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1627 - Les Anglais débarquent en l’île de Ré pour secourir la Rochelle assiégée

D 10 juin 2009     H 23:34     A Pierre     C 0 messages A 1280 LECTURES


Pour venir au secours des Rochelais assiégés, le roi d’Angleterre donne mission au duc de Buckingham (appelé ici Bouquinquan) de débarquer sur l’Ile de Ré et de desserrer ainsi l’étau qui menace la ville. La résistance opiniâtre des troupes commandées par Thoiras et le contournement du blocus de l’île vont rendre inopérant le débarquement anglais. Pour les Rochelais, tous les espoirs d’un secours par la mer vont s’effondrer.

Source : Histoire du ministère d’Armand Jean du Plessis, cardinal duc de Richelieu, sous le règne de Louys le juste : Avec des reflexions politiques & diverses lettres, contenant les negociations des affaires de Piedmont & du Montserrat - Charles Vialart - Paris ? - 1650 - Books Google

Les commentaires politiques (encadrés) du chroniqueur sont par moments du niveau du café du commerce, et par moments d’une assez grande finesse.

Arrivée de l’Armée Navale d’Angleterre devant l’Isle de Ré.

Pendant la maladie du Roy, l’Armée Navale d’Angleterre commandée par le Duc de Bouquinquan, commença de parestre du costé des Sables d’Olonne au nombre de dix-huict ou vingt voiles seulement, le vingt-huictiesme de Juillet environ sur les six heures du matin. On estima d’abord que c’estoient des Navires Dunquerquois, qui avoient quelque dessein sur une flotte des Hollandois,qui se rencontra lors en rade :mais quand on aperceut qu’ils aprochoient peu à peu de l’Isle de Ré, & que le nombre des vaisseaux grossïsoit sans que les Hollandois en prinssent l’espouvante, on jugea aisément que c’estoit l’Armée Angloise, & on en fut bien tost asseurré, voyant tous les vaisseaux en vedette à l’entrée du pertuis Breton prés de la pointe d’Ars. Le reste s’approcha près de l’un des forts de l’Isle de Ré appellé le fort de la Prée, contre lequel elle tira une extrême quantité de canonnades pendant tout le jour, & le lendemain jusques à la Marée du soir, tant que les vaisseaux s’assemblerent autour de la pointe de Samblaureau à demy mosquetade prés de terre, quelques uns approchant mesme iusques à la portée du pistolet ; ce qui fit juger au sieur de Thoyras qui commandoit dans la Citadelle sainct Martin en cette mesme Isle de Ré, que leur dessein estoit de prendre terre en ce lieu. De sorte qu’il fit advancer tout ce qu’il pût de ses gens pour empescher leur descente. Il les fit approcher le plus prés de ce lieu qu’il leur fut possible pour les combatte en débarquant. Mais comme la descente des Anglois estoit favorisee d’environ deux mil canons qui tiroient presque tous sans cesse, ils eurent le loisir de mettre dix mil hommes à terre. Le sieur de Thoyras n’estoit suivy que d’environ deux cens chevaux & de huict cens hommes d’infanterie, & neantmoins comme il estoit important à la gloire du Roy, de faire un effort pour s’opposer à leur entrée, il se resolut de les attaquer, nonobstant la violence incroyable du canon, qui foudroyoit tout ce qui sc presentoit sur le rivage, esperant que le Ciel favoriseroit leur iuste défence, & que leur courage forcerait la fortune de leur estre favorable. Il disposa la Cavallerie en sept escadrons, dont cinq furent commandez de commencer la charge & de rompre les bataillons des Anglois, & pour l’infanterie elle eut ordre de donner en suitte, & les deux autres escadrons demeurèrent derrière pour la soustenir. Apres le signal du combat les premiers partirent au pas, mais bien tost après ils furent contraints de prendre le galop à cause que le Canon des Anglois les pressa tellement que la pluspart d’entr’eux furent mis hors de combat avant que d’arriver à l’ennemy, les uns estans tuez, les autres blessez, & les autres se trouverent sans chevaux, & neantmoins le courage de ceux qui restèrent en estat de marcher demeurant inesbranlable, ils entrèrent dans les bataillons des Anglois , & y firent tout ce dont la generosité est capable. Les Anglois s’estonnerent de voir venir les François se ietter de la sorte au travers des flames & des volées de canon , & cela fut cause mesme que plusieurs se mirent en desordre, & d’autres en devoir de regagner leurs vaisseaux à la nage ; mais voyans qu’ils n’estoient suivis de personne, & qu’ils n’estoient pas en estat de combattre, ils se rallièrent, & eurent le temps de recharger avant que l’infanterie qui n’avoit peu suivre la Cavallerie, fust à eux. L’infanterie donna & fit plus qu’il ne se pouvoit esperer, mais la violence du canon estoit telle, qu’il fut iugé à propos de faire la retraitre pour prendre une occasion plus advantageuse de les combattre. Rostaincler frère du sieur de Thoyras, le Baron de Chantail, Navailles & plusieurs autres Gentilshommes & Chevaux légers , & environ cent cinquante Soldats moururent en ce combat, la pluspart des Chefs & Officiers y furent blessez. Mais les Anglois ne firent pas moins de perte ; car quinze des Officiers principaux de leur Armée y furent tuez, avec quantité de Lieutenans, & d’Enseignes ; ils perdirent mesmes un de leurs Drappeaux, & s’estant reconneus ils trouverent qu’il avoit esté tué ou noyé, cinq à six cens des leurs. Aussi n’eurent ils pas le cœur de s’advancer pour lors dans l’Isle, mais ils se fortifièrent pendant trois iours sur le bord de la Mer, demeurans tousiours à l’abry de leurs vaisseaux, sans en partir iusques à ce qu’ils eurent advis que l’intention des François estoit de défendre la Citadelle de sainct Martin sans les revoir à la campagne.

Reflexion Politique.

