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Notice sur la ville de Maillezais (85)

D 4 août 2008     H 11:36     A Pierre     C 0 messages A 1473 LECTURES


Maillezais, aujourd’hui en Vendée, était dans la province du Poitou. Autrefois siège de l’évêché où étaient situés La Rochelle et l’Aunis, son histoire est indissociable de celle de cette dernière province.

Source : Histoire des villes de France, avec une introduction générale pour chaque province - Aristide Guilbert - Paris - 1845

La petite ville de Maillezais a bien déchu : on y trouve cependant des restes précieux. C’est ainsi qu’on peut visiter sur les bords de ses riants marais les débris d’une église et d’un château, dont l’aspect rappelle aux plus indifférents son ancienne importance.

Maillezais fut autrefois le siège d’un puissant évêché et d’un riche monastère. Son abbaye, fondée à la fin du Xe siècle, ne relevait que de Rome ; ses moines suivaient la règle de saint Benoît ; longtemps ils ne s’occupèrent que d’étude et se livrèrent avec une louable persévérance aux soins de l’agriculture. Pendant de nombreuses années, l’abbaye fut florissante ; mais au commencement du XIIIe siècle, un seigneur de Vouvent et de Mervent, le célèbre Geoffoi de Lusignan, surnommé le grand Duit, pénétra par la force des armes dans la pieuse enceinte, dont il feignit de ne pas connaître les franchises (1225). Alors, selon le vieux chroniqueur témoin sans doute de ces fatales journées, l’église de Maillezais chercha vainement un protecteur ; elle ne rencontra que des ennemis pour la frapper et la dépouiller. Cependant, en 1232, Geoffroi fut obligé de fléchir et Maillezais reprit le cours de ses prospérités. Des offrandes lui vinrent de toute part ; personne n’avait le courage de résister aux demandes des pieux cénobites. Ces faveurs ne furent pas les seules, l’abbé Godefroi de Ponerelle ayant persuadé au pape Jean XXII qu’il existait une abondante moisson dans le champ du monde et peu de moissonneurs, son abbaye fut érigée en évêché par une bulle donnée à Avignon aux ides d’Auguste 1317. Le premier évêque de Maillezais fut sacré à Avignon où était alors la cour pontificale. L’évêché de Maillezais comprit un archiprêtré, quatre doyennés, deux cent vingt-huit paroisses, cent quarante-six prieurés et plusieurs abbayes.

Les évêques de Maillezais, qui remplirent presque tous des fonctions importantes, ne siégèrent que de loin en loin dans leur demeure de Maillezais ; en effet, leur palais épiscopal sans éclat, sans grandeur, ne pouvait guère leur plaire. Cependant quelques-uns d’entre eux ne partagèrent pas cette indifférence, l’évêque d’Estissar resta presque toujours au sein de son Église. Ce fut sous ce prélat que Rabelais vécut quelque temps dans l’abbaye de Maillezais (1525) ; mais il ne put y rester, son imagination l’entraîna loin de là : déserteur du cloître, il franchit les murs du monastère pour trouver la liberté et l’indépendance qui lui manquaient. Malgré celle conduite d’Estissac l’aima toujours ; aussi, quand Rabelais partit pour l’Italie, en 1534, l’évêque de Maillezais lui recommanda les jardins de Ligugé, de l’Hermenault ; il le pria de recueillir pour lui les graines les plus rares, celles surtout qui venaient dans le royaume de Naples, car il voulait en doter ses terres de Poitou.

Sous l’épiscopat d’Henri Descoubleau sieur de Sourdis et de la Chapelle-Billouin, Maillezais entendit le bruit des armes. Le roi de Navarre, qui comprit tout le parti que l’on pourrait en tirer, alla, en 1586, se saisir de l’abbaye qui n’était gardée que par un moine et par les habitants. Sa situation avantageuse décida le puissant chef du protestantisme à en faire une forteresse, dont il donna le commandement à Châtillon d’Availles. Bientôt après Maillezais fut le théâtre d’un terrible massacre : Catherine de Medicis, afin de rompre une trêve qui lui déplaisait, y fit égorger par surprise deux régiments de troupes protestantes. En 1589, Henri de Navarre ayant repris Maillezais que son parti avait perdu, Agrippa d’Aubigné voulut rester gouverneur de la forteresse conquise, au grand regret du roi de Navarre, qui mit tout en usage pour le détourner de ce médiocre gouvernement. D’Aubigné n’en conserva pas moins sa confiance ; aussi, quand il fut question de conduire en un lieu sûr le cardinal de Bourbon, à qui les ligueurs avaient donné le nom de Charles X, on songea au gouverneur de Maillezais. Celui-ci se montra digne de cette haute confiance, en résistant avec une fermeté inébranlable à toutes les offres du duc de Mayenne. Ce fut dans la forteresse de Doignon qui dépendait de Maillezais que d’Aubigné fit imprimer son histoire universelle. L’une et l’autre place ne rentrèrent sous l’obéissance du roi que le 27 mai 1621. La cathédrale de Maillezais ayant été en partie ruinée pendant les guerres du XVIe siècle, on songea à transférer l’évêché à La Rochelle ; après de longues formalités, le 16 novembre 1666, l’évêque de Poitiers fulmina la bulle de sécularisation, et il fut ordonné aux chanoines de quitter l’habit des moines ; quelques-uns cependant ne voulurent point laisser leurs nobles ruines, et attendirent dans le silence et la solitude le moment de leur mort. Puis Maillezais tomba dans l’obscurité la plus profonde : de toute sa gloire passée, il ne lui resta que des tours solitaires, qu’une cathédrale en deuil, et les souvenirs d’un passé qui s’efface chaque jour davantage.

Maillezais, avant la Révolution, dépendait de l’élection de Fontenay et de l’intendance de Poitiers ; on y comptait environ mille habitants. Cette petite ville, ou plutôt ce bourg, situé dans une île formée par l’Autise et la Sèvre Niortaise, fait aujourd’hui partie du département de la Vendée comme chef-lieu de canton compris dans l’arrondissement de Fontenay-le-Comte : sa population s’est accrue à peu près d’un tiers, mais le commerce y est presque nul.

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