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1547 - 1548 - La rvolte des Pitaux, par Louis Audiat

mercredi 26 novembre 2008, par Pierre, 3534 visites.

Dans sa biographie de Bernard Palissy, le gnial potier saintongeais, Louis Audiat dcrit la rvolte des Pitaux contre la gabelle et explique comment sa dure rpression a facilit l’arrive de la Rforme dans les provinces de Saintonge, Angoumois et Poitou.

Source : Bernard Palissy, tude sur sa vie et ses travaux - Louis Audiat - Paris - 1868

Autres documents sur les rvoltes de la gabelle de 1541 1548

Emeutes en Saintonge. - Soulvements en Guienne. - Les Pitaux. — Bordeaux au pillage. — le conntable de Montmorency chtie les villes rvoltes. - le marchal de Vieilleville Saintes - Abolition de la gabelle. - Le conntable et Palissy.

La tentative de rvolte, provoque par l’impt de la gabelle en 1542, avait t facilement comprime en Saintonge. Mais cet impt, pnible par lui-mme, excitait encore les plaintes des populations par la rigueur avec laquelle il tait peru. Amendes, confiscations, emprisonnements, on employait tout pour habituer le peuple payer la taxe. Il ne s’y habituait pas. Les traitants et sous-traitants se livraient aux plus honteuses exactions. Ils avaient achet leur charge fort cher ; ils voulaient en solder le prix et faire quelques petits bnfices. Tout mtier doit nourrir son matre. Bouchet nous le dit : Encores furent plus indignez ceux de toute la Guyenne, pour la multitude des officiers crs et commis pour lever le dit sel, en si grande multitude, et qui abusoient de telle sorte qu’en deux ou trois ans, lesdits officiers et leur commis devenoient riches de trois ou quatre mille livres des biens du pauvre peuple ; qui tousiours murmuroit, non-seulement pour la perte de leurs biens, mais pour la vexation de leurs personnes et tellement que chacun s’ennuioit de plus vivre.

II y a un terme tout, mme la patience des provinces pressures. En 1547, Consac en Saintonge, le peuple avait massacr huit officiers du grenier sel. Prigueux avait chass les commis. On faisait courir le bruit que les garde-sel mettaient dans leur marchandise du sable et du gravier. On refusa en quelques endroits d’aller prendre le sel aux magasins.

En 1548, les laboureurs pousss bout s’assemblent en armes Jurignac en Angoumois. Les curs, indigns de voir leurs paroissiens ainsi maltraits, les encouragent. Les commis de la gabelle se rfugient Cognac. Le mouvement s’tend. Blanzac, Jonzac, Berneuil, se soulvent. Toutes les cloches sonnent le tocsin. Le roi de Navarre, Henri d’Albret, gouverneur des provinces maritimes d’Aquitaine, envoie contre les mutins trois cents cavaliers. Ils sont forcs de se retirer, et se cachent Barbezieux o le seigneur du lieu, Charles de la Rochefoucauld, les reoit. Bientt, craignant de tomber au pouvoir de l’insurrection menaante, ils se replient vers Montlieu d’o ils regagnent le Barn.

Les rvolts qu’on nommait Pitaux — en langage populaire gens misrables, hommes de peu de valeur, Piteux, qui fait piti - prennent pour chef un gentilhomme des environs de Barbezieux, le sire de Puymoreau. Sous son titre de grand couronnal ou colonel de Saintonge, il range les couronnaux des diverses paroisses, bourgeois mal fams ou paysans grossiers, un Cramaillon, faux-saunier, un Bouillon, boucher, Chteauroux, bourgeois de Saintes, le forgeron Boismenin dit Galafre. Sa troupe, forte de quatre cinq mille hommes, dlivre Chteauneuf les faux-sauniers prisonniers. Bouchonneau, directeur gnral des gabelles en Guienne, est surpris Jarnac. On lui fait endurer mille tourments ; puis on lie son cadavre une planche et on le jette l’eau avec cet affreux jeu de mots : Va, mchant gabelou, va saler les poissons de la Charente. La Charente se chargera de le transporter Cognac. Et cette vue dterminera peut-tre la ville se soulever.

Le 3 aot, la troupe est Archiac. Elle brle le chteau du seigneur d’Ambleville, qui avait voulu rsister et pris quelques mutins. On rase ses autres maisons. Cet exploit accompli, le grand couronnal convoque, le dimanche suivant, toutes les paroisses Baignes pour le mercredi. Quarante ou cinquante mille hommes s’y trouvrent, venus de Barbezieux, Chevanceaux, Montlieu, Montguyon, Montendre, Jonzac, Orillac, Vibrac, Meux, Saint-Magouy, Montauzier, Saint-Germain de Vibrac, et autres lieux. Un marchand, Franois Boullet, refuse de s’enrler. On met le feu sa maison. Pareil traitement tait rserv Jean de Sainte-Maure, seigneur de Chaux, qui avait refus de leur donner un capitaine. Son frre pun, Jacques de Sainte-Maure, intercda et le sauva. Il obtint mme que les bandes des paroisses de Chaux - aujourd’hui Chevanceaux - de Montguyon, de Montlieu, seraient renvoyes dans leurs foyers. Les autres seigneurs de la contre furent contraints de laisser passer le torrent.

