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La mdecine aux XVIIe et XVIIIe sicles dans le sud de la Saintonge

mardi 9 septembre 2008, par Pierre, 6631 visites.

Le docteur H. Vigen, mdecin et historien, avait rdig en 1908 une trs intressante tude sur l’exercice de la mdecine dans la rgion de Montguyon. Il nous fait faire une visite guide dans les mtiers et les pratiques. Passionnant.

Source : Bulletin de la Socit des Archives Historiques - Revue de la Saintonge et de l’Aunis - Annes 1908 et 1909 - BNF Gallica

Notes sur la mdecine de jadis dans la saintonge mridionale

L’art mdical tait autrefois exerc par divers ordres de praticiens : les docteurs en mdecine, les apothicaires, les chirurgiens, les oprateurs, les colporteurs de panaces. La question a t maintes fois traite par des rudits dans les recueils d’histoire mdicale. Je veux simplement rappeler ici quelques particularits sur divers personnages ayant pratiqu l’art de soigner les malades aux XVIIe et XVIIIe sicles dans la rgion de Montlieu et du voisinage.

Faute de renseignements, je ne parlerai pas des sorciers, renoueurs et rebouteux, qui devaient tre alors encore plus consults qu’aujourd’hui.

I.- Docteurs en mdecine.

C’taient les moins nombreux, et coup sr les mieux instruits, car aprs avoir fait leurs humanits, attestes au moins par le diplme de matre s arts qui terminait la philosophie, ils devaient aller achever leurs tudes mdicales, pendant plusieurs annes, aux Facults de mdecine des Universits de Bordeaux, Montpellier, Paris ou autres.

C’est ainsi que dans l’espace de deux sicles, il n’y a eu que quatre docteurs dans le canton de Montlieu et deux dans celui de Montguyon contre une centaine de chirurgiens pour la mme contre.

 Charles Dangeac, 1641-ler aot 1713, demeurant au Carrefour en Saint-Pallais, poux de Claire Moreau. Ses descendants ont t sergents, marchands, bourgeois.
 Clment Marchand, 1674-29 ami 1743, fils d’un apothicaire de Montlieu, demeurant audit bourg, puis chez Leroy en Chepniers. Il eut un fils licenci en droit civil, mort 20 ans, et une fille religieuse, puis suprieure des Dames de la Foy Pons. Ses biens, assez importants, passrent aux de Gombault, de La Forest, puis en partie aux Mlh de Fonrmis, qui les ont vendus.
 Jean-Franois Marchais, sieur de Bois d’Automne, protestant comme son oncle Pierre dont je parlerai un peu plus bas, n en 1752, reu docteur en mdecine Montpellier le 6 juillet 1772, revient exercer Montlieu, et y meurt quelques annes aprs.
 Hlie Civatte, docteur-mdecin Montguyon, mort le 4 octobre 1701, 70 ans, poux de Franoise de Fonte. Charles-Jules Civatte, son fils, lui succda dans la mme ville et y mourut g de 60 ans, le 14 novembre 1734. Ses filles se marirent dans la haute bourgeoisie du lieu, et son fils acheta une charge de contrleur des guerres qui l’admit dans la noblesse.
 Pierre Marchais, n le 2 novembre 1709 Biroleau prs Montlieu de parents protestants, ft ses humanits au collge des Jsuites Bordeaux avec son frre qui devint avocat et continua la famille, soutint sa thse de philosophie au Collge d’Aquitaine le 25 aot 1726, puis alla tudier la mdecine Montpellier, o il fut reu bachelier le 21 mars 1729, et docteur le 2 aot suivant, n’ayant pas encore 20 ans rvolus. Il vint alors exercer son art dans la maison paternelle dont il hrita, et o il mourut toujours protestant, le 24 juillet 1751.

Son inventaire donne le dtail de ses meubles et effets, montant 5.240 liv., dont 205 liv. pour 38 ouvrages mdicaux. En voici l’analyse titre de curiosit, pour montrer ce qu’tait en 1750 la bibliothque d’un mdecin saintongeais instruit.

 16 volumes in-folio, en latin ; un dictionnaire de mdecine en 6 volumes, estim 120 livres lui tout seul ; les œuvres do Lazare Rivire, de Montpellier, mort en 1655 ; de Franois Vallriola, son collgue contemporain ; d’Hercule Saxonia ; de Jacques Sylvius ou Dubois, 1478-1555, le grand anatomiste picard ; du clbre Gabriel. Fallope, 1523-1562 ; de Christophe Vega, d’Alcala, mort en 1573 ; de Jean de Gorris, parisien, 1505-1577 ; de Daniel Sennert, professeur allemand, 1572-1637 ; et le tome 4 de Galien.
 22 volumes in-4, in-12 et in-16. Thomas Sydenham de Londres, Opera ; — Ant. Heister de Francfort-sur-Mein, Anatomia ; — Jean Munnicks, d’Utrecht, Chirurgia ; — Palmarius, Pierre philosophale ; — Jean Frind, Commentaria ; — P. Dionis, Anatornie de l’homme ; — Rivire-rform par La Calonette ; - Aphorismes d’Hippocrate ; — Aphtonii progymnasmata ; — Thop. Gale, Anatomie franaise ; - Pitton de Tournefort, Matire mdicale ; — Chimie et maladies vnriennes par Ant. Deidier, de Montpellier, mort en 1746 ; — . Gurison des cancers par Deshais Gendron ; - Les Bains de Bagnres, de Barges, de Vichy et 4 ou 5 traits anonymes, non analyss.
 Enfin, quatre petits livres relis crits par ledit Marchais sur les matires de la profession, que je n’ai malheureusement pas trouvs dans les papiers de sa famille, non plus que son livre de raison alors qu’on a conserv ses diplmes et ceux de son neveu. Les formules de ces derniers tant connues, et plusieurs ayant t publies dans la Revue, je crois inutile de les reproduire.

Le rle de ces docteurs en mdecine tait surtout d’tre consults dans les maladies graves, et dans les cas o leurs confrres d’un rang infrieur, les chirurgiens, avaient en vain puis, non pas le latin qu’ils ignoraient, mais leur arsenal thrapeutique. C’est ainsi que Pierre Marchais ayant t mand Vanzac, distant de quatre Lieues, pour traiter Jean Terrien, cur du lieu, celui-ci s’tonne que son docteur n’ait pris que 6 livres par visite. On tait enclin dj, je pense, juger la qualit et la comptence d’un mdecin par le prix qu’il fait payer : plus il prend cher, et plus il doit tre savant. Ce critrium s’applique encore davantage aux mdicastres, aux voyantes et aux charlatans.

