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1789 - 1835 - Histoire des moulins à papier d’Angoumois - 2ème partie

D 4 septembre 2009     H 16:59     A Pierre     C 1 messages A 4817 LECTURES


si la papeterie a été constamment prospère depuis la révolution , c’est que nos pères étaient prudents et modestes dans leurs désirs, et qu’ils ne se laissaient pas entraîner comme nous par cette fièvre de spéculation qui est devenue la maladie de notre époque.

Nous poursuivons le parcours historique de la papeterie d’Angoulême, dans la période où la fabrication se faisait à la main, jusqu’à la naissance de la papeterie mécanique.

La papeterie a la main, de 1789 a 1835.

Source : Historique de la papeterie d’Angoulême, suivi d’observations concernant le commerce des chiffons en France - Auguste Lacroix, fabricant de papier - Paris - 1863 - archive.org

1ère partie de cet article

En 1790 le gouvernement établit des mercuriales par lesquelles le prix de la vente au détail de toutes espèces de marchandises était déterminé. Celui du papier était limité à un tiers en sus du prix de fabrique. Ce cours obligatoire et incertain de nos produits, ayant lieu dans un moment déjà bien difficile, eut pour conséquence immédiate l’interruption presque générale des travaux. Cette mesure avait été prise pour arrêter les spéculations de tous genres auxquelles s’étaient livrés certains accapareurs qui avaient fait hausser le prix de toutes espèces de marchandises. On sait que le célèbre Ouvrard avait acheté, en 1789, tout le papier qui pouvait être fabriqué à Angoulême pendant trois années, et, bien qu’il ne pût obtenir l’exécution complète de son marché, il réalisa, dit-on, cent mille écus de bénéfice.

L’état d’abondance où se trouvaient les magasins des agioteurs permit de satisfaire encore quelque temps aux demandes des commerçants ; mais cet approvisionnement fut vite consommé, et, lorsque les magasins furent vicies, aucun fabricant ne se hasarda à remplacer les produits enlevés : le chiffon, du reste, était devenu extraordinairement rare ; on ne savait plus où s’en procurer. Nos premières assemblées, tout entières au remaniement politique, oubliaient de faire appliquer les anciennes lois protectrices de notre commerce, et laissaient ainsi aux spéculateurs la faculté de nous enlever nos matières premières ; nos chiffons passèrent donc sans obstacle à l’étranger. Cependant, sur les représentations de quelques fabricants qui avaient le désir de reprendre la fabrication, fut rendu le décret du 15 mars 1791, qui s’opposa à la sortie du chiffon, en même temps qu’il frappait d’un droit d’entrée tout papier venant de l’étranger. Les spéculateurs ne tinrent d’abord aucun compte de la défense et continuèrent à livrer nos chiffons à nos voisins ; en même temps les enrôlements volontaires dépeuplèrent les fabriques, qui s’arrêtèrent complètement, faute de matière, faute d’ouvriers et par manque de capitaux.
Le commerce manquait de papier, et, la république n’en trouvant pas pour le service de ses administrations, la Convention dut aviser aux moyens extrêmes : elle mit les papeteries en réquisition, mais en exemptant les ouvriers papetiers du service militaire et en décrétant, le 13 avril 1793, la prohibition de la sortie des chiffons, qu’elle fit exécuter avec une sévérité inflexible.

L’heureux effet que l’on devait attendre de ces deux dernières mesures fut neutralisé momentanément par l’application du maximum que la Convention venait de décréter. Il fixait le prix de vente des marchandises d’après les mercuriales de 1790 ; mais c’était un cours invariable et forcé. C’était, au surplus, le moment le plus critique de la révolution, et la terreur n’était nullement faite pour relever l’industrie. Tout commerce était impossible. Une reprise d’affaires paraissait peu probable, et un impôt forcé venait d’être levé sur toutes les propriétés ; alors les propriétaires se déterminèrent donc à mettre leurs papeteries en vente plutôt que de se ruiner en frais d’entretien et de réparation ; mais il arriva ce qui arrive quand on tient à vendre, c’est que l’acheteur se soucie d’autant moins d’acheter que les offres sont plus pressantes. Ce fut seulement lorsque le plus fort de l’orage fut passé, que quelques-uns des anciens maîtres-fabricants se décidèrent à se porter acquéreurs ou à redevenir fermiers des fabriques qu’ils avaient abandonnées. Néanmoins M. Villarmain n’avait pas complètement cessé de fabriquer à Lacourade, et, dès 1791, MM. Poupelet et Lacroix jeune avaient entrepris l’exploitation de Girac.

Cependant les agitations politiques s’apaisèrent ; une sorte de calme se rétablit ; les fabricants, à la faveur du système de prohibition remis en vigueur par la loi de 1793, recommencèrent peu à peu leurs travaux, et, à la fin du siècle dernier, la plus grande partie des papeteries se trouvaient en activité, bien que les avantages de la fabrication fussent considérablement réduits par l’augmentation du prix de la main-d’œuvre et par l’interruption des rapports de la France avec les pays étrangers qui achetaient le plus de papiers.

L’empire se fonda : l’ordre à l’intérieur était complètement rétabli, l’espérance pénétrait dans toutes les classes de la société. 11 n’y avait plus que la guerre qui pouvait peser encore sur la marche du commerce. Tous les débouchés nous étant fermés, l’heure d’une véritable prospérité se trouvait encore éloignée pour chacune de nos grandes industries. Cependant Napoléon Ier, qui ne négligeait rien pour en accélérer l’essor, avait ordonné qu’une exposition générale des produits français aurait lieu à Paris. C’était en 1806. A cette exposition, sept fabricants de papier d’Angoulême concoururent, et tous obtinrent des récompenses. C’étaient MM. Tremeau-Rochebrune, Henri Villarmain, Laroche -aîné, Lacroix jeune, Poupelet, Henry aîné et Rabouin.

