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1686 - État des paroisses de l’élection de Saint-Jean d’Angély : étude et cartographie

D 2 décembre 2008     H 00:43     A Christian     C 0 messages A 2264 LECTURES


Les états des paroisses rédigés sous l’égide des intendants recèlent une grande quantité d’informations économiques, sociales, fiscales et démographiques. Celui de 1686 sur l’élection de Saint-Jean d’Angély est particulièrement complet et a donné l’idée d’une analyse détaillée. Un ensemble de cartes thématiques vient illustrer le propos et aide à mieux comprendre l’univers angérien du XVIIème siècle.

L’état a été publié par la Société des Archives Historiques de Saintonge et d’Aunis - T. XXVIII - 1899 - BNF Gallica en ligne - et sur Histoire Passion.

Etude et cartographie réalisées par Christian.

ÉTAT DES PAROISSES EN LA GÉNÉRALITÉ DE LIMOGES, des noms des seigneurs, des fruits qu’elles produisent, des impositions depuis l’année 1680 jusqu’en 1686, du nombre des feux, des bœufs et des vaches de chacune, ensemble des lieux où se distribue l’estappe.

ÉLECTION DE SAINT-JEAN D’ANGELY

Le territoire de cette élection, rattachée jusqu’en 1694 à la généralité de Limoges, est dispersé sur une très grande étendue, des abords de Niort à ceux de Saintes et de Tonnay-Charente jusqu’à Cellefrouin, dans la Charente limousine. Cependant, la plupart des 162 paroisses sont ramassées autour de Saint-Jean d’Angély. L’état, à la différence du mémoire de Bégon, n’a pas oublié Saint-Hilaire de Villefranche et il ajoute ou plutôt rétablit Beauvais-sous-Matha. Mais il ne mentionne qu’une partie de Saint-Hilaire-la-Palud (Mazin) et omet Blanzac. A ce dernier détail près, la liste est la même que dans le dénombrement de Saugrain (1709) et les toponymes y sont moins déformés !

Ces paroisses pour « la pluspart sont fort petites, (…) fort pauvres et la plus grande partie habitée par de pauvres bordiers et vignerons » (p. 324).

I. Grains et vignes.

L’état s’attache assez fréquemment à décrire le partage entre « grains » et vignes, la quantité des deux – ou de l’un seulement – n’étant alors précisée, éventuellement, qu’en second lieu. On a donc présenté les deux productions ensemble, mais l’équilibre peut se faire dans l’abondance aussi bien que dans la rareté ; or ce détail, souvent, manque. Toutefois, la mention de « terres ingrattes » ou « de mauvais rapport » ( ), s’ajoutant aux signes –, permet de nuancer le tableau. L’abondance apparaît alors très localisée, et plutôt en rapport avec la production de blé (au sens générique) que de vin.

On peut déduire (en rouge) une carte assez précise du cœur du vignoble : une longue bande allant, d’ouest en est, des Nouillers à Beauvais-sous-Matha (à quoi il faut probablement ajouter Aumagne, Sonnac et Matha), et une autre tache au nord de Saint-Jean d’Angély, qui se trouve ainsi au centre de la zone de production – les conditions étaient donc réunies pour la production d’eau-de-vie, que l’état ne mentionne cependant pas.

On relèvera quelques discordances entre cet état et le mémoire de Bégon : à Courcôme, il y aura du « blé et peu de vin » en 1699, au lieu de « plus de vin que de grain ». Genouillé aura totalement abandonné la vigne, de même que Sainte-Même et, surtout, Courant (« les 2 tiers en vignes, le reste en grains ; peu de pascages et quelques bois taillis » en 1686, seulement « blé et bois » en 1699). Une baisse se serait produite à Usseau-Prissé-Thorigny, à Gibourne-Le Gicq, à Asnières, à Voissay… En revanche, Loubillé se serait mise au vin, ainsi que Cellefrouin.

