Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

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1545 - 1700 - Notes et documents sur la Rforme en Arvert et Oleron

mardi 28 octobre 2008, par Pierre, 3614 visites.

Titre original : Notes et documents sur la Rforme aux Iles de Saintonge.

Un document un peu fourre-tout, et ainsi il y en a pour tous les gots : historique des premires communauts rformes des Iles d’Arvert, archives diverses, renseignements sur l’tat civil protestant d’Oleron, cantiques protestants du XVIIIme sicle, origines olronaises de Pierre Loti.

Source : Bulletin de la Socit de l’histoire du protestantisme franais - Paris - 1904 - BNF Gallica

Les dbuts de la Rforme dans les Iles d’Arvert

La Rforme se rpandit avec une prodigieuse rapidit dans cette partie de la Saintonge, qu’on appelait au XVIe sicle le pays des Iles . Elle put s’y organiser avec plus de facilit qu’ailleurs.

J’ai l’intention de publier prochainement, en entrant dans le dtail, quelques-uns des documents qui n’ont pu tre utiliss que sommairement dans cette tude et qui la complteront.

N. W.


A cette poque, cette rgion prsentait un aspect tout fait caractristique, assez diffrent de celui qu’il prsente maintenant : l’Ocan pntrait plus profondment dans les terres ; les bas-fonds avoisinant la mer, aujourd’hui occups par des marais salants, taient vraisemblablement beaucoup plus marcageux et coups de chenaux o remontait la mare ; aussi n’accdait-on que difficilement, seulement sans doute par d’troites chausses, aux les qui jalonnaient encore le continent : Brouage, Hiers, Marennes rattache la terre terme par le pas de Saint-Sornin, formaient un premier groupe, spar par l’estuaire de la Seudre du groupe des ilots d’Arvert plus au sud. Au large s’tendait l’le d’Olron, comme aujourd’hui, tout fait indpendante du continent.

Ces archipels offraient des asiles srs ceux que poursuivaient alors les pouvoirs publics ; pendant la premire guerre de religion, de nombreux huguenots, venus de Bordeaux et d’ailleurs, s’y rfugirent pour chapper aux poursuites du parlement de Guyenne [1].

A la mme poque s’organisait, dans la mer intrieure qui s’tend entre les Iles de Marennes et d’Olron, toute une petite flottille ; le capitaine Mathurin Thouyn, du Chteau d’Olron, la commandait ; mont sur le ramberge d’Arvert, il avait arbor le titre pompeux d’ admyral de la mer des Ysles de Xaintonge [2]. De l cette petite flotte huguenote surveillait l’entre de la Gironde, inquitait les citadelles de Bordeaux, empchait le ravitaillement des armes catholiques qui opraient dans la Haute-Guyenne. Lors de la troisime guerre de religion, Montluc, pour s’assurer la possession de l’Ile de Marennes, fut oblig de passer par le pas de Saint-Sornin, o les protestants avaient concentr leurs forces ; d’autres protestants, effrays son approche, avaient gagn en bateaux , les Iles d’Arvert et d’Olron [3].

Aussi la royaut, en 1578, dut-elle s’assurer le port de Brouage, autant pour remplacer dans la Saintonge et pour surveiller le port de La Rochelle, grand arsenal maritime des huguenots, que pour dominer la rgion des Iles.

