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1560 (c) - De Santonum regione, et illustrioribus familiis, par Nicolas Alain

D 7 février 2009     H 14:35     A Christian     C 0 messages A 4435 LECTURES


"Du pays des Santons, et des familles les plus illustres". Nicolas Alain, médecin saintongeais du XVIème siècle, décrit, en latin, son pays et ses familles célèbres. Un exercice classique du temps. Christian l’a traduit, pour vous, en français du XXIe siècle et y a ajouté des notes explicatives. Un bel exercice, aussi... Longus nec minus elegans tractatus.

Cette description de la Saintonge a été publiée en 1598, plus de vingt ans après la mort de son auteur, le médecin saintais Nicolas Alain, mais sa rédaction semble s’être étalée sur plus de dix ans : Alain nous parle par exemple de la famille de Vivonne telle qu’elle se composait avant 1554, mais il mentionne aussi des dévastations qui n’ont eu lieu qu’en 1568. Quoi qu’il en soit, on trouvera là beaucoup d’éléments sur les systèmes défensifs de l’époque, quelques détails de "culture matérielle" (sur la consommation du maigre, lascif mais fortifiant, ou bien de la criste marine, et bien sûr sur la "fabrication" de sel), un annuaire de la noblesse et des établissements religieux, sans oublier quelques étymologies ébouriffantes.

Après avoir hésité, on a amorcé, puis achevé une traduction. Elle est certainement fautive en plusieurs endroits mais, puisque nous ne parvenons pas à recruter des latinistes courageux, peut-être ces erreurs susciteront-elles, à défaut, des vocations de correcteurs.

Source : BNF Gallica
Index des noms de lieux :

Angoulême / Archiac / Arvert / Baignes / Barbezieux / Blaye / Boutonne / Briaigne / Brouage (Jacopolis) / Charente / Châteauneuf / Châtelars / Cognac / Cordouan / Cosnac / Cozes / Didonne / Jarnac / Lonzac / Marennes / Meschers / Meursac / Mirambeau / Montchaude / Montendre / Montguyon / Mornac / Mortagne / Oleron / Parcoul / Plassac / Pons / Ré / La Rochelle / Royan / Saint-Jean d’Angély / Saint-Magrin / Saint-Seurin-d’Uzet / Saintes / Saujon / Seudre / Seugne / Soubise / Taillebourg / Talmont / Tonnay (Boutonne) / Touvre

La traduction française est maintenant achevée

DE SANTONUM REGIONE, ET ILLUSTRIORIBUS FAMILIIS.
Item de factura Salis.
Brevis nec minus elegans tractatus N. Alani Santonis medicis,
opera I. Alani in Burdeg. curia Advocati auctoris filii in lucem editus

TEXTE ORIGINALTRADUCTIONNOTES ET COMMENTAIRES
SANTONES inter Aquitanos Galliae Celticae populos, semper enumeratos fuisse, palam est. Ab ortu habent Engolimenses proximos, a meridie Burdigalenses, inde Ausonius,

_ Tandem eluctati retinacula blanda morarum,

Burdigalae molles liquimus illecebras

Santonicamque urbem vicino accessimus agro.

Ad occasum, & Septemtrionem fere undique circumfluum & ambientem Oceanum, promontoriis editissimis ad ipsius maris ingressum quasi arcibus praetensis, quibus a se Oceani, Girundaeque separantis hanc regionem a Medullorum pen-insula perpetuo arcent impetus. Caeterum in sublimi promontoriorum cacumine oppida plurima natura loci, & hominum industria egregie munita conspiciuntur, quibus pyratarum latrocinia, & incursiones non difficili negotio impediri possunt. Sinibus tamen multis quibus divisa sunt promontoria, aditus habent placidissimos, in quos se tanquam in tutum portum nautae recipiunt,

_ Cum tumida horrisonis surrexerit unda procellis.

Nam & praeter BLAVIAM oppidum ita situm, ut nulla nisi famis obsidione expugnari posse videatur, in quo limitanei milites ad custodiendos regni fines perpetuo usu excubant, sunt etiam alia quaedam Santonicae ditionis non dissimili loco sita : atque inter caetera COSNACUM, olim oppidum egregie munitum, cujus hodie tantum restat castrum, injuria belli, quod inter cognatas Anglorum & Francorum regias diu exarsit : hujus ditio ad illustrem familiam a Bella-villa pervenit.

Il est notoire que les Santons ont toujours été cités au nombre des peuples aquitains de Gaule celtique. Depuis l’origine, ils ont pour voisins les Angoumoisins et, au midi, les Bordelais, d’où [ces vers] d’Ausone  :

_ Enfin délivrés des agréables liens qui nous retenaient,

Nous quittons les molles délices de Bordeaux

Et nous rapprochons de la ville des Santons, dans une campagne proche.

A l’occident et au septentrion, l’Océan les enveloppe presque de toutes parts, des promontoires élevés s’opposant comme des forteresses à l’invasion de la mer même, en contenant perpétuellement les assauts de l’Océan et de la Gironde, qui sépare cette région de la presqu’île du Médoc. Au reste, on voit, au sommet des promontoires, plusieurs places excellemment fortifiées soit par la nature, soit par l’industrie des hommes, grâce auxquelles les brigandages et les incursions des pirates peuvent être empêchés sans grand-peine. Cependant, ces promontoires sont divisés en nombreux golfes aux accès paisibles, où les marins trouvent un port sûr, « lorsque l’onde gonflée se hérisse dans le vacarme des tempêtes ». En effet, outre Blaye, ainsi établie qu’elle semble inexpugnable, sinon par la faim, et où des soldats, selon un usage ininterrompu, montent la garde pour protéger les frontières du royaume, il y a d’autres places de cette région santone établies dans des lieux similaires ; et, entre autres, Cosnac, jadis place excellemment fortifiée dont ne reste aujourd’hui que le château, par la faute de la guerre qui se déchaîna longtemps entre les deux royaumes parents de France et d’Angleterre : sa possession est échue à l’illustre famille de Belleville.

« Tandem eluctati… » : début de l’épître au rhéteur Axius Paulus ; nous avons repris la traduction d’Etienne-François Corpet (Panckoucke, Paris, 1843 ; Paris - 1843 - BNF Gallica en ligne.

« Cum tumida horrisonis insurgeret unda procellis » est le début d’un poème de Thomas More (Epigrammata, Bâle, 1520) : « Lorsque l’onde enflée se dresse sous le vacarme des tempêtes… ». Ce poème a été adapté par Clément Le Maistre en 1550 (« Estant en mer un navire agité De vents cruels jusqu’à l’extrémité… »)

« Familiam a Bella-villa » : les Harpedane de Belleville, famille d’origine anglaise.
Tractus ad MORTAGNAM quondam urbem porrigitur, nunc Vicum, sed Principatu, Castro, & Monachorum Augustinensium caenobio nobilem. A MORTAGNA distat duobus passuum millibus vicus alter S SEVERINI, DUSET portu navibus tutissimo, facilique appulsu, nobilitatus, a quo duobus aliis passuum millibus distat TALEMONDUM oppidum, quod in sublimi collocatum promontorio, mari imminens,

Veluti celsa sedet Aeolus arce,

Qua vero parte tellus Continenti adhaesit, excisum est promontorium, adeo ut mare circum oppidum ob aestum influentem, & refluentem, locum natura munitum, arte munissimum reddiderit. Portum habet mercatorum conventu celebrem. Eodem tractu protenditur regio ad pagum nobilem MESCHIERIUM, in acclivi promontorii cacumine situm, in cujus summo vertice conspiciuntur moletrinae ; ventosae, aquosis sola molendi inaequalitate cedentes. nam perpetuis flatibus, ac procellis marinis rotantur, incredibili Viciniae concursu, & commodo, exsiccatis aestivo tempore fluviolis. In sublimioribus promontorii marginibus petricosis crista marina large provenit : cocta estur, sale & aceto condita servatur, ad excitandam edendi aviditatem & varios in medicina usus. Ilhic nemus pinorum, pinastrorumve perpetua coma capillamenti instar, virentium, arenoso solo conspicitur. Pinus vulnerata in trunco, lachrymas vulnera inter singula fundit, quas incolae colligunt, decoquunt, ad obserandas naves, & alios usus quamplurimos.
La contrée s’étend vers Mortagne, autrefois une ville et maintenant un bourg, mais connu pour être doté d’une principauté, d’un château et d’un couvent de moines Augustins. De Mortagne deux mille pas séparent d’un autre bourg, Saint-Seurin d’Uzet, connu pour son port des plus sûrs, et d’un accès aisé, et qui est à son tour distant de deux autres mille pas de la place de Talmont, qui trône au sommet d’un promontoire, dominant la mer, « tel Eole dans sa forteresse élevée ». Mais là où la terre tenait au continent, le promontoire a été creusé, de sorte que la mer autour de la place, par l’effet du flux et du reflux, aura fortifié encore davantage, avec le secours de l’art, ce lieu déjà fortifié par la nature. Le port est un rendez-vous de marchands très fréquenté.

Dans le même secteur, le territoire s’étend vers le bourg bien connu de Meschers, sis à la pointe d’un promontoire au sommet duquel on voit des moulins à vent, qui ne le cèdent que pour l’irrégularité de la mouture aux moulins à eau ; en effet les vents continuels et les tempêtes marines les font tourner, par leur afflux incroyable dans le voisinage, et ce fort à propos, les ruisseaux étant à sec l’été. Sur les bords élevés et rocheux du promontoire croît généreusement la criste-marine : on la mange cuite, on la sert assaisonnée de sel et de vinaigre, pour exciter l’appétit et pour divers usages médicinaux. Là on voit sur un sol sableux un bois de pins, ou pins maritimes, verts et au feuillage persistant telle une chevelure. Blessé au tronc, le pin verse entre chaque blessure des larmes que les indigènes recueillent et réduisent par la cuisson, pour calfater leurs bateaux et pour de très nombreux autres usages.
« celsa sedet Aeolus arce » : emprunt au Chant I de l’Enéide (vers 55) : « Eole trône dans sa haute citadelle ».
Visuntur in hoc confinio castri DIDONAEI antiquissimi, sed altissima oblivione defossi, ruinae. Vulgus didonem profugam hanc arcem condidisse fabulatur. Secundum promontoria fluvius supra dictus Girunda ROIANUM praeter fluit, oppidum sane antiquum, in quo egregie munita arx & natura loci, & arte. Ibi est ita mari conjunctus amnis, ut maris prae se ferat speciem, a quo mox ore vasto excipitur, absorbeturque, quo fit ut Sardini pisces in illo fluminis ostio capti fluviatilibus omnibus in Aquitania (solo Salmone excepto) praeferantur. Secundum vero promontoria tam est piscosus praeter ostrea, quae porrigit plurima, ut accolae piscatores sibi inde lucrum parent non exiguum, mense praesertim Maio, Junioque, tunc enim grandiores pisces aquae dulcioris & pastus affluentis aviditate illecti, vel quia forte ad coeundum titillantur, in hoc veluti stagno marino congregantur, & boatus ac mugitus taurorum lascivientium instar emittentes, retibus validis irretiti capiuntur. Caeterum pisces isti magnitudine insigni, duos habent in capite lapilIos, quos appensos collo amuleti vice colico dolori quidam auxiliari existimant Vocantur ab incolis Macrae, forte quia sunt carne minine pingui, tamen solida, non minus quam bovina, eoque messoribus, fossoribus, & faenisecis larga manu adponitur, saleque in eorumdem usum maceratur. E regione Royani turris sublimis, excelsaque medio mari exstructa cernitur, CORDANUM vocant, vera Pharos Aquitaniae, ex qua lucerna noctu in fastigio accensa tutam navigantibus monstrat viam, & periculum admonet vicinum, ut in portum inoffensi deferantur. Cura Lucernae accendendae duobus Eremitis mandatur, quibus alimenta signo dato, ex vicino oppido, vel pago deferuntur ex vectigali quod a singulis navibus ejusce rei gratia Burdigalae penditur. Hinc ad montes Arenarum regio late patet, quae tam sunt exiles, minutaeque, ut a vento concitatiore hac & ilhac impellantur, exiliantque usque adeo ut patrum nostrorum memoria furente ventorum flatu, una, aut altera parrochia obruta, opertaque fuerit, sola templi parte excepta. Ex eo eventu fanum S. Joannis ab Arenis denominatum est. llhinc in cacumine arborum lepores, apros, damas, cervos, atque alia exteris incredibilia conspicias. On peut voir à proximité les ruines du très antique château de Didonne, enseveli dans un profond oubli. Le vulgaire raconte que cette citadelle fut fondée par Didon au cours de sa fuite. Suivant les promontoires, le susdit fleuve de la Gironde coule devant Royan, place vraiment ancienne dont la citadelle est excellemment fortifiée et par la nature du lieu et par l’art. Là le fleuve est ainsi joint à la mer qu’il présente l’aspect de celle-ci, qui le reçoit bientôt dans une vaste embouchure et l’absorbe, par quoi il se produit que les sardines capturées dans cette embouchure du fleuve sont préférées en Aquitaine à tous les poissons de rivière, le saumon excepté. Mais le long des promontoires, il est si poissonneux, en dehors des huîtres qu’il offre en nombre, que les pêcheurs des environs en tirent un gain qui n’est pas mince, surtout pendant les mois de mai et de juin car alors d’assez gros poissons d’eau douce, avides d’une nourriture qui afflue, ou peut-être parce qu’ils sont chatouillés du désir de frayer, s’amassent dans cette sorte d’étang marin et, émettant des mugissements et des beuglements à l’instar de taureaux se donnant du bon temps, sont pris à l’aide de filets résistants. Du reste, ces poissons remarquables par leur taille ont dans la tête deux petites pierres dont certains estiment qu’elles soulagent les douleurs de la colique lorsqu’elles sont portées au cou en guise d’amulettes. Les indigènes les appellent maigres, peut-être parce que la chair n’en est pas grasse, quoique ferme, non moins que la chair du bœuf, de sorte qu’ils sont servis généreusement aux moissonneurs, terrassiers et faucheurs, après avoir macéré dans le sel.

