nous nous dirigemes, l’extrieur de la ville, voir les marais salants o l’on recueille le sel que la mer apporte par infiltration dans de petits canaux bords d’troites chausses. Le soleil vapore l’eau, et l’air consolide le sel ; le plus fin reste au-dessus comme une lgre couche de glace ; le plus gros tombe au fond comme du gros sable. Le moment venu, on ramasse soigneusement le sel de dessus, qui sert pour la table ; on fait couler l’eau, et avec le gros sel on sale les poissons de conserve. Les marais salants sont plus importants l’le de R qu’ La Rochelle ; c’est un des principaux produits du pays.
quatre heures, nous retournions la cathdrale ; l’office tait commenc, mais il faisait si chaud, et il y avait une telle foule que nous prfrmes nous asseoir dehors sur la place d’Armes pour y attendre la procession. Elle sortit bientt : elle se composait du clerg des diffrentes paroisses de La Rochelle, de moines, Cordeliers et Capucins, chaque ordre portant sa bannire ; de docteurs, d’avocats en robe, et enfin du peuple. En vrit, c’est la plus pauvre procession que j’aie vue en France.

Mardi 16 aot 1785.
dix heures, aprs avoir t au Caf du Dauphin , nous allions au port louer un bateau conduit par un pilote et quelques matelots, pour faire une promenade en mer, usage peu rpandu ici, car l’Ocan est dangereux ; cependant nous emes un temps charmant. La brise si douce, la mer si calme, la vue des navires et des barques s’loignant ou se rapprochant de nous la rentre du port ; l’le de R notre droite en face, la ville, le port, les btiments l’ancre semblent surgir des flots : tout contribua au plaisir de notre excursion. Notre quipage tait des plus varis : le pilote, napolitain ; un des matelots, vnitien ; les autres, franais, et nous-mmes, anglais. Nous fmes contents d’eux. en juger par leurs remerciements, je crois qu’ils furent contents de nous.
Un marchand de la ville nous invita un court voyage en mer ; ces dames furent ravies, car presque tous les marins parlaient anglais et taient trs dsireux de faire talage de leur science.
six heures et demie, nous retournions aux Fantoccini . Salle comble, chaleur intolrable, mauvaises places, pice ennuyeuse ; en somme, neuf heures, je n’tais pas fche de rentrer souper et de me coucher.

Mercredi 17 aot 1785.
Tandis que nous tions, cet aprs-midi, sur le port, il se mit pleuvoir. Nous nous rfugimes sous un abri, o un charpentier travaillait son bateau. Il nous fit force politesses, mais aussi force questions, nous demandant mme quelles raisons nous avaient pousss, nous trangers, venir jusqu’ici.
Notre entre n’avait pas pass inaperue, et bientt notre refuge se remplit d’autres curieux ; l’un d’eux parlait un peu anglais. Ils firent l’loge de notre pays ; nous rpondmes par l’loge du leur, et, quand la pluie cessa, nous nous quittions satisfaits les uns des autres.
Quittai La Rochelle pour quelques jours car je devais rendre visite Monsieur Baudin, principal ngociant de Saint-Martin, dans l’le de R [8]. L j’eus beaucoup de nouvelles et pus lire plusieurs journaux, grce lui ou aux officiers irlandais du rgiment du Duc de FitzJames, cantonn dans l’le. Passai une soire trs plaisante au milieu d’une grande compagnie et, l’hospitalit et la conversation aidant, je me serais presque cru en Angleterre. Les dames m’apparurent aussi expertes dans notre langue que dans la leur.

Jeudi 18 aot 1785.
Leve seulement huit heures, ayant pass une nuit atroce, cause des punaises. Retourns aux Fantoccini  ; autant de monde que la dernire fois, mais le spectacle meilleur.
[Ce jour-l, toujours en R, Joseph visita des marais salants et les explications qu’il donne ce propos sont quasi les mmes que celles de sa femme la date du 15. Il poursuit :] Le temps s’coula trs agrablement. Monsieur Baudin tait en relations avec beaucoup de mes amis de France et, avant que nous nous sparions, il me prsenta au gouverneur du Poitou, qui me fit l’honneur de me ramener La Rochelle dans sa barque.

