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Le cimetière d’Herpes (Charente) par Cathy Haith, du British Museum (1988)

... APPEL AUX CHERCHEURS ...

D 7 juin 2008     H 23:07     A Margaret     C 0 messages A 3190 LECTURES


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En 1988, Cathy Haith, chercheuse au British Museum a publié les résultats de ses travaux sur la collection Delamain et les objets du 6e siècle provenant du cimetière d’Herpes. Son étude a été publiée dans la Revue archéologique de Picardie (N° 3/4 – 1988), sous le titre : "Un Nouveau Regard sur le Cimetière d’Herpes (Charente)",

Elle conclut son article par un appel aux chercheurs afin de recueillir des renseignements destinés à résoudre des questions en suspens. Cathy Haith est maintenant à la retraite, mais Barry Ager, Curateur au British Museum à Londres - avec qui nous sommes en contact - pense qu’un nouvel appel par le canal d’internet, sur le site Histoire-Passion, peut atteindre de nouveaux lecteurs. Si c’est le cas, le British Museum accueillerait chaleureusement toute nouvelle information sur les objets provenant des fouilles de Philippe Delamain (1886).

Nous nous chargerons de transmettre ces informations à Barry Ager.

Dans ce but, les éditeurs de la Revue archéologique de Picardie (voir le site de l’association) nous ont aimablement autorisé à reproduire l’article de Cathy Haith sur le site Histoire-Passion.

Une traduction anglaise de cet article sera bientôt disponible sur Histoire Passion.

Un nouveau regard sur le cimetière d’Herpes (Charente), par Cathy HAITH

Revue archéologique de Picardie - N° 3/4 - 1988

Depuis 150 ans, le British Museum a progressivement acquis un matériel archéologique illustrant la culture barbare du haut Moyen Age en Europe, mais les problèmes de catalogage de tels objets sont considérables. Beaucoup d’entre eux ont été achetés à des marchands ou lors de ventes aux enchères, si bien que l’une des difficultés majeures est le manque de documentation de référence, auquel il faut ajouter le peu de détails des inventaires du musée : c’est ainsi que souvent on sait peu de chose de l’histoire de ces objets. La préparation d’un Catalogue sommaire des collections continentales (Summary catalogue of the continental collections, par Dafydd KIDD et l’auteur de ces lignes), concernant plus de 5000 objets, dont un certain nombre en provenance du cimetière d’Herpes, a donné l’occasion de rassembler pour la première fois des informations jusqu’alors inconnues sur cette collection. L’article ici-proposé est présenté comme un exemple du type de recherche mené sur l’ensemble du matériel archéologique continental avant sa publication dans le Catalogue sommaire.

Depuis sa découverte et sa fouille par l’antiquaire charentais Philippe Delamain, il y a une centaine d’années, le cimetière mérovingien d’Herpes, dans le Sud-Ouest de la France, a beaucoup intéressé les chercheurs, mais l’interprétation de ses trouvailles a été sérieusement contrariée par l’absence de documentation sur le cimetière. La préparation d’une liste des objets du site au British Museum pour le catalogue sommaire, et l’étude détaillée du matériel conservé dans d’autres collections, ainsi que la découverte en 1985 de lettres, de photographies et d’un journal de fouilles de l’année 1893 qui n’avait pas encore été publié justifient un nouvel examen des problèmes fondamentaux posés par le cimetière.

En janvier 1886, des cultivateurs trouvèrent dans un champ de luzerne des perles, des haches et des fibules ; ils les montrèrent à Delamain qui, aussitôt encouragé par la société archéologique locale et par M. Bertrand du Musée de Saint-Germain-en-Laye, acheta aux propriétaires l’autorisation d’explorer le cimetière. Le site était alors connu sou le nom de Courbillac, celui de la commune dans laquelle Herpes était situé, ce qui a parfois donné lieu à des confusions dans les publications ultérieures (par exemple Åberg, 1922, p. 95 fig. 130-131). Les tombes étaient situées de chaque côté d’une voie romaine reliée à la grande route de Saintes à Limoges qui passait à environ trois kilomètres au sud. Le seul plan de la fouille qui ait été publié (avec Delamain, 1891), ne jette pas la moindre lumière sur la disposition du cimetière. En 1890, une zone mesurant à peu près 400 mètres sur 20 avait été dégagée (Delamain, 1890, p. 374) mais, comme on le verra, la surface totale du site était probablement beaucoup plus grande. Les tombes avaient été creusées dans la marne crayeuse, jusqu’à deux mètres de profondeur, et étaient groupées avec une forte densité. Il n’y avait ni sarcophages ni cercueils, mais Delamain trouve souvent les restes d’étoffes grossières. Beaucoup de tombes contenaient de grandes dalles et quelques-unes étaient entièrement circonscrites par des blocs de pierre. Les squelettes, bien conservés, étaient étendus sur le dos, tous orientés la tête à l’ouest. Un nombre important de sépultures contenait un vase de verre ou de céramique, normalement placé à côté de la tête.

