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1625 - Relation de la Defaicte de la flotte du Sieur de Soubize, & des Rochellois, & de la prise de l’Isle de R.

mercredi 4 février 2009, par Pierre, 1354 visites.

Il s’agit d’un pisode mdiatis et trs vivant du blocus du port de La Rochelle, avant le grand sige proprement dit. Le chroniqueur, homme de terrain, a nettement pris le parti du roi contre les Rochelais.
Le roi a d apprcier ce reportage, puisqu’il l’a fait suivre une de ses relations. Ici, vous tes comme un roi, vous pouvez le faire aussi (lien "Envoyer par mail")

Source : Relation de la Defaicte de la flotte du Sieur de Soubize, & des Rochellois, & de la prise de l’Isle de R. - 1625 - BNF Gallica

Relation de la Defaicte de la flotte du Sieur de Soubize, & des Rochellois, & de la prise de l’Isle de R.

Envoye par le Roy Monsieur le Comte de Bury, Lieutenant Gnral pour le Roy en Lyonnois, Forests , & Beaujolois.

Le Roy ayant cy devant envoy ses Ordres Monsieur le Duc de Montmorancy Admiral de France, fur ce qu’il auoit affaire pour son service, tant pour attaquer la flotte des rebelles commande par le Sieur de Soubize, que pour, donner moyen au Sieur de Praslin, de la Rochefoucault, de Sainct Luc & de Thoiras, de se rendre maistres de l’Isle de R, ledit Sieur Admiral qui par sa bonne conduire avoit mesnag l’Admiral Holstain & les Capitaines Holandois, & iceux maintenu en la bonne rsolution qu’il devoient avoir de servir sa Majest, attendant que les vaisseaux d’Angleterre que conduisoit Commandeur de Bill fussent joints sa flotte, fust adverty par ledit Sieur de Praslin, que luy & les Sieurs de la Rochefoucault, de Sainct Luc, Brassac, & Chasteliers Barlot avoient quelques iours auparavant couru tellement les environs de la Rochelle & travaill les habitans de la dite ville & les gens de guerre qui s’y estoient retirez, qu’ils auroient est contraints de tirer du secours de ladite isle de R d’o il fut envoy, par ledict Sieur de Soubize iusques mille hommes de pied & quelques soixante chevaux soubs la conduicte du Comte de Laval qui fut un excellent moyen pour affaiblir les trouppes rebelles qui estoient destins pour empescher la descente de celles de sa Majest dans ladicte Isle. Mondit Sieur de Montmorancy auquel pendant ce temps les vaisseaux Anglois s’estoient ioint aprs avoir dispos toutes choses en l’estat de bien faire ft advertir lesdits Sieurs de la Rochefoucault, de S. Luc, & de Thoiras de se tenir prests avec leurs gens de pied, pour avec la faveur de son arme faire la descente ladicte Isle de R.

Vaisseaux dans la Fosse de Loix

Et le Dimanche quatorsiesme de Septembre sur les unze heures du soir fit donner le signal l’arme, & se mit a la voille avec un vent Nordest droict la routte dudit R, o sur les 5. heures du mattin l’on luy raporta que la flotte desdits rebelles estoit l’ancre dans la fosse de Loye, cependant l’armee de sa Majest attendant la mare fut contrainte de demeurer sur ses voilles iusque sur le midy que ledit Sieur Admiral commanda de s’advancer vers les vaisseaux desdits rebelles qui aussi appareilloyent, se tenant tousiours dans le mesme lieu o ils se seroient retir pour ne perdre l’advantage d’un ban qui les couvroit de son abord, lequel n’empescha pas, neantmoins qu’autant que le lieu le pouvoit permettre l’on ne commena attaquer lesdictes flottes, & elles aussi respondre celles de sa Maiest. Ce qui continua avec tant d’incommodit contre lesdits rebelles iusques cinq heures du soir qu’ils furent contraint de ce retirer lacul de ladicte fosse de Loye, duquel lieu la Mare se retirant peu peu ils eschouirent leurs vaisseaux, lors mondit Sieur l’Admiral commanda de moiller la rade de ladicte Isle, o il eu advis que lesdits Sieurs de la Rochefoucault, de Sainct Luc, & de Thoiras, qui s’estoyent embarquez aux Sables, pour aller faire la descente ladicte Isle, avec trois compagnies du rgiment de Champaigne, & les vingt recreues d’iceluy, & le rgiment de la Bergerie de cinq cens hommes, avec la Compagnie de chevaux lgers dudict Sieur de Thoiras avoyent mouill l’ancre, en attendant que la Mare fust favorable pour leur descente, qu’ils choisirent au lieu nomm gros Iean, ou Mondit Sieur l’Admiral avoit faict advancer six vaisseaux pour favoriser ladicte descente, tant par les coups de Canons, que par la fume d’iceux qui ostoyent le moyen ausdicts rebelles de la recognoistre, lesquels estant la porte du Canon des ennemis, il leur fust tir plusieurs coups de pices, sans les incommoder, ils se resolurent donc de mettre pied terre, les enfans perdus dudict Rgiment de Champaigne, conduict par le Sieur de Comminges Capitaine, & la Baulme Enseigne de Pigeolet au nombre de cinquante, soubstenus par un bataillon de deux cens hommes des ennemis, cest instant ne donnant loysir aux autres bataillons de prendre terre, les vindrent attacquer avec deux bataillons de quatre cens hommes, chacun en ayant autres quatre cens leur retraicte sur les duves. Lesquels furent repoussez avec violance, y laissant vingt des leurs, & quatre pieces de fonte. Ledict regiment estant descendu print la poste des ennemis, o le Sieur de Thoiras fut adverty qu’il y avoit un vaisseau ennemy eschou mille pas du lieu, o il estoit en bataille, lequel commanda au Sieur de Boysonniere de s’y acheminer, avec le bataillon qui commandoit. Ce qu’il fit, print le vaisseau, les ennemis se rendant entre ses mains, qui estoyent au nombre de trente avec six Canons de fer, & quatre piccorriers.

