Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

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1643 - L’Ulysse françois ou le voyage de France, de Flandre et de Savoye

Journal de voyage impertinent

lundi 3 juillet 2023, par Pierre, 33 visites.

Source : BNF Gallica
L’Ulysse françois ou Le voyage de France, de Flandre et de Savoye. Contenant les plus rares curiosités des pays, la situation des villes, les meurs & les façons de faire des habitans. Et dedié à monseigneur le comte d’Olonne. Par le sieur Coulon. 1643.
Auteur : Louis Coulon (1605-1664)

Le ton de Louis Coulon est insolite, pour un récit de voyage. Une introduction pleine d’humour nous met en appétit. En réalité, le style est souvent amusant, agréable à lire.
Souvent, les faits racontés nous échappent : depuis 1643, le temps a passé, presque 400 ans.
Nous avons choisi la partie du voyage où "Ulysse" va de Bordeaux à Limoges en passant par Pons, Saintes et la Rochelle. Curieusement, dans cette partie du voyage, le ton est plus sérieux. Est-ce parce que "La France est la plus esclatante Couronne de l’Europe, dont la Xaintonge est la Perle". Merci, Monsieur Coulon !
Son récit du Grand Siège de la Rochelle (1627, 16 ans avant la publication de ce livre) est poignant.

Prenez le temps de télécharger la version intégrale de ce livre sur le site de la BNF Gallica et parcourez-le. Il regorge de pépites.

[Introduction]

Nostre Ulysse desirant apprendre les maximes de la Morale dans leurs Principes, former sa vie sur l’Original du plus beau peuple du monde ; s’embarque à Douvre en Angleterre pour aborder à Calais, & de là passer en Flandre, & parcourir les principalles villes de France & de Savoye ; ou il se promet de voir comme sur un Théatre, ces nations civilisées jouer les Personnages, que la naissance leur a donné, & representer au naturel les vertus & les vices. Il est vray que les Livres sont des miroirs, qui ne peuvent tromper, & qui ne scauroient faire passer les impostures du fard pour une veritable beauté : Mais comme il faut beaucoup plus de science à discerner les estoiles au Ciel, qu’à les compter sur un Globe : pareillement il y a beaucoup plus de certitude à contempler les objects en eux mesme, qu’à ne les voir qu’en leurs especes : & c’est bien autre chose d’avoir esté present dans les plus belles places du monde, que de les avoir parcourues que des yeux sur une carte.

C’est donc pour ce dessein, que nostre Ulisse Gallo-Belgique ou Flamand-François ; car c’est ainsi qu’il veut estre nommé, entreprend ses voyages ...

[Partie du voyage d’Ulysse en Saintonge, Aunis et Angoumois.]

Si vous voulés voir la Rochelle, vous pourés vous embarquer à Blaye, dans un bateau, qui vous portera iusqu’à Royan, petite ville assise à l’emboucheure de la Garomne, & battue du flot de la mer des deux costés, qui a veu l’armée du Roy devant ses murailles pour punir les habitans de leur desobeissance aux Edicts du Prince, & de leur felonnie envers leur Maistre, le Marquis de Royan, dont la seule vertu eust este capable de les ranger à leur devoir, si leurs crimes n’eussent obligé le Ciel de les laisser dans leur obstination, pour lancer les foudres sur leurs testes. On peut voir de là la Tour de Cordoüan, cet excellent fanal, qui sert de guide aux Nautonniers, qui arrivent de la grande Mer en Saintonge. Cette Tour est eslevée sur un rocher, & fut réparée par le commandement du Roy Henry IV. Mais pour ce qu’il n’est pas trop aisé, ny seur [sûr] de franchir cette coste de mer, nostre voyageur fera beaucoup mieux de loüer des chevaux à Blaye pour aller à Saintes. Vous disnez au petit Niort, où l’on compte six lieues, & ayant passé le long des murailles de Plassac qui est un chasteau du Duc d’Espernon, le soir vous arrivés à Pons, à l’Escu de France. C’est une ville très bien bastie sur la riviere de Seigne ; on la divise en ville haute & ville basse, avec quantité de Ponts, qui luy ont donné son nom. Le Chasteau est en un lieu fort éminent, clos de bonnes murailles espaisses de dix pieds, entouré de bons fossez, muny de quatre grosses Tours, & d’un Donjon au milieu. Les murailles & fortifications de la ville furent desmolies l’an 1621. à quatre lieues de là vous entrés à Saintes, Capitale du pays de Saintonge.

XAINTES.