Les sépultures masculines livrèrent des couteaux avec les restes de fourreau en bois ou en cuir, souvent trouvés au niveau de la hanche gauche, ainsi que des boucles de fer, d’argent ou de bronze à la ceinture. La plupart d’entre-elles étaient de simples boucles portant un ardillon scutiforme, mais d’autres avaient des plaques décorées semblables à celles qui ont été découvertes à Charnay, en Côte-d’Or (Baudot, 1860, pl. VII-X, cité par Delamain, 1891, p. 186). Certaines tombes ont livré des fers de lance, des scramasaxes et divers type de haches placés au niveau des genoux, mais il ne paraît pas qu’il y ait eu beaucoup de riches sépultures masculines puisque dans sa publication de 1891, Delamain dit formellement qu’il n’a trouvé ni umbos de boucliers, ni angons, ni épées longues (Delamain, 1891, p. 188).

Le contenu des tombes féminines d’Herpes était infiniment plus varié, avec à la fois de l’orfèvrerie et des objets de la vie quotidienne. A trois ou quatre reprises, Delamain a trouvé des fils d’or appartenant à des voiles, et il a décrit plusieurs types de boucles d’oreilles, le plus consistant en un simple cercle de métal enfilé dans une perle d’ambre ou de verre, les autres étant incrustées de grenat ou de verre. Beaucoup de femmes portaient des colliers de perles d’ambre ou de verre ; certaines n’avaient qu’une simple perle placée sur la poitrine. Sur la poitrine aussi, on a retrouvé divers types de fibules en argent doré ou en bronze, généralement par paires mais pouvant aller jusqu’à quatre exemplaires dans une tombe. Il y avait des petites fibules discoïdes ajourées avec un décor de têtes d’animaux affrontés, des fibules aviformes ordinaires ou dotées d’un autre décor zoomorphe, des fibules à tête radiée ou à tête carée qui, comme l’a noté Delamain, étaient presque identiques à celles publiées par De Baye dans L’industrie anglo-saxonne (De Blaye, 1889, pp. 53-57, pl. III et VII, cité par Delamain, 1891, p. 191). Les femmes enterrées à Herpes portaient encore des bracelets de perles de verre ou d’ambres ou, plus communément, des bracelets de bronze ou d’argent. Elles avaient à la taille différente types de boucles, dont certaines étaient très élaborées, avec des incrustations de grenats ou de verre, et Delamain découvrit entres les genoux des châtelaines auxquelles étaient attachés des ciseaux de fer ou des pinces à épiler en bronze. De minuscules boucles d’argent ou de bronze ornaient leurs pieds et beaucoup d’entre-elles portaient des bagues, dont les plus beaux exemples furent publiés par Deloche en 1900 dans Les anneaux sigillaires (Deloche, 1900, pp. 260-272).

La première référence au cimetière paru en février 1886 dans le Bulletin de la Société archéologique de la Charente et, pendant les mois suivants, des dessins et des photographie d’objets provenant d’Herpes furent exposés (BSAC 1886, pp. XXVII, XLVIII et L.). Une lettre de Delamain à Bertrand, écrite en juin 1889, fut publiée dans la Revue archéologique de cette année : c’est elle qui donne le premier rapport de fouilles détaillé (Delamain, 1889). Delamain avait alors déjà fouillé 60 tombes qui avaient donné plusieurs centaines d’objets. La publication suivante fut un article de Delamain dans la Revue de la Saintonge et de l’Aunis (novembre 1890) : le nombre total des tombes fouillées était alors de 600 et pour la première fois paraissait une planche en couleurs reproduisant les objets du site (pl. I, à), en particulier la grande fibule ) tête carrée (pl. I A), maintenant perdue, trois autres fibules à tête carrée (pl. I, B, C, D), une fibule cupelliforme (pl I, E), et plusieurs objets qui sont aujourd’hui au British Musuem (Delamain, 1890). L’année suivante, une série d’articles furent publiés dans les Mémoires de la Société archéologique de la Charente, l’un par Delamain qui enregistre alors un total de 900 tombes (Delamain, 1891, p. 182) et trois réimpressions d’articles déjà publiés ailleurs : l’étude de Deloche sur quelques bagues (Deloche, 1891), un article de Prou sur onze monnaies d’argent trouvées dans une tombe, (Prou, 1891) et une contribution du baron De Baye sur Le cimetière wisigothique d’Herpes (De Baye, 1891). Tous ces articles furent réédités une année plus tard sous la forme d’un Album auquel furent adjointes 26 planches en couleurs représentant 144 objets (Delamain et al., 1892).

Pl. I Planche en couleurs de la Revue de la Saintonge et de l’Aunis (nov. 1890)

La publication de cette monographie, qui a les apparences trompeuses d’un relevé systématique du site entier, a contribué à égarer ceux qui ont étudié le cimetière parce qu’elle ne concerne en fait que la moitié du site. Delamain continue à fouiller après sa publications. Le compte-rendu d’une excursion faite à Herpes par la Société archéologique locale, le 11 mars 1893 (BMSAC, 1893), pp. XLII-XLIII), rapporte que Delamain ouvrit huit tombes en un après-midi pour l’édification des visiteurs, et c’est en novembre de la même année qu’il annonça dans une réunion de la société que son travail à Herpes était terminé, précisant que même les tombes situées en-dessous de la route avaient été fouillées, que ces dernières fouilles avaient accru de plus d’un tiers sa collection, et que les bijoux découverts étaient d’une qualité comparable à ceux qui avaient été déjà publiés (BMSAC, 1893, p. LXXII). Ce n’est pas dans les publications relatives à Herpes même qu’on trouvera le nombre exact des tombes qui y ont été découvertes, mais dans le rapport que fit Delamain de ses fouilles au cimetière de Biron (Charente-Maritime), publié en 1898, qui donne un chiffre total de 1600 tombes à Herpes (Delamain, 1898, p. 157). Un second volume décrivant le matériel découvert après 1891 fut projeté et Delamain autorisa De Baye à reproduire certains des objets, mais il ne fut jamais publié.