Certaines formulations donnent à penser que la vigne rapporterait moins que les céréales : « La terre est de peu de rapport (…) Il y a beaucoup de vignes… » (Bignay) ; « La terre est fort ingratte en plusieurs endroits. Il croist plus de vin que de grain. » (Gourvillette). Le bilan final, qui paraît exagérer la part de la vigne, confirme que celle-ci n’est pas encore une richesse : « Le produit de Saint-Jean d’Angély ne conciste quasy qu’en vin ou du moins les deux tiers et s’y amasse que peu de grains, les terres n’estant pas propres pour cela, à la réserve des chastellenies de Tonnay-Charente et de Fontenay-la-Battu ausquelles il ne croist que peu de vin » (p. 326) – la mention des « pauvres bordiers et vignerons » allait déjà dans le même sens.
D’autre part, la vigne exige une mise de départ qui n’est pas à la portée de tous : « Cette terre (Les Nouillers) n’est propre quasy que pour la vigne, la plus grande partie demeure sans être cultivée, les peuples n’ayant pas de quoy le faire ; ce qui cause la ruine de ce lieu. »

Les céréales semblent abonder (vert et jaune) surtout en périphérie : à l’ouest (Muron, Tonnay-Charente, Genouillé), au sud (Brizambourg, Aumagne, Migron, Mons, Matha et Sonnac) et dans les actuelles Deux-Sèvres (Frontenay, Magné, Sansais). Toutefois, on vient de le voir, seules la première et la troisième zones sont retenues par l’auteur de l’état comme dignes d’être signalées pour leur production de grains.
Les discordances avec le mémoire de Bégon sont rares, pour une raison simple : en 1699, les céréales seront mentionnées partout, sans distinction de quantité. Elles ne feront guère défaut qu’au Douhet mais peut-être s’agit-il d’un oubli : en 1686, il y croissait « des grains de toutes sortes », la terre n’étant toutefois pas d’un grand rapport.

II. Elevage.

Les pacages sont tributaires des rivières et des marais. Il en est ainsi tout au long de la Boutonne (sauf à Antezant), de la Charente et d’une partie de l’Antenne (Courcerac, Matha). Cependant les deux principales zones semblent situées de Tonnay-Charente à Taillebourg et autour de Frontenay-Rohan-Rohan (79) – « la chastellenie de Fontenay-la-Battu est le meilleur fond de l’élection pour toutes sortes de grains et de pascages ».

On n’a reporté que les marais signalés dans l’état et on a fait de même pour ce qui concerne le « nourrissage » – également attesté à Cellefrouin et dans les deux paroisses voisines.

Globalement, il y a concordance avec les zones d’élevage mentionnées en 1699, et confirmation d’un très net déséquilibre entre l’est et l’ouest de l’élection.

III. Bois ; fruits et légumes.

Même partage est-ouest en ce qui concerne le boisement, à ceci près que celui-ci est surtout dense au sud-ouest, entre Saint-Jean d’Angély et Saintes, où dominent les bois de taillis. Ailleurs, on a l’impression que le déboisement n’a épargné que des réserves seigneuriales, dont deux hautes futaies, à Néré et Brizambourg.

Le cas de Maine-de-Boixe est un peu particulier : « cette parroisse est scituée au milieu des bois de M. de La Rochefoucauld. Il y croist quelques grains, sujets a estre mangés par les bestes foves ».

Ici et là sont mentionnés des « bois d’estaux » : on y a vu les têtards caractéristiques des zones de marais (verbe « estausser », élaguer).

Les fruits (Le Douhet, Fontcouverte, Vénérand) sont strictement localisés à proximité de Saintes, dont ils alimentent le marché. Mais il faut y ajouter les noix de Saint-Fraigne, Courcôme, Vars et Marsac, ainsi que les châtaignes de Cellefrouin, Beaulieu et Ventouse.

Les « légumages » ne sont signalés qu’à Mons et Migron, au sud, et Frontenay, au nord. Le chanvre et le lin ne le sont que dans les actuelles Deux-Sèvres et le safran à Courcôme.

IV. La population.

Cet état est précieux en ce qu’il fournit la population de 149 collectes sur 162 ou 163. Une correction s’impose toutefois : compte tenu du montant de la taille, la population de La Rochénard doit être de 78 feux plutôt que de 18…

La population totale des 149 collectes atteint 17 855 feux. Une estimation raisonnable pour l’ensemble de l’élection serait d’environ 19 000 feux (les paroisses dont la population n’est pas donnée totaliseront 1 117 feux vers 1709, selon Saugrain, dont les chiffres sont plutôt à la baisse pour les autres : 17 114 au lieu de 17 855). Comme Vauban évaluera la population de la France à 19 millions d’habitants, ces paroisses représenteraient 4 à 5 millièmes du pays, selon la valeur que l’on donne au feu.

