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1910 - Précis historique sur la ville de la Rochelle

D 12 septembre 2018     H 17:59     A Pierre     C 0 messages     A 17 LECTURES


En 1910, l’histoire du grand siège de La Rochelle (1627-1628) reste un sujet polémique.

Cet article est extrait du livre de L. Meschinet de Richemond : "Les Rochelais à travers les siècles, récits précédés du Précis historique" par A. de Quatrefages de Bréau - Paris - 1910 - BNF Gallica

Ce "précis historique", où la passion de l’auteur prend parfois le dessus, est illustré par de nombreuses citations venant d’Arcère, de Michelet et d’autres historiens.

Nous avons ajouté à cet article un plan du siège de 1627-1628. Il est daté de 1628. Source : BNF Gallica

Voir en ligne :

 Origine de la Ville.

Comme Venise, La Rochelle s’est élevée au milieu des eaux et s’est peuplée de proscrits [1].

La mer, avançant bien au delà de ses limites actuelles, entourait de trois côtés une roche basse formant un petit cap allongé qui semblait sortir de vastes marais [2]. Quelques cabanes, groupées autour d’une tour à côté d’une chapelle et habitées par de pauvres pêcheurs, s’élevaient sur cette espèce d’îlot. Voilà ce que fut La Rochelle jusqu’au commencement du XIIe siècle. A cette époque, les serfs de Châtelaillon et de Montmeillan, fuyant leur territoire dévasté par la guerre ou envahi par l’Océan, vinrent chercher un refuge sur ce promontoire écarté. Ils y furent joints par une colonie de colliberts chassés du Bas-Poitou, et dès 1152 il fallut bâtir une nouvelle église.

 Sa constitution.

A partir de cette époque, l’importance de La Rochelle s’accrut rapidement. Après son mariage avec Eléonore d’Aquitaine, Henri II, jaloux de s’assurer la fidélité d’une ville peuplée de hardis marins et de riches marchands, l’éleva au rang de commune et lui accorda des privilèges considérables. Plus tard, Eléonore lui octroya de nouvelles franchises et organisa cette municipalité énergique et vivace qui lutta contre des têtes couronnées et qui dura plus de quatre cents ans [3].

Le corps de ville de La Rochelle se composait de vingt-quatre échevins et de soixante-seize pairs, dont la charge était viagère. Cette espèce de Sénat se recrutait lui-même par voie d’élection. En outre, chaque année, il prenait dans son sein trois candidats parmi lesquels le roi ou son représentant était tenu de choisir le maire, qui, pendant toute la durée de sa charge, exerçait une véritable souveraineté.

Le Roi de France nommait, il est vrai, un lieutenant général civil et criminel ; mais ce fonctionnaire ne pouvait lever le moindre impôt et ses prérogatives se bornaient à la nomination du maire et à la présidence de tribunaux entièrement rochelais. Le gouverneur militaire, laissé également à la nomination du roi, ne pouvait rien ordonner aux milices urbaines ni faire entrer un seul soldat dans la ville sans la permission du maire et des échevins. On voit que ces privilèges faisaient de La Rochelle une vraie république, tout aussi libre et en réalité tout aussi peu dépendante de la couronne que les grands fiefs eux-mêmes.

Grâce à ces institutions et aux hommes remarquables qu’elle sut mettre à sa tête, La Rochelle devint promptement une véritable puissance. A la fois trafiquante et guerrière, elle sut au besoin transformer ses navires de commerce en vaisseaux de guerre, et ses matelots, devenus soldats, méritèrent, depuis les temps de Du Guesclin jusqu’à ceux du duc de Guise, les épithètes de rasés soudards et de braves gens. Aussi, pendant le moyen âge, joua-t-elle, à diverses reprises, un rôle politique important. On la voit, entre autres, faire une guerre heureuse aux rois d’Aragon, chasser les Anglais (voir encadré ci-après) à qui le traité de Brétigny l’avait livrée et venir en aide à Du Guesclin ; résister aux Anglais et aux Bourguignons pendant la démence de Charles VI, et fournir à Charles VII la flotte qui l’aida à reconquérir Bordeaux.

Louis VIII, qui avait succédé à Philippe-Auguste, se présenta devant La Rochelle, le 15 février 1214, après avoir emporté, presque sans coup férir, Niort et Saint-Jean-d’Angély. Savari de Mauléon, sénéchal d’Aquitaine pour le roi Henri III d’Angleterre, s’était enfermé dans la place avec deux cents chevaliers. Il dirigea la défense avec une grande énergie, et fut vigoureusement secondé par les bourgeois rochelais. Les principales communes de la Guyenne et de la Gascogne anglaise, dit Henri Martin, avaient envoyé des renforts, et l’on semblait, des deux côtés, estimer la destinée des possessions anglaises du continent attachée à cette importante ville maritime, où les rois des Anglais et leurs hommes d’armes avaient coutume de prendre terre.

L’Angleterre, cependant, ne fit rien pour conserver La Rochelle. Toutes les forces du roi Henri III étaient occupées contre ses barons, soulevés par de téméraires violations de la Grande Charte ; le péril des provinces d’outre-mer ne rapprocha pas les partis ; les barons anglo-normands se souciaient peu que leur roi gardât ou perdît les possessions que leur instinct national leur faisait considérer comme étrangères à l’Angletere. Peut-être même souhaitaient-ils d’être séparés de ces Poitevins et de ces Gascons qui servaient d’instruments à la tyrannie royale contre eux. Henri n’envoya point de soldats à son sénéchal. Savari espérait au moins qu’on lui fournirait les moyens de payer ses mercenaires. On prétend qu’Hubert du Bourg, chief justice (chancelier) et premier ministre de Henri III, lui expédia en effet des coffres-forts lourds : que lorsqu’on ouvrit ces huches, on n’y trouva, au lieu d’argent, que des pierres et du son. Quoi qu’il en soit de cette singulière anecdote, la garnison et les bourgeois se décidèrent à capituler. On dit que Louis acheta les chevaliers de la garnison par bonne somme et munificence. Quant à la bourgeoisie, elle stipula le maintien de ses franchises ».

Cette capitulation eut lieu le 3 août 1224.

La Rochelle resta française pendant cent trente-six ans. Elle retourna aux Anglais en 1360, en vertu du funeste traité de Brétigny. Mais l’esprit des Rochelais avait bien changé, et ils se résignèrent malaisément à leur sort. « Nous obéirons aux Anglais des lèvres, dirent les magistrats de la commune quand ils reçurent les ordres du roi, mais les coeurs ne s’en mouvront. »