Jusque-là, néanmoins, la fabrication du papier était à peu près restée dans les conditions du passé, et il n’y avait été obtenu, pour ainsi dire, aucun perfectionnement.

Nous devons dire toutefois que, depuis quelques années, M. Henri Villarmain avait adopté, le premier en Angoumois, dans sa fabrique de Lacourade, un nouveau système de cylindre que le sieur l’Ecrevisse, mécanicien hollandais, avait employé avec succès à Essonne, et que M. Pierre Montgolfier avait établi, dès 1778, dans sa papeterie d’Annonay. Ce cylindre était composé de lames saisies dans un moyeu de bois, ce qui le rendait très-léger, quand, au contraire, ceux dont on avait fait l’application à Montargîs et à Montbron étaient d’une seule pièce et en fer fondu, et par conséquent tellement lourds que la pâte qui en sortait se trouvait trop coupée ; les filaments, en perdant leur liant, ne donnaient plus qu’un papier sans aucune solidité, sans aucun carteux, qualité à laquelle on a toujours tenu. C’est sans doute la raison qui avait détourné les fabricants d’en continuer l’emploi. Avec les cylindres à moyeu en bois et à nouveau système d’engrenage, on avait moins à craindre cet inconvénient : aussi eurent-ils un tout autre succès.

M. Lacroix jeune les adopta après M. Villarmain, et en fit établir un dans la papeterie de Saint-Michel, qu’il avait achetée en 1806.

Bien que ces cylindres fussent employés simplement comme auxiliaires aux maillets, l’heureuse application qu’on venait d’en faire produisit une véritable révolution dans les fabriques d’Angoulême. Il n’y eut pas un fabricant qui ne voulût s’en servir, en raison des avantages qu’on en obtenait, soit dans la célérité de la trituration, soit dans un degré de blancheur de pâte bien supérieur.

C’est encore en 1806 que l’on fabriqua pour la première fois à Angoulême le papier vélin. Dès 1750 on en fabriquait en Hollande, et en 1781 on commença à en fabriquer à Annonay. Ces papiers étant d’un grain moins rude et plus doux à l’impression, M. Ambroise Didot en fit une commande, à cette époque, aux frères Jouhannot, qu’il voulut surveiller et guider lui-même dans les opérations de ce travail. De son côté, M. François Montgolfier tentait d’en fabriquer ; ils réussirent en même temps, et le gouvernement, pour les récompenser l’un et l’autre de cette importante innovation, leur accorda à chacun une médaille d’or. En 1806 la réputation des maisons Montgolfier, Jouhannot, Canson et Blanchet frères, Klébert de Rives, était déjà très-répandue ; et l’exposition dont nous venons de parler leur valut de nouveaux triomphes. La célébrité des fabricants d’Angoulême était encore bien au-dessous de la leur, mais dès ce moment ils firent tous leurs efforts pour les suivre. Ce fut seulement alors que les produits des fabriques delà Charente commencèrent à être plus connus à Paris, et que dans le commerce même de l’imprimerie ils obtinrent une préférence marquée. Ceux des anciens maîtres fabricants qui purent devenir propriétaires de fabriques se distinguèrent particulièrement et en peu d’années ; M. Lacourade, qui avait succédé à M. Henri Villarmain ; M. Laroche puîné, M. Gaudin fils aîné et Lacroix jeune portèrent les papiers d’Angoulème à un degré de perfection qui approchait beaucoup de celui des papiers d’Annonay. Ainsi se passèrent les choses jusqu’en 1814.

Ce fut à cette époque que le célèbre Bertholet introduisit le blanchiment dans la papeterie. Cette précieuse découverte, que perfectionnèrent ensuite plusieurs de nos savants chimistes, permit aux fabricants d’obtenir un progrès immense dans la blancheur et la pureté de leurs produits. Ce mode de préparation des pâtes se répandit avec une rapidité incroyable, et, en moins d’une année, il n’était pas une papeterie d’Angoulême qui n’en fit usage. Puis vinrent le matrissage, l’échange, le satinage aux cartons et à la presse hydraulique, et divers autres procédés qui permirent à nos fabricants de faire toutes les espèces de papier sans cesser de se consacrer à la spécialité des papiers collés ou à écrire, qui a toujours été la fabrication de prédilection des papeteries de l’Angoumois.
Tandis que les sciences, par leurs découvertes, élargissaient chaque jour le champ de l’industrie, l’épuisement où des guerres interminables avaient jeté la France, et plus encore l’inquiétude qu’inspirait de nouveau l’avenir, ne laissaient pas que de faire subir des interruptions fréquentes à la prospérité du commerce. Mais après la rentrée des Bourbons, quand les passions politiques furent apaisées et que les esprits furent libres de toute préoccupation, la persuasion de la tranquillité, désormais assurée, fit renaître la confiance ; les capitaux circulèrent ; avec les beaux-arts refleurirent toutes les branches de l’industrie française, et, comme nos relations à l’extérieur étaient rétablies, comme tous les débouchés que la guerre nous avait si longtemps fermés nous étaient rendus, le commerce prit de jour en jour un développement plus considérable. On peut dire qu’avec le règne de Louis XVIII commençait l’âge d’or du commerce et de l’industrie.