De la région de Royan on discerne une tour très haute érigée au milieu de la mer. On l’appelle Cordouan, vrai Phare d’Aquitaine d’où une lampe allumée la nuit à son faîte montre la voie sûre aux navigateurs et les avertit du péril proche, afin qu’ils parviennent sains et saufs au port. Le soin d’allumer cette lampe est confié à deux ermites auxquels, à un signal donné, on porte à manger de la place ou de la campagne proches, grâce à une contribution acquittée à cette fin par chaque bateau, à Bordeaux. De là le territoire s’étend largement jusqu’à des montagnes de sable, sable si mince et menu qu’il est soulevé et chassé de çà, de là, au point que, d’après les souvenirs de nos aïeuls, l’une ou l’autre paroisse a été, à cause de la fureur des vents, recouverte et enfouie à la seule exception d’une partie de l’église. C’est d’un événement de ce genre que l’église Saint-Jean des Sables tire son nom. Et c’est pourquoi on voit à la cime des arbres des lièvres, des sangliers, des daims, des cerfs et autres choses qui seraient incroyables pour des étrangers.
Cordouan : cette nouvelle Merveille du monde n’est pas le phare que Louis de Foix ne commença à édifier qu’en 1582, mais la tour de 16 m de haut que le Prince Noir fit élever vers 1360.
Ex his porro arenis, & vorticoso aquarum concursu pen-insula efficitur, quae a rei proprietate nostratium lingua ARTVERTUM nuncupatur, sonat vero latine, Viride ardens, propterea (meo quidem judicio) quod ligna pinea, ilicesque perpetuo virides quibus abundat, ut oleaginosa omnia facile ignem viridia concipiant, ardeantque. In hac pen-insula Turpinus Remorum Archiepiscopus Abbatiam Dei-pare virgini a vallibus in quibus sita est, denominatam, cura impensisque Varini ducis conditam adfirmat, si vera sunt quae illius nomine Annalium fragmenta testantur. Latere altero clauditur Peninsula, SEUDRIO, cujus ripae utrinque non virore graminis nitent, sed salinis circa factis : hinc pars reliqua que ad Rochellam vergit, valde portuosa est, pen-insulasque multas habet intra Oceanum excurrentes, permultis parrochiis populosis ornatas, MARENNAE vocatur, credo a marinis salinis undique extructis. In his passim nascitur ABSYNTHIUM, quod vulgari nomine Santonicum a Dioscoride, Plinioque dicitur, regionis in qua nascitur, cognomento ab incolis hodie retento, a quibus voce parumIuxata, Santonicum appellatur. Spectatur in horum maritimorum locorum media fere parte ingens maris sinus, sive brachium (ut vulgus loquitur) quod ab Occidente terram intrans, portum facit tota Europa celeberrimum, BROUAGIUM dictum, cujus aeque tranquillus est accessus, quam excipiendis onerariis navibus tutus mercatorum ilhuc e Germania, Flandria, Anglia, atque aliis terris commigrantium, ut salem factitium (cujus est hic uberrimus proventus, ad suos importent. Plus loin, ces sables et le heurt des tourbillons marins ont créé une péninsule qui est nommée dans notre langue, en raison de ses caractéristiques, Artvert, ce qui signifie en latin : « viride ardens » [vert ardent], parce que (à mon avis du moins) les pins et les yeuses perpétuellement vertes qui y abondent prennent facilement feu, comme tous les arbres (viridia) de la nature de l’olivier. Turpin, archevêque de Reims, affirme que, dans cette péninsule, l’abbaye dédiée à la Vierge mère de Dieu et dénommée d’après les vallées (vaux) où elle est établie, a été fondée par les soins et aux frais du duc Garin, si sont véridiques les fragments d’Annales qui mentionnent son nom.

De l’autre côté, la péninsule est fermée par la Seudre, dont les deux rives brillent, non du vert de l’herbe, mais des marais salants aménagés de tous côtés. La partie restante qui est tournée vers La Rochelle compte de nombreux ports et plusieurs péninsules qui s’avancent dans l’océan et qui sont riches de quantité de paroisses populeuses ; on l’appelle Marennes, à cause, je crois, des marais salants qui y abondent. Y pousse çà et là l’absinthe que Dioscoride et Pline appellent santonique, de son nom vulgaire, d’après la région où elle croît, dénomination conservée aujourd’hui par les indigènes qui l’appellent d’un mot un peu déformé : santenique.

Dans la partie quasi-médiane de ces lieux maritimes, on voit un immense golfe, ou bras comme dit le vulgaire, qui, entrant dans les terres à partir de l’ouest, y forme le port le plus fréquenté de toute l’Europe : Brouage, dont l’accès est aussi tranquille que sûr pour accueillir les navires de charge des marchands venus d’Allemagne, de Flandre, d’Angleterre et d’autres pays s’établir en cet endroit afin d’importer chez eux le sel artificiel [ ?] (dont il y a ici abondante récolte).
Turpin : il s’agit bien sûr du pseudo-Turpin dont la chronique, traduite par Nicolas de Senlis et augmentée d’interpolations "saintongeaises", a été publiée en 1527. On trouve le passage qui nous intéresse dans la thèse latine de Gaston Paris (p. 51) : "Après s’en vinc Karles a Anseüne, e prist la, si la dona à garin e tote la terre d’Arvert. Garins li comps fit l’abeïe de Vaus, e Turpin sacra l’outer devers le cloistre, où il mist most riche sainctuaire." Même leçon à peu près dans les Fragments des anciennes chroniques d’Aquitaine recueillis par D. E. Darley. Sur Turpin, voir article de Jacques Duguet
Ibidem juxta maris littus in loco arenoso a paucis diebus, cura Jacobi DE PONS Mirambellaei lata terrae, saxorum immensae magnitudinis, fimi, & stercoramenti copia, aedificata est urbs nomine JACOPOLIS, salinis undiquaque circundata, populosa, opulenta incolae fere omnes familiares habent peregrinas linguas, quippe illis necessarias ad commercium cum peregrinis ilhinc undique affluentibus : ibidem plerosque videas, quibus in novas quas dicunt terras, Brasilia quoque & Canadam navigationibus iteratis tam facilis est accessus, ut sylvestres homines, feros, & antropophagos sensim cicurent, unde sperandum eos ex agrestibus ista consuetudine in mansuetos tandem aliquando evasuros.

_ Nemo adeo ferus est qui non mitescare possit,

Si modo culturae patientem commodet aurem.

Au même endroit, tout près du bord de la mer, dans un lieu sablonneux, a été édifiée il y a peu par les soins de Jacques de Pons de Mirambeau, à grand renfort de terre et de pierres d’une taille impressionnante ainsi que de fumier, une ville du nom de Jacopolis, entourée de toutes parts de marais salants, populeuse et opulente. Ses habitants connaissent presque tous les langues étrangères, qui leur sont assurément nécessaires pour commercer avec les étrangers affluant là de partout ; on y voit aussi la plupart de ceux à qui l’accès est si facile aux terres dites nouvelles du Brésil et du Canada, grâce à des traversées répétées, qu’ils apprivoisent peu à peu les hommes des forêts, sauvages et anthropophages, d’où on peut espérer que, grâce à cette fréquentation, d’incultes ceux-ci finiront par devenir, un jour enfin, traitables.

Nul n’est si sauvage qu’il ne puisse s’adoucir

Pourvu qu’il prête patiemment l’oreille à la culture.

