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1794 - La Rochelle (17) : Les noms des rues sous la Rvolution

dimanche 11 janvier 2009, par Pierre, 5560 visites.

On peut le dire : l’imagination est au pouvoir, cette priode de la Rvolution. Nous prsentons ici la nomenclature des rues et lieux divers, et 12 notices : elles sont de vritables pices d’anthologie.

Question : combien de rues ont conserv leur nom rvolutionnaire ? Vous pouvez participer l’enqute.

Source : Notice sur la Nouvelle nomenclature des Rues de la Rochelle, par plusieurs citoyens de cette commune - La Rochelle - An III de la Rpublique Franaise - BNF Gallica

Notices prsentes sur le site :
 Rue de la Rochelle,
 Rue du Salptre,
 Rue de l’Horloge,
 Rue Dcadaire,
- Cours des Mesures Dcimales : Voir : 1794 - Les citoyens de La Rochelle expliquent le nouveau systme des poids et mesures
 Fontaine des Platanes
 Pont de l’cluse. - Pont des Moulins - Canal d’Abondance
 Hospice Gnral
 Hospice Militaire de la Runion
 Le Champ du Repos

Nouvelle nomenclature Patriotique & Philosophique des Portes, Places, Quais, Cantons, Rues & autres lieux de la Commune de la Rochelle

Sections
De la Libert. ..... ci-devant de S. Barthlmy
De l’Egalit. de S. Sauveur
De la Fraternit de S. Jean
De l’Unit de S. Nicolas
De la Montagne de N. Dame
Portes
Du Nord de Lafond
De l’Est de S. Eloi
De l’Ouest Neuve
Du Sud de S. Nicolas
De la Mer des deux Moulins
De l’Avant-port des Dames
De la Jete de la Jete
Places
De la Montagne, .....ci-devant des Cordeliers
Du 10 Aot du Chteau
Tartu ( ?) de Necker
Manlius-Torquatus du Pont-Neuf
Quais
Franklin, ..... ci-devant du Hvre
De Philadelphie de la grande Rive
De l’Arsenal du Canal-Maubec
D’Aristide de Snectere
Des Thermopyles de la petite Rive
Caton de la Grave
Cantons
De l’Hrosme, .....ci-devant des Voiliers
De la Dmocratie du Pilori
Des Socits Populaires. des trois Fuseaux
De la Surveillance de S. Nicolas
De Marathon entre les portes S. Nic.
De la Philosophie de Navarre
Du Faisceau de la Caille
Des Droits de l’Homme de Gte-bourse
De l’Immortalit de St Jean
Lafontaine de la porte S. Eloy
Rues
Du 14 Juillet, ..... ci-devant Dauphine & Puitsdoux
De la Force de Bethlem
Du Courage. de Sainte-Catherine & des trois Cailloux
Gasparin de la Guillerie
Des Piques du Collge & Sainte-Claire
Du Salptre Barnaise
Du Canon des trois Canons
De la Meche de la Grue
Du Bonnet-Rouge du Minage & des Hospitalires
De la Justce p. r. Rambeau
Du 21 septembre de la Chaudellerie & du Palais
De la Libert Gargouillaud
De l’Egalit Dompierre
De la Fraternit de Bazoge
De la Rvolution des Augustins
D’Auffrdy de Saint-Barthelemy & de la Charit
De la Constitution des Matresses
D’Empdocle p. r. du Temple
Jean-Jacques Rousseau Monconseil
De la Victoire canton des Flamands & rue Chef-de-ville
Marat Juiverie & de l’Infirm.
Scevola Verdiere
Lepelletier de l’Escale
Chalier Saint-Lonard
Brutus de la Porte-Neuve
De la Vigilance p. r. Porte-Neuve
Platon de l’Abreuvoir
Fabricius de Saint-Cosme
Cllie de la Cloche
Cassius des SS. Pres
Socrate du cim. S. Jean
Thnard le tour du cimetire
Plutarque Balangerie
Charondas des Fagots
Des Assignats de la Monnoie
Du Panthon S : Jean & Bourserie
Mably de la Vache
Cyngire p. r. des Carmes
Rgulus des Carmes
Galerie des Signaux sur les murs
De l’Horloge Grosse-Horloge
De la Rpublique du Temple
De la Commune de Pierre, S. Yon, & Pas du Minage
Guiton de la Grille
De l’Adoption des Mariettes
De la Vertu Bujaud
De l’Amiti du Beurre
De l’Humanit Chteau-gaillard & des Sirennes
De la Probit du Petit Sacre
Du Serment civique des Bonnes Femmes
De la Cocarde Rasin & Cordouans
Voltaire du Chariot d’or & du Lvesco
Znon de Paulon
Des Sans-Culottes des Prtres de St. Julien du Beurre
Des 5 6 Octobre du Nord
Ca-ira des Murailles
Des Ballons Pousse-penille
Du Jeu de Paume S. Dominique
De l’Encyclopdie N. Dame
Calas des Frres-prcheurs
De la Prudence Porte de Paris
De l’Indivisibilit des Voiliers
Du 31 Mai de la Gerbe & Gascogne
Sophocle de l’Echelle-la-Couronne
De l’Unit des Jardins & des Fonderies
Flaminius S. Franois
Gemmapes S. Louis & Desire
De l’Inoculation du Prche
Des Horaces de la Place Habert & Ville-neuve
Buffon p. r. de l’Arsenal
D’Epaminondas du petit S. Jean
De la Svrit du grand S. Louis
De l’Hymne des Franais. Petite rue des Corderies de l’Est
Guillaume-Tell des Bouchers, de la Brche & du petit Saint-Louis
Virton de l’Echelle-Chauvin
Ren Descartes Buffeterie
Beauvais des Parcs
Timolon de la Forme
De l’Industrie des Chaudronniers & des Cloutiers
Dcadaire Beauregard
Thionville g. r. des Merciers
Du Contrat-Social Amelot, jusqu’ l’hpital-gnral
Cornlie des Dames
Phocion des trois Fuseaux
Lucrce des Ormeaux
Des Lillois des 3 Marteaux & des Dames-blanches
De la Rochelle de la Rochelle
Du Jeune Barra de la vieille Poulaillerie
De la Vrit Saint-Michel
De la Raison de la Fert
Plopidas p. r. de S.Sauveur
De la Morale Bletterie
De la Discrtion Petite-rue des prtres Saint-Sauveur
Granville des gentils-hommes.
De la Fidlit petite-rue du Port
Des Bonnes-Mœurs de Castres & Saint-Sauveur
Publicola du Port
De la Convention Saint-Nicolas
De Labarre des Canards
De l’Opinion de la Fourche
Dmosthnes d’Ablois
De la Loi Sardinerie
Thrasybule de la Solette
De l’Agriculture du Duc
Du Soc Comtesse
De la Charrue des Meuriers
Des Moissonneurs de la Belette
Des Epis des Marionnettes
De la Herse du Paradis
Du Travail de la Fabrique
De la Carmagnole Saint-Claude
Cours
De l’Energie du Moulin
Des Vainqueurs de la Bastille des Grolles
Des Douze Mois des Anglais
De la Modestie des Saints
De la Bienfaisance de Paulon
De l’Instruction du Buffet
Des Mesures Dcimales de l’Ancien-Poids
De l’Esprance Cour entre les portes Saint-Nicolas
Des Sans-Culotides du Temple
Du Niveau de la Commanderie
De l’Eloquence du March
Des Ptitions de la Chapelle
Alle du Printemps des Capucins
Fontaines
Des Platanes, ..... ci- devant de la Marchale
De la Rgnration du Gouvernement
Nota. Les autres Fontaines prennent le nom
des Cantons & places o elles sont situes.
Casernes
Quartier de la Subordination Royal
De la Bravoure Dauphin
Ponts
D’Horatius-Cocls, ..... ci-dev. de S. Sauveur
De l’Ecluse Neuf
Des Moulins de Maubec
Canal d’Abondance Canal Maubec
Impasses Rues de leur situation
De la Balance de la Convention
Du Scorpion de la Vrit
Du Sagittaire de la Victoire
Du Capricorne du Bonnet Rouge
Du Verseau de Scvola
Des Poissons des Sans-culottes
Du Blier de la Cocarde
Du Taureau des Lillois
Des Gmeaux de la Commune
De l’Ecrevisse du Panthon
Du Lion de la Rvolution
De la Vierge, ou de la Glaneuse des Sans-culottes.
Hospices
Hospice-Gnral, ..... ci-devant Hpital-Gnral
Hospice d’Auffrdy Hp. S. Barthelemy
Hospice Militaire de la Runion Hp. Ste-Claire
Champ du Repos, ..... ci-devant Cimetire Gnral