Aucune avance, aucune faveur d’Edouard III ne put altérer en eux ce sentiment de la nationalité que les attaques des Anglais firent naître à cette époque ou développèrent sur tout le territoire de l’ancienne Gaule. En 1372, le comte de Pembroke, neveu d’Edouard, partit d’Angleterre avec une flotte considérable, des soldats, des chevaliers et beaucoup d’argent. Sa mission était de porter secours à l’Aquitaine, menacée par le connétable Du Guesclin. Il devait débarquer à La Rochelle. Il trouva dans le golfe étroit et profond dont cette ville occupe l’extrémité orientale une flotte espagnole qui lui fermait l’entrée du port. Charles V, informé des projets de l’ennemi, avait réclamé le secours du roi de Castille, son allié. Les amiraux castillans avaient plus de vaisseaux que le comte de Pembroke. L’Anglais, cependant, engagea la bataille. Il comptait sur le concours de la marine rochelaise. Mais le gouverneur, malgré les plus vives instances, ne put obtenir qu’elle se mît en mouvement. « Nous avons notre ville à garder », dirent les magistrats municipaux. Pendant tout le jour (23 juin 1372) ils restèrent spectateurs du combat, spectateurs immobiles, mais non pas indifférents, car ils souhaitaient avec ardeur la défaite de la flotte anglaise. Leurs voeux furent exaucés. La bataille, interrompue par la nuit, recommença le lendemain. « Les Espagnols avaient pris l’avantage du vent pour enclore les nefs des Anglais : s’attachant vaisseau à vaisseau avec de grands crochets et des chaînes de fer, du haut du pont de leurs grands navires, ils accablaient l’ennemi de barres de fer, de pierres et même de boulets, car plusieurs de leurs nefs étaient armées de canons ; puis ils attaquaient à l’abordage les Anglais harassés et mutilés. Après une vaillante défense, le comte de Pembroke se rendit à Cabeza de Vaca, et tous les Anglais furent tués ou pris ; le vaisseau qui portait la finance, destinée à soudoyer les Poitevins et les Gascons, avait été coulé à fond. » (Henri Martin.) Encouragé par ce succès, le connétable entra vivement en campagne, et emporta rapidement Montmorillon, Chauvigny, Moncontour, Lussac, Saint-Sever ; les habitants de Poitiers lui livrèrent cette importante cité. Saint-Jean-d’Angély, Taillebourg, Angoulême ouvrirent leurs portes à la bannière fleurdelysée. Les bourgeois de Saintes se soulevèrent, et firent prisonnier leur sénéchal anglais, qu’ils livrèrent, avec leur ville, aux capitaines du roi de France. Les Rochelais en auraient bien voulu faire autant ; mais une forte garnison anglaise qui occupait le château les tenait en bride. Enfin, raconte, d’après Froissart, Henri Martin : « Jehan Chaudrier s’avisa d’un adroit stratagème pour s’en débarrasser. Un jour, ce magistrat manda Philippot Mansel, commandant du château, « pour parler des « besognes du roi d’Angleterre ». Après qu’ils eurent bien et grandement dîné, Jehan Chaudrier fit apporter une belle lettre qu’il avait reçue du roi Edouard, et, devrai, Philippot Mansel reconnut le scel royal. Mais, comme il ne savait pas lire, Jehan Ghaudrier lui lut la dépêche, accommodant les paroles à sa volonté. « — Châtelain, dit Chaudrier, vous « voyez comme le roi commande à vous d’issir (de sortir) « demain hors du château pour faire la montre (revue) de vos « gens, et à nous, de faire pareillement la nôtre. » — Le châtelain, qui n’y entendait que tout bien, dit qu’il le ferait très volontiers. Il sortit donc, le lendemain matin, avec soixante hommes d’armes, et se rendit sur une esplanade voisine du château. Mais à peine était-il dehors que quatre cents bourgeois, embusqués dans des masures qui bordaient l’esplanade, se jetèrent entre lui et le château et lui coupèrent la retraite. Philippot Mansel et ses hommes, assaillis par toute la commune de La Rochelle, furent pris, et contraints, pour sauver leur vie, de livrer le château.

« Les Rochelais qui s’étaient faits libres sans l’assistance des hommes d’armes du roi, ne reçurent pas dans leur ville les troupes royales, mais leur demandèrent trève, et envoyèrent douze députés à Paris, proposer à Charles V les conditions de leur obéissance, à savoir : I° l’autorisation de raser le château qui les avait fort grevés en diverses occasions ; 2° la promesse de n’être jamais, à l’avenir, démembrés du royaume de France, par mariage, traité de paix ou autrement ; 3° l’établissement d’un hôtel de monnaies dans leur ville ; 4° la promesse qu’on ne les soumettrait jamais sans leur aveu à aucunes tailles, subsides, gabelle ni fouage. Charles V agréa tout, scella de son sceau les chartes qu’ils demandaient et donna de beaux joyaux aux envoyés pour reporter à leurs femmes. » Il y ajouta la concession des privilèges de noblesse au maire, aux échevins et à tous leurs successeurs.

Les Anglais n’essayèrent pas de reprendre La Rochelle, et cette ville n’eut point à souffrir des désastres qui suivirent la bataille d’Azincourt. Toute son activité se porta sur le commerce et la navigation. Ce fut de son port que Jean de Béthencourt partit avec deux navires, pour aller découvrir les îles Canaries.

Le sceau de la monnaie de La Rochelle représente un navire entrant à pleines voiles dans le port avec cet exergue : 1372. SIGILLVM MONETAE RUPELLANAE — de R.[

Pendant cette longue période, l’esprit qui anime La Rochelle reste toujours le même, et peut se traduire en deux mots : attachement sans bornes à ses privilèges, fidélité inaltérable au roi qui les garantit.

La République revendique comme un honneur son titre de vassale de la couronne ; en revanche, elle demande qu’avant d’entrer en ses murs, le suzerain jure de respecter ses libertés. A cette condition seule, le maire coupe le cordon de soie tendu devant la porte de la ville ; mais aussi, à cette condition, La Rochelle ne marchande jamais ni sang ni or, et la couronne trouve toujours en elle un de ses plus fidèles, de ses plus utiles appuis.

Mais un jour, l’épée de Montmorency tranche le cordon qu’avaient respecté tant de rois, et Charles IX entre, sans prêter le serment voulu, dans La Rochelle devenue protestante. La marche de la société, l’antagonisme des croyances religieuses ont rompu l’accord consacré par trois siècles de dévouement d’une part, de bienveillance de l’autre. La guerre éclate et se poursuit, tantôt sourde, tantôt ouverte. Alors La Rochelle semble puiser un surcroît d’énergie dans l’association d’une forme politique vieillie et d’une foi nouvelle. Pendant près de cent ans, elle lutte toujours avec honneur, souvent avec succès. Deux fois elle voit devant ses murs toutes les forces du royaume, et si enfin elle succombe, ce n’est que devant le génie inflexible et patient de Richelieu.

Parmi les événements qui signalent la triste période de nos guerres religieuses, il en est peu qui égalent en importance les deux sièges de La Rochelle par les troupes royales. L’insuccès du premier releva le parti calviniste au lendemain même de la Saint-Barthélemy, et arracha à Charles IX, un an à peine après ce grand forfait, un des édits les plus favorables qu’eussent encore obtenus les réformés. L’issue du second détruisit la dernière citadelle des protestants, et les fit rentrer de force dans la loi commune. A partir de cette époque, le protestantisme ne fut qu’une religion et non plus un parti politique. Aussi le récit de ces deux sièges occupe-t-il une large place dans les annales de La Rochelle ; nous allons en rappeler les traits principaux.

 Siège de 1573. — Triomphe des Rochelais

Tenus en défiance par des préparatifs qui se faisaient à leurs portes sous prétexte d’une expédition en Floride, les Rochelais n’avaient cru qu’à demi à la paix de Saint-Germain. Les massacres du 24 août 1572 les trouvèrent donc sur leurs gardes, et aux premières nouvelles, ils se préparèrent à défendre courageusement leur vie et leur religion [4]. Le maire, Jacques Henri, mit la ville en état de défense et arma tous les habitants. Paris, Orléans, Tours, Bordeaux, Castres, Nîmes lui envoyèrent une foule de calvinistes échappés au fer des assassins, et ces réfugiés formèrent le redoutable corps des enfants perdus ; mais, malgré tout leur courage, ces soldats inexpérimentés auraient difficilement tenu tête aux troupes royales, si un événement assez inattendu ne leur fût venu en aide.

Après bien des refus, le brave La Noue, nommé par Charles IX, gouverneur militaire de La Rochelle, avait accepté cette charge. Egalement dévoué à son roi et à ses coreligionnaires. — La Noue était calviniste, — il partit promettant de tout faire pour amener la ville à se soumettre, mais déclarant en même temps que, jusqu’à la paix, il l’aiderait de ses conseils et de son épée. La Noue tint parole aux deux partis. Nommé gouverneur pour les armes par les Rochelais et investi, sous ce titre, d’une véritable dictature militaire, on le vit constamment payer de sa personne, comme chef et comme soldat, contre les troupes royales, en même temps qu’il prêchait sans cesse la soumission au roi. Malheureusement ce rôle étrange, si loyal dans ses apparentes contradictions, ne pouvait se soutenir longtemps au milieu des passions violentes qui dominaient à la cour et dans La Rochelle. Bientôt La Noue eut perdu toute autorité, et, vers le milieu du siège, il sortit de la ville avec le regret de n’avoir pu remplir sa mission. Le départ de leur brave chef eût pu être fatal aux Rochelais, mais il leur laissait une forte organisation militaire, des bandes aguerries et disciplinées par lui, des chefs dont le courage s’était éclairé de son expérience et ce n’est peut-être pas exagérer que d’attribuer en partie le triomphe de La Rochelle au séjour de quatre mois que La Noue avait fait dans ses murs [5].