Au XVIe sicle, ce pays tait habit par des populations trs pauvres : saulniers, pcheurs, marins, hommes rudes..., gens presque sans humanit , nous dit Thodore de Bze [4]. Ils accueillirent avec faveur les premiers qui apportrent dans le pays les ides de rformation religieuse : c’taient, d’aprs Bernard Palissy, d’anciens moines qui s’taient spars de l’orthodoxie catholique et qui, devenus plus ou moins hrtiques, avaient d abandonner leurs couvents ; parce que les isles d’Olleron, de Marempnes, et d’Allevert sont loin des chemins publics , ils y vinrent chercher un asile. les uns se faisoyent de mestier, les autres rgentoyent dans quelque village [5]. . La semaine ils faisaient la classe aux enfants ; les livres qui leur servaient l’enseignement renfermaient des maximes de la religion nouvelle ; eux-mmes, dans des entretiens familiers, faisaient entendre ces maximes aux gens du village, marins ou artisans ; ils prtaient ceux-ci les Nouveaux Testaments en franais, les opuscules religieux qu’ils avaient apports avec eux et qui, grce leur format commode, pouvaient circuler aisment. Au contact de ces hommes aims et respects de tous [6], la lecture de la Bible, les cœurs des humbles s’ouvraient une religion nouvelle. Quelques villageois se groupaient dj, le dimanche, autour de l’ancien moine qui, ayant conserv sa robe, empruntait la chaire Catholique pour rpandre autour de lui les premires semences de la religion protestante. Ainsi naissaient d’elles-mmes, en ce petit lieu situ sur la coste de l’Ocan , au milieu de ces . gens de marine , les premires communauts de rforms.

Bernard Palissy nous a conserv les noms de deux de ces prcheurs des Iles : Saint-Denis, qui est au bout de l’isle d’Olleron . tait frre Hubert Robin ; Arvert mme un nomm Nicole [7]. Des documents qu’a bien voulu me communiquer M. N. Weiss confirment les renseignements donns par Bernard Palissy et sur certains points les compltent [8].

Tout d’abord un arrt du Parlement de Guyenne en date du 21 janvier 1546 (n. st.) condamne l’amende honorable, puis au bannissement perptuel, un certain Philippe Barat du lieu de Saint-Just, tout prs de Marennes, pour avoir excd et dlinqu en preschant certaines propositions hrtiques [9] .

Saint-Just. - Philippe Barat, etc. (1546).

Veu le procs criminel faict par le senneschal de Xainctonge ou son lieutennant au sige de Xaintes la requeste du procureur du roy en lad. senneschauce, contre Philipes Barat, sur le crime d’hrsie luy impos et oy led. Barrat en la court, dit a est que la court dclaire led. Barrat avoir excd et dlinqu en preschant les propositions hrticques mentionnes au procs et, pour raison de ce, lad. court le comdenne faire amande honnorable au devant l’glise de Sainct Just, ung jour de dimanche, et illec, genoulx, en chemine, teste et piedz nudz, la corde au coul et ung fagot sur ses espaules, demander pardon Dieu, au rov et justice, abjuger, dire et dclarer que faulsement, contre vrit et dtermination de sainte mre glise et des sainctz concilles, il a dit et presch les propositions extraictes dud. procs et que seront envoyes au cur ou vicaire dud. Sainct-Just, et le lendemain estre baptu et fustigu par l’excuteur de la haulte justice par les lieulx accoustums dud. lieu de Sainct-Just, et le bannist perptuit du ressort de lad. court, luy faisant inhibition et dfense de ne se y trouver ny converser, peine de la hart ; et enjoinct icelle court au seigneur dudict Sainct-Just et tous autres seigneurs justiciers et officiers qu’il appartiendra, de bailler confort et ayder faire excuter cest arrest, peine de deux mil livres.

Pareillement enjoinct aud. senneschal de Xainctonge ou son lieutenant de faire et parfaire le procs Mery Baudry, Jehan Pepy dict Buthe, Michel Richard, Jehan Cheneau et Jehan Berdouyneau, et de ce certifier lad. Court dans ung moys, peine de cinq cens livres.

Faict Bourdeaulx en parlement, le vingt-ungiesme jour de janvier, l’an mil cinq cens quarante cinq.

Le procureur fiscal de l’vque de Saintes, Collardeau, avait fait prendre frre Hubert Robin. Condamn par l’officialit diocsaine tre dgrad et vestu d’accoustremens verds, fin que le peuple l’estimast fol ou insens [10] , frre Robin fit appel au parlement de Bordeaux. La Cour n’admit pas sa requte et le renvoya devant l’vque pour qu’il ft procd l’excution de la sentence [11] 1546 (n. st), 5 avril).