Avant la découverte du journal de fouille, la seule information conséquente sur le contenu particulier des tombes d’Herpes était le relevé fait par Delamain d’une riche tombe de femme découverte le 15 juin 1892 et illustrée dans l’Album (Delamain et al., 1892, p. 15, n° 44, 49, 58, 84, 102, 127, et Deloche, 1891, p. 206), ainsi que les détails relatifs à 18 autres tombes que Deloche publia dans ses Anneaux sigillaires d’après les information que lui avait envoyé Delamain (Deloche, 1900, pp. 260-272). La femme avait été enterrée avec un anneau d’or orné d’un polyèdre incrusté d’un grenat (pl. I, F), un second anneau d’argent portant une inscription, une paire de fibules zoomorphes d’argent doré (pl. I, G), une paire de fibules rondes cloisonnées (pl. I, H), une paire de fibules à tête radiée en argent doré et un vase en céramique. La localisation actuelle des anneaux est inconnue, bien que celui d’or ait été vendu lors de la vente de la collection Hirsch à Lucerne en 1957 (Hirsch, 1957, p. 39, pl. 51 n° 114). Une des fibules zoomorphes est maintenant dans la collection Diergardt à Cologne (Werner, 1961, p. 49, n° 275, pl. 44), les fibules cloisonnées sont au Metropolitan Museum de New York (De Ricci, 1911, p. 9, n° 13-14, pl. II). Le vase en céramique et l’une des têtes radiées sont au British Museum. L’autre fibule, acquise par le collectionneur allemand Diergardt, et donnée au Museum für Vor-une Frühgeschichte de Berlin en 1907, a disparu pendant la guerre (Kühn, 1940, tome I, p. 229, n° 5 ; tome II, pl. 91, n° 25 ;5). Une pierre de touche gravée avec inscription (British Museum), reproduite par Deloche et trouvé en avril 1893 dans une tombe masculine doit être associée selon lui "à trois tenons d’argent curieusement découpés et ciselés, un poignard assez long avec garniture de cuivre repoussé et des débris de sa gaine, deux boucles en argent et une boucle en bronze, et une magnifique plaque d’argent avec dessus en or orné de filigranes d’une grande délicatesse" (Deloche, 1900, p. 364). Mais malheureusement aucune autre trouvaille que les anneaux répertoriés par Deloche n’est illustrée, si bien qu’il est impossible de les identifier avec une certitude absolue, même s’il y a des candidats possibles dans les collections du British Museum.

Le fait que Delamain avait pu fournir à Deloche les dates auxquelles les tombes avaient été fouillées, ainsi qu’un sommaire de leur contenu, et cela souvent plusieurs mois après leur découverte, suggérait qu’un rapport de fouille avait été tenu. Aussi doit-on se réjouir de la découverte dans une collection privée du journal écrit par Delamain lui-même entre le 18 février et le 5 mai 1893, et décrivant le contenu d’un centaine de tombes d’Herpes. Mais comme toute la documentation concernant Herpes, il n’est pas facile à interpréter : les 62 premières tombes y sont enregistrées individuellement ou par petits groupes : ensuite les tombes 63 à 80 y sont présentées d’un bloc. Elles ont livré un total de 70 objets, dont seuls les plus remarquables sont décrits avec quelque détail, mais sans que soit précisée la tombe d’où ils proviennent. Le 5 mai, le journal s’achève par l’évocation d’un bloc de 20 "tombes mêlées" : une fois de plus, seuls certains objets sont évoqués – mais il est possible de reconstituer le contenu de deux des tombes, car chacune contenait une bague publiée par la suite par Deloche avec les objets qui leur étaient associés.

Les problèmes posés par ce document sont multiples. Est-ce un véritable journal de fouille, ou une liste compilée plus tard ? Il n’y a pas d’illustrations, les descriptions sont superficielles, usant d’un vocabulaire limité, et on doit se rendre à l’évidence que, dans un cas au moins, une tombe décrite dans le journal apparaît dans l’ouvrage de Deloche avec un matériel légèrement différent (par exemple Journal de fouilles, tombe n° 19, Deloche, 1900, pp. 263-4, n° 15, CCXXXI). Mais une fois posées ces limites, que nous apprend le journal de fouilles ? Si l’on retient le chiffre final de 1600 tombes qui nous est donné dans le rapport du cimetière de Biron, nous n’avons ici que 6% du total. Il serait tout à fait aventureux d’extraire des statistiques valables d’un échantillonnage aussi ténu et de les appliquer au site entier ; car on ne peut savoir à quel point il est représentatif, même s’il est clair que Delamain trouva un matériel comparable dans cette période de la fouille.

