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1793 - Le régime de la Terreur à Rochefort : 9 marins et officiers guillotinés

D 13 décembre 2016     H 00:41     A Pierre     C 0 messages A 251 LECTURES


Suite à la chute des girondins à Paris le 31 mai 1793, des insurrections éclatent à Lyon, Avignon, Nîmes ou encore Marseille. A Toulon, les fédéralistes, bourgeois dissidents, se font rapidement supplanter par les nombreux royalistes, encore présents dans la flotte de guerre, qui proclament Louis XVII roi de France. Ces royalistes font appel à la flotte anglo-espagnole de la 1ère coalition qui combat la Révolution française. Le 28 août, les premiers soldats coalisés débarquent dans la rade ; le même jour les avant-gardes françaises sont à 15 kms de Toulon. 12.000 français encerclent le port tenu par 17.000 coalisés aux ordres de l’amiral Hood. Un jeune capitaine d’artillerie, Napoleone Buonaparte, totalement inconnu, permet de reprendre la ville aux Anglais, en décembre 1793.

En novembre 1793, une phase d’épuration de la Marine commence. Rochefort n’est pas épargné.

Source : Bulletin de la Société de géographie de Rochefort-sur-Mer - 1896 - BNF Gallica

Le régime de la Terreur à Rochefort

Jugement du Tribunal révolutionnaire, du 8 frimaire an II (29 novembre 1793).

Le n° 43 (juillet 1896) de La Curiosité historique et militaire ayant publié le jugement du Tribunal révolutionnaire de Rochefort, qui, le 8 frimaire an II (1793), condamna à la peine de mort six officiers de vaisseau, deux officiers d’infanterie et un chirurgien-major provenant de l’Apollon, du Généreux et du Pluvier, nous avons pensé qu’il était intéressant de placer sous les yeux de nos collègues, à litre de Contributions à l’histoire de Rochefort et de la région, non seulement le texte de ce jugement, tel qu’il existe dans une affiche de l’époque, que possède notre collègue, M. le docteur Ardouin, mais aussi le récit de cet épisode de la période révolutionnaire chez nous.

Sans raconter par le détail, les événements survenus à Toulon au mois d’août 1793, nous ne pouvons nous dispenser, pour l’intelligence des faits, de rappeler que les autorités de cette dernière ville, l’ordonnateur de la marine, Puissant, et le contre-amiral comte de Trogoff, d’accord avec l’amiral anglais Hood, ayant concerté de livrer l’arsenal, les forts et la ville aux escadres combinées d’Angleterre et d’Espagne, le 27, l’amiral anglais avait mis à terre, pendant la nuit, 15,000 hommes, que les membres du Comité toulonnais logèrent dans le fort La Malgue, pendant que la flotte anglo-espagnole entrait tranquillement dans la rade et débarquait d’autres troupes, qui s’emparèrent des portes de la ville, de l’arsenal maritime, des forts et des redoutes.

La nouvelle de cette trahison causa, par toute la France, d’abord un mouvement de stupeur, puis une indignation générale, et les terroristes les plus intransigeants durent reconnaître que Lyon et la Vendée méritaient encore quelques égards, comparées à Toulon. Par une proclamation du 6 septembre, la Convention appela aux armes les départements du Midi. « Vous serez accusés par la nation, disait-elle, de partager les sentiments odieux des habitants de Toulon, si vous n’allez cerner cette ville infâme. Ce ne sont plus des Français, ce ne sont plus des hommes ; la France les a perdus et l’Angleterre ne les a pas gagnés ; ils n’appartiennent plus qu’à l’histoire des traîtres et des conspirateurs. » Par un autre décret, du 10 septembre, le contre-amiral de Trogoff, le commandant d’armes Chaussegros et l’ordonnateur Puissant étaient mis hors la loi, comme traîtres à la Patrie, et les plus grandes rigueurs étaient ordonnées pour venger la trahison.

Les généraux Carteaux et Lapoype accoururent en toute hâte et enfermèrent l’ennemi dans Toulon. Alors, Anglais et Toulonnais multiplièrent leurs moyens de défense, et le canon des vaisseaux répondit à l’artillerie républicaine ; mais les maîtres de Toulon se méfiaient des marins ponantais de l’escadre, qui ne dissimulaient pas leur colère contre les traîtres, refusaient de les servir et réclamaient leur renvoi dans leurs ports. On les réunit alors sur quatre vaisseaux : l’Apollon, le Patriote, l’Orion et l’Entreprenant, au nombre de plus de 4,000 hommes. Mouillés sous le canon des vaisseaux amiraux ennemis, ils inspiraient encore des alarmes ; aussi, le 13 septembre, durent-ils prendre la mer en toute hâte, sous la menace d’être coulés. Ils se dirigèrent sur divers ports de l’Océan [1], ignorant à quel point était montée l’exaspération de la nation et ne se doutant pas que, loin d’être accueillis comme des soldats fidèles au drapeau, malheureux, mais non coupables, ils allaient trouver à l’arrivée des juges aveugles, qui, voulant à tout prix des victimes, les puniraient du simple contact avec la ville.contaminée.

A la fin du mois d’octobre 1793, le vaisseau l’Apollon arrivait en rade de l’île d’Aix. Immédiatement, et sans sérieuse instruction préalable, les représentants Laignelot et Lequinio [2], qui régnaient en dictateurs à Rochefort, ordonnèrent l’arrestation de tout l’état-major, de la maistrance, de la plupart des matelots du vaisseau et de quelques officiers du Généreux, qui avaient pris passage sur l’Apollon, sous l’accusation d’avoir participé à la trahison de Toulon et de ne venir à Rochefort que pour livrer également ce port aux Anglais. Il avait suffi pour cela qu’un matelot, nommé François Bézinan, de Cubzac, qui voulait se venger d’une punition, adressât aux représentants une dénonciation calomnieuse.