Saint-Denis d’Olron. - Hubert Robin (1546)

Entre frre Hubert Robin, religieux de l’ordre de Sainct Dominique, soy-disant appellant de l’vesque de Xainctes ou ses officiers qui l’auroient condampn estre dgrad d’une part, el led. vesque de Xainctes prenant la cause pour sesd. officiers, appell et demandeur l’intrinement de certaine requeste, d’autre ;

Veu le procs, ladicte requeste tendant fin, inhibicion et deffence estre faicte tous prescheurs de son diocse de prescher sans son cong ou de son vicaire, suivant les arrestz de la court et tous gentilzhommes et autres de iceulx faire prescher, et ouy led. appellant en ses causes d’appel, dict a est que ledict Robin ne faict recevoir comme appellant et l’amendera et renvoie icelluy appelant par devant ledict vesque ou ses dicts officiers, au premier jour, pour proeedder l’excucion de sa sentence, comme il verra estre faire : et en intrinant lad. requeste dudict vesque de Xainctes quant ce, lad. court, suivant les arrestz d’icclle, faict inhibicion et deffence tous prescheurs de prescher sans permission de l’vesque ou son vicaire au diocse duquel lesd. prescheurs vouldront prescher, aussi tous seigneurs justiciers et autres personnes , quelzconques de iceulx faire ne permectre prescher, et ce peine de dix mil livres et de privation de leurs justices et jurisdicions ; et neantmoings ordonne lad. court que informacions seront faictes sur les contreventions ausd. arrestz et scandalles, pour, icelles informacions fectes et devers icelle rapportes, estre donn telle provision qu’il appartiendra. Et condempne ledict appelant s despens de la cause d’appel, la tauxe d’iceulx elle rserve.

Quelques mois plus lard, frre Robin russit s’enfuir des prisons piscopales, aprs une dramatique odysse que Bernard Palissy nous a tout au long conte (aot 1546). [NDLR : voir ce document ]Moins heureux, le prcheur d’Arvert, Me Nicole, fut brl Saintes [12].

Enfin, un autre arrt du parlement de Guyenne nous montre une bande de soi-disants luthriens allant dvaster la maison d’un habitant d’Arvert [13],

Arvert (1546)

La court, aprs avoir ouy Franois Moysnier de l’isle d’Arvert, lequel a dict que aucuns luthriens en grand nombre sont venus sa maison, et l’ont chass d’icelle, ensemble ses enfens, tellement qu’il a est contrainct s’enfeuyr, a commis et depput maistre Bernard de Hamelin et Anthoyne Gaultier, conseilliers du roy en icelle, pour ouyr led. Moysant (sic) et autres tesmoings qui seront par luy nomms.

Il est tout fait impossible d’admettre que, ds cette poque, des motifs religieux aient pu dterminer cette agression. Cet arrt est pourtant intressant : il prouve que dj un noyau de rforms, dsigns sous le nom de luthriens , existait dans les Iles ; il montre, en outre, la tendance des catholiques qui pourra tre note a plusieurs reprises dans les dbuts du protestantisme, mettre sur le compte des protestants les excs qui se commettaient dans les localits.

Le mouvement dut paratre alors assez srieux au parlement de Guyenne pour ncessiter l’envoi de deux conseillers chargs d’aller faire enqute Marennes contre les hrtiques [14].

Il n est pas dans nos intentions de dcrire, dans ses dtails, l’tablissement de la Rforme dans le pays ; malgr les poursuites et les perscutions, elle s’y implanta avec rapidit, surtout aprs les prches de Philbert Hamelin [15]. En 1556 des glises s’taient organises en un trs grand nombre de localits [16].

Les registres de l’tat civil protestant

Je pouvais esprer rencontrer encore dans ce pays si protestant des documents de famille intressant l’histoire des dbuts de la Rforme. C’est dans ce but qu’au mois d’aot 1903, j’ai entrepris un voyage pour en dcouvrir. Ni dans les familles auxquelles je me suis adress, ni dans les dpts publics je n’ai pu en rencontrer un seul remontant au XVIe sicle. Je n’ai fait que prendre quelques notes que je crois devoir rapporter ici, dans l’espoir qu’elles pourront servir quelque jour l’historien du protestantisme dans ce pays.