La France est la plus esclatante Couronne de l’Europe, dont la Xaintonge est la Perle, à cause de sa fertilité, qui luy produit des bleds, des vins en abondance, du sel, du safran, & toute sorte de fruits ; avec une belle prairie, qui s’estend durant trente lieues sur les bords de la Charante, qui passe par le milieu de la Province, & va moüiller les murailles de Xaintes la ville Capitale, sous un superbe Pont, qui la separe du fauxbourg, qu’on appelle des Dames. Son Chasteau est sur une roche, & bien fortifié. Au pont se void [voit] une arcade bastie à l’antique, d’une pierre tres grosse & très dure, avec une inscriptjon latine. Dans une petite maison, qui est proche de cet arc se void une effigie gravée sur la pierre, representant comme on croid, celuy qui la fait bastir. Les masures de l’Amphitheatre & de certains Aqueducs anciens, qui sont des restes de la somptuosité Romaine, se monstrent hors de la ville.

C’est une Evesché, dont l’Eglise Cathédrale est dédiée à S. Pierre bastie par Charlemagne, de qui on void la teste gravée sur une des murailles : avec un Y. au dehors de l’Eglise, pour marque que ce pieux & Vaillant Prince avoit fait autant bastir d’Eglises en France, avant celle-cy qu’il y a de lettres avant l’Y. Il y a plusieurs autres Eglises Parrochiales, sans conter les Convens de Religieux & de Religieuses, dont les plus celebres & les plus opulens sont l’Abbaye des Dames, & le Prieuré de S. Eutrope dans les Faux-bourgs, qui sont aussi peuplés, & plus marchans que la ville.

De Saintes nous allons à Taillebourg, ou sont les carrières de pierre blanche, à Tonay Charente, à la Loudre, à Iüe, à Chateleton [Chatelaillon], à Angoulein, à Netré [Aytré], & enfin à la Rochelle apres treize lieues de chemin.

LA ROCHELLE.

Cette superbe ville de la Rochelle autant diffamée pour les Rebellions contre ses Roys, que fameuse par l’avantage de son assiete, & par les fortifications inexpugnables, que l’art y avoit adjoustées, n’est pas fort ancienne. Durant les derniers Ducs d’Aquitaine, ce n’estoit qu’une bourgade habitée pour la pluspart de pescheurs, sans autre commerce avec les Étrangers ny avec ses voisins, que de sa pesche. Son nom marque assez sa situation sur des roches & falaises, qui paroissans de loin du costé de la mer, à cause de leur blancheur, l’ont fait aussi nommer la ville blanche, bien que ses crimes l’ayent rendue depuis la ville noire.

Guillaume dernier Duc d’Aquitaine considerant l’avantageuse assiete de ce Bourg, la beauté du port, la seureté de l’abordage, la commodité d’y bastir, la fertilité du pays circonvoisin, le voisinage des Isles de Ré, d’Oleron, de Marenes [Marennes] & d’Alvert [Arvert], & tout ce qui se peut desirer pour l’accroissement d’une ville, permit aux habitans de clorre leur Bourg de murailles, pour en faciliter l’ouvrage, les deschargea de toute imposition. Eleonor fille & héritière du mesme Duc, qui fut mariée à Louys septiesme, dit le Jeune, secondant les affections de son Pere, leur en fit obtenir la confirmation du Roy son premier espoux : & depuis encore du second, qui fut Henry Roy d’Angleterre, & Chef de la mesme Eleonor, Duc de Guyenne : & elle mesme leur donna droit de communauté & de Justice haute, moyenne, & basse, cens, rentes , domaines.