Traduits à la barre du tribunal révolutionnaire, ils se virent chargés des accusations les plus absurdes et les moins justifiées ; tous les griefs imputables à Trogoff et aux Toulonnais constituèrent des charges contre eux : on leur reprocha d’avoir foulé aux pieds la cocarde nationale et d’avoir obéi à des ordres donnés au nom de Louis XVII ; d’avoir secouru les rebelles de Marseille ; d’avoir laissé injurier lès représentants Beauvais et Bayle, « ce qui les constituait parricides, car les représentants sont les pères du peuple. » Vainement, ils objectèrent qu’il leur avait été absolument impossible de lutter contre la population d’une ville et contre deux flottes réunies aux vaisseaux détournés par Trogoff ; que tout signe de résistance de leur part eût été inutile, et qu’en se retirant ainsi ils avaient conservé à la République quatre vaisseaux et des milliers de défenseurs ; enfin, que la responsabilité de la défection de la plus grande partie de la flotte ne devait peser que sur Trogoff, l’amiral français qui la commandait [3], et sur les capitaines des vaisseaux passés avec lui à l’ennemi.

Pendant quarante-trois heures d’audience, ces malheureux disputèrent leurs têtes à des juges décidés d’avance à prononcer la peine de mort. L’attitude des accusateurs et des juges fut odieuse et cynique, et à toutes les questions qui lui furent posées, le jury répondit par un verdict de culpabilité. Le 8 frimaire an II (29 novembre 1793), le Tribunal révolutionnaire rendit son jugement « en dernier ressort, sans recours au tribunal de cassation. » Par le texte de ce jugement, nous verrons combien, parmi les accusés, furent condamnés à la peine de mort, combien à la déportation ou à la détention, et combien furent acquittés. Les juges avaient ordonné l’exécution, contre les condamnés à mort, dans les vingt-quatre heures ; mais la sentence n’était pâs encore prononcée que déjà Bentz, celui qu’on décora du titre de Vengeur-du-peuple, attendait sur la guillotine les victimes de la Terreur. Le peuple entourait l’échafaud, dansant, chantant la Carmagnole et le Ça-ira.

Quand les neuf condamnés parurent sur la place de la Liberté (aujourd’hui place Colbert), des cris féroces les insultèrent. Hentz procéda à l’exécution : chaque fois qu’une tête tombait, il l’empoignait et la montrait à la populace, qui criait alors : Vive la République ! et entonnait le Ça-ira. Quand le dernier fut décapité, on reprit en masse les chants patriotiques et l’on dansa la Carmagnole jusque sur la plate-forme de la guillotine. « On aurait dit que Laignelot et Lequinio avaient soufflé à toute la foule en démence leur fougue sanguinaire. » [4].

Le Tribunal révolutionnaire de Rochefort avait laissé traîner l’affaire pendant un mois ; c’est qu’il n’avait pas encore appris à fonctionner avec la célérité qu’il déploya plus tard ; il n’était constitué, d’ailleurs, que depuis le 8 brumaire (29 octobre 1793), c’est-à-dire depuis le moment de ’l’arrivée de l’Apollon. En annonçant cette institution aux habitants de la Charente-Inférieure, Laignelot et Lequinio faisaient pressentir, par les considérants précédant leur proclamation, le sort qu’ils réservaient aux accusés de l’Apollon.

« Citoyens, disaient-ils, une machination perfide a failli anéantir votre liberté. Les infâmes satellites des tyrans, les Anglais, après avoir corrompu par l’or quelques hommes de Toulon, indignes du nom de Français ; après s’être emparés par trahison de ce port fameux ; après avoir égorgé les patriotes de cette cité malheureuse et fait mourir sur l’échafaud deux représentants du peuple, les Anglais avaient formé le projet d’employer les mêmes moyens, la même trahison, la même scélératesse pour s’emparer des autres ports de France. C’est pour cela qu’ils avaient dépêché de Toulon quatre vaisseaux, un pour Rochefort, un autre pour Lorient et deux pour Brest. Sous prétexte de conduire dans ces ports les marins de l’arrondissement, ces vaisseaux étaient chargés d’y répandre l’esprit d’insurrection, de fédéralisme, de fanatisme et de royalisme ; d’agir par toutes les voies pour tromper le peuple, de se rendre maîtres des arsenaux et préparer les habitants à la réception des vaisseaux anglais. Ceux-ci devaient y entrer, comme à Toulon, sous prétexte de principes de paix et de fraternité, y désarmer et massacrer les patriotes et vous réduire, une seconde fois, sous les jougs humiliants que vous venez de secouer après quatre ans de luttes et de sacrifices.

« La Convention nationale était prévenue de ce projet exécrable, et c’est pour cela qu’elle s’est hâtée de nous envoyer parmi vous, avant l’arrivée des hommes perfides qui venaient ici pour vous trahir et vous forger de nouvelles chaînes. Nous avons pris des mesures et elles ont réussi à faire échouer le projet. Nous ne reconnaissons que trop, maintenant, combien il était réel, et le peuple en sera bientôt plus amplement instruit. Un Tribunal révolutionnaire, en faisant tomber la tête des chefs, fera connaître aux équipages et à la garnison trompés, qu’on les destinait à devenir, ici comme à Toulon, les instruments du despotisme des rois et des prêtres.