Déjà le territoire de La Rochelle avait été envahi et la place investie, lorsque le duc d’Anjou vint prendre le commandement du siège. Avec le vainqueur de Jarnac et de Montcontour arrivaient le duc d’Alençon, son frère, et Henri de Navarre. Autour d’eux se pressait l’élite de la noblesse française, le prince de Condé, les dues de Nevers, de Longueville, de Guise et de Mayenne ; le duc d’Aumale, le héros catholique de la Henriade, à qui Charles IX avait confié la direction du siège ; les maréchaux de Brissac et de Montluc ; le comte de Retz, l’amiral Strozzi, Gonzague, Crillon, Tallard, Goas, Brantôme, qui devait plus tard raconter ces guerres, où il avait joué un rôle, et une foule de gentilshommes jaloux de se signaler sous les yeux de ces illustres chefs, avides de porter les derniers coups au parti calviniste.

Entourée aux trois quarts par la mer ou des marécages, La Rochelle ne pouvait être attaquée que par son côté nord. Là aussi seulement se trouvaient quelques fortifications modernes, et entre autres le bastion de là Vieille Fontaine et celui de l’Evangile, que surmontait le cavalier de l’Epître. Ce fut en face de ce dernier que la tranchée s’ouvrit dans la nuit du 26 au 27 février 1573. Bientôt soixante pièces de siège tonnèrent sans relâche contre La Rochelle. Les tours et les clochers crénelés tombèrent l’un après l’autre. Le duc d’Anjou, croyant alors les assiégés frappés de terreur, les fit sommer de se rendre. Pour toute réponse, une double sortie ordonnée par La Noue alla détruire en partie les travaux commencés. Les Rochelais ripostaient de leur mieux, et, le 3 mars, un boulet emporta le duc d’Aumale. Cette mort fut une grande perte pour les assiégeants. Elle leur enleva un chef aussi expérimenté que brave, exalta le courage des assiégés, terrifia la cour de France, et, en
faisant trembler Catherine pour les jours de son fils, lui arracha une lettre où elle se montre mère bien plus tendre qu’on ne le croit généralement.

Voici la lettre de Catherine, écrite, à cette occasion, au due de Montpensier : « Mon Cousin. — Vous savez la fienze et créanse que mes enfants ont en vous. Je vous prie quelque mine qu’il vous faset ne creindre à les empêcher du tout, de n’aler plus, ou yl on toujours alé ; car vous voyez l’ynconvényant aveneu au pouvre Monsieur d’Aumale ; y lour en peut avenir aultant, et pour l’honneur de Dieu mettez-vous tous ensemble et les empêchez, comme aussi le Roi, mon fils pour le regret qu’il a d’avoyr perdu un tel prinse contre des bélistres. YI vous envoye à tous ce jeantilhomme pour vous commander de vous hazarder de fason qu’yl vous perde, car yl désire la conservation de vous tous plus que la prise de La Rochelle encore que le lui importe de la conservation de. son royaume et ne veult que neul prinse alet allasault, comme lui ha fest entendre Le Fevre, que tous ces jeunes yl vouluynt aler, yl vous mande à vous aultres vieulx de les enangarder, Je prie à Dieu qu’il sêt rendet et les faut recevoir à toutes compositions plutôt que plus perdre de vous aultres. Je prie Dieu de vous vouloir bien garder.

Votre bonne cousine, CATHERINE
Le 17 mars

Jacques Henri n’était plus maire : à l’expiration de sa magistrature, il avait été remplacé par Morisson, qui se montra son digne successeur. Les tranchées avaient atteint le fossé, qui devint le théâtre journalier de combats sanglants. Treize cents coups de canon avaient bouleversé le haut des remparts et ruiné en partie le bastion de l’Evangile. Alors les assiégeants construisent un pont mobile qui leur permettra de gagner le pied de la brèche à l’abri du feu des casemates. De leur côté, les assiégés fabriquent l’encensoir, espèce de bascule destinée à verser des chaudrons de poix bouillante sur les assaillants. De part et d’autre, tout se prépare pour un premier assaut. Il est livré le 7 avril. Malgré les ordres formels du duc d’Anjou et de Gonzague, qui dirigeait le siège depuis la mort du duc d’Aumale, la noblesse se môle aux soldats chargés de la première attaque. Guise, Clermont, Tallard, Tavannes et Grillon s’élancent dans le fossé et courent aux casemates, dont ils s’emparent d’abord ; mais le capitaine Duverger-Beaulieu revient sur ses pas, et Guise est forcé de reculer, emportant Tallard blessé mortellement et laissant derrière lui de nombreux cadavres. Sur la brèche, Caussens et Goas ont rencontré Rochelais et Rochelaises (1), celles-ci lancent des artifices, manoeuvrent l’encensoir et rivalisent avec les hommes de courage et de mépris de la mort.

Pendant tout le siège, les Rochelaises jouèrent un rôle important dans la défense. Dès les premiers jours, on les vit, surmontant leur timidité naturelle, aller porter des rafraîchissements aux combattants au plus fort des attaques. Peu à peu enhardies, elles luttèrent souvent corps à corps. Ainsi pendant le premier assaut, un parc de muraille s’étant ébranlé à l’improviste, cette brèche fut aussitôt attaquée par les royalistes et défendue d’abord seulement par les femmes, parce que tous les hommes étaient occupés ailleurs. Dans l’un des assauts généraux de la fin du siège, les hommes accablés de fatigue, après avoir repoussé plusieurs fois l’ennemi, en étaient venus à ne pouvoir plus soutenir le poids de leurs armes. Les femmes s’armèrent à leur place et soutinrent seules l’effort des assiégeants pendant que leurs pères, frères et maris, prenaient quelques instants de repos. On les vit même se mêler aux sorties ; et les vieux manuscrits cités par Arcère, quoique écrits par des hommes peu favorables aux Rochelais, constatent qu’à diverses reprises leur conduite fit naître l’admiration dans le camp royaliste.

En vain les royalistes déploient une égale valeur, en vain de nouveaux renforts viennent combler leurs pertes, en vain quelques gentilshommes, mêlés à de simples soldats, atteignent-ils le sommet de la brèche ; ils sont aussitôt précipités au milieu des décombres, et lorsqu’à la nuit tombante le duc d’Anjou fait sonner la retraite, il peut compter plus de trois cents morts et un nombre infini de blessés, entre autres Tallard, qui mourut quelques jours après, Gonzague, Strozzi, Goas et la plupart de ces gentilshommes que leur courage irréfléchi avait conduits au premier rang.

Le 8 et le 10 du même mois, les mêmes efforts sont tentés par les assiégeants avec un résultat tout pareil. Le 14 est désigné pour un quatrième assaut. Les mines placées sous le bastion de l’Evangile doivent donner le signal. Ces mines sont chargées et bourrées sous les yeux du duc d’Anjou entouré de toute sa cour. L’explosion emporte toute la pointe du bastion, en même temps que les débris, retombant sur l’armée royale, écrasent, au dire de Brantôme, plus de deux cent cinquante soldats ou pionniers. Les bataillons d’attaque s’élancent pour profiter d’un passage si chèrement acheté, mais ils trouvent sur la brèche des adversaires aussi résolus que les jours précédents. Rien ne peut entamer ce rempart vivant, et aux victimes de l’explosion les royalistes ont à ajouter les morts nombreux restés sur les débris fumants du bastion.