I’Estime comme impossible d’empescher une puissante Armée Navale de prendre terre dans une Isle, lors que l’on y peut descendre en quantité d’endroits , qui ne sont nullement fortifiez ; la nuist seule est capable de favoriser sa descente, & quand il y auroit des Troupes pour luy resister en toutes les entrées, il luy est facile de les mal traicter par le canon, avec tant de violence qu’elles seroicnt forcées de luy ouvrir le passage. Aussi Machiavel & les plus sages Politiques remarquent qu’il est arrivé peu souvent, qu’on ait empesché l’ennemy de franchir quelque passage que ce soit, s’il n’estoit défendu par une bonne Citadelle ; principalement quand il a une grande Armée. Ainsi lorsque François premier entreprit la guerre d’Italie, les Espagnols qui estoient au delà de la Riviere de Beuchambie avec de grandes forces pour empescher son Armée de passer luy quittèrent le pas lors qu’ils virent Monsieur de Guise la picque à la main, & suivy de toutes les Troupes, se mettre en l’eau pour les venir combatre. Ainsi Philippe de Valois ayant donné la commission à Godemar du Fay de garder le passage de la Rivière de Somme à Blanchetacque, avec mil hommes d’Armes, sans les Archers Gennois & six mil homes de pied, vit bien tost le passage forcé, & toute l’Armée du Roy d’Angleterre passee en moins de six heures, pendant que la Marée se retiroit. II seroit aisé de rapporter d’autres exemples semblables, mais i’aime mieux dire que le plus sage conseil qui se puissc prendre, lors que l’on voit un puissant ennemi en resolution de forcer un passfage, est de lui faire achepter par la vie de quantité de personnes des siens, & de le combattre d’abord avec un courage & une ardeur extraordinaire. Car ces premiers efforts conduisent pour l’ordinaire la suite de la defence. Les ennemis se trouvent estonnez par la mort d’une partie des leurs, & par la grande resistance qu’ils rencontrent, la difficulté qu’ils prenoient à obtenir les victoires de courage, tous ceux qui ont peu de genérosité, & il s’en est trouvé plusieurs fois qui ont mieux aymé se retirer volontairement, que de passer outre avec danger d’une seconde déroute. La cruauté mesme est permise en ces rencontres, pour donner de la terreur aux ennemis, pour ébranler leur courage, & les toucher de crainte, veu que par ce moyen plusieurs passent de la crainte au desespoir de vaincre, iugeans que la forte resistance qu’ils trouvent en la defense d’un passage, est la marque asseuree de la resolution qu’ont pris de se maintenir dans une place ceux qui assiegeroient.

La nouvelle de l’arrivée des Anglois fut portée en diligence à la Cour, mais la prudence de Monsieur le Cardinal empescha que leRoy n’en adverty, dans la crainte qu’il eut qu’elle ne luy augmentast la fievre, & cependant son Génie admirable, qui trouve des remèdes à tout, fit des merveilles pour donner ordre à les repousser. Désia le Roy sur l’advis qu’il avoit eu que les Anglois estoient prests de partir, avoit mandé plusieurs Regimens de gens de pied , & diverses compagnies de Chevaux-légers, & mesme avoit fait expédier quantité de commissions pour mettre sur pied de nouvelles Troupes, avec ordre a tous les Chefs de se rendre au plustost dans le bas Poictou, & de s’y tenir prests pour servir aux lieux & aux occasions où ils seroient commandez. Désia sa Majesté avoit donné le commandement de cette armée au Duc d’Angoulesme, qui à son arrivée avoit donné tous les ordres necessaires pour Broüage & pour les Isles d’Oleron, se confiant pour celle de Ré au courage & à la fidélité du sieur de Toyras. Monsieur d’Angoulesme avoit aussi fait conduire avec une extrême diligence toutes sortes de munitions dans le Fort-Louis pour soustenir l’effort des Anglois s’ils le venoient attaquer, & il avoit usé d’un stratageme, dont on peut dire que l’artifice fut la cause d’arrester les Anglois à l’Isle de Ré, & d’empescher qu’ils ne vinssent descendre en la grande terre. Ce stratageme fut qu’arrivant vers la Rochelle, il envoya les Mareschaux des Logis de l’armée par tous les Bourgs & Villages des environs, avec commandement de marquer les logemens pour une Armée de quinze à vingt mil hommes,bien que toutes les Troupes qui estoient lors en Poictou ne se montassent pas à la moitié. Car les Rochelois prenans cette feinte pour une vérité en donnèrent aussitost advis aux Anglois, qui apprehendans de combattre avec de si grandes forces, allèrent faire leur descente dans l’Isle de Ré. Il s’estoit aussi acquitté de l’ordre que Monsieur le Cardinal luy avoit donné, de n’effaroucher en façon quelconque les Rochelois, & de leur persuader tant qu’il pourroit par sa conduite, que l’on n’avoit dessein aucun de les assieger. Ce grand Ministre scavoit bien que les Peuples sont capables de se porter a toutes sortes d’extrémité lors qu’ils appréhendent un severe chastiment ; & que les Rochelois en particulier n’ayant appelle les Anglois que pour se mettre en liberté, ne se porteroient iamais à la resolution de se donner à eux tant qu’ils seroient exempts de la crainte d’un siege, & partant il jugea fort necessaire de leur en oster l’apprehension. Aussi fut-ce pour suivre cet ordre, que Monsieur d’Angoulesme receut leurs Députez avec l’accueil le plus favorable qu’il luy fust possible, les asseurant que le Roy ne desiroit autre chose que de les laisser vivre dans la ioùissance de leurs Privileges, pourveu qu’ils s’en rendissent dignes parla submission de leurs conduites, & encore qu’il leur permit de serrer leurs moissons, iugeant qu’il y avoit moins d’inconvenient à leur laisser faire cette provision, qui au pis aller ne pouvoit allonger beaucoup le siege, que de leur bailler occasion en leur déclarant le dessein que l’on avoit de les assieger, de se donner à l’Anglois. Cette disposition estoit accompagnée de grande prudence ; mais elle ne suffisoit pour chasser les Anglois de l’Isle de Ré, & pour les empescher dés qu’ils se seroient emparez de venir descendre en la grande Terre. Aussi Monsieur le Cardinal qui avoit la charge, sous l’authorité du Roy & de la reyne Mere, de pourvoir a cette necessité, employa-il bien d’autres moyens plus puissans pour obtenir les heureux succez, qui obligèrent de croire que le Roy povoit faire des choses ausquelles ses predecesseurs eussent eu peine de penser ; il apporta une diligence extraordinaire à faire advancer les levees des gens de guerre, & pour assembler quantité de vaisseaux, tant pour secourir l’Isle de Ré, que pour empescher les Anglois d’entrer dans le Canal de la Rochelle, s’ils vouloient y faire effort. L’un de ses premiers soins fut de faire défendre par un Edict toute sorte de commerce maritime, & en mesme temps il envoya de tous costez pour armer en guerre les vaisseaux qui auparavant y estoient employez, & les faire amener au plustost aux anvirons de la Rochelle. Il envoya au Havre de G race & à Dieppe des commissions & de l’argent pour faire partir des vaisseaux qu’il y avoit fait préparer, & en Oleron, Brouage, & Guyenne, pour avoir des vivres & des munitions. Il donna charge à l’Abbé de Marsillac d’aller le long des costes d’Olonne assembler des Mattelots, & au sieur de Beaumont premier Maistre d’Hostel du Roy, intïme amy de Monsieur de Toyras, d’employer tout ce qu’il pourroit de soin & d’industrie pour ietter dans la Citadelle de Ré quelques vivres. Outre cela Touredes fut envoyé à Sainct Malo pour faire équipper trois assez grands vaisseaux, & Beaulieu, Courcelles, avec Cantelou Capitaines de Mer en Olonne, pour resoudre le moyen de ietter des vivres en Ré. Beaulieu Persac fut depesché pour exécuter une proposition qu’il fit de brusler quelques vaisseaux Anglois, & de se ietter dans la Citadelle de sainct Martin : mais il ne pût faire ce qu’il avoit promis. La Riviere puis Greffier fut envoyé le long de la Coste ; pour amasser toutes les chaloupes qui allaient à rames ; il depescha Magnac vers d’Espernon, & plusieurs autres Courriers aux villes de la Garonne pour assembler toutes les barques, galliottes, & autres petits vaisseaux qui pouvoient seruir. Il envoya en poste en Hollande au Commandeur des Gouttes, qui commandoit les vaisseaux du Roy, l’ordre de les faire partir en toute diligence, & en mesme temps ayant sceu que les Hollandois estoient fort sollicitez d’assister les Anglois de leurs vaisseaux, il fit négocier pour les divertir par l’Ambassadeur du Roy un renouvellement d’Alliance qui fust bien tôst resolu en leur donnant quelque argent, & les Articles en furent signez, entre lesquels il fut convenu qu’ils assisteroient le Roy de leurs vaisseaux, s’il en avoit besoin. Ce grand Ministre pratiquant avec uns prudence admirable l’advis de cet Ancien, qui conseilloit à celuy qui avoit deux ennemis, de s’accorder auec l’un pour faire la guerre à l’autre. Il employa aussi l’Evesque de Nismes frère de Monsieur de Toyras, & de Monsieur Desplan l’un de ses meilleurs amis, a faire advancer tant qu’il se pourroit le secours ; il envoya diverfes promesses de dix mil escus pour donner à ceux qui feroient passer des vivres en Ré. Bref depuis le mois de luillet iusques à la fin du mois d’Aoust, on ne vit que Courriers de toutes sortes de qualité par la campagne, & d’autres personnes envoyees par ce grand Ministre en divers lieux, pour advancer le secours, qui arriva enfin comme nous dirons, & secourut la Citadelle de Ré qui couvrit de honte les Anglois, & acquit une gloire immortelle au Roy.