Les commandes faites à nos fabricants étaient déjà si nombreuses qu’ils ne pouvaient plus arriver à les remplir toutes. La maison Lefranc, de Paris, à qui succédèrent quelques années plus tard MM. Cornuault et Poret, et qui, dès le commencement de ce siècle, s’était plus particulièrement livrée au commerce du papier d’Angoulême, en avait, pour ainsi dire, accaparé la vente exclusive. M. Lefranc était un homme d’une haute capacité commerciale, actif, entreprenant ; sa longue expérience des affaires et le charme que l’on trouvait dans ses rapports particuliers lui avaient concilié la sympathie de tous les fabricants charentais ; il sut si habilement s’emparer de leur esprit, et l’influence qu’il exerça sur eux fut si grande, qu’il parvint à leur ôter toute idée d’établir des magasins à Paris et même d’y venir, ne fut-ce que pour leur agrément ; ceux qui les premiers visitèrent la capitale ne le firent qu’en 1822. C’était un moyen adroit de prévenir toute concurrence. M. Lefranc fut l’homme qui, néanmoins, donna la plus grande impulsion à l’accroissement de la vente du papier d’Angoulême ; à lui seul il achetait les deux tiers de nos produits.

Après M. Lefranc, MM. Rabouin et Périer , de Paris, Jardel et Peltingeas, de Bordeaux, Duval, de Nantes, Martinaud, puis Patin, de Tours, étaient les principaux acheteurs des papiers d’Angoulême. Quelques négociants de la ville d’Angoulême faisaient aussi le commerce des papiers ; nous pouvons compter de ce nombre les maisons Dervaud, Sazerac de Forge, Glomond, Marchais de Laberge, etc. Ce fut à cette époque de prospérité que MM. Laroche Joubert, Gaudin puîné, Gaudin jeune et Durandeau aîné entrèrent dans la fabrication et y acquirent une des premières réputations. M. Gaudin puîné se mit à fabriquer quelques papiers de couleur, qui étaient les premiers qu’on eût vus à Angoulème.

Au nombre des personnes qui contribuèrent puissamment à donner de l’impulsion au commerce des papiers d’Angoulême, nous ne pouvons nous dispenser de citer M. Leclerc-Chauvin, notre compatriote, qui avait fondé dans cette ville une des maisons de banque les plus importantes. Homme d’une rare intelligence, modeste autant que bienveillant, ne se départant jamais de ces principes d’ordre et d’économie qui sont la base des succès du commerce et de l’industrie, il ne cessa, par ses relations amicales et ses bons conseils, d’encourager les fabricants. Nul plus que lui ne leur facilita les moyens de persévérer et de se soutenir avec honneur dans la voie de progrès où ils étaient entrés.

Jusqu’en 182o, le nombre des fabriques avait peu augmenté, et comme, dans l’état où elles étaient alors, elles n’auraient pu satisfaire à la multiplicité des commandes, les fabricants durent songer à accroître le nombre des cuves qui s’y trouvaient. Plusieurs les augmentèrent du double, quelques-uns du triple. Une circonstance vint encore ajouter à cette activité, qui, de 1818 à 1820, fut portée à son comble.

Si la consommation du papier augmentait en France, il en était de même chez les autres peuples, qui furent dans la nécessité d’acheter nos produits. Jusque-là les demandes n’avaient été que partielles ; mais tout à coup l’Amérique du Sud et la Russie nous en. envoyèrent de considérables. Une partie consistait en papier 3/ooo ; elles étaient adressées à des maisons de Bordeaux qui donnaient à fabriquer de ce papier autant que les fabricants voulaient en entreprendre. Les demandes de la Russie consistaient en un papier qu’on appelait double-lis, papier destiné à la fabrication de la carte à jouer. C’était MM. Sazerac de Forge qui les recevaient et les distribuaient aux fabricants en quantités aussi fortes qu’ils pouvaient en fabriquer. La maison Sazerac occupa la papeterie de Forges et de Nersac à la fabrication de ce papier double-lis pendant plusieurs années.

Jamais mouvement pareil ne s’était manifesté dans la papeterie. Il faudrait remonter aux meilleures années du dix-septième siècle pour trouver une période comparable à celle que nous traversions en ce moment. Malheureusement la faute même des fabricants en avança la fin. Cet accroissement extraordinaire de la fabrication avait fait monter le chiffon à un prix excessif. Quelques-uns, pour compenser le haut prix de la matière, ne se firent aucun scrupule de recourir à la fraude, et sous le prétexte que la marchandise qu’ils fabriquaient pour l’étranger ne méritait pas autant de soins que celle destinée aux consommateurs français, ils poussèrent la mauvaise foi jusqu’à mêler des terres argileuses dans la pâte des articles destinés à l’exportation, jusqu’à glisser du papier cassé dans les rames, et à ne compter les mains que de vingt-quatre feuilles. Mais l’on n’eut pas à jouir longtemps du bénéfice d’un pareil trafic, car deux années n’étaient pas écoulées que les acheteurs d’outre-mer avaient renoncé à s’approvisionner en France.
Quant au papier réservé pour la consommation intérieure, la qualité en était toujours excellente : aussi l’élévation du prix ne rebutait point les acheteurs. La coquille vélin superfine d’Angoulème de 7 kil. s’est vendue à Paris jusqu’à 28 et 3o fr. : j’en ai vendu moi-même à ce prix. Cependant la diminution de nos exportations marquait le terme de la prospérité d’un commerce qui, depuis 1814, n’avait cessé de grandir en importance. En conséquence, dès i8a5, la consommation intérieure ne suffisant pas à la production, les marchandises manufacturées se trouvaient en baisse, quand, d’un autre côté, l’immense consommation qui se faisait des chiffons amenait une hausse extrême du prix de cette matière. On la payait de 70 à 72 fr. les 100 kil. Enfin une agitation sourde, les troubles politiques, précurseurs de la révolution de 183o, en réveillant les anciennes inquiétudes, tendirent à aggraver une situation qui n’était plus tenable que pour les fabricants les plus riches. Une crise commerciale était imminente ; nous la verrons bientôt éclater.