Quelque temps suspendues par l’apparition d’une flotte anglaise et les craintes qu’inspirait le dévouement de Moutgomery [6], les opérations reprennent bientôt une activité extrême. Les royalistes reçoivent des renforts considérables et serrent de plus près la ville, où règne bientôt la famine. Chaque jour, de sanglantés escarmouches ont lieu, tantôt dans les fossés, tantôt sur les plages laissées à sec par le reflux, et où une population affamée va chercher les coquillages, devenus presque son unique nourriture. Des surprises de tout genre sont tentées, et l’une d’elles, faite de nuit par Sainte-Colombe, est près de réussir. De nouvelles mines bouleversent le bastion de l’Evangile, qui résiste, le 28 avril, à un cinquième assaut. Le duc d’Anjou recourt alors à des attaques générales. Le 17 mai, au moment de la basse mer, La Rochelle est assaillie sur tous les points et toujours sans succès.

On recommence le 26 du même mois, et cette fois tous les chefs royalistes veulent payer de leur personne. Montluc est chargé du commandement en chef, Strozzi et Goas montent les premiers à la brèche, à la tête de six mille Suisses qui viennent d’arriver au camp. Derrière eux viennent les gentilshommes guidés par le prince de Condé et les ducs de Guise et de Longueville. Les Rochelais les reçoivent avec leur intrépidité ordinaire, et tout d’abord Strozzi est blessé d’un coup d’arquebuse. Les soldats reculent, et l’assaut est interrompu. Il recommence bientôt plus furieux. La noblesse a pris la tête et s’élance avec une sorte de désespoir sur cette brèche toujours ouverte, toujours inabordable ; mais en vain s’épuise-t-elle en efforts, en vain cinq fois repoussée, revient-elle cinq fois à la charge. Après avoir vu tomber vingt-huit capitaines à côté de plus de mille soldats le duc d’Anjoufait sonner la retraite et s’avoue vaincu, une septième fois.

Ce dernier insuccès avait terrifié l’armée royale. Plusieurs jours se passent à réveiller l’énergie des soldats. Enfin un huitième assaut est décidé, et, pour en assurer le succès, on adopte le plan du duc de Nevers, qui veut user à la fois de ruse et de force. Pendant toute la nuit du 12 juin, de faussés attaques tiennent la garnison sur pied, toutes les batteries tonnent et foudroient la ville. A l’aube, le feu se ralentit, s’éteint peu à peu et tout semble rentrer dans le repos. Les assiégés, trompés par ce calme menteur, vont se reposer, ne laissant aux murailles qu’une faible garde, qui elle-même succombe à la fatigue et s’endort. Alors s’ébranle l’élite de l’armée assiégeante. Guise se dirige vers le bastion de l’Evangile, Henri de Navarre vers celui de la Vieille-Fontaine. Des échelles sont dressées en silence contre les murs de ce dernier ; l’escalade réussit, et déjà les royalistes se groupent dans le chemin de ronde, lorsqu’un cri de triomphe prématuré réveille un poste de Rochelais. Aussitôt ceux-ci s’élancent sur les assaillants, tuent tous ceux qui ont gravi le rempart et renversent les échelles, au moment même où Strozzi et le duc de Longueville y mettaient le pied. De son côté, Guise avait enfin franchi la brèche, il était entré dans le bastion de l’Evangile ; mais là il découvre un nouveau fossé, nouveau rempart élevé à l’intérieur pendant le siège, et, à l’aspect de ces obstacles imprévus, ses soldats épouvantés jettent leurs armes et fuient sans même essayer de combattre.

Cette fois, La Rochelle était sauvée. Tant d’échecs successifs avaient porté à son comble la démoralisation de l’armée royale. Des maladies s’étaient déclarées dans le camp et décimaient les soldats. Les plus fermes capitaines étaient découragés. Le duc d’Anjou qui venait d’être élu roi de Pologne, qui avait dans son camp les ambassadeurs chargés de l’amener dans ses nouveaux Etats, désirait un accommodement qui sauvât les apparences et lui. permît de s’éloigner.

Catherine voyait se flétrir la gloire de son fils préféré. Des négociations sérieuses s’ouvrirent, et comme premier gage de bonne foi, les Rochelais obtinrent que les assiégeants détruiraient tous leurs travaux d’attaque. Enfin Charles IX signa l’édit de pacification. Les Rochelais avaient conquis la liberté de conscience, non seulement pour eux, mais encore pour tous leurs coreligionnaires du royaume.

 Siège de 1627 - Héroïsme inutile des habitants.

Plan du siège de la Rochelle (carte de 1628)
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Malheureusement cette paix fut aussi boiteuse que les précédentes. Les hostilités recommencèrent bientôt. Suspendues tant que régna Henri IV, elles se réveillèrent presque aussitôt après le crime de Ravaillac. La construction du fort Louis, qui dominait et battait la ville, devint pour les Rochelais une cause incessante d’inquiétude et d’irritation. Chaque nouveau traité avait beau renfermer une clause spéciale qui promettait la démolition de cette citadelle, elle restait toujours debout, rappelant la sinistre prédiction de Lesdiguières : « Il faut que la ville avale le fort, sinon le fort avalera la ville. » Enfin, en 1627, Richelieu parut devant La Rochelle, et, dès les premiers jours, les habitants durent comprendre que c’était fait de la vieille République d’Eléonore.

Le siège de 1573 avait eu les caractères d’une époque où la tradition chevaleresque ne s’était pas encore effacée. C’est de haute lutte que les capitaines du duc d’Anjou avaient voulu réduire la ville rebelle. Prodigues de leur propre vie, ils avaient peu marchandé celle de leurs soldats. La fureur de l’attaque, l’énergie de la résistance expliquent la nature et l’énormité de pertes éprouvées par les deux partis, surtout par l’armée royale (I) en même temps qu’elles permettent de comprendre le résultat de l’entreprise. Cette manière de combattre laissait une chance à l’héroïsme, et cette chance avait été pour les Rochelais.

Voici, d’après les documents officiels recueillis par M. Genet, la composition et les pertes des deux armées. Le recensement fait par La Noue, le 9 février, porte :

Hommes Total
8 compagnies urbaines de 200 1600
5 grandes compagnies d’étrangers réfugiés 120 600
4 petites compagnies d’étrangers réfugiés. 50 200
1 compagnie du maire, formée de tout le corps de ville et des principaux habitants 150
1 compagnie de cavalerie 200
1 compagnie de gentilshommes et officiers. 100
1 compagnie de pionniers 125 250
22 3.100

L’armée royale avait reçu à diverses reprises et avant les derniers assauts :

Infanterie 27.000 hommes
Suisses 6.000 —
Cavalerie 1.500 —
Canonniers 300 —
Pionniers 3.000 —
Charretiers conducteurs 600 —
Troupes de marine 2.000 —
Total 40.400 hommes

Les Rochelais eurent environ 1.300 bourgeois ou réfugiés tués, parmi lesquels il faut compter 28 pairs ou échevins. Le maire, Morisson, dont l’énergie et l’activité aidèrent si puisramment au salut de la patrie, mourut, peu de jours avant la levée du siège, des suites de ses fatigues.

L’armée royale perdit en tout 22.000 hommes. Plus de 10.000 avaient péri sur la brèche ou dans diverses rencontres, et parmi eux on compte 200 officiers, 50 capitaines dont le nom avait marqué dans les guerres précédentes et 5 mestres de camp.

On voit que les pertes durent être dans les deux partis presque proportionnelles au nombre, et que ce siège coûta la vie à la moitié de ceux qui y prirent part, soit, comme assiégeants, soit comme assiégés.

Imiter le duc d’Anjou, c’était vouloir se heurter aux mêmes obstacles et s’exposer à échouer comme lui. Aussi Richelieu, décidé à détruire en France le parti protestant, qu’il soutenait en Allemagne, suivit-il dès d’abord une toute autre tactique. Pour ne rien laisser au hasard dans ce terrible jeu de la guerre, il changea le siège en blocus. Par ses ordres, un fossé de six pieds de profondeur, de douze de largeur et de trois lieues de développement, fut creusé autour de La Rochelle, et vint déboucher des deux côtés à l’entrée de la baie. Derrière ce fossé s’éleva un parapet flanqué de dix-sept forts et d’un plus grand nombre de redoutes armées d’une formidable artillerie. Quarante mille hommes d’élite commandés par les plus habiles généraux du royaume campèrent en dehors de ces lignes, avec ordre de ne combattre que pour repousser les assiégés, et des châtiments sévères infligés aux plus ardents apprirent bientôt à l’armée que c’était là un ordre sérieux, [7]..