Un des traits le plus frappant du journal est qu’on voit à quel point Delamain s’est personnellement impliqué dans la fouille, à la différence de beaucoup de ses enthousiastes contemporains qui se contentaient d’envoyer d’autres fouiller à leur place et se bornaient à recueillir les résultats. Les noms des fouilleurs sont écrits face à chaque tombe ; ils incluent des membres de la famille et des amis, et le journal est rempli de commentaires sur les circonstances et les difficultés rencontrées. Le site paraît avoir été beaucoup perturbé ; il est question le 20 février d’un "mélange extraordinaire d’os sans aucun objet" : deux tombes sont signalées "sous l’eau" et on a déjà relevé les 20 "tombes mêlées" ouvertes le 5 mai.

Le 5 avril, il déplore : "Malchance ! On est à la voie romaine". Ce constat pose non seulement la question de l’exacte nature de cette voie courant à travers le site mais aussi celle de la datation des tombes – à savoir s’il s’agissait d’un cimetière à part entière, ou d’un site réutilisé à intervalles plus ou moins réguliers depuis l’époque romaine tardive. La collection Delamain comporte une certaine quantité de matériel précoce, en particulier de verre romain tardif, et il se peut que ces trouvailles aient été concentrées dans un groupe bien individualisé de sépultures anciennes, et non dispersées en tant que matériel réutilisé dans un contexte mérovingien. Mais dans l’état présent de la documentation, le problème ne peut être résolu.

En ce qui concerne la richesse relative des tombes, il n’y a que le n° 15 du journal décrit comme "une tombe très riche d’homme" qui ne soit pas publiée par Deloche. Elle contient une boucle de bronze, un grand couteau, une aumônière de bronze ornée, un ornement de ceinturon, une boucle d’argent et de grenats, et deux petits couteaux. Les dix autres tombes bien dotées – huit de femmes et deux d’hommes – recensées par le journal, sont toutes répertoriées dans Les anneaux sigillaires avec les trouvailles correspondantes (Deloche, 1900, pp. 60-272). La plus belle recensée par Delamain sous le n° 19, "l’une des plus belles tombes" livra "1 globe de cristal entamé d’argent, 1 fibule à têtes d’oiseaux digitée à deux têtes opposées au centre, 1 fibule d’argent scutiforme, 2 boucles d’oreilles d’ambre et d’argent, 4 perles diverses, 1 cure-dents-cure-oreille, 1 beau verre cornet travaillé, divers fragments, et la belle bague d’or". En dehors de ces onze tombes, on a l’impression (et étant donné l’impossibilité de tirer une statistique du journal, ce ne peut être qu’une impression), que la plupart des tombes avait un contenu bien moins important, peut-être une boucle, un couteau ou quelques perles. Etant donnée la façon dont la liste dégénère vers la fin en entrées massives de plusieurs tombes, on ne peut préciser le nombre de tombes totalement dépourvues de mobilier. Pour ce qu’on peut en savoir, c’est-à-dire pour les 62 premières tombes, le chiffre tourne autour de 8%.

"Un globe de cristal entamé d’argent" ; des objets aussi remarquables sont relativement rares dans les tombes mérovingiennes, et il est tentant de supposer que la grande boule de cristal de la collection Delamain, aujourd’hui au British Musuem, fait partie de cet ensemble, mais en l’absence de preuve concrète, une telle identification doit rester hypothétique. En négligeant toutes les trouvailles publiées avant 1892, et en examinant toutes les collections de musées qui possèdent du matériel en provenance d’Herpes (Londres, Cologne, Berlin et New-York*), ainsi que les 15 photographies de 70 objets trouvées avec le journal de fouilles, on peut passer des heures entières à essayer de confronter les objets qui subsistent avec les descriptions du manuscrit. Est-ce cette fibule (pl. II, A), originellement au Museum für Vor-une Frügeschichte de Berlin (Kühn, 1974, tome I, p. 958, n° 7, tome II, pl 27 ;7) qui est "la fibule à têtes d’oiseau digitée à deux têtes opposée au centre" trouvée avec la boule de cristal dans la tombe 19 ? Est-ce que la petite fibule à t$ete carrée qui figures sur la même planche (pl. II B), aujourd’hui au Metropolitan Museum de New-York (De Ricci 1911, pl. IV, n°42), est "la fibule d’argent cruciforme" provenant de la même tombe ? Est-ce que le fermoir d’aumônière (pl. II, C) maintenant au British Museum est "l’aumônière de bronze orné" accompagnée par "la boucle d’argent et grenates" provient de "la tombe très riche d’homme" ? Il n’y a malheureusement pas de réponse définitive.