« Nemo adeo ferus est… » : Horace, Epîtres, I, 1, vers 39.
Sed ad institutum. Ex hoc Oceani Santonici littore patet OLARION insula, castro natura loci egregie munito, Canonicorum collegio, & Franciscanorum sodalitio conspicua, parochiis sex, & opimo Benedictinorum Cistersiensium, coenobio distincta.
E regione insula conspicitur altera, REGIA in antiquioribus monumentis dicta, nunc corrupto verbo REA, nescio an a copioso rerum provectu, sive potius reorum multitudine, quod ilhic rei ob aerati transmigrare, & facinorosi tanquam ad miserorum Asylum, refugiumque tutissimum tandem deportari soleant : Porro frumenti, vini, salisque in his duabus insulis, maxime vero in Olarione, tanta est ubertas, ut nihil ad vitae usus, perinde ac in fortunatis insulis, desiderari possit. Utraque aditus satis faciles habet, nihilominus mirificis molibus munitos.
Mais revenons à notre dessein. Au large de la côte de l’océan santon s’étend l’île d’Oleron, remarquable par un château excellemment fortifié par la nature du lieu, un chapitre de chanoines et une communauté de Franciscains, et partagée entre six paroisses, avec un riche couvent de Bénédictins cisterciens.
Le regard peut de là se porter sur une autre île, appelée Regia dans les textes les plus anciens, et maintenant du nom corrompu de Ré, je ne sais si c’est à cause de l’abondance croissante des choses (« rerum »), ou, plutôt, à cause de la multitude des accusés (« reorum ») parce que les débiteurs auraient eu l’habitude d’émigrer là et les criminels d’y être transportés comme vers un asile des pauvres et un refuge enfin sûr. Cependant, dans ces deux îles et surtout à Oleron, l’abondance du froment, du vin et du sel est telle que n’y manque rien de ce qu’on peut désirer pour les besoins de la vie, exactement comme dans les îles Fortunées. Chacune a des accès assez faciles, protégés par des jetées tout à fait magnifiques.
Hinc ad ROCHELLAM amplissimum Gallie Emporium non difficilis trajectus, influit enim dum aestuat mare, bis quotidie in urbis partem intimam, in qua SANTONUM PORTUM facit celebrem. Ibi naves hyemare, & merces in tuto collocari solent. Neque enim in clausum portum penetrant naves, neque intromissae civibus invitis soluunt, nam praeter antiquae urbis muros immensa machinarum bellicarum omnis generis copia munitos, ac etiam turres altitudine ad propugnandum juxta loca sunt aliquot delecta, terra excitata, & arte erecta, instar bellicae arcis (Bolevardua vocant) quae vix tormentorum bellicorum fulminibus dejici posse reor. Aedificatae sunt utrinque ad portus ingressum, regnante Carolo Valesio Sapiente, ex castri ruinis turres validissimae, & ingentibus machinis munitissimae, ad terrendos, arcendosque hostes, & pyratas, si forte sub noctem scaphis in portum irrepere tentent. Catenam ferream pretendunt, obstaculum firmissimum, ne quisquam noctu ingrediatur, aut exeat, hospite in salutato. Rochella nullo sive belli, sive pacis tempore, militum stationariorum vacua. Ad maris latus arduus usque adeo est urbis situs, ut nulla nisi famis obsidione expugnari posse videatur. De urbis ethymo non est negligendum quod ingeniose (ut omnia) scripsit Tyraquellus in tract. suo de Retractu. Rochella inquit est participium hebraïcum foemininum, quod significat mercatrix sive quae mercatur, inde urbi nomen impositum fuisse conjicit, tum etiam quod in planitie sita sit, non in rupibus ideoque Rochella, potius quam Rupellam, congruente urbi, nomine omniumque communi Gallorum voce appellandam latine censemus : haec moenibus, & portu celeberrima, aevo nostro celebritatis famam ob mercaturam extendit latissime, qua videlicet nihil pulchrius, ornatiusque in Aquitania. Nec illud omitendum quod cives olim Sacrificorum sodalitates multis proventibus auxerant, monasticaque collegia quatuor aedificata conspiebantur : ex his duo sacris virginibus destinata, alia Dominicanorum & Franciscanorum sodalitio, nunc vero civilium bellorum injuria pene funditus eversa. Porro Rochellensium regio vitibus abundat undique vinum praebentibus satis generosum, quodque exteris large suppeditare possit. Iisdem dotibus gloriatur tractus Santonicae gentis postremus, qui a Rochellensibus ad plagam Septentrionalem Pictavis conterminam, ad Angeriacos vergit, indeque Engolismaeos versus profertur, a quorum finibus incepimus. De là à La Rochelle, le plus vaste entrepôt de la Gaule, la traversée n’est pas difficile, la mer pénétrant en effet deux fois par jour, avec la marée montante, jusqu’au cœur de la ville, où elle forme le port neuf, très fréquenté. Ici les navires ont coutume d’hiverner et les marchands de s’établir en sécurité. En effet ni les navires ne pénètrent dans le port fermé ni, une fois introduits, ne lèvent l’ancre sans l’accord des citoyens, car outre les murs de la ville ancienne protégés par une immense quantité de machines de guerre de toutes sortes et même des tours, il y a quelques lieux choisis à des fins de défense pour leur hauteur et exhaussés artificiellement à l’instar d’une citadelle, par des apports de terre (on les appelle Boulevards), qui, je pense, peuvent difficilement être renversés par les foudres des machines de guerre. Sous Charles de Valois le Sage furent édifiées, de part et d’autre de l’entrée du port et à partir des ruines du château, des tours très solides protégées par d’immenses machines, pour terrifier et écarter les ennemis et les pirates, si par hasard ils tentaient de s’insinuer dans le port à bord de leurs vaisseaux à la faveur de la nuit. On tend une chaîne de fer, obstacle très solide, pour que nul n’entre ni ne sorte la nuit, sans saluer l’hôte. La Rochelle, que ce soit en temps de paix ou en temps de guerre, n’est jamais dépourvue de soldats de garde. Le site de la ville est si escarpé du côté de la mer qu’il semble inexpugnable, sinon par la faim. A propos de l’étymologie de la ville, il ne faut pas négliger ce qu’a écrit ingénieusement (comme toujours) Tiraqueau dans son traité Du retrait… : Rochelle, dit-il, est un participe féminin hébreu qui signifie « marchande » ou « qui fait commerce », d’où il conjecture que ce nom fut donné à la ville [pour cette raison] alors même qu’elle était située en plaine, non dans les rochers ; c’est pourquoi nous pensons qu’en latin il faut appeler la ville, non Rupella, mais plutôt Rochella, nom qui lui convient mieux et est conforme à l’usage français. Grâce à ses fortifications et à son port très fréquenté, elle a étendu très loin sa réputation de ville commerçante, de sorte qu’on ne voit assurément rien de plus beau et de plus accompli en Aquitaine. Et il ne faut pas oublier que ses citoyens ont jadis favorisé les communautés de prêtres en leur accordant de nombreux revenus et qu’on y voyait édifiés quatre monastères : deux destinés aux vierges consacrées, les autres aux Dominicains et aux Franciscains – mais ils sont aujourd’hui à peu près ruinés de fond en comble par la faute des guerres civiles. Cependant, le pays rochelais abonde partout en vignes produisant un vin suffisamment généreux pour fournir largement les pays étrangers aussi. Le dernier canton de la race santonique se glorifie des mêmes avantages, qui, du Rochelais, est tourné vers la région limitrophe des Pictaves, au nord, vers les Angevins, et de là s’étend vers l’Angoumois, des frontières duquel nous allons repartir. Le boulevard a d’abord été un terrassement servant de fortification avancée. Ceux de La Rochelle sont bien identifiés sur la carte de Braun, qu’on trouvera sur le site de l’Université hébraïque de Jérusalem , mais qui date de 1575. Celles de la Bibliotheca Marciana, de Venise, sont encore plus tardives, comme la carte (1620) de la médiathèque Michel Crépeau, qui n’est d’ailleurs pas accessible en un format satisfaisant, à ma connaissance.

"Hospite in salutato" : "en douce", "(filer) à l’anglaise".

André Tiraqueau est un jurisconsulte bien connu des lecteurs de Rabelais. Son traité De Retractu... date de 1545.

"Guerres civiles" : allusion aux dévastations de 1562 (couvent des Dominicains), mais surtout de 1568.
Hactenus de ambitu, & maritima Santonum ora. Restat dicere de urbibus & pagis mediterraneis celebrioribus. Sed prius pauca de CHARANTONO fluviorum hujusce regionis nobilissimo. Is est profundissimus, ac riparum amfractu tortuosus, & fere invius. Nomen habet a proximo pago qui CHARANTON vulgo nuncupatur : exoritur in vice-comitatu a Rupe-Rochoardi a modico fonte, aquarum ex rivulis fluentium copia auctus, & fluviolo TOUVERA appellato, Trutarum multitudine instar pavimenti substrato, ac niveorum copia cignorum circumvestito. Multa alluit oppida in margine utroque constructa ENGOLISMAM primum mira lenitate, & pratorum utrinque longe, lateque expansorum amoenitate, & subinde amnis defluentis consequutione CASTRUM NOVUM oppidum arcis pulchritudine, & stuctura nobilissimum : hinc alveo quieto & navigabili Santonicum agrum medium praeterfluit, cujus ab hoc oppido repente velut maris vasti immensa panditur planities, sic ut subjectos campos terminare oculis haud facile queas. Eam planitiem voce detorta (ut opinor) CAMPANIAM quasi campos plenos appellant. Haec secundum longitudinem urbem metropolitanam pertingit, a montosis, ac non pridem et jam nemorosis ex diversa parte sitis amne distincta. Mais nous avons assez parlé maintenant du littoral des Santons. Il reste à traiter des villes et campagnes du sud, assez peuplées, mais auparavant parlons un peu de la Charente, le plus connu des fleuves de cette région. Elle est très profonde et sinueuse, et presque infranchissable. Elle tire son nom d’un village proche, qu’on dénomme vulgairement Charenton ; elle naît dans la vicomté de Rochechouart d’une modeste source, et s’accroît d’une abondance de ruisseaux d’eau vive, ainsi que d’une rivière appelée Touvre, comme pavée de truites et revêtue de cygnes neigeux. Elle vient baigner de nombreuses places construites sur l’une et l’autre de ses rives. Admire d’abord Angoulême pour la douceur et le charme de ses prairies étalées en longueur et en largeur sur chaque bord, et puis sitôt après, en descendant le fleuve, Châteauneuf, place remarquable par la beauté et la structure de sa citadelle. A partir de là, le fleuve traverse de son cours calme et navigable la campagne santone, dont la vaste plaine se déploie soudain comme une mer, à tel point que tu peux difficilement en embrasser l’étendue des yeux. On appelle cette plaine d’un nom à mon avis déformé, « champagne », pour « champs riches » (campos plenos). Elle s’étend en longueur jusqu’à la ville métropole, séparée du fleuve par des zones montueuses et naguère et maintenant boisées en diverses parts. "ut subjectos campos terminare oculis haud facile queas" : citation textuelle de Tite-Live, XXXII, 4, 4.
Proximum inde oppidum IERNACUM dicitur, pabuli, tritici, ac vini copia foelix. Dominum agnoscit Carolum Chabotium patrem VUIDI Chabotii, cujus virtus toto hoc regno enituit ex singulari certamine strenue commisso cum Francisco Vivonaeo Castanaeo, in militari disciplina plurimum exercitato. Originem ducunt Chabotii ex illustrissima Lusinianorum familia : inde Pontifices, Imperatores, Hyerosolymitani, atque Armeniae reges prodierunt non pauci, hinc alter VUIDUS Chabotius, Brionius dignissimus Franciae Talasiarcus. Toute proche de là, la place de Jarnac est dite opulente en pâturages, en blés et en vins. Elle reconnaît pour seigneur Charles Chabot, père de Gui Chabot, dont le courage parut avec éclat dans tout le royaume en raison du combat singulier engagé si vivement avec François de Vivonne de la Châtaigneraie, un expert en arts martiaux. Les Chabot tirent leur origine de l’illustrissime famille des Lusignan, qui produisit bon nombre de papes, d’empereurs et de rois de Jérusalem et d’Arménie, mais aussi un autre Gui Chabot, seigneur de Brion, éminent amiral de France. On aura reconnu les protagonistes du « coup de Jarnac » (1547). Charles Chabot est mort en 1559, ce qui, avec les voeux de longévité adressés un peu plus loin à l’abbesse de Saintes, inviterait à dater très précisément la rédaction de cette année-là, n’étaient les allusions aux guerres civiles. Quant à Philippe (et non Gui) Chabot, seigneur de Brion, 1492-1543, il fut amiral (« Talasiarcus ») de France sous François Ier.
CHARANTONUS a Iernaco alveo leni & placido veluti salutans lambit COGNACUM, urbem Francisci primi regis Franciae natalibus nobilem, arce item splendida, & roborario, Parcum, vulgo dicunt, lacuque admodum pisculento. Ager vicinas urbes habet vini copia, praestantiaque nobilissimas : hinc herbosam per planitiem late, sed innoxie Charantonus spaciatur, extraque ripas diffluit, praesertim hyeme affluentium aquarum concursu amplissimus, compluribusque introfluentibus aquis actus [auctus ?] : tum alveo pleno ad Santonum urbem principem labitur, a qua genti, & terrae inditum nomen, deinde excurrit Oceanum, ea tamen lenitate, ut quam in partem labi soleat vix a quoquam deprehendi possit. Nam cummaestus (?) maris bis aestuescat inter duos exortus lunae, novilunio scilicet plenilunioque, & mediis inter haec intervalis decrescat, itemque vicenis quaternisque semper horis bis intumescat, tam lenta ilhic & mira mora, ut uno fluminis latere deorsum, altero sursum dum sibi mutuo cedunt, fluere a quovis videri possit. Sic est vehendis annonis, & commeatibus aptissimus, magno incolarum bono, quia videlicet peregrini mercatores per eum facili navigio merces quas libet adportant, & hinc nostrates etiam quae illis abunde supersunt, alio ut volunt exportant, aut vendenda, aut permutanda, nam e Santonico litore patet iter in Britaniam, Germaniam, Hispaniam, Aphricam, Indiam, atque Insulas novas, ad quas nostratibus nunc tam frequens est navigatio, quam olim in Lusitaniam, quae a crebra Gallorum in portu exceptione PORTUGALIA nuncupata est. De Jarnac, la Charente vient baigner de son cours lent et paisible, comme pour la saluer, Cognac, ville connue pour avoir donné naissance à François Premier, roi de France, mais aussi pour sa citadelle magnifique, pour sa chênaie, communément appelée Parc, et pour son lac des plus poissonneux. La campagne a des villes voisines qui se distinguent par l’abondance de vin. Puis la Charente s’étend largement à travers une plaine herbeuse et se répand au-delà de ses rives, surtout en hiver quand elle est grossie par l’afflux des eaux et augmentée de plusieurs affluents. Elle coule alors à pleins bords vers la ville de Saintes, d’où population et région tiennent leur nom, puis rejoint l’océan, avec une douceur telle cependant qu’on peut à peine distinguer du reste son lit habituel. En effet, la marée se produit deux fois entre deux levers de lune, à savoir à la nouvelle et à la pleine lunes, et entre-temps la mer décroît, et de même elle croît deux fois en vingt-quatre heures, mais le tout avec une lenteur si admirable que, un bord du fleuve dessous, l’autre dessus pendant qu’ils se cèdent mutuellement, [la Charente] peut sembler couler de n’importe où [on ne sait dans quel sens elle coule ?]. Ainsi est-elle des plus aptes au transport de l’approvisionnement et autres convois, pour le plus grand bien des habitants, parce que les marchands pérégrins y font passer par une navigation facile autant de marchandises qu’ils veulent, et nos compatriotes aussi ce qu’ils ont en surabondance, pour le vendre ou l’échanger, car le chemin est ouvert du littoral santon vers les îles britanniques, l’Allemagne, l’Espagne, l’Afrique, l’Inde et les îles nouvelles, où se rendent autant de nos compatriotes qu’il en allait jadis en Lusitanie, qui est nommée aujourd’hui Portugal en raison de la [présence] fournie de Gaulois dans son port. "Roburarium" : c’est en principe une garenne, un parc à gibier fermé par une palissade de chêne.

