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1809 - Il y a des rivières qui se perdent en Charente et Charente-Maritime

Avis de recherche du citoyen Desmarest

lundi 1er octobre 2018, par Pierre, 99 visites.

Oui, il y a des rivières qui disparaissent dans les profondeurs du sol. Certaines resurgissent à quelque distance, sous forme de résurgence ; c’est le cas du Bandiat et de la Tardoire, qui renaissent dans la Touvre. D’autres, plus discrètes, disparaissent sans laisser de traces visibles.

Inventaire de ces rivières en Charente et Charente-Maritime, avec cartes tirées de l’Encyclopédie du citoyen Desmarest.

Source : Encyclopédie méthodique. Géographie-physique. Tome 2. Par le citoyen Desmarest. - Paris - 1795 - BNF Gallica

ABSORBANS (CANTONS). Ce sont des parties plus ou moins étendues de la superficie du globe, où les eaux courantes se perdent dans les entrailles de la terre. Quelquefois ces eaux courantes sont des rivières ; plus souvent ce sont de simples ruisseaux ou de petits filets d’eau qui sont absorbés dans des trous ou entonnoirs formés par l’affaissement de certaines couches superficielles, ou dans des fonds de cuve de vallons fort épais, ou enfin au milieu dss amas de sable terreux, accumulés par les torrens., Ici les rivières ou les ruisseaux , après un cours libre plus ou moins long, se perdent & ne reparoissent plus, ou seulement ne reparoissent que par des sources. Là les rivières se perdent en laissant leur lit à sec ; mais après une interruption plus ou moins considérable , elles se montrent de nouveau pour couler comme auparavant à plein canal.

Quelques-unes de ces rivières, même considérables , disparoissent dessous des chaînes de montagnes, & reparoissent, au-delà, en tout ou en partie, pour continuer leurs cours : c’est d’après l’examen que j’ai eu lieu de faire de semblables disparutions & réapparutions des rivières, que j’ai cru reconnoître la marche de la Nature dans la formation des ponts natutels. (Voyez cet article.)

...

C’est dans ces vues que je me fuis occupé à former une liste générale des ruisseaux & des rivières qui se perdent, soit en France , soit dans les pays étrangers. Je présente donc ici le résultat du dépouillement exact des N°s. de la carte de France, joint à mes propres observations, ainsi que celui des notes que j’ai pu tirer de différentes cartes de Danville & d’autres géographes. Le dénombrement de ce que les planches de la carte de France m’ont offert, sera divisé en deux parties : la première, renfermée dans cet article, comprendra les planches où sont figurés les cantons absorbans, dans lesquels l’on observe les pertes, non-seulement les plus nombreuses, mais encore les plus apparentes ; la seconde partie nous indiquera de semblables pertes, mais qui se bornent à des rivières ou ruisseaux plus isolés, quoiqu’encore assez dignes de remarque & d’attention. On la trouvera développée dans l’article RIVIÈRES & RUISSEAUX QUI SE PERDENT.

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Clic pour agrandir la carte.

Quant à ce qui concerne les pays étrangers où ces absorptions se montrent dans les mêmes’ circonstances , ces détails se trouveront ici à la fuite de ce que la France nous offrira. On y verra figurer d’abord le Boutan & le Thibet, ensuite la Perse, puis l’Asie mineure, enfin l’Afrique, & surtout l’Amérique méridionale, où sont un grand nombre de ces cantons absorbans, bien circonscrits dans les enceintes de plusieurs vallons fermés, & enfin la Carinthie.

Si nous revenons en France , nous verrons figurer, parmi les différens cantons absorbans que cette grande partie de la surface de la terre renferme :

...
Les environs de Ia Rochefoucauld & de Ruffec, dans le ci-devant Angoumois ;

N°. 60. ANGOULÊME. Département de la Charente. ,

Nous trouvons, sur cette planche, un des cantons absorbans de la France, le plus curieux & le plus étendu. Aux environs de la Rochefoucauld sont trois rivières qui se perdent dans une suite d’entonnoirs très-remarquables, & qui sont distribués le long des vallées de ces rivières, dans une longueur d’environ quatre lieues. Ces rivières sont le Bandiat & la Tardouère, avec la Ligonne, rivière latérale. Leurs eaux sont englouties dans des entonnoirs si nombreux, que même, dans les tems des crues les plus abondantes, ces rivières ne parviennent point à la rivière principale, qui est la Charente. On voit effectivement sur la carte, au dessous de la Rochefoucauld, les vallées du Bandiat & de la Tardouère à sec.

Nous remarquerons ici, en passant, que toutes ces eaux ne sont pas perdues pour la ci-devant province d’Angoumois, puisqu’à côté de la contrée où elles sont englouties par les goufres, se voit, avec étonnement, la source de la Touvre, qui nous restitue toutes ces eaux, avec lesquelles se trouve formée une rivière fort large & d’un cours uniforme, sur laquelle est établie la belle forge de Ruelle 8c beaucoup d’autres usines.