Le lendemain Mardy dix septiesme lesdicts Sieurs de la Rochefoucault, de sainct Luc, & de Thoiras partirent du lieu, qu’ils avoyent faict quitter aux ennemis le iour prcdent, avec leur Infanterie, & Cavallerie, tenans l’ordre qui en suit,

Savoir les enfans perdus du Rgiment de Campagne commandez par Boysonniere, & pour Lieutenant Margonne, & Lucinet Enseigne de Realz, leur bataillon estoit de quatre vingts hommes avec deux plottons de vingt-cinq hommes, chacun Mousquetaire devant lesdict bataillon, & soubstenu par deux autres bataillons de deux cens hommes chacun, le premier command par le Capitaine Thibault, & le second par le Capitaine Realz, le corps de la bataille estoit compos d’un bataillon de trois cens hommes, commandez par le Sieur de Bolloigne, & Pigeolet soubstenuz droit & gauche des bataillons, commandez par le Sieur de Montault du mesme rgiment, & l’arrire garde estoit compos de deux bataillons, du rgiment de la Bergerie, faisant toutes lesdictes troupes ensemble 17. ou 18. cens hommes, lesquels marchrent en cest ordre , iusques au bourg Darz, tirant vers celuy de sainct Martin, ou les ennemis s’estoyent retirez le iour de la descente, & arrivant toutes lesdictes troupes en l’ordre susdit au bourg Darz o ils repeurent, eurent advis que les ennemis marchoyent pour venir eux au nombre de trois mil hommes de pied en cinq bataillons. Les enfans perdus d’iceux commandez par Sainct Michel Rocheallez, incontinent qu’ils eurent pris leur champ de bataille deux cens pas de dict bourg Darz, le bataillon des enfans perdus des ennemis, & les autres trouppes qui les suivoyent vindrent attacquer lesdicts enfans perdus du rgiment de Champaigne, & les autres bataillons , la teste desquels estoyent les Sieurs de la Rochefoucault, de sainct Luc, & de Thoiras, lesquels soubstindrent l’effort des ennemis, & les repoussrent si courageusement qui les mirent en desordre, aprs avoir est long temps combattre , mains mains, & demeura sept ou huict cens hommes des ennemis sur la place, trois Canons, & deux Drappeaux, pris par la Cavallerie, commande par les Sieurs des Francz, le reste des ennemis se retira dans un maraiz proche de l, & le lendemain sainct Martin de R, & les trouppes du Roy s’en allrent repaistre dans ledict bourg Darz.

En ce mesme temps durant le combat de terre, Monsieur l’Admiral desirant affoiblir les ennemis qui estoyent en R, par une diversion, & faciliter par ce moyen l’entreprise de terre se rsolu de tirer huict cens hommes de vaisseaux avec quantit de Gentil hommes volontaires, qui estoyent prs de luy pour se signaler, & leur faire faire une autre descente en ladicte Isle : mais ayant appris l’heureux evenement du combat, & veu que le vent qui s’estoit tousiours maintenu Nordest se changeast en faveur des rebelles qu’ils eurent derriers Norouest, de laquelle occason se voulurent lesdicts rebelles prevaloir, soit qu’ils eussent dessein de combattre, soit seulement de mettre leurs vaisseaux en seuret au port, & hors de la Rochelle, puis que tout leur salut estoit la conservation d’iceux.