II. — Apothicaires.

Les apothicaires prparaient dans leurs officines les drogues ordonnes par les docteurs et les chirurgiens, tout comme les pharmaciens d’aujourd’hui ; mais en plus, si l’on s’en rapporte Molire, ils allaient eux-mmes domicile administrer au sige... du mal, certain remde bnin, lnitif, que l’on devine.

Ils taient peu communs dans notre contre, surtout au XVIIIe sicle. Je n’en ai retrouv que six Montlieu, un Chevanceaux, et trois Montguyon : total, dix en 200 ans.

Ainsi, Montlieu, je vois : Louis Marchais, poux de Jeanne Vigen, qui marie sa fille en 1614 avec Antoine Marchant, originaire de Saint-Jean d’Angly, protestant comme son beau-pre, et qui lui succde. Il eut lui-mme deux fils, Samuel et Louis, devenus catholiques, et apothicaires au mme bourg. Puis, la mme poque, Pierre de Bertaud et Jean Foucauld, tous deux beaux-frres de J. Gaboriaud, chirurgien ; et Samuel Viaud. Mais au XVIIIe sicle, je n’en trouve pas un seul, les chirurgiens portant eux-mmes leurs mdicaments et les administrant comme pour les saignes.

A Montguyon, Jacques Civatte, pre du docteur ; Isaac Piet, protestant, et Vincent Dessir. Au mme temps de Louis XIV, et non loin de l, Brossac, exercrent tour tour Vincent Petit, Louis Boucherie et Antoine Ballay.

A Chevanceaux, Guillaume Dupuy, qui y est de 1674 1717. Il eut sans doute des malheurs conjugaux, ainsi qu’il rsulte de l’acte suivant :

Le 6 dcembre 1674, par devant le notaire Claude Rocher se prsentent Guillaume Dupuy maistre apothicaire au bourg de Chevanceaux, et Anne Fraperie sa femme, de lui dment autorise lesquels disants que depuis un an et plus ils se sont spars l’un et l’autre plusieurs fois, sur la hayne qu’ils ont conserv l’un contre l’autre, laquelle ils ont voulu esteindre et dissiper autant qu’il leur a t possible, mais leur malheur veut que cette hayne subsiste toujours, en telle sorte qu’ils recongnaissent qu’il n’y a pas de surett leur vie, et que s’ils demeuraient plus longtemps ensemble, le dsespoir les pouroit porter se destruire, et ayant jug propos pour esviter un plus grand mal de se sesparer de corps et de biens jusqu’ ce que Dieu leur fasse la grce de les runir, de quoy ils le prient trs instamment, ont demeur d’accord de ladite sparation, qu’ils stipulent et consentent par ces prsentes, de telle sorte qu’ils jouiront chacun des biens qu’il a de son estoq... sans aucune autorisation , etc., etc. (Min. CL. Rocher, Arch. de la Char.-Inf.).

Je ne sais si la profession d’apothicaire tait alors des plus lucratives ; en tout cas elle n’est pas des plus taxes aux rles des tailles. C’est ainsi que G. Dupuy est impos en 1701 10 livres 10 sous, taux moyen des mtayers, alors que les principaux propritaires et marchands devaient payer 20 25 livres. Il est vrai que le vieux chirurgien Jacques Maugars, sans doute peu employ n’est tax qu’ 25 sous, comme les simples journaliers ; et les mendiants le sont de 1 5 sous. En 1717 la taille de ce Dupuy, comme les similaires, monte 13 livres 10 sous : preuve qu’on connaissait dj le moyen de faire enfler chaque anne la feuille des contributions.

Je n’ai pas trouv de diplme ni de contrat d’apprentissage pour aucun des apothicaires de la contre. En revanche, je possde celui d’un nomm Jacques Connil, qui est autoris exercer Royan la double profession d’apothicaire et de chirurgien.

Extrait des registres de la Cour ordinaire du marquisat de Royan :

Aujourd’huy dixime de janvier mil six cent septante cinq, durant l’expdition de l’audience ordinaire, par devant nous Louis Tourtellot bachelier en droit, juge seneschal dudit Marquisat, a comparu en sa personne Jacques Connil, matre chirurgien du prsent faubourg de Royan, assist de son procureur et en prsence du procureur de ladite Cour de cans, lequel nous a fait dire et dmontr qu’il auroit pleu Monsieur Me Anthoine Goronel, conseiller du Roy en ses Conseils et son mdecin ordinaire, commissaire gnral dputt pour l’establissement des mestrisze et jurande des apothicaires dans les ressorts du parlement de Bourdeaux, Tholoze, Grenoble et Peaux, lieutenant unique et irrvocable du premier mdecin du Roy, de pourvoir ledit Connil de l’arcq de farmatie avec pouvoir de secourir par toutes sortes de remdes et mdicquamants farmasantiques touts les mallades et autres qui lan requerront, d’exercer publiquement ledit arcq, excuter les ordonnances des mdecins, et faire toutes autres fonctions apartenant audit arcq, ainsy qu’apert par les lettres luy expdie le 25e aoust 1669, signe Coronel commmissaire, Bertrand, mdecin, et Valesture secrtaire ; et comme despuis l’obtantion desdites lettres, par certaines considrations, il a diffr se pourvoir par devant nous pour en faire faire lecture et publicquations, et prester le serment au cas requis, il dzire prsantement rparer ce dfaut, ... quoy inclinant, aprs avoir fait faire lecture desdites lettres, et ensemble des statuts dudit arcq de farmatie, nous avons fait lever la main audit Connil qui a promis et jur de bien et fidellement exercer ledit arcq de farmatie dans l’tendue du prsent marquizat, outre celui de chirurgien dont il est pourveu depuis longtemps. Nous en avons octroy acte iceluy Connil, et ordonn que copie de ses provisions, status, et autres piesses consernant ledit arcq de farmatie demouront au greffe, pour y avoir recours quand besoin sera. Ainsy fait et sign Connil, Tourtellot, Rouzeau, et de moy Guillot, greffier. (Copie en forme, papier, archives personnelles).