Je dois dire que les environs même des vallées des deux rivières qui se perdent, sont composés d’un sol également perméable à l’eau, puisqu’ils nous offrent quatre à cinq ruisseaux assez abondans pour faire tourner des moulins, lesquels se perdent dans des trous ou goufres d’une ouverture plus ou moins large, & ne parviennent point à ces rivières. II est vraisemblable que ces eaux absorbées vont gagner, par des canaux souterrains, les réservoirs immenses de la source de la Touvre, comme celles de Bandiat & du Tardouère.

Au reste, tous ces détails seront rappelés, par la suite, aux articles LA ROCHEFOUCAULD, ANGOUMOIS , BANDIAT , TARDOUÈRE , TOUVRE , & seront même figurés & décrits dans notre Atlas

N°. 102. SAINTES. Département de la Charente-Inférieure.

Le ruisseau de la Bridonnerie, après un cours de deux mille trois cents toises, se perd dans les sables, au bord de la mer.

Le ruisseau qui prend sa source près la commune de Bignay, après avoir fait tourner deux moulins successivement, dans un cours d’environ douze cents toises, se perd au milieu d’un vallon ouvert.

Le ruisseau de Beaulieu, qui fait tourner un moulin, se perd près des bois de Royan, après un cours de quinze cents toises.

Le ruisseau voisin du hameau de Brunetaud coule d’abord à la superficie de la terre, sur une longueur de treize cents toises ; ensuite il tombe dans une carrière, & se réunit à un courant d’eau souterrain qui, seul même fait tourner un moulin construit au fond de cette carrière. Le courant d’eau souterrain & le ruisseau qui se perd, reparoissent à deux mille toises au dessous, & à l’extrémité du même vallon, par une source abondante. Tous ces détails curieux s’observent, avec surprise, proche le village de Venerand, à côté de la grande route de Saint-Jean-d’Angely à Saintes.

RÉFLEXIONS fur la précédente énumération des ruisseaux & de rivières qui se perdent en France.

Après cette première énumération des ruisseaux & des rivières qui se perdent en France, il me paroît important de rappeler quelques-unes des principales circonstances qui accompagnent le plus souvent ces accidens.

...

II m’a toujours paru que les cantons les plus étendus, où les rivières se perdent, étoient voisins de l’ancienne terre schisteuse ou graniteuse. Tels sont les environs de Verneuil Sc de Laigle, dans la ci-devant province de Normandie ; ceux de Thiviers , dans le ci-devant Périgord ; ceux de Turenne 8c de Montignac, au département de la Corrèze ; ceux de Vezoul, département de la Haute-Saône ; ceux de la Rochefoucauld, département de la Charente. Je vais, à cette occasion , insister sur la disposition de ce dernier canton.

Si je considère la partie supérieure du cours du Bandiat & de la Tardouère (planche d’Angoulême), je vois une masse d’eau considérable qui, recueillie à la surface de l’ancienne terre graniteuse, se trouve distribuée ensuite sur la nouvelle : c’est là que cette masse d’eau courante a d’abord creusé deux vallées, & qu’elle a suivi les pentes de ces deux vallées sans grande perte. Mais ensuite, à mesure que les premières couches qui tenoient l’eau ont été entamées, ces rivières se sont perdues par les ouvertures qu’elles ont trouvées au milieu des couches de pierres calcaires remplies de fentes. Ces premières eaux souterraines ayant agrandi les galeries qui les ont reçues, il en est résulté de grands déplacemens dans les couches qui faisoient l’office de voûtes à ces galeries. Aussi voit-on à la Rochefoucauld, des arêtes, des affaissemens considérables, des vallons fermés qui ne conservent point l’eau des pluies, & enfin des entonnoirs. Il paroît que les eaux pluviales, absorbées ainsi, n’ont creusé aucuns vallons suivis & réguliers ; en sorte que la surface de la terre, dans toute l’etendue de ce canton appartenant à la nouvelle terre, est plus altérée par les eaux souterraines, que par les eaux des torrens. J’en excepte cependant les deux vallées du Bandiat & de la Tardouère, qui sont creusées à une certaine profondeur, & dont le fond a atteint la couche de pierre aisément perméable à l’eau, par la multiplicité des entonnoirs qu’elle y rencontre.

Je distingue donc trois parties bien remarquables dans ce canton : d’abord , l’eau courante des rivières à la surface du granit ; en second lieu, des diminutions successives que cette eau éprouva à mesure qu’elle suit la pente des deux vallées, en s’engouffrant dans des entonnoirs très-apparens, jusqu’à disparoître entièrement ; enfin la même eau, devenue souterraine après avoir circulé dans les entrailles de la terre, occupant de grands réservoirs dont le débouché s’annonce par une source abondante, qui est l’origine d’une nouvelle rivière. Nous renvoyons à notre Atlas, où la carte de ce canton rendra sensibles tous ces phénomènes, & aux articles TOUVRE & LA ROCHEFOUCAULD, où ces opérations de la Nature seront présentées plus en détail.

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