Une bande de 16,000 hommes se dirigea vers Saintes sous les ordres de Puymoreau. A Belluire, prs de Saint-Genis, un prtre, Jean Braud, accus par un bon homme de lui avoir.drob une jument de six cus, fut attach un arbre et perc de flches jusqu’ ce que mort s’ensuivit. A Pons, la maison d’un bourgeois, nomm Reugeart, fut saccage. Fortifis de la bande de Pons, les Pitaux arrivent sous les murs de Saintes o les viennent rejoindre ceux de Marennes, d’Arvert et de la Tremblade. La ville tait trop faible. Elle laissa entrer. Plusieurs habitants, souponns d’tre contraires aux faux-sauniers, furent gorgs, entre autres un riche marchand nomm Lachuche. Les prisons furent ouvertes, et les contrebandiers mis en libert. Un gabelou fut tu. On se contenta de saccager les maisons des autres, faute de mieux. Ils s’taient au commencement rfugis au chteau de Taillebourg ; on essaya bien de les aller chercher derrire les murailles de la forteresse ; il fallut bientt renoncer au sige.

Saintes fournit son contingent la bande ; six sept mille bourgeois, prtres, marchands, artisans, suivirent les Pitaux. Puymoreau, apprenant qu’une de ses bandes sous le commandement de Chteauroux, venait d’tre horriblement taille en pices par vingt-cinq lansquenets, un combat qu’on appela la Journe des btons, du grand nombre de btons laisss sur le terrain par les vaincus en fuite, et tromp par de fausses lettres qui lui annonaient l’approche d’un corps de cavalerie, se dirigea vers Cognac. La ville rsista ; c’tait la seule qui, avec Saint-Jean d’Angely, n’et point pris part l’insurrection. Elle fut enleve de force et livre au pillage. Puymoreau prit ensuite la route d’Angoulme. Franois de la Rochebeaucourt, grand snchal de l’Angoumois, y instruisait le procs de quelques couronnaux dont Saint-Sverin s’tait empar Saint-Amand-de-Boixe aprs avoir, avec quelques hommes, mis en droute une troupe de dix-sept mille Pitaux qui avaient pill Ruffec. Puymoreau, la tte de vingt mille furieux, rclama les prisonniers. Pour viter un horrible saccagement, la Cit les lui rendit.

Bordeaux fut somm d’ouvrir ses portes. Les principaux refusaient d’obir. La population s’ameuta. Douze heures durant, le tocsin sonna la grosse cloche de la maison commune. Tristan de Moneins, lieutenant du roi, qui s’tait renferm au Chteau-Trompette fut attir, sous promesse d’tre respect, l’Htel de ville par le prsident la Chassaigne, et tratreusement massacr. Puymoreau livra la ville au pillage pendant plusieurs jours. Ce fut un massacre pouvantable.

Henri II tait Turin. Le dur conntable, Anne de Montmorency, lui proposa de chtier d’une manire exemplaire, ou plutt d’exterminer ces indociles populations de la Saintonge, et d’y transplanter de nouveaux habitants. Le jeune roi prfra la clmence. Ses lettres, lues en septembre Bordeaux, Saintes, Angoulme, arrtrent la rvolte dj lasse d’elle-mme et effraye de ses propres excs. Toutefois, Henri II chargea le conntable de rtablir l’ordre et de punir les auteurs de l’insurrection.