« Mais le peuple verra plus encore : il verra qu’il y avait, ici comme à Toulon, des scélérats prêts à ouvrir les bras aux Anglais et disposés à tout pour anéantir les libertés publiques. Il va voir un de ces monstres qui, de tous temps, ont tenu la multitude dans l’aveuglement, un de ces hypocrites inventés par les rois pour étayer leur domination sur le peuple, un de ces hommes faux qui n’ont jamais voulu que tromper l’espèce humaine, un prêtre enfin, un prêtre assermenté, tout aussi coquin que ceux qui ont refusé le serment, se faire un des instruments de cette conjuration, ayant dans sa maison une sorte d’arsenal, remplissant avec exactitude le métier de prêtre, c’est-à-dire le métier de lâche, de scélérat, de traître, préparant l’esclavage de ceux qu’il aurait dû y soustraire en les instruisant, et ourdissant la trame qui, une seconde fois, allait étouffer la raison et la liberté. » [5].

Tels étaient les hommes, les sanglants imbéciles, comme disait d’eux, l’autre jour, le Petit Journal, qui dirigeaient les décisions du tribunal, docile à leurs volontés, qu’ils avaient institué. En faisant connaître à leurs collègues de la Convention l’exécution dont nous parlons, Laignelot et Lequinio disaient : .... « Tous les marins, tous les ouvriers du port et quelques officiers sont allés les prendre et les ont escortés d’une double haie jusqu’au lieu de l’expiation. L’air a retenti des cris de Vive la République ! à la chute de chaque tête ; des chants patriotiques et des cris de Vive le Tribunal ! ont rendu un juste hommage aux membres qui le composent. »

Les condamnés, par leur âge et leur grade, ne semblent pas suspects d’attaches avec l’ancien régime ; ils étaient nés, pour la plupart, dans le département de la Charente-Inférieure ; l’un d’eux, Joseph Crassous, était le frère d’un individu que Massiou présente comme étant alors commissaire national près le tribunal du district de La Rochelle, président de la Société populaire de cette ville et député de la Martinique ; c’était, de plus, un libelliste, dénonciateur de profession et l’agent de Billaud-Varennes, à La Rochelle. Le rapport de Laignelot et Lequinio, dont nous venons de citer un extrait, parle en ces termes du député Crassous, présent à Rochefort lors du jugement et de l’exécution de son frère : « Nous nous croyons assez certains de son civisme pour ne pas douter qu’il eût, lui-même, s’il avait été juge, voté la mort de son frère, commandant en second le vaisseau l’Apollon, et qui vient de tomber sous la hache de la loi. »

Plus loin, parlant du lieutenant de vaisseau Crassous, les représentants disent : « Un instant avant l’exécution, la plupart des condamnés s’exaspéraient contre le Tribunal. Vous avez tort, s’est écrié Crassous, nous méritons ce jugement, et vous devez vous rappeler que je vous ai prédit, à Toulon, que notre conduite ne pouvait nous mener qu’à l’échafaud. Ces paroles remarquables sont la meilleure preuve sans doute que le Tribunal a bien jugé, et l’on doit confesser qu’il a parfaitement rempli sa mission. »

Si l’on rapproche la vérité historique du long factum précédant le dispositif du jugement dont nous allons donner le texte tout entier, sachant que les griefs accumulés n’étaient appuyés d’aucun témoignage digne de foi et qu’aucun des faits articulés ne pesait directement sur les inculpés, on est en droit de se demander si Laignelot et Lequinio, peut-être l’accusateur public, Victor Hugues, de sinistre mémoire, n’ont pas menti sciemment en attribuant à Joseph Crassous les paroles rapportées ci-dessus ; à moins que celui-ci, qui était un ancien négrier [6], n’ait essayé de sauver sa propre tête en accablant ses camarades sous une accusation nette et formelle.

Ci-après le jugement, collationné par nous sur l’affiche, contemporaine du fait et parfaitement authentique, que possède notre collègue et ami M. Ardouin, la seule qui subsiste, à notre connaissance, des 4,000 exemplaires imprimés pour que le jugement « soit lu, publié et affiché dans toute l’étendue de la République et à bord de tous les bâtiments. »

Jugement du Tribunal criminel et révolutionnaire établi à Rochefort pour le département de la Charente-Inférieure

« Du 8 frimaire, l’an deuxième de la République française, une et indivisible.
« Qui condamne à la peine de mort, Jean Brelay, Louis Guérit, Joseph Crassous, Etienne-Marie Varenne, Jacques Campet, Michel Mage, Henri Marizi, Antoine Daurt, Claude Bordeaux.
« Qui condamne à la déportation, François Golbéry et Louis Bonnard.
« Qui condamne à la peine correctionnelle de six mois de détention, François Baudin, Jean-Baptiste Breton, André-Emmanuel Marcellat, Henri Chesneau, Jacques Lombard, Jacques Petit, Germain Rouget et Jacques Chesneau.
« Qui absout et acquitte les citoyens François-Marie Bernard, François-Bruno Brunet, Joseph-César-Adolphe Panaget, Etienne Sarzanna, Jacques Dumoulin, Jacques Parenteau, Jean-Baptiste Lavigne, François Escudier, Jean Mazarin, Jean Guimbelot, André Griffon, Pierre Rainhaud, Louis Toi et François Campet.
« Au nom de la République française, à tous présens et à venir, salut : le Tribunal révolutionnaire établi à Rochefort pour le département de la Charente-Inférieure, par deux arrêtés des représentans du peuple Lequinio et Laignelot, envoyés dans le dit département, en date des 8 et 13 du mois de brumaire, sans recours au Tribunal de cassation, a rendu le jugement ci-après :