Tranquille du côté de la terre, Richelieu s’occupa de la mer. L’anse au fond de laquelle était bâtie la ville séparait les deux extrémités de l’enceinte précédente par un canal d’environ 1.400 mètres, que les navires de La Rochelle franchissaient malgré le feu des batteries et des forts, que pouvaient tenter de traverser les Anglais, ces douteux alliés de la commune. Richelieu voulut le barrer. Sous ses yeux, Clément Métezeau enfonça des pilotis, submergea des navires chargés de pierres, et éleva sur ces fondations une digue dont la hauteur dépassait celle des plus hautes marées. Un goulet de quelques toises laissé au milieu fut défendu par deux petites jetées accessoires chargées de bouches à feu, par deux forts et par une triple enceinte de vaisseaux de guerre toujours prêts au combat, de poutres reliées par des anneaux de fer, et de navires à l’ancre dont les proues tournées vers le large et armées de longs éperons devaient arrêter les brûlots et les foudroyants [8]. Cela fait, Richelieu attendit avec la patience qu’inspire la certitude du succès.

En effet, la chute de La Rochelle n’était plus qu’une question de temps. Ses habitants, séquestrés ainsi d’une manière absolue, eurent bientôt épuisé tout ce qu’ils possédaient de vivres. La famine devint horrible. Les détails transmis à ce sujet par des témoins oculaires sont effroyables. Après avoir mangé les plus immondes animaux, après avoir essayé de remplacer le blé par des os et du bois pilé, la viande par du cuir et du parchemin, les Rochelais en vinrent à tromper leur faim avec du plâtre et des ardoises broyées. Plusieurs se nourrirent de cadavres, et l’on vit une femme mourir en dévorant son propre bras. Les morts tombés dans les rues y pourrissaient sans sépulture. Les vivants, couverts d’une peau noire et retirée que les os écorchaient, éprouvaient d’atroces douleurs au moindre contact. Vers les derniers temps du siège, il mourut jusqu’à quatre cents personnes par jour. Aussi lorsque, après quatorze mois et seize jours de siège, Louis XIII fît son entrée dans La Rochelle, il ne put retenir ses larmes, à l’aspect de tant de souffrances, dont les preuves frappaient ses yeux, malgré les précautions prises pour lui en épargner le spectacle [9]. Cinq mille Rochelais seulement le reçurent en criant grâce. Des vingt-huit mille habitants que la ville renfermait au commencement du siège [10] vingt-trois mille étaient morts de faim !

Un millier de personnes moururent encore des suites de leur misère après la reddition de la place. Ainsi de la population primitive de La Rochelle il ne resta qu’environ quatre mille âmes.

V. Les derniers temps du siège de La Rochelle (1628). Relation du nonce apostolique publiée par M. Rodocanachi (1899).

« Don inutile fait par Sa Majesté Louis XIII pendant ce siège de La Rochelle, 30 octobre 1627 » (archives de la Charente-Inférieure). Aujourd’huy dernier jour d’octobre mil six cent vingt-sept, le Roy estant au camp devant La Rochelle, désirant gratiffier et favorablement traicter le sieur André Bobiet, en considération de ses bons et agréables services, Sa Majesté luy a accordé et faict don de tous les biens meubles, immeubles et effectez, en quelque part qu’ils soient sciz et scituez, du sieur Richard, Ester Brilhouet, veufve de feu Me Jean Thomas, procureur, ses enfans, gendres et héritiers, de Daniel Barrault, du sieur de Louaille, de la veufve et enfans héritiers de feu Mme Louis Massiot, sieur de Rosne, sieur de La Jarrie, acquis et confisquez à Sa dite Majesté par leur rébellion et désobéissance n’ayant à cet effect commandé et expédier audit sieur Bobiet touttes lettres nécessaires pourveu qu’elle n’en ayt disposé cydevant en me rapportant arrest de la chambre de son Domaine pour ce establye et cependant le présent Brevet qu’elle a voulu signer de sa main et faict contresigner par moy son conseiller et secrétaire d’Estat de ses commandements et finances.

Signé : Louis
Contresigné : L. BEAUCLERC

Il résulte des termes mêmes de cette donation que les domaines confisqués furent plusieurs fois distribués et que par conséquent quelques-unes de ces donations n’eurent aucune valeur, ce qui explique l’annotation don inutile écrite au dos du parchemin. Ces libéralités en double emploi indiquent combien avides à la curée étaient les demandeurs.

Louis XIII donna aussi à un gentilhomme de la maison de Gaston d’Orléans, Nicolas Tournyer, écuyer, pendant le siège de La Rochelle, les domaines confisqués sur Nicolas Baudouin, écuyer sieur de Beloeil et le capitaine Samuel Meschinet, écuyer sieur de Richemond qui étaient au nombre des défenseurs de La Rochelle, ainsi que les actes notariés en font foi (Minutes de Cousseau chez Me Edouard Bonniot) X. Carré de Busserolles (Armorial de Touraine). 1. J. Michelet. Henri IV et Richelieu, p. 451.

« Un vieux secrétaire de Sully, qui s’était enfermé au siège et vit cette désolation, dit ce mot prophétique : « Voici les huguenots à la merci des puissances qui les détruiront. On en fera autant des peuples qui ne sont pas huguenots. » La richesse en effet, la subsistance même, iront toujours diminuant en ce siècle. La France, sous Richelieu, maigrira de sa gloire et n’engraissera pas sous Colbert. En 1709, je la cherche et ne vois plus qu’un os rongé. Est-ce à dire qu’il n’y aura aucun progrès ? On aurait tort de le croire. En ce pays de violence, le progrès s’accomplit par des voies d’extermination. Une France meurt avec La Rochelle et l’émigration de l’Ouest. Une France meurt par les dragonnades et la banqueroute. Une en 93. Une en 1815. Il y a toujours des Frances à dévorer. Puis toujours des sophistes pour la complimenter à chaque destruction. Quelle belle chose que ce pays, au moment de lutter contre l’Autriche et l’Espagne, se soit retranché son meilleur membre et détruit ses meilleurs marins [11] !

Richelieu fut haï de la nation qu’il sauva de l’invasion, et de l’Europe dont il aida la délivrance. Henri IV, qui n’eut le temps de rien faire, fut adoré de tous. La charmante auréole de la France en ce temps, la puissante attraction qui lui jetait l’Europe dans les bras, hélas ! que devint-elle alors ?

Qui désirait sous Henri IV de devenir Français ? Tout le monde. Et qui sous Richelieu ? Personne.

Le très lumineux esprit de Richelieu et, dirai-je, son âme française le firent vouloir contre sa nature l’alliance avec l’Angleterre, la Hollande, le Danemark et les protestants d’Allemagne, ce qui impliquait des ménagements pour les protestants de France. Les papiers de Bérulle, extraits par Tabaraud, montrent très bien (et les offres continuelles de Richelieu aux protestants montrent encore mieux) qu’il leur fit, malgré lui, cette guerre demandée par Bérulle et tous nos Français Espagnols, guerre qui détruisait ses projets, irritait l’Angleterre, la Hollande, ses alliés naturels. Tabaraud est précieux ici. Panégyriste de Bérulle, il prouve innocemment, mais prouve, que Bérulle eut l’honneur principal de cette énorme sottise, d’avoir travaillé, préparé la destruction de La Rochelle, l’amoindrissement des protestants qui eussent si bien servi contre l’Espagne [12]. ».

 Jean Guiton.