"Exceptio" : nous n’avons pu élucider le sens de ce mot : colonie ?
In eo fluvio ad urbis SANTONAE ingressum pons est lapideus, opus certe stupendum, non minus antiquitate, quam stuctura inusitata. Is a nonnullis rerum Gallicarum scriptoribus sermone gallico, voce multum luxata, detortave, MONTRIBLUS, pro ponte terribili vocatur, in quo nominis antiqui velut umbra tantum restat. Ad pontis extrema turris propugnaculi vice extructa est, quae suburbium spectat. A Caio Jul. Caesare verisimile est in altum evectam fuisse, memorabili, supraque fide fabrica. Nam lapides insolitae magnitudinis ferro, caementoque tam affabre commissi sunt, ut hoc opus censeatur inimitabile : pontem quoque illum, aut potius arcum triumphalem in Augusti Caesaris honorem fuisse constructum fidem facit in saxis illius inscriptio, literis Romanis, in fragmentis saltem non mutilis, lectu non difficilis : hanc inserere hic libuit in gratiam antiquitatis. CAESARI. NEP. DIVI. IVLII PONTIFICI AVGURI. quod reliquum est characterum vix conjungi aut legi potest, propterea quod in lapidibus suo quodam senio marcescentibus nonnihil sit decisum. Sur ce fleuve, il y a pour entrer dans la ville de Saintes un pont de pierre, ouvrage vraiment stupéfiant par son antiquité non moins que par sa structure inhabituelle. Plusieurs historiens des Gaules le nomment en français d’un mot très déformé ou corrompu, où ne reste que l’ombre du nom ancien, « Montrible », pour « pont terrible ». A l’extrémité du pont, une tour a été édifiée à des fins de défense ; elle regarde vers un faubourg. Il est vraisemblable qu’elle a été élevée par Caïus Julius Caesar, au prix d’un travail mémorable, incroyable. En effet, les pierres d’une taille inhabituelle ont été assemblées par le fer et le ciment avec un tel art que cet ouvrage peut bien être dit inimitable. Que ce pont ou plutôt cet arc de triomphe ait été élevé en l’honneur de César Auguste, c’est ce dont fait foi une inscription dans ses pierres, inscription en lettres romaines, de lecture aisée du moins pour les fragments non mutilés. Il nous a plu de l’insérer ici pour l’amour de l’antiquité : CÆSARI. NEP. DIVI. IVLII. PONTIFICI. AVGVRI (« A César, petit-neveu du divin Jules, Pontife, Augure »). Le reste des lettres peut difficilement être réuni en une suite lisible, à supposer que quelque chose ait été gravé dans ces pierres qui se gâtent chacune à son rythme propre. On aura tout profit à confronter cette description à la vue cavalière de 1560, dite plan de Braun (également ici et, sur ce site même, en noir et blanc.)
In civitate locata est sedes Episcopalis, in qua priscorum Episcoporum sanctitas, pietasque enituit. Ex hiis plerique inter divos relati, eruditione non minus, quam sanctimonia suspiciendi, qui edes sacras sacrorum rituum officinas, templaque antiqui operis visenda mirabili opere aedificaverant. Basilicam D. Petri (cujus pinaculo non est aliud in Francia mirabilius,) Pepinus Francorum rex maxime pius circa annum 760 erexit, opimisque dotavit proventibus. Canonicorum collegium ibi institutum. Id posteri Principes, & collegarum plerique reditibus, ingentibusque donariis multum auxerunt. Palatium Episcopale praeterea templo contiguum, ita affabre factum, ut regio sit aemulum. In editissima urbis parte arx quondam validissima urbi imminebat, equo minime pervia, nostrates Castrum vocant Philippus Valesius Francorum Rex post expulsos ab Aquitania Anglos, Arcem solo adaequari jussit, sic hodie ruinis est operta, excepta turri satis excelsa, & sacellis duobus. Antiquissimae itaque arcis tantum ruina superest. Dans la cité est établi le siège épiscopal, illustré par la sainteté et la piété de ses premiers titulaires. La plupart d’entre eux, portés au nombre des saints, admirables par leur érudition non moins que par la pureté de leurs mœurs, édifièrent un sanctuaire (une basilique), des chapelles (autels) et des églises de style ancien à voir pour leur art admirable. Pépin, très pieux roi des Francs, éleva vers 760 la basilique Saint-Pierre (rien n’est plus admirable en France que son clocher), et il la dota de riches revenus. Un chapitre de chanoines y fut établi. Les princes suivants et la plupart des chanoines ( ?) l’enrichirent beaucoup par des revenus et des offrandes considérables. En outre, le palais épiscopal attenant à la cathédrale fut construit avec tant d’art qu’il ferait envie à un roi.
Dans la partie la plus élevée de la ville, une forteresse très solide dominait jadis la ville, inaccessible aux chevaux ; nos concitoyens l’appellent le Château. Une fois les Anglais expulsés d’Aquitaine, Philippe de Valois, roi de France, ordonna qu’elle fût rasée, si bien qu’elle est aujourd’hui réduite à des ruines, hormis une tour assez élevée et deux petites chapelles. De l’antique citadelle, il ne reste donc qu’une ruine
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In suburbiis urbi aequalibus, coenobia vix aestimandis impendiis destinata religioni, & opimis ditata reditibus conspiciuntur, inter quae antiquum, nec magnificum minus est in edito colle DIVO EUTROPIO urbis quondam Antistiti, sacrum. Cui Lud. XI Rex Franc. pinaculum addi curavit admirandum. Ille fidei Christiane fundamenta jecit proxime post Apostolorum tempora, quippe quem apud Santones missum ferunt ad Evangelicum negotium. Sed enim dum verbo divino gentem adhuc sacris gentilium indormientem ad Christi fidem adducere conatur, ab idololatris ignominiosissimis laniatur cruciatibus, & ad extremum pro Christi nomine capite truncatur, atque illic sepelitur : ad cujus tumulum, sacrumque viri sanctissimi calvarium visendum, honorandumque pridem erat gentis Santonicae, ac finitimorum concursus, eorum praesertim qui hydropisi laborabant. Ad radicem collis pars Theatri visitur, antiqui fane, & arcuati operis (unde nomen habet). In saxis illius inscriptiones nonnullae conspiciuntur, quibus adducor ut credam Galienum Imperatorem Romanum, theatri opus hoc visendum construxisse, eum siquidem Aquitania summe delectatum ferunt, arcemque egregiam, vetustatis monumentum, Burdigalae erexisse, quae etiam hodie. Palatium Galieni nominatur. Sed hec multa carie & situ exolescunt, vix enim vetera hodie rudera extant, quando manu factum nihil est, quod aliquando non conficiat, & consumat vetustas. Dans les faubourgs de même hauteur, on voit des couvents [consacrés] au prix de dépenses difficiles à estimer et dotés d’importants revenus, dont un, aussi ancien que magnifique, se trouve sur une haute colline et est consacré à saint Eutrope, jadis évêque de la ville. Le roi Louis XI se chargea de lui adjoindre un clocher admirable. Eutrope jeta les fondements de la foi chrétienne peu après le temps des Apôtres, puisqu’on rapporte qu’il fut envoyé parmi les Santons afin de les évangéliser. Mais pendant qu’il travaillait à amener à la foi chrétienne, par le verbe divin, une population de païens jusque là indifférente aux choses sacrées, il fut soumis à des supplices ignominieux par les idolâtres et, pour finir, décapité pour l’amour du Christ et enseveli là. Pour visiter son tombeau et voir le crâne du très saint homme et l’honorer, il y avait depuis longtemps un afflux de Santons et des peuples voisins, surtout de ceux qui souffraient d’hydropisie. A la base de la colline, on voit une partie d’un théâtre, d’un travail vraiment ancien et doté d’arcades (d’où il tient son nom). On voit dans ses pierres quelques inscriptions qui m’amènent à croire que cet ouvrage fut construit par l’empereur romain Gallien, puisqu’on rapporte qu’il a aimé l’Aquitaine au plus haut degré et a élevé à Bordeaux une excellente citadelle, témoignage des temps anciens, qu’on appelle encore aujourd’hui palais de Gallien. Mais beaucoup de ces choses se détériorent sous l’effet du délabrement et de l’abandon, et aujourd’hui subsistent à peine des décombres, puisqu’il n’est pas d’œuvres de la main dont le temps ne vienne un jour à bout. Sur la vue de 1560, on trouve en légende : "Q. Les Harennes et Arcs, reste d’un ancien Amphitheatre."
Est praeterea in D. PALLADII urbis pridem Epicospi suburbio, sacrarum, velatarumque virginum coenobium, caeteris longe augustius, quod opus non aestimandis impensis aedificavit GODOFREDUS Santonum Comes, cum Agnete uxore, & dotavit. In eo illud non omittendum, quod Abbatissa fruebatur olim jure fabricandi monetam in urbe Santonum. Abbatiae praeest hodie FRANCISCA A RUPEFOCALDO, mire pia atque in egenos benefica. Deus illi Nestoreos concedat annos. Huic templo contiguum est aliud D. Palladio sacratum : Sunt item & monachorum collegia duo Dominicanae atque Franciscanae familiae destinata, Dominicanorum in urbe, Franciscanorum vero extra, in monticulo modice adsurgente, sed amoenissimo : juxta quorum septa D. VIVIANO quondam Episcopo templum ornatu magnifico est excitatum, & sumptuosis sacellis exornatum, quae undique arcta ambiunt claustra. In eo confinio in vineis SANCTI SALONII delubrum a Turpino Remensi Archiepiscopo celebratum, vetustate plane collapsum cernitur, quo loci urbem Santonum principem primitus extructam varia quae extant adhuc, arguunt vetustatis monumenta. Il y a en outre, dans le faubourg Saint-Pallais (du nom d’un ancien évêque) un couvent de vierges consacrées et voilées, de loin plus auguste que les autres car il fut édifié au prix de dépenses inestimables et doté par Geoffroy, comte de Saintes, et son épouse Agnès. Il faut signaler que son abbesse jouissait jadis du droit de battre monnaie à Saintes. L’abbaye est aujourd’hui dirigée par Françoise de La Rochefoucault, admirable de piété et bienfaitrice des pauvres. Dieu lui accorde la longévité de Nestor !