On pourrait facilement multiplier les exemples : mais, plutôt que s’abandonner à de vaines spéculations, mieux vaux se limiter à l’étude de la seule tombe du manuscrit susceptible d’être partiellement reconstituée. Le 15 mars 1893, Delamain ouvrit une riche tombe de femme (n° 321). L’entrée dans le journal précise qu’elle contenait : "une bague ruban en bronze, aux pieds une cuvette en bronze, aux cuisses une fibule ronde, cupule en cuivre doré, au buste deux fibules d’argent doré, dont une curieusement raccommodée, à la tête une fiole en verre pleine des traces d’un liquide rouge, et à droite un superbe seau en bois, cerclé de bronze doré, et mis en mille pièces et renfermant lui-même un verre à cornet, brisé mais raccommodable". L’anneau fut plus tard publié dans Deloche (Deloche, 1900, pp. 264-5, n° 16, CCXXXII), avec un complément d’information, fondé sur une lettre de Delamain du 18 janvier 1894 dont une copie existe encore, qui précise que la cuvette on bronze avait 30 centimètres de diamètre, que les "fibules d’argent" étaient des "fibules cruciformes en argent doré". Dans la lettre originale, dont la copie a été faite par Delamain lui-même, il précisait qu’il avait exposé un dessin du seau à l’une des réunions de la Société des Antiquaires de France en juin 1893. Heureusement, ce dessin nous est parvenu, ainsi que deux photographies annotées "Herpes, mars 1893", l’une représentant le seau (pl. III), l’autre un vase de verre (Pl. IV) qui pourrait bien être "la fiole en verre pleine de traces d’un liquide rouge". Les deux objets sont au British Museum : la fiole présente encore un dépôt brunâtre à l’intérieur, le seau est encore en "mille pièces", mais il est en cours de restauration dans le laboratoire du Musée. Découvrir les autres objets pose problème : disons simplement qu’il existe des candidats possibles dans le matériel d’Herpes, mais que la preuve décisive manque.

Delamain continua à jouer un rôle actif dans l’archéologie locale pendant les années 90, et s’il ne publia pas d’autres informations sur le site, celui-ci continua à faire l’objet de discussions entre d’autres chercheurs qui exprimèrent des opinions très différentes sur la datation et l’origine du matériel découvert. En 1891, la publication de l’article du baron De Baye sur "le cimetière wisigothique d’Herpes" (De Bay, 1891) lança une controverse qui allait durer pendant plusieurs années. Il était convaincu que Herpes était un cimetière wisigothique, et il reçut d’emblée le renfort de Barrière-Flavy (Barrière-Flavy, 1892, p. 199), tandis que d’autres, comme Lièvre, conservateur de la bibliothèque de Poitiers (Lièvre, 1894), dataient les trouvailles du VIe siècle et considéraient le matériel comme essentiellement franc. Bien qu’il y ait quelques objets wisigothiques d’Herpes dans les collections du British Museum, la recherche moderne a largement accrédité l’interprétation de Lièvre. Dans cette partie de la France caractérisée par des sépultures à sarcophages avec peu de mobilier, Herpes se présente comme un site exceptionnel à la fois par le mode de sépulture et par l’abondance des trouvailles. L’exemple n’est cependant pas tout à fait isolé : il appartient à toute une série de "cimetières à rangées" situés entres Saintes et Angoulême, dont le matériel suggère l’introduction massive au début du VIe siècle d’un élément franc dans la population indigène.

Pl.II reproduction de la photo originale par Delamain

Sans entrer dans le détail de ce vaste débat, qui a déjà été opportunément exposé par James dans son travail sur les cimetières mérovingiens de la Gaule du Sud-Ouest (James, 1977), et par Maurin dans sa thèse inédite (Maurin, 1968), sur les cimetières de la région charentaise, je voudrais examiner l’une des question majeures soulevées par Herpes : le matériel anglo-saxon du cimetière. Cet apport anglo-saxon a d’abord été identifié par De Baye, dont l’ample connaissance qu’il avait des antiquités lui a permis de comparer ces objets avec le matériel provenant de sites comme Harnham Hill ou Chessell Down (De Bay, 1891, p. 232). Le parallélisme entre les trouvailles d’Herpes et les soi-disant zones ’jutish’ du Kent, du Hampshire et de l’ile de Wight, a amené quelques érudits à décrire imprudemment Herpes comme une colonie anglo-saxonne dans une région de France qui n’a pratiquement donné aucun autre matériel anglo-saxon. Diverses explications ont été proposées pour justifier cette remarquable concentration de matériel anglo-saxon à Herpes : émigration en provenance du Kent, qui avait la faveur de Leeds (Leeds, 1936, pp.56-7), exogamie, suggérée par Chadwick (Chadwick, 1958, pp. 21-25) ; ou la plus récente analyse, (Henri-Martin et de Saint-Mathurin, 1962-3, p. 128), qui y voit plutôt la conséquence de contacts commerciaux. Le travail réalisé ces dernières années sur les cimetières de la France du Nord – c’est-à-dire sur une zone bien mieux placée pour livrer du matériel anglo-saxon – a considérablement augmenté le nombres des trouvailles enregistrées (Pilet, 1975 ; Lorren, 1980 ; Seillier, 1983 ; Piton, 1985, pp. 203-205, 247-249) et il se peut que les fouilles scientifiques à venir achèvent de briser l’isolement d’Herpes sur la carte de distribution des trouvailles.

Le British Museum possède quelques objets anglo-saxons ou assimilables en provenance du site, comprenant neuf petites fibules à tête carrée incrustées de grenat, une autre petite fibule à tête carrée d’argent doré, une petite fibule ansée avec une tête semi-circulaire et un pied triangulaire, une fibule ansée symétrique d’argent doré incrustée de grenats et à décor animalier de Style I, et une boucle avec plaque rectangulaire incrustée de quatre grenats lentiformes. Tous ces objets ont été répertoriés par Vierck en 1970 dans sa recension du matériel anglo-saxon trouvé sur le continent (Vierck, 1970, pp. 367-8). A ceux-ci peuvent être ajoutées une paire de bases de fibules discoïdes publiée par Evison (Evison, 1978, p. 981), une autre fibule ansée d’argent doré, une fibule cupelliforme, une fibule annulaire du type ’quoit brooch’ et une plaque-boucle en fer incrusté.