Reflexion Politique.

La Prudence est un bouclier qui sert à garantir un Estat de tous les sinistres accidens que l’on peut appréhender ; c’est elle qui sert d’oeil au Ministre, & qui luy fait voir tout ce qu’il est à propos de faire, comme sa valeur est la main qui sert à l’exécuter. Sans elle il seroit plus impuissant qu’un aveugle, & il n’y auroit sujet d’attendre que de la confusion dans les resistances, qu’il prétend faire aux ennemis de l’Estat. Mais tout luy est possible à sa faveur. Aussi l’Antiquité a dit que l’homme sage est maître de sa fortune, estimant que cette Deesse aveugle n’a rien de fascheux, qui ne soit sousmis aux loix de cette Vertu, & qui ne puisse estre diverty par le conseil d’un homme sage. Et Plutarque escrit en la vie de Fabius ; que Dieu n’envoye aux hommes du bon-heur que sur la mesure de la Vertu & de la Prudence, dont ils conduisent leurs actions. Mais l’exemple de l’Empereur Antonin le Débonnaire ne servira pas peu à mettre cette vérité au iour. Il eut tant de bonnes fortunes en toutes ses affaires, que l’on dit qu’il ne se repentit iamais d’aucunes de ses resolutions, & qu’il voyoit reussir tous ses desseins en la mesme manière qu’il les avoit projettez. Or un Sénateur romain prenant la liberté de luy demander, après luy avoir tesmoigné avec quelle admiration il consideroit sa conduite, quel ordre il apportoit pour luy donner de si heureux succez ; il luy respondit, qu’il n’y en avoit point d’autre cause, sinon qu’il conformait toutes ses entreprises à la raison, qu’il prevoyoit tous les accidens autant qu’il luy estoit possible, pour les prevenir par des remèdes convenables qu’il n’espargnoit ny les soins, ny la prudence necessaire pour faire reussir ses desseins, & qu’il ne donnoit la commission de les exécuter qu’à des personnes capables : Aussi cet ordre est-il celuy mesmede la Prudence, & il est véritable, que comme la lumière du Soleil monstre si clairement à l’homme le chemin qui le conduit au lieu où il prétend aller, qu’il ne s’en esloigne point : de mesme cette Vertu lors qu’elle est possedee en un degré éminent, esclaire l’âme d’un Ministre avec tant de splendeur, qu’elle luy donne moyen d’obtenir tout ce qu’il s’est proposé, luy descouvrant les moyens infaillibles, dont il se doit servir ; conduisant ses mouvemens, disposant ses conseils, guidant ses affections, ordonnant sa sapience, réglant ses ordres, composant ses advis, & luy faisant connoistre tout ce qui seroit capable de s’opposer au cours de ses desseins ; comme elle apprend à ne iamais entreprendre plus que nous ne pouvons, elle enseigne aussi les moyens de faire avec une certitude infaillible, tout ce qui peut estre sousmis à nostre puissance, & ainsi on peut dire que c’est par elle, que Dieu prépare aux hommes le chemin du bon-heur, & de la prosperité.

Attaque de la Citadelle de Saint Martin par Bouquinquan

Comme il n’y a que Dieu qui agisse en un instant, on ne put si tost faire passer le secours en Ré ; d’où, vient que les Anglois voyans que l’on n’alloit point à eux, & qu’on les laissoit fortifier sur le rivage, sans resistance, se resolurent d’assieger la Citadelle de Sainct Martin. Le Duc de Bouquinquan conçeut l’esperance de s’en rendre maistre avec tant de facilité qu’il escrivit au Roy de la grande Bretagne, que dans huict iours il y arboreroit ses enseignes ; Sur cela sa Majesté Britannique fit un Edict pour convier ses subjets d’aller habiter en Ré, leur accordant de grands Privileges, & les asseurant d’en chasser tous les François. Ce qui donna sujet au Bouquinquan de concevoir cette esperance, fut qu’il ce voyoit avec de grandes forces dans l’Isle,& qu’il estoit bien informé du peu de François qui estoient dans la Citadelle ; ayant d’ailleurs des Ingénieurs qui l’asseuroient de faire de si puissantes machines, qu’il seroit impossible au Roy d’y faire entrer du secours. Or pour en obtenir l’effet, il fit faire les approches de la Citadelle le sixiéme iour après son arrivée, & le septiéme il commanda de mettre six canons en batterie sur le Havre de S Martin, qui commencerent à battre la place dès le point du iour avec tant d’avantage, que portant tous sur le lieu où estoient les moulins, peu s’en fallut qu’ils ne les ruinassent ; mais les assiegez. travaillerent avec tant de bon-heur & de promptitude à les couvrir, qu’ils les garantirent, & mesme leur batterie tira sur celle des Anglois avec un si heureux succez, qu’ils demonterent tous leurs canons, & les mirent en estat de ne plus tirer. Ce desordre picqua fort les Anglois qui ouvrirent le lendemain d’autres batteries, pour s’en faire raison, & commencèrent leur tranchées autour de la Citadelle, & d’autres pour en faire les approches.