Contiguë à cette église, il y en a une autre consacrée à Saint Pallais. On dénombre encore deux monastères des familles dominicaine et franciscaine – celui des Dominicains dans la ville, celui des Franciscains à l’extérieur, sur une colline modeste mais très agréable. Près de leur clôture, une église a été élevée en l’honneur de saint Vivien, ancien évêque ; magnifiquement décorée, elle est ornée de riches chapelles qu’entoure un cloître à arcades. Au voisinage, dans les vignes, on voit le sanctuaire de Saint Saloine, célébré par Turpin, archevêque de Reims, mais totalement écroulé ; en cet endroit subsistent divers témoignages des époques anciennes, démontrant que là fut primitivement établie la capitale des Santons.
Geoffroi d’Anjou et sa femme Agnès.

Françoise de La Rochefoucauld dirigea l’abbaye aux Dames de 1559 à 1606. Morte à 75 ans, comme si le vœu de Nicolas Alain avait été entendu.

Nestor, d’après Littré : « Nom d’un vieux guerrier qui avait vu trois âges d’hommes, et qui assista à la guerre de Troie. Par extension, le vieillard le plus âgé et le plus respectable. C’est le Nestor de la compagnie. »

Dominicains ou Jacobins ; Franciscains ou Cordeliers.

"X. S. Saloine où se recognoissent aucunes antiquités" (légende de la gravure de 1560)
Ad urbis fossata loco edito D. MACUTII Britonis a suis in exilium acti templum pridem etiam extabat, sed hoc, atque alia innumera, tam senio suo, quam bellorum civilium injuria subversa. Ad urbis milliare visuntur aquae ductus insignes, antiquum Romanorum (ut credibile est) opus, neque ab iis procul celebres fontes duo, quorum alter in agro Douheto, alter in Venerando (sic vulgo vocantur) Distat ille duobus milliaribus a CHARANTONO, in quem per canales subterraneos labitur : Hic mirandum ! in capite largissime scaturiens ab illo sic proxime deficit, ut quo longius rivus progrediatur sit hactenus ignotum. Vers les fossés (limites) de la ville, sur une hauteur, se dressait autrefois l’église consacrée à saint Macoult, Breton contraint à l’exil par les siens, mais, comme d’innombrables autres, elle a été victime du temps autant que des guerres civiles. A un mille de la ville, on voit de remarquables aqueducs, œuvre (peut-on penser) des anciens Romains, et, non loin, deux fontaines fréquentées, l’une sur le territoire du Douhet, l’autre à Vénérand (ainsi appelle-t-on communément ce lieu). La première est distante de deux milles de la Charente, dans laquelle elle s’écoule par des canaux souterrains. La seconde, jaillissant d’une source étonnamment abondante, descend tout près de l’autre, si bien qu’à ce jour on ne sait jusqu’où va le ruisseau (la conduite). Saint-Macoult semble intacte sur la gravure de 1560 ; le texte aurait donc été écrit après les dévastations de 1568.
Proximum oppidum TAILLE-BURGUM dicitur, situ non admodum dissimili, nam in summo colle arcem munitissimam habet in qua est Canonicorum collegium eidem flumini impendens. Oppidum cum ditione sua ad illustrissima TREMOLLIORUM familia pervenit per Lodoïcam Coytiviam Caroli Coytivii Tailleburgi Comitis, & Joannae Aurelianae filiam unicam, quae nupsit Carolo TREMOLIO Principi Thalemonio, magni Ldoïci Tremollii & Gabrielae Borboniae filio. De cujus familie laudibus quod de Carthagine scripsit Livius, tacere praestat, quam pauca loqui. La place voisine, appelée Taillebourg, occupe une position assez similaire : sa citadelle puissamment fortifiée se trouve au sommet d’une colline et abrite une collégiale de chanoines dominant le même fleuve. La ville et son domaine sont échus à la très illustre famille des Trémoille, par le mariage de Louise de Coëtivy, fille unique de Charles, comte de Taillebourg, et de Jeanne d’Orléans, avec Charles, prince de Talmont et fils du grand Louis de la Trémoille et de Gabrielle de Bourbon. S’agissant de louer cette famille, on s’en remettra à ce qu’écrivait Tite-Live de Carthage : mieux vaut se taire qu’en dire peu. Louis II de la Trémoille, mort à Pavie en 1525, épousa Gabrielle de Bourbon-Montpensier en 1484, et leur fils Charles (1485-Marignan, 1515) Louise de Coëtivy, fille de Charles, comte de Taillebourg, et de Jeanne d’Angoulême – elle-même fille de Jean d’Orléans (« Aurelianus »).
Secundum Charantoni decursum ad Divi Saviniani fanum pervenitur, vicum portu non incelebri, & Augustinianorum collegio ornatum : hinc non longe concurrit cum amne, BOTONA fluviolus prope TONAM olim oppidum arce valida munitum, (unde loco nomen ex utroque conflatum.) Sic auctus amnis vergit ad SOUBIZIAM aliud oppidum. Territorium hoc est penes PARTHENAÏORON familiam quae ad Lusinianos genus suum refert. In eo oppido Canonicorum templum extat vetustissimum, quod est in Santonibus frequens, magni Constantini Romanorum Principis statua loricata extra affabre insculpta, eique pro foribus sacrata. Inde Oceanum Charantonus ingreditur, non procul a Castelio Aquilonario aut Aquilonum dicto. Descendant la Charente, on arrive à l’église de Saint-Savinien, bourg pourvu d’un port actif et d’un couvent d’Augustins. Non loin de là, le fleuve reçoit la rivière Boutonne, près de Tonnay (d’où pour ce lieu, un nom composé des deux éléments), place dotée jadis d’un solide château. Ainsi accrue, la Charente se dirige vers Soubise, autre place forte. Ce territoire est la possession de la famille de Parthenay, qui fait remonter son origine aux Lusignan. Dans cette ville, sur une église de chanoines, très ancienne comme beaucoup en Saintonge, se détache, à l’extérieur, en avant du portail, une statue de belle facture de l’empereur romain Constantin le grand, en cuirasse. La Charente se jette ensuite dans l’océan, non loin d’un château dit des Aquilons [de Châtelaillon]. Le couvent des Augustins de Saint-Savinien a été détruit en 1568. Que N. Alain n’y fasse pas allusion pourrait confirmer qu’il a écrit l’essentiel de son livre avant cette date.

"Constantini... statua loricata" : le détail a retenu l’attention de l’abbé Noguès (Congrès archéologique de Saintes, 1896, p. 240). La construction de la phrase n’est pas évidente. Je propose : "statua extat templum" - la statue fait saillie sur l’égise - mais resterait à expliquer le "pro foris", qui indique normalement une position détachée ("devant", et non "en avant", prae). Par ailleurs, comme l’abbé Noguès, j’ai négligé "ei sacrata" (à lui consacrée), mais c’est peut-être à tort car cela pourrait suggérer l’existence d’une inscription "Constantinus" comme il y en a sur d’autres statues de "cavaliers".

L’étymologie de Châtelaillon a fait couler beaucoup d’encre. Celle que propose Alain est très marquée par la culture classique.
Vicinus tractus Santonum a Charantoni ripis Pictones versus & Engolismaeos late extensus, ditionis est ANGERIAE. In ea oppidum est non incelebre, quod majore sui parte BOTONA fluvio minime navigabili, pisculento tamen, cingitur : hujus caput cognoscitur in Pictonum vico nobili, qui inde nomen invenit. Oppidum valido moenium sepimento circundatum, propugnacula habet terra undique congesta & in arcus speciem erecta, castrum item obsidionis securum. Benedictinorum coenobium in urbe Pepinus (de quo supra) cognomento brevis, Francorum Rex, maximis impensis construxit D. Joanni Baptistae sacrum, ob sacrum ab eodem illic positum Divi Calvarium, reliquias a posteris summopere venerandas. Coenobium variis proventibus ditavit ex spoliis Gayfarii Aquitanorum tyranni ab illo fusi in acie. Accedunt duo Monachorum collegia, unum Minoritis, alterum Jacobitis dicatum, praeter parrochias oppidanis attributas. Angeriacus ager partim montuosus, vitibus splendens, partim saltuosus, planities vero cultura lata est, tota villis frequens, domibus, castellisque nobilium conspicua. Celebrantur hic inter caeteras familiae clarissimae, OTHONUM, BRISAMBURGORUM, POLYGNACENSIUM, GOUMARDORUM, VALEORUM, CONSIORUM. Ex iis Carolus Consius gentilitio cognomine, Burii agnomine notior, rebus belli, domique praeclare gestis nulli secundus : caetera quae gessit superioribus annis adversus Caesarianos nulla unquam delebit obiivio. Sed de his hactenus. Voisin de celui de Saintes, le territoire angérien s’étend largement des rives de la Charente vers le Poitou et l’Angoumois. Jouissant de quelque renommée (?), la place même [de Saint-Jean d’Angély] est enserrée en sa majeure part par la Boutonne, rivière très peu navigable mais poissonneuse dont la source a été reconnue dans un bourg du Poitou qui a pris de là son nom [Chef-Boutonne]. Elle est ceinte de murs solides, défendus de tous côtés par des terrassements érigés en forme d’arcs ; elle a également un château résistant aux sièges. Le roi des Francs Pépin, surnommé le Bref, dont il a déjà été question, a élevé dans la ville, à grands frais, un couvent de Bénédictins consacré à saint Jean Baptiste, où le même a déposé le crâne du saint, afin que cette relique soit pieusement vénérée par la postérité. Pépin enrichit le couvent de divers revenus, pris sur les dépouilles de Gayfre, tyran d’Aquitaine qu’il venait d’anéantir sur le champ de bataille. A ce couvent s’ajoutent deux monastères, l’un de frères mineurs, l’autre de Jacobins, en sus des paroisses attribuées aux [prêtres] de la ville. La campagne alentour est en partie vallonnée et semée de vignes, en partie boisée, mais la plaine richement cultivée abonde en fermes, ainsi qu’en demeures ou châteaux de nobles familles, parmi lesquelles se distinguent particulièrement les Authon, les Brizambourg, les Polignac, les Goumard, les Vallée et les Coucy. Parmi ces derniers, Charles de Coucy (de son nom de famille, mais il est plus connu sous le nom de Burie) ne l’a cédé à personne, que ce soit pour ses faits de guerre ou pour son rôle dans les affaires de l’Etat ; jamais l’oubli n’effacera le souvenir des combats qu’il a menés contre les Impériaux en un âge avancé. Mais en voilà assez sur ce chapitre. Gaifre (Waifre) de Gascogne, roi ou duc d’Aquitaine, un des derniers Mérovingiens, battu par Pépin le Bref vers 768.