Le Roy Philippes Auguste ayant remis sous sa main la Guyenne par la felonie de Jean sans terre, la Rochelle fut une des dernière pieces reconquises, & eust encore resisté plus longuement sans une fourbe Angloise. Car ayans envoyé demander secours d’argent en Angleterre pour le payement de la garnison les Anglois furent si insolens & outrageux, qu’ils leur envoyerent des caisses pleines de cailloux : dont ces hommes valeureux, qui exposoient si franchement leurs fortunes & leurs personnes pour une nation ingrate, furent si picqués, qu’ils rendirent la ville au Dauphin Louis, & luy jurerent fidelité & obeissance, en qualité de ses humbles subjets. Cette raillerie injurieuse demeura si avant gravée dans les cœurs des Rochelois, que leur ville estant obligée de retourner sous la puissance des Anglois avec le reste de l’Aquitaine, par le traité de Bretigny, de l’an 1359. pour retirer le Roy Jean prisonnier en Angleterre, ils refuserent d’obeyr & resistèrent mesme au Dauphin, qui les pressoit d’agréer ce changement de Maistres, offrans de donner plustost la moitié de tous leurs biens, que de retourner sous la domination Angloise. Ce sage Prince estant parvenu à la Couronne sous le nom de Charles V. augmenta les Privilèges des Rochelois en reconoissance de leur grand zele & fidelité envers la France. Ce fut justement pour lors qu’ils establirent le Conseil & corps de ville composé de cent Bourgeois, à scavoir de cinquante Eschevins & autant de Pairs, dont ils ont esleu tousjours leur Maire, qui est le chef des Magistrats populaires, & le Gouverneur particulier de la ville. Et depuis ce temps-là on peut dire que les Rochelois se sont maintenus longuement dans le devoir de bons sujets, & que Louys XI. y faisant son entrée leur jura solemnellement de les maintenir en leurs immunités & privileges.

Mais leur orgueil croissant avec l’opulence, ils furent si insolens, que de s’opposer seditieusement à l’execution d’un Edict de François I. qui fut obligé de se transporter luy mesme à la Rochelle, pour chastier les seditieux, & se faire reconoistre Roy par sa presence. Depuis s’estans laissés emporter aux prédications des premiers Ministres de Calvin, ils succerent le venin de la rébellion avec celuy de l’erreur, & peu apres commencèrent à se porter pour les chefs des Eglises prétendües, massacrerent ou bannirent tous les Ecclesiastiques, s’emparerent de leurs biens démolirent les Eglises , & en bastirent leurs fortifications, chasserent les Catholiques, & commirent toutes sortes de crimes contre leur Prince.

Charles IX. ayant fait assieger la Rochelle l’an 1572. sous la conduite de Henry Duc d’Anjou son Frere, elle eut esté emportée sans les trahisons de ceux qui favorisoient les Religionnaires, ou qui desiroient la continuation des guerres civiles. Tellement que le siege estant levé & la paix accordée aux Religionnaires [les Protestants], à des conditions honteuses & dommageables à l’Estat, l’orgueil des Rochelois monta à ce poinct d’insolence, que s’imaginans de faire de leur ville le Chef & le Siège principal d’une florissante Republique, ils y esleverent les plus belles & les plus régulières fortifications de place de l’Europe, tranchans des souverains sur la Terre & sur la Mer, & traittans de paix avec leur Prince.

Ayans esté protegez du feu Roy Henry le Grand, n’estant encore que Roy de Navare, ils ne le recevoient pas pourtant le plus fort en leur ville, & ne laisserent jamais eschaper aucune occasion de conspirer contre l’Estat, ce qu’ils ont continué sous le Roy Louys le Juste, se joignans aux Princes malcontens, favorisans tous ceux qui conspiroient contre le repos de l’Estat, convoquans des assemblées generales contre les expresses deffenses de sa Majesté, & faisans tous leurs efforts de former un Estat dans l’Estat.

Ce detestable attentat, avec tant d’infractions de paix, de seditions, de complots, de monopoles, d’alliances avec les estrangers ennemis de la France obligerent enfin le Roy de mettre le siege devant la RocheIle, pour renger au devoir un peuple mutin & desobeissant : La circonvallation fut faite, les Forts construits sur les tranchées & lignes de communication, & le Siège formé l’an mil six cens vingt sept. Le Roy y fut en personne avec sa Noblesse, qui accouroit de tous les endroits de la France pour voir un miracle qui ne pouvoit estre opéré que par un Roy Juste, que Dieu avoit choisi pour servir de modelle aux bons Roys ; & pour leur faire entendre que rien n’est impossible aux Princes qui cerchent les interests de Dieu dans la conservation de leur authorité ; que les Elemens se soumettent à leurs volontez pour contraindre les subiets rebelles de suivre leurs exemples : qu’ils ont l’ordre des saisons & la conduite des temps en leur disposition pour maintenir leurs armées : qu’ils peuvent rendre l’Ocean captif pour le mettre eux mesmes en liberté, qu’ils sont enfin tout-puissans pour exécuter leurs desseins. Ce miracle est la Digue, qu’on bastist dans la mer pour fermer un Canal de mille pas qui rendoit la Rochelle imprenable tandis que les vaisseaux pouvoient passer, & leur porter secours. Je ne veux point icy renouveler la mémoire des miseres que souffrirent ces pauvres aveuglés, devant que de reconnoistre la Majesté de leur Prince, je me contenteray de dire qu’il mourut plus de treize mille âmes dans la ville durant le siege, & que le jour de l’entrée du Roy qui fut le jour de la Toussains deux jours apres sa reddition, il n’y avait pas cent hommes qui eussent la force de soustenir leurs armes, & monter sur les bastions, il ne s’y trouvoit plus que sept ou huit maisons qui eussent du pain : une mere s’estoit repeuë de la chair de sa fille morte de faim, & plusieurs prevoyans leur mort prochaine, se traisnoient aux cimetières pour y rendre l’ame, faisans faire leur fosse en leur presence, & s’estendoient dedans prians leurs parens & amis de les couvrir d’un peu de terre apres leur trépas & ne se trouvans plus de fossoyeurs, la pluspart demeuroient sans sepulture. Telles ont esté les heureuses & tristes avantures de la Rochelle.

