Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

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1619 - Agrippa d’Aubign - Les aventures du baron de Faeneste - Extraits

vendredi 28 septembre 2007, par Pierre, 4427 visites.

Les Aventures de Faeneste sont crites, comme tous les ouvrages de d’Aubign, dans une langue singulire (je ne parle pas des patois) ; elle participe de l’abondance et de la verve nglige du XVIe sicle, et dj cependant on y dcouvre le commencement de cette correction qui prvalut dans le XVIIe. L’auteur, qui, parmi plusieurs prtentions, eut peut-tre celle de ne pas vouloir tre homme de lettres, a un style lui qui sent le cavalier ; toutefois sa prose porte l’empreinte de fortes tudes classiques et tmoigne d’une communication habituelle avec le peuple, le matre de langue par excellence . C’est ces deux sources qu’ont puis tous nos grands crivains.
C’est en ces termes que Prosper Mrime prsente les Aventures du baron de Faeneste, dans une dition qu’il annota et commenta en 1855.

Nous avons retenu, de cette œuvre chevele, o se mlent rflexions politiques, posies et rcits de faits divers, quelques passages concernant plus spcifiquement la Saintonge, l’Aunis et l’Angoumois.

Livre I Chapitre II - Moyens de paroistre. deffense des bottes et des roses, pennaches et perruques.

Le style d’Agrippa d’Aubign
Si vous ne voulez point discourir de chauses si hautes, vous philosophez sur les bas de chausses de la cour ; sur un blu turquoise, un orenz, fueille morte, isabelle, zizoulin, coulur du Roy, minime, tristamie, vantre de biche (ou de Nonain, si vous voulez), amarante, nacarade, pense, fleur de seigle, grisdelin, gris d’est, orang, pastel, espagnol malade, cladon, astre, face gratte, couleur de rat, fleur de pesch, fleur mourante, verd naissant, verd gay, verd brun, verd de mer, verd de pr, verd de gris, merde d’oye, jaune paisle, jaune dor, couleur de Judas, de veroll, d’aurore, de serain [1], escarlatte, rouge-sang-de-beuf, couleur d’eau, couleur d’ormus, argentin, cinge mourant, couleur d’ardoise, gris de ramier, gris perl, bleud mourant, bleud de la febve, gris argent, merde d’enfant, couleur de selle dos, de vefve resjouie, de temps perdu, fiammette, de soulphre, de la faveur, couleur de pain bis, couleur de constip, couleur de faute de pisser, jus de nature, singe envenim, ris de guenon, trespass-revenu, Espagnol mourant, couleur de baize-moi-ma-mignonne, couleur de pch mortel, couleur de crystaline, couleur de bœuf enfum, de jambons communs, de soulcys, de dsirs amoureux, de racleurs de chemine. J’ay ouy dire Guedron que toutes ces couleurs s’appellent la science de Cromaticque, et que doresenavant on s’abilleroit de couleur de physicque, comme de jambes pourries, de nez chancreux, bouches puantes, yeux chacieux, testes galeuses, perruques de pendus, et le tout la mode, sans y comprendre les couleurs de Rhtorique, et m’a dit qu’il se falloit garder de la couleur d’amiti.
Livre I Chapitre III - Arrive de Faeneste la Cour

Cavalcade travers l’Angoumois
Le cadet et moi fismes cinquante carrires l’un contre l’autre avant qu’estre arriv au Carbon Blanc : l, ne pouvans plus durer sans estriers, il nous fit acheter checun un chappelet. Nous commenasmes la Grosle nous tomber las ; Sent Sibardeau, je m’appereus que ma chaussette estoit en sang : ce qui m’y fit plustost regarder estoit que le postillon et le vallet y regardoient en riant : j’estois si eschauff que l’ardillon de l’estriere m’avoit entr dans le gras de la jambe sans le sentir. Quant mon compegnon, il se disoit avoir la fievre d’un couillon enfl, et ne couroit plus que sur une cuisse. De s’arrester pour repaistre, point de nouveles. Pour fin de conte, nous nous trouvasmes Aigre tous dux en fievre, et n’ayant plus une vaquette [2], car nous nous en estions fait pour nostre aryent [3]. Nous boutasmes couraye jusqu’ Villefagnen, o nostre grand courier nous mena chez lou Coq, nous donnant tous deux trois pistolles. Ce Coq nous fit bien traiter et ne prit pas un denier de nous : il a plus de bien lui tout seul que six barons de nostre pas, car son revenu est de quatre cinq mille escus ; le mal est que c’est sans parestre.
Livre I Chapitre XI - Du Baron de Fayolle, et du Dognon