Rue de la Rochelle.

La fondation de la Ville dont on a conserv le nom cette rue est enveloppe d’incertitudes. Les sentimens des historiens sont partags cet gard, & nous n’entreprendrons pas de les discuter. Il paroit que l’origine de la Rochelle ne remonte pas au-del du 10e sicle. Des prtentions relles ou chimriques une plus haute antiquit, n’ajouteroient rien l’intrt que doivent inspirer nos compatriotes les vnemens que nous nous flicitons d’avoir leur retracer par rapport la cit qui nous vit natre.

La Rochelle, place au fond d’un golfe qui lui sert d’avant-port, prsente , dans une position trs-avantageuse pour le commerce, l’avantage plus grand encore d’tre un des boulevards maritimes de la Rpublique. Elle tire son nom du fond de roche tendre ou banche sur lequel elle est assise. La rue de la Rochelle doit particulirement sa dnomination cette circonstance locale.

Pourrions-nous tre insensibles la jouissance de rappeller que la Rochelle semble avoir anticip, diffrentes poques, sur cet amour de l’indpendance, de la libert populaire, qui caractrise aujourd’hui tous les Franais ? L’orgueil des rois choua plus d’une fois devant ses murailles ; & la haine de la tyrannie n’y est pas un sentiment nouveau.

Vers la fin de 1572, la Rochelle frmit d’horreur, la nouvelle du massacre ordonn par le barbare Charles IX. Le Calvinisme y toit tabli ; l’assassinat d’une portion du peuple devoit s’y oprer. Une honorable rsistance contre cet attentat monarchique y fut vigoureusement projete. Un sige de plusieurs mois y fut soutenu contre le Duc d’Anjou qui commandoit l’arme Royale. Cette arme disparut presqu’entire devant la noble fermet des Rochelais ; & le trait qui fut conclu n’ota rien la gloire qui leur toit rserve dans la postrit. Lorsque rcemment, nous avons entendu nos Rpublicaines prononcer le serment de dfendre elles-mmes les murs de la Rochelle s’ils toient jamais attaqus par des hordes d’esclaves, elles se montroient dignes descendantes des Rochelaises de 1573, qui donnrent plus d’une fois, sur les remparts assaillis, l’exemple d’un courage que la foiblesse de leur sexe sembloit leur interdire. Nous osons le rpter, l’instinct de l’indpendance avoit devanc, dans la Rochelle, l’empire de la Libert sur la France triomphante & rgnre.

L’coulement d’un demi-sicle n’affoiblit point l’horreur des Rochelais pour le despotisme. En 1628, ils eurent encore dfendre contre Louis XIII, contre le sanguinaire Richelieu, ministre du tyran dont il dominoit la foiblesse, des droits qu’il appartenoit leurs petits-fils d’apprcier comme ils le firent eux-mmes. Les principales circonstances du dernier sige de la Rochelle, graves ds-lors dans les fastes de la Libert, ont t rappelles dans un article prcdent. (Voyez L’article Guiton. )

L’histoire des vertus de nos ayeux est pour nous dans celle des crimes que leur imputa la tyrannie ; & nous nous honorerons toujours de ce qu’ils furent mriter le titre de rebelles, lorsque le plus odieux des pouvoirs leur prescrivoit la soumission. Une inscription, prtendue infamante, a long-temps consacr sur nos bords, la mmoire de leur magnanimit. Ils v toient nomms, rebelles leurs rois, infidelles leur Patrie. Comme si les ides de Patrie & de roi pouvoient jamais se concilier !... Comme si l’horreur du sceptre ne devoit pas ncessairement accompagner le sentiment des droits du peuple, dont la Patrie tient son essence !....