Pl. III dessin du baquet par Delamain (mars 1893)

Dix autres pièces, incluant la grande fibule à tête carrée qui fut l’une des premières trouvailles du cimetière, se trouvaient au Museum fûr Vor-und Frûhgeschichte de Berlin, mais furent détruites pendant la guerre.* Heureusement, le registre du musée a survécu et il est possible de constituer cet ensemble de matériel, et même, grâce à d’autres publications et à quelques photos de Delamain, d’en avoir un aperçu détaille. Le premier objet est une fibule cupelliforme de bronze doré décorée d’un dessin en étoile avec un cabochon de pâte de verre rouge au centre (Pl. II, D et Åberg 1926, p. 26). Il y avait deux fibules cupelliformes, dont l’une apparaît sur une photo, mais dont l’autre, plus petite et endommagée, ne figure nulle part ailleurs (Åberg, 1926, p. 27, note 2). La grande fibule à tête carrée, une autre fibule à tête carrée de dimension moyenne et une troisième munie d’un bord ouvragé ont toutes été publiées sur la planche en couleur de la Revue de Saintonge et de l’Aunis en 1891 (Delamain, 1891, n° 2, 3 et 24 et ici Pl. II), deux petites fibules à tête carrée (Pl. V, à), qui selon les photos on été trouvées en mars 1893 et une paire de plaques de ceinture en Style I décorées de grenats rectangulaires complètent l’ensemble (Åberg, 1926, p. 118 et ici Pl. V, B, C).

Il y a trios autres petites fibules à tête carrée sur les photos, dont l’une reste non identifiée et dont les deux autres (Pl. II, B) peuvent bien figurer dans la collection Pierpont-Morgan au Metropolitan Museum de New York, avec la très imprécise attribution à la ’France du Nord’. Ces deux fibules appartiennent à une groupe plus large de matériel anglo-saxon dans la collection (De Ricci, 1911, n° 44, 45, 47-9) et comme d’autres objets en provenance d’herpes figurent dans la collection de New York peuvent être identifiés grâce à l’Album de 1892 et aux photos (par exemple Delamain et al., 1892, n° 24, 44, 96), il est possible que ces fibules viennent du cimetière, bien qu’il n’y ait pas de preuve définitive.

Avec la documentation dont on dispose, quelles conclusions peut-on tirer de cet ensemble de matériel ? Si l’on accepte l’idée que Delamain progressa régulièrement à travers le site, il paraît que ce matériel devait être distribué sur l’ensemble du cimetière. Parmi les premières trouvailles, se trouvaient des pièces anglo-saxonnes ; il y en a dans l’Album (Delamain, et al., 1892, n° 26, 36, 83, 87, 89, etc…). En 1893 encore, le journal de fouilles comporte plusieurs références à des objets anglo-saxons, et il y a l’argument complémentaire des objets associés au matériel anglo-saxon, mais elles sont parfois suspectes.

Dans une lettre du 20 avril 1886, adressée ) Bertrand, Delamain donne les détails de deux tombes contenant des objets anglo-saxons. Les photos qui accompagnaient cette lettre ont disparu des archives du Musée des Antiquités nationales ) Saint-Germain-en-Laye mais une copie en subsiste dans les papiers de Delamain, permettant de reconstituer les ensembles. Suivant la lettre, une première tombe contenait "une pointe en fer, une hache, un ardillon de boucle en argent massif, une boucle en bronze doré ornée des trois plaques en cristal de roche, une boucle, en bronze, revêtue d’une épaisse plaque d’argent, une boucle en argent, deux fibules en bronze doré, une fibule forme oiseau en argent pur, l’œil un petit cabochon de grenat, des perles en verre et un vase en terre", mais cela ne semble pas constituer un ensemble homogène, puisqu’il y a à la fois des objets de tombes masculines et de tombes féminines. La seconde tombe donna "une fibule dorée ornée de 4 plaques de grenat, une fibule forme oiseau en argent, l’œil formé d’un cabochon de grenat, une autre petite fibule oiseau, une boucle ornée de dessins en argent ou en alliage d’argent, une boucle en argent, une grosse perle en verre, quelques petites perles, 7 ou 8 boules en ambre et un vase en verre très mince que malheureusement le pic de l’ouvrier a brisé en morceaux trop petits pour être rassemblés". Ce groupe présente plus de crédit pour l’attribution à une unique tombe de femme, mais l’une comme l’autre comptent parmi les premières tombes qui ont été fouillés par des ouvriers et non par Delamain lui-même.

Une autre lettre, datée du 9 décembre 1886 donne les détails des objets trouvés avec la grande fibule à tête carrée, et il est de nouveau possible de les identifier sur la photo : mais le problème est toujours le même puisqu’il écrit : "Tous les objets dont je vous envoie la photographie et bien d’autres brisés ou sans intérêt étaient dans la même sépulture. Malheureusement on a bien gardé les objets mais les os ont été mêlés avec les autres provenant d’autres cadavres". Selon Delamain, la tombe contenait "un bracelet en argent, un second bracelet en argent formé d’anneaux en forme de 8, deux agrafes en argent formant la paire, une boucle en argent ciselé ornée de grenats, un objet rond tout orné de grenats, une boucle toute incrustée de pierres blanches, un petit vase en terre rouge grand comme une pièce de 5 francs et enfin une magnifique agrafe en argent ciselé ornée de 10 grenats.