Et le Mercredy dix-septiesme comme les Sieurs de la Rochefoucault, de Sainct Luc, & de Thoiras, estoient sur le poinct de marcher en l’ordre susdict vers S. Martin pour attacquer les ennemis qui s estoient retirez, deux dputez de leur part vindrent trouver lesdicts Sieurs pour les supplier d’avoir piti d’eux, & leur donner la vie, lesdicts Sieurs commandrent au Capitaine Commiges de s’en aller S. Martin prendre le Sieur de la Forests, pour aller trouver Monsieur l’Admiral avec quatre des habitans, deux Catholiques & deux Huguenotz, pour faire la capitulation, qui leur fut accord par ledit Sieur Admiral condition de laisser leurs armes & bagage, & de sortir avec l’espee sans pouvoir iamais porter les armes contre le service du Roy, n’y se retirer present dans la ville de la Rochelle, & Isle Doleron. Il fut tu au prcdent combat le Capitaine Realz du Regiment de Champagnie, Laboyssoniere bless de deux coups d’espe & un d’hallebarde la cuisse, le Sieur de Comminges bless d’un coup de picque au genouils, le Sieur Thibaut bless d’un coup de mousquet la gorge, le Sieur Baron de Lause bless de vingt-cinq ou trente coups d’espee ou de picque, le Lieutenant Nargonn bless d’un coup de picque au bras, Lucinet Enseigne bless d’une Mousquetade la iou, Praroit bless d’une Mousquetade au travers du corps, la Baume Enseigne bless d’un coup d’espe sur le bras, deux Sergents morts, & un bless mort, deux Capitaines de la Bergre morts, savoir Bechemort & le Ponteuil, & sept huict autres Sergens ou officiers dudict Regiment blessez.

Pendant le temps du combat de terre, ledict Sieur Admiral iugeant que ceux de la Rochelle pourroyent renvoyer ledict Comte de Laval dans ladicte Isle, avec les forces qu’il en avoit auparavant tires, pour secourir ceux qui y estoyent restez, et rendre l’entreprise plus difficile, envoya une esquadre de vaissaux Chef de Bois si propos, que comme il avoit preveu ledict Comte de Laval, s’estant mis en mer avec ses gens pour repasser, il fut contrainct de relaschcr dans la chesne de la Rochelle, sur ce que les vaisseaux de sa Majest luy donnerent la chasse.

Monsieur l’Admiral tint conseil avec les Capitaines des vaisseaux & autres, qui avoyent quelque practique de ceste mer, & de ses costes. O il fust iug de la plus-part d’eux que les vaisseaux rebelles estoyent amortis, qu’ils n’y auoit point de mare qui les peut mettre flot, lieu l ou ils les iugeoyent s’estre retirez, & partant que le meilleur conseil que l’on pourroit prendre se seroit de continuer a tenir tousiours des vaisseaux devant Chef de Bois, pour empescher la communication de la Rochelle avec lesdicts rebelles, & les rafrraichissemens qui leur en pourroit venir que l’arme se tint toujours la rade devant eux que les vivres leur manquant, comme Monsieur l’Admiral estoit tres-bien adverti, ils viendroyent aysment en la puissance du Roy.