Mais le sieur de Toyras, qui ne sçavoit que c’estoit de voir approcher les ennemis sans leur aller au devant, en fit ouvrir d’autres pour les aller attaquer dans leurs travaux, & les Anglois ne pouvoient si peu se ralentir en leur travail, qu’il ne fist des sorties sur eux avec une grande generosité. Surtout il usa d’une excellente précaution dés ces premiers iours, pour conserver un Havre où ïes barques qui viendroienr le secourir pussent aborder avec seureté, advançant un travail de chaque costé de la place sur le bord de la Mer, qu’il garda tousiours avec pareil soin que la Citadelle : & ce fut aussi par là qu’il receut le secours qui le tira de peine. Les tranchées ne l’enfermèrent pas tellement d’abord, qu’il n’eust quelque communication avec les Catholiques de l’lsle, qui estoient en assez grand nombre, & qui luy pouvoient fournir beaucoup de choses pour la Citadelle, mais le Duc de Bouquinquan s’en estant apperceu les fit tous sortir en des vaisseaux, de sorte que la Citadelle demeura sans autre esperance de secours, que de la grande Terre. Cependant les Anglois passerent plus d’un mois sans rien entreprendre sur la place, mais commençans à s’en ennuyer, il leur prit envie d’approcher d’unc demye-lune qui estoit encor fort peu advancee, ils y allèrent la nuit faire une attaque, mais estans montez sur la pointe, ils furent renversez a coup de hallebardes, & furent tous si mal menez, qu’ils se virent obligez à se retirer après avoir perdu plus de cent cinquante hommes, bien qu’il n’y eust que quatre Soldats tuez. Cet affront leur fut sensible,& leur fit prendre resolution de faire une seconde attaque à cette mesme demye-lune ; mais ils en furet encore repoussez avec autant de bon heur Les sieurs de Montant, Praron, Montandre, Caisac & Sainct : Preuil soustindrent l’assaut avec grande valeur : il n’y mourut de François que Beaulieu, & tout le plus grand mal que firent les Anglois aux François fut de ietter du poison dans un puits, qui estoit proche de la demye-lune pour incommoder les assiegez, q« i avoient assez manqué d’eau, aussi après cela semblerent ils se resoudre à ne rien entreprendre, mais seulement a forcer les assiegez par la faim, & en leur faisant souffrir toutes les incommoditez qu’ils pourroient.

Reflexion Politique.

Apres qu’un passage est forcé, c’est prudence à celuy qui a esté contraint de l’ouvrir, de se retirer dans une bonne place, lors qu’il est trop foible pour tenir la campagne. Pericles en usa de cette sorte, lors qu’il vit sa Patrie attaquée par les Lacedemoniens, car bien qu’ils bruslassent toute l’Attique, neantmoins ils ne voulut iamais sortir pour les combattre, aymant mieux conserver le peu de forces qu’il avoit, que de rien hazarder. Mais pour défendre une place, il est necessaire d’avoir principalement égard à quatre choses, aux Chefs, aux Soldats, aux fortifications, & aux munitions. Pour ce qui est du Chef, il est besoin que ce soit un homme dont la fidélité soit inviolable, & ne puisse estre corrompue par argent ; dont le courage soit inviolable & ne scache ce que c’est de craindre ; dont la vigilance soit extrême & incapable de surprise ; dont le corps soit fait à la fatigue, & supporte aisément l’incommodité des veilles & de la mauvaise chère, & qui ait telle créance sur l’esprit des Soldats, qui les puisse porter a tout ce qu’il voudra, L’eslite des Soldats n’est pas moins importante, & ce seroit grande faute de se contenter d’y mettre de nouvelles Troupes, qui ne soient accoutumées ny aux fatigues, ny aux factions de la guerre. Il ne faut iamais ietter que de vieux Soldats dans les places d’importance pour les défendre ; & ce fut pour cette raison que les Romains mettoient dans les garnisons les Vétérans, qui n’estoient pas capables de servir à la campagne. Car toutes les fortifications sont inutiles, si elles ne sont animées par la vigueur & par le courage des Soldats, & ce courage est si puissant, que l’on a veu quantité de places se maintenir par son moyen avec peu de gens contre de puissantes Armées. Neantmoins il ne faut pas négliger les fortifications, au contraire si elles ne sont pas en bon estat, lorsqu’une place est assiegee, celuy qui la commande est oblige d’y faire travailler iour & nuict avec une diligence extraordinaire, pour les mettre en estat de ne craindre point l’escalade. Il est impossible de les garantir de la violence du canon ; mais le Gouverneur doit avoir tousiours prests quantité de gabions, de fascines, de sacs de laine & de tonnes que l’on puisse remplir de terre, pour fermer les brèches qui s’y feront. Quant aux munitions de vivres & de guerre, dont le besoin est aussi evident, qu’il est necessaire aux soldats de vivre & de combattre pour défendre une place, celuy qui la commande y doit tenir une telle provision qu’elle puisse suffire pour soustenir le siege autant de temps qu’elle en est capable. On n’en peut assigner d’autre mesure que d’en avoir proportionnement aux places mesmes, d’où vient que si la place est capable de souttenir un long siege il est besoin d’y en avoir provision d’une extrême quantité,& si elle peut estre prise par force, il en faut moins que s’il avoit manqué d’en faire une provision suffisante, il ne doit obmettre aucune forte de soin ny d’industrie pour en faire apporter dans la place, luy estant inévitable de périr dès qu’il manquera de remèdes : & pour se conserver la facilité d’en recevoir, il doit tant qu’il luy est possible, se rendre maistre des advenuës du Port, si la Place est maritime, ou de celles des contrées voisines, si elle est en pleine campagne ; Ainsi Corbulo, au rapport de Tacite, estant assiegé par le Roy Tiridates qui luy vouloit fermer le passage des vivres, qui luy venoient de la Mer, du pont & de la ville de Trebisonte, bastit un fort sur une montagne voisine, a la faveur duquel il fit passer tout ce qui luy estoit necessaire, & il rendit vaine l’entreprise de ses ennemis.

