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1541 - Vars (16) - Découverte archéologique dans un champ

D 26 avril 2007     H 02:51     A Pierre     C 0 messages A 6623 LECTURES


Source : Bulletins et Mémoires de la Société Archéologique et Historique de la Charente - Année 1878-79

Un cercueil de plomb, un corps qui tombe en poussière, un carré "magique" et un bijou d’or [1]. Un découverte archéologique faite en 1541. La rumeur populaire parle d’un miracle ...
"Avec un peuple ignorant, il n’est pas facile d’arrêter un miracle qui veut éclore. Le clergé pourtant eut raison de celui-ci" écrit Elie Vinet, contemporain de la découverte.

Vers la fin de l’hiver de 1541, un cultivateur fit près de Vars une découverte qui produisit dans le pays une impression dont on retrouve la trace dans les ouvrages de plusieurs auteurs contemporains (Bonaventure Des Périers, Cymbalum mundi ; — Discours non plus mélancoliques que divers des choses mesmement qui appartiennent à nostre France, Poictiers, 1557 ; — E. Vinet, Recherche de l’antiquité d’Engoulesme.), notamment dans Élie Vinet, auquel nous allons emprunter son récit.

« Auprès de ce bourg, et de la part d’orient, en un champ, où les boeufs traisnoient ordinairement la charrue, ainsi que le bon homme laboureur vouloit faire un foussé, l’an mil cinq cens quarante et un, selon le compte de Romme, il se trouva un monument de cette estoffe et façon :

« Là terre premièrement remuée, on avisa là cinq pierres, de pierre d’Eschalat, longues chescune de cinq à six pies, larges et espoisses de deus ou environ, fort bien joinctes et assemblées. Lesquelles arrachées de là descouvrirent un lieu prélong, muré de gros quartiers de pierre de tailhe, et pavé de mesme ; et là dedans enfermé un tombeau, estendu et couché sur ledit pavé, mais ne touchant ausdites muralhes d’un grand pié ou environ.

Ceus de qui j’ay apprins ceste histoire, qui virent toutes choses, mais ne mesurèrent rien que de leur esme, m’ont ainsi par tout environné d’incertitude de mesures. Ce tombeau de pierre de l’Isle (l’Isle et Eschallat sont deus lieus audit païs, où il y a bonnes pierrières) estoit de deux pièces. Le timbre d’une, et son couvercle d’une autre ; lequel couvercle, faict à demi rond, couvroit fort proprement son timbre, l’outre passant tout au tour de demi pié ou environ ; et levé qu’il fut, descouvrit un coffre de plomb tellement couché dedans ledit timbre, qu’il ne touchoit aus costés ni aus bouts d’icelui d’ung palme ou environ. Son couvercle estoit de tele sorte fait et posé dessus qu’il emboitoit ledit coffre, et descendoit le bort deus ou trois dois tout au tour.

« D’avantage ce coffre prélong estoit cinct de quatres bandes de fer de trois dois de largeur et un d’espoisseur ; et ne s’estant là dedans de rien empiré le plomb par si long trait de temps, la rouilhe avoit tellement endommagé ce fer, qu’il fut fort aisé à rompre lesdittes bandes aveque la tranche ou piarde.

Ce coffre ouvert, on voit là dedans le corps d’un homme, ou, que je ne mente, d’une femme, lequel du commencement se monstra assez entier ; mais soudain qu’il eust un peu prins d’air, tout se défigura en peu de pouldre, hormis les os, lesquels vous ussiez peu encores aujourd’hui trouver entiers, tous, ou pour le moins la plus grand’-part, quand le pauvre peuple en eust esté creu, qui soudain commença à les révérer, et le tombeau aussi, disant (devinés comment il l’avoit deviné ?) que c’estoit là le sépulchre et le corps de sainct Jaque, — je ne sai si du petit ou du grand saint Jaque, apostre de Jésus Christ.

Ainsi se pouvoient mesconter les pauvres gens, qui faisoient un masle de ce qui resembloit quasi plus à une femelle, comme m’ont dit les plus sçavants qui se trouvèrent là. J’en ai vu la calvarie, en ladite ville d’Engoulesme, entre les mains de Jaque Carrion, Tourangeois, chanoine d’Engoulesme et vicaire de l’évesque ; mais je n’y ay peu rien cognoistre du sexe ; et si me semble que ce chef avoit esté de personne de moienne stature.