« Vu par le Tribunal l’acte d’accusation dressé par l’accusateur public, le 29 brumaire, contre les nommés Jean Brelay, Louis Guérit, Jean Chambaudy, Etienne Marie Varenne, Jacques Campet, François-Marie Bernard, Michel Mage, Joseph Crassous, et François-Bruno Brunet, officiers de marine ; François Baudin, Jean-Baptiste Breton, André-Emmanuel Marcellat, Henri Chesneau, Jacques Lombard, Jacques Petit, Germain Rouget, Jacques Chesneau, aspirans de la marine ; Henri Marizi, Antoine Daurt, François Golbery, officiers d’infanterie ; Joseph-César-Adolphe Panaget, officier d’administration ; Etienne Sarzanna, prêtre ; Jacques Dumoulin, Jacques Parenteau, maîtres d’équipage ; N. Bordeaux, chirurgien ; François Escudier, maître canonnier ; Jean Guimbelot, André Griffon, maîtres voiliers ; Pierre Rambaut, aide voilier ; Louis Toi, maître calfat ; Jean Mazarin, sergent du 4* régiment d’infanterie de la marine ; Louis Bonnard, canonnier ; François Campet, matelot ; Jean Lavigne, charpentier ; portant que des trahisons sans nombre ont été la source des revers de la République, et que les traîtres Lafayelte, Dumouriez, Trogoff et Chaussegros eussent, été dans l’impuissance d’exécuter leurs projets, s’ils n’eussent été secondés par de vils suppôts qui, sous le masque du patriotisme cachoient un cœur pervers et une âme lâche et corrompue.
« Que ces perfides généraux n’auroient jamais trahi la patrie, si de vrais républicains, si des hommes fermes et bien prononcés se fussent trouvés sous leurs ordres.
« Qu’une guerre désastreuse ne raviroit pas les plus ardents patriotes.
« Que la souveraineté nationale n’auroit pas été outragée dans la personne de ses représentans, si l’or des puissances étrangères n’eut coulé à grands flots, si des hommes impurs et avides, n’eussent vendu pour un vil métal ce qui doit être le plus cher à un républicain : la PATRIE.
« Que Pitt et ses agens subalternes avoient conçu le vaste et exécrable projet d’anéantir la République, qu’ils avoient médité de s’emparer de tous nos ports, et que, pour parvenir à ce but, ils avoient partout empoisonné l’esprit public, excité des mouvemens en faveur de la tyrannie, et envoyé dans les ports les plus importans, des hommes chargés de livrer nos vaisseaux aux Anglais et aux Espagnols, même sans brûler une amorce. Des hommes dont rien n’égale la lâcheté, la corruption, des hommes revêtus de la confiance de la nation., comblés de ses bienfaits, et qui, au lieu d’exciter tles républicains qu’ils commandoient, à défendre la patrie, ne les ont entretenus que des dangers qu’ils pouvaient courir dans les combats, en s’applaudissant en secret de favoriser ainsi les traîtres et les ennemis de la République.
« En conséquence, d’après le procès-verbal fait par les autorités constituées de Rochefort, à bord du vaisseau lApollon, en date du 17 octobre (vieux style), ensemble les papiers de l’Etat-major, qui m’ont été remis, ainsi que plusieurs sommes trouvées dans les malles des olïiciers de ce vaisseau, lesquelles sommes sont déposées chez le receveur du district, tant en assignats, qu’en or, argent de France, piastres, demi et quart, do piastres, cicalins et autres monnoyes étrangères, il en est résulté, ainsi que des interrogatoires et déclarations, que les ci-dessus dénommés sont complices de l’infAme trahison commise à Toulon, qu’ils ont séduit et égaré les équipages, par les plus affreuses calomnies dont ils accabloient tous les jours les plus chauds patriotes, qu’ils ont imputés à ceux-ci la scélératesse qu’eux-mêmes ont consommée un mois et demi après, en livrait l’escadre, aux ennemis de la République.