Ce procédé des Anglois mit les assiegez de la citadelle de sainct Martin en de grandes incommoditez : ils estoient fournis, lors que le siege fut mis devant la place, de quantité de viandes, de beurre & de vin ; mais il y avoit tant de Gentils-hommes volontaires à nourrir, & tant de valets & d’Officiers, outre le Regiment,& quantité d’habitans Catholiques de l’Isle qui s’y renfermerent, qu’en peu de temps le commun fut réduit au pain & à l’eau. Leur plus grande peine fut de passer près de six semaines sans entendre aucunes nouvelles de la grande Terre, toutes les barques que l’on essayoit de faire passer, pour leur donner asseurance d’un puissant secours, ayans esté arrestees par les ennemis, excepté une seule qui leur porta quelques vivres le treiziéme iour d’Aoust : de sorte qu’ils ne sçauoient qu’esperer. Ce qui augmenta beaucoup leur inquiétude, furent que les Anglois firent quantité d’inventions différentes pour leur fermer la porte de la Mer, & empescher le secours. Ils battirent premièrement une espece de Fort, sur trois ou quatre fonds de grands Navires, qu’ils joignirent ensemble, & mirent dessus huict ou dix pièces de canon, pour battre à fleur d’eau les barques qui voudroient passer ; & puis ils firent une estacade de mats de Navires devant la place, qui ferma le passage. Apres cela ils attachèrent de gros cables d’un vaisseau à l’autre, où ils enfilèrent des barriques pour les soustenir sur l’eau, & fermer par ce moyen les advenuës. Il est vray que la Mer & les vents se mocquerent de tous ces artifices, les ensevelissant dans les ondes, & mesme que les Anglois furent obligez de détacher ces cables, voyant les dangers qu’ils faisoient courir à leurs Navires, lors que le vent estoit impétueux, & la Mer agitée : Neantmoins comme ils fermèrent presque tousiours le passage, de sorte qu’il estoit impossible aux assiegez d’envoyer des barques à la grande Terre, & d’en recevoir, ce leur fut un fort grand sujet d’inquiétude. Cependant plusieurs soldats de la Citadelle, ennuyez de la faim & des autres incommoditez, trouverent moyen de sortir, & de s’aller rendre aux ennemis, & leur decouvrirent la necessité où.estoient les assiegez : d’où vient que le Duc de Bouquinquan, pour ce prevaloir de cet advantage, escrivit une lettre au sieur de Toyras, dans laquelle, après avoir loué autant qu’il se pouvoit sa generosité, il le convia de se rendre à luy, & de luy remettre la place entre les mains avec des conditions honorables pour le retirer hors du péril eminent où il estoit, d’estre expose au mauvais traitement qu’on est obligé de faire souffrir aux vaincus. Mais le sieur de Toyras qui supportoit avec plaisir cette necessité, parce qu’elle estoit accompagnée de gloire, ne fut aucunement touché de cette lettre, au contraire faisant response au Duc, il luy manda, que ny le desespoir du secours, ny la crainte d’estre maltraite en une extrémité, ne seroient iamais capables de luy faire quitter le dessein qu’il avoit de défendre la place ; qu’il se tenoit fort obligé des offres de sa civilité, mais qu’il s’estimeroit indigne d’aucune de ses faveurs, s’il avoit obmis un seul point de son devoir en cette occasion, dont l’issuë ne luy pouvoit estre que fort honorable. Neantmoins pour rallentir un peu l’impatience des Anglois, il iugea bien a propos, mesme avec le conseil de ses amis, de feindre un traicté avec luy ; les propositions en furent faites, & il le continua toujours avec tant de dextérité, qu’il l’avoit oblige a croire que ses pensees buttoient plus à se rendre, qu’à gagner temps pour attendre le secours. Ainsï le Duc de Bouquinquan estimant ce secours impossible a cause de ses machines, & de la quantité de ses vaisseaux qui estoient proches les uns des autres sur les advenuës de la Place, ayma mieux forcer sans hazard les assiegez par la faim à se rendre qu’à faire de nouuelles attaques, après les mauvais succez des précédentes. Cependant comme la necessité resveille l’industrie, le sieur de Thoyras trouua moyen de faire passer à nage en la grande Terre trois soldats Gascons pour donner advis au Roy de l’estat où il estoit, & faire haster le secours. L’un d’eux nommé la Pierre traversa la Mer, força les vagues impetueuses de ceder à sa resolution, & arriva en l’Armée qui estoit devant la Rochelle, & donna les lettres donc il estoit chargé pour le Roy, & pour les amis du sieur de Thoyras. La lettre du Roy fut envoyee en diligence à sa Majeité qui estoit encore à Villeroy par le Duc d’Angoulesme, & cependant on redoubla les soins que l’on avoit apportez iusques alors pour faire passer le secours, & tous les amis du sieur de Thoyras, scachant l’extrémité où il estoit reduit, & combien il estoit important a la gloire du Roy de le secourir, y employèrent les diligences incroyables.

Reflexion Politique.

