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1582 - Saintes (17) - Cahier de doléances du Tiers état

D 1er juin 2007     H 13:20     A Jean-Claude, Pierre     C 0 messages A 2348 LECTURES


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Un cahier de doléances tout à fait passionnant, puisqu’il retrace, de 1548 à 1582, les principaux épisodes de l’histoire de la Saintonge, racontés par ses habitants.
Une tranche d’histoire particulièrement riche en malheurs de toutes sortes : révolte de la gabelle, guerres de religion (elles vont encore durer jusqu’en 1598), sièges divers, dont ceux de Saintes et de Saint Jean d’Angély et celui - raté - de La Rochelle, problèmes des gens de guerre, des droits de Charente, etc.

A noter que ce cahier n’a pas été rédigé pour une réunion d’Etats généraux (il n’y en a pas entre 1576 et 1588), mais à l’occasion de la venue de commissaires royaux dépéchés pour faire le point sur la situation des provinces (dont le Limousin, l’Auvergne et la Bourgogne) et trouver de l’argent dont le royaume a grand besoin.

Cette page est enrichie d’une analyse des demandes et d’un glossaire.

Voir, écrit à la même date, et dans les mêmes circonstances, le cahier de doléances de la ville d’Angoulême.

Source : Etudes, documents et extraits relatifs à la ville de Saintes, par M. le baron Eschassériaux - Saintes - 1836
Commentaires et glossaire : P. Collenot

Panorama (90°) de la ville de Saintes
Photo P. Collenot - Juin 2007

Quelques repères : Règnes

François IerHenri IIFrançois IICharles IXHenri III
1515-1547 1547-1559 1559-1560

(18 mois)

1560-1574 1574-1589

Plainte à Messieurs les Commissaires députés par le Roy pour ouyr les plaintes et doléances des habitans de Xaintonge, en ce qui concerne le tiers Estat.

Texte originalCommentaires et glossaire
Premièrement, que, dès le commencement de tous les troubles passés, vingt ans a et plus, que la ville de Xaintes et pays de Xaintonge a supporté et souffert toutes les misères, pauvretés et inconvenients que la guerre peult et a coustume amener avec soi, d’autant que infinis gens de guerre ont toujours esté tant en la ville de Xaintes que pays, d’une part et d’aultre, pillant et saccageant tout ce quils ont trouvé, et mesme la dicte ville de Xaintes, laquelle a esté prinse et reprinse plusieurs fois, d’une part et d’aultre, les habitans d’icelle rançonnés, (mots manquants) violentés, pillés et saccagés, et toutes les dictes prinses et reprinses, tant d’une religion que d’aultre, et une bonne partie des maisons ruynées de fond en comble, comme encore appert, tellement qu’il ne leur est demeuré aulcune chose et la plupart d’iceulx morts. Il n’y a pays en ce royaulme qui ait tant souffert en corps et biens que le présent, tant durant les dicts troubles que auparadvant par les ruynes des dictes maisons ; et dès lors que voulurent les deffuncts roys Françoys le Grand et Henry son fils, de bonne mémoire, impouser la gabelle au duché de Guyenne, tout le pays fut couvert de gens de guerre qui pillèrent et saccagèrent le dict pays ; et encore furent les pauvres habitans contraincts pour esteindre et amortir le dict impost, payer à Sa Majesté deulx cents mille escus ; et voulant encore, la dicte Majesté, au lieu de la dicte gabelle, le quart et demy en toute la Guienne, furent encore contraincts, bailler et fournir pour l’amortissement d’icelui et suppression d’officiers exigez de nouveau pour cest effect, et de tout autre impost que Sa dicte Majesté et ses successeurs pouvoient prétendre, tant sur la propriété des dicts maroys que debvoir du sel provenant d’iceulx, la somme d’un million quatre-vingt tant de mille livres, comme appert par contraict faict solennellement entre la Majesté du dict feu roy Henry et les députés du présent duché de Guyenne. En 1548, François 1er fait une tentative d’unification des régimes de la gabelle : le Bordelais, l’Angoumois et la Saintonge se révoltent.