« Qu’ils traitoient de vive voix et par écrit (comme le constatent leurs journaux) d’anarchistes, de scélérats, de sanguinaires, de pendeurs. d’égorgeurs, de dignes enfants de Marat les patriotes les plus distingués.
« Que le 28 juin, une députation des patriotes du club, à la tète de laquelle étaient les glorieux martyrs de la liberté, Barthélemy et Sevestre, vint à bord pour engager les états-majors et les équipages à sortir, afin de combattre l’escadre anglaise et empêcher sa jonction avec les Espagnols.
« Qu’ils obtinrent des équipages qu’il serait formé une assemblée à terre par députation, pour aviser au moyen de sortir ; que l’amour de la patrie avoit présidé à cette assemblée ? car on avoit décidé de sortir à l’unanimité, quand le traître Trogoff entra suivi de tous les officiers et brigands de Toulon, qu’ils huèrent les patriotes et, par des discours perfides, détruisirent la bonne intention des équipages, en leur inspirant des craintes sur le nombre des ennemis et finirent par leur persuader que les patriotes ne les engageoient à sortir que pour livrer l’escadre aux Anglais. »
« Qu’ils contribuèrent et applaudirent à la dissolution du club, ainsi qu’à l’assassinat juridique de patriotes qu’ils diffamoient tous les jours dans l’esprit des équipages.
« Qu’après la dissolution du club, l’exécution et la fuite des meilleurs patriotes, le conseil de marine, conjointement avec les sections rebelles qui méconnoissoient authentiquement la Convention nationale, firent donner des gratifications aux officiers de l’escadre, que ces gratifications furent si considérables, qu’elles équivaloient à la moitié en sus des appointemens ordinaires ; que les pervers, loin de repousser avec indignation une telle récompense, l’acceptèrent après avoir promis de n’en rien dire aux équipages qui l’ont toujours ignoré.
« Qu’ils ont envoyés de leur propre aveu et d’après le mouvement écrit du bord, divers détachemens pour combattre l’armée de la République à Marseille, à Aix, à Lambesc, etc., etc., et cela immédiatement après la dissolution du club et la fixation de la gratification.
« Que ces détachements étoient composés de la garnison des vaisseaux l’Apollon et le Généreux, tant du 77e régiment que des canonniers commandés par des officiers.
« Que le 28 juillet on reçut à Toulon, du comité de salut public et du ministère de la marine l’ordre de faire partir l’escadre, que cet ordre fût méprisé, en disant que le ministre étoit dans le sens des clubistes et vouloit livrer l’escadre.
« Que le 24 août, ils avoient continué d’obéir au traître Trogoff et autres chefs, quoiqu’ils fussent informés que la cocarde blanche eut été arborée et Louis XVII proclamé.
« Que s’ils n’eussent été complices de la trahison, ils eussent alors pris un parti qui eut pu sauver l’escadre, puisque les Anglais n’arrivèrent que le 28.
« Que dès le 24, les équipages du Ponent firent une pétition aux sections de Toulon, tendante à se défendre et à opposer la force à la force, et dans laquelle ils déclaroient qu’ils ne reconnaitroient Louis XVII qu’autant que toute la France l’auroit reconnu.
« Que les susdits sont coupables de n’avoir pas profité de l’enthousiasme des équipages pour se défendre.
« Que le général Saint-Julien ayant pris le commandement de l’escadre, les sections écrivirent à bord de tous les vaisseaux, où les officiers n’auroient pas dû laisser de communication, que lé dit Saint-Julien les trahissoit, que ces mêmes officiers ont fait une députation à terre, qui, sous prétexte de parler en faveur du projet de Saint-Julien et des équipages qui vouloient se défendre, y capitulèrent au nom de leurs équipages, aux conditions qu’ils retourneroient chez eux, en leur donnant ce qui leur était dû de part de prise, un mois de gratification dont le quart en argent, qu’ainsi iis scellèrent la plus infâme des trahisons, en laissant les marins dans la persuasion que Rochefort, Brest et soixante-trois départemens, avaient proclamés Louis XVII et que les Autrichiens étoient à Paris.
« Qu’ils ont souffert à bord de l’Apollon, qu’un officier foulât aux pieds la cocarde nationale devant tout l’équipage et que cet acte restât impuni, quoiqu’il eut même audacieusement harangué l’équipage en disant qu’il y avoit assez longtemps qu’on la portoit, qu’il falloit la changer pour une blanche ; que.cette action s’est passée quinze jours avant la reddition de Toulon ; ce qui démontre l’esprit contre-révolutionnaire qui existoit dans les états-majors.
« Que rien ne prouve mieux cet esprit contre-révolutionnaire, que la fête qu’ils célébrèrent le 20 juillet avec les Toulonois, pour un prétendu outrage fait à une image de Marie, qu’il y eut une procession où plusieurs de ces officiers assistèrent, qu’ils firent tirer le canon, qu’ils rendirent cette fête d’autant plus brillante qu’on vouloit faire regretter aux équipages les momeries de l’ancien régime.
« Qu’ils ont secouru les rebelles de Marseille, lorsque fuyant l’armée républicaine de Cartaut, ils se réfugioient à Toulon.
« Qu’ils ont, par leur trahison, leur lâcheté, laissé outrager la souveraineté nationale, en souffrant que deux représentai du peuple, Beauvais, Bayle, fussent emprisonnés à Toulon, sans avoir seulement fait une démarche ni une réclamation pour les délivrer.
« Qu’ils sont coupables de parricide, en ne s’étant pas exposés, en républicains, en hommes libres, lorsque les pères de la patrie couroient les dangers les plus grands, puisqu’ils ont péri par la main de nos féroces ennemis.
« Qu’ils ont souffert et commandé même aux équipages de proférer les cris odieux de Vive le Roi ! et que, pour mieux les tromper, ils les faisoient précéder de ceux de : Vive la Nation ! Vive la Loi !
« Qu’ils ont obéi aux ordres des traîtres, des ennemis de la République et de Louis XVII.
« Qu’ils ont daté de l’an premier du règne de Louis XVII.
« Qu’ils ont sollicité des certificats de bonne conduite des traîtres qui les leur ont donnés au nom de Louis XVII.
« Qu’ils ôtoient la cocarde nationale quand ils alloient à terre et quelquefois la remplaçoient par la blanche.
« Que l’un d’eux, Daurt, correspondoit avec les émigrés.
. « Que tous enfin ont directement ou indirectement professé des principes de royalisme et conspiré contre l’unité et l’indivisibilité de la République.
« L’ordonnance de prise de corps contre eux lancée, le procès-verbal d’écroue et la déclaration individuelle du juré de jugement prononcé par chacun d’eux à haute voix, conformément à l’article XII, de la loi du 10 mars dernier (vieux style), portant :
* « 1° Qu’il est constant qu’au mois de juillet dernier il y a eu une conspiration à Toulon, tendante à l’anéantissement de la République française et au rétablissement de la royauté.
« 2° Qu’il est constant que cette conspiration s’est effectuée le 20 août dernier (vieux style) par la livraison de Toulon et de l’escadre et en proclamant Louis XVII.
« 3° Qu’il est constant que l’escadre a trempé dans cette conspiration en transigeant avec les sections de Toulon, en obéissant aux ordres donnés au nom de Louis XVII et en laissant entrer les ennemis dans le port de cette commune, sans opposer la plus légère résistance.
« 4° Que Jean Brelay, Louis Guérit, Joseph Crassous, lieutenants de vaisseaux, Etienne-Marie Varenne, Jacques Campet, enseignes de vaisseaux, Henri Marizi, d’extraction noble ; Antoine Daurt, capitaines du soixante dix septième régiment, ci-devant La Marck ; Michel Mage, enseigne de vaisseaux ; et Claude Bordeaux, chirurgien-major, sont atteints et convaincus d’être complices de la dite conspiration.
« 5° Que Jean Chambaudy, enseigne de vaisseaux, sur douze jurés, six l’ont déclaré atteint et convaincu complice de la dite conspiration, et six voix l’ont déclaré non convaincu mais fortement suspect.
« 6° Que François Golbéry, d’extraction noble, lieutenant au soixante dix septième régiment et Louis Bonard, aide canonnier, ne sont point convaincus d’être complices de la dite conspiration, mais déclaré très suspects.
« 7° Que François Baudin, Jean-Baptiste Breton, André-Emmanuel Marcellat, Henri Chesneau, Jacques Lombard, Jacques Petit, Germain Rouget, Jacques Chesneau, tous aspirans de la marine, ne sont point convaincus d’être complices de la dite conspiration, mais suspects par leur conduite.
« 8° Et enfin, que François-Marie Bernard, lieutenant de vaisseaux, François Bruno Brunet, enseigne de vaisseaux, Joseph-Adolphe Panaget, commis d’administration de la marine ; Etienne Sarzanna. prêtre, aumônier sur le Généreux ; François Dumoulin, maître d’équipage ; Jacques Parenteau, maître d’équipage ; Jean-Baptiste Lavigne, maître charpentier ; François Escudier, maître canonnier ; Jean Mazarin, sergent dans le 4° régiment de la marine infanterie ; Jean Guimbelot, maître voilier ; Pierre Rambaud, aide-voilier ; André Griffon, maître voilier ; Louis Toi, maître calfat, et François Campet, matelot, ne sont point convaincus d’être, complices de la dite conspiration.
« Après quarante-trois heures de séance, a Le Tribunal,
« Après avoir entendu l’accusateur public sur l’application de la peine,