Propos de table Surgres
Puisque vous ne voulez pas que nous parlions de la religion, j’ai vous dire que nous estions Surgeres, o nous faisions chire entiero ; estans table vis vis du Baron de Fayoles, qui est de mes braves, j’entendis que lou prepaux [4] estet d’une certaine bicoque qu’ils appellent Dongnon [5] ; les uns disoent qu’elle estet imprenable, les autres inassiegeable, les autres qu’elle estet de mauvaise apparence. Tous ces queiteines qui estaient l parloient de la surprendre, de l’assiger ; combien il cousteroit faire un pais nouveau [6] pour louger l’arme debant. Je ne vis jamais une telle confusion d’oupinions ; il me faschoit que une place sans parestre fust si malaise mettre raison. Ye me met lou coude sur table, l’oureille dans la paume, je me ride lou front, you branle la teste quatre bones fois, et puch, addressant ma parole au haut bout : Monsur, di-je, c’est un ongnon de quoi vous parlez ; ye ne vous demande qu’une livre de burre, et, foi de queiteine, ye le vous ren fricassai. Lou mot fut bien pris, car ye vous puis jurer que toutte la taulade [7] se prit rire.
Livre II Chapitre VI - Miracles de la Rochelle, de Saincte Leurine Voil qui est bien meschant. Je vous prie de me le faire escrire.
Enay. Vous l’aurez, et avec lui un qui est en mme page ; c’est du cur de La Rochelle, qui avoit empli une garce instruite faire la dmoniaque ; mais l’incrdulit des Rochelois ne lui permit pas de faire miracle, et voici ce qu’ils en disent :

Nostre cur la bailla belle

Aux huguenots de La Rochelle ;

Il mit un diable dans un corps

Et lui-mesme le mit dehors.

Elle desfguroit sa face,

Faisoit grimace sur grimace,

Et, pour miracle plus nouveau,

Trouva bien la fve au gasteau.

Nul ne peut gurir cette garce

Sinon le cur ; c’estoit parce

Que pour chasser tels ennemis,

Il faut celui qui les a mis.

Un Rochelois m’a donn cela ; l’autre me fut donn sur le lieu, comme je m’y pourmenois pour demander un miracle qui ft vrai et vraiement miracle. Je les ai tous trouvez invisibles, et c’est le point o je m’accorde avec vous pour demander le paroistre. Nous avons veu force gens gagez pour contrefaire les aveugles et les boiteux, comme le marchal de Niort, qui alla le cul dans un plateau, trois mois, pour contrefaire le malade, et le guri propos, sur la confiance que la perquisition de telle chose est malaise.

L’eveque de Xaintes a fait un trait de bon pasteur : quatre gueux, ayant contrefait les aveugles, allrent prescher leur guerison par une source nouvellement trouve Sainte-Lurine, prs Archiac. Le miracle print si bien feu que, des paroisses de six lieues environ, on y porta en deux mois prs de deux mille charretes de pierres. L’eveque alla sur le lieu, et, ayant fait enqueste, contraignit chacun de remporter sa pierre.

Livre II Chapitre XVI. - Combat de Corbineau.