7 août 1548 : les paysans de Saintonge se soulèvent contre ce projet qui remet en cause leurs avantages acquis. Antoine Bouchard seigneur de Puymoreau se déclare Couronal et prend la direction des opérations. La bande qu’il conduit, après avoir pillé Saintes, Cognac, Ambleville, Ruffec et de nombreux autres lieux de Saintonge et d’Angoumois, parcourt l’Entre-deux-Mers, s’empare de Saint-André-de-Cubzac, de Bourg et assiège Blaye.

Des notables et le gouverneur général de Guyenne sont massacrés. Le connétable Anne de Montmorency rétablit l’ordre dans le sang (Bouchard sera décapité), mais Henri II doit fléchir et laisser les provinces revenir à leur statut antérieur. Elles seront ensuite qualifiées de « rédimées ».

maroys : les marais salants de Saintonge, au coeur du sujet brûlant de la gabelle.

Lequel contraict veu au conseil privé du roy, au mois de février 1559, régnant le feu roy Françoys second, qui vouloit au dict temps imposer sur chascun cent de sel deulx escus, les habitans de la dicte Xaintonge et de Bretaigne furent relaxés, et les maroys des dicts pays déclairés quittes et libres du dict subside, suyvant le dict premier contraict, le dict feu roy Françoys séant en son dict conseil. Abandon du projet de réorganisation de la gabelle
Néantmoings, la dicte Majesté a de nouveau imposé, sur chascun muys de sel provenant des dicts maroys, vingt-cinq sols pour chascun muys qui se vend, qui revient pour chascun cent à trente-cinq livres, qui est plus des deulx tiers, voyre des trois quartz que le propriétaire des dicts maroys n’en a ou peult avoir pour luy, considéré non-seulement les frais des bastiments des dicts maroys, mais aussi l’entretien contre les efforts de la mer et réparations ordinaires et charroy du dict sel : car communément chascun muys ne se vend que trente-cinq sols au plus. Et (mots manquants) comment entretenir les dicts maroys, payer le droict au seigneur foncier d’iceulx, la dixme au curé, les gages des palliers et saulnyers qui entretiennent les dicts maroys, outre le tiers qu’ils prennent au dict sel pour faire saulner les dicts maroys, tellement que le dict propriétaire n’en a ung sol quitte à iui ; et si à l’advenir le dict impost continue, les dicts maroys tomberont en ruyne entière, comme ils commencent, n’ayant les dicts propriétaires moyen de les entretenir, ne les dicts palliers et saulnyers moyen de vivre, payant le dict impost ; et faict que la plupart d’iceulx ont jà quitté les dicts maroys et sont en vaccation et encore y a plusieurs propriétaires des dicts maroys qui ne sont du dict pays de Xaintonge. La gabelle a cédé la place à un nouvel impôt sur le sel : 25 sols par muid [1] de sel. On verra plus loin que sa mise en recouvrement n’a commencé qu’en 1577.

Nous ne disposons pas à ce jour d’éléments permettant d’indiquer la capacité du muid en Saintonge au 16ème siècle.

Tous les éléments pour construire le compte d’exploitation d’un saulnier saintongeais du 16ème siècle.
Les fortifications de Brouage (17)
Dessin de Jean-Claude Chambrelent

Lequel impost ne revient a aulcun proffict au roy, et d’iceluy n’entre aulcuns deniers en ses finances : car tous les dicts deniers sont employés à l’entretien de la garnison du lieu de Brouaige, où anciennement il n’y avoit aulcun fort, et lequel il seroit besoing, pour le bien de Sa Majesté, repos de ses subjetz, liberté du commerce et trafic de marchandise, estre razé et démolli, comme aussi les aultres forteresses faictes depuis dix ans en tout le pays de Xaintonge.