Ombres de nos pres ! jouissez du sort qui nous toit prpar. Vous planez sans doute sur la carrire brillante qui nous fut ouverte ; vous jetez sur les Rpublicains Franais des regards d’admiration & d’amour. Il nous toit rserv d’accomplir, dans toute son tendue, le serment de la Libert, profr tant de fois dans les murs que nous habitons. Fiers de le rpter sans cesse & srs de ne l’oublier jamais, nous entendons toute la France retentir du mme cri …VIVE LA LIBERT ! VIVE LA RPUBLIQUE

La Rochelle fut le berceau ne plusieurs hommes clbres. Leurs noms sont dj consigns dans ce Recueil. Voyez l’article Buffon


Rue du Salptre

NDLR - La fabrication du salptre en France, fut une priode hroque de la Patrie en danger. Pour pallier le manque des matires premires ncessaires la fabrication de la poudre canon, la Nation toute entire se mit gratter tous les murs susceptibles de produire du salptre, et rassembler le produit dans les ateliers qui furent organiss partout pour l’occasion. Ce fut une opration trs populaire, qui explique, pour de nombreux historiens, la pugnacit des troupes rvolutionnaires face l’Europe coalise, thoriquement mieux arme.

Cette substance terrible dans ses effets, le Salptre qui joue un si grand rle aujourd’hui, n’est pas un corps impie , un sel primitif : c’eft un mixte dont la nature avoit dispers les lmns avec soin, & que l’industrie de l’homme a su rapprocher avec un artifice non moins cruel qu’admirable. Il a fouill les souterrains, les masures, les entrailles de la terre ; d’normes quantits de dcombres ont t portes dans de vastes ateliers ; des torrens d’eau ont t dirigs sur ces matriaux convenablement disposs pour tre lavs & relavs ; ces eaux recueillies dans des chaudires ont t bouillies & vapores jusqu’ produire un rsidu ; ce rsidu n’est pas encore du Salptre ; ce n’est qu’un nitre impur & grossier ; mlang d’une foule d’autres sels que la moindre humidit de l’air pntre & dissout : il a donc fallu travailler de nouveau, mditer, combiner les diverses matires qu’on avoit sous la main. Enfin l’homme a trouv, dans les cendres des vgtaux brls, une autre substance de nature toute diffrente de la premire, un sel acre & caustique, lequel absorbe ou prcipite tout ce qui n’est pas nitre, & transforme celui-ci en longues aiguilles aussi transparentes que le cristal.

Ce sel prcieux, connu sous le nom d’alkali fixe vgtal, existe dans les cendres de nos foyers : c’est lui qui, fondu dans l’eau bouillante, agit si puissamment sur le linge sale entass dans les vaisseaux de lessive ; c’est encore lui qui, amalgam avec les huiles & les matires grasses, forme le savon avec lequel nos mnagres achvent de donner au linge lessiv cette blancheur & cette propret qui contribue tant conserver la sant ; c’est lui enfin, qui , en se combinant avec l’acide nitrique de nos ateliers, produit, comme nous venons de le dire, le Salptre avec lequel on fait la poudre canon.

Toutes les cendres des vgtaux ne sont pas galement riches en alkali ; les bois blancs en ont trs-peu, le chne, l’orme & surtout les sarmens de vigne en contiennent beaucoup : ces mmes bois , s’ils ont flott, s’ils ont sjourn long-temps dans l’eau, ne rendent presque plus d’alkali : en brlant des joncs & des roseaux , vous n’obtenez qu’une cendre insipide, tandis que les chardons & les orties, sont, avant & aprs leur combustion , tout brillans de nitre pur, s’il est permis de s’exprimer de la sorte.

Avant l’infernale coalition des Potentats de l’Europe contre la Libert Franaise, les Peuples du Nord nous fournissoient en abondance & bon march la potasse, qui est le sel des Cendres lessives, que l’on fait ensuite desscher & calciner pour le transporter plus facilement. Nos ennemis, en nous privant de cette ressource, ont cru nous mettre dans l’impuissance de fabriquer la foudre avec laquelle nous exterminons journellement les troupeaux d’esclaves qu’ils font mouvoir contre nous. N’ont-ils pas cru galement nous affamer, en interceptant avec leurs nombreuses flottes quelques chargemens de subsistances que nos bons amis les Amricains nous apportoient ? Mais qu’ils connoissent peu l’nergie rpublicaine, ces imbcilles Tyrans ! La disette momentane de quelques denres a excit l’industrieuse activit des Franais ; le patriotisme a enfant des miracles dans tous les genres ; de nombreux ateliers se sont levs, & se soutiennent par le travail infatigable de plusieurs citoyens & par la gnrosit des autres. Il nous reste encore des moyens immenses ; sachons les mettre profit ; & si jamais les matires premires nous manquent & si nous ne trouvions plus chez nous les lmens de la foudre, oui, nous le jurons par les mnes des braves canonniers qui sont morts pour la Patrie, nous irons eh masse, avec nos intrpides frres d’armes, tablir nos ateliers au milieu du pays ennemi ; nous irons faire du salin & de la potasse dans les parcs immenses des orgueilleux paladins de la Germanie ; nous irons jusqu’ Madrid & l’Escurial, fouiller le Salptre natif, si abondant dans ces tristes contres ; & nous forgerons nos foudres en prsence mme de ces lches Espagnols qui ont perdu jusqu’ leur antique bonne foi, comme le prouve la perfide inexcution de la capitulation de Colioure.


Rue de l’Horloge

NDLR : Histoire universelle des horloges - Histoire de l’horloge de La Rochelle - La division dcimale du temps : une cration rvolutionnaire qui ne passa pas dans les habitudes

L’Horloge rouages, par sa structure ingnieuse , fait beaucoup d’honneur l’esprit humain. La plus grossire & la plus antique, ft-elle encore balancier, ne cesse du haut du beffroi qui la porte, d’adresser la parole tout un peuple, & de ritrer , dans des espaces gaux , les avis qu’on en attend. Elle se fait entendre pendant le jour entier ; elle veille & parle pendant la nuit chaque citoyen dans les intervalles de son sommeil ; c’est elle qui donne le premier signal de l’activit & qui fait ouvrir les portes des Communes, qui convoque les assembles & annonce tous les travaux mesure qu’ils se succdent : elle est la rgle de la Socit.