L’une des plus grandes difficultez où l’on soit réduit ordinairement dans les sïeges, est de pouvoir mander de ses nouuelles à ceux dont on attend du secours ; parce que l’un des plus grands soins de ceux qui assiegent, est de fermer toutes les advenuës aux assiegez afin que rien ne puisse passer. Quelques-uns se servent pour cet effect de l’advantage que donne l’obscuritéde la nuict, & les Gots en userent de la sorte, lors qu’ils estoient estroictement assiegez par Bellissaire dans Osmus, pour faire sçavoir de leurs nouvelles à Vitigez. Il est vray qu’avec cela ils firent un grand bruict à une des portes de la ville, faisant mine de vouloir sortir par là sur les ennemis, pour obliger Bellissaire à y faire venir ses Troupes, & à laisser avec peu de gens le quartier par où ils vouloient faire passer leur messager. Aussï ce stratageme est il assez utile, quand il est pratiqué avec prudence. Les mesmes, comme rapporte Procope, pratiquèrent en cette occasion un autre moyen, pour envoyer de leurs nouvelles à Vitigez, qui fut de corrompre par argent quelques sentinelles ennemies, & cette invention se peut pratiquer assez aisément dans les guerres Civiles, où les Soldats de l’une & de l’autre Armée se connoissent la pluspart. Mais ce qui se peut dire de plus asseuré des moyens dont se peuuent servir les assiegez pour mander de leurs nouvelles, est, que la prudence les doit inventer selon l’ouverture qui s’en presente, & les executer avec toute l’adresse qui sera possible ; car c’est une science qui n’a point de règles certaines, & qui ne se peut enseigner par préceptes, mais que l’industrie naturelle par divers instincts, & que l’expérience apprend dans la guerre. I’adiousteray seulement, pour donner quelque ouverture, qu’il se trouve dans l’histoire une infinité de moyens différents, pratiquez par les plus grands Capitaines sur ce sujet. Les Campanois estans assiegez par les Romains, envoyerent aux Carthaginois un homme qui faisant mine d’estre fugitif, leur porta une lettre dans son baudrier. Hertius Consul escrivit à Decius Brutus assiegé dans Modene par Antonius dans du plomb qu’il attachoit aux bras de ceux qui passoient la riviere à nage. Le mesme faisoit tenir des pigeons quelque temps dans l’obscurité, sans leur rien donner à manger ; & puis les voyant affamez il les laissoit aller le plus prés qu’il pouvoit de la place, avec des lettres attachées au col, & s’envolans aussi tost sur les maisons, Brutas les faisoit prendre ou tuer pour avoir les lettres. Iustin rapporte que Harpagus pour faire tenir des lettres à Cyrus, les fit mettre dsns le ventre d’un lièvre, & le fit porter par un homme qui estant chargé de filets, passa au travers des Gardes du Roy Harbactus, pour un chasseur. D’autres ont encores usé d’autant d’artifices différents que l’esprit de l’homme est capable d’en inventer. Mais ce qu’il faut remarquer pour conclusion, est qu’il faut que ces lettres ne soient iamais escrites en caractères, ny mesmes en chiffres ordinaires, qui signifient les lettres ; parce que nous ne sommes plus au temps de Cesar, qui voulant faire sçauoir a Ciceron qu’il s’approchoit de luy avec un puissant secours, se contenta de luy escrire en Grec, & il n’y a point auiourd’huy de chiffres ordinaires qui ne se puissent lire & deschiffrer. Il les faut faire semblables aux characteres des Chinois, qui signifient les choses non les lettres, car en écrivant autant de différents characteres comme il y a diverses choses, il sera comme impossible de deschiffrer les lettres quand elles seroient trouvees. On pourroit mesme escrire, pour plus grande seureté, ces chiffres avec du jus de limon & d’oignon entre deux lignes d’une lettre, où il n’y auroit rien d’important, veu que ce qui est escrit avec ce ius ne paroist point si on ne le montre mouillé, ou on ne le monstre au feu ; ou bien il faut que celuy qui commande, prenne avant le siege ordre avec celuy auquel il aura besoin de faire scavoir de ses nouvelles, d’escrire de telle sorte, qu’il n’y aura que certains mots qui servent à leur intelligence dans chaque ligne des letres & qui neantmoins facent un sens si parfait avec les autres qui sont devant & après ; que quand elles seront prises, on ne peut s’appercevoir qu’il y soit parlé d’autres affaires que de celles qui paroissent.

Secours de l’Isle de Ré

Le secours de Ré estoit deu à Monsieur le Cardinal, après les soins extraordinaires, ou plustost extrêmes qu’il prit. Or l’un des plus utiles moyens qu’il employa pour cet effet, fut d’envoyer quérir à Bayone quinze vaisseaux plats, qui se nomment Pinaces fort adroits à la voile, & à la rame, fort vistes, & qui soustiennent les grandes tempestes de la Mer, iugeant par sa prudence ordinaire, que les Anglois n’en ayant point de cette sorte, ils pourroient passer iusques à Ré à la faveur de la nuict, sans estre arrêtez par eux. L’ordre en fut envoyé au Comte de Grandmont avec charge de les mettre sous la conduite du sieur de Challat Capitaine d’un Navire que le Roy envoyoit en Espagne, où s’il n’estoit assez tost revenu, d’en donner le commandement à qui bon luy sembleroit. Le Comte fit équipper ces quatre Pinaces auec une extrême diligence, il les fit armer de mousquets & de picques le mieux qu’il se pouvoit ; il mit en chacune vingt Mattelots, & prit garde qu’il n’y manquast rjen. Mais le sieur de Chalar n’estant pas de retour, il en donna le commandement au Capitaine Baslin, l’un des plus experts & généreux Capitaines de Mer qui fussent en ces quartiers. Aussi arriva-t’il avec ces Pinaces aux Sables d’Olonne sur la fin du mois d’Aoust. Or ayant esté receu par l’Abbé de Marsillac avec grande ioye, & ses vaisseaux ayant esté chargez de vivres & de munitions, sans perdre temps on y fit entrer six vingts hommes du Régiment de Champagne, avec quelques Volontaires pour partir à la première occasion, & le cinquiesme de Septembre il partit sur les six heures du soir à la teste de sa petite flotte. La nuict arrivant, il reconnut qu’il estoit fort prés de l’Armée ennemie, & ayant esté obligé de faire desployer les grands voiles, il fut aussi tost découuert : mais comme les Pinaces alloient extrêmement viste, elles ne peurent estre atteintes par les vaisseaux Anglois, & il n’y arriva autre accident, sinon que quelques voiles & un mast ou deux furent brisez parle canon, & que l’une d’entr’elles furent percée d’un boulet. Or Baslin ayant passé les ennemis rencontra l’estacade qu’ils avoient faite pour empescher le secours : elle estoit de gros mats liez ensemble, avec des chaisnes de fer, & attachées par les extremitez avec des caples à de grosses ancres ; neantmoins plusieurs Pinaces passerent pardessus à cause de leur légèreté & de leur grande vistesse, & les autres s’estans rencontrez aux endroits où une tempeste qui avoit agité la Mer la nuict précédente, par une favorable providence de Dieu, qui vouloit ouvrir cette porte au secours des affligez, avoit destaché ces mats, passerent sans aucune difficulté ; de sorte qu’à deux heures de nuict elles allèrent eschoüer à l’un des bastimens de la Citadelle, & au lieu où les Anglois n’y pouuoient causer aucun dommage. Ce secours étroit grand, & pour la réputation & pour l’assïstance, il vint si à propos, qu’il fit reprendre cœur aux assiegez , qui ne sçavoient presque plus esperer ; & on peut dire, que ce fut la decision de l’affaire, parce qu’après cela on entreprit d’y repasser sans aucune crainte. Les assiegez commencerent à se persuader qu’ils ne manqueroient plus de rien, & les Anglois en receurent un tel ettonnement, que desesperant de pouuoir empescher absolument le passage, ils envoyrent en Cour le sieur Haburin, parent de Bouquinquan, pour voir si on ne luy feroit point de propositions de paix ; mais il fut renvoyé comme il estoit venu , sans voir le Roy, qui ne se pût resoudre à le voir, non plus que laisser partir les Anglois de Ré sans leur faire perdre, en les traitant comme ils meritoient, la volonté d’y revenir une autre fois. On essaya de faire passer en suite dans l’isle divers autres vaisseaux : mais comme ils estoient plus pesans que ces Pinaces, ils furent : obligez de relascher qui d’un costé qui d’autre, sans pouvoir passer au travers de l’Armée Angloise. De sorte que l’on prit résolution d’envoyer quérir dix autres Pinaces à Bayonne. Elles furent aussi-tost équippees, & enuoyees par le Comte de Grandmout, sous la conduite du Capitaine Audouin, & elles arriverent dés le quatriesme iour d’Octobre aux Sables d’Olonne. Or ayant esté chargées en diligence, avec vingt-cinq autres petits vaisseaux, on y fit entrer trois cens Soldats & soixante Gentils-hommes d’eslite ; elles partirent ensemble le sixiesme d’Octobre. Le sieur de Cusac & le Capitaine Audouin furent les principaux Chefs de cette flotte, mais le vent s’estant changé incontinent qu’ils furent en Mer, ils ne peurent arriver en Ré que deux iours après, & en plein jour. Or l’Armée Angloise les ayant descouverts.ils se virent engagez dans un combat assez rude, les mousquetades & canonnades n’y estoient nullement espargnees, mais le courage ayant surmonté le péril, vingt-neuf vaisseaux passerent heureusement iusques à la Citadelle, où ils eschoüerent le Vendredy matin huictiesme d’Octobre ; cinq de leurs vaisseaux furent contraints de relaschcr, & un seul où estoient les sieurs de Beaulieu & de Razilly fut pris des ennemis. Les Anglois en conceurent une telle fureur, qu’ils tirèrent sur eux dans le Port de sainct Martin plus de deux mil coups de canon en vingt-quatre heures, de sorte qu’il ne resta que cinq Pinaces & un Trauersin en estat de naviger ; mais le principal fut que les vaisseaux estoient déchargez, & les Gentils-hommes avec les Soldats descendirent heureusement dans la Citadelle.