Les Authon, Brizambourg (les Poussard ou peut-être, déjà, Jeanne de Gontaut-Biron, veuve vers 1561 de Pierre Poussard), Polignac (Ecoyeux), Goumard (Echillais, Ardillières, mais aussi, plus près de Saint-Jean d’Y, Romégoux et Agonnay), Vallée (Le Douhet ; Briand Vallée, président du présidial de Saintes avant d’être conseiller au Parlement de Bordeaux, a été célébré par Rabelais) et Coucis ou Coucy – dont Charles, seigneur de Burie, lieutenant général pour la Guyenne en 1558, mort en 1565.
Iam vero quod ad regionis Santonicae feracitatem attinet, veteribus tam celebre, quam verum fuit, uberrimos maximeque fertiles agros Santones incolere, quandoquidem eorum occasione gens Helvetiorum bellicosissima fere ad intemecionem deleta est, dum Caesare invito iter per provinciam per vim tentassent, ut Santones pervenirent, quod Caesar primo commentariorum adfirmat his verbis. Caesari inquit nuntiatur, Helvetiis esse in animo iter per agrum Sequanorum, & Heduorum in Santonum fines facere, qui non longe a Tholosatium finibus absunt, quae civitas est in provincia(.) id si fieret intelligebat magno cum provinciae periculo futurum, ut homines bellicosos, populi Rom. inimicos, locis patentibus maximeque frumentariis haberet : sed hi a Caesare cruento Marte profligati, victique sunt, ita rerum omnium inopia adducti, victoris graves leges (ut fere usu venit) suscipere coacti. Hos itaque Caesar in suos fines reverti, & oppida quae incenderant, restituere jussit, nolebat enim locum unde discesserant, vacare, unde Caesar ob agri Santonici ubertatem insignem, temperiem coeli, locorumque opportunitatem ad commercia commode obeunda ob maris circuitum, interfluentemque fluviorum usum, hunc parando commeatui delegit, ex quo frumentaria res sufficeret exercitui in plures saepe partes diviso. Sed & nos oculata fide fertilitatis hujusce verissimum testimonium adscribemus, singula quaeque brevibus, & ut nunc res habet, describentes. La fertilité des campagnes santones était pour les Anciens un fait connu et avéré puisque c’est à cause d’elle, à ce que rapporte César dans le premier de ses Commentaires, que le peuple belliqueux des Helvètes fut quasi exterminé alors qu’il « tentait, contre la volonté de ce même César, de se frayer par la force un chemin à travers la Provincia », en vue de parvenir chez les Santons. « On annonce à César, écrit celui-ci, que les Helvètes avaient l’intention de traverser le territoire des Séquanes et des Eduens pour se rendre dans celui des Santons, proche de la cité des Tolosates qui est comprise dans la Provincia. Il comprenait que, si cela se réalisait, le péril serait grand pour la Provincia d’avoir ces hommes belliqueux, ennemis du peuple romain, pour voisins dans un pays largement ouvert et riche en blé ». Mais les Helvètes furent défaits par César au cours d’une bataille sanglante, et, comme cela se produit d’ordinaire, contraints par la disette de tout de se plier aux dures lois du vainqueur. César leur « ordonna de regagner leur territoire et de rebâtir leurs villes, qu’ils avaient incendiées, car il ne voulait pas laisser vide la région qu’ils avaient quittée ». Et, en raison de l’insigne fertilité de la région santone, de la douceur de son climat et des commodités qu’elle offrait pour le commerce grâce à son littoral et à son réseau de rivières, il la choisit pour assurer le ravitaillement, notamment en blé, d’une armée souvent disséminée. Quant à nous, pour attester de cette fertilité, nous ajouterons le véridique témoignage de nos yeux, décrivant brièvement chaque chose dans l’état où elle est aujourd’hui.
Santonum ergo provincia annonae foecunda est, eo potissimum tractu (quem peculiari nomine Campaniam supra nominavimus) quiquidem est ab urbe principe secundum flumen ad Novocastrenses, a quibus extenditur in planitiem latissimam, ad BARBEZIUM, oppidum olim moenibus cinctum, nunc vero vicum. Templum erat illic D. Mariae Virgini sacrum, & in eo Monachi ordinis Sancti Benedicti proventibus & censibus multis ditati, cujus templi adhuc apparent vestigia. Castrum extat magnificum, & nobile, sed p[r]aecipue Dominorum RUPIFUCALDORUM splendore, nam illi multis majorum stemmatibus sunt insignes, originem enim habent a Principibus & Regibus Armeniae : horum impensis aedificatum fuerat Minoritis coenobium, sepulchris Toparcorum destinatum. In vico Barbezio commodissime sita cursorum statio. In toto agro tubera large inter caetera proveniunt, sue saepius designatore, quae quidem gulae proceribus sunt in pretio, quia Venerem ciere creduntur.

Hinc itur ARCHIACIUM castrum in edito colle situm, a conditoribus nomine gentilitio sic nominatum. Ditio hec amplissima per foeminas ad illustrissimas MOMBERONIORUM & GENOLLACORUM familias devenit. Nam Adrianus Momberonius ex antiqua Lusignianorum stirpe oriundus, ultimi Toparci filiam natu majorem eo castro, agrisque adjacentibus dotatam duxit : Catharinam vero Archiacam natu minorem insignis heros Jacobus Genollacus Dacerus. Ille pugna Novariana cum tormentorum bellicorum in Francia magnus esset magister, praeter alia rei militaris stratagemata memorandum adversus Helvetios virtutis specimen dedit, iis denique victis, & fusis Ippocomiae regiae pro tam claris facinoribus praeficitur. Idem uxori demortuae in LONZACI agro vicino sepulchrum & templum eximium a fundamentis excitavit, donisque non contemnendis dicavit. Sed enim caeteris feracior est hic tractus ob pingues agri glebas, raram habentes fatigationem : caeterum frequentes colles habet vitibus almis laetisque consitos, & egregie circum-vestitos.
La Saintonge est donc féconde en récoltes, surtout dans cette partie que nous avons désignée du nom de Champagne et qui part de Saintes en suivant le fleuve jusqu’à Châteauneuf, à partir duquel elle s’étend en une large plaine, jusqu’à Barbezieux, jadis ville ceinte de murs, aujourd’hui simple bourg. Il y avait là une église consacrée à la Vierge Marie, affectée à des moines de l’ordre de Saint Benoît qui avaient reçu d’importants revenus et cens, mais on n’en voit plus que les vestiges. Le château est magnifique mais il brille surtout de la gloire attachée aux seigneurs de La Rochefoucauld, car ceux-ci se rattachent par leur généalogie à nombre de grandes familles, tirant leur origine des princes et rois d’Arménie. C’est à leurs frais qu’avait été édifié un couvent de frères mineurs, destiné à abriter les sépultures des seigneurs du lieu. Le bourg a l’avantage d’abriter une poste. Dans la campagne alentour croît généreusement, entre autres choses, la truffe, détectée en général par un cochon et très appréciée à la table des riches parce qu’elle est supposée exciter à l’amour.

De là on va au château d’Archiac, établi sur une haute colline et nommé d’après ses fondateurs. Son vaste domaine est tombé par les femmes dans les mains des illustres familles de Montbron et de Genouillac. En effet, Adrien de Montbron, issu de l’antique souche des Lusignan, épousa la fille aînée du dernier seigneur du lieu, laquelle reçut en héritage le château et les terres adjacentes. Catherine d’Archiac, la fille cadette, (épousa) l’insigne héros Jacques de Genouillac d’Assier. Celui-ci, grand maître de l’artillerie, administra un admirable exemple de courage – sans compter quelques ruses de guerre – contre les Suisses, à la bataille de Novare, et, quand ces ennemis eurent enfin été écrasés, fut nommé grand écuyer de France pour ses hauts faits. Le même éleva pour son épouse morte, dans le village voisin de Lonzac, un tombeau et une église remarquable, à laquelle il accorda des donations non négligeables. Cette zone est plus fertile que d’autres en raison de terres grasses, qu’on parvient rarement à épuiser ; pour le reste, elle abonde en collines couvertes de vignes très productives.
Jacques ("Galiot") de Genouillac semble s’être distingué davantage à Marignan qu’à Novare (1513), qui fut d’ailleurs une défaite. De la relativité des grandes dates...
Itur hinc in antiquam PONTIS urbem castro superbo spectandam. Hic Pontis dominus agnoscitur ex nobilissima & antiquissima ejusdem cognominis familia. Urbs est duplici circundata muro. Hoc nomen invenit (ut conjicio ) a pontium subliciorum in ingressu urbis, & in ejus ambitu frequentia, propter fluvioli contorti (quem SEUGNAM vocant) in Charantonum decurrentis amfractus, & vortices. Pontiorum insignia sunt opera Dominicanorum in urbe collegium, deinde in sub[ur]bio sodalicium Franciscanorum. Nosotrephia duo in sub[ur]biis aedificata, reditibus multis ditata, ad famelicos, & aegros inopes, & eos qui ad D. Jacobum Compostel. salutandum veniunt alendos. Similia quoque visuntur passim in urbibus Santonum monumenta pietatis, quae utinam aliquando a fucis pauperum alimenta consumentibus repurgentur.

Caeterum altera est ab hoc oppido non longe dissita planities ad promontoria, glebae, pinguis, frumenti, atque adeo frugum omnium copiam & genti, & exteris ob navigii opportunitatem, subministrans, tanta est enim hujus soli ubertas, ut prohibito huius maris commercio, quod belli tempore frequenter accidit, jejunia peregrinis multis indicere possit. In ea campestris ager nullis fere arboribus vestitur : in collibus autem quia petricosis, vitis inseri solet.
On arrive ensuite à l’antique ville de Pons, à voir pour son château orgueilleux. Le seigneur est issu d’une très noble et ancienne famille du même nom. La ville est entourée d’un double rempart. Son nom est dû, je suppose, au grand nombre des ponts de bois que l’on trouve aussi bien à son entrée qu’à son pourtour, en raison des méandres et des tourbillons d’une petite rivière appelée Seugne, qui se jette dans la Charente. Les ouvrages remarquables de Pons sont, dans la ville, un couvent de Dominicains et, dans un faubourg, un autre de Franciscains. Deux hôpitaux ont été édifiés dans les faubourgs, et richement dotés, afin de nourrir les affamés et les malades indigents ainsi que ceux qui vont saluer saint Jacques de Compostelle. On trouve de semblables témoignages de piété, çà et là, dans les villes de Saintonge – puissent-elles être un jour purgées des fards qui mangent la nourriture des pauvres !

Une autre plaine s’étend des abords de cette ville jusqu’aux promontoires, une plaine de terre grasse qui fournit abondance de blé et même de toutes céréales à ses habitants et à bien d’autres grâce aux possibilités qu’offre le transport maritime. En effet, la fécondité de son sol est telle que, lorsque ce commerce maritime est empêché, comme il arrive souvent en temps de guerre, il peut en résulter le jeûne pour bien des étrangers.
Has inter planities regio saltuosa paulo longius ad Burdigalenses, & Petragoraeos protenditur, arvis nihilosecius multis, sed stercoratione indigentibus, fontibus passim scatens, & vallibus virore nitentibus amoeno, in quibus habitant nobilium multi, qui pro more inveterato, non urbes sed vallium, fluminum, aut nemorum vicinitates domibus extruendis deligunt, vicatimque degunt, non tam vitandi urbici tumultus, strepitusque forensis causa, quam quod nobilitas Santonum more Francorum, venationis oblectamento impensius capiatur.

Juxta agrum Petragoraeorum olim PAROCOLUM oppidum Santonicum clarissimum fuit, agro sane quadantenus sterili, aridoque, nisi quod milio feracior est. Santonicae juridisctionis & territorii fines facit. In hoc confinio castella validissima, unum a monte Vidonis (MONGUYON vocant) alterum a MONTE TENERO seu MONTE ANDRONIS extructa sunt, quorum luculentissimus dominatus ad clarissimum virum Carolum Rupefocaldum pertinet : hinc ad BEAGNIAM vicum coenobio & castello insignitum tenditur. Hujus coenobii auctorem fuisse Martialem D. Petri Apostolorum principis discipulum cum urbis Lemovicum Episcopum ageret, Turpinus Remorum antistes refert.
Entre ces deux plaines, un peu en avant, une région boisée s’étend en direction du Bordelais et du Périgord ; elle abonde tout autant en champs – mais qui manquent de fumure –, mais aussi en sources et en vallons verdoyants qu’habitent de nombreux nobles qui, en vertu d’un usage invétéré, préfèrent aux villes la proximité des vallées, des rivières et des bois pour construire leurs demeures. S’ils vivent à la campagne (litt. : dans les bourgs), ce n’est pas tant pour éviter le tumulte des villes et le vacarme des rues que parce que la noblesse santone, selon la coutume des Francs, est fortement portée aux plaisirs de la chasse.