L’art de mesurer le temps, cette connoissance si ncessaire pour disposer des momens de la vie, a t l’objet de la recherche des hommes dans les sicles les plus reculs. Les premiers moyens & les plus naturels qu’ils employrent, furent les rvolutions journalires du soleil. De l vient l’origine des cadrans solaires, dont le premier, qui parut Rome l’an 489, servit dcorer le triomphe de Valrius qui toit alors Consul. A l’invention de ces cadrans succda, l’an 613 de Rome, celle de la machine hydraulique de Crsibius : cette machine qu’on mettoit en action, & qui marquoit les diffrentes heures du jour & de la nuit, n’toit autre chose qu’un vase avec une espce de tuyau troit par o dcouloit goutte goutte l’eau qu’on y avoit verse. C’est l cette Clepsydre [1] fameuse laquelle les historiens font si souvent allusion par tant d’expressions allgoriques. On mesuroit par ces sortes d’horloges d’eau le temps des discours des plus habiles orateurs ; de l vient cette phrase, qu’un frquent usage fit passer en proverbe : qu’il parle dans mon eau, c’est--dire, pendant le temps qui m’est destin.

Quelque temps aprs on trouva le secret de faire des horloges rouages : cette invention nanmoins ne se perfectionna point ; car pendant plus de sept sicles il n’est parl d’aucune horloge remarquable ; nous ne connoissons de nom que celles de Boce & de Cassiodore. On sait que Cassiodore avoit lui-mme du got pour la mchanique. L’histoire rapporte que s’tant retir sur ses vieux jours dans la Calabre, il s’y amusoit faire des horloges rouages, des cadrans & des lampes perptuelles.

Mais la barbarie enveloppa si bien tous les arts dans l’oubli, que lorsque deux cents ans aprs on vit parotre en France une horloge rouages, cette machine passa pour une chose unique dans le monde, encore n’toit-ce pas une horloge sonnante ; il n’y en eut que vers le milieu du quatorzime sicle [2]. De l vient l’ancienne coutume, qui se conserve en Allemagne, en Hollande & en Suisse, d’entretenir des hommes qui avertissent de l’heure, pendant la nuit.

En 1325 parut en Italie Jacques Dondis, lequel fit un grand instrument appell alors sphre, ou horloge du mouvement du ciel. Cette Horloge merveilleuse qui, outre les heures, marquoit le cours annuel du soleil suivant les lignes du zodiaque, avec le cours des plantes, & qui fut place sur la tour de Padoue en 1344, valut son auteur & tous ses descendans, le surnom de Horlogius, qui dans la suite prit la place du nom mme.

Vers le dclin du quinzime sicle, il falloit qu’il y et des horloges portatives sonnerie ; car l’histoire rapporte qu’un homme qui s’toit ruin au jeu, tant entr dans la chambre d’un Franais favoris de la fortune, prit son horloge & la mit dans sa manche o elle sonna. Ce Franais, dit du Verdier, non-seulement lui pardonna le vol, mais lui donna gnreusement l’horloge. Carovagius, la mme poque, ft un rveil pour Andr Alciat, lequel rveil sonnoit l’heure marque, & du mme coup battoit le fusil & allumoit une bougie.

Au milieu du seizime sicle la mchanique des grosses horloges s’tendit & se perfectionna par-tout ; celles de Strasbourg & de Lyon, la premire, acheve en 1573, & la seconde, en 1598, soutiennent encore aujourd’hui leur rputation, & passent pour ce qu’il y a de plus beau en ce genre. En un mot, on ne peut douter qu’il n’y ait dans diverses villes de l’Europe, beaucoup d’horloges de ces derniers sicles, d’une structure trs-curieuse [3] , & ds que Huyghens eut imagin ou perfectionn la manire de substituer le pendule au balancier, on la vit dans peu de temps parvenir au degr de justesse qu’on n’auroit os esprer sans cette heureuse dcouverte.

Nous ignorons la date de la construction de l’horloge de la Rochelle, dont la rue qui fait le sujet de cet article, porte le nom. Barbot seulement nous apprend : qu’en 1478, fut faite la chapuce ou lanterne du gros horloge, qui toit l’une des plus belles & artificielles pointes qui se pt voir, couverte de plomb & bien enrichie. Le maire, Jehan-Rochelle, fit racoustrer en 1594, le clocher du gros horloge, tellement endommag en son massif de pierre par caducit, qu’on n’attendoit toute heure que sa chute entire, & fut entirement faite une des tours qui sert d’arc-boutant audit horloge.

En 1672, dit Beauval, a t entrepris & excut un ouvrage, le plus hardi, le plus ncessaire & le plus beau qui ait t fait en ladite ville. Le gros horloge avoit deux portes, l’une grande pour passer les charrois, l’autre petite pour le passage des hommes, lesquelles toient spares par un gros & massif pilier qui supportoit la pesanteur d’un si puissant difice, si bien qu’on ne pouvoit aller librement & commodment de la ville sur le port. L’on a trouv moyen, contre la crance de presque tout le monde, d’y joindre les deux portes en une, & d’lever en leur place une arcade magnifique, large & fort haute.

En 1746, l’on a abattu la lanterne ou chapuce de la grosse horloge ; & l’on a lev sur le massif de la tour, un quarr en pierres de taille, dcor d’un ordre d’architecture,
& termin par un dme.

Nous finirons cet article par faire connotre en peu de mots, le nouveau systme horaire qui, en facilitant avec plus de clrit & de prcision, les calculs d’astronomie, de marine & de gographie, se lie essentiellement avec la nouvelle re rpublicaine.

Par ce moyen, le jour, de minuit minuit, se trouve divis en dix parties ou heures, au lieu de vingt-quatre ; l’heure en cent parties ou minutes, au lieu de soixante ; ainsi de suite, jusqu’ la plus petite partie du temps ; de manire que 144 minutes anciennes, ou 2 heures 24 minutes, font l’heure dcimale [4] Les horloges, montres & pendules anciennes peuvent servir la nouvelle division, en y faisant quelques changemens [5] ou en supprimant seulement la minuterie ; alors il ne faudra qu’un nouveau cadran divis en cinq parties, pour obtenir le mme rsultat.