Réflexion Ploitique

Le secours d’une Place est de telle importance qu’il n’y en a point qui sans cela ne soit obligé de se rendre, lors que les assiegeans s’opiniastrent devant : aussi celuy qui l’y conduit est reconnu pour son libérateur, & rend un service important au Prince à qui elle appartient. Or bien que les places maritimes soient plus aisees à secourir que celles de la terre, lors que l’on a une puissante Armée Navale, a cause qu’il est difficile que les vents qui ont avec leur inconstance l’empire absolu de la Mer, ne présentent dans peu de temps une occasion favorable de forcer tous les obstacles que les vaisseaux ennemis pourroient y opposer, si est-ce qu’il n’en est pas de mesmc lors qu’on est destitué d’un nombre suffisant de grands vaisseaux pour attaquer ceux des ennemis- Il faut en ce rencontre que la prudence iointe à la fortune, surmonte les difficultez qui empeschent de le faire entrer dans la Place. Il faut attendre necessairement que la fortune presentc un vent favorable. Car sans cela ce ne seroit que se ietter inconsidérément dans le péril, mais lors que le vent est propre, il n’en faut pas perdre l’occasion, & un sage Pilote l’accompagnant de son industrie peut espérer un heureux succez de son entreprise. Or les principaux poincts qu’il doit observer sont de faire provision de quantité de vaisseaux fort légers pour passer avec plus de vistesse. Car outre que la diligence est la mère des bons succez, elle est particulièrement necessaire lors qu’il est question de traverser une puissante Armée Navale, & elle donne de merveilleux advantages, parce que les grands vaisseaux ennemis ne peuvent aller fort viste. Il est vray que les plus légers peuvent estre atteints par ceux des ennemis qui sont de mesme qualité, mais il est difficile qu’en conduisant un assez grand nombre pour le secours, quelques-uns ne passent sans estre arrestez, particulièrement à cause que les petits vaisseaux ennemis estans ordinairement disposez de costé & d’autre pour faire la garde, ne peuvent assez-tost se rassembler pour attaquer le secours, parce que le vent qui est bon aux uns, se trouve contraire aux autres, & le secours n’ayant pas grand nombre de vaisseaux à combattre, une partie s’advance pendant que l’autre soustient le combat.

D’avantage il est necessaire d’apporter un grand secret à préparer le canon & à charger les barques, parce que s’il est possible d’empescher que les ennemis n’en soient advertis, ils ne feroient pas la garde avec tant de soin, & mettant leurs petits vaisseaux en divers lieux pour faire le guet à l’ordinaire, ils laisseroient assez d’ouverture pour passer outre, que les ennemis qui sont pris au dépourveu, ne sont iamais tant à craindre que quand ils sont advertis & préparez. La nuict donne aussi de grands advantages au secours, & il la faut choisir la plus obscure qui se pourra, tant à cause que l’on est difficilement apperceu par les ennemis, que pour ce que les grands vaisseaux ne scauroient demarer pendant l’obscurité de peur de s’échoüer, de sorte qu’il ne restera que les petits à combattre. Mais sur tout il faut prendre garde a ne donner la charge du secours qu’à un Capitaine de la generosité & de la prudence duquel on soit asseuré. & de le faire accompagner par des soldats d’élite, estant certain que les victoires s’acquièrent bien plus ordinairement par la valeur des gens de guerre que par la multitude. Il faut choisir des hommes qui ne scachent ce que c’est de craindre les canonnades, ny les mousquetades, & qui soient resolus de passer à leur misericorde. Il est vray que les cannonades ne sont pas fort à craindre pendant la nuict, parce qu’il est comme impossible de pointer assez iustemcnt les canons sur des vaisseaux qui passent à trop grande vistesse pour les attendre, veu mesme que l’on a peine de les découvrir.

Le Roy ne pouvant se rendre au Camp de la Rochelle si tost que son courage le persuadoit, resolut d’y envoyer Monsieur le Duc d’Orleans son frère, Et ce secours conduit par Audouin fut un effect des soins & de la vigilance qu’il fit voir au Roy en cette occasion ; car ayant veu que les premières Pinaces conduites par Baslin avoient heureusement passé en l’Isle, il iugea qu’il seroit expédient d’en envoyer quérir d’autres pour y ietter un nouueau secours , & pourtant il dépescha en diligence un des siens nomme sainct Florent au Comte de Grandmont pour le prier d’en faire équipper dix, & de les envoyer au plustost sous la conduite de quelque Capitaine dont il eut une entière asseurance. Ce Gentil-homme fit une telle diligence qu’estant party le quatorziesme Septembre, elles arriverent le quatrième Octobre aux Sables d’Olone.