condamne :
« Jean Brelay, âgé de 55 ans, natif de Cirey, département de la Charente- Inférieure, lieutenant de vaisseaux sur l’Apollon ;
« Louis Guérit, âgé de 45 ans, natif de Saint-Denis (isle d’Oléron), département de la Charente-Inférieure, lieutenant de vaisseaux sur l’Apollon ;
« Joseph Crassous, âgé de 51 ans, natif de la Rochelle, département de la Charente-Inférieure, lieutenant de vaisseaux sur le Généreux ;
« Etienne-Marie Varenne, âgé de 24 ans, natif de Semur, département de la.Côte-d’Or, enseigne de vaisseaux sur l’Apollon ;
« Jacques Campet, âgé de 35 ans, natif de Blaye, département de la Gironde, enseigne de vaisseaux sur le Pluvier, et depuis sur l’Apollon ;
« Michel Mage, âgé de 28 ans, domicilié à Saint-Sulpice-d’Arnoux, département de la Charente-Inférieure, enseigne de vaisseaux sur le Généreux ;
« Henri Marizi, d’extraction noble, âgé de 29 ans, né à Entanches, département de la Moselle, capitaine au 77e régiment ci-devant la Marck, en garnison sur le Généreux ;
« Antoine Daurt, âgé de 38 ans, natif de Mollezen, département du Bas-Rhin, capitaine au 77e régiment, en garnison sur l’Apollon ;
« Claude Bordeaux, âgé de 23 ans, natif de Tonnerre, département de l’Yonne, chirurgien-major, employé à l’hôpital de Toulon, embarqué depuis sur l’Apollon ;

« A la peine de mort, conformément à l’article IV, section lre, titre Ier de la deuxième partie du code pénal du 16 septembre 1791, dont lecture leur a été donnée, ainsi conçu :
« Toute manœuvre, toute intelligence avec les ennemis de la France, « tendant soit à faciliter leur entrée dans la dépendance de l’empire français, soit à leur livrer des villes, forteresses, ports, vaisseaux, magasins ou arsenaux appartenans à la France, soit à leur fournir des secours en soldats, argent, vivres ou munitions, soit à favoriser d’une manière quelconque le progrès de leurs armes sur le territoire français, ou contre nos forces de terre et de mer, soit à ébranler la fidélité des officiers, soldats et des autres citoyens envers la nation française, seront punis de mort. »

« Déclare leurs biens acquis et confisqués au profit de la République, conformément à l’article II du titre II de la loi du 10 mars dernier, dont lecture leur a été aussi donnée, ainsi conçu :
« Les biens de ceux qui seront condamnés à la peine de mort, seront acquis à la République, et il sera pourvu à la subsistance des veuves et des enfants s’ils n’ont pas de bien d’ailleurs.. »