A proximité du Périgord, Parcoul fut jadis une place fameuse des Santons, au territoire dans une certaine mesure stérile et aride hormis pour la production du mil. Il marque la limite de la juridiction et du territoire saintongeais. De solides châteaux ont été bâtis au voisinage : l’un à Montguyon (Mons Vidonis), un autre à Montendre (Mons Tenerus ou Mons Andronis) ; les deux appartenant à l’illustre Charles de La Rochefoucauld. Puis on arrive à Baignes, bourg que distinguent un couvent et un château. L’archevêque Turpin de Reims rapporte que ce couvent aurait eu pour fondateur Martial, disciple du premier apôtre, saint Pierre, et évêque de Limoges
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N. Alain se trompe : Charles de La Rochefoucauld (1520-1583), grand sénéchal de Guyenne, était seigneur de Barbezieux ; Montendre et Montguyon appartenaient soit à son oncle Louis, mort après 1559, soit aux fils de celui-ci, Claude, puis François, ce dernier mort en 1600.
Finitimus huic agro est opulentissimus SAMMAGRINORUM dominatus : cui adjacet MONCALDIORUM nobilissimum territorium. Itur inde JONZACUM populosum vicum, castro, & Carmelitarum conventu celebrem : utrumque cura impensisque antiquissimorum heroüm a S. MORA extructum, quorum genus apud Santones MONASSIIS, CHENELEISque late propagatum est. Ab his ad MIRAMBELLUM, & PLASSACUM Pontiorum sumptuosa castella, TENALLIAM Benedictinorum coenobium, & Abbatiam MADIONENSEM locum hodie desertum COZAS versus & plagam maritimam tenditur. Ex hac autem vicinia nobilium aedificiis conspicua LONGOCAMPIORUM scilicet BELLOMONTIORUM, RIOLLIORUM ROSSILLONEORUM, SANSIMONIORUM DASNERIORUM, aliorumque multorum SEUDRIUS fluvius multis rivulis undique confluentibus originem sumit : qui & si minime navigabilis sit, prius quam maris aestu augeatur, tamen moletrinarum aquosarum multitudine, proventu pratorum contiguorum, accolis magno est in pretio. Labitur in incolatum MURSACUM (sacram curiam vocat) Ibi clara familia GASTAEORUM, quorum sumptuosum in margine castellum a castro quondam incenso CASTELARSUM una elisa syllaba nominatur. Ex familia illa coenobiarchae multi spectabiles Sabloncellensis coenobii originem trahunt. In hoc loco vicus spectatur subterraneus memorabilis, qui concamerato aedificio in stupendum terrae tuberosae monticulum (Galli motam vocant) eminet, unde meatus itidem subterraneus incipit, qui sub altissimis nemoribus ac sylvis in procul dissitam pervenit priscorum opere mirabili, velut pyramidem, vetustate fatiscentem, & cui nescio an universa Aquitania, aut Gallia similem habeat : hujus structor temporum injuria, nostratum incuria est incertus. Voisine de cette terre, l’opulente seigneurie de Saint-Magrin touche elle-même au noble territoire de Montchaude. De là, on va à Jonzac, bourg populeux connu pour son château et son couvent de Carmélites, l’un et l’autre construits par les soins des héroïques Sainte-Maure, dont la race a été perpétuée en Saintonge par les Monas (ou Mosnac ?) et les Chesnel. On se dirige ensuite vers Cozes et la côte par Mirambeau et Plassac de Pons, sompteux châteaux, par le monastère bénédictin de la Tenaille et par l’abbaye de Masdion, lieu ajourd’hui désert. C’est dans cette région remarquable par les demeures nobles des Longchamp, des Belmont, des Rioux, des Roussillon, des Saint-Simon d’Asnières [ ?] et de beaucoup d’autres, que le fleuve Seudre naît de la confluence d’une multitude de ruisseaux. S’il est peu navigable avant d’être gonflé par la marée, il est apprécié de ses riverains pour sa multitude de moulins (à eau) et pour la quantité des prés qui le bordent.

La Seudre vient baigner le populeux Meursac (on l’appelle paroisse), où l’illustre famille des Du Gua possède, au bord du fleuve, une somptueuse demeure, Châtelars, qui tire son nom, à l’élision d’une syllabe près, d’un château jadis incendié. De cette famille sont issus nombre d’abbés remarquables du monastère de Sablonceaux. On voit en ce lieu un mémorable bourg souterrain, qui fait saillie, par un édifice voûté, dans un monticule de terre bosselée (« motte » en français) ; en part un passage également souterrain qui aboutit, loin à l’écart dans de grands bois, à une sorte de pyramide, qui se fend par l’effet de l’âge mais d’un travail aussi ancien qu’admirable et dont je ne sais s’il existe un équivalent en Aquitaine ou même dans toute la Gaule. Par la faute du temps ou de l’insouciance, son constructeur est inconnu.
L’abbaye de Madion a été détruite, et ses moines massacrés, en 1568 (cf. le blog de Virollet). La Tenaille (Saint-Sigismond de Clermont) sera dévastée en 1582.

Longchamp : un Sébastien Guiton de Longchamp, fils d’Aimery et d’Isabeau Bouchard d’Aubeterre, père de Jean, paraît au ban de Saintonge en 1559 ; Longchamp se trouve dans la paroisse de Grézac, près de Cozes ; quant à ces Guiton, il s’agit de ceux de Maulévrier, non de la famille du maire de La Rochelle.

Une Blanche Guiton était dame de Belmont, près Royan, en 1645, mais probablement en tant qu’épouse ou veuve d’un Videgrain, cette famille y étant attestée en 1599 (« Pierre du Gua vend son château de Mons en 1599 à son voisin François de Videgrain seigneur de Belmont »).

Des Beaumont (deux frères ?) étaient sieurs de Rioux et du Peux, un autre d’Usseau ; Jules de Beaumont, sieur de Rioux, fut tué à la bataille de Jarnac (1569).

Les Blois, seigneurs de Roussillon (Saint-Germain du Seudre) : deux - un père et son fils - furent condamnés à mort en 1569.

Les Saint-Simon n’ont pas été identifiés. Les Dexmier de Saint-Simon semblent exclus : cette branche ne daterait que de 1590.

La traduction d’INCOLATUS est incertaine. Ce pourrait aussi être un substantif signifiant « séjour, résidence, établissement » (Niermeyer), terme du droit romain des étrangers repris par la tradition chrétienne dans son ambivalence : « exil » / « séjour (terrestre) ». Il faudrait alors rendre « curia » par « cure » (« sacram » n’étant qu’une sorte de clé thématique, comme dans un idéogramme ?).
In eodem confinio genus heroïcum Vivonaeorum spectabile, a quo ducit originem illustris eques ARTURUS A VIVONA PISANUS SANGOARIUS cui sunt tres filii Arnadus, Joannes, & Leo summae spei : faxit Deus ut in iis velut ex scintillis, reviviscat generis splendor & gloria. Iis vicini sunt BRAYMONTII BALANZACII sua & avorum virtute clari. In proximo autem agro saltuoso, atque arenoso Guilelmus Pius Aquitanie Dux dictum coenobium Sabloncelense a situ loci ita nuncupatum, a fundamentis excitavit, altissimis nemoribus, aviaque solitudine & moenibus cinctum, opimisque proventibus, ac reditibus ditavit, in eoque Canonicos Augustinenses instituit. Hic horti, & opaca nemora cincta, in quibus belluae & ferae sylvestres, ut cervi, & aliae ejus generis circumspiciuntur.

A CASTELARSO (de quo supra) in Gombaldorum BRIAGNAEORUM territorium conspicuo satis edificio decoratum descendens SEUDRIUS in mare excurrit cujus aestu excipitur ad pagum propinquum non incelebre SAUJONUM dictum, quo inflatus alveum navigiis habet idoneum : inde MORNACI oppidi, castellique ad hos limites custodiendos extructi, muros attingens praeceps fertur in Oceanum. Hujus margines eo toto tractu salinis, & salis factitii aceruis utrinque splendent. De quo, quaque industria fiat hic obiter adnotare non erit extra rem, quandoquidem Santones hujus unius excellentia omnes nedum Aquitaniae, verumetiam totius Europae regiones antecelIunt. De illo quem natura gignit sive in terra sive extra terram reperiatur, nihil dicemus, neque de eo quem Belgarum quidam in Lotharingia, atque etiam Germani exhausta e puteis aqua salsa, ardentibusque lignis supposita excoquunt tam diligenter, ut fossili & marino facile carere possint, quia nec hujus est instituti, nec apud nos omnia salis genera sunt in promptu.
Dans le voisinage (est établie) la remarquable famille des héroïques Vivonne, dont est issu l’illustre chevalier Arthus de Vivonne, seigneur de Pisany et de Saint-Gouard, qui a trois fils de grande espérance : Arnaud, Jean et Léon. Fasse Dieu qu’ils soient les étincelles qui feront revivre l’éclat et la gloire de cette famille ! Ils ont pour voisins les Bremond de Balanzac, fameux depuis des générations pour leur courage. A proximité, sur un terrain boisé et sablonneux, Guillaume le Pieux, duc d’Aquitaine, a élevé le monastère de Sablonceaux, ainsi nommé à cause du site, et qui est ceint de murs, au milieu de grands bois et à l’écart de tout. Le duc l’a pourvu de riches terres et revenus, et y a installé des chanoines Augustins. Il y a là des jardins et d’épais bois clos où l’on peut observer des animaux sauvages, tels que des cerfs et d’autres bêtes de même sorte.
Descendant de Châtelars au domaine des Gombaud de Briaigne orné d’un édifice assez remarquable, la Seudre s’avance vers la mer, se heurtant à la marée à la hauteur du village de Saujon, qui n’est pas sans réputation ; ainsi gonflé, son cours devient alors propre à la navigation. Puis, venant mouiller les murs de la place et du château de Mornac construit pour garder ces confins, elle se précipite dans l’océan. Dans tout ce secteur, ses deux rives brillent de l’éclat des salines et des amas de sel artificiel.