Drle d’histoire Saintes
Il n’y a pas un mois j’estois loug Nostre Dame, Xentes [8] ; il avint qu’estant un pu destremp du ventre, ye mettois au soir le cul la fenestre. Un fadas [9] de seryent, nomm Corvineau, dans la porte duquel alloent quauques ourdures, m’aiant menac auparavant, m’espia si perpaux, que lui et sa femme me tirrent tout d’un temps, lui, une pistoulade sans balle, et sa femme une seringade qui m’emplit chausses et perpunt de sang. Ye m’escrie la lumire ! Y’us lou barbier, qui, aiant accomod son premier appareil, me lava toute la rgion du darr beau vin blanc tiede, et puch, ne trouvant rien, me voulut quereller, me pourta lou pung prs lou visage, me disant qu’il n’estoit poent veilet d’estubes [10], mais chirurgien des bandes [11], et que ye lui ferais raison. C’estoit un grand paillard, habile home, et y’en estois en pne ; mais ye seus par les voisins la beste qui avoit fait lou dommage : c’estet ce Corvineau, dont, pource qu’il estet estropi d’un bras et d’une yambe, ye l’appelai cheval, au Pr lou Roi [12]. Le courdelier qui ye me confessai avant aller au combat me dit gouguetes de ce paillard, et me le despeignit come le fraudeur des ruses que vous voiez en Amadis. Il se trouve donc l’assignation, dit qu’il me vouloit visiter, de crainte que y’eusse cuirasse, que fit lou despouderat [13] ? Il mit bas la bride de mon roussi, et de mesme temps lui done de la bourde [14] sur beau nez pour lui faire tourner la teste. Ye mis l’espe la men, pensant lui donner un pic [15] par dessus l’espaule ; il pare de la bourde et tourne pics sur moi ; et voil mon cheval dans lou fauxbourg des Dames : noutez que c’est un yor de march, o il y avoit force cabales. Voil mon diable aprs ; le bilen me suivoit tousjours pics et foissades [16] avec sa bourde. En chemin se trouve lou praube chanoine Roi, qui alloit Thrac ; cette meschante beste lui mit les jambes sur les espaules et embesse [17] sa yument. Voil lou puble rire, et mon Corvineau, me voiant assez enbesongn, me dit : Faittes, faittes, et vous en venez. Encor lou pis fut des pitaux qui belles peyrades, et bastons volants, vouloyent sparer le cheval et la yument, dont y’eus par l’eschine force trucs et bastonades, ce que je ne pris pas au poent d’haunur, car ce n’estoit pas bon escient ; d’aillurs force canailles qui chantaient au tour de moi Jehan Foutaquin... Que voulez-vous, ye ne peux pas tous les appeler en duel. J’oublie dire, comme il me poursuivoit, qu’il crioit victoire ! Ye n’eus patience de tout le monde que ye ne fusse appoent. Lou maire, qui faiset l’accord, habile home, m’algue son estropiement, que j’estais demur lou dernier sur le lieu, et qu’enfin s’il estoit moi, il se contenteroit ; ye fus donc pri d’oublier.
Livre III chapitre VI

Miracles du loup , et de l’hutre, et du pistolet aval.
Cherbonnire. Ventre de loup ! je trouve qu’il y avoit de la raison par tout. Mon mastre ne fut pas si heureux Paris, que deux sergens emmenrent, lui donnant du pommeau de la dague dans le croupion pour le faire aller. Il fait toujours le brave au commencement, et puis se ooufe de sa chemise [18]. L’autre jour, Villebois [19], il fut battu par un soldat, pour ce qu’il l’appeloit compagnon trop ddaigneusement. Quand il trouve des gens qui l’coutent gueule be, vous ne sauriez croire ce qu’il dit. Il contoit ces jours devant des dames comment il avoit t prisonnier des Turcs, cent lieues par del Alep ; qu’ils l’avoient, pour prison, enfonc dans une pippe, et laiss en cet tat sur le bord d’un grand rocher ; et que l, il vint un loup qui se mit pisser l’endroit de la bonde, par laquelle, avec ce grand ongle [20] qu’il porte...
(et dites que les ongles ne servent de rien) il avoit tir le poil de la queue et fait un nœud de sa grand’moustacbe gauche. .. (et voyez quoi servent les grands ongles et les moustaches qu’on porte aujourd’hui !) — Le loup se sentant pris, pour se vouloir sauver, entraine la pippe du haut en bas du rocher ; la pippe se mit en canelle, et lui eut la vie sauve, pource qu’il tomba sur le loup, et le tua. — Il maintenoit que les huitres desquelles on rejettoit la coquille en la mer se refaisoient comme auparavant, pour preuve de quoi il disoit qu’en Alexandrie, ayant mis son chiffre, qui est un double Fi [21], sur une coquille, il la trouva en Brouage trois ans aprs. — Il disoit qu’tant tomb un certain combat dans l’estang de Congnac, un brochet avoit aval son pistolet tout band ; et depuis, le brochet pris Chrac sur Charente avec le pistolet dans le ventre, il gagea cent pistoles qu’il tirerait, et n’y manqua pas. — Il a ces gageures de cent pistoles fort commandement La dernire fois que nous avons t Escures [22], il se mit en dispute avec un pauvre forat qui lui demandoit un hardit [23], pour savoir qui toit le lieutenant de Beauregard [24]. Je te gage, dit mon maitre, cent pistoles que tu as menti ! — Le pauvre diable s’en alla sans un liard et avec le desmenti.
Livre III - Chapitre XXIII. - Execution du voyage.