« Et attendu le partage des voix contre Jean Chambaudy, âgé de 55 ans, domicilié à Soubise, département de la Charente-Inférieure, enseigne de vaisseaux sur l’Apollon,
« Le tribunal surseoit à prononcer son jugement, jusqu’à ce qu’il en ait été autrement ordonné par les représentants du peuple actuellement dans ce département ;
« Condamne François Golbery, d’extraction noble, âgé de 20 ans, natif de Colmar, département du Haut-Rhin, lieutenant au 77e régiment, ci- devant la Mark,
« Et Louis Bonnard, âgé de 26 ans, domicilié à Royan, département de la Charente-Inférieure, aide canonnier sur l’Apollon, à dix ans de déportation, conformément à l’article 3 du titre II de la loi du 10 mars dernier, dont lecture leur a été donné ainsi conçue :
« Ceux qui, étant convaincus de crime ou de délit qui n’auroient pas été prévus par le code pénal et les lois postérieures, ou dont la punition ne seroit pas déterminée par les loix et dont l’incivisme et la résidence sur le territoire de la République auroient été un sujet de trouble public et d’agitation, seront condamnés à la peine de la déportetation. »
« Et conformément à la loi du 7 juin dernier, dont lecture leur a été également donnée, ainsi conçue ;
« La convention nationale décrète, en outre, que les juges des tribubunaux criminels, en appliquant cette peine au cas prévu par l’article cité, pourront la prononcer temporaire ou à vie, suivant les circonstances de la nature, des délits. »
« Condamne François Baudin, Agé de 10 ans, né à La Flèche, département de la Sarthe, aspirant de la marine à bord du Généreux,
« Jean-Baptiste Breton, Agé de 20 ans, né à l’isle de Rhé, département de la Charente-inférieure, aspirant de la marine sur l’Apollon ;
« André-Emmanuel Marcellat, Agé de 19 ans, né à l’isle de Rhé, département de la Charente-Inférieure, aspirant de la marine sur l’Apollon ;
« Henri Chesneau, Agé de 23 ans, né à l’isle de Rhé, département de la Charente-Inférieure, aspirant sur le Généreux ;
« Jacques Lombard, Agé de 20 ans, né A Rochefort, département de la Charente-Inférieure, aspirant sur l’Apollon ;
« Jacques Petit, Agé de 18 ans, né à Blaye, département de la Gironde, aspirant sur l’Apollon ;
’ « Germain Bouget, Agé de 40 ans, né à Niort, département des Deux-Sèvres, aspirant sur le Généreux ;
« Jacques Chesneau, Agé de 22 ans, né à l’isle de Rhé, département de la Charente-Inférieure, aspirant sur le Généreux ;
« A la peine correctionnelle de six mois de détention, conformément à l’article premier du titre deux de la loi du 10 mars, dernier dont la lecture leur a été donnée, ainsi conçu :
« Les juges du tribunal extraordinaire prononceront les peines portées par le code pénal et les lois postérieures contre les accusés convaincus ; et lorsque les délits qui demeureront constans seront dans la classe de ceux qui doivent être punis des peines de la police correctionnelle, le tribunal prononcera ces peines sans renvoyer les accusés aux tribunaux de police. »

« Absout et acquitte les citoyens François-Marie Bernard, Agé de 41 ans, né à l’isle d’Aix, département de la Charente-Inférieure, lieutenant de vaisseau à bord du Généreux ;
« François-Bruno Brunet, Agé de 40 ans, natif de Bonnes, district d’Hières, département du Var, enseigne de vaisseau à bord de l’Apollon ;
« Joseph-César-Adolphe Panaget, Agé de 23 ans, né à Rennes, département d’Isle-et-Vilaine, commis d’administration de la marine, à bord de la frégate la Mozelle, passé sur l’Apollon ;
« Etienne Sarzanna, né à l’isle de Capraya, Agé de 32 ans, prêtre et aumônier sur le Généreux ;
« Jacques Dumoulin, Agé de 33 ans, né à Rochefort, Charente-Inférieure, maître d’équipage sur le Généreux ;
« Jacques Parenteau, Agé de 48 ans, né à Rochefort, département de la Charente-Inférieure, maître d’équipage sur l’Apollon ;
« Jean-Baptiste Lavigne, Agé de 43 ans, né à Rochefort, département de la Charente-Inférieure, maître charpentier sur l’Apollon ;
« François Escudier, Agé de 37 ans, né à Bordeaux, département de la Gironde, maître canonnier sur l’Apollon ;
« Jean Mazarin, Agé de 30 ans, né à Clermond-Ferrand, département du Puy-de-Dôme, sergent dans le 4e régiment infanterie de marine ;
« Jean Guimbelot, Agé de 25 ans, né à Rochefort, département de la Charente-Inférieure, maître voilier sur l’Apollon ;
« André Griffon, Agé de 32 ans, domicilié à Rochefort, maître voilier sur l’Apollon ;
« Pierre Rambaud, Agé de 24 ans, né à Rochefort, aide voilier sur l’Apollon ;
« Louis Toi, Agé de 40 ans, domicilié à Rochefort, maître calfat sur l’Apollon ;
« Et François Campet, Agé de 21 ans, né à Rochefort, matelot à bord de l’Apollon.
« Ordonne qu’a la diligence de l’accusateur public, le présent jugement sera exécuté contre les condamnés à mort, sur la place de la Liberté de cette ville, et dans les 24 heures, et dans le plus bref délai contre les déportés et détenus, qu’il sera imprimé au nombre de quatre mille exemplaires, pour être lu, publié et affiché dans toute l’étendue de la République et à bord de tous les bâtiments ; qu’il sera transcrit en marge des écrous des citoyens acquittés iceux rayés et biffés, et que ces derniers resteront néanmoins en état d’arrestation, jusqu’à ce que les représentants du peuple actuellement dans ce département en ayent autrement ordonné.