Mais pour dire quelque chose de la charge que Monsieur eut lors devant la Rochelle, qui ne veid que ce fut un effet de la prudence du Roy, & des conseils de Monsieur le Cardinal, qui n’ignorant pas que quelques esprits, qu’il honoroit de sa confiance, avoient assez d’artifice pour luy faire trouuer mauvais qu’il ne fut point employé dans la guerre, luy voulurent donner sujet de se contenter en ce poinct. Et puis le Roy iugeant qu’il estoit necessaire d’envoyer un chef en son absence de telle qualité, que sa presence animast les gens de guerre, & que sa condition obligeast les plus Grands de luy obeyr sans jalousie ; Sa Majesté fit choix de la personne de Monsieur, & luy fit expédier le pouuoir de son Lieutenant général en son Camp de la Rochelle, & en ses Armées de Poictou , Xaintonge, Angoumois,& Aulnis. Monsieur y fit voir en diverses rencontres, qu’il n’avoit pas moins de courage, & de conduite que ceux qui ont fait toute leur vie l’exercice des Armes, & qui ont passé pour les plus généreux, iusques à engager sa personne dans une escarmouche avec les Rochelois, dont il fallut le retirer comme par force, & ou il n’y avoit pas peu de danger. Il prit des soins extrêmes pour faire venir au plustost les Troupes au Camp, pour tenter diverses fois le passage de l’Isle de Ré, & pour tenir l’Armée en discipline. Aussi le Roy arrivant à la Rochelle, luy témoigna une satisfaction extraordinaire de son procédé , par des caresses qui estoient capables d’obliger, d’attendre en la compagnie de sa Majesté le dernier succez des glorieux desseins qu’il se proposoit, si ceux ausquels il faisoit l’honneur de donner créance ne l’en eussent diverry, & ne luy eussent persuadé après la défaite des Anlois de revenir à Paris. Ils luy firent croire que Monsieur le Cardinal avoit toute l’authorité, & que luy n’en avoit que le nom, bien que ce grand Ministre ne manquast en aucune occasion de luy rendre ce qui luy estoit deu. Aussi ces esprits boüillans n’estoient-ils picquez que d’envie de luy voir faire tant de glorieuses actions. Il est vray qu’ils apprehendoient aussi que l’addresse de Monsieur le Cardinal ne se servit de ce rencontre auquel Monsieur estoit obligé d’estre presque à toute heure avec le Roy, pour mettre leurs esprits dans une estroite intelligence. Car c’est ce qu’ils ne desiroient pas ; mais bien de luy ietter continuellement dans l’âme des deffiances, qui les rendissent plus considerables prés de luy, en se faifant parestre fort fidèles & fort necessaires. Ce procédé est tout ordinaire à ceux qui servent les grands Princes pour leur propre interest, ils sont tousiours en crainte que leur Maistre prenne confiance en d’autres qu’en eux, & il n’y a point d’artifice dont ils ne se servent pour les en divertir ; aussi fust ce la vraye raison qui porta Monsieur à revenir lors à Paris, son Altesse ayant donné plus de ceances à leurs conseils qu’il estimoit accompagnez de fidélité, qu’a sa propre passion qui le portoit à témoigner dans les guerres, que son courage est du moins égal à sa naissance.

Réflexion Politique.

Il est important au bien de l’Estat de scauoir employer de telle sorte les Princes du Sang, & particulièrement celuy qui est héritier presomptif de la Couronne, qu’ils vivent contens, & que néantmoins ils ne prennent pas trop d’authorité dans le gouvernement des affaires. Le procédé d’Alexandre fut très-barbare, lors que voulant passer en Asie, il fit mourir tous ses plus proches, excepté un de ses frères bastards, qui ne luy pouvoit estre suspect, & cette barbarie n’est recevablc que parmy les Turcs, dans le gouvernement desquels elle passe pour regle d’Estat. Ie ne blasme pas moins le procédé donc usoient les Roys d’Ormus avant qu’ils fussent chassez par les Portuguais, qui pour sc descharger l’esprir de tant d’ombrages, faisoient aussi perdre la vie à la pluspart de ceux de leur sang ; non plus que celuy des Roys de la Chine qui les renferment tous dans un lieu, sans qu’aucun en sorte iamais, que celuy qui leur doit succeder ; encore est-ce à leur mort. La Chrestienté a des Loix plus modérées, & n’approuve pas cette rigueur tirannique ; mais elle agrée bien le procédé de la Prudence, qui apprend à un Roy à les traiter de telle sorte qu’ils n’ayent pas sujet de se ietter en des mescontentemens qui les portent à brouiller, & qu’ils ne se rendent iamais trop puissans dans l’Estat. C’est un sage conseil de leur témoigner de la bien-veillance, de les traicter favorablement dans leurs interests aux occasions, & de les employer dans la Cour avec honneur & magnificences dans les charges, où il y ait plus d’honneur que d’authorité, sans leur donner l’authorité d’une grande Province, ou des plus fortes, ny mesme la conduite d’une grande .Armée, du moins pour long temps, si on ne leur baille un Lieutenant fidelle & asseuré, & qui ait créance dans les troupes pour les empescher d’abuser de leur pouuoir. Car on ne sçauroit si peu adiouster à la grandeur de leur naissance, qu’ils ne se renden trop puissans, & qu’ils n’acquièrent trop d’authorité : l’inclination de commander qu’ils ont apportée au monde en naissant, aveugle aussi tost leurs esprits qu’ils se voyent les armes en main. TiteLive dit qu’elle oste la fidélité aux plus proches, & qu’elle rend leurs conseils preiudiciables au public. Artaxerces n’eut pas plustost fait ellire Roy son fils, qu’il se vid en danger d’estre tué par luy. Tout de mesme Selim ayant esté pris pour compagnon de l’Empire par Baiazet, son pere voulut demeurer seul maistre du Gouvernement en luy ostant la vie. Mais Dom-Charles n’en voulut-il pas faire autant au Roy Philippe d’Espagne son père, ne pouvant attendre que sa mort naturelle luy permist de recueillir sa Couronne ? Il ne s’est point passé de siècles qu’il ne soit arrivé divers exemples, qui ont fait voir que la grande puissance des Princes du Sang n’est pas compatible avec le repos public & la seureté du Souuerain.

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