Nous croyons devoir interrompre un moment notre récit pour signaler un fait digne d’attention : nous voulons parler du classement qui, dans ces temps derniers, s’opéra, pour ainsi dire, de lui-même, entre les provinces manufacturières, selon les différentes sortes de papier qu’elles fabriquaient. Chaque pays avait adopté une spécialité. Ainsi Annonay, Rives et une grande partie du Dauphiné s’adonnaient à la fabrication des grands formats à dessin et à registres. On y fabriquait encore les plus beaux papiers vélin pour l’impression des publications les plus riches, et les papiers à lettres de luxe, parmi lesquels il existait déjà des papiers réglés et filigranes en pâte.

Annonay vendait ses produits de 20 pour 100 environ plus cher qu’on ne vendait ceux d’Angoulême. MM. Montgolfier, Canson, Jouhannot, Blanchet frères et Klébert occupaient le premier rang.

Angoulême venait en seconde ligne. On y produisait beaucoup de papier pour administration , mais encore plus de papier à lettre , lequel était très-estimé dans le commerce. Il s’y faisait aussi quelques papiers pour cartes à jouer, et, comme nous l’avons dit plus haut, pour impression de premier ordre.

Les prix, quoique moins élevés que ceux d’Annonay, l’étaient plus cependant que ceux des autres contrées.

L’Auvergne ne produisait à peu près que des papiers à registre de deuxième ordre, avec les papiers Joseph et ceux pour les cartes à jouer : la vente en était considérable ; les principaux fabricants étaient les Malmenaide, les Berger, les Bouchet, les Féuérol, les Andrieux, les Falguerolles.

Les Vosges avaient adopté la fabrication des beaux papiers vergés pour l’impression courante et les sortes vélin les plus favorables à l’impression en taille-douce. Dans sa spécialité, cette contrée jouissait d’une réputation méritée à tous égards. Il suffit de nommer MM. Desgranges, Brocard et Michaud.

Le Limousin faisait de préférence les papiers d’impression pour les livres classiques ; les imprimeries de Limoges en absorbaient une grande partie, comme elles font encore de nos jours. M. Roulhac occupait plusieurs cuves à Saint-Léonard.

Les papeteries des environs de Paris produisaient la généralité des papiers pour journaux, pour écoliers, et différentes sortes pour impressions très-courantes. Nous citerons, entre les maisons les plus importantes, la société des papeteries du Marais et M. X. Odent, de Courtalin.

Puis venaient la Normandie, la Franche-Comté, la Picardie, qui fabriquaient en général les papiers communs ou ceux d’emballage et de pliage.

Ce classement avait cela d’avantageux qu’il excluait toute concurrence entre les diverses contrées manufacturières, et qu’en renfermant chacune d’elles dans un genre de fabrication distincte, il les contraignait de donner toute la perfection désirable aux produits qu’elles fabriquaient de préférence : c’était là aussi une source de richesse pour toutes. II est bien à regretter que cette division du travail ne soit plus praticable ; il en est néanmoins resté comme une réminiscence, mais trop faible pour donner des résultats pareils à ceux qu’on obtenait dans ces temps exceptionnels.

Enfin nous croyons devoir mettre en lumière les derniers perfectionnements réalisés dans la fabrication du papier à la forme, et la part que les fabricants de la Charente ont eue dans ces découvertes.

La Société d’encouragement de Paris avait mis au concours, en i8i3, la double question de l’azurage des papiers et du collage à la cuve. MM. Darcet et Mérimée, chargés de faire des recherches sur les moyens de perfectionner le collage , parcoururent beaucoup de fabriques, et, après avoir rassemblé beaucoup de faits , publièrent en 1815 le rapport de leur mission, dans lequel ils proposaient plusieurs procédés pour remplacer la gélatine.
Malheureusement, si en théorie leurs systèmes étaient excellents, en pratique il n’en fut pas de même : on y renonça bientôt.

M. de Canson, de son côté, avait inventé un moyen. Ce moyen réussissait parfaitement dans sa fabrique ; il le proposa aux fabricants d’Angoulême, et vint lui-même en faire l’essai à Saint-Cybard ; mais les expériences , faites à plusieurs reprises, n’aboutirent qu’à une déception. Ce fut sans doute la qualité des eaux qui changea entièrement le résultat ; il fallut aussi abandonner ce nouveau procédé.

Quant à l’azurage du papier à la manière hollandaise, M. de Canson qui, dès 1816, avait dirigé ses efforts sur ce point, finit par trouver, en i825, un moyen, fort imparfait encore, mais dénotant, à bien dire, un progrès véritable. En 1827, M. Claveau fabriqua à Bourrisson, près d’Angoulème, quelques coquilles azurées qui furent mieux goûtées dans le commerce. Néanmoins la nuance verdâtre et l’envers très-prononcé que laissait le bleu cobalt, prouvaient qu’on était loin encore d’avoir donné à cette question une solution complète.

M. Justin Lacroix eut la pensée d’employer, au lieu du bleu cobalt, le bleu d’outremer Guimet. Cette substance, d’un prix très-élevé, agissait du moins si énergiquement qu’avec une très-faible quantité l’on arrivait aux effets les plus beaux ; elle devait se prêter à merveille au genre de coloration entrepris par M. Justin Lacroix. Les premiers essais qu’il en fit le confirmèrent dans ses prévisions. La nuance azurée une fois trouvée, il restait à découvrir le moyen de la fixer d’une manière égale et durable, attendu que la colle gélatine en rendait l’adhérence extrêmement difficile. Là était le grand obstacle à l’emploi du bleu Guimet, obstacle qui n’existe plus depuis que l’on colle le papier mécanique à la colle végétale.

M. Justin Lacroix, à force d’études, réussit à vaincre toutes les difficultés ; et bientôt nous eûmes dépassé les Hollandais, nos maîtres.

Cette innovation dans l’emploi du bleu d’outremer Guimet fut bientôt adoptée dans toutes les fabriques.