Toutes ces belles fortifications, ces sept bastions revestus avec leurs courtines & defenses, ces autres quatre accompagnés de fossez rempars, & corridors, revestus au dehors de la contrescarpe ont esté démolies il n’y reste plus rien que les deux Tours de la chaisne, & celle du Garot, qui sont à l’entrée du port, avec quelques murailles du costé de la Mer. Le Temple a esté converti comme un Pantheon à un meilleur usage. Il est de figure ovale, basti de bois sur des murailles de pierre, avec un merveilleux artifice : & une liaison extraordinaire des soliveaux l’un avec l’autre sans aucun soustien au milieu du bastiment. On peut remarquer près de la ville l’art & l’industrie singuliere pour faire du sel très blanc, par le moyen de l’eau de la mer, qu’ils gardent en hyver dans des reservoirs, & qu’ils font desseicher au soleil durant l’Esté.

Nous estions logés aux trois Marchands, d’où nous sortismes pour aller à Limoges. Le chemin que nous suivismes fut par Poy de Loüait [?] trois lieues, Surgere [Surgères] deux, Dompierre quatre, Oriée [?] deux, S. Fraisne cinq, Vertueil en Engoumois trois, S. Laurens de Chaud trois, Chabanes quatre, S. Junien deux, & enfin arrivaimes à Limoges, où nous descendismes au cheval blanc.

LIMOGES

Le Limosin abonde en seigles, orges, chastagnes, & raves. Le bétail y est en grand nombre par tout le pays., & s’y nourrissent de fort bons chevaux, qu’on vend à la foire de Chaslus. Les habitans ne sont pas si polis & civilisés comme ailleurs ; les femmes y sont fort chastes, mais fort peu agréables. Ils sont industrieux, sobres, mesnagers semblables à ces Plantes qui profitent par tout. La Capitale du pays est Limoges assise sur la Vienne : qui est marchande & populeuse : dont l’Eglise Cathedrale est dediée à S. Estienne ; l’ Abbaye est consacree à leur Apostre S. Martial. Ses bastimens ne sont que de bois & de terre, comme en plusieurs lieux d’Allemagne ; les familles sont sales en leurs meubles, & en leurs tables ; les femmes y sont vestües grotesquement, & la simple représentation des vesves, qui portent leurs collets à rebours des autres, fermés & estendus sur la poitrine, & ouvers sur l’espaule ; des femmes mariées, des filles des dévotes, des nourrisses, des grandes & petites chambrieres, seroit plus divertissante aux yeux des Estrangers, qu’une farce de Comédie. La Fontaine d’Aygolen est l’unique ornement de la ville : elle fait deux estangs, qu’on ouvre deux fois la semaine pour nettoyer les rües. Mais à n’en point mentir la pieté des habitans les orne plus que tous les vains emprunts de la fortune & de l’art. Ceux qui ont veu la procession de Pasques, où l’on porte le corps de S. Martial, suivy de tout le peuple, la pluspart, mesme des grands, en chemise, & la torche au poing, confesseront qu’ils n’ont rien veu de si loüable n’y de si religieux dans aucune ville de France.

De Limoges nous allasmes à Clermont en Auvergne, où nous n’eusmes pas le temps de voir les curiositez de la ville & particulierement les fontaines, pource que nous fusmes pressés de regaigner Lyon, où je laisseray mon Ulysse François jusqu’à la premiere commodité qui se presentera de le conduire en Italie, où il se prépare de voir toutes les curiositez qu’il ne sçait que par les livres.

FIN


Voir en ligne : L’Ulysse françois ou Le voyage de France, de Flandre et de Savoye

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