La scne se droule Ars, chez Josias de Brmond d’Ars
Premierement il convient savoir l’habit, qui toit d’une paire de bottines fourres de peau de livre, un haut-de-chausses de veloux cramoisi rouge, un propoint de satin bluf ; par dessus, une juppe sans manches, de demie ostade tanne [25], une robbe de tiretenne fourre de renard, un chappeau de veloux violet quatre quarres et houppes pendantes, et dessous une calotte de toile blanche picque, qui descendoit jusques aux espaules, et par une fenestre carre laissoit paroistre un fort grand nez et deux gros yeux admirans [26] toutes choses. Sa litire, double d’escarlate d’Angleterre, estoit porte par deux jumens, l’une rouge, l’autre poil d’estourneau. Il es-toit assist de son apotiquaire, nomm Riclet, chevauchant une mule entire [27], garni d’une seringue l’aron de la selle et de l’autre cost d’un pot de chambre ; le reste de son bagage estoit une petite varises verte, que son jardinier, cuisses nues, portoit pied. Le premier logis de ce convoi fut en Ars [28], ou le seigneur, son parent, le receut selon les loix qu’il lui avoit oui prescrire, et puis, ayant entendu l’expdition, et que de ce pas il marchoit la correction de la menue noblesse, l’hoste propose que le train estoit un peu trop modeste et de trop peu d’clat pour une si haute entreprise, pource, disoit-il, que sans paroistre vous ne pouvez garder vostre authorit.

Faeneste. Et vien, ye bous y tiens, au parestre ; mais ne laissez pas de suibre boste perpaux.