Rue Dcadaire

NDLR : la semaine de 10 jours. Aujourd’hui on dirait "Ca, c’est une ide de patron !" Les Franais ne l’ont gure apprcie. Et les suggestions d’emploi du temps pour le jour de repos dcadaire n’ont pas beaucoup aid promouvoir ce beau projet. Un des freins significatifs la popularisation du calendrier rvolutionnaire.

Cet article ne sera probablement utile qu’ un trs-petit nombre de lecteurs ; mais ceux qui ont besoin d’instruction & qui la cherchent ont droit de nous intresser.

Le jour Dcadaire est celui qui termine la Dcade, & ces deux noms viennent du mot latin decem, qui lignifie dix. Ainsi une Dcade est une dixaine. Ce nom ne se donne pas uniquement une priode de dix jours ; on dit les Dcades de Tite-Live, parce qu’on a divis par dixaines les livres de cet historien.

On appelloit semaine la priode de sept jours ; ce mot , un peu dfigur , vient du latin septem, qui veut dire sept.

La division des jours par Dcades tient aux vues de bien public qui dirigent nos Lgislateurs. L’uniformit des poids & mesures facilitera le commerce & la mthode de compter par nombres dcimaux facilitera les calculs.

Trois Dcades composent chaque mois. Ils sont par l tous gaux, & composs de 30 jours. Mais les 36 Dcades ne formant que 360 jours & l’anne solaire tant de 365 jours & quelques heures, on a plac la fin de Fructidor, dernier mois de l’anne, cinq jours appelles Sans-culotides, & qui n’appartiennent aucun mois. Un jour, compos des heures qui excdent les cinq jours, sera intercal suivant la mthode ordinaire qui donnoit les annes bissextiles.

Il est ncessaire que l’homme interrompe quelquefois son travail, & que, par un jour de repos il rpare ses forces puises. L’animal qui nous soulage retient le mme besoin. Telle est la destination du jour Dcadaire. Ce jour doit encore tre employ la runion des citoyens, & les instruire de leurs devoirs. La grande famille assemble doit particulirement tmoigner, dans ces jours, sa reconnoissance l’Etre Suprme ; elle doit lui adresser des chants d’allgresse, clbrer des ftes civiques, & par cette runion resserrer les noeuds de la Fraternit.


FONTAINES.

Fontaine des Platanes

NDLR : une leon de botanique rvolutionnaire. En 1794, il y a des espces d’arbres qui font partie de l’ancien rgime (le peuplier d’Italie) et d’autres qui sont dans le bon camp (l’orme et le platane)

Cette fontaine est situe au bas du glacis de la porte du Nord, prs de l’cluse qui spare les eaux-douces de Lafond du grand tang d’eau sale, dans lequel se runissent les deux fosss abreuvs par la mer, qui forment de ce ct-l une double enceinte nos remparts.

Cette fontaine ayant t construite pour l’usage de la garnison, nous avons cru devoir la comprendre dans notre notice ; elle est d’ailleurs la proximit d’une petite place que l’on a rendu intressante par des alles d’arbres. Au milieu de cet emplacement on voit dans la belle saison notre Jeunesse s’exercer au maniement des armes & aux volutions guerrires, ce qui lui donne alors l’aspect d’un champ-de-Mars : il ne lui manque, pour mriter vritablement ce nom, qu’une arne plus spacieuse.

Le long du canal qui borde un des cts de ce terrain , on a plant alternativement un Platane & un Peuplier. C’est apparemment pour nous faire jouir plutt de cette nouvelle plantation, que l’on a ainsi entre-ml de peupliers d’Italie, les Ormes & les Platanes qui la composent. Il est vrai que ce peuplier crot vite & porte avec grce sa tte pyramidale. Son feuillage clair & presqu’arien, si j’ose ainsi dire, contraste avec le verd sombre de l’Orme petites feuilles, & avec le verd tendre & un peu safran des larges feuilles du Platane. Ce mlange produit un effet trs-agrable la vue ; mais pour avoir multipli le peuplier d’Italie, qui est le moins utile de tous les arbres, il en est rsult un inconvnient qu’il toit facile de prvoir : celui-ci, en s levant plus vite a nui l’accroissement des Ormes & des Platanes ; il est dans notre plantation ce qu’toient les privilgis dans l’tat ; il vit aux dpens de ceux qui valent mieux que lui , il les crase par sa stature insolente, & il finiroit par les touffer, si on n’y porte un prompt remde.

Il faut abattre ces ttes orgueilleuses ; il faut qu’elles tombent aux pieds de ces autres vgtaux prcieux qui ont trop long-tems souffert de la prsence des peupliers d’Italie, dont l’ancien Gouvernement toit si fort engou, parce qu’il s’attachoit plus l’apparence qu’ la solidit : aprs cet abattis salutaire, donnons nos soins & une culture convenable aux ormes & aux Platanes, & nous aurons bientt une promenade charmante.

Le Platane est un bel arbre oui mrite d’tre cultiv : il est originaire d’Asie, d’o les Romains le tirrent pour en orner leurs jardins de luxe, & il se trouve l’Amrique Septentrionale, en Virginie & dans la Caroline (ce qui est remarquable), avec la seule diffrence, que le feuillage de celui du nouveau monde est plus large, plus dcoup que celui du Platane d’Asie,

Il y a environ quarante ans que deux cultivateurs de cette ville en firent venir une douzaine de pieds de Montbart : six furent plants Cand, les six autres la Suze, prs Dompierre. Ils y sont venus d’une grosseur prodigieuse, & surpassent en hauteur les plus grands arbres qu’il y ait dans le pays. Une si prompte vgtation est dj un avantage trs-rel ; son bois est pour le moins aussi bon que celui du saule & du peuplier franc. Peut-tre le Gnie Rpublicain parviendra-t-il lui reconnotre d’autres proprits ; il vient d’en dcouvrir dans le maronnier d’inde, dont le bois est presqu’incorruptible, & dont le fruit (grces aux recherches des enfans de la Libert) nous donne, dans une proportion
surprenante, un des principes essentiels de la foudre avec laquelle nous renversons les remparts les plus formidables de l’Europe.