Nous sommes amenés, malgré nous et pour compléter nos notes, à parler d’un second perfectionnement que la famille Lacroix a apporté dans la fabrication du papier à la main. Qu’on nous permette de le rappeler en quelques lignes.

On sait que, peu de temps avant 183o, le papier anglais, qui avait détrôné le papier hollandais, était en vogue dans notre pays. C’était un goût très-prononcé chez nos élégants. Aussi la vente de ce papier était-elle importante ; et, malgré la concurrence que lui faisaient les fabricants d’Annonay, cette vente, loin de diminuer, augmenta encore en i83o et i83a, lorsque les fabriques anglaises eurent découvert le glaçage. L’éclat, le brillant, la beauté de leurs papiers de choix, la facilité qu’on éprouvait à écrire dessus, leur attirèrent une préférence que nous commençâmes à redouter sérieusement. Il s’agissait donc, pour arrêter cette sorte d’envahissement, déglacer aussi nos papiers. Du reste, les marchands de papiers de Paris, qui payaient les papiers anglais un prix très-élevé, ne discontinuaient pas de nous encourager dans cette disposition. Comment faire pour lutter avec succès ? Aller en Angleterre apprendre le procédé ? Mais aucun fabricant ne permettait l’entrée de sa fabrique. Il nous fallait donc en inventer un nous-mêmes. Si à cette époque nous eussions eu les papiers mécaniques, c’eût été chose facile ; mais les papiers à la main, dont la pâte ne passait pas dans les epurateurs, qu’on ne connaissait pas encore, étaient chargés d’innombrables molécules qui rendaient tout à fait impossible l’usage des plaques de cuivre et de zinc. Le papier noircissait et se trouvait moins beau après le glaçage qu’avant d’avoir été soumis à cette opération. Après bien des essais infructueux, un des MM. Lacroix trouva le moyen de faire disparaître tous les inconvénients, et son procédé donna toute satisfaction tant que dura la fabrication à la main. Il consistait à placer le papier feuille à feuille entre des feuilles de cuivre excessivement minces que soutenait une plaque d’acier ; passant ainsi au laminoir, on obtenait un glaçage parfait.

Dès lors la consommation des produits anglais alla chez nous en décroissant. MM. Lacroix frères obtinrent, à l’exposition de 1834, une médaille de bronze spéciale pour les papiers glacés, et, de plus, ils reçurent les encouragements les plus flatteurs de la part de nos célébrités scientifiques, notamment de MM. Héricart de Thury, Mérimée et Blanqui. Le glaçage appliqué aux papiers à la main était le complément de leur perfection.

Lorsque le système mécanique fit son apparition à la papeterie d’Essonne, le directeur parvint à attirer chez lui plusieurs ouvriers de MM. Lacroix, et, de ce moment, le laminoir et les plaques de zinc devinrent le système usuel de satinage et de glaçage dans la papeterie française.

Le contingent d’idées fourni de longue date à l’industrie par les fabricants d’Angoulême, leur empressement à mettre en usage les perfectionnements qui surgissaient de jour en jour, leurs constants efforts à trouver le moyen d’allier le bon marché à la qualité des produits, les innovations qu’ils avaient introduites dans la fabrication, tout cela les avait mis en relief et leur avait acquis sur les fabricants des autres départements une supériorité qui leur valut le grand nombre de commandes que nous avons signalées. Il leur était donc permis d’espérer une longue suite de bonnes années d’affaires, si la fraude, en altérant les produits, n’eût empêché brusquement la France d’étendre son commerce d’exportation. La diminution de la vente à l’extérieur amena partout, nous l’avons dit plus haut, un engorgement de marchandises. Les consommateurs français ne pouvaient faire écouler de longtemps cette surabondance de produits qui s’accumulaient dans les magasins. De là, une dépréciation de ces produits, quand, au contraire, la matière première avait beaucoup enchéri. Il fallut vendre au-dessous des prix de fabrique. Plus l’on approchait de i83o, plus la situation devenait sombre et fâcheuse ; le contre-coup de la révolution de Juillet jeta le commerce en pleine stagnation, et les embarras se multiplièrent pour ceux des fabricants qui n’avaient pu couvrir encore entièrement leurs dépenses d’agrandissement.

Les capitalistes leur retiraient tout crédit ; les papiers étaient cotés à des prix si exceptionnellement bas qu’une déconfiture menaçait même les maisons les plus solides. Le nouveau gouvernement comprit la gêne de l’industrie, et il crut devoir intervenir au moyen de prêts faits aux fabricants, de manière à les sortir de ces embarras financiers.
Deux fabricants d’Angoulême demandèrent et obtinrent ce secours ; mais que pouvaient ces ressources contre l’encombrement prolongé des marchandises ? L’impossibilité de les écouler sans perte causa plus d’un désastre.

Au commencement de i832, cependant, on pouvait constater une légère amélioration. Les espérances d’une reprise peu éloignée étaient fondées ; l’on comptait, avec raison, sur une immense consommation de papier par la liberté de la presse et par le développement de l’instruction publique, que promettait le gouvernement de Juillet ; et sans les nouvelles secousses politiques, sans le terrible fléau qui vinrent ajouter à nos malheurs, nul doute que les transactions commerciales eussent repris leur cours ordinaire. La matière première étant tombée à 38 et 40 fr. les 100 kilos, cette baisse fut le signal d’un grand mouvement industriel, et celles des fabriques qui purent écouler leurs produits retrouvèrent à la fin de l’année une animation d’autant plus grande que la stagnation avait duré plus longtemps. La place était singulièrement allégée, le cours des marchandises était affermi, lorsque éclata entre le système de fabrication à la main et le système mécanique une lutte dans laquelle le premier devait inévitablement succomber, quoiqu’il fût parvenu dans ce moment même au plus haut degré de perfection, et qu’il se trouvât dans des conditions de vitalité qui semblaient devoir lui assurer le triomphe.