Samedi 20 aot 1785.
Dn deux heures. Repas maigre de toutes faons. Nous ne sommes pas contents du service de l’htel.
mon retour, ma femme m’informa qu’elle s’tait excellemment nourrie – en dehors de l’htel, car elle avait pris tous ses repas chez le ptissier. Cela me remmora immdiatement la leon que j’avais apprise Aix [o le couple avait eu pareillement affaire un htelier indlicat] et, bien que trs en colre, je persuadai notre compagnie d’Anglais d’aller au thtre, o l’on donnait La Veuve du Malabar [9] ; pauvre salle, me rapporta-t-on, et jeu des acteurs misrable, mais cela me donna le temps de rprimander svrement le tenancier de l’htel. Il le prit d’abord de haut, mais je lui certifiai que j’en rfrerais au lieutenant de police. Quand les dames revinrent, je dguisai autant que possible le dtail de l’altercation ; mais avant que nous allions au lit, les serviteurs nous rapportrent qu’un message venait d’tre envoy au frre an du tenancier, qui rsidait la campagne. Trs tt le lendemain, celui-ci arriva et une effroyable bataille s’engagea entre les frres ; quand je me levai, tous deux taient couverts de sang. Ds qu’il le put, le plus jeune prit la fuite ; l’an se comporta excessivement bien : il dclara qu’il souhaitait nous rendre rparation pendant le reste de notre sjour et qu’il congdierait ensuite la totalit de la domesticit.
Durant mon sjour La Rochelle, j’achetai toutes les cartes, vues et plans que je pus trouver des fortifications ainsi que de la Digue ; ce sont maintenant devenus, je pense, des rarets.

Dimanche 21 aot 1785.
Aprs djeuner, visite l’glise des Carmes [Devenue un dpt de marchandises.]. Au-dessus du matre-autel, un bon tableau ; autour, des statues de bois peintes ou habilles, des ex-voto, etc. Dans la chapelle de la Vierge, une statue la reprsentant tenant l’Enfant-Jsus dans ses bras, est orne de perles, de fleurs et de galons d’or. Remarqu parmi les ex-voto un tableau retraant l’histoire d’une jeune fille tombe dans un puits, et qui s’en retire par la puissance miraculeuse de la Vierge qu’elle avait invoque, et qui parat dans les nuages. Il est dat de 1741 [Ce mauvais tableau se trouve encore la cathdrale.].
Nous dinmes une heure ; six heures, nous retournions aux Fantoccini , et, dans la soire, je faisais mes paquets pour quitter La Rochelle le lendemain.

De La Rochelle Saint-Herman [auj. Sainte-Hermine]

Lundi 22 aot 1785.
Levs six heures. Malgr la chaleur, vu, aprs djeuner, l’glise des Rcollets dont le grand autel est fort beau.
Revenus une heure, nous dnions et faisions atteler. Le matre de poste voulut nous forcer mettre quatre chevaux notre chaise ; c’tait une faon lui de se venger de nos observations sur les prix exagrs du mmoire, prsent par son fils, lequel tenait l’htel que nous quittions. deux heures, nous partions pour Nantes. Chang de chevaux Usseau, Aligre [dans Marans], puis Moreille [Moreilles], o il y a un couvent de l’Ordre des Bernardins de Cteaux, fond par lonore [Alinor], reine d’Angleterre, femme de Henri II [10]


Voir en ligne : Madame Cradock, {Journal de voyage en France}


[1Cela bien que son mari l’ait tenue l’cart des discussions animes qu’il a pu avoir avec certains hteliers, comme celui de La Rochelle. Voir cet article de Guillaume Garnier.

[2Qui n’tait pas le mari bien plus g imagin par Mme Delphin-Balleyguier : n au dbut de 1842, il avait prs de cinq ans de moins que son pouse, ne en 1737.

[3Il a t retrouv en 1843 (NdT).

[4Il s’agit en fait de l’htel du Grand Bacha (Pacha), ex-auberge de la Fontaine – la seule de Rochefort, la fin du XVIIe sicle du moins. L’erreur est probablement due la traductrice. Joseph crit plus exactement Grand Bashaw .

[5Il faut sans doute voir dans les derniers mots un trait d’ironie, le navire ne pouvant tre une prise de guerre s’il avait bien t engag dans la bataille des Saintes.

[6Citation de la King James Bible, Gense, 43 : And the famine was sore in the land .

[7Cette statue, brise la Rvolution, a t remplace par une en cire, dont on n’a conserv qu’un bras. Une statue en faence colorie a pris la place des deux autres (NdT).

[8Nicolas Baudin, 1754-1803, qui se fera ensuite connatre comme explorateur et botaniste.

[9Tragdie d’Antonin Marin Lemierre, 1770.

[10Cette prcision historique parat errone, mais on sort ici de l’Aunis…

Messages

  • Flicitations pour avoir retranscrit ce rcit passionnant. Certains dtails relevs par ces deux touristes anglais sont surprenants.
    Tout d’abord l’amabilit des Franais qu’ils rencontrent leur gard alors que les Anglais, en gnral, passaient pour les ennemis "hrditaires"... On leur fait visiter des installations militaires (Rochefort) en dtail sans jamais les souponner d’espionnage. Je note aussi le confort misrable de l’htel dans lequel ils descendent La Rochelle, et la raret des spectacles. Le nombre des glises de La Rochelle en activit, la veille de la Rvolution, est impressionnant, ainsi que l’affluence du public et des autorits la procession du 15 aot.
    Je remarque que Mrs et Mr Craddock peuvent visiter, le 12/8/1785, un couvent, au dessus de l’Oratoire, dsaffect aujourd’hui, que le public ne peut pas visiter en 2020. De la terrasse, il y a semble-t-il une vue imprenable sur les environs.

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