III. — Oprateurs.

On entendait par l des praticiens non diplms, qui s’taient cr une rputation de spcialistes habiles dans une branche de l’art de gurir, et ceux qui parcouraient le pays en exerant leur talent, ou plutt exploitant leur secret. Car c’tait un vrai secret que se transmettaient les successeurs du frre Cme, par exemple, qui taillaient les malheureux atteints de calculs vsicaux par le grand ou le petit appareil ; ou qui seuls taient assez audacieux pour abaisser, ou dilacrer le cristallin opaque des aveugles par cataracte. Dvelopper ce sujet, ce serait rentrer dans l’histoire gnrale de la mdecine.

Voici seulement au point de vue local, quelques brves indications releves de-ci de-l.

Dans les registres paroissiaux de Roch-Montlieu : du 15 juillet 1627, baptme de Marguerite, fille de Jacques Cardinal, auprateur, natif de Saint-Allys, et de Clotilde Hugon.

Dans ceux de Brossac : 14 mai 1662, inhum dans l’glise Charlotte Allin, fille de Pierre Allin, oprateur, et de demoiselle Anne Lœverier ; et 8 septembre suivant, inhum un enfant posthume de P. Allin, dit le sieur Dupas, oprateur du Roy, occuliste. Ce double enterrement dans l’glise prouve une certaine considration pour les personnes admises en bnficier.

Sur ceux de Montendre : du 31 aot 1705, mari Lonard Martorel, oprateur, 22 ans, fils de Lange Martorel, aussi oprateur, et de Franoise de L’Escot, avec Sara Mestivier, fille de marchands protestants du lieu. Pas d’enfants signals ensuite, les poux ayant sans doute continu leurs prgrinations.

En 1731, Lugras, ancienne paroisse runie celle de Bussac et hameau de 4 ou 5 feux, en pleine lande, habitait alors Joseph Merlet de Saint-Simon, mdecin-oculiste ; il tait fils d’Etienne M. matre chirurgien et cabaretier, et beau-frre de Jean Lignat, son confrre audit bourg. On voit que la dcentralisation des chirurgiens spcialistes n’tait pas un vain mot, cette poque recule.

On peut sans doute aussi ranger parmi les oprateurs extraordinaires, le cas de cette opration csarienne faite et russie Cercoux en 1752. Aussi l’heureux chirurgien croit-il devoir s’en faire dlivrer une attestation notarie. Du 14 janvier 1753, dclaration par Louise Coquillaud, femme de Guillaume Boutoulle, journalier Cercoux, qu’tant enceinte et dans un tat ne pouvoir accoucher par les voies ordinaires, le sieur Jean Vigeant, chirurgien du bourg de Montguyon (1708-1777), ayant t appel, lui fit l’opration par le ct, et tira de son corps un enfant gangren ; et 15 jours aprs, elle fut parfaitement gurie. (Acte de Fr. Gent, Contrle de Montguyon). Celte intervention, qu’on peut rattacher sans crainte la grande chirurgie, tait sans doute la premire faite dans la rgion ; et peut-tre la tentative n’a-t-elle pas t renouvele depuis.

IV. — Panaces, etc.

On dcouvre de temps en temps, dans les liasses de papiers jaunis, ou dans les vieux livres poudreux, des prospectus de remdes universels, dont les mirifiques promesses, pour la gurison de tous les maux possibles et imaginables ne le cdent en rien celles qui s’talent maintenant dans tous les journaux grand et petit tirage : l’Eau rouge, qui est bonne pour toutes les maladies et lsions des hommes et des animaux ; l’Antidote du sieur Algrony, mdecin consultant de tous les princes d’Europe ; l’Orvitan du sieur Soldadier, fils d’un ancien serviteur de Sa Majest (voil un titre honorifique qui ne devait pas tre rare) ; enfin le Remde universel de Jean Gaspard d’Ailhaud, baron de Castelet, prs Aix, dont les pompeux loges occupent .huit colonnes in-4, numrant toutes les proprits du mdicament ; on aurait certes t beaucoup plus concis en relatant simplement les maladies auxquelles il ne s’appliquerait pas, si tant est qu’il en existe. Ce dernier empirique tait parent du prieur cur de Fontaines d’Ozillac : Denis Ailhaud de Vitrolles, n Vitrolles prs Lourmarin en Provence, et venu en 1765 dans cette paroisse, o il mourut en 1781, qui sans doute propagea en Saintonge la drogue de son cousin, car j’ai trouv le prospectus du Remde universel dans les minutes d’un Duburg, notaire Ozillac. Le baron de Vitrolles, le conseiller ultra du comte d’Artois en 1815 tait sans doute aussi de cette famille.

Mais en plus des promesses allchantes, les charlatans de l’ancien rgime, prcurseurs de ceux de notre poque, savaient aussi faire mousser leurs prtendus succs et se faisaient dlivrer des certificats laudatifs.

En voici un exemple pris dans les minutes de J. Boussiron (tude actuelle de Chevanceaux). Du 1er aot 1745, attestation de gens qui ont t guris radicalement en peu de jours par le moyen des onguens et huiles que compose le sieur Jacques Douilhet, originaire de Baigne, et commissaire de police Rochefort ; savoir Fr. Dom. Savary, cur de Bran, d’un mal fort considrable la jambe, caus par une chute de cheval ; L. Libaud, marchal Bran, d’un abcs la main, avec enflure extraordinaire ; J. Bruneteau, meunier Bran, d’un dpt la fesse caus par une chute et ferm sans s’tre manifest pendant prs de cinq ans ; Fr. Renaud, dudit Bran, d’un panaris au doigt qui lui causait une douleur insupportable, avec enflure jusqu’ l’paule ; Sam. Roullet, marchand de Baigne, d’une playe la jambe fort considrable et trs douloureuse ; Marie Coustaud, de Sainte-Radegonde, d’un abcs au sein si considrable et si douloureux qu’elle avait lieu de penser que c’tait un cancer ; P. Marcenat, de Baigne, d’une eschaudure au bras et l’paule pour avoir tomb dans sa chaudire en teignant des chapeaux ; Fr. Gerbaud, espinglier Baigne, d’un mal si douloureux et si extraordinaire que la main lui vint en moins d’une heure d’une grosseur prodigieuse ; P. Tisseul, d’un coup de couteau dans la jambe profond de 2 pouces ; Marie Raffenaud, fille d’un maon de Touvrac, d’un mal la jambe regard comme incurable, y ayant plusieurs trous ; P. Poigneau, marchand de Sainte-Radegonde, qu’un de ses enfants g de 3 ans, ayant reu un coup de pied de cheval la joue, qui lui avait caus une enflure si forte qu’on fut pendant plus de 8 jours sans lui voir son œil ; P. Monnereau marchand de cochons de Sainte-Radegonde, d’un abcs la main si considrable, qu’il tait en danger de la perdre ; P. Rogron, marchand de Baigne, que sa fille ge de 2 ans, ayant tomb dans le feu, s’tait brle tout le pied ; Jean Brodut, tessier de Mathelon, que le feu ayant pris aux hardes de son fils g de 7 ans, l’avait brl la poitrine et le bas-ventre de faon dsesprer de sa gurison ; S. Landreau, marchand du Tastre, que son fils avait trois abcs qui faisaient qu’il ne pouvait marcher qu’avec des potences, savoir l’un trs gros au dessous de l’omoplate, les autres la cuisse et la jambe ; et aussitt qu’il se fut servi des onguents du sieur Douilhet, il se trouva soulag et mis en moins de 8 jours en tat de marcher sans bton, et quelque temps aprs guri radicalement. Fait au bourg de Baigne en prsence de J. Maugars et J. Boussiron, notaires royaux, sign par 10 sur 15 des attestants : Savary, Libaud, Roullet, Marcenat, Gerbaud, Tisseul, Rogron, Brodut, Landreau, Marie Coutau, les autres ne l’ayant su faire.