Malgr les humbles supplications et la soumission des jurats, le conntable entra dans Bordeaux comme en une ville conquise, par une brche faite exprs, avec dix-huit pices d’artillerie et toutes ses troupes, dont le dfil dura de six heures du matin quatre heures du soir. Bordeaux, par sentence du mois de novembre, fut dclare dchue de tous ses privilges. La maison de ville devait tre dmolie et faire place une chapelle expiatoire o l’on prierait pour le lieutenant gnral massacr. L’amende de la ville s’leva deux cent mille livres. Les jurats et cent vingt notables durent dterrer avec leurs ongles le cadavre en putrfaction de Tristan de Moneins, le porter l’htel du conntable, son beau-pre, et lui faire des funrailles magnifiques. Cent cinquante personnes de distinction furent condamnes mort, et, comme le raconte, liv.II, chap. XI, dans ses Mmoires, crits par Carloix, son secrtaire, Franois de Scpeaux, sire de Vieilleville, qui avait pris part active la rpression de ces troubles, excuts en diverses sortes de supplices, comme de pendus, dcapits, rous, empals, desmembrs quatre chevaux et brls, mais trois d’une faon dont nous n’avons jamais ouy parler, qu’on appelait mailloter, car on les attachoit par le mytant du corps sur l’eschaffauct la renverse, sans tre bands, ayant les bras et les jambes dlivrs en libert ; et le bourreau, avec un pilon de la mme longueur et grosseur et faon que ceux des ferreurs de fillace, mais de fer, leur rompit et brisa les membres, si bien qu’ils ne les pussent plus mouvoir ny remuer, sans toucher la teste ny au corps, supplice la vrit fort cruel ; puis le bourreau les jeta tous trois dedans ung feu l prpar et demi morts, prononant tout hauct (ainsi tait port leur arrest) : Allez, canaille enrage, rostir les poissons de la Charente que vous avez salls des corps des officiers de vostre Roy et souverain seigneur.

Partout en Guienne, en Saintonge et en Angoumois, les chartes des communes furent lacres ; les cloches qui avaient sonn le tocsin furent fondues. Le grand prvt de la conntablie, matre Jean Baron, natif de Pontoise, excuta les arrts prononcs. A Marmande, il fit trangler et pendre au clocher huit habitants qui avaient sonn le tocsin. A Angoulme, il brla le vicaire de Cressac, Jean Meraud, qui avait assembl la commune contre le roi. Il mit la roue, avec une couronne en tte, Puymoreau, Talemaigne, Galafre, Bouillon et Chteauroux, les chefs du soulvement.

Les provinces ainsi pacifies, Anne de Montmorency, avec le duc d’Aumale, quitta Bordeaux le 9 novembre, aprs un sjour de trois semaines, et se dirigea vers Poitiers.

Ce fut Franois de Scpeaux, sire de Vieilleville, cr plus tard marchal de France par Charles IX, en 1562, qui vint Saintes prendre garnison avec la compagnie de lansquenets du marchal de Saint-Andr. Il y fut si bien accueilli qu’il crivit au conntable en faveur de la ville. Montmorency pardonna. Et en quittant les bords de la Charente, Vieilleville leur put laisser une bonne nouvelle. A Saint-Jean-d’Angly, il fut aussi accueilli avec acclamations. C’tait lui et leur compatriote, Amaury Bouchard, chancelier du roi de Navarre, que les habitants, dnoncs comme Pitaux, devaient l’exemption des peines portes contre les autres villes de la Saintonge. Plus tard, en octobre 1549, par lettres dates de Compigne, le roi rendit aux cits leurs privilges et leurs revenus, amnistia les mutins et mit nant les amendes. Puis, sur l’avis du conntable lui-mme, Henri II, confessant les abus et les vexations de la gabelle, voulut en dcharger les populations selon sa promesse. Par lettres patentes donnes Fontainebleau, le 20 du mois de dcembre 1555, il vendit donc aux habitants des pays de Poitou, Saintonge, ville et gouvernement de la Rochelle et des iles de Marennes, Oleron, Hiers, R et autres adjacentes qui le demandaient, ce droit de quart et demi, moyennant la somme d’un million quatre-vingt-quatorze mille livres tournois, payable, la moiti au mois de mars suivant et l’autre en juin. Le commerce du sel devenait donc parfaitement libre partir de janvier.

Ainsi, l’on finissait par o il et t peut-tre plus sage de commencer : on vidait sa bourse. Mais que de sang rpandu sans profit pour le roi, au grand dtriment des populations ! Le souvenir de toutes les vexations endures, des douleurs et des craintes prouves, les chtiments supports, se conserva longtemps dans les contres du littoral, Dieu nous garde des patentres de monsieur le conntable I ont pu rpter les Saintongeois. Aussi, comme le terrain tait merveilleusement prpar quand les rformateurs luthriens et calvinistes y vinrent jeter la semence des nouvelles doctrines ! Comme ces contres taient disposes entendre prcher contre les abus ! Ce fut certainement une des causes du facile tablissement du calvinisme en Saintonge, en Angoumois, en Poitou, comme nous le dirons plus tard.

Pour Palissy, ces vnements furent heureux. Ils lui donnrent occasion de connatre Anne de Montmorency. Comment lui fut-il prsent ? Peut-tre par quelque seigneur saintongeois, Coucis ou Jarnac, Pons ou la Rochefoucaud. Il a pu voir Saintes Franois de Scpeaux et l’intresser. Il a pu tre reu Poitiers ou Bordeaux par le duc lui-mme. Toujours est-il que de cette poque datent les relations du potier et du conntable.

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