Une population entière atteint difficilement ce degré d’héroïque constance, si elle n’est soutenue par un homme d’élite qui lui souffle sa propre énergie. Ici cet homme fut Jean Guiton. Issu d’une famille d’échevins, fils et petit-fils de maires, ce célèbre Rochelais s’était d’abord exclusivement occupé des soins exigés par son commerce et par une fortune quelque peu embarrassée [13] ; mais, nommé amiral à l’âge de trente-neuf ans, il déploya tout à coup de véritables talents militaires et une indomptable fermeté. Pour son début, on le voit assaillir la flotte royale deux fois plus forte que la sienne, la mettre en fuite et lui prendre plusieurs navires. Plus tard, avec 5.000 hommes et 500 canons, il attaqua le duc de Guise, dont les vaisseaux, plus forts et armés de canons d’un plus gros calibre, portaient 14.000 hommes et 643 bouches à feu. Ce fut une bataille acharnée ; 14.000 coups de canon furent tirés en deux heures, et les deux amiraux coururent les plus grands périls. La nuit vint interrompre cette lutte inégale. Au lieu d’en profiter pour fuir, Guiton et ses Rochelais restèrent en place, prêts à recommencer le lendemain. Au point du jour arriva la nouvelle que la paix était signée. Alors Guiton alla saluer le duc de Guise et lui offrit son étendard comme au représentant du roi de France. Guise le refusa, déclarant qu’il ne l’avait pas gagné au combat. Il embrassa Guiton et dit aux capitaines rochelais [14] : « Vous estes de braves gens d’avoir ozé combattre si vaillamment ; c’est à quoy je ne m’attendois pas, et estimois que, voyant une armée si puissante, vous deussiez vous retirer sans combattre. » « Monseigneur, s’écria Guiton, jusques ici Dieu m’a faict cette grâce de n’avoir jamais tourné le dos au combat, et je me fusse plus tôt perdu par le feu que de fuir. »

De la part d’un Rochelais de cette époque et d’un homme comme Guiton, ce n’était pas là une vaine bravade. Dans une bataille navale livrée en 1625, le Saint-François, vaisseau rochelais, entouré par quatre navires royalistes, avait repoussé toutes les attaques jusqu’à ne conserver de l’équipage que son capitaine Kerquéser et cinq ou six matelots. Réduits au désespoir, ces braves mirent le feu aux poudres, et les cinq vaisseaux périrent avec leurs cinq équipages. Le brave Kerquéser et un gentilhomme, nommé de Chaligny, furent seuls sauvés. La mer jeta à la plage plus de sept cents cadavres. (Arcère.)

Tel était l’homme que les Rochelais choisirent pour chef, lorsque, assiégés depuis neuf mois et déjà à bout de ressources, ils voulurent raffermir leur propre courage [15]. Il fallait un dévouement plus qu’ordinaire pour accepter une pareille tâche, et l’on comprend les hésitations de Guiton ; mais une fois engagé, il ne faillit pas un instant. Au milieu des scènes affreuses que nous avons rappelées, il montrait à ses concitoyens un front toujours calme, presque gai. Administration intérieure, défense de la place, négociations avec l’Angleterre et le roi, il faisait tout marcher de front. Le jour, il présidait les conseils, visitait les malades et consolait les mourants ; la nuit, il faisait des rondes et commandait lui-même des patrouilles. Quelques citoyens, égarés par la souffrance, comprenant bien que seul il prolongeait cette résistance désespérée, voulurent, à diverses reprises, le frapper de leurs poignards, et tentèrent d’incendier sa maison. Guiton, sans pitié pour les espions et les traîtres, se borna à faire mettre en prison ceux qui ne s’en prenaient qu’à lui, et redoubla d’efforts et de constance. Enfin, après avoir vu la flotte anglaise se montrer deux fois et sans rien tenter, après avoir eu connaissance du traité par lequel ses infidèles alliés le livraient à Richelieu [16], voyant sa garnison réduite à soixante-quatorze Français et soixante-deux Anglais [17]

, Guiton crut avoir fait et obtenu de ses compatriotes tout ce qui était humainement possible. Alors il demanda le premier qu’on se rendit au roi, et, oubliant tout grief personnel, il alla tirer de prison un de ses plus mortels ennemis, l’assesseur Raphaël Colin, et lui remit la garde de la ville, voulant faciliter ainsi la conclusion du traité.

Les conditions en furent sévères. On laissa à ce qui restait de Rochelais la vie, les biens et la liberté de conscience : mais tous les privilèges de la ville et les remparts qui la protégeaient durent tomber en même temps [18]. Le maire et dix des principaux bourgeois furent d’abord exilés. Ils rentrèrent quelque temps après, et Guiton servit dans la marine royale avec le titre de capitaine. Il mourut à La Rochelle, âgé de soixante-neufans, et fut enterré près du canal de la Verdière, là même où s’élevaient ces remparts qu’il défendit avec tant de constance, en face de ce fort Louis, cause ou prétexte des guerres où il s’illustra, en vue de cette digue qui décida la ruine de sa patrie.

A l’exception de Colin et des quelques compilateurs qui ont aveuglément copié ses dires, tous les écrivains sont unanimes dans leurs appréciations de Guiton. Catholiques ou protestants, prêtres ou laïques, tous rendent hommage à la grandeur de son caractère, à la générosité de son coeur. Aussi son nom est-il resté populaire à La Rochelle, où l’on montre encore la table de marbre que Guiton frappa de son poignard en prêtant le serment de résister ; aussi voulut-on, en 1841, lui élever une statue, mais le gouvernement d’alors refusa de ratifier ce vote du conseil municipal rochelais [19].

Il est bien difficile d’expliquer ce refus. Craignit-on d’avoir l’air de sanctionner une révolte ? Ce motif serait mal fondé. Guiton et ses concitoyens n’étaient rien moins que des rebelles. Ils ne demandaient autre chose que l’exécution d’un contrat ratifié par une longue suite de rois, sanctionné par l’autorité des siècles et que pour leur part ils avaient toujours fidèlement observé. Le manifeste publié avant le siège fut l’expression noble et parfois touchante de leurs sentiments [20]. Ils adjuraient tous les souverains, princes ou républiques alliés de la couronne de France ; ils rappelaient que les premiers ils avaient secoué le joug de l’Angleterre « pour ne pas être comme étrangers dans le sein de leur patrie » ; mais leur ravir leurs libertés, c’était, disaient-ils, « les forcer avec violence dans le sein de l’Anglais ». Dans les plus dures extrémités, les actes de la commune rochelaise furent toujours d’accord avec son langage. Loin de se donner à l’Angleterre, elle rejeta toute idée d’annexion, et traita de puissance à puissance, se réservant tous les droits de souveraineté et s’en gageant seulement à ne jamais faire une paix séparée.

Pendant le siège, les fleurs de lis furent respectueusement conservées sur les portes, et chaque jour, au plus fort même de la famine, on priait Dieu pour la vie du roi. En un mot, fidèles malgré leur lutte armée, les Rochelais ne cessèrent de mériter le reproche que leur adressaient leurs prétendus alliés d’outre-mer, d’avoir la fleur de lys empreinte trop en avant dans le coeur. Mais cette fidélité était subordonnée à leur attachement pour leurs privilèges, et ceux-ci, inconciliables avec les progrès de la société, avec le mouvement de fusion qu’accélérait la main puissante de Richelieu, devaient fatalement périr [21]. La Rochelle avait incontestablement pour elle le droit ancien, le cardinal pouvait invoquer le droit nouveau, et peut-être est-il permis de dire que dans ce sanglant conflit l’attaque et la défense furent également légitimes.

Ce n’est pas, nous aimons à le croire, en qualité de protestant que Guiton s’est vu refuser la statue que voulait lui élever sa ville natale. Nos lois et nos moeurs plus encore n’accepteraient pas une pareille raison. Est-ce comme républicain ? est-ce comme représentant de la prétendue alliance qui, au dire de quelques personnes ; existerait entre ces deux ordres d’idées ? Nous ne saurions repousser trop hautement une telle pensée. Etablir une solidarité quelconque entre les doctrines politiques et la foi religieuse c’est méconnaître l’esprit même du christianisme qui a si nettement distingué le royaume des cieux des royaumes de ce monde, Dieu de César. Pas plus que le catholicisme, le protestantisme n’est essentiellement républicain. Un coup d’oeil jeté sur la carte d’Europe, un souvenir des dernières années, suffisent pour prouver ce fait. Tous les grands Etats protestants sont des monarchies, et la couronne y est aussi solide sur la tête des souverains que dans les Etats les plus catholiques, qu’à Rome même.