A Marennes, j’ai relev les dates des plus anciens registres de l’tat civil protestant qui sont dposs au greffe du tribunal civil. Le premier remonte l’anne 1631. On possde la srie complte de ces registres jusqu’ l’anne de la Rvocation. Les plus anciens sont des registres de baptmes seulement. A partir de l’anne 1666 ces registres renferment aussi l’indication des mariages et des dcs. Plusieurs existent en double.

J’ai not les noms de quelques pasteurs de Marennes cette poque : Richier, sieur de Vandelaincourt (registre de 1631 1635 ; Richier et Chardaveine (reg. de 1636 1653) ; Bastide reg.de 1654 1660) ; Crespin (reg. de 1677) ; Loquet (reg. de 1683).

Voici la liste des registres qui subsistent encore : 1631-1635 (baptmes) ; 1636-1653 (id.) ; 1654-1660 (id.) ; 1660-1668 (id.) 1666-1674 (baptmes, mariages et mortuaires ) ; 1668-1672 (id.) ; 1673-1674 (id.) ; 1675 (id.) ; 1675 (double) ; 1676 (id.) ; 1677 (id.) ; 1678 (id.) ; 1679 (id.) ; 1679 (double) ; 1680 (id.) ; 1681 (id.) ; 1682 (id.) ; 1682 (double) ; 1683 (id.).

L’ancien pasteur de Marennes, M. Nazelle, avait commenc la copie du registre de l’anne 1683. Cette copie existe encore dans les archives de l’glise de Marennes. Dans les mmes archives, j’ai not l’existence de quelques notes relatives l’histoire de l’glise pendant les annes 1810 1862.

Enfin M. le pasteur E. Assalit, que je ne saurais trop remercier de son obligeance, m’a signal l’existence de documents qui pourraient intresser l’histoire des familles protestantes de la rgion chez M. Ranson, notaire Marennes. Je n’ai pu en prendre connaissance.

II m’a communiqu une chanson remontant l’poque du Dsert :

Sonn chrtien sur la dsolation de nos tample. Fait en Marenne le 8 janvier 1751.

Sonn chrtien sur [la dsola]tion de nos tample

Au grand Dieu qui v[ois] tout

Se qui se passe au monde

D’un bout l’autre bout

Sur la terre et sur l’onde,

Voy tes enfans

Qu’un chacun perscute,

Voy tes enfans

Qui vont toy criant.

Nous somme ysy, Seigneur,

En ardante perire,

Te demander pardon

De nos faute lgre ;

Nous reprant point

Au fort de ta colre ;

Nous repran point,

Et nous rebute point.

[Loin] de nous apliqu

A ton divin [service],

Nous somme tous les jours

Au pleisir, au dlice,

Nous promen

En ses divin [17]...

Nous promen,

Sent ton saint nom peri.

Nous avons abus

De ta bont immanse,

Lorsque tu nous a acord

Mme avec assurance ;

Lors cun chacun

A publi dans ton tample,

Lors cun chacun

Chante tay saint commendement.

L’ont n’entant plus parl

Que change et que rechange ;

Ont en tamps plus chant

Tes divine louange ;

Comme autre foy

Nous chantion en ton tample.

Comme autre foy

Nous chantion tous en joy.

Acorde nous, Seigneur,

Nos periere et demende ;

Se con a demoly,

Permet l’on nous le rande,

Pour rtablir

Nos tample et nos ministre,

Pour rtablir

Se con na demoly.

On entandra chant

Du haut de ta demeure

Tay saints commendement,

Tay divine perire ;

Puis nous louron

Tay divine louange ;

Puis nous chanteron

La gloire de ton nom.

Nous te prion, [Seigneur],

Pour toutte [la mil]ice (?) ;

Nous te prion aussy

Pour toutte la justice ;

Que nous soyons saint

Un jour dans ton tample ;

L nous chanteron

La gloire de ton nom.

Nous te prion [a]ussy

Pour tous n[os]pauvre frre,

Qui son dans les prison

En peine et en misre.