Sur la carte suivante, nous avons rétabli les paroisses manquantes en utilisant le Dénombrement de Saugrain : il ne nous a pas semblé trop aventuré de les replacer dans l’une ou l’autre des six strates, en tenant compte de l’évolution démographique de leurs voisines.

Le résultat est assez proche de la carte des grains, hormis à l’est, à partir de Néré et des Touches-de-Périgny, mais c’est la surface qui joue là. Les plus grosses paroisses sont, dans l’ordre, Saint-Jean d’Angély (1 548 feux – il n’y en aura que 993 en 1709) ; Tonnay-Charente (636) ; Saint-Savinien (580) ; Frontenay (400) ; Cellefroin (318) ; Brizambourg (294) ; Usseau (262) et Vars (262 également). La moyenne se situe aux alentours de 120 feux.

Même si les limites actuelles ne sont pas toujours celles des paroisses du XVIIe siècle, nous avons dressé de même une carte de la densité en laissant un point d’interrogation là où nous nous sommes appuyé sur Saugrain. Au demeurant, le seul cas « tangent » était celui de Saint-Georges de Rex, qui se situait à 4,99 habitants au km2 en 1709, mais qui était certainement en décrue comme toutes les paroisses voisines : on l’a donc placé au-delà de la barre des 5. Partout ailleurs, la marge de certitude est plus que raisonnable.

La densité moyenne est de 9,6 feux au km2 – de 8,9 si l’on fait abstraction de Saint-Jean d’Angély.

En dehors de Saint-Jean d’Angély (82 feux au km2), les plus fortes concentrations s’observeraient au sud, avec Tonnay-Charente (18,5), Beauvais (18) et Matha (Marestay + Saint-Hérie, 17,8), ce qui peut s’admettre. On peut en revanche s’interroger sur toutes les autres paroisses que Saugrain ne qualifiera pas de bourgs (appellation réservée à Asnières, Beauvais, Brizambourg, Cellefrouin, Ecoyeux, Genouillé, Migron, Muron, Saint-Savinien et Usseau, toutes paroisses dépassant 200 feux – Saint-Savinien en avait même 600). Ainsi Nachamps (18,4 hab. au km2), Taillant (15,1), Bercloux (16,8) et Brie (15,7). On ne peut exclure une constriction de territoire, intervenue au cours des deux derniers siècles, mais on observera que Nachamps, qui forme une tache isolée (77 feux en 1686, 78 en 1709), a encore aujourd’hui une densité de 45 habitants au km2, proche de celle de Tonnay-Boutonne (49) et très au-dessus de celle du reste du canton (17). A Bercloux, elle est encore de 35 habitants au km2, proche donc encore de celle de Brizambourg. Et même si Taillant (75 feux) ne compte plus que 131 habitants, et Brie (99 feux) 178, il est probable que nous nous trouvons là en face de concentrations sur un terroir restreint. Brie, d’autre part, devait tenir à l’époque une place dans laquelle Thors (réduite à 60 feux) l’a depuis supplantée.

En bref, ces données valent surtout par les questions qu’elles suscitent : modification de limites, évolution de la structure agricole et appauvrissement relatif, désertion (pour motifs religieux ou fiscaux, notamment)… et appelleraient une étude au cas par cas, après comparaison avec la carte de 1999 qui permettrait aussi de repérer des « invariants » liés à la géographie (nature du sol, routes…). En l’état toutefois, les zones de forte densité dessinent grossièrement un triangle dont le sommet serait à Saint-Jean, la base allant de Saint-Savinien à Migron – donc sans beaucoup de rapport avec les zones identifiées comme riches par l’auteur du document.