Avant de terminer l’historique de la papeterie à la main et de toucher à la disparition de ce vieux système, il nous reste à établir la situation des fabriques d’Angoulême au moment où commença l’ère de la fabrication à la mécanique. Sans craindre que l’on nous taxe d’exagération, nous dirons que, de 1789 à i830, la crue des produits avait plus que doublé, attendu que le nombre de cuves, qui n’était à Angoulême que de trente-trois, en 1789 s’était élevé à soixante-douze ; le prix du papier avait doublé également.
Mais il ne faut pas chercher la cause de ce renchérissement ailleurs que dans la hausse graduelle du prix des matières premières, et notamment de celui du chiffon, qui s’élève au fur et à mesure que nous en consommons davantage : c’est une loi k laquelle cette sorte de matière première obéira toujours ; aussi la trouvons-nous cotée, dès 1835, à 45 et à 46 fr,

Que l’on compare maintenant les papiers fabriqués en 1789 à ceux que nous produisions en 183o avec le même système, l’on verra tout de suite à quelle distance derrière nous quarante années de progrès avaient placé les anciens fabricants ; car l’on ne peut nier, malgré l’excellente qualité de leurs produits, que les nôtres ne leur fussent supérieurs sous tous les rapports. Enfin, d’après un relevé tiré du compte rendu de l’administration des douanes de 1831, nous trouvons que le chiffre de notre exportation de papier s’élevait à environ fr. 4>ooo,ooo , et que l’importation s’en était abaissée au chiffre de 200,000 fr.

Depuis i831, et avec nos machines, l’exportation, bien entendu, a monté à un chiffre infiniment plus fort. C’est ce que nous constaterons à la fin de notre deuxième partie.

Nous venons de dire qu’en 182 5 le nombre des cuves établies et en activité dans l’Angoumois était de soixante-douze. Il y avait donc sur la quantité existant en 89 un accroissement de trente-neuf cuves. Ce nombre n’augmenta plus après 1825 ; la production des papiers de 1825 à 1834 pouvait être par année de 1,500,000 kilogr., et, en estimant le cours des prix de vente, l’un portant l’autre, à 2 fr. 3o c. le kilogr., nous obtiendrons un total de 3,6oo,ooo fr. environ. La rame de coquille de 7 kilogr., superfin vélin, valait avant i83o de 21 à 22 fr. ; le vergé superfin, de 18 à 20 fr. ; le fin vélin, de 19 à 20 fr., et le vergé, de 17 fr. 5o à 18 fr. 5o ; le toute-pâte [1] vergé, de i5 à 16 fr., et le second, de 12 à i3 fr. Il est un fait assez remarquable que je crois devoir signaler à l’attention du lecteur, c’est que le nombre d’établissements, dans cette période de quarante ans que nous venons de parcourir, n’augmenta que de sept seulement, à Angoulême. Parmi ces sept papeteries, il y en avait trois anciennes qui, après avoir été abandonnées depuis bien longtemps, furent relevées ; les quatre autres sont de construction récente. Ce fait prouve clairement que, si la papeterie a été constamment prospère depuis la révolution , c’est que nos pères étaient prudents et modestes dans leurs désirs, et qu’ils ne se laissaient pas entraîner comme nous par cette fièvre de spéculation qui est devenue la maladie de notre époque.

Les trois fabriques qui ont été relevées, sont : Puy-moyen, comportant deux cuves, que les frères Pépin achetèrent dans les premières années de ce siècle, et qu’ils rétablirent ; ils l’exploitèrent pendant plusieurs années, et en cédèrent l’exploitation à MM. La-cour et Laroche jeune, qui, en i83o, y renoncèrent.

Chamoulard , papeterie d’une cuve, relevée aussi par les frères Pépin, qui l’exploitèrent également pendant plusieurs années ; puis elle passa en diverses mains pour n’y fabriquer que des papiers très-communs.

Le Pontd’estable, une cuve, fit partie autrefois des papeteries royales de MM. Henry et Dervaud. Le propriétaire qui en fit l’acquisition après la révolution la laissa en état de ruine jusqu’en 18*4 ; alors M. Jean Durandeau la prit à ferme, et y fit du papier à la main jusqu’en 1840, après quoi M. Durandeau aîné en devint acquéreur et l’annexa à Lacourade.

La chronique du pays raconte que peu d’années avant 1789, à son retour d’un voyage en Espagne, le comte d’Artois visita cette fabrique du Pontd’estable et y fit quelques feuilles de papier. Comme il offrit une récompense aux ouvriers de cet établissement, ceux-ci lui demandèrent la faveur de porter l’épée, qui, dit-on, leur fut accordée.

Les quatre fabriques qui furent construites sont : l’Abbaye, qui était primitivement un moulin à blé dépendant des biens de l’abbaye de la Couronne. Lorsque cette abbaye fut démembrée et vendue, M. Gaudin père, ancien fermier des propriétés seigneuriales de la Couronne, acheta le moulin et en fit une papeterie qu’il nomma les Gaudins. Après l’avoir exploitée pendant environ vingt ans, il la vendit à son fils, M. Gaudin aîné, qui y fit établir une troisième cuve. Ce dernier la vendit en 1832 à M. Comte. L’autre papeterie de ce nom fut exploitée par MM. Pierre Laroche, Lacroix fils, et en dernier lieu par M. Pierre Caroit ; ce dernier, après en avoir fait l’acquisition et l’avoir exploitée pendant plusieurs années, la revendit à M. Comte, pour établir une mécanique avec les deux fabriques réunies.