Le plus curieux est qu’il y a encore dans le pays de Baigne un onguent secret, d’une rputation merveilleuse, et fabriqu par une vieille dame. J’ignore si c’est le mme que celui du sieur Douilhet, qui aurait alors plus d’un sicle et demi de vogue.

Enfin il ne faut pas oublier, bien qu’il n’ait pas exerc particulirement chez nous, un Saintongeais d’origine, Pierre Boyveau, dit Laffecteur, n vers 1740 aux environs de Saint-Genis, mort Paris en 1812, et propagateur du Rob antisyphilitique qui porte son nom. J’en ai parl plus longuement dans la Revue de Saintonge de janvier 1906, page 61 ; du moins ce praticien ne s’engageait pas gurir comme ses congnres avec la mme drogue les apoplexies, les plaies et les fractures, les brlures, les douleurs et les fivres, les diarrhes rebelles et les constipations opinitres ; il se bornait soigner les avaris et assimils. Le docteur Cabanes, dans un ouvrage rcent la Nvrose rvolutionnaire, reproduit deux ex-libris de notre compatriote : ce sont des armes parlantes : un cusson figurant une cigogne et surmontant une fontaine o boit un veau. La banderole porte P. Boyveau, docteur en mdecine, connu sous le nom de Laffecteur ; l’un des deux ex-libris est somm d’une couronne de comte, l’autre d’un bonnet phrygien.

V. — Les Chirurgiens

Dans la premire partie de ce travail, consacre aux docteurs en mdecine, aux apothicaires, et aux spcialistes ; j’ai dit que beaucoup plus nombreux que tous ces praticiens runis, les chirurgiens taient appels le plus souvent soigner leurs semblables dans la plupart de leurs maladies.

Il n’y avait gure que les cas les plus graves, et surtout les clients les plus riches, qui ncessitaient dans nos campagnes la visite de docteurs diplms par une des Universits [1].

Cela s’explique en effet : les tudes des chirurgiens, qui venaient peine de se sparer des simples barbiers [2], (quand ils ne cumulaient pas les deux professions !), taient beaucoup moins longues et moins coteuses. Le plus souvent, peine sortis des mains du prcepteur ou du rgent de leur village, qui ne leur avait gure enseign que la lecture, l’criture et un peu de calcul, ils passaient un couple d’annes en apprentissage chez un chirurgien voisin plus ou moins habile et plus ou moins achaland. Ils pansaient son cheval, quand il en avait, taient logs et nourris chez lui, l’accompagnaient chez ses clients, et recueillaient ses observations purement orales, tenaient puis nettoyaient la palette saigne, accessoire oblig de toute visite et base de toute thrapeutique, et s’assimilaient tant bien que mal le contenu de quelques ouvrages lmentaires. Aprs quoi, ils subissaient un examen sommaire devant un ou plusieurs chirurgiens de Libourne ou de Saintes, dlgus cet effet, puis, munis d’un certificat dment enregistr, revenaient chez eux avec le droit de purgare, saignare et clysterisare les pauvres malades.

Contrats d’apprentissage

Voici par ordre de dates, l’analyse de quatre ou cinq de ces traits, qui donnera une ide de leur nature et de leurs clauses.

 a) 1er dcembre 1672. — Prine Dupin, veuve de Jean Lymousin, maistre apothicaire, donne Jean et Claude Boucherie, pre et fils, maistres sirugiens, demeurant tous Beauvais-sur-Matha, son fils pour lui apprendre l’art de sirugien, pour par ledit Boucherie montrer et dsigner ledit Lymousin du mieux de leur pouvoir ledit art de sirugien, et le nourrir et blanchir suivant leur facult et : moyen, pendant deux annes conscutives.

Moyennant quatre boisseaux de froment, une barrique et demie de vin, et la jouissance d’une maison pendant trois ans. — J. Panetier, notaire royal (Bull. Archives, II, 386).

Le 9 avril 1700, a lieu l’inventaire du dfunt Boucherie, sirugien, le professeur de 1672, qui est misrable : un estuy garny, avec seringue et canule, my uss, 6 livres ; une jument, avec sa selle et sa bride, 35 livres ; 10 sols de rouche pour litire ; une brasse de foin encore due, etc. (ibid., p. 399).

 b) 13 juillet 1674. — Mathurin Blanc, tonnelier de Sainte-Radgonde de Baigne place son beau-frre Jacques Bquet en apprentissage de chirurgien chez Ren Duvau, pharmacien Archiac. Celui-ci sera tenu de lui montrer et enseigner de son mieux son art de chirurgie et pharmacie pendant deux ans, et lui fournira la nourriture et le logement. Bquet lvera et couchera la maison dudit M. Duvau, auquel il devra obir par l’honneur et respect qu’enfants doivent leur mre. Le prix sera de 135 livres chaque anne ; mais si l’apprenti se dgotait et ne continuait pas, chaque mois restant serait pay deux cus — Et. Bayard, notaire Saint Eugne.