V. La taille.

Colbert est célébré pour l’avoir allégée, sans toutefois parvenir à la ramener aux 25 millions de livres qu’il s’était donnés pour objectif. La collecte aurait été ramenée de 53 millions de livres sous Fouquet (1657) à moins de 34 millions en 1669. Mais elle atteignait encore 38 millions en 1655 et elle redépassait 40 millions en 1676-78. Ce n’est qu’en 1700-1701 qu’elle retrouvera son niveau de 1635 : 30 millions de livres. Voir le site du comité d’histoire du ministère des finances et, pour la série complète des tailles sous Colbert, Etudes sur Colbert de Félix Joubleau (1856, I, p. 131 – pour Le Peletier, II, p. 130, note).

On trouve, à la fin de l’état, le total imposé à l’élection depuis 1671, c’est-à-dire à peu près depuis que les intendants ont été chargés par Colbert de répartir la taille entre les élections, mais aussi depuis son deuxième niveau le plus bas – à peine supérieur à celui de 1669. Qu’il s’agisse de l’ensemble des élections ou de celle de Saint-Jean, la hausse est ensuite continue, ne s’interrompant qu’en 1679-1680 (effet de la paix de Nimègue, 1678) pour reprendre dès 1681, s’accentuant après la mort de Colbert. La série se termine toutefois sur une baisse, en 1685 : en raison de la disette de l’année précédente, Le Peletier avait décidé de réduire la taille de 3,5 millions de livres, décision qu’il aurait été obligé de rapporter mais qui paraît tout de même avoir été appliquée, à peu de chose près.

L’élection de Saint-Jean d’Angély n’apparaît pas particulièrement gâtée : sa taille croît de 26 % quand l’augmentation « nationale » n’est que de 20 %, par exemple, et ne redescend jamais en dessous du niveau de 1671. Hormis en 1672, sa charge s’alourdit toujours plus que la moyenne, sa part dans le total montant assez souvent à 0,75 %, au lieu des 0,71 initiaux. On ne peut toutefois pas dire qu’elle paie une fois et demie sa part, même si elle ne rassemble que 0,5 % des Français : les chiffres de la taille ne concernent, semble-t-il, que les pays d’élection.

Les années 1677-78 sont particulièrement pénibles puisqu’aux presque 304 000 livres de taille s’ajoutent respectivement 55 588 et 66 588 livres d’ustancille (pour l’entretien des troupes) – dont 7 000 puis 18 000 pour Saint-Jean. A quoi succédèrent les « vimaires » : deux années d’inondation, gelée de 1684, tempête sur les vignes, grande sécheresse de 1685. Taillebourg et Saint-Savinien sont, en ce qui les concerne, ruinés par le passage des soldats et « la divorce de la religion » (p. 292). D’où la supplique finale : « On n’estime pas que [la ditte eslection] se puisse jamais remettre sy le Conseil par sa bonté n’y remédie par la diminution de la taille qu’il peut luy donner. » On ne sait ce qu’il en advint…

Les montants de la taille étaient déterminés selon une procédure strictement descendante. Pour simplifier, une fois connu le brevet (en septembre), il revenait à l’intendant, assisté des élus, de procéder au département, c’est-à-dire de répartir l’impôt à collecter entre toutes les paroisses de ses élections. Enfin, en novembre, les collecteurs de chaque paroisse établissaient le rôle, fixant la contribution de chaque taillable. L’état de 1686 consiste pour l’essentiel dans les départements relatifs aux six années 1680-1685.

Notre tentative d’analyse ne portera que sur celui de 1685 : à tort peut-être, on a supposé que le recensement qui l’accompagne avait plutôt été établi cette année-là ou la suivante qu’en 1680, et que, compte tenu des « abandons » mentionnés pour plusieurs paroisses, on ne pouvait pas rapporter les impôts des années précédentes à une population diminuée. On a toutefois comparé les chiffres de 1684 et de 1685 : pratiquement toutes les paroisses ont profité de la décrue de la taille, dans des proportions variables de 4 à 54 % (ceci pour Chantemerle-sur-Soie, mais non pour Tonnay-Charente dont la taille de 1684 a été augmentée de 10 000 livres par erreur, de sorte que le total des paroisses dépasse les 279 972 livres mentionnées pour l’élection), mais bien plus souvent entre 6 et 14 %. Seules 4 ont vu leur charge s’alourdir pour des raisons qui nous échappent : Archingeay, Usseau, Bignay et Ebéon – qui paie 18 % de plus !