Endy. Je me rend vous, et vous dirai, en poursuivant mon discours, que M. d’Ars jura qu’il ne l’abandonnerait point en un si grand et si honorable dessein, et vont coucher Saugeon, que Calopse avoit mis sur ses tablettes pour avoir veu au baron de l [29] la moustache trop releve. Saugeon le receut avec toutes les civilitez qu’il se peust aviser. Le vieux baron toutes occasions branloit la leste, jettoit des œillades son cousin, conterollant les rvrences, la longueur de l’apprest, les crmonies et faons. Quand le souper fut prest, il pria Ars d’aller pisser avec lui, pour lui dire : Quand nous serons table, sans faire semblant, saisissez-vous de tous les cousteaux, car vous connoissez combien je suis colre et prompt. — Le bon cousin ne faillit pas de mettre tous les cousteaux sur son assiette, ce qu’ayant fait, et dit : Monsieur, vous estes servi , le censeur commena une harangue : — Petit rustre, petit carabin, enfant de vanit !... L dessus, il cotte toutes les indcences qu’il avoit remarques depuis son entre, comme de n’avoir couru au devant de son hoste jusques au bout du bourg ; au salut, n’avoir tenu le chapeau bas ; l rvrence, n’avoir bais que le bout du petit doigt, trouss le coude en haut, tout fait par incartade et avec un sousris hors de saison. L dessus force injures, et puis sur la longueur d’alumer du feu et l’attente du souper. Saugeon, prpar par Ars, ne respond que des excuses, et qu’il avoit est bloui par la grandeur du seigneur. Au coucher, le baron entretint son cousin du beau commencement de reformation qu’il avoit dj obtenu sur son hoste, lequel, pour marque de sa repentance, se range au train pour reformer les autres. L dessus ce livre conte un beau voyage : comme il arresta des chasseurs ; comme on punit un page qui avoit perc son pot pisser [30] ; ce qui se passa la rencontre d’un quipage plus bizare que le sien ; au conseil de Cherveux, quand il fut ador Chef-boutonne... Je ne vous saurois dire le livre, mais il me souvient du dernier acte que vous m’avez demand. Enfin, tant chevauchrent qu’ils arrivrent chez Riou, beau-frre du correcteur, o il ne trouva rien redire sur la rception ; mais sur la mi-nuit, un espagneux s’estant mis japper et hurler, ce seigneur, qui le dormir estoit cher, fait sauter Ars en place : Allez, lui dit-il, faire tout prsentement assommer le chien, et estrangler le fauconnier de cans. — Cela vaut fait, respond Ars ; et ayant un peu pass le temps avec Riou, il remonte annoncer comment le chien estoit mort, et que le fauconnier estoit mort joyeusement, puis qu’il avoit offens sa grandeur. — Vraiment, dit Calopse, je m’en repens, et cela me fait souvenir de ceux que le pape Sixte faisoit mourir, et qui respondoit ceux qui demandoient remission pour leurs parens : Andate, confortatelo, accioch moia allegramente ; io li mando la mia beneditione. Le malheur fut que quatre autres chiens se mirent japper au second sommeil. Telle fut l’impatience du seigneur, ou l’autorit qu’il avoit prise ses premiers progrs, qu’il prend un baston, descend en chemise, s’en va tirer le rideau de son beau-frre , criant : Ineptie, flonie et carabinage ineffable ! Mais ce n’est pas tout, car il commenoit la charge, quand Riou vint-aux prises ; et sa femme, resveille grand peine, pource qu’elle estoit sourde, vint au secours de son mari, empoigne son beau-frre par la manche ; lui, quitte tout pour la saisir la gorge ; Ars et Riou se mettent les desprendre, ce qu’ils ne pouvoient faire sans le secours d’un seau d’eau. Ce duel estant spar, il n’y eut humilit ni repentance qui peust empescher le reformateur de marcher la vengeance. Il se fait donc poser dans sa litire, marche droit Pons, arrive au chasteau soleil levant, ne voulut pas qu’on avertist la dame, sa cousine [31], qui, surprise en sa chambre en se voulant habiller, fut presse d’envoyer qurir la justice. Tout estant arriv, le baron ayant pris ses lunettes et ordonn que ceux qui en avoient besoin les prissent, saisit d’une main le procureur fiscal et de l’autre la dame, avec ce langage : Vous, comme procureur de l’ancienne maison, et vous, comme estant le tige fminin, jesveux que vous prsentiez justice, de vos deux mains unies ensemble, les parties nobles offenses par norme contusion, et que vous vous rendiez parties, pour voir aujourd’hui torce et arrache la racine et l’organe par lequel devoit pululer l’illustre germe de Pons, produit par succession immacule depuis Pompe [32] jusqu’ nous.— La dame et le procureur tiraient leurs mains pour ne les appliquer pas en lieu honteux ; elle, par ses pleurs, et le juge Colineau par raisons, remonstroient que sans cette actuelle prsentation, qui vituperoit et vilipendoit les faces de la dame et de la justice, elle pourrait faire droit aux conclusions. Mais le baron ayant saisi un grand couteau bayonnois [33] qui pendoit lez la braguette de Colineau , le porte aux gorges des refusans, et les contraignit choses tranges au moins, en pleurant, dcouvrir et faire exhibition. A la vrit la pice toit c moult livide et d’un regard affreux ; enfin, les rieux otrent le couteau. La lecture du procs et un oxicrate appliqu adoucirent un peu la douleur et la fureur.
Livre IV, chap VIII

Invention du Cur d’Eschilais [34] ; difference des Sermons


[NDLR : la seconde partie de ce texte est tire de La confession du Sieur de Sancy - Livre 2, chap. 2 ]
Faeneste. - Comme le Roi s’abanoit Coutras [35], je troubai un honneste homme qui s’appelle Sponde [36], Taillebourg, qui s’en retournoit. Il me mena coucher chez Monsur d’Echilais, et me douna connoissance du Curai du lieu, havil homme, ou il n’en fut yamais, et qui mettoit en practique ces instructions touchant l’accord des religions, et je bous dirai comment.

