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1775 - Saint Jean d’Angély - Gazette de l’Agriculture

D 9 janvier 2007     H 11:44     A Pierre     C 0 messages     A 1435 LECTURES


La situation économique à Saint Jean d’Angély en 1775-1776.

Un document très significatif des difficultés rencontrées par l’agriculture en Saintonge dans la seconde moitié du 18ème siècle.

Les cahiers de doléances de cette sénéchaussée en mars 1789 reprendront à leur compte l’ensemble de ces revendications.

Source : La Charente révolutionnaire, par Victor et Jérôme Bujeaud - Angoulême 1866 - T1 - p CCLXIII et s.

Voir en ligne :

Gazette de l’Agriculture, 2 mai 1775 et 27 janvier 1776.

Provinces étrangères

Saint Jean d’Angély

Cette ville, chef-lieu de la première sénéchaussée de Saintonge, embrasse dans son ressort près de la moitié de la province, 160 paroisses sur 120 lieues carrées. Sur chaque lieue carrée, on compte 1,200 personnes. Quelque considérable que cette population paraisse elle ne suffît pas à notre culture à cause de la grande quantité de vignobles que le pays contient. Notre ville a sept ou huit mille habitants. La province serait une des plus riches du royaume, si l’agriculture moins chargée et le commerce moins gêné secondaient la bonté du sol, la salubrité du climat, le génie et l’industrie naturelle des Saintongeais.

Depuis douze ans, depuis qu’une liberté imparfaite a donné de la valeur aux grains, il s’est défriché beaucoup de terres ; le nombre des bestiaux est augmenté, les prairies sont soignées, on fait des sainfoins. Nous avons de bon blé, de bon bétail, de bon sel en quantité et d’excellente eau-de-vie. Nul vin ne donne de l’eau-de-vie en plus grande quantité et de meilleure qualité. Nos bouilleurs consomment un quart moins que nos voisins pour avoir autant d’eau-de-vie et la nôtre est fort supérieure à la leur par la douceur et le bon goût, mais le nerf de ce genre d’industrie et de commerce a été coupé, il y a vingt-cinq ans, par un coup de finance.

Cette province est réputée étrangère, depuis que le second mariage d’Aliénor d’Aquitaine en fît jouir l’Anglais. Quand la valeur des habitants et leur attachement a leurs anciens souverains l’eût rendue au royaume, elle demeura étrangère.

Charles V, en leur accordant en récompense leurs beaux privilèges, oublia les droits établis sur le commerce d’une domination à l’autre. Parmi ces droits, il y en avait un sur les vins et eaux-de-vie qui prenaient par le Poitou la route d’Orléans et de Paris. Ce droit était assez modique. L’on ne s’aperçut pas qu’il l’était jusqu’en 1750[Décision administrative, fiscale ou autre de 1750 àdéterminer].

Les Poitevins préféraient nos vins à ceux de La Rochelle, et les épiciers de Paris nos eaux-de-vie à celles de la même ville. Le chemin de l’Aunis était peu fréquenté. Vers l’époque indiquée, les négociants rochelais, qui avaient un agent à Paris (la Saintonge n’en avait pas), insinuèrent que la ferme perdait beaucoup à laisser aller à bon marché ¦es vins et eaux-de-vie de Saintonge par le Poitou, tandis que la traite de Charente était à 18 et 20 livres plus forte. L’avis ouvert, la Saintonge fut condamnée à payer pour ses eaux-de-vie et vins voitures par terre en Poitou le droit de traite de Charente, comme s’ils allaient à Charente.

Les campagnes de cette sénéchaussée présentent deux arpents de vignes contre un arpent de blé. Ses greniers ne fournissent pas une demi année de subsistance à sa population, portée à plus de 1,200 têtes par lieue carrée. Notre Saintonge méridionale est le magasin d’une partie des boulangers de Bordeaux. Ceux de Rochefort, où la population s’accroît singulièrement depuis le retour de la marine royale et la concession de l’entrepôt, fréquentent beaucoup notre minage. Notre ville et nos villages, peuplés de vignerons, sont forcés de tirer des grains du Poitou, et ces traites qu’on croit libres et franches souffrent de grandes difficultés.

Nous sommes appelés étrangers. Par là, dès que la loi de 1764 [1] eut rendu la liberté au commerce des grains, notre minage en fut dépourvu, et cela parce que la liberté était bonne ; le commerce s’éloigna de notre ville par ce qu’il ne la trouvait point ici. Les commis des fermes nous la ravirent en saisissant les mulets des grainetiers, sous prétexte qu’ils n’avaient point d’acquits à caution pour passer du Poitou dans cette ville.

Cinquante grainetiers prennent le parti de renoncer à leur profession, ou de ne se hasarder encore à passer dans le Poitou qu’avec de vieux mulets, trop faibles pour franchir en hiver les mauvais chemins. Qu’on vienne ensuite dans notre ville, on sera surpris de la rareté et de la cherté des denrées, œufs, beurre, fruits, volailles. Depuis que les commis de la ligne ont saisi des volailles, des pommes, des balais, des cerceaux à futaille, paniers à vendange, portés par des gens de pied, les femmes et les filles des villages, à trois, quatre et cinq milles de nos murs, au nord, ne viennent que très rarement et en tremblant à nos halles.

La société n’est qu’union, et dans l’ordre politique, tout ce qui sépare, détruit. Si la nature avait placé un mur de séparation entre ces provinces, entre ces cantons, il faudrait l’abattre ; s’il s’ouvrait entre eux un abîme, il faudrait le combler. L’ordre fiscal, qui élève ce mur et creuse cet abîme, est évidemment antisocial.

La profonde sagesse du gouvernement nourrit en nous l’espérance de voir cette terrible ligne effacée par l’ordre régénérateur. Que du moins elle rentre dans ses anciennes limites, la Charente, ce sera un soulagement. Enfin, s’il faut qu’elle subsiste encore, nous nous restreindrons à demander aujourd’hui ce que la justice ne pourra nous refuser, que l’état des comestibles, denrées et marchandises, sujets aux droits de traite, et celui des articles exempts, soit, par des ordres supérieurs, affiché chaque année aux portes des églises des campagnes bordées par la chaîne des bureaux, pour que toute erreur soit prévenue, et de la part de ceux qui doivent le droit et de la part de ceux qui le lèvent. La ruine ne saurait jamais être de l’intérêt du fisc.

[119 juillet 1764 : Edit du contrôleur général L’Averdy supprimant toute entrave au commerce des grains à l’exception de la capitale et de son arrière pays. L’exportation hors des frontières reste réglementée.

La déréglementation provoque de nombreuses émeutes frumentaires chez les consommateurs inquiets entre 1764 et 1770, et n’empêche pas la hausse des prix. Elle favorise par contre l’émergence de nombreux marchands de grain, issus souvent des milieux populaires.

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