Cultivons donc avec soin ces utiles vgtaux que notre industrie a naturaliss parmi nous ; ornons-en nos demeures champtres, entourons nos hritages de toutes sortes d’arbres ; rendons la France Rpublicaine son antique parure ; repeuplons nos forts & nos bois ; & que sous l’heureux empire de la Libert ces magnifiques productions de la nature remplacent par-tout ces arbuscules inutiles & toutes ces vaines babioles que nos sybarites avoient profusment entasss dans leurs jardins tortueux.


PONTS.

Pont de l’cluse. - Pont des Moulins - Canal d’Abondance

Les eaux des fosss de la place toient autrefois retenues par une Ecluse place au-dessus du pont des Moulins. Une des principales destinations de cette Ecluse toit de fournir une chasse d’eau qui nettoyt le canal & le port. On s’apperut bientt que l’eau arrive dans le port avait perdu presque toute sa force. Cette observation dtermina, lorsqu’on entreprit de nouyeaux ouvrages, porter l’cluse l’angle du port & y construire un pont qui fut appell le Pont-Neuf.

Cette cluse, qui verse un torrent d’eau par deux ouvertures, remplit-elle bien sa destination ? Enlve-t-elle suffisamment les vases du port, ou ne creuse-t-elle point un canal en rejetant sur les bords une partie de ces vases ? La chasse d’eau sortant du havre conserve-t-elle assez de force pour nettoyer l’avant-port, form par les jetes ? Les vases portes par ce courant factice & trop foible ne retombent-elles point une trop petite diftance, ne sont-elles point arrtes par le flot, & ne menacent-elles point de former une barre ? Une cluse place la sortie du port, au pied de la tour haute dans la direction de l’avant-port, fournissant une chasse d’eau qui auroit toute sa force au point o elle devroit oprer, ne suffiroit-elle point pour entretenir l’avant-port une profondeur convenable, & pour porter les vases au del du point o leur dpt pourroit nuire ? On bien faut-il abandonner tout ce dont on vient de parler, & s’occuper d’un projet plus vaste, celui d’lever la digue, & de faire un port de la baie forme par les points ? Ces questions, relatives l’excution du canal de Niort, sont soumises l’examen de commissaires clairs.

Le Pont de l’Ecluse a remplac avantageusement pour les voitures l’ancien pont-levis ; mais pour la commodit des gens de pied & pour faciliter la communication dans la partie o toit plac le pont-levis, on a tabli un lger pont en bois.

Le Pont des Moulins est la partie de l’est-sud-est de la ville, la tte du canal d’abondance. Il doit son nouveau nom un moulin tabli au lieu o toit l’cluse porte, depuis peu d’annes, l’autre extrmit du canal.

La ncessit d’employer la force de l’eau pour moudre nos grains s’est toujours fait sentir la Rochelle. Les moulins vent ne sont pas assez nombreux pour assurer le service de longs calmes, particulirement dans l’automne, nous ont souvent fait prouver la disette au milieu de l’abondance. Les farines de la Motte-Sainte-Heraye, appeles minots, toierit quelquefois arrtes par les basses eaux de la rivire de Svre. Nos pres ont vu un moulin eau entre les portes du sud ; la furet de la place fut le motif ou le prtexte de sa destruction.

Nous avons vu commencer l’tablissement d’un moulin eau, au lieu appelle Port-Neuf : il devoit faire tourner plusieurs meules : Des circonstances fcheuses pour quelques-uns des intresss firent abandonner une entreprise dont on ne peut trop regretter l’inexcution.

Il n’y a rien de pareil craindre pour l’tablissement dont nous parlons : la municipalit dont les vues sont toujours diriges vers l’utilit publique, favorisera efficacement l’entreprise ; les principaux ouvrages sont achevs ; dj trois meules tournent, & la quatrime pourra bientt tre place. Ce moulin, par un service constant, supplera en partie au trop petit nombre de moulins vent, particulirement dans les calmes. Par un mouvement plus gal, il donnera une mouture plus parfaite ; il peut, en cas de sige, en assurant les subsistances, procurer aux Rochelais le moyen de dployer le courage qui leur fut toujours naturel, & dont l’amour de la libert augmente encore l’nergie.

Le Canal d’Abondance traverse la ville depuis le pont des Moulins jusqu’au port, o il est termin par le pont de l’Ecluse : il reoit les eaux des fosss de la place auxquelles se sont runies celles de la Moulinette & de Prigni. Nous avons encore vu, il y a peu d’annes, les. petits btimens remonter ce canal, & porter leur charge devant les magasins dont il est bord. Un pont-levis coup en deux parties, support par quatre forts piliers, ouvroit la communication avec le port. Depuis, le passage a t interdit aux vaisseaux par le pont de l’Ecluse.

C’est par anticipation, que notre canal porte le nom de canal d’Abondance. Il mritera cette dnomination lorsque les eaux surabondantes de la Svre & celles d’une grande tendue de marais mouills, y porteront les rcoltes d’un pays riche en productions, & ouvriront une communication sre, facile & peu dispendieuse entre Niort & la Rochelle.

Il nous est permis de concevoir des esprances plus tendues : la jonction de la Svre avec le Clain, & la navigation de cette dernire rivire assure, feront communiquer la Rochelle avec Chtellerault, en passant par Niort & Poitiers, comme Chtellerault communique avec Nantes par la Vienne & la Loire.

Le projet du canal de Niort n’est pas nouveau ; mais l’intrt de quelques hommes puissans, le dfaut de moyens dans un Gouvernement que les profusions obroient, en avoient empch l’excution. Aujourd’hui c’est au milieu de nos triomphes que nos Lgislateurs assurent notre bonheur prochain, & qu’ils destinent aux travaux utiles les bras victorieux qui terrassent aujourd’hui les despotes & leurs satellites.