Bquet se marie le 21 janvier 1677 avec Marie Guiet, de Criteuil ; sa femme lui porte trois pices de terre, et pour mobilier, 2 linceuls, une nappe, et une brebis avec son agneau, le tout huit jours aprs la noce. Le mnage habite Mortiers, puis chez Pineau Vanzac, et y a une douzaine d’enfants.

 c) 20 octobre 1737. — Raymond Martinon, chirurgien de Maransin, s’engagea prendre pour apprenti Amand Martineau, fils d’un menuisier de Cercoux, et lui enseigner son art pendant deux ans, moyennant neuf boisseaux de seigle seulement par an (qui valaient alors 3 livres 10 sols l’un, et ce qui ferait 63 livres pour les deux ans).

 d) 13 septembre 1768.— Franois Barbreau, matre chirurgien du bourg de Montlieu, prend en apprentissage, moyennant 60 livres pour six mois, le jeune Maurice Roy, de Chepniers, s’engageant le nourrir et entretenir suivant son tat et condition, et lui montrer honneur et conscience les choses de son mtier. — Fr. Riquet, notaire Chepniers.

 e) Le 6 mars 1771. — Michel Esmein, matre chirurgien, du Lary en Cercoux, et qui avait tudi lui-mme quatre ans Paris, et avait t examin et reu Libourne le 8 mars 1709, s’engage envers la veuve de Bernard Nau, de Teurlay en Clrac, d’apprendre son fi|s Pierre Nau, pendant trois ans et du mieux qu’il pourra, son art ou mtier de chirurgien, et le loger et nourrir, moyennant 200 livres.

Mais le contrat est rsili le 27 mai suivant, et la veuve Nau paie 50 livres de ddit. — P. Furet, notaire royal Orignolles.

 f) Le 24 octobre 1796 (3 brumaire an V). — Franois Lafon Dubreuilh, officier de sant au bourg de Chevanceaux, s’engage envers Jean Fillion, officier de sant demeurant au Fouilloux, recevoir chez lui en qualit d’lve en chirurgie le citoyen Fillion fils ain, le nourrir, blanchir, chauffer, clairer, coucher, lui enseigner avec toute l’attention possible les lments de l’art chirurgical pendant deux ans, pour le prix de 400 livres en numraire, payables en 4 termes. Pour condition trs expresse, Fillion fils sera trs honnte envers moi dit Lafon, qui m’engage lui montrer avec douceur. Le prix total serait acquis si Fillion partait aprs le 6e mois sans cause lgitime, comme la mort de son pre ou de sa mre, ou une maladie grave, auquel cas Lafon ne serait pay qu’au prorata. Acte sous seing priv.

Cette famille Fillion compte plusieurs gnrations de mdecins. L’apprenti de 1796 fut reu docteur en chirurgie Paris en 1806, et son fils passa son doctorat son tour en 1838 avec une thse de 134 pages sur l’hypertrophie du cœur, inspire par la pratique de Bouillaud. Un petit-fils de ce dernier exerce Baignes depuis 1906.

Crmonies de rception

Ici encore, je laisserai parler les documents eux-mmes, qui donneront une notion aussi exacte que possible des formalits ouvrant l’entre de cette carrire.

 a) 20 avril 1706, — Lettres de rception de Raymond Marchand, de Montlieu : Nous Jean Dureau, chirurgien royal, et Jean Lafon, greffier comis en la ville de Libourne, et juridiction d’icelle, salut tous ceux qui la prsante lettre vront. Scavoir faisons que Raimon Marchand, habitant de la paroisse deMonlieu, se serait prsent par devers nous pour luy donner permission et lissance d’exercer l’art de chirurgie, ce que nous luy avons accord, aprs l’avoir bien et dhument examin en prsence de M. Jean Lavau, docteur en mdecine, et mdecin royal, et aprs nous avoir prest le serment en tel cas requis, l’avons reu et luy avons donn pouvoir d’exercer la profession de chirurgie dans toute la seigneurie de Monlieu. Et pour raison de ce nous luy avons expdi la prsante lettre. Fait Libourne, dans notre chambre de juridiction, le 20 avril 1706. Dureau, chirurgien royal ; Lafon, grefier comis.

Controll Libourne le 5 juillet 1735 (soit prs de 20 ans. aprs), et reu 24 sols.— Isambert

Signifi le 6 juillet 1735 les prsentes ci-dessus la requte du sieur Marchand, au sieur Ant. Barrioux, lieutenant du premier chirurgien du Roy, demeurant Libourne, et parlant son garon.

N.B. — Ce Raymond Marchand, n en 1666, avait fait son apprentissage partir d’avril 1688 chez Jean Prade, de Czac en Cubzagais ; il pousa en 1701 Catherine Barbreau, native comme lui de Challaux, et en 1707 Marguerite Ragot, de Montlieu, o lui-mme exerait, et o il est qualifi quelque part de chirurgien-major du rgiment de milice. Il mourut le 27 aot 1735, et fut inhum en l’glise de Roch. Sa fille unique, Anne Marchand, marie en 1739, J.-B. Nau, dit La Canulle, chirurgien de Challaux.

 b) 14 septembre 1757. — Lettres de matrise en chirurgie pour Gabriel Besson, de Brossac : Nous sieur Bernard Labon, lieutenant de M. le premier chirurgien du Roy, en la ville et snchausse de Lbourne, tous ceux qui ces prsentes lettres verront, salut. Scavoir, que sur la requte nous prsente par Gabriel Besson, g de 30 ans, suivant son extrait baptistaire dat du 26 novembre 1726, et faisant profession de la religion C. A. et R. ainsi que l’atteste M. Debrousse, cur de Brossat ; par laquelle requte il expose qu’il a fait son apprentissage chez M. Simon Delafaye, matre chirurgien du bourg de Brossat, suivant un certificat du … 1751, puis qu’il a travaill et fait ses cours Paris, et suivy ses escolles pendant quatre ans chez les dmonstrateurs royaux du collge de chirurgie ; et dsirant s’establir au bourg de Montguion il nous aurait requis de luy accorder nos lettres de matre chirurgien. Sur laquelle requte, aprs avoir vu les dits certificats, tant en notre chambre de juridiction ordinaire, nous l’avons interrog et examin, fait interroger et examiner par les prvts en charge et matres en chirurgie de cette ville, sur les principes de la chirurgie, les saignes, plaies, apostmes et mdicaments, en prsence de M. Jean-Jacques Durioux, mdecin royal. Ensuite desquels examens, ledit Besson, retir, nous avons pris l’avis de l’assemble qui l’a trouv capable ; et avons reu et admis ledit Besson, matre chirurgien pour rsider au bourg de Monguion dpendant de ce ressort et non ailleurs, pour y exercer ledit art de chirurgie, pendre enseigne, et avoir toutes les marques ordinaires de sa profession, jouir des mmes droits et privilges que les autres chirurgiens reus par nous ou nos prdcesseurs ; la charge de ne pouvoir s’tablir ailleurs dans notre ressort sans notre permission crite, et que, dans les oprations dcisives, il sera tenu d’appeler un matre de la communaut pour luy donner conseil, peine de nullit des prsentes. Et avons dudit Besson pris et reu le serment en tel cas requis et accoutum. En tmoin de ce, nous avons sign les prsentes et icelles contresignes par le greffier de notre communaut, Libourne le 14e septembre 1757. — Sign, Durioux fils, mdecin royal ; Lafon, lieutenant, Durand-Ambaud, prvt, et Bruneau, greffier