« Fait à Rochefort et prononcé à haute voix dans le prétoire du tribunal, le 8e de frimaire, l’an deuxième de la République française, une et indivisible, ou étaient présens, Augustin François Vieilli, Gaspard Goyrand, juges, et Junius André, président, qui ont signés la minute avec Simon-Armand Lignières, greffier ; ainsi signé Vieilli, Goyran, André, Lignières.
« Au Nom de la République,
« Mandons à tous les commissaires du pouvoir exécutif auprès des tribunaux, de tenir la main à l’exécution du présent jugement.
« Signé : André, président.
« Collationné : Lignières, greffier. [7]
et A Rochefort, chez R. D. Jousserant, imprimeur du tribunal révolution. »

Les registres de l’état-civil de Rochefort portent l’acte de décès des neuf victimes, dressé d’après le procès-verbal de Sidney Aubineau, huissier-audiencier, en date du 8 frimaire an II, qui se borne à constater l’exécution du jugement rendu le même jour, par le Tribunal criminel extraordinaire et révolutionnaire, contre :
- 1° Jean Brelay, 55 ans, natif de Ciré, lieutenant de vaisseau (sur l’Apollon) ;
- 2° Louis Guérit, 45 ans, natif de Saint-Denis d’Oleron, lieutenant de vaisseau (idem) ;
- 3° Etienne-Marie Varenne, âgé de 24 ans, natif de Semur (Côte-d’Or), enseigne de vaisseau (idem) ;
- 4° Jacques Campet, 35 ans, natif de Blaye (Gironde), enseigne de vaisseau ;
- 5° Michel Mage, 28 ans, domicilié à Saint-Sulpice d’Arnoux (Charente-Inférieure), enseigne de vaisseau (sur le Généreux) ;
- 6° Claude Bordeaux, 22 ans, natif de Tonnerre (Yonne), chirurgien-major, employé à l’hôpital de Toulon ;
- 7° Joseph Crassous, âgé de...., natif de la commune de La Rochelle, lieutenant de vaisseau ;
- 8° Henri Marizy, ci-devant noble, âgé de 29 ans, natif d’Entanches (Moselle), capitaine au 77e régiment ci-devant de Lamarck ;
- 9° Antoine Daure, 38 ans, natif de Mollezen (Bas-Rhin), capitaine au 77e régiment ci-devant de Lamarck.


[1Deux d’entre eux se rendirent à Brest, un à Lorient et un à Rochefort.

[2Laignelot (Joseph-François), né à Versailles, en 1752, auteur dramatique, député de Paris à la Convention, en mission à La Rochelle et Rochefort, en compagnie de Lequinio, sur la proposition de Billaud-Varenne, le 9 septembre 1793. Le 8 décembre suivant, on étendit leurs pouvoirs à la Vendée. A la fin de janvier 1794, Laignelot alla remplacer Bréard, à Brest. Mort en 1829
Lequinio (Joseph-Marie), né à Sarzeau (Morbihan), en 1740, juge au tribunal de Vannes, député à la Législative et à la Convention, fut le principal auteur des excès de la Terreur à Rochefort. Accusé par les habitants de cette ville, il fut décrété d’arrestation le 21 thermidor an III, et l’on saisit deux barils remplis d’argent, expédiés par lui à son frère, ex-Trinitaire à Vannes, sur une barque partie de Rochefort. Amnistié, il fit partie des Cinq Cents ; fut nommé inspecteur des forêts à Valenciennes, sous-commissaire des relations commerciales à Newport (Etats-Unis), sous le Consulat ; il mourut en 1813. — Voir : Revue de Saintonge et d’Aunis, xi, p. 128 à 136.

[3Ç’est par erreur que Thiers a dit, dans l’Histoire de la Révolution française (Liv. xvii), que Trogoff était un « étranger que la France avait comblé de faveurs. » Né en Bretagne, vers 1740, d’une ancienne famille de cette province, le comte de Trogoff était entré, dès sa jeunesse, dans la marine, et avait servi sous de Grasse et Suffren, dans la guerre de l’Indépendance américaine. Royaliste ardent, il livra sa flotte, le port et la ville de Toulon aux Anglais, aux Espagnols et aux Napolitains réunis, comme un dépôt qui devait être gardé à Louis XVII, et appela le comte de Provence. On sait comment les Anglais trompèrent la confiance des naïfs qui avaient compté sur leurs promesses. Trogoff s’échappa lors de la reprise de Toulon par l’armée républicaine et alla mourir, peu après, en Espagne.

[4Viaud et Fleury. — Histoire de la ville et du port de Rochefort, t. II, 336 et suiv.

[5Un prêtre se trouve, en effet, au nombre des accusés : il est acquitté par le jugement, en dépit du manifeste insensé des représentants.

[6Interrogatoire inédit du lieutenant de vaisseau Joseph Crassous, par M. de Richemond.

[7Voir dans La Curiosité historique et militaire, n° 43, juillet 1896 : Un épisode de l’Insurrection de Toulon (1793), par Rodolphe Vagnair.

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