Si l’on additionne les 161 chiffres fournis par l’état, il manque 2 455 livres pour atteindre le total annoncé de 254 138 – 2 150 en 1684, après correction de la taille de Tonnay-Charente – et on ne peut penser que Blanzac en a fourni la totalité, la paroisse ne contribuant que pour 770 livres en 1699. L’écart est peut-être dû à une autre omission (celle de Saint-Hilaire-la-Palud ? Mais cette paroisse n’est pas mentionnée non plus par Saugrain…).

Quoi qu’il en soit, la carte de la taille en valeur absolue est très proche de la carte des feux, surtout si l’on compare le dessin des deux tranches hautes (fond rouge). On notera tout de même quelques différences :
- le nord (Deux-Sèvres actuelles) semble surtaxé, à la différence de région de Tonnay-Charente et Saint-Savinien, où le contour ne change pratiquement pas.
- dans la zone médiane, trois paroisses au nord de Saint-Jean ont changé de tranche (Saint-Denis du Pin, Lozay et Migré).
- mais l’écart le plus visible se situe à l’est. Alors que l’on s’attendrait à trouver Matha et Sonnac dans les principaux contribuables, on a l’impression que la pression fiscale s’est déplacée d’un cran, au détriment de Brie, Louzignac et Siecq notamment.

Si l’on garde malgré tout le total de 254 138 livres, on constate que les douze paroisses imposées à plus de 3 000 livres en fournissent 22,4 %, soit autant que les 66 plus petites réunies. Mais, si l’on estime la population totale à 19 000 feux, les 12 rassemblent 26,6 % de la population et les 66 PPP (plus petites paroisses) seulement quelque 18 % – 3 469 feux qui paient autant que 5 057. On pourrait donc en conclure que les petits villages paient davantage que les villes. L’étude statistique de Jacques Lavallée (cf. forum) va d’ailleurs en ce sens : « Sur les 15 paroisses qui paient plus de 20 livres par feu, 13 ont moins de 90 feux », relève-t-il aussi. C’est exact, même si ces paroisses sont en fait 22, et celles de moins de 90 feux, 17. La proportion de paroisses payant plus de 15 livres par feu augmente avec le nombre de feux, cependant que la part de celles qui paient moins de 11 livres diminue, suggère aussi un de ses tableaux. Mais beaucoup de ses chiffres sont faux : en fait, 17 % des 64 paroisses de moins de 80 feux paient moins de 11 livres (et non 19 %), la proportion montant seulement à 21 % pour les plus de 160 feux et s’établissant à 30 % pour la tranche intermédiaire. 17, 30, 21 au lieu de 19, 31, 38 : la série est moins démonstrative. Pour les paroisses « chargées » (plus de 15 livres), les pourcentages sont, de la strate inférieure à la strate supérieure : 48, 31, 25 (au lieu de 45, 41, 9), ce qui confirme cette fois le diagnostic tout en réduisant les écarts entre extrêmes. Un examen plus détaillé montre que les petites tailles (moins de 11 livres) tendent en réalité à se concentrer – 15 sur 34 – dans la tranche des paroisses de 118 à 182 feux et, en particulier sur la tranche entre 120 et 160 feux, tandis que l’impôt élevé frappe dans deux tranches : sur 59 paroisses à plus de 15 livres, 17 ont moins de 50 feux mais 16 en ont entre 80 et 120. On pourrait donc ainsi affiner l’analyse : les petites paroisses (moins de 120 feux qui est, rappelons-le, la moyenne) sont plus souvent défavorisées, sauf dans la tranche entre 50 et 80 feux (34 sur 102), et ne sont éventuellement favorisées que les vingt suivantes à peu près, les vingt plus grosses payant toutes plus de 10 livres par feu… sauf Saint-Jean d’Angély ! Si l’exécution était plus systématique, cela pourrait constituer une politique, d’incitation fiscale au regroupement de la population, d’une part dans des villages moyens, d’autre part dans des « bourgs » – et à Saint-Jean.