Au moins cinq tombes du journal de fouilles semblaient avoir donné du matériel anglo-saxon. Par exemple la tombe n° 10 contenant : "une fibule cruciforme, une fibule carrée en argent doré, une fibule forme têtard, un anneau en bronze, deux anneaux en argent, une boucle commune, des perles en verre bleu foncé et un grand bassin en bronze", et on a déjà relevé la tombe n° 32 avec le seau, qui contenait "aux cuisses une fibule ronde, cupule en cuivre doré, au buste deux fibules d’argent doré". Le 1er avril, Delamain trouva deux fibules à cupule simple mais de grande dimension qui peuvent être les bases de fibules discoïdes au British Museum, ainsi qu’une fibules "tête barbare en cuivre doré" qui est sans doute une fibule à bouton – peut-être l’une des deux de la photo de mars 1893 (Pl. V. D, E) qui présente aussi une petite fibule à tête carrée (Pl. V. A) et les deux plaques de ceinture (Pl. V. D, C). Cependant, bien que le matériel anglo-saxon du cimetière paraisse être plus substantiel qu’au premier coup d’œil, l’ensemble des objets (et il est remarquable qu’ils apparaissent groupés dans des tombes particulières), a pu être attribué à moins d’une douzaine de tombes. On est donc loin d’une colonie anglo-saxonne.

Je voudrais enfin examiner l’historique de la collection Delamain, pour tenter d’évaluer le matériel qui subsiste. La plupart de la collection Delamain fut achetée par le marchand parisien Houzeau en 1901 pour le collectionneur Edouard Gilhou. Celui-ci garda pour lui les bagues provenant du site, le reste fut mis en vente en mars 1905 (Guilhou, Collection, 1905), et c’est à cette vente que MM. Rollin et Feuardent achetèrent le matériel qui est ensuite parvenue au British Museum. Certains objets cependant – tels que des fibules aviformes et à rosettes – n’apparaissent pas dans les collections du Musée. Guilhou n’a pas acquis l’ensemble de la collection parce que Delamain garda quelques objets qui furent vendus après sa mort, en avril 1902, à plusieurs acheteurs intéressés.

Une note dans les archives du Musée précise qu’avant la vente, quelques-unes des meilleures pièces avaient été retirées, réduisant considérablement la valeur de la collection, qui put être vendue en un seul lot pour la somme de £264 13s 8d. La collection du British Museum contient 1161 objets, dont tous ne sont pas de date mérovingienne : seule 8% du matériel peuvent être avec certitude attribués au site d’Herpes : et le classement des objets par types, aussi bien dans le lot de la vente que dans leur enregistrement au Musée, a achevé de détruire les associations originelles, même si notre documentation dit que les associations de trouvailles avaient été soigneusement enregistrées. L’existence de trois vases de céramique portant la mention de "Biron", parmi les objets attribués à Herpes dans le registre du Département, montre que quelques pièces peuvent bien provenir d’autres sites. Biron, qui fut publié par Delamain en 1898, a livré 350 à 400 objets, mais l’absence totale d’illustrations dans le rapport empêche de trouver une solution au problème.

Pl.IV vase en verre photographié par Delamain (mars 1893)

L’échec du British Museum dans l’achat de toute la collection d’Herpes ressort de la lettre que Sir Hercules Read, Conservateur des collections britanniques et médiévales envoya en novembre 1907 à MM. Rollin et Feuardent : "Voici des calques des pièces du trésor d’Herpes qui nous manquent. Selon Whelan (l’agent de Rollin et Feuardent), la collection était entre les mains d’un riche industirel qui ne gardait que les pièces dorées et frappantes. J’ai bien envie de les rassembler".

Le "riche industriel" était sans doute le collectionneur allemand Johannes von Diergardt qui, dès 1906, donna des objets d’Herpes au Museum für Vor-und Frühgeschichte à Berlin, acheta quelques autres et exposa sa propre collection, principalement au Musée de l’empereur Frédéric, ensuite à partir d’avril 1930, au Museum für Vor-und Frühgeschichte. Ainsi y eut-il dès l’origine des groupes d’objets en Allemagne, ceux de Berlin qui furent détruits pendant la guerre*, et la propre collection de Diergardt qui passa au Römisch-Germanisches Museum de Cologne après sa mort en 1934. Un catalogue des fibules de la collection, publié par Werner (Werner, 1961), enregistre 20 spécimens d’Herpes identifiés grâce aux planches de l’Album (Werner, 1961, n° 8, 9, 142, 155, 163, 210-216, 258-259, 272, 275) et il y a dans le catalogue un matériel dont la provenance n’est pas identifiée mais qui présente une ressemblance frappante avec des objets photographiés par Delamain dont la destination nous reste inconnue.