Aujourd’hui qu’ont disparu pour toujours les causes qui firent couler tant de sang ; aujourd’hui qu’une France compacte a remplacé la France morcelée d’autrefois, et que les croyants des religions les plus diverses sont égaux aux yeux de la mère commune ; rien, ce nous semble, ne doit plus s’opposer à la réalisation d’un voeu que nous avons entendu formuler par bien des bouches sans acception d’opinions ou de croyances. Guiton fut la plus haute expression des sentiments de ses concitoyens ; à ce titre, les Rochelais lui doivent une statue. L’idée de patrie s’est transformée à la Rochelle aussi bien que dans toutes nos provinces ; la France peut donc sans danger rendre hommage à ce patriotisme local qui fut longtemps le seul vrai, le seul possible, et honorer dans le dernier défenseur des franchises rochelaises, le courage et la fermeté portés jusqu’à l’héroïsme. Des souvenirs de cette nature sont toujours bons à réveiller.

La Rochelle ne s’est jamais entièrement relevée du coup terrible porté par Richelieu. A diverses reprises, ses relations avec le Canada, la côte d’Afrique ou Saint-Domingue ont ramené dans ses murs le commerce et la richesse ; de nos jours encore, ses sels, ses eaux-de-vie, ses armements pour la pêche appellent dans ses bassins de nombreux navires ; mais la population n’a pu encore se rapprocher de son chiffre primitif. Elle s’est à la fois réduite et transformée. La Rochelle ne renferme que 18.000 habitants [22] ; dans ce nombre, on ne compte guère que 1.000 protestants et à peine quelques familles pourraient-elles suivre leur généalogie jusqu’à l’époque des sièges. Les persécutions qui commencèrent dès qu’on ne craignit plus les calvinistes, la Révocation de l’Edit de Nantes et les émigrations en masse qui en furent la suite, les mariages mixtes, presque toujours contractés au profit de la religion dominante, ont amené ce résultat..

La ville elle-même a peu changé. Les rues sont encore bordées de porches ou galeries basses qui cachent les piétons, et donnent à l’ensemble quelque chose de désert et de sombre bien en harmonie avec la gravité puritaine de ceux qui les bâtirent. L’hôtel de ville, avec sa façade de pierre tout unie, avec sa porte de forteresse, ses deux tours et son cordon de créneaux et de mâchicoulis est bien la digne maison commune de ces fiers marchands qui combattirent sous Morisson et Jean Guiton. Mais des remparts qui les abritèrent, il ne reste plus que trois tours conservées par Richelieu comme autant de citadelles et reliées depuis à l’ensemble des fortifications élevées d’après les plans de Vauban. A l’entrée du port, la tour de la Chaîne et le donjon massif de Saint-Nicolas se dressent comme deux sentinelles de grandeur inégale, et leurs vieilles murailles, qui datent de Charles V, évoquent tous les souvenirs guerriers de La Rochelle. La tour de la Chaîne se rattache par une étroite courtine à la tour de la Lanterne, qui conserve encore la singulière pyramide de pierre où s’allumait chaque soir le fanal destiné à guider les navires. Une route partant de cette dernière conduit, à travers les remparts, à la promenade du Mail, vaste pelouse de 600 mètres de long, encadrée de quatre rangées d’ormes séculaires, et qui se termine à mi-côte d’une colline dont le sommet commande le port et la ville. Là on rencontre une gaie maison de campagne, une ferme et leurs jardins encaissés entre des tertres peu élevés.

Ces tertres, que la charrue tend chaque année à niveler, sont tout ce qui reste du fort Louis, de ce fort qui avala la ville, et c’est à peine si l’oeil peut deviner à quelques plis du terrain le plan des glacis ou la trace des fossés. La digue s’est mieux conservée ; les vents et les flots en ont démoli le sommet et adouci les talus ; mais quand la mer baisse, on la voit montrer une à une ses pierres bouleversées, se détacher du rivage et s’allonger peu à peu comme une ligne noire qui semble vouloir barrer encore l’entrée du port.


[1Appelé à La Rochelle en 1853 par l’étude des animaux marins, A, de Quatrefages de Bréau mit ses loisirs à profit pour « étudier sur place le passé de cette ville, à qui il n’a manqué peut-être pour jouer le rôle d’une des grandes républiques italiennes, que de ne pas se trouver écrasée entre la France et l’Angleterre »...

[2Ce banc de rocher, sur lequel furent construits la tour et plus tard le château, valut à cette ville le nom latin dont le nom actuel n’est qu’une traduction : Rupella, petit rocher.

Histoire de la ville de La Rochelle et du pays d’Aulnis, composée d’après les auteurs et les titres originaux, par Arcère, de l’Oratoire, 1756.

Ernest Jourdan a retrouvé, en 1856, dans les archives de Bayonne et publié dans les Annales de l’Académie de La Rochelle, en 1863, le statut primitif de la commune rochelaise. Il résulte de ce travail qui a obtenu une médaille en 1864, au concours des Sociétés savantes, que, contrairement à l’opinion à laquelle Augustin Thierry avait ajouté son autorité, la commune rochelaise n’a point été instituée en 1199 par Aliénor d’Aquitaine, mais qu’elle remonte à Guillaume X, père d’Aliénor, comte de Poitiers, et qu’elle a servi de modèle à la charte dite de Rouen.

[3La constitution rochelaise fut assez profondément modifiée par François 1er en 1535 et rétablie dans sa forme primitive treize ans après, par Henri II. A part cette espèce de suspension, elle s’est conservée presque sans changement de 1198 jusqu’à 1628.

[4Histoire du siège de La Rochelle par le duc d’Anjou en 1573, par A. Genet, capitaine du génie. L’auteur de cette relation, faite surtout au point de vue militaire, a réuni dans son travail tous les documents laissés sur ce siège. C’est de lui et du Père Arcère que nous avons extrait le résumé qu’on va lire.

[5François de La Noue (1531-1591) de l’aveu du Père Arcère « aussi honnête homme que grand homme de guerre, habile capitaine comme César et savant comme lui, sut manier également l’épée et la plume ; il fut militaire et auteur, et s’il fit des choses dignes d’être écrites, il en écrivit qui méritent d’être lues ». Ses Discours militaires et politiques, qui ont été souvent réimprimés, l’ont placé parmi les prosateurs les plus éminents du XVIe siècle, en même temps qu’ils nous révèlent la noblesse de son âme, l’étendue de son esprit et l’exquise délicatesse de ses sentiments. Sa vie a été, entre autres écrite par Amyrault, par Mme C. Vincens et par M. H. Hauser.

[6La conduite d’Elisabeth, pendant tout le siège de La Rochelle, paraît avoir été dirigée par le désir de voir les deux partis s’affaiblir réciproquement. A plusieurs reprises, elle laissa percer beaucoup de mauvaise volonté envers ces protestants dont la marine prenait un développement dangereux pour la sienne propre. La manière dont le commandant anglais se conduisit dans la circonstance dont il est fait mention dans le texte semble avoir été concertée à la fois pour perdre un des chefs calvinistes les plus entreprenants et pour anéantir bon nombre de vaisseaux appartenant à ce parti. Montgomery avait réuni dans les ports anglais cinquante-trois bâtiments dont seize étaient sous ses ordres immédiats et portaient des hommes à lui. Cette flotte était supérieure en nombre à la flotte royale qui barrait le port de La Rochelle, mais inférieure par la force des bâtiments. En conséquence, il avait été convenu que dans le combat deux et même trois vaisseaux protestants attaqueraient un seul vaisseau catholique. On était allé jusqu’à désigner ceux qui devaient aborder l’amiral français. Arrivé en vue du port, Montgomery marcha droit à la flotte ennemie, conformément à ce plan de bataille. Le commandant anglais, au contraire, se tint immobile au large, et Montgomery ayant à combattre seul avec ses seize vaisseaux contre toutes les forces de ses adversaires, dut s’estimer heureux de se retirer sans être poursuivi.