Sy tu est pour nous,

Seigneur, tu en n’est le matre ;

Sy tu est pour nous

Qui sera contre nous ?

Regarde en piti

Tay pauvre crature

Que l’ons menne en prison,

Cons leurs chante injure ;

Sest pour ton nom

Que l’ont nous perscute ;

C’est pour ton nom

Que l’ont nous mne en prison.

Ramaine tes enfans

Dedans ta sainte glise ;

Ramaine tes enfans

Dedans ta sainte glise ;

Les ramaine un jour

Dans ton saint tample ;

Les ramen

Pour ton saint nom peri.

L’on nous a tably

Par tous dans les tn[bres]

L’ont ne voy plus rgn

Sette belle lumire ;

Vien dons, grand Dieu,

Vien secourir ton peuple ;

Vien dons gran Dieu,

Nous voir dans ses bas lieux.

L’idolatrix rasant

D’un pilatte obsecure,

D’un dieu qui et fait de min (sic) [18],

Con porte parmi les rue

En y chantant

Un langage erbayque [19],

En y chantant

Ne save que disant.

Nous somme altr

De ta grande puissance.

Quand viendra tu, Seigneur,

Nous mettre en dlivranse

Et nous tir

De se lieu sy rapide [20]

Et nous tir

De cette iniqit ?

Au Chteau, dans l’Ile d’Olron, les archives communales renferment les registres de la juridiction de la baronnie du Chteau. Ils remontent au XVIIe sicle et pourraient peut-tre fournir quelques indications intressantes sur les affaires des protestants cette poque.

Les registres de l’tat civil catholique qui sont conservs aux mmes archives, partir de l’anne 1700, contiennent la mention d’abjurations protestantes. C’est ainsi qu’au folio du premier registre, j’ai relev l’abjuration suivante.

Le dixneufviesme [19 janvier 1700], nous, cur soussign, la clbration de la messe, avons donn la bndiction nuptiale Jean Fourneau, cordier, g de trente-six ans, veuf de Jeanne Lhoume, et Marguerite Binon, ge de trente ans, fille de dfunct Jean Binon, de Bersabe, Poitou, nouvelle catholique, tous deux de cette paroisse, leurs trois bans ayant t publis sans opposition et controlls selon l’dit du Roy, touttes formalits de l’glise observes.

La ditte Binon ayant fait entre nos mains une nouvelle abjuration d’hrsie et approch du sacrement de pnitence avec promesse de vivre et de mourir dans la religion catholique apostolicque et romaine en prsence de Pierre Robin, etc.
Pathy, cur.

Les Renaudin et Pierre Loti

Depuis, d’autres renseignements sur le mme pays me sont parvenus. M. Paul Thomas, clerc de notaire au Chteau, qui s’occupe de recherches intressantes sur les familles protestantes de la rgion, a signal un trs vieux moulin appel le Moulin des Verrons, non loin du Chteau, sur lequel, au-dessus de la porte d’entre, il a dchiffr une inscription protestante remontant l’anne 1565 [21]. Ce sont les deux premires strophes du psaume troisime d’aprs la version de Clment Marot. Elles avaient t disposes sans souci de l’ordre des rimes :

O Seigneur, que de gens [22]

A nuire diligens

Qui me troublent et grvent.

Mon Dieu, que d’ennemis

Qui aux champs se sont mis

Et contre moy s’eslvent !

Certes plusieurs j’en voy,

Qui vont disans de moy,

Sa forse est amolie,

Plus ne trouve en son Dieu

Secours en aucun lieu :

Mais c’est eulx folie.

Car tu es mon trs seur

Bouclier et dffenseur,

Et ma gloire esprouve :

C’est toy, bref parler,

Qui fais que puis aller

Haut, la teste leve.

J’ay cri de ma voix

Au Seigneur maintes fois,

Luy faisant ma complainte :

Et ne m’a repouss

Mais tousjours exauss

De sa montagne saincte.

Au bas se trouve la signature Jeanne Vesron et la date mutile de 1565 [23].