Il ne sera pas déplacé de traiter ici, en passant, du sel et de la saunerie puisque leur seule excellence suffit à asseoir la supériorité de la Saintonge, non seulement sur toutes les régions d’Aquitaine, mais aussi sur celles de l’Europe entière. Parce que ce n’est pas le propos de ce livre et que nous ne disposons pas de toutes les sortes de sel, nous ne dirons rien de celui qu’on trouve à l’état naturel dans le sous-sol ou à fleur de terre, non plus que de celui qu’obtiennent les Lorrains de la Gaule belgique, et aussi les Allemands, en faisant bouillir sur des bûchers la saumure qu’ils tirent de puits, ce avec un zèle à la mesure des difficultés qu’ils rencontrent pour se procurer du sel marin ou fossile.
La généalogie des Vivonne pose, plus que d’autres éléments, le problème de la datation du texte. En effet, Arthus eut de Catherine Bremond de Balanzac, épousée en 1519, quatre fils (cf. Père Anselme). Alain oublie le troisième, Jacques, seigneur de Pisany. D’après Beauchet-Filleau, l’aîné, Arnaud, né vers 1520, serait mort enfant mais Brantôme (VI, 171) écrit qu’il « mourut en Flandres prisonnier, ayant esté pris dans Hedin » (1553) et que Jean (1530-1599, le - futur - père de la marquise de Rambouillet), écolâtre à Saintes, « quitta alors la robbe longue pour aller en cette guerre [Toscane, 1557] avecqu’un sien frère ». Arnaud aurait pu mourir assez longtemps après la prise d’Hesdin (Ambroise Paré fut libéré rapidement mais le maréchal de la Marck et André de Bourdeille par exemple, qui subirent le même sort, durent attendre la trêve de 1556), mais Rainguet prétend que Jean fut fait prisonnier à Mariembourg, en 1554, ce qui oblige à placer la mort d’Arnaud au début de sa captivité. Artus ne survécut sans doute pas longtemps à son fils aîné puisque, selon Guy de Bremond d’Ars, au moins un autre frère aurait été tué à la guerre. Or Jacques et Léon eurent le temps de se partager les seigneuries paternelles. Léon fut seigneur de Saint-Gouard et chambellan de Charles IX, ce qui le fait vivre au moins jusqu’en 1560. Brantôme (ibidem) écrit que Jean était déjà seigneur de Saint-Gouard en 1557 : à moins qu’il ne se trompe, on peut supposer un glissement de ce fief de l’un à l’autre à la mort de Jacques. En tout cas, en 1565, seul fils survivant, Jean portait les deux titres, Saint-Gouard et Pisany, et partageait un héritage avec sa soeur Claude (P. Anselme, ibid.), indice que son dernier frère venait de mourir. Mais peu importe : quelle que soit la date de la mort de Jacques et de Léon, la configuration familiale évoquée par Alain oblige à dater ce passage de 1554 au plus tard. Compte tenu des allusions aux ravages protestants qui ne peuvent dater que de 1568, nous aurions là la preuve d’une composition discontinue. Mais si l’on se souvient qu’Alain a mentionné la construction de Jacopolis (1555) comme récente, il se peut aussi qu’il ait écrit son ouvrage entre 1555 et 1559 (date de la mort de Charles Chabot), alors que certaines informations ne lui étaient pas parvenues, et qu’il ait procédé ensuite à quelques mises à jour tardives, d’ailleurs limitées à l’état des églises de Saintes, La Rochelle et Madion, ainsi qu’à l’abbatiat de Françoise de La Rochefoucauld.
Intumescente igitur ob aestum pelago, brumali aut etiam verna tempestate, in oppositione solis cum luna, aquam marinam in certa quedam veluti stagna & spatiosos lacus, Iacos (fortasse quod illic immota aqua jaceat) appellant, ligneis Tubis ad id positis mare in lacum infundentibus Salinarii trajiciunt : residente mox aestu, remeanteque in Pontum mari, cum effluere & delabi undae non possint, quod undique sit inclusus aggeribus lacus, & tubi obserati, obstructique, in eo aquas conquiescere stagnantium more oportet, usque ad aestatis initium, quo ex his lacubus ad Arearum campum derivantur. Ea res in hunc modum transigitur, peragiturque, labore improbo & industria Salinariorum, & sepimento terreo, (quod quia extuberascit & intumescit, Galli ut id genus alia Bossiam, quasi tumorem indicantes, vocant, ad justam impediendi aestus marini altitudinem, extructo.) Jam vero ad salis acervos in tuto collocandos planities excavatur, in qua Salinarias areas effingunt undiquaque quatuordecim, aut circiter, pedum latitudine quadratas, easque oleaginosa terra condensata, subactaque magna vi expoliunt, pavimenta adaequant, marginesque in ambitu, pedali fastigio, & latitudine tripla erigunt, in quasquidem areas sordibus & limo verno tempore repurgatas, aqua marina e lacu educitur, & in campum admittitur. Sed aliquot diebus ante preparatur, incalescitque in fossis laxioribus ejus rei gratia paratis, quas a concharum cavitate, similitudineque, Conchas, appellant. Ex iis ineunte Majo, aut aestivo sole in areas aquam pollicari altitudine immittunt : subinde adventante mox aestu a solis fervore, & flatu Aquilonio praesertim, humor capitur & siccari, coagularique cogitur, sale crassiore subsidente, & ejus veluti flore candidissimo supernatante. Ea epota exsiccataque aqua, aliam super ingerunt,donec sal biduo, aut ad summum triduo in spissitudinem concreverit, nisi forte imbrium copia cum sal adhuc per areas stratus jacet, supervenerit quibus aqua ipsa dulcescit, quae ob id tanquam huic opificio inepta, inde emittitur.

At vero concretum salem sub noctem probe exsiccatum instrumentis ligneis incurvis extrahunt, & in aggeribus circa factis acervos salis construunt tam altos, ut prospicientibus colliculorum habeant speciem. Hos ubi caloribus obduruere, imbribus vix liquescere certum est. Nam cum calore sit sal conglutinatus, siccitatem amat, contra humor potissimum gelidus, tepidusque est illi inimicus, quando quidem in ipso positus liquescit, reditque in aquam e qua concreverat, & in eam statim resolvitur : humido item aëri expositus aliquam molis jacturam facit. Itaque cum in his siccis locis conservetur, strues ipsas salis, arundineis, junceisque operimentis in multos annos tegunt, muniuntque Salinarii, ut advenientibus mercatoribus quandocumque libuerit vendant.
Lorsque l’océan se gonfle sous l’effet de la marée, en hiver et même au printemps, et que le soleil se trouve en opposition avec la lune, les sauniers font passer l’eau de mer dans des sortes de vastes étangs, qu’ils appellent jas (jacos) – peut-être parce que l’eau y repose [jacet] immobile – grâce à des tuyaux de bois [installés à cette fin et qui déversent la mer dans le lac]. Lorsque la marée, bientôt, s’affaisse et que la mer reflue, comme les eaux ne peuvent s’écouler parce que le lac est fermé de tous côtés par des talus et que les tuyaux ont été bouchés, il faut qu’elles y demeurent à stagner jusqu’au début de l’été, époque où on les détourne [de ces lacs] vers le terrain des aires saunantes. La chose est ainsi accomplie et exécutée grâce au labeur acharné et méthodique des sauniers et à une enceinte de terre (que les Français, parce qu’elle fait saillie et se bombe, appellent, comme d’autres choses semblables, „bosse“ comme si c’était une enflure), et qui est élevée à la juste hauteur pour arrêter la marée. D’autre part, pour mettre les tas de sel en sécurité, les sauniers creusent dans un terrain plat des aires saunantes carrées, mesurant quatorze pieds de côté [litt. : de large dans toutes les dimensions], ou à peu près, qu’ils lissent avec de la terre huileuse, pressée et malaxée avec vigueur, puis ils égalisent la terre battue et élèvent sur son pourtour des bordures d’un pied de haut et d’une épaisseur triple. C’est dans ces aires nettoyées au printemps de leur saleté et de leur limon qu’est amenée l’eau de mer évacuée du lac.

Mais, quelques jours auparavant, on l’apprête en la mettant à réchauffer dans des fosses plus larges, aménagées à cet effet, que les sauniers appellent « conches » en raison de leur similitude avec la conque des coquillages. De là, au début de mai ou sous le soleil de l’été, ils envoient cette eau dans les aires, jusqu’à une hauteur d’un pouce. Puis, les grandes chaleurs venant bientôt, l’ardeur du soleil et surtout le souffle de l’aquilon figent le liquide et le forcent à sécher et à coaguler, le sel plus grossier précipitant tandis qu’en surnage la partie la plus blanche – comme sa fleur. Une fois cette eau totalement évaporée, ils en font entrer d’autre, jusqu’à ce que le sel, au bout de deux ou, au plus, trois jours, se soit suffisamment aggloméré et accumulé, à moins que des pluies abondantes ne surviennent alors qu’il tapisse encore les aires, amenant une eau douce dont il faut alors se débarrasser car elle ferait obstacle à ce « travail ».

Enfin, durant la nuit, ils enlèvent le sel durci et convenablement asséché, à l’aide d’instruments de bois recourbés, et, sur les digues édifiées autour des aires, ils élèvent des tas de sel si hauts que, pour qui regarde de loin, ils ont l’aspect de petites collines. Il est certain que, lorsque ces amas ont été durcis par les chaleurs, les pluies ne les dissolvent que difficilement. En effet [Mais] comme le sel est agglutiné par l’effet de la chaleur, il aime la sécheresse, tandis que la pluie, surtout quand elle est froide [mais même] tiède, est son ennemie puisqu’il se liquéfie quand il y est exposé et retourne à l’eau dont il est issu par concrétion, s’y dissolvant aussitôt. De même, exposé à un air humide, il perd de sa masse. C’est pourquoi, bien qu’ils soient conservés dans des endroits secs, les sauniers protègent ces amas de sel en les recouvrant de roseaux et de joncs, de manière à pouvoir les vendre aux marchands qui se présenteraient, à quelque moment qu’il leur plaise de venir.
Mitto usus varios quos sal mortalibus ad excitandam edendi aviditatem, & arcendam a mactatis animalibus putredinem, praebet, alia in vita quam plurima commoda subministrans, adeo ut in proverbium abierit de re insuavi, & injucunda, eam esse sine sale, unde Plinius eleganter, Vita humanior sine sale degere nequit, adeo necessarium alimentum est, aut verius ut cum Galeno loquar, condimentum, ut transierit intellectus ad voluptates animi quoque, nam ita sales appellantur, omnisque vitae lepos, & summa hilaritas, laborumque requies non alio magis vocabulo constat. Honoribus etiam militiaeque interponitur, Salariis inde dictis, magna apud antiquos auctoritate & praestantia, atque etiam necessitate, quando majus regum vectigal ex eo est, quam exauro, atque margaritis, quorum penuriam in Galliis solus Sal supplet. Nam argenti fodinae in Aquitania dudum neglectae sunt, quod proventum superarent impendia. Non mirum igitur Helvetiorum gentem etiamnum belli gloria iIlustrem, quinetiam Angliae reges tandiu & toties propter hanc terrae porriunculam se se invicem tam funestis bellis infestasse. Nam praeter quam quod coeli clementia, soli ubertate, & aquarum potabilium bonitate praestat, alia non datur in Gallia Regio, quae vicinarum dotes minus desideret, sive generosas vites, sive frumentorum, leguminumque copiam, sive navigabiles fluvios, sive salem qui illis magis est peculiaris, sive portus tutissimos & commercia spectes. Quo fit ut proverbialem sententiam gallico rihtmo [sic] vulgatam, & a Froissardo historiae Gallicae scriptore insigni, usurpatam, veritati maxime consonam esse putem, quam velut coronidem & si non admodum exquisite attamen lepide ut energia idiomatis servetur huc transferre visum. Si Galliam ovum statuas, Santones ovi vitellum sunto. Je glisserai sur les services variés que le sel rend à l’homme, en excitant son appétit ou en empêchant la putréfaction des animaux tués. Il procure d’innombrables autres commodités, au point qu’on dit proverbialement d’une chose sans agrément ou peu exaltante qu’elle est sans sel ; Pline l’exprime en termes choisis : « On ne peut mener une vie civilisée sans sel, c’est un aliment » (ou, dirai-je plus justement après Galien, un condiment) « à ce point nécessaire qu’il désigne aussi par métaphore les plaisirs intellectuels, car on les nomme „sels“ ; tous les agréments de la vie, l’extrême gaieté, le délassement du travail n’ont pas de mot qui les caractérise mieux. Il entre aussi pour quelque chose dans les honneurs et les rétributions militaires, puisque c’est de là que vient le mot „salaire“. Le sel est en grande estime chez les Anciens », en raison de ses grandes qualités, mais aussi de son extrême utilité puisque « c’est pour les souverains la source d’un revenu plus considérable que l’or et les perles », dont il compense à lui seul la pénurie en France. En effet, il y a quelque temps que les mines d’argent sont négligées en Aquitaine parce que les dépenses excédaient le revenu. Il n’est donc pas étonnant que le peuple helvète, encore aujourd’hui réputé pour ses hauts faits militaires et, bien plus, les rois d’Angleterre aient livré si longtemps, à tour de rôle, tant de guerres funestes pour ce petit bout de terre. En effet, outre que la Saintonge se signale par la clémence de son climat, par la fertilité de son sol et par la qualité de ses eaux potables, il n’existe aucune région en France qui ait moins à envier ses voisines, que l’on considère la générosité de ses vignes, sa production abondante de fruits et légumes, ses fleuves navigables, son sel qui la distingue tout spécialement, ou encore ses ports si sûrs et son activité commerciale. C’est pourquoi j’estime que le dicton popularisé par sa rime en français, et dont le grand historien Froissart s’est emparé, est très proche de la vérité, et il m’a donc paru bon, en guise de conclusion, d’en proposer une traduction en termes plaisants, à défaut d’être raffinés, pour conserver l’énergie de l’original : "Si Galliam ovum statuas, Santones ovi vitellum sunto". [Si tu poses que la France est un œuf, que les Santons en soient le jaune !] Alain recopie ici deux passages du livre XXXI, chapitre 41, de l’Histoire naturelle de Pline, en changeant un mot, elementum, pour alimentum, qu’il corrige par référence à Galien. J’ai repris ici la traduction de Littré.

Ce dicton est, bien sûr, "Si la Gaule était un oeuf, Xainctonge en serait le moyeuf".

Coronis : C’était à l’origine une sorte de V couché, marquant la fin du livre. Le mot a pris le sens de conclusion, mais j’ai été tenté de le traduire par "pointe", la disposition typographique de cette fin de texte adoptant la forme d’un triangle, pointe en bas.

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