[7La Meilleraie, depuis maréchal de France, ayant accepté le défi qu’un gentilhomme protestant, nommé La Coutencière Bessai, avait adressé aux assiégeants, faillit périr dans cette rencontre et se retira blessé. Peut-être sa défaite fut-elle pour quelque chose dans la sévérité déployée par Richelieu, qui le fit dégrader et condamner au bannissement par un conseil de guerre. Mais La Meilleraie était cousin de Richelieu, et il obtint bientôt sa grâce (Arcère)

[8Espèces de mines flottantes, formées avec des navires maçonnés à l’intérieur, que l’on plaçait près d’une digue pour la renverser par l’explosion.

[9La Rochelle se rendit le 26 octobre 1628, mais le Roi ne rentra dans ses murs que le 1er novembre. Ces deux jours furent employés à nettoyer les rues, à enterrer les cadavres, et à distribuer des vivres à ce qui restait d’habitants.

[10Recensement officiel fait par le maire Jehan Godeffroy.

[11J. Michelet. Henri IV et Richelieu, pp. 452-453.

[12J. Michelet. Henri IV et Richelieu, p. 476.

[13Jean Guiton, dernier maire de l’ancienne commune de La Rochelle (1584-1654), par P.-S. Callot, ex-maire de la ville, 1847. Dans ce travail, très curieux à plus d’un titre, l’auteur a reconstruit, à l’aide des pièces originales conservées à La Rochelle, l’histoire entière de Guiton et de sa famille avant et après le siège de 1628, histoire qui était complètement oubliée. Un rapprochement assez curieux, à établir, c’est que l’auteur de cette notice est lui-même un descendant du célèbre Callot, lequel compte parmi ses chefs-d’oeuvre un plan du siège de la Rochelle, gravé en l’honneur du triomphe de Richelieu.

Callot « dit ce qu’il a vu dans sa vie de bohème : la cour, les fêtes et la famine, les estropiés, les bossus et les gueux, les ruses de la misère, l’universelle hypocrisie des engagements de soldats, des tueries et des scènes inouïes de pillage, des supplices surtout, la potence et la corde, les grâces du pendu, ce sujet éternel où ne tarit pas la gaieté française ». Rembrandt, l’intérieur, le doux foyer aux chaudes lueurs, les deux bonheurs de la Hollande, la famille, la libre pensée. »

[14Pierre Mervault, Joseph Guillaudeau, témoins contemporains.

[15« Vous ne savez ce que vous faites en me nommant, dit Guiton ; songez bien qu’avec moi il n’y a pas à parler de se rendre. Qui en dit un mot, je le tue. » Il posa son poignard sur la table de l’hôtel de ville, et le laissa en permanence. (J. Michelet. Henri IV et Richelieu, p. 443.)

[16Il est aisé de voir, en lisant les détails des négociations, qui eurent lieu avant et pendant le siège, que le gouvernement anglais avait compté trouver chez les Rochelais un sentiment qu’ils ne ressentaient nullement : la haine de la France, ou du moins de son roi. Buckingham avait cru peut-être faire revivre, à l’aide des troubles et des haines religieuses, le temps où l’Angleterre possédait une des plus belles contrées de la France. Ces espérances furent déjouées par le patriotisme très réel des Rochelais, et à partir de ce moment, il y eut à leur égard une froideur marquée en Angleterre. Les armements promis né furent pas faits, les secours annoncés n’arrivèrent jamais. Enfin, l’insuccès d’une tentative faite par Buckingham en personne, sur l’île de Ré (1627), entreprise dans laquelle il fut repoussé par Toiras et battu par Schomberg, acheva de le dégoûter de cette guerre, et il conclut une paix séparée, sans même en prévenir ses alliés (V. l’ouvrage d’Arcère).

Parmi les Français tués le 30 octobre 1627 pendant le siège du fort de la Prée furent le cadet d’Artiganoue, Des landes, etc. La compagnie de Savignac y fut fort malmenée. Des blessés furent Pluviau, cadet du Breuil, de Guire qui menait les Enfants perdus et mourut à La Rochelle, le lundi suivant, le capitaine Bazan, d’une plaie fort douteuse dans l’épaule et comme de haut en bas, Samuel Meschinet, écuyer sieur de Richemond, au bras, l’aîné d’Artiganoue à la cuisse, mais sans fraction, et quelques autres dont on ne sait pas les noms, qu’on fit porter le lendemain à La Rochelle pour y être traités et pansés de leurs plaies. (Mervault, p. 132).

[17Au commencement du siège, la garnison se composait de douze compagnies de bourgeois, et de cinq à six cents Anglais auxiliaires (Genet). Nous avons vu plus haut que les compagnies urbaines étaient de deux cents hommes. Sur deux mille quatre cents bourgeois armés pour défendre leur ville il en était donc mort environ deux mille trois cent vingt. six.

[18Ces conditions, accordées par Richelieu, alors que toute prolongation de la résistance était rigoureusement impossible, précisent nettement le caractère de la lutte. Il est bien évident qu’elle était avant tout politique, au moins aux yeux des chefs des deux partis, Si le cardinal avait obéi surtout à l’esprit catholique de son temps, il n’aurait pas laissé aux Rochelais leurs temples et leurs pasteurs. Si le corps de ville avait mis l’intérêt de ses croyances religieuses avant celui des franchises municipales, il n’aurait pas pris contre la domination anglaise ces précautions minutieuses et parfois offensantes, qui seules peuvent expliquer ce que la conduite de Buckingham et de ses successeurs envers leurs alliés présente d’étrange et de peu généreux. (Jean Guiton, par P.-S. Callot.)

Si Richelieu eût été libre, dit J. Michelet, quoiqu’il hait les protestants, il les eût ménagés, calmés et rassurés. Il les aurait tournés vers la mer, la guerre maritime, la guerre d’Espagne-Autriche (p. 461). Dans son Histoire de l’édit de Nantes, Elie Benoît fait remarquer que le temple de La Rochelle, construit par eux sur la place du château, leur fut enlevé et donné aux catholiques pour leur servir de cathédrale, et que l’indemnité promise aux Rochelais pour les aider à construire un nouveau temple dans la ville neuve ne leur fut jamais payée, enfin que les pasteurs n’eurent plus la liberté de desservir leurs annexes hors les murs

[19La ville de La Rochelle se dispose à élever un monument à son ancien maire. Un comité d’initiative présidé par le maire a réuni les fonds nécessaires. Outre M. le maire E. Decout, ce comité est composé de MM. Alfred Vivier,juge honoraire et Beaussant, ancien préfet, vice-présidents, Blanchon, conseiller municipal, secrétaire géné]ral, J. Pandin de Lussaudière, archiviste, secrétaire-adjoint H. Chatonet, ancien adjoint, trésorier, Eug. Babut, docteur Brard, ancien adjoint, Brumauld des Houlières, Barreau adjoint, Baudoin, Bunel, architecte du département, Corbineau, architecte de la ville, Dupuy, adjoint, de Fleuriau, secrétaire d’ambassade, Dr Hillairaud, conseiller municipal, Lem, préfet honoraire, sous gouverneur de la Banque de France, Dr Mabille, ancien adjoint, Mailho, adjoint, Modelski, ingénieur en chef, Ch. Mörch,, président de la chambre de commerce, Musset, archiviste paléographe, bibliothécaire, lauréat de l’Institut, de Richemond, archiviste honoraire, Robin, conseiller municipal.

[20Pierre Mervault. Histoire de La Rochelle par le père Arcère.

[21Henri IV et Richelieu, dit. J. Michelet, allaient tous deux à l’unité nationale (suprême condition de salut), mais par des moyens différents, le premier par l’emploi, le second par la destruction des forces vives (p. 461).

[22La population est aujourd’hui entre 30 et 40.000, la création du port de la Pallice et les incessants agrandissements de la ville qui en ont été la conséquence ont ouvert à La Rochelle de nouveaux horizons et de nouvelles espérances : parc Charruyer, parc d’Orbigny, école normale et écoles de garçons et de filles, lycée de filles, agrandissement de la plage, nouvelle gare.

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