Fœneste - Doncques, lou Cur d’Eschilais qui aboit est Moine, & puis Diacre Huguenot, de l s’estoit fait Hermite, d’Hermite Preschur Reform en Bretagne, sans aboir e l’imposition des mains. Il se jetta encor dans une Avvaye debant laquelle lou Comte de la Rouchefoucaut passant abec quauques vandes, il sort lui prsenter un dizain tendant sauber l’Avvaye : lou Comte qui lou connut, lui demanda s’il composeroit vien en Comdie, en Tragdie ; aprs qu’il eut respondu qu’ou, lou Comte :
 h les feriez bous pas vien jouer aussi ?
 trs-vien Monseignur, rpond lou Moine,
 je le croi, dit lou Seigneur, car bous abez jou toute sorte de personnaes ;

& le renboya enfi, il parbint donc tre Cur d’Eschilais, & rendit Guille-Beduin [37] lou Seigneur dou liu. Quand qu’auqu’un de la Paroisse lui apportoit un enfant vaptiser, il en usoit comme bous boyez de lui amplement en la Confession de Sancy : J’admirai l’esprit de l’homme qui marioit, & vaptifoit les Papistes lur moude, & les Huguenaux la lur. [38]

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Mais pour fortifier encore mon bon oeuvre par exemple Roquelaure disoit que qui ne voudroit juger des diffrends trois coups de dez, comme Bridoye, il falloit enfermer une douzaine de Docteurs & autant de Ministres avec vivres pour un jour, & ne leur en bailler plus qu’ils n’eussent dval par une fentre leur accord bien crit & sign.
Le Cur des Eschilais disoit pourtant que ce seroit supercherie, parce que les Ministres sont accoutums de vivre petitement. Quant lui, pour ne tomber point en ces peines, il mit les religions d’accord en sa Paroisse ; & quand on lui apportoit un enfant baptiser, il demandoit de quelle Religion toient les pres & mres. S’ils disoient : Nous sommes de la Religion de nos pres, lors il couroit l’aube & l’tole, & demi vestu commenoit Adjutorium nostrum in nomine Domini. S’ils disoient qu’ils avoient la connoissance de Dieu par sa grce, il tournoit une chaise devant derrire, & mettant les mains sur le haut, il commenoit aprs l’interrogation : Notre Seigneur nous montre en quelle pauvret nous naissons tous, &c. Si c’toit un mariage, aprs pareilles questions il se mettoit sur Adjutorium, ou, Notre aide soit au nom de Dieu, &c, puis, Dieu notre pre, aprs avoir form l’homme, &c.

Voil un habile homme cettui-l, & non pas ce passionn Frre Jean Bonhomme, qui peta sensiblement de colre en la chaire, en criant sur la conversion du Roy : Courage mes paroissiens, les hrtiques sont bien estonnez ; ils n’osent plus nous appeller Papistes, ni manger de la chair en Caresme devant les gens, ils chommeront les ftes, quelques Ministres s’y accordent, ils sont devenus mols comme couilles de Lorraine, & nos bons Catholiques se roidissent comme beaux vits d’azes de Myrebalais.

[1Serain, d. de 1630. Couleur de cette vapeur froide qui se fait sentir au coucher du soleil ? Je ne pense pas qu’il faille lire serin, car je doute que les serins de Canarie fussent connus cette poque, sous ce nom du moins.

[2Une vaquette : Petite monnoie du Barn, ainsi appele parcequ’elle porte l’empreinte des armes du pays qui sont des vaches. L. D.