Mais une carte révèle une autre logique. Pour la plupart, les paroisses les moins imposées sont ou bien les plus excentrées, ou bien les plus proches de Saint-Jean d’Angély. On y ajoutera Matha et Sonnac, pourtant aisées en principe. Les moins favorisées dessinent quant à elles une longue courbe allant de Niort à Cabariot – presque toutes les collectes actuellement dans les Deux-Sèvres y sont comprises –, et qui ne correspond qu’en partie à la zone « riche » des céréales et de l’élevage. Les actuels cantons de Loulay et d’Aulnay sont également concernés, de façon discontinue, mais on retrouve surtout le canton sud-est des paroisses à plus de 2 000 livres, dont rien apparemment n’explique qu’il soit ainsi surtaxé.

En revanche, toutes les grosses collectes des actuelles Charentes se situent dans la tranche intermédiaire des 11 à 15 livres par feu, hormis Tonnay-Boutonne qui est à 16 livres… et Saint-Jean d’Angély, qui est à moins de 3 – le record absolu de la sous-imposition !

Mais le chef-lieu de l’élection est un cas tout à fait à part, non en raison de la présence de « terres ingrattes » mais parce que l’abbaye bénéficie d’exemptions, tout comme un certain nombre d’officiers et, surtout, comme la ville, en raison de son statut municipal – quitte pour elle à s’acquitter autrement, sous forme soit d’entrées, soit d’une contribution votée « librement ». La question serait bien plutôt de savoir qui, à Saint-Jean, doit payer la taille.

Une carte un peu plus précise permet de faire le point sur certaines inéquités, réelles ou ressenties.

Les records d’imposition : Louzignac et Sansais (32 livres par feu) ; Amuré (28) ; Candé (27) ; Crespé (26) ; Siecq (25) ; Saint-Aubin de Gript (24) ; Saint-Félix (23) ; Brie, Torxé et Deyrançon (22). Cinq sur onze dans les actuelles Deux-Sèvres et trois dans le canton de Matha.

Certaines paroisses sont reconnues « fort chargées de taille » (La Jarrie-Audoin, Saint-Savin, Coulonges, Bords et Champdolent, Bussac, Saint-Georges de Rex, Vallant) mais d’autres fois, la mention d’une contribution excessive, lourde en tout cas, ne concerne qu’une partie des habitants, ainsi incités à changer de paroisse (Saint-Félix, Doeuil, Archingeay, Crespé, Amuré). Ces « gros taux » résultent parfois du passage de métairies en faire-valoir direct : « Il y a plusieurs de petite noblesse qui ont des mestayries qui portaient de gros taux ; les maistres font faire leurs mestayries à présent par leurs valletz, sy bien que les habitans ne pouvant pas supporter les gros taux sont obligez de quitter et par conséquent la parroisse est ruynée. » (Coivert, mais aussi Chanteloup et, semble-t-il, toute la châtellenie de « Fontenay-la-Battu » – aujourd’hui Frontenay-Rohan-Rohan –, p. 309). Les abandons se produisent surtout à proximité du Poitou mais aussi à Tonnay-Charente, cette fois à cause de l’attraction exercée par Rochefort. Le résultat est qu’on « jette » la taille sur des misérables, qui ne peuvent payer (cf. Vallant).

Taillables de bonne volonté, les gens de Mons (qui paient pourtant beaucoup) et de Migron apparaissent comme des exceptions. Tout près, à Ecoyeux, « le peuple est extrêmement dur à payer la taille, faisant toujours cours des bruits qu’elles sont remises ; et quelques décharges qu’ils ayent tous les ans ils sont toujours en reste. » Ailleurs, cette résistance à l’impôt s’explique par le niveau élevé des taux (Brie), mais cela ne semble pas être toujours le cas (Sonnac, Brizambourg) : serait-ce alors l’effet de droits seigneuriaux excessifs ?

VI. Les principaux fiefs.

En tout cas, même si beaucoup de fiefs ecclésiastiques se trouvent dans la zone centrale qui est aussi celle de la « sous-imposition », ils ne bénéficient d’aucun privilège, semble-t-il. Dans les paroisses dépendant de l’abbaye, les prélèvements s’échelonnent de 8,5 à 20 livres par feu, avec une moyenne de 11. A la rigueur, on pourrait plus raisonnablement soutenir que les fiefs surtaxés sont ceux de petits nobles, moins en état de défendre leur cens.

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