Cinq ans aprs, et le 12 novembre 1762, G. Besson fait publier et enregistrer ses lettres de matrise en chirurgie au greffe de baronnie de Montguyon, afin de pouvoir jouir de tous les privilges et exceptions accords aux matres chirurgiens par les arrts et ordonnances. Ce qui lui est accord sans difficult par les officiers de justice.

N. B. — Il continua d’ailleurs exercer son art au bourg de Montguyon, dont il fut maire en 1792, et o il ne mourut qu’ 82 ans, le 25 mai 1814, sans postrit. Son frre Lonard avait embrass la mme profession Baignes, et son neveu Louis Goize fut, pendant plus de 50 ans, officier de sant au mme lieu de Montguyon.

 c) 4 dcembre 1775. —Diplme de matre en chirurgie pour Pierre Lafosse, de Montendre, donn Libourne, peu prs dans les mmes termes, mais avec un orthographe trs peu correcte. Nous, matre en chirurgie, et moy sieur Thomas Gouraux, lieutenant de M. le premier chirurgien du Roy, tous ceux qui ces prsente lettre verront, salut. Savoir faisons sur la requte nous prsente par Pierre Lafosse, natif de Montendre, g de 39 ans suivant son extrait batisterre, faisant profetion de la R. C. A et R ainsy qu’il est attest par le certificat de vies et mœurs : disant que, depuis sa tendre jeunesse, il s’est attach l’art de la chirurgie, et que, depuis qu’il a quitt les matre chirurgiens de province, il s’est rendu Paris pour faire ses estudes, qu’il a suivy les escolles royales de cinq hommes (sic) [3] et cours particuliers, comme il en rsulte par un certificat de trois ans sign Eslies ; c’est pourquoy dsirant s’tablir au bourg de Monlieu, y vous prie de luy donner jour et heure pour estre receu matre chirurgien pour ledit bourg, nous avons ordonn qu’il se prsenteroit aujourd’huy onze heures du matin, en notre chambre de jurediction ; et aprs avoir vu tous les certificas joint ladite requette, estant comparus et conduit par un des matres de la communaut, nous l’avons interrog et fait interroger sur les principes de la chirurgie, saigne, plaie, ulcerre, mdicament, fracture et luxation, par le prvos, doyen, et deux autre matre interrogateur, en prsance de M. Augeraux, mdecin royal ; aprs lequel examen, ledit Lafosse retir, avons pris l’avis de l’assemble, qu’il a trouv trs capable, et nous avons receu et admis, recevons et admettons matre chirurgien, ledit sieur Lafosse pour rsider audit bourg de Monlieu, pendre enseigne, jouir des droits, privilge, humanit dont jouisse les autres matre ou doive jouir, receus par nous ou nos prdcesseurs, la charge que, dans les oprations dcisives, il sera tenu d’apeler conseil, sous peine de nulit des prsante, aprs avoir pris et receu le serment en tel cas accoutum ; et avons fait aposer le cell, cachet de nos armes et chanbre de communaut. Et en tmoin de ce avons sign les prsente ainsi que le grefier. A Libourne le 4 dc. 1775. — Sign : Augereau, mdecin ; Gouraux, lieutenant ; Casebonne, prvt ; Brunaux, doyen ; Carrire, conducteur ; Lebeuf et Lafon, interrogateurs ; Bruneau, grefier. Original sur parchemin, 10 centim. sur 27.

N. B. — Ce Pierre Lafosse tait un nouveau converti, qui se disait chirurgien ds son mariage en 1761 avec Marguerite Ballay, de Lagarde-Montlieu. C’est l qu’il s’tablit, la fois comme aubergiste et comme chirurgien, et qu’il mourut 65 ans le 25 mai 1802. Son arrire-petit-fils, mort rcemment Saint-Maigrin, a t un des derniers officiers de sant de la rgion.

 d) 15 mai 1681.— Diplme de chirurgien-barbier pour Louis Neau, d’Ozillac, dlivr par Jean Maryon, sieur des Renardires, lieutenant de M. le premier chirurgien du Roy en la ville de Saintes. Formules analogues celles ci-dessus. Ledit Neau, fils d’un barbier-chirurgien du bourg d’Ozillac, nous a remontr qu’il a fait son apprentissage en la boutique de son pre, qu’il a ensuite servi des matres dans les plus grandes villes du royaume et notamment Paris, et qu’il dsire tre reu matre pour l’exercice de son art ; et nous tant trouv audit bourg d’Ozillac avec M. Jean Villain, chirurgien de Saintes, ledit Neau nous a pri de vouloir lui faire subir l’examen de suffisance et faire son chef d’oeuvre. Nous l’avons questionn et interrog avec ledit Villain tant sur les principes de chirurgie que sur les maladies externes et chirurgicales du corps humain, comme aussi sur l’anatomie. Auxquelles questions et interrogations ledit Neau nous a assez bien rpondu, et fait pour son chef-d’œuvre l’ouverture des veines ranules (celles situes sous la langue), et a assez bien rpondu aux interrogations qui lui ont t faites sur ledit chef-d’œuvre. Pour raison de quoi nous l’avons reu et recevons matre barbier-chirurgien audit bourg d’Ozillac, avec pouvoir de tenir boutique ouverte, pendre bassin, pour continuer l’exercice dudit art, lui faisant cependant inhibition et dfense d’entreprendre lgrement la curation des maladies considrables et oprations d’importance sans notre avis et nous appeler, ou autre matre expriment audit art. Et lui avons fait prter serment, etc.