Demande : la destruction de Brouage et des autres forteresses récemment construites en Saintonge. Cette demande du Tiers état ne semble pas avoir été acceptée par le Roi !
Et lequel dict impost de vingt-cinq sols pour muys a commencé d’être levé seulement en l’an soixante-dix-sept, qui est une charge insupportable, considéré aussi le debvoir (mots manquants) de quatre deniers pour livre qu’on paie, oultre la malversation des officiers establis au dict lieu, lesquels, supposant qu’on n’a relaté la vraie charge du sel, confisquent les navires, barques et sel, sans formalité de justice, mulctent de grosses amendes les marchands et maistres des dicts navires et barques, et aultrement les contraignent d’entrer en composition, pour éviter la perte de leur demeure et prendre la commodité du temps. Le traffic et transport duquel sel est encore si difficile et descrié entre les estrangers, à cause de.la dicte garnison de Brouage, qu’ils prennent route en Espagne et Portugal, au dommage du dict pays de Xaintonge où le sel demeure consumé par sa vieillesse à cause du vil prix et aussi du décry des monnoies estrangères, Règne de Henri III (1574-1589)

Encyclopédie : MULCTE, s. f. (Jurisprudence) se dit au palais pour amende ; & mulcter, pour condamner ou imposer à une amende.

le "décry des monnoies estrangères" : pendant cette période, la France connait une crise économique et monétaire sans précédent, en particulier pendant le règne de Henri II. Elle a pour effet une augmentation très importante des prix des céréales, l’abandon en 1577 de la livre comme monnaie de compte, en faveur de l’écu déjà en circulation, et l’interdiction de l’usage de la plupart des monnaies étrangères dans le royaume.
Et pour le regard de tous les aultres subsides imposés et levés sur le dict pays puis le dict temps soixante-dix-sept, qu’il est levé par chascun an cinquante mille escus ou plus, oultre le principal de la taille, et en aulcunes années beaucoup plus, sans comprendre le dict principal de la taille et taillon. Encyclopédie : TAILLON, s. m. (Gram. & Jurisprud.) étoit une nouvelle taille ou augmentation de taille qui fut établie par Henri II. en 1549, pour l’entretenement, vivres & munitions de la gendarmerie. Ce taillon montoit au tiers de la taille principale ; mais il a depuis été aboli & confondu avec le pié de taille.
Car il s’est levé pour les deniers ordinaires vingt mille escus et plus et pour les deniers extraordinaires, à savoir pour la garnison qu’il a pleu à Sa Majesté ordonner en la ville de Saint-Jehan d’Angély douze mille escuz par chascun an pour les garnisons de la citadelle de ceste ville et chasteau de Taillebourg, qui appartient au sieur de La Trémouille, sept mille tant d’escuz. Ce sont les habitants de la province qui supportent financièrement les frais des garnisons de Saint Jean d’Angély et Taillebourg
Leur part des (mots manquants) de douze cents mille livres, et de trois cent mille livres, gages des vices-sénéchaulx, prévosts provinciaux, officiers du siège présidial, chambre de justice et aultres, revenant avec ce que dessus à la somme de soixante-six mille escuz pour l’année présente.
Oultre les fraicts et dépenses desquelles garnisons, de nouveau establies puis le règne du feu roy Henry et qui demeurent encore, les pauvres subjectz du roy sont grandement travaillés par ceulx des dictes garnisons, les laboureurs et journaliers contraincts à bians et corvées, aux réparations, charrois des provisions et aultres affaires, et oultre de fournir en plusieurs endroitz de bois, chandelle et aultres choses encore pour les (mots manquants) soldatz (mots manquants) et en divers lieux possèdent des maisons et héritages des propriétaires.
Et auparavant la dicte année 1577, la dicte ville de Xaintes et pays de Xaintonge avoit souffert infinitez de maulx et pilleries, comme dict est : car elle fut prinse par ceulx de la religion prétendue réformée, en l’an 1562, dès le mois de mars, que les (mots manquants) furent prinses par ceulx de la dicte religion jusques au mois d’octobre ensuyvant, durant lequel temps fut levé par eulx infinité de deniers, tant sur là dicte ville que pays, oultre les pillages et saccages qu’ils y firent. 1562 : début des guerres de religion. On trouve sur ce site plusieurs évènements de cette année 1562 : saisir cette date dans le moteur de recherche interne.