Or, le bon homme laboureur, à qui estoit la terre, eut affère de nombre de témoins et recors pour lui aider à fouir, rompre et arracher ces tant grandes pierres ; mais, entre autres, y appella les officiers du seigneur du lieu, c’est-à-dire de l’évesque d’Angoumois, comme avons dit, affin que, s’il se fust trouvé quelque trop grand trézor, ledit sieur en eust la meilleure part, et que l’on n’en demandast audit bon homme, quand il eut esté seul, plus qu’il n’y en eust trouvé.

Mais voici tout le trésor qu’ils y trouvèrent, et si fut tout bien fouilhé, secoué et venté : c’est en la poudre, entre les os de la poictrine, près du lieu où nature loge le cœur en nos corps, une petite feuille d’or, du pois de demi ducat, pliée en rond, comme un fer d’aguillette, plus longue que large, et plus large d’un bout que d’autre, laquelle je vis quelques jours après qu’on l’eut trouvée, entre les mains du secrétaire dudit évesque, en la ville de Bourdeaus, là où l’avoit portée ledit officier, qui cherchoit par tout quelque clerc qui lui peust dire des nouvelles de ce qui estoit escript là dedans.

Elle fut despuis portée à la court, et finalement par ledit évesque présentée au roy François le Grand ; mais de là n’ay sceu qu’elle est devenue. Voici qu’il i avoit gravé, ou estampé plustost, les lettres paroissant des deus costés, à cause que la pièce estoit tenure à merveilles :

A E H I O Υ Ώ
Ώ Υ O I H E A
E H I O Y Ώ A
Y O I H E A Ώ
H I O Y Ώ A E
O I H E A Ώ Y
I O Y Ώ A E H

« Ce sont en sept ranches les sept vocales grégeoises disposées en la première, d’ordre, comme elles sont en leur alphabet entre les autres lettres ; en la seconde ligne couchées au rebours, la première, la dernière, comme il se voit ; en la tierce, la lettre seconde de la première ligne est la première, et les autres la suivent d’ordre ; en la quatriesme, la seconde aussi de la ranche seconde est la première, et les autres après elle, en leur ordre. La cinquiesme ligne commance par la tierce lettre de la première, et la sixiesme semblablement par la tierce de la seconde. Bref, la lettre qui fait le meillieu des deus premières ranches est la première de la septiesme, et ainsi se trouve finalement la fin et le commancernent au meillieu.

C’est Ώ qui est fin de la première ranche et commancement de la seconde. Vous avés en chacune de ces sept ranches toutes lesdites sept vocales, et lesdites sept lettres au commancement desdites sept ranches. Vous noterez aussi en ce meslinge plusieurs autres finesses, outre ce que les Pytagoriens ont dict du nombre sept, qui prins sept fois fait quarante et neuf lettres en ce quarré. Mais sauriez-vous dire que signifie ceste escripture ? Combien qu’il ne soit ja bezoin de s’opiniatrer trop à vouloir deviner que c’est ; car je crains que cela ne soit une gaillardize pour faire resuer les gens et se moquer des plus fins songe-creux. »

Aussitôt qu’ils furent avertis de la découverte faite à Vars, les officiers de l’évêque s’y transportèrent avec son secrétaire « pour faire inquisition des chouses et du plomb qui y estoient. »

Le caveau fut démoli. Jacques Carrion, docteur et homme de sens, « envoya dès inhibitions par le diocèse que l’on ne se transportât plus à ce tombeau, comme l’on faisoit. »

Il alla même à Vars « faire un sermon pour donner ordre aux dits abus. » Mais, avec un peuple ignorant, il n’est pas facile d’arrêter un miracle qui veut éclore. Le clergé pourtant eut raison de celui-là. Carrion, vicaire de l’évêque, envoya le juge et le procureur sur les lieux « pour faire information des abus qui se faisoient audict tombeau, » et trois individus furent assignés, par le sergent de Vars, « à comparaître en personne en la ville d’Angoulême, pour ce que, nonobstant les inhibitions sur ce faites, ils s’étoient transportés audit tombeau pour y faire adoration [2]. »


[1Le bijou d’or trouvé dans cette tombe fut offert à Louise de Savoie, mère de François 1er.

[2Archives de la Charente, G, Comptes du spirituel de l’évéché.

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