Voy. Recueil de la commission des arts, IX, 107, qui ajoute que ce Neau mourut peu aprs, le 23 dcembre 1686, et donne la liste d’une quinzaine de chirurgiens et d’un docteur en mdecine ayant exerc Ozillac pendant le XVIIe et le XVIIIe sicles.

A remarquer que ce n’est qu’en 1778 que fut fonde Saintes, une cole de chirurgie avec un jardin botanique (Arch. Saint., IV, 448).

Le 26 juillet 1786, cette cole reoit comme matre en chirurgie, aprs les preuve d’usage, le sieur Hmery des Brousses, de la paroisse de Chenac, pour exercer en celle de Saint-Fort de Cosnac. Il est l’aeul du trs distingu docteur Arthur Emery-Desbrousses, reu en 1884, aujourd’hui conseiller gnral et maire de Jonzac.

Gnralits sur la profession

Je n’entreprendrai pas de donner la liste dtaille de tous les praticiens dont j’ai relev les noms, la plupart avec des dtails de famille, clans la rgion de Montendre, Montlieu, Montguyon, et Brossac, ce qui formerait une nomenclature fastidieuse et trop longue de prs de cent personnages. Je me bornerai des remarques gnrales, et la transcription de quelques notes curieuses.

Les chirurgiens, ai-je dj dit, taient assez nombreux, trop nombreux peut-tre, ce qui diminuait leur clientle, leurs revenus, et par consquent leur valeur professionnelle ou scientifique. Ainsi, au bourg de Montlieu, qui pouvait comprendre comme aujourd’hui 3 ou 400 habitants au plus, je n’en trouve pas moins de dix-sept en deux sicles, soit trois ou quatre la fois, sans prjudice de ceux qui exeraient dans les paroisses et les hameaux du voisinage. On voit que. la plthore mdicale n’tait pas inconnue de nos anctres.

Ils n’taient pas des plus riches, si l’on en juge par leurs contrats de mariage ou leurs inventaires qui sont souvent d’une valeur minime, par leur taxation aux tailles, qui ne les levait pas au-dessus des simples artisans ou mtayers. Ainsi en 1708, Montlieu, pour 668 livres de tailles imposes sur 51 feux, R. Marchant et J. Mass, chirurgiens, qui ont pourtant un peu de bien, sont taxs 11 et 6 livres, un peu plus que deux bordiers, et moiti moins que certains sergers ou bouchers. En 1701, Chevanceaux, Jacques Maugars, sieur de Beaupred, g il est vrai, n’est mis qu’ 25 sous, presque comme les plus pauvres taillables. Le proltariat intellectuel ou mdical tait donc dj connu.

Enfin, cela n’empchait pas la profession de se perptuer dans certaines familles, pour une foule de raisons faciles deviner. Il n’est pas rare de voir le pre, transmettant son fils sa pratique et ses livres que lui-mme tenait de son pre : tmoins les Barbreau Montlieu, les Maugars et Delafon Chevanceaux. Les Monnereau de Bran, les Moulinier, Sousmoulins, disaient avoir exerc la mdecine pendant 14 gnrations, ce qui est, je pense, exagr, mais typique.

D’autre fois, il y a une ascension continue vers une situation plus leve. A Montguyon, Louis Goize (1759-1840) est chirurgien, puis officier de sant ; son pre tait matre perruquier, et son fils docteur en mdecine ; plusieurs chirurgiens ont leurs frres barbiers.

Particularits curieuses

A Montlieu.
 Jean Martin, sieur de Lestang, achte en 1691 crdit un boisseau de froment estim 3 liv. Il ne pouvait gure avoir une belle poche.
 Samuel Vigen (1666-1778) est d’abord chirurgien jusqu’en 1697, puis lieutenant de milice au rgiment d’Uzs, puis notaire Montlieu, et enfin greffier de la chtellenie ; l’art mdical pouvait dj mener tout, condition d’en sortir.
 Jacques Rchou, venu d’Auch Montlieu, est zl rvolutionnaire, et la tte de la Socit populaire ; on lui confie les fonctions officielles et les rapports administratifs. Encore une analogie avec notre poque.
 Challaux et Saint-Vivien (aujourd’hui La Garde). — Jean-Baptiste Nau (1709-1757), dit La Canule, tabli dans un hameau. Son fils n’est que marchand et barbier.
 Pierre Ballay (1701-1775) est en mme temps aubergiste achaland bien plac sur la nouvelle route royale. En 1745, il a un procs avec M. Staffe de Saint-Albert, seigneur des Jards, qui lui rclamait le montant d’un cheval prt et ramen en mauvais tat. Ballay riposte en demandant le paiement de ses honoraires : 10 sols pour chaque visite simple ( 1.500 mtres environ) ; 20 sols pour celles avec saigne ou lavement ; 3 livres pour les nuits passes ; 120 livres pour trois accouchements de Madame.

Orignolles.
 Jean Vigeant (1722-1777), demeurant chez Ouvrard ; c’est lui qui tente et russit en 1753 une opration csarienne sur une femme de Cercoux, audace qui n’a pas t imite depuis en nos contres, du moins ma connaissance.

Bdenac.
 Andr Bertrand, chirurgien et laboureur en 1699, sachant peine signer. Jacques, son frre, absolument illettr, puis Antoine Bertrand son fils, tous trois dits Laplante, probablement cause de leur habitude de soigner leurs malades avec de simples plantes. Cette famille Bertrand Laplante, compose de vieux paysans, existe encore avec le mme surnom et sait qu’il lui vient d’anctres srurgiens.

Chevanceaux.
 Jean Pichet, chirurgien au bourg en 1662, ne sait non plus ni lire ni crire.
 Jean Maugars, dgot probablement du mtier, s’engage en 1694 envers S. Laugeay, syndic de Chaux, servir comme remplaant dans la milice moyennant 60 liv.
 Simon Maugars, g de 71 ans, se noie accidentellement en 1743. au gu d’un ruisseau, en revenant de visiter un malade. Sur le rle de la taille de 1739, il est dit pauvre, et tax avec sa sœur 3 liv. 6 s., les mtayers l’tant 20 ou 25 liv. Son fils et son petit-fils furent chirurgiens, l’un Berneuil, l’autre Chillac.