L’Escalier fut fondé également après la révolution par M. Lescalier, qui lui donna son nom. Cette papeterie a toujours été affermée, jusqu’au moment où elle fut transformée à la mécanique par M. Paul Chauvin, qui ne put en continuer l’exploitation ; elle passa ensuite aux mains de M. Éloin, qui la vendit vers i852 à M. Ed. Laroche-Joubert. Pendant que cette papeterie, qui comportait deux cuves, fonctionna par le système à la main, elle fut exploitée par Mme veuve Seguin, MM. Delage, Olivier.

Saint-Cybard, belle papeterie à deux cuves sur la Charente, fut construite en partie sur les moulins à blé dépendant de l’abbaye de ce nom, par M. Gratereau. Après avoir consacré toute sa fortune à la mettre en activité, il la vendit à M. Pierre Laroche, qui y fit ajouter une troisième cuve ; ce dernier en dirigea l’exploitation jusqu’en 1815, et ensuite la vendit à M. Joubert, qui l’afferma à MM. Bergeron et Laboureaux. En 1819 M. Lacroix jeune en devint acquéreur, et l’exploita jusqu’au moment où, après s’être associé l’un de ses (ils, M. Justin Lacroix, il la céda entièrement à MM. Lacroix frères, ses fils ; ceux-ci, après avoir acheté un autre petit moulin à côté, où avait été fabriqué par M. Pelletreau le premier papier en paille qui fut fait en France, y établirent, 1834, la deuxième machine qui fut introduite à Angoulême.

L’Épine, sur la Lisonne, une cuve. M. Gaillard aîné l’avait fait construire sur l’emplacement d’un moulin à blé qui avait appartenu à M. le marquis de Chauveron, dernier gouverneur du château d’Angoulême. Ce moulin, vendu comme bien national en 1793, fut revendu en 1824 à M. Gaillard, qui, après l’avoir exploité comme papeterie à la main de 1838 à 184o, l’a converti en papeterie mécanique, en s’associant M. Florimond Durandeau.

Les autres papeteries sont toutes plus ou moins anciennes, quelques-unes datent du quinzième siècle, et furent des premières que posséda la France ; seulement, comme le temps où elles furent fondées est fort difficile à établir, nous nous contenterons d’en faire connaître les propriétaires et les fabricants qui les ont exploitées depuis 1789.
Forges, deux cuves, fondée dans la seconde moitié du dix-huitième siècle, n’a cessé d’appartenir à la famille Sazerac, et a été exploitée par elle jusqu’en 1846, temps auquel ils l’affermèrent à MM. Lacroix et Laroche. MM. Sazerac restèrent des derniers à fabriquer le papier à la main.

Larochandry, deux cuves, était la propriété de M. Gratereau qui l’afferma à M. Potuaud. Vers 1820, H. Gaudin aîné en fit l’acquisition et en céda l’exploitation à l’un de ses fils. Au bout de quelques années, il la vendit à M. Conte, qui lui-même, plus tard, l’afferma à un nommé Godichaud ; revendue ensuite à M. Fougeret, celui-ci y établit une machine dont MM. Lacroix & Laroche ont pris l’exploitation.

Tutebeuf, deux cuves, appartenait à M. Henry, qui l’afferma à M. Potuaud ; elle devint la propriété de M. Mauduit, qui l’exploita plusieurs années. Après la mort de celui-ci, M** veuve Mauduit y fit établir une mécanique.

Lacourade possédait quatre cuves. M. Villarmain en fut le propriétaire et l’exploita pendant de longues années ; elle devint par héritage la propriété de M. Henry Lacourade, qui l’exploita constamment ; il la fit même, pour ainsi dire, entièrement reconstruire. A la mort de M. Henry Lacourade, cette papeterie resta la propriété de la famille Lacourade, qui, en 1838, la donna à ferme à MM. Durandeau, Lacombe et Cte, qui y établirent le système mécanique.

Petit-Moulin, une cuve, après avoir été exploité par MM. Godichaud, Durandeau aîné, Roux, etc., est resté sans importance.

Les Beauvais et les Martins comportaient quatre cuves ; ces deux papeteries réunies appartenaient à un M. Ventombre, qui les tenait de la famille Marchais de Laberge ; passées plus tard entre les mains de MBe de Saint-Benoît, elles furent successivement affermées à MM. Laroche puîné, Laroche aîné, Gaudin aîné, Laroche-Joubert, Séguin ; et un nommé M. Louis en avait l’exploitation quand, en 1839, M. Marchais de Laberge en fit l’acquisition pour y établir le système mécanique sous la direction de MM. Lacroix frères, qui, en qualité de fermiers, en entreprirent l’exploitation.

Collas, deux cuves, appartenait à M. Henry, qui l’exploita tant qu’il en fut le propriétaire ; devenue la propriété de M,le Dervaud, elle fut ensuite affermée à M. Lacroix fils, puis à MM Bujeaud & Lacroix fils aîné ; enfin à M. Desmichel ; tombée en héritage à la famille Lacourade, MM. Durand & Courtaud l’affermèrent et y établirent le système mécanique.
Baril Ion, deux cuves, appartenait, à l’époque de la révolution, à M. Simon Sazerac. M. Bolle en devint acquéreur et l’afferma à MM. Pépin frères ; MM. Conte, Célestin Laroche et Gaudin jeune en ont été successivement les fabricants. M. Bolle y fit établir une mécanique qui n’y fut maintenue que peu de temps.

Nersac, trois cuves, fut longtemps la propriété de la maison Rochebrune, alliée à la famille Trémeau. Ces deux familles en eurent l’exploitation pendant quelques années. M. Rochebrune l’afferma ensuite à M. Lacroix aîné, qui en eut l’exploitation jusqu’au moment où M. Sazerac de Forge en fit l’acquisition et l’afferma à M. Laroche-Joubert. Ce n’est guère que de 1840 à 1842 que M. Sazerac se décida à y établir une machine.