Première guerre de religion (1562–1563)

Au mois d’octobre, la dicte ville fut reprinse par le sieur de Richelieu [2] et ses troupes, conduictes soubz la charge de feu monseigneur de Montpensier ; lesquelles troupes firent aultant de ravaiges et dégast ou plus que ceulx de la dicte prétendue religion. Le passage des "gens de guerre" qui rançonnent les habitants est un phénomène récurrent jusqu’au XVIIIème siècle.
La dicte ville et pays fust encore aultant pillée et saccagée en l’année 1567, en laquelle les compaignies du sieur de Lauzun, séneschal de Bazadois [3], et mille ou douze cents hommes de pied estoient en garnison, lorsque la bataille de Saint-Sornin [4] fut donnée et ceulx de la dicte religion défaicts au dict lieu, en laquelle année fut levé une infinité de deniers. Deuxième guerre de religion (1567–1568)
En l’an 1568, au mois d’aoust, la dicte ville fut reprinse par ceulx de la dicte religion, qui la tinrent jusques au mois d’octobre 1569, durant lequel temps furent aussi levés par ceulx de la dicte religion une infinité de deniers, tant pour l’entretien des compaignies qu’ils avoient que pour la nourriture d’iceulx, que d’un emprunct qui fut levé sur tout le pays, de la somme de soixante-dix mille livres ; tellement que les habitans de la dicte ville et la plupart des habitans du dict pays furent contraincts quitter et abandonner leurs maisons et se retirer où ils pouvoient, chez leurs amis et aultres pays ; leurs meubles, fruicts prins et venduz et (mots manquants) et les prisons pleines de prisonniers. Troisième guerre de Religion (1568-1570)