Montguyon.
 Louis Goize prsente en 1786 une note de 600 liv. pour le traitement de la maladie vnrienne de M. de X... ; ses visites et fournitures de mdicaments : nympha, mercure, etc. En 1787, il soigne longtemps Mme de La Faye et compte ses voyages 30 sols et les nuits passes 6 liv. Aprs sa mort, il fait l’autopsie comme elle l’avait demand et prend pour cela 36 liv. Sans doute, cause de sa clientle et de ses relations aristocratiques, il est class parmi les suspects et incarcr sous la Terreur, mais mis en libert aprs le 9 thermidor. Il mourut en 1840 plus qu’octognaire.

Montendre.
 J.-B. Villefumade (1765-1835) tait.au contraire, bien not sous la Rvolution, et s’en faisait des revenus ; acqureur de biens nationaux, la fois rgisseur, fournisseur et mdecin de l’hospice lacis, commissaire appoint pour le recrutement et la leve en masse, pour les secours et rquisitions de substances, pour l’examen des instituteurs, etc. Il signait jusqu’en 1790 avec un de, qu’il reprend la Restauration, ce qui ne l’empcha pas d’tre mis de ct comme ancien jacobin.

Pratique, honoraires

Dans la page ci-dessus, on a pu remarquer quelques chiffres .d’moluments : 36 livres pour une autopsie, 40 livres pour un accouchement de dame riche et noble ; mais en gnral les prix taient beaucoup moins levs, ainsi que l’attestent de nombreux mmoires ou notes d’honoraires que l’on trouve frquemment dans les vieux papiers ; les visites simples, cotes 10 20 sous, mais taient trs souvent accompagnes de petites oprations : saigne, lavements, et de fourniture de drogues, sirops, herbes mdicamenteuses, qui, pour les clients aiss, faisaient monter le prix total 2 ou 3 livres.

Deux exemples seulement : Jean Vigeant et Gab. Besson, tous deux du bourg de Montguyon, soignent concurremment, de 1748 1762, la famille Brusley, riche et domicilie tout auprs.

Ils comptent environ, en ces 14 ans, 120 visites, plus 110 remdes fournis sans visites marques, plus 20 saignes, au pre et la mre, plus trois nuits et quatre journes passes diffrentes fois. Le tout monte 412 livres 10 sols rclam aux enfants. Le nom des drogues est souvent estropi : de l’oppiatte, de la stipsanne, de la thiriacle (thriaque), du scel de Seignette.

Franois et Jean Barbreau pre et fils, du bourg de Montlieu sont appels traiter de 1779 1800, la famille Ripe de Beaulieu, demeurant la Ravaillerie, 1500 mtres de chez eux. Les visites simples ne sont pas values, mais seulement les mdecines et les petites interventions, qui vont de 30 40 sols. Premier total pay en 1798, 339 livres, non compris 2 annes de barbe.

De janvier juin 1800, dernire maladie de M. de Beaulieu, qui parat succomber une ascite cardiaque, le chirurgien a 216 visites en 156 jours et administre 79 lavements, 5 mdecines et 3 vomitifs, sans compter les drogues fondantes ou diurtiques, ou calmantes, aux dsignations parfois tranges comme le pipiquanka (c’est--dire l’ipcacuanha).

Il y a en plus des sangsues, vsicatoires, scarifications des jambes qui sont compris dans la visite, une ponction ordonne par M. Constant, docteur mdecin Baignes, enfin une potion pour adoucir les derniers moments du pauvre malade. Les prix sont : 1 franc pour la visite simple avec pansement ; 2 3 francs les bouteilles d’mulsions. mdecines, sirops ; 5 8 francs les apozmes, pilules, potions ; 6 francs les nuits passes en entier. Et le tout monte 811 francs.

Rapports de blessures ou de dcs

J’en ai retrouv plusieurs exemplaires qui sont, comme bien l’on pense, ou peu dtaills, ou ne rvlant qu’une connaissance sommaire de l’anatomie, et mme de l’orthographe, les blessures d’ailleurs tant peu graves et provenant de rixes et coups rciproques. Je crois inutile de les analyser.

D’autre part, j’ai dcouvert dans les registres de l’ancienne justice de Montguyon, 13 procs-verbaux dresss la plupart par Gab. Besson, chirurgien, la requte du procureur fiscal, sur 14 cas de morts subites ou accidentelles, sans aucun soupon de crime, et survenues dans le voisinage entre 1763 et 1785. Ils concernent d’abord 7 noys par accident, dont 3 dits pileptiques ; puis un enfant de 13 ans tomb d’un arbre en dnichant des oiseaux ; 2 carriers de La Clotte crass par un boulement en 1764 et 1778 ; un meunier du Fouilloux et sa nore, foudroys par l’orage sous un petit chne o ils s’taient rfugis ; un homme d’Yviers, g de 54 ans, mort d’apoplexie sur le champ de foire de Montguyon un jour de march ; enfin un meunier de Vassiac, mort la nuit dans une curie du bourg, aprs la foire, et d’attaque cause par l’ivresse, dit le rapport officiel.

Telles sont les quelques notes que j’ai pu runir d’aprs les documents eux-mmes, sur l’exercice de la profession mdicale dans le Midi de la Saintonge aux XVIIe et XVIIIe sicles. J’aurais pu les dvelopper beaucoup sans esprer les rendre plus compltes, ni plus intressantes. Elles formeront du moins un certain nombre de jalons indits pour l’histoire de cette rgion. A d’autres le soin de les complter, ou d’en tablir de semblables dans le reste de la province.

Dr Ch. Vigen.


[1Voir (Revue XV, 115), une bien curieuse dispute entre un chirurgien-barbier de l’Ile de R et un chirurgien-ordinaire du Roi, lesquels s’tant rencontrs auprs d’un malade se rpandent l’un contre l’autre en blasphmes et injures : Mais cdant mon pe, rapporte l’officiel, vu l’insolence du prtendu sirurgien qui, contre toute raison dogmatique, rationnelle et capitale, s’estoit immic d’agir de vrai ruse, repoussant l’effort par lui-mesme, je lui ai fait application de la main sur le visage avec autant de dextroit qu’il en vouloit faire par surprise .

[2La corporation des chirurgiens de Saintes, d’aprs le Correspondant Mdical du 15 mars 1904 avait pour armoiries : de gueules au plat barbe d’argent, deux rasoirs en chef et une lancette ouverte en pointe de.....

[3C’est--dire de Saint-Cme, patron titulaire de l’Ecole de chirurgie.

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