Vœuil, papeterie à une cuve exploitée par MM. L’Homme, Potuaud, et en dernier lieu par M. Delage ; abandonnée, elle est devenue une succursale de Bourisson.

Bourisson, trois cuves, fut exploitée longtemps par M.Clavaud père, qui en était propriétaire, et fut affermée ensuite à MM. Amédée Clavaud & Georgeon ; cette société se reconstitua entre MM. Amédée Clavaud & Priollaud. Bourisson devint ensuite la propriété de M. Rivaud, qui y fit rétablir, de t84o à 1841, le système mécanique.

Poulet, ancienne papeterie à deux cuves, après avoir appartenu à la famille Dervaud, passa à M. Galliot, et fut exploitée par lui jusqu’en i845 ou 1846.

Cottier, deux cuves, a longtemps été la propriété de M. Rabouin, qui ne cessa d’en suivre l’exploitation. M. Hériard en devint acquéreur, et eut pour fermier M. Sarade et ensuite M. Latour. De 184’ à 1842, MM. Laroche, Lejeune et C* y firent établir une machine.
Moulin-Neuf est resté longtemps la propriété de la famille de Bellemont. Après M. Perrot, M. Prunet en a tenu l’exploitation pendant près de quarante années. Aujourd’hui elle n’existe plus, le cours d’eau ayant été annexé à Cottier par M. Hériard.

Breuty, trois cuves, après avoir appartenu à M. Texier Pombreton, passa aux mains de M. Pouplet aîné, qui eut pour fermiers exploitants MM. Lalande, Glomont et Barry. M. Laroche aîné, du Martinet, la convertit au système mécanique.

Girac, deux cuves, fut, dans un temps assez reculé, la propriété de la famille Laroche ; elle appartenaît, en 1789, à Mmc Marchais, qui, en 1792, la vendit à M. Pouplet jeune ; celui-ci l’exploita d’abord avec M. Lacroix jeune, et l’afferma ensuite à M. Lacroix puîné. Vendue à M. Lajarthe, M. Durandeau aîné en devint fermier. Devenue la propriété de M. Lafer-rière, M. Laroche aîné, du Martinet, l’afferma pour en faire une succursale de Breuty.
Le Martinet, trois cuves, qui doit son nom à d’anciennes forges de cuivre qui y étaient établies, fut érigé en papeterie vers la fin du dix-huitième siècle. M. Simon Sazerac le vendit à M. Bol le. M. Laroche puîné, qui en devint acquéreur vers 1808, le fit à peu près entièrement reconstruire et l’augmenta de deux cuves} resté en héritage à M. Laroche aîné, du Martinet, il fut converti en papeterie mécanique en 1837.

Saint-Michel, deux cuves, avait aussi appartenu à MM. Simon Sazerac et Bolle. En 1806, M. Lacroix jeune en fit l’acquisition et y établit une deuxième cuve. Il la céda, en 1822, à son fils aîné, qui l’exploita jusqu’en 1840.

Montbron, deux cuves, qui est devenue la propriété de M. Leclerc-Chauvin, fut exploitée depuis la révolution jusqu’à 1816 ou 1820 par M. Durandeau père ; elle fut ensuite reprise par MM. Gaudin jeune & Élie Durandeau, qui l’exploitèrent jusqu’au moment où M. Leclerc-Chauvin l’afferma à M. Deslaurier, qui y fit établir une machine.

Chantoiseau, qui appartenait à M. Martin, fut vendu à M. Callaud père, et fut successivement exploitée par MM. Lhomme, Sarade, Gaudin puîné et Paul Laroche. La maison Callaud-Bellisle, Nouel et Ce la reprit ensuite, et y fit faire une petite machine où Ton ne fabriquait que quelques papiers communs.

Vers 1820, deux autres papeteries, de chacune une cuve, qui étaient depuis longtemps abandonnées, furent rétablies : c’étaient Fissac, appartenant à M. Trémeau, et Boussac, à M. Perrin ; elles cessèrent d’exister en i83o.

Il nous reste à parler des papeteries sur la Lisonne, dont nous avons déjà mentionné l’antiquité et l’importance.
Ce sont :

Les Marchais, trois cuves. Ce moulin, appartenant, en 1760, à M. de Vangangel, et longtemps exploité parla famille Bassuet, fut affermé, en 1816, à MM. Glaumont-Sazerac & Lalande, qui y mirent pour fabricant M. Dumas, lequel fut plus tard remplacé par M. Pierre Laroche, l’ancien propriétaire de Saint-Cybard. De i838 à 1840, une compagnie de Bordeaux, sous la raison Grand-Champs et Cfe, en fit une papeterie mécanique.

Pisseloube, deux cuves. Ce moulin était, en 1712, la propriété de M. Adrien de Beaupoil de Saint Aulaire, marquis de Fontenille, qui, dans le cours de la même année, en fit la vente à M. Fournier de la Charmée. La famille de ce dernier le vendit à M. Bassuet, en l’an 11 de la république. M. Bassuet avait pour fabricant la famille Debrousse Latour. En 1816, MM. Glaumont-Sazerac & Lalande en devinrent fermiers et y établirent quatre cuves.

Labarde, deux cuves, appartenant à M. Gaillard fils, fut abandonnée et achetée ensuite par M. Flori-mond Durandeau, pour servir de succursale à Lépine.

Lapalurie, deux cuves. En 1789, il appartenait à M. de Montardy ; il fut vendu comme bien national à M. Bassuet ; puis à MM. Brossier, de Bordeaux, La-lande et Bolle-Sazerac ; en 1827, M. Michel Gaillard y fit construire une deuxième cuve. Ce moulin ayant été presque abandonné, M. Thomas le Blanc y appliqua, le système mécanique en 1860.


[1C’étaient les dénominations usitées alors dans les papeteries d’angoulême

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