Il y a seize objets d’Herpes dans la collection Pierpont-Morgan à New York (De Ricci, 1911, n° 13-14, 17, 19, 23, 34-35, 40-43, 46, 73, 76-77, 79) qu’on peut identifier grâce à l’Album (par exemple une plaque-boucle en bronze (De Ricci 1911, n° 40 correspond à Delamain et al., 1892, n°24), ou grâce aux photos (par exemple un rivet scutiforme de la collection (De Ricci, 1911, n° 79) apparaît sur l’une des photos des archives de Saint-Germain), bien que tous portent la provenance "France du Nord". Les cinq autres fibules à tête carrée publiées par De Ricci (n° 44-45, 47-49) et la fibule aviforme (De Ricci, n° 74) sont peut-être aussi du cimetière, mais il n’y a pas de preuve définitive. On ne voit pas bien comment Diergardt ou Pierpont-Morgan entrèrent en possession de ces objets, mais il est possible que le lien ait été le marchand David Reiling de Mayance, qui acheta un nombre important de collections archéologiques françaises, car on sait qu’il vendit aux deux hommes du matériel en provenance de la Russie méridionale. Les deux autres possibilités sont Stanislas Baron cité par De Ricci (De Ricci, 1911, n° 73) ou Jacques Seligmann, qui acheta pour Morgan beaucoup d’antiquités françaises.

Herpes est un des plus riches cimetières de la France du Sud-Ouest. La découverte de cette documentation auparavant inconnue ne fournit pas de réponse définitive aux problèmes posés par son matériel archéologique. Elle soulève en réalité de nouvelles questions et reflète la nature complexe du site. Sa valeur repose sur le fait que l’on peut désormais extraire des sources publiées plus d’information qu’on le croyait possible jusqu’ici. Une telle documentation est ici publiée pour être accessible à plus de monde et dans l’espoir qu’elle suscitera les commentaires d’autres chercheurs et contribuera peut-être à la découverte d’une documentation complémentaire sur ce cimetière. Après la publication du Catalogue sommaire, où tout le matériel archéologique sera présenté pour la première fois dans son intégralité, le British Museum entreprendra une série de publications plus détaillées.

L’auteur de cet article ne put que reprendre les mots de Delamain lui-même qui, le 20 février 1890, écrivait à Bertrand : "Pardonnez-moi cette longue lettre, mais je suis peu à peu passionné pour ces fouilles et je serais si satisfait d’arriver à avoir la clé de tout cela que je cherche partout de bons avis et je ne pouvais m’adresser à des personnes plus compétentes que vous".

Pl.V reproduction d’une photo originale de Delamain (mars 1893)

[*La découverte d’objets aux musées de St Petersbourg et Moscou a eu lieu après 1988 et la publication de cet article]

APPEL AUX CHERCHEURS

La documentation concernant Herpes est cruellement incomplète et, sans de plus amples informations, plusieurs problèmes fondamentaux relatifs à ce cimetière ne pourront être résolus. L’auteur serait donc très désireux d’entrer en contact avec quiconque serait capable de répondre aux questions suivantes :

1) Existe-t-il encore des lettres, des photographies et des dessins du matériel d’Herpes dans les archives de musées, dans les bibliothèques de sociétés archéologiques locales ou nationales, ou dans des collections privées ?

2) Delamain écrivit aux principaux chercheurs de son temps, tels Barrièrre-Flavy, De Baye, Lièvre, Bertrand et Reinach. Y a-t-il des archives renfermant des papiers leur appartenant qui puissent receler ses lettres originales ? Sa correspondance avec Deloche serait d’un intérêt particulier car celui-ci n’a reproduit dans Les anneaux sigillaires qu’une seule des lettres citées de Delamain.

3) La vente de la collection et la manière exacte dont elle fut répartie entre le British Museum, Diergardt et Pierpont-Morgan demeure un véritable puzzle. Ne connaît-on rien des marchands Houzeau et Seligmann, ou du collectionneur Stanislas Baron ? N’y a-t-il pas d’archives pour les ventes de MM. Rollin et Feuardent ? Ils étaient tous deux établis à Londres et à Paris et ils ne s’occupèrent pas que d’Herpes pour le compte du British Museum, mais aussi d’un nombre considérable d’autres types d’objets.

4) Les trouvailles des fouilles de Delamain à Biron figurent-elles dans quelque musée français ou ont-elles totalement disparues. La présence dans le matériel d’Herpes conservé au British Museum de six vases de céramique avec étiquette "Biron" suggérait que la collection Delmain ait résulté d’un mélange d’objets provenant des deux sites, à moins que l’on puisse démontrer que le matériel de Biron est quelque part.

5) L’autre difficulté majeure est la localisation actuelle des bagues. Ce sont parmi les pièces les plus importantes du cimetière puisque grâce aux descriptions de Deloche les objets qui leur étaient associés ont été enregistrés. Mais elles semblent avoir disparu depuis 1937, quand la collection de bagues de Guilhou fut vendue à Londres par Sotheby’s. Il n’existe aujourd’hui en Angleterre aucun exemplaire annoté du catalogue de la vente donnant la liste des acheteurs. La seule bague qui ait réapparu depuis lors est celle d’une tombe féminine, acquise lors de la vente Hirsch en 1957, mais on ne sait rien de sa destination actuelle.

En espérant de plus amples informations sur Delamain et Herpes, les auteurs du Catalogue sommaire saisissent l’occasion pour remercier tous leurs collègues et amis de France, d’Allemagne et des Etats Unis, trop nombreux pour être cités individuellement et qui ont déjà apporté leur aide et leur soutien à ce projet.

BIBLIOGRAPHIE

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