Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

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1576 - Harangue prononcée par Henri III aux Etats Généraux de Blois

lundi 10 juillet 2023, par Pierre, 43 visites.

Henri III, né le 19 septembre 1551 à Fontainebleau et mort assassiné le 2 août 1589 à Saint-Cloud, est roi de Pologne sous le nom d’Henri Ier (Henryk en polonais) de 1573 à 1575 et roi de France de 1574 à 1589. Il est le dernier monarque de la dynastie des Valois et le premier Capétien mort assassiné (aucun roi de France carolingien ne l’ayant été).

Les Etats Généraux ont lieu à Blois du 6 décembre 1576 au 1er mars 1577. Les cahiers rédigés à cette occasion par les trois ordres inspirent l’Ordonnance de Blois de 1579. Ils condamnent l’hérésie protestante et imposent l’inaliénabilité du domaine royal.

A la lecture de la "Harangue" on s’attend à un règne de pacification. Mais il n’en est rien : sous la pression de la Ligue et de son chef, le très populaire duc de Guise, Henri III se voit contraint de signer le traité de Nemours le 7 juillet 1585. Le roi s’y engage à « bouter les hérétiques hors du royaume » et à faire la guerre à Henri de Navarre, son propre héritier. La huitième et dernière guerre de Religion commence. On la nomme « guerre des Trois Henri », car Henri de Guise, Henri III de France, et Henri III de Navarre incarnent les trois belligérants.

Calendrier des Etats-Généraux de Blois et leurs suites

15/11/1576 - Ordonnance du roi pour convoquer les Etats-Généraux.
18/11/1576 - Entrée du roi à Blois.
24/11/1576 - Début des séance de validation des mandats des Députés.
28/11/1576 - Début du processus de "compilation" des cahiers de doléances.
30/11/1576 - Procession générale (église Saint-Sauveur).
06/12/1576 - Harangue du roi aux délégués.
18/12/1576 - Les députés du Clergé d’Angoumois font cahier commun avec le Clergé de Guyenne.
24/12/1576 - Le Tiers-Etat commence la "compilation" de son cahier général.
27/01/1577 - Assemblée générale dans la grande salle des 3 Etats.

Validation des cahiers de doléances :
30/01/1577 - Cahier de la Noblesse.
06/02/1577 - Cahier du Tiers-Etat.
08/02/1577 - Cahier du Clergé.
09/02/1577 - Les cahiers des 3 Etats sont présentés au roi.
22/02/1577 - Le roi, mécontent de quelques dispositions des cahiers du Tiers-Etat, exige leur correction.
02/03/1577 - Le Tiers-Etat répond négativement.

Les suites des Etats Généraux de Blois (1576-1577)
17/09/1577 - Edit de Poitiers.
17/11/1577 - Paix de Bergerac. Fin de la 6ème Guerre de Religion
25/02/1579 - Traité de Nérac. 7ème Guerre de Religion.
03/1579 - Ordonnance de 1579. Cette ordonnance dite de Blois ne fut enregistrée à Paris que le 25 janvier 1580 !

Source : BNF Gallica

HARANGUE PRONONCEE
par le Roy en l’assemblée generale de ses Etatz
en la ville de Bloys le Jeudy sixiesme jour de Décembre 1576,

Pour Jean de Lastre demeurant pres le College de Reims.
A Paris.

Les Etats Généraux de Blois en 1576

Messieurs, Il n y a personne qui ne sçache les causes desquelles j’ay esté esmeu à convoquer ceste assemblée, pour ce n’est il besoing de consommer le temps en parolles à le vous faire entendre.

Je croy aussi qu’il n’y a celuy qui ne soit venu bien instruict & préparé pour satisfaire à tout ce que j’ay mandé par mes commissions publiées en chacune province. Et m’asseure d’avantage qu’il n’y a homme en ceste compagnie qui n’ait apporté le zele & affection qu’un bon & loyal suject doit avoir envers son Roy & le salut de sa patrie.

Presupposant cela, j’espere que en ceste assemblée de tant de gens de bien, d’honneur, & d’experience, se troueront les moyens pour mettre ce Royaume en repos, pourveoir aux desordres & abbuz qui y sont entrez par la licence des troubles, delivrer mon peuple d’oppression & en somme donner remede aux maulx donc tout le corps de cest estat est tellement