[3Nous nous tions divertis pour notre argent, ou nous avions dpens notre argent

[4propos

[5Le Doignon, ou le Dongnon , prs de Maill, chteau fortifi par d’Aubign dans une Ile de la Svre, et qu’il vendit au duc de Rohan en 1619. Ce chteau a t entirement dtruit.

[6Je crois que par cette expression pais nouveau d’Aubign veut dire que, les alentours du Dongnon tant extrmement marcageux, il auroit fallu, pour faire les approches, former un terrain artificiel avec des fascines et de la terre apporte de fort loin.

[7Tous les gens assis la table.

[8Au faubourg de Notre-Dame, Saintes, sur la rive droite de la Charente.

[9Un grand fat.

[10Valet de bain

[11Des bandes, c’estr- dire, je crois, chirurgien militaire.

[12On appelle Pr-le-Roi, Saintes, le terrain compris entre l’abbaye Sainte-Marie-des-Dames et la Charente.

[13L’impotent, l’estropi. L. D.

[14De la bquille. L, D

[15Coup

[16Coups de pointe.

[17Couvre.

[18C’est--dire il a peur, et se cache la figure pour ne pas voir le danger.

[19II y avoit un chteau de Villebois, prs d’Agen , appartenant au duc d’Epernon.

[20Cette mode de laisser crotre l’ongle du petit doigt subsistoit encore en 1661. Alceste dit :
Est-ce par l’ongle long qu’il porte au petit doigt
Qu’il s’est acquis chez tous l’estime o l’on le voit ?
Misanthrope, Act. 2, sc. 1.

[21La lettre Ф

[22Lescure, ce que je suppose, petite ville fortifie, prs d^Albi, dpartement du Tarn.

[23Un hardit : Monnoie de Guyenne valant un liard ou trois deniers. L. D.

[24Beauregard toit sans doute le gouverneur titulaire de Lescure. Le forat qui avoit donn Fœneste le renseignement qu’il vouloit lui avoit demand un liard pour la peine.

[25La demi-ostade toit une toffe de laine ; tanne, c’est- dire de couleur brune.

[26Dans le sens du latin ad mirari, s’tonner de quelque que chose.

[27Rtive.

[28Ars est un bourg a deux lieues de Cognac. Le seigneur du lieu toit Josias de Bremond d’Ars, baron d’Ars, etc., capitaine de cent hommes d’armes des ordonnances du roi, dput de la noblesse aux tats gnraux de 1614. — Il descendoit de la maison de Pons par sa bisaeule Franoise de Pons Rabayne. Il toit cousin du marchal de la Force, et de l’amiral de Coligny.

[29Eusebe de Campet, baron de Saujon.

[30Vilaine plaisanterie d’colier, en usage autrefois.

[31Antoinette de Pons avoit pous Henri d’Albret, baron de Miossens.

[32Les sires de Pons prtendaient descendre d’un Aelius Pontius, petit-fils du grand Pompe, et fondateur de la ville de Pons.

[33Espce de poignard dont le manche, lgrement conique et sans pommeau, peut se placer dans le canon d’une arme feu. Telles ont t les premires bayonnettes. Les chasseurs s’en servent encore en Espagne, o on les appelle cuchillos de monte.

[34Le Cur des Eschillets - Eschillais, car c’est ainsi qu’il faut lire, est un Village de Saintonge, du ressort du Pont de Xaintes.

[35Cette indication permet de situer cet pisode en 1587 : Henri de Navarre gagna une bataille Coutras le 20 octobre 1587

[36Jean de Sponde (1557-1595), lieutenant-gnral de la Rochelle (1592). Son abjuration est galement raconte par d’Aubign dans la Confession du sieur de Sancy.

[37Guille-Bedouins :du mot guille, qui signifie trompeur, & Beduins qui veut dire Assassins ou Massacreurs, parce que ces gens-l, qui croyoient qu’on les laisseroit en paix, & les Catholiques qui s’toient attendus les exterminer, se trouvrent rciproquement tromps. (Histoire ecclsiastique de Bze, Tom 2. Liv 6, page 106 & Livre 7, page 587).

[38Baron de Faneste, Liv 4, chap. 8

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