Hospices

Hospice Gnral

Cet tablissement, appell jusqu’ ce jour Hpital Gnral, ne remplit que depuis peu la destination que son nom indique. Plac d’abord (1667) dans la maison du Plessis, & ensuite dans le lieu qu’il occupe actuellement, il ne devoit recevoir que les pauvres de la ville & ceux des fauxbourgs de Lafond & du Colombier : il ne subsistot que par les dons des habitans de la Rochelle ; mais la runion des cinq aumneries, celles de Marans, Mauz, Surgeres, Maillezais & Charron, lui imposa successivement des obligations relatives ces divers lieux. La justice & l’humanit toient invoques en faveur d’autres malheureux, & elles toient coutes ds que l’on jugeoit que la subsistance accorde des trangers n’entranoit pas une privation pour ceux qui y avaient un droit primitif. Enfin une Rvolution rgnratrice, en formant un peuple de frres, a rintgr tous les citoyens dans leurs droits. L’hospice devenu National peut avec raison tre appelle Hospice-Gnral, puisque tous les secours ne peuvent tre limits que par le dfaut de moyens ou d’tendue du local.

Cette maison reoit les individus des deux sexes qui leur bas ge, leur ge avanc ou des infirmits permanentes ne permettent pas de e procurer la subsistance par leur travail, & qui manquent de secours trangers. Il reoit les insenss, les enfans trouvs. Ces derniers sont donns des nourrices, et ensuite levs la maison jusqu’ ce que l’on trouve les moyens de les rendre la Socit. Les occasions ne sont pas rares pour les hommes ; la navigation, l’agriculture, les divers mtiers les arrachent heureusement de bonne heure une vie que les circonstances ne permettent gure d’employer, dans l’hospice, qu’ des travaux peu propres former des hommes vigoureux. La filature du coton est le premier ouvrage auquel on les applique, & il occupe le plus grand nombre. Le soin des jardins, le moulin, la boulangerie, la tisserie, les mtiers bas emploient les autres, & l’on doit faire une obseryation bien satisfaisante ; c’est que dans le nombre de plus de 500 individus des deux sexes, on ne trouveroit presque jamais dix hommes valides de 18 60 ans.

Depuis un assez grand nombre d’annes, l’Administration de l’Hospice accorde une petite somme, par mois, aux mres qui allaitent leurs enfans, & qui, si elles toient prives de ce secours, seroient obliges de les abandonner l’Hospice. Ainsi l’on conserve l’enfant le lait, les soins et l’affection de celle qui lui a donn la vie. On vient de runir l’Hospice-gnral celui des femmes malades form, en 1710, par Anne Forestier, auquel, lors de la supression des ci-devant communauts religieuses, avoit t joint celui dit des Hospitalires. (Voyez l’Art. Auffredy)

L’Hospice-gnral plac l’Est, prs le rempart, occupe un terrain isol, vaste & rgulier. Des jardins & des cours tendus, la distribution la plus commode, & au moyen de laquelle les deux sexes sont suffisamment spars, des ouvertures bien mnages en assurent la salubrit. La rgularit & la simplicit de la construction sont encore un mrite.

Le Conseil-Gnral de la Commume, qui l’administration des hospices de Charit a t dlgu, a form une commission compose d’un certain nombre de ses membres & d’un certain nombre d’autres citoyens. Ces commissaires forment ce que l’on appelle le Bureau d’administration. Ce choix rpond aux Citoyens, & du bon gouvernement de l’hospice, & des sages principes que l’on saura inspirer ceux qu’il contient.

Six scles n’ont pu faire oublier le nom d’un homme modeste & vertueux, d’un bienfaiteur de l’humanit. Ce nom devoit tre plac parmi ceux que consacre la reconnoissance. Les habitans de la Rochelle le savent ; mais apprenons aux trangers qu’Auffrdy, ngociant de la Rochelle, ruin par la perte prsume de dix navires, & redevenu tout--coup riche par le retour inopin de ces mmes vaisseaux, se dpouilla de la totalit de sa fortune pour le soulagement des pauvres malades, & qu’il s’y dvoua lui-mme ; il fonda l’hpital, connu sous le nom de Saint-Barthelemy. Cet hospice, dirig par un Administrateur choisi par la Commune, servoit aux hommes & aux femmes, en 1628. On le divisa cette poque : l’ancien tablissement fut rserv pour les hommes, & confi aux Religieux, dits de la Charit. Une portion du revenu fut affecte un hpital de femmes, & servit former celui qui, jusqu’ ces derniers temps, a t gouvern par les Hospitalires, dont il a port le nom, (Voyez Hospice gnral.) Ainsi les deux sexes ont joui depuis l’an 1203 des bienfaits d’Auffredy.

Des commissaires pris dans le Conseil-gnral de la Commune administrent l’hospice, qui, d’aujourd’hui seulement, porte le nom de son fondateur.


Hospice Militaire de la Runion.

Plut au ciel que ce mot et t, ds le commencement de la Rvolution, le cri gnral des Franais ! qu’il et frapp toutes les oreilles & retenti dans tous les cœurs ! La masse entire de la Nation, debout autour de l’autel de la Patrie, & disant haute voix : nous voulons tre libres, et impos silence au reste de l’Europe ; & tandis que nos frontires eussent t respectes, le sang rgnrateur et circul tranquillement dans toutes les veines du corps politique, dont l’organisation n’eut jamais t trouble par les convulsions du fanatisme religieux ou royaliste. Insenss & coupables transfuges ! vous qu’on a si justement nomms l’opprobre de tous les partis ; & vous plus coupables encore, qui, cachs sous toutes les formes, tes demeurs parmi nous pour nous trahir de plus prs, c’est vous dont les crimes ont trop long-temps ajourn la gloire de votre Patrie. Mais vos efforts seront vains : la victoire trace autour de la France un cercle que vos complices couronns n’auront pas l’audace de franchir, & au-dedans la vengeance Nationale suspend sur vos ttes le glaive de la mort. O mes concitoyens ! serrons-nous ; que la Runion devienne le mot d’ordre des Franais, & les Franais cesseront de vaincre, parce qu’on n’osera plus les attaquer.