Enfin M. L. de Richemond, archiviste de la Charente-Infrieure, a bien voulu communiquer M. Weiss l’acte d’acquisition par le pre de Judith Renaudin, de la maison appele Saint-Pierre d’Olron maison de Judith Renaudin et qui est aujourd’hui le presbytre du pasteur actuel. M. Babut [24].

Les Renaudin taient, on le sait, une des principales familles huguenotes de l’le. Le pre de Judith - arrire-grand tante de Julien Viaud (Pierre Loti) - tait probablement Samuel, qualifi procureur fiscal de la baronnie de Chassiron et sergent des baronnies d’Olron , dans un acte de fianailles de son cousin Jacques Renaudin, fils d’Oze et de Catherine de la Croix, avec Marie Moisel — (9 mai 1678).

Il venait d’acheter, peine une anne auparavant, la maison qui fut plus tard dite de Judith Renaudin. Par-devant matre Jean Drouyneau, notaire royal La Rochelle, Samuel Reaudin, notaire et procureur demeurant Saint-Pierre en l’isle d’Olron , achetait M. Pierre Bizet, escuyer, seigneur -de la Barroure, et Suzanne Marchand, son pouse : Une maison fest et plancher, ou divers corps de logis, consistant en plusieurs chambres basses et hautes, cellier, grenier, cour, chais et grange, un jardin dans lequel y a un puits, une petite motte et un guermage dans lequel y a un autre puits qui joint le jardin de Fonteneau dit Mondzir, le tout rejoignant et contigu situ audit bourg de Saint-Pierre... . Cette acquisition fut faite par Samuel Renaudin, le 2 juin 1677, moyennant 1,500 livres, payables 800 livres comptant, 430 livres le 2 aot 1678 el 270 livres le 23 aot 1680.

H. Patry et N. W.


[1Bull t. L (1901), p.190 et s.

[2Arrt du Parlement de Guyenne du 16 octobre 1562. Impr Gaullieur, Histoire de la Rformation Bordeaux et dans le ressort du Parlement de Guyenne, p. 553.

[3Montluc, Commentaires (d. de la Soc. de l’Hist. de Fr.), t. III, p. 153 et s.

[4Histoire ecclsiastique, d. Baum. t. I., p 122-123.

[5Bernard Palissy. Œuvres, d. Bnj. Fillon. t. I, p. 116.

[6Le prcheur de Gemozac tait fort aim des habitants Palissy, ibid., p. 117.

[7Ibid, p. 117.

[8Je sais infiniment de gr M. Brutails, archiviste du dpartement de la Gironde, qui a bien voulu collationner les copies prises par M. Weiss et par moi.

[9Arch. Dp. de la Gironde, B. 26 Arrts. Janv. 1545 (a. st)

[10Palissy op. cit.

[11Arch. dp. de la Gironde. B. 26. Arrts, reg. : la date : 1545, (n. s.) 5 avril.

[12Pa !issy, Recepte vritable, op. cit.

[13Arch. dp. de la Gironde. B. 26. Arrts, reg. ; la date 1545 (a. st.) fvrier.

[14Reg. secrets du Parlement. Copie. Bibl. Nat., fds. Prigord, t. VI, p. 390, v

[15Bull. 1893, p. 372 et s.

[16La liste en a t dresse par Crottet, Histoire des Eglises rformes de Pons, Gemozac et Mortagne, p. 69 et s.

[17dchir

[18De main d’homme

[19Hbraque

[20Il faut sans doute entendre : de ce lieu o nous passons si vite.

[21M. Thomas a entre autres, rassembl sur ta famille Renaudin un trs grand nombre de documents.

[22La version imprime a : Mon Dieu, que d’ennemis ...

[23M. Thomas ne croit pas pouvoir lire comme second chiffre de la date un 5 sur le moulin mme. L’agrandissement photographique permet nettement de le restituer.

[24Ce document fait partie des papiers de famille de Pierre Loti. Il a t communiqu par Mme Julien Viaud M. de Richemond.

On sait que Judith Renaudin a fourni M. Loti le sujet d’une pice reprsente il y a quelques annes au Thtre-Antoine. (V. Bull., t.XLVII p. 612 et s.

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