maisons pleines de prisonniers : dans le contexte de cette phrase, cette expression fait penser à des incarcérations pour dettes.
Au dict an 1569, la dicte ville fut reprinse par le sieur de la Rivière-Puytailler ; qui fut pareillement pillée et saccagée par les compaignons qui entrèrent avec lui, et y mit un grand nombre de gens de guerre, tant de pied que de cheval, qui ruynèrent non-seulement la dicte ville mais tout le pays, comme fit semblablement l’armée qu’y amena le feu roy Charles, de bonne mémoire, que Dieu absolve, devant Saint-Jehan qu’il assiégea, et demeura devant près de trois mois, durant lequel la dicte ville et pays fournissaient le camp des vivres, oultre le dégast que faisaient les coureurs et gens de cheval et de pied en la dicte armée. 1569 : siège de St Jean d’Angély
Et au mois d’aoust de l’an 1570, la dicte ville fut assiégée et prinse par force par ceulx de la dicte religion, les habitans prins, rançonnés, pillés et saccagés, leurs meubles et fruicts (mots manquants) tellement qu’une bonne partie d’iceulx moureurent lors ou peu de temps après, par le mauvais traitement qui leur fut faict, exigèrent d’eulx grosse rançon, tant de ceulx qui moururent que de ceulx qui échappèrent.
L’an 1572, fut envoyé au dict pays cinq à six mille hommes de pied, sous prétexte qu’ils disoient se vouloir embarquer en mer, lesquels firent séjour l’espace de trois ou quatre mois, pillant et rodant (mots manquants) le dict pays, rançonnant les habitans d’icelui, de quelque religion qu’ils fussent, les échinant encore plus qu’ils ne l’avoient esté auparavant ; et si fut mis en la dicte ville en garnison une compaignie de cent hommes de gens de pied, soubz la charge d’un nommé le capitaine Cazault, qui se faisoit nourrir à discrétion ; oultre exigèrent d’iceulx dix-huit cent livres (mots manquants) qu’ils (mots manquants) desquelles a été faict un également sur le pays de l’argent duquel les recepveurs n’ont satisfait ceulx qui avoient faict l’avance. Quatrième guerre de religion (1572–1573)
Peu de temps après, vient en garnison en la dicte ville la compaignie de monsieur le mareschal de Biron, où il fallut que le pays la fournist de vivres et munitions pour leurs chevaulx, jusques à l’assiégement de la ville de La Rochelle. janvier 1573 : Henri, duc d’Anjou et d’Angoulême est chargé par son frère le roi Charles IX du commandement du siège de La Rochelle, capitale protestante. Un échec.
Pour lequel assiégement les habitans de la dicte ville et pays fournirent grand nombre de bleds, chairs et aultres munitions, sur des commissions de Sa Majesté et aultres de particuliers qui commandoient, tellement que, pour le grand nombre de vivres qui fut tiré du dict pays pour le dict avitaillement, la charge de bled se vendoit en icelui pays quarante livres et plus ; le tonneau de vin, quatre-vingt à cent livres, dont s’ensuivit telle famine au pays que une grande partie des habitans d’icelui moureurent.
En l’an 1574, les armes furent reprinses, tellement que, pour la tuition et la garde de la dicte ville et pays, fut mis en icelle cinq compaignies de gens de pied avec la compaignie du dict sieur de Biron, qui estoit une charge insupportable à la dicte ville ; et fut levé sur le pays grandes sommes de deniers pour l’entretien des dictes compaignies et remplacement des deniers qui auroient esté prins du fonds des tailles par Sa Majesté, et ce jusques au mois de mai 1576, jusques auquel mois les dictes guerres eurent cours. Et pendant icelles et en l’an 1575 et au département du siège de Luzignan, le sieur de Rouffec tient l’armée qui estoit devant le dict lieu de Luzignan, l’espace de six mois, partout le pays de Xaintonge, traversant tout le dict pays, estant accompaigné de grand nombre de reistres avecques le canon. Cinquième guerre de religion (1574–1576)
Et sur la fin de la dicte année 1576, les armes furent reprinses ; et vient aultre armée au dict pays, sous la charge de monseigneur le duc du Maine, qui print plusieurs chasteaux forts et villes, comme Merpins, Thonnay-Charente et Brouage, où la dicte armée séjourna depuis le mois de mars jusques sur la fin du mois d’aougst, que ceulx qui estoient dedans le dict Brouage se rendirent. Sixième guerre de religion (1576–1577)