Le Champ du Repos

Ici s’lve la borne o tout mortel doit s’arrter. O mes concitoyens ! venez avec moi fouler cette terre silencieuse que la cendre de nos frres a consacre. Leur mmoire, planant en quelque sorte sur leurs tombes, retrace la cit prsente les vertus & les erreurs de la cit qui n’est plus. Quelle haute leon ! Un jour sans doute nos neveux viendront leur tour interroger aprs notre mort le souvenir de notre vie. Ils diront : ici fut dpos un citoyen qui mourut en dfendant sa Patrie ; & les larmes de la reconnoissance couleront pour lui. L repose une mre qui, dans l’exercice journalier des vertus domestiques, employa son obscure & laborieuse existence au bonheur de sa famille ; & l’attendrissement fera encore couler des pleurs. Plus loin gt le corps d’un homme qui n’aima pas ses frtes, que la Patrie ne compta pas au nombre de ses enfans ; & nos neveux n’approcheront pas du tombeau de cet homme.

Ainsi sur cette terre commune sera rig le tribunal de la postrit, l’estime ou le blme de nos propres descendans s’attacheront nos dpouilles, & nous renatrons, pour ainsi dire, la gloire ou l’infamie. Dieu lui-mme semble prsider cet arrt solemnel ; car l’abyme du nant ne nous dvore pas tout entiers, & dans le partage qui se fait entre le ciel & la terre, la justice divine devance celle des hommes.

O vous qui m’avez suivi dans ces lieux qu’aucun de nous ne doit quitter sans retour, n’avez-vous point senti sous vos pas se ranimer une froide poussire ? Arrtez.... C’est un pre, une pouse, un ami qui vous attendent : ne cachez point vos larmes, & mritez qu’un jour celles de la nature & de l’amiti arrosent ainsi votre cendre. [6]

Nota. Le Champ du Repos, hors des murs de la Rochelle, dans un local bien ar, a enfin remplac dans sa destination tous les cimetires que renfermait l’enceinte de la ville, C’est encore l un des bienfaits de la Rvolution de rendre familires des ides simples & salutaires que repoussoient d’absurdes prjugs. Un Peuple sage ne croit plus que ce soit honorer les morts que de conserver des foyers de contagion au milieu des vivans.


[1En 790 , parut en France une de ces horloges que l’eau fait mouvoir, & qui mriterait peut-tre encore parmi nous l’approbation des curieux. Douze petites portes composoient le cadran & formoient la division des heures ; chacune de ces portes s’ouvroit l’heure qu’elle indiquent & donnoit passage a des boules qui tomboient successivement sur un timbre d’airain, & frappoient l’heure. Chaque porte restoit ouverte ; & la douzime heure, douze petits cavaliers sortoient ensemble, faisoient le tour du Cadran & refermoient toutes les portes.

Une autre Clepsydre, fort en usage dans la marine, est l’Ampoulette, ou horloge de sable. Cette petite machine est compose de deux espces de bouteilles de verre jointes ensemble, dont l’une est remplie de sable trs-fin qui emploie une demi-heure passer d’une bouteille dans l’autre ; c’est de l que !es matelots appellent une demi-heure une horloge, divisant les vingt quatre heures en quarante-huit horloges. Ainsi le quart, qui est la faction que chaque homme fait pour le service d’un vaisseau, est compos de six horloges, qui valent trois heures. Il y a des sabliers d’une demi-minute qui servent estimer le chemin que fait le vaisseau ; d’autres d’une heure pour l’usage commun.

[2Les Chinois furent si surpris des horloges qu’on leur porta, qu’ils mirent des gardes auprs pour pier su quelqu’un ne venoit point les faire sonner.

[3Toutes les horloges de la ville de Basle en Suisse sont constamment avances d’une heure, c’est--dire que, lorsqu’il est onze heures du matin, elles sonnent midi & ainsi de suite dans tout le tour du cadran. On prtend que s’tant form anciennement contre cette ville une conspiration par laquelle les conjurs devoient s’en rendre matres une certaine heure, un Bourguemestre qui en fut averti, s’avisa de faire avancer les horloges, de manire que l’heure marque parut tre passe, & que l’ennemi crut s’tre tromp. Basle fut dlivr par cette erreur, & l’usage conserv par reconnoissance. De l vient l’origine d*un monument trs-remarquable, plac la tte du pont qui runit le grand & le petit Basle. Au haut de la tour de l’horloge, on voit, ct du cadran, une tte d’homme, qui passe par un trou, & tire chaque seconde une langue d’un pied de long, qui lui donne l’air goguenard. Si l’on en croit le bruit populaire, le mme citoyen qui, en changeant l’heure de cette horloge, dconcerta les conjurs, est auteur de cette plaisanterie. En effet, la renomme publie que cette tte est cense narguer les conspirateurs tromps & obligs de se retirer.

[4Voyez la fin de ce volume, le tableau de concordance des heures anciennes & nouvelles.

[5Ce travail a t excut la Rochelle depuis plusieurs mois. Une horloge dcimale est place au-dessus du grand escalier de la maison-commune, avec l’inscription suivante :
L’heure du rveil des Peuples est la dernire des oppresseurs du monde.

Le mouvement de cette horloge communique un cadran plac dans la grande sa !le de cette maison, & donne l’action une mchanique qui fait marquer, par plusieurs aiguilles , les heures & minutes nouvelles, les heures anciennes, le quantime du mois & les jours de dcade, mesure qu’ils se succdent.

[6Lorsque nous composions cet ouvrage, nous tions loigns de croire que nous dussions le terminer par des regrets & faire l’un de nous l’application de ces paroles de deuil. La mort, en nous enlevant le citoyen Leroy, nous a spars d’un ami dont les talens n’toient que le second titre l’estime que nous lui accordions. Les qualits de son me, l’honntet, la dcence de ses mœurs, la douceur de son commerce, nous le rendoient infiniment cher. Philosophe clair, citoyen sage, l’amour de son pays, le desir du bonheur des hommes le possdoient tout entier.

C’est surtout par l’excellence de son cœur que nous aimions l’apprcier. Nous pouvons dire qu’il s’est lui-mme peint dans l’article Bienfaisance ; & puisque ce recueil offre des leons pour exciter la pratique des vertus, nous trouvons quelqu’adoucissement nos regrets, en honorant ici la mmoire d’un homme qui les aima toutes.

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