Cela fust cause que voyant le vent bon, ils ne manqueroient pas de s’en servir, & promptement appareillrent & vindrent attaquer les vaisseaux du Roy, contre l’attente de ceux qui au conseil de matin avoyent iug ces vaisseaux absoluement amortis. Ce que voyant Monsieur l’Admiral commanda promptement que chacun appareillast, & retournast son bord y faisant remonter les huict cens hommes qu’il avoit faict dbarquer, & ayant tout auss tost donn le signal, toute l’arme se mit sur ses voilles & tascha de prendre le vent en approchant toujours les vaisseaux rebelles, quoy les mattellots de l’arme Royalle s’employrent avec tant de diligence & d’industrie, incitez encores par les belles parolles & promesses de recompense, que leur faisoit ledict Sieur Admiral, duquel ils avoyent desja cogneu la libralit, de sorte que s’encourageant les uns les autres, ils reprirent le vent sur lesdicts vaisseaux rebelles, aprs s’estre entretenus & attaquez coup de Canons environ deux heures pendant lesquelles mondict Sieur Admiral avoit faict advancer son vaisseau de plus pres des ennemis, accompagn de celuy de sainct lulien, & autres vaisseaux qui avoyent partag le commandement de s’advancer, dans lesquels estoient les Sieurs Comte de Vauvert, Brescieux , & Boutteville, & ayant suivy les rebelles la nuict survint qui separa le combat & creurent qu’ils pourroyent soubs sa faveur se retirer la Rochelle, ils furent suivis & chassez toute la nuict, avec tant de bonheur & bonne rencontre qu’au poinct du iour l’on fist prise de neuf de leurs meilleurs vaisseaux. Le Sieur de Manry fut le premier qui en print un, le Commandeur Doisemont en brusla un & print deux autres , & ainsi chacun des autres Cheualiers & Capitaines firent leur prise, ne dsirant rien tant que de venir bord pour tesmoigner leurs ardeur & l’effect de leur courage, pendant que ceste chasse & combat duroit & que chacun desdicts Capitaines, ne songeoit qu’ s’aquerir de l’honneur en bien servant, la mare se retirant ils se trouverent en tel lieu que quelques uns desdicts vaisseaux rebelles touchrent, comme la Vierge & le sainct Michel, ce qui fut cause qu’ils ne peurent se retirer Olleron avec les autres vaisseaux, ce qu’ayant est recogneu par quelques uns desdicts Capitaines, ils demandrent permission Monsieur l’Admiral d’aborder lesdicts vaisseaux de la Vierge , & de S. Michel. Celuy cy fut attaqu par sainct lulien, o estoit le Sieur de Boutteville, lequel aprs auoir combattu se rendit, tesmoignant par leur signal qu’ils demandoyent la vie , & furent mis entre les mains du Sieur de Sodeillers, Capitaine des gardes de Monsieur l’Admiral, l’autre comme le plus puissant & le mieux artill de la flotte des rebelles, & qui leur servoit d’Admiral, fut en mesme temps environn de trois vaisseaux, fcavoir de celuy du Chevalier de Villeneufve, vaisseau Hollandois, de Harlin, par son haut ban, celuy de l’Aunay Rasilly nomm le sainct Louis approue, & par celuy du Baron de Iuss, nomm le sainct Franois, Amezamie qui porta son beau prs sur son tillac estant celuy qui le pressoit le plus, aussi ceux qui estoyent dans ledict vaisseau de la Vierge, luy lascherent leur bord, & luy turent vingt hommes, ce qui n’empescha pas que ledict de Iuss ne commandast un Sergent avec soixante hommes de sauter incontinent sur le tillac, les rebelles qui s’estoyent portez fort resoluement, & comme gens qui vouloyent bien disputer leur vie, voyant que les trois grands vaisseaux y leur fondoient tant de gens sur les bras, & qu’estant le tillac desja saisy, il n’y avoit plus lieu de misericorde ny de resistance. Ils se resolurent de venir au dernier remde de mettre le feu leur fougade qu’ils avoyent prpare, & le firent miserablement sauter, le feu se communiqua si-promptement aux vaisseaux qui l’attaquoyent, que le Comte de Vauvert qui desja en sautant sur le bord avoit eu une iambe rompue d’un coup de mousquet, ft encores enlev de plusieurs autres par le feu de ladite fougade, & retomba dans la mer, dont il fust retir aussi tost par l’ayde des Chalouppes, & fut port au vaisseau Admiral o il mourut une heure aprs : tous lesdicts vaisseaux se bruslerent par l’embrasement dudict vaisseau de la Vierge, & entre autres mourut le Chevalier de la Ville-neufve, & plusieurs autres.

Ainsi se passrent les combats de mer, & de terre, durant les iours de Lundy, Mardy, & Mercredi. Monsieur l’Admiral & tous ceux, qui l’ont accompaign ont tesmoign l’effect de leur bon courage, & l’ardant desir qu’ils ont eu de servir le Roy, en ceste glorieuse & victorieuse action, comme ils continueront en toutes celles qu’il plaira sa Majest leur commander pour son service.

FIN

CONSENTEMENT.

Ie n’empesche pour le Roy, que ce discours contenant Relation de la defaicte de la flote du Sieur de Soubize, & des Rochellois, & de la prise de l’Isle de R, soit imprime par Claude Larjot, Imprimeur ordinaire du Roy, avec deffences en tel cas requises & accoustumes. Ce trentiesme Septembre mil six cents vingt-cinq.

Puget.

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