En 1576, le duc de Guise prend la ville de Brouage afin de compléter l’encerclement de La Rochelle
Durant lequel temps, tout le gros de la dicte armée, tant de pied que de cheval, passa, séjourna et reposa par tout le pays de Xaintonge et mesmement par la dicte ville de Xaintes à diverses fois, qui eust toute la foule de la dicte armée.
Et encore furent contraincts pour l’assiégement du dict Brouage et avitaillement de l’armée y étant, fournir de toutes munitions comme de bled, vin, pain, foin, paille, avoine, madriers, sacs et aultres charpentes, cordages, pics, palles, planches, essées, tables, pippes, barriques et aultres matières propres et requises pour le dict assiégement, dont les deniers ne sont encore payez à plusieurs particuliers qui ont esté contraincts fournir les dicts vivres et matières, les munitionnaires de laquelle tiennent les deniers devers eulx.
Desquels vivres et matières et lesquels deniers ne sont encore levez, tellement que les fraictz et mises fournis par la ville et pays et deniers levez en la dicte année 1577, à raison de la dicte armée, reviennent à cent mille escuz et plus, sans comprendre la foule et oppression que le peuple a souffert, particulièrement par les dicts gens de guerre, et mesmement les habitans de la dicte ville de Xaintes, en laquelle estoient logez les compaignies de gendarmes des sieurs de la Roche-Guyon et Seuré, qui firent séjour en icelle par l’espace de six sepmaines ; et par chascun jour avoient six vingts escuz. six vingts = 120
En l’an 1580, les armes furent reprinses au dict pays, et pour la garde et défense de la dicte ville, soubz l’obéissance du roy, le seigneur de Belleville, lieutenant général de Sa Majesté, gouverneur au dict pays Aulnys et La Rochelle, fut contrainct mettre quatre compaignies de gens de pied et sa compaignie de gendarmes ; pour l’entretien des quelles et remplacement de deniers qui furent prins au fondz de la dicte Majesté, furent levez grandes sommes de deniers, ensemble des munitions pour la dicte compaignie de gendarmes et oultre par dessus aultres deniers qui furent levez pour l’entretenement des garnisons de certains chasteaulx et places fortes où il estoit besoing et nécessaire y mettre pour la sûreté des dictes places et contraindre les habitans du dict pays au paiement des tailles et aultres subsides levez par l’autorité de Sa Majesté en la dicte armée ; aultrement les dicts chasteaulx et forts eussent esté prins par ceulx du parti contraire, au grand préjudice et dommage de la dicte Majesté et du dict pays. Septième guerre de religion (1579–1580)
Tellement que les dicts maires et eschevins, tant de la ville que du plat pays, sont encore chargez de subsides extraordinaires pour payer et (mots manquants) des dictes impositions, vivres et munitions fournies pendant les dictes guerres ; et encore en l’année 1582, l’on a cotizé sur eulx extraordinairement, par commission de Sa Majesté, pour le paiement des charges extraordinaires montant à 33 mille escus, y comprenant huit mille escus ou environ pour la chambre de la justice establie à Agen, oultre 50 mille escus qui se prennent sur le sel du pays de Xaintonge.
Que en la dicte année 1582, les chiefs (mots manquants) qui se sont embarqués pour aller en Portugal, ont faict grand séjour à diverses fois au pays du dict Xaintonge, reçu par les paroisses à discrétion et oultre ce rançonné la plus grande part des habitans d’icelui, prins en leurs malsons plusieurs meubles, et oultre ce, grandes munitions et magazins levez sur eulx ; et encore en veult on lever huit mille escuz dont il y a (mots manquants) par la dicte Majesté.
Que, en l’année 1583, il a esté levé sur le dict pays, tant de deniers ordinaires qu’extraordinaires, suivant les lettres patentes de Sa Majesté et (mots manquants) d’icelle, soixante-sept mille quatre-vingt tant d’escuz, sans comprendre deulx mille escus de Pont que les habitans des villes closes ont payé, combien qu’elles eussent esté comprinses en tous les aultres subsides, tant ordinaires qu’extraordinaires.
Par ce que dessus appert qu’il n’y a province en France qui soit de la moitié tant chargée que le dict pays de Xaintonge qui n’est de dix huit lieuz de long et quinze de large au plus, (mots manquants) que la plupart des habitans sont contraincts se restirer au pays d’Aulnys, Angoulmois, Poitou et Gascogne adjaçans au dict pays de Xaintonge, estant les habitans du dict pays si pauvres qu’ils n’ont moyen de faire entendre les dictes charges, foules et oppressions, aussi qu’il n’y a aulcungs deniers ez villes du dict pays, ni personne qui veuille entreprendre la dicte charge. Ce paragraphe dit au Roi : attention, Majesté, bientôt vous ne trouverez plus personne ici pour collecter vos impôts !
Pour à quoi obvier à l’advenir, supplient, les dicts habitans, la dicte Majesté qu’il lui plaise leur permettre d’eslire un ou deulx sindicz du dict pays de Xaintonge et leur ordonner gages compétents sur icelui pays que le peuple paiera très volomptiers, lesquels sindictz soient triennaulx ou pour deulx ans, qu’ils aient pouvoir, quand nécessité le requerra, de convoquer et assembler les estats en la ville et lieu commode du dict pays, pour adviser aux affaires d’icelui, concernant le service de Sa Majesté et biens de ses subjectz, à l’exemple du Languedoc, Périgord, Agenois, Condomnois, Provence et aultres provinces de son royaulme.
Que la dicte Majesté (mots manquants) et donne pouvoir aux habitans de la principale ville de chaque province de son royaulme de lever deniers sur toutes les dictes provinces pour ledict bâtiment et entretien d’un collège qui doit être en la principale ville, pour l’instruction de la jeunesse de tout le pays et soublagement des familles d’icelles. Demande de création d’impôts provinciaux pour financer l’enseignement
En considération de ce, les dicts habitans supplient la dicte Majesté leur octroyer lettres pour lever sur le dict pays mille escuz pour même effet que dessus, attendu aussi qu’il n’y a aulcuns deniers communs en aulcune maison de ville du dict pays. Demande de création d’un impôt local.
Ce que dessus concerne le général delà dicte province ; mais en particulier les maire et eschevins de la ville de Xaintes remonstrent à la dicte Majesté que en la dicte maison commune n’y a aulcun revenu soit de deniers dotaulx ou patrimoniaulx, desquels ils puissent entretenir les murailles, ponts et portes de la dicte ville, et en considération de ce les deniers des leur avoient esté ci-devant octroyez pour l’entretien des dicts ponts, portes et murailles qui leur ont esté otez dès l’an 1566 ; et despuis la dicte Majesté leur avoit octroyé, au lieu de ce, le huictième du vin vendu en détail, et tout le pays de Xairitonge, lui payant pour ce six mille livres par chascun an et les rentes constituées par la dicte Majesté, sur les dicts huitièmes dont ils ont esté encore despuis privez ; et au lieu de ce, leur avoit esté octroyé deux cents escuz par chascun an à les prendre sur les dicts huitièmes pour (mots manquants) aucunes constructions qui sont (mots manquants) et qu’il n’y a fonds en la dicte ville, ni revenus, comme dict est, et aussi peu de moyen d’en faire. Il plaise à la dicte Majesté ordonner qu’il sera livré, par chascun an, sur tout le dict pays ; un soubz pour livre, à la raison du principal de la taille ordinaire pour estre employé aux réparations des dictes murailles, entretien des ponts et portes, ensemble de la rivière de Charente, en partie de laquelle plusieurs bancs de sable se font, qui empêchent et empêcheront encore de plus le navigage de la dicte rivière, au grand préjudice et dommage non seulement de tout le pays de Xaintonge, mais aussi du pays de Poictou, Périgord, Lymousin et Angoulmoys, et diminution des droicts et debvoyrs que la dicte Majesté prend sur les marchandises qui se transportent sur la dicte rivière, comme les dicts habitans ont (mots manquants) faict aparoir à messieurs les trésoriers généraulx de Mauple et de (mots manquants) qui l’ont vu à l’œil estant sur les lieulx et faict. Demande de rétablissement d’un impôt local (qui existait avant 1566, remplacé à cette date par une taxe de 1/8e sur les vins, puis supprimé) pour financer une certaine intercommunalité : entretien des fortifications, des ponts et portes de la ville, dragage du fleuve Charente pour améliorer la navigation.

Demande de réduction du "droit de Charente". Sujet récurrent jusqu’en 1789.
Sur ce, supplient humblement la dicte Majesté avoir esgard tant à la conservation de la dicte rivière (mots manquants) que de la dicte ville, de Xaintes, afin qu’elle la puisse toujours garder soubz son obéissance.

En l’année 1582, les gages des gagers de la ville étaient de cent sols pour chascun.
Et le dict jour, après que les dicts maires et eschevins ont eu de rechief entendu par vous nos seigneurs commissaires l’intention de la dicte Majesté de. lever en son royaulme quinze cents mille escuz, en oultre et par dessus le principal de la taille et taillon, et les relascher d’aulcuns aultres subsides mentionnés par les articles à eulx communiqués, se sont de rechief assemblez pour adviser à ce.
Disant que, par les considérations contenues en leurs remonstrances sus escriptes, il leur est impossible donner advis quant à ce. Mais quand bien Sa Majesté vouldroit lever les dictes sommes, le dict pays de Xaintonge ne peult êfre comprins en la taxe qui en sera faicte, attendu les charges extraordinaires que le dict pays porte aultres que le reste du royaulme : car il paie seul pour les garnisons du dict pays, savoir est : pour celle de Brouage vingt-deulx mille escuz, et oultre ce, le roy prend sur leur revenu du sel vingt mille escuz revenant à quarante-deux mille escuz que le subside du dict sel est affermé, que les propriétaires des marois, palliers et saulniers paient seuls, qui est une charge insupportable et la ruine de tout le pays.
Ils paient, davantage, pour la garnison establie à Saint-Jehan douze mille escuz, pour celles de Xaintes et Taillebourg, sept mille escuz, pour partie des gages de nos. seigneurs de la chambre de justice establie à Agen, huit mille deulx cents et tant d’escuz, revenant toutes les dictes charges que les aultres pays ne paient point à soixante-neuf mille escuz, oultre et par dessus le principal de la taille, taillons, (mots manquants) gages d’officiers, prévotz des mareschaulx et aultres, qui vous ont esté donné par les estats, tant du siège de Xaintes que de Saint-Jehan.
Au moyen de quoy ne peulvent les dicts maire et eschevins, manans et habitans de la dicte ville, représentant le tiers Estat du pays de Xaintonge, bailler aulcun advis ne moyen pour trouver les dicts quinze cents mille escuz que Sa dicte Majesté demande ; et quand bien il lui plairoit les imposer sur son royaulme, la supplient très humblement avoir pitié et compassion d’eulx et ne les comprendre en la cotisation qui en pourra estre faicte, mais les descharger de toutes les commissions extraordinaires ou parties d’icelles, se remettant au bon vouloir de Sa Majesté, comme ses très humbles et très obéissans subjectz et serviteurs pour avoir pitié d’eulx. Les deux envoyés du Roi avaient pour mission de trouver 1,5 millions d’écus : en Saintonge, Majesté, nous n’en avons pas les moyens.

[1Encyclopédie : MUID, s. m. (Commerce) est une grande mesure fort en usage en France pour mesurer différentes choses, comme le blé, les légumes, la chaux, le charbon. Voyez MESURE.
Le muid n’est point un vaisseau réel dont on se serve pour mesurer, mais une mesure idéale à laquelle on compare les autres, comme le septier, la mine, le minot, le boisseau, &c.
A Paris le muid de froment, de légumes, & d’autres semblables denrées, est composé de 12 septiers ; chaque septier contient deux mines ; chaque mine deux minots ; chaque minot trois boisseaux ; chaque boisseau quatre quarts de boisseau, ou seize litrons ; chaque litron, 36 pouces cubes qui excedent notre pinte de 1 31/22 pouces cubes. Le muid d’avoine est double du muid de froment, quoique composé, comme celui-ci, de 12 septiers : mais chaque septier contient 24 boisseaux. Le muid de charbon de bois contient 20 mines, sacs, ou charges ; chaque mine deux minots ; chaque minot 8 boisseaux, chaque boisseau quatre quarts de boisseau, &c

[2Louis du Plessis, seigneur de Richelieu, fils de Louis du Plessis, seigneur de Richelieu, Beçay, le Chillou, la Vervolière, et de Françoise de Rochechouart, fut lieutenant de la compagnie d’ordonnances du duc de Montpensier, et échanson de Henri II de 1548 à 1555. Il était oncle du cardinal de Richelieu.

[3Probablement Gabriel Nompar de Caumont, comte de Lauzun, marquis de Puyguilhem, etc., capitaine de 50 hommes d’armes des ordonnances, chevalier du Saint-Esprit en 1585, né en 1535, fils de François Nompar de Caumont et de Charlotte de la Roche-Andry. Il fut arrière-grand-père de Charlotte de Caumont-Lauzun, abbesse de Saintes (1687-1701) et de Françoise de Caumont, grande prieure de Saintes, puis abbesse de. Ronceray. ANSELME, tome IV, page 480,

[4Saint-Sorlin ou Saint-Sornin de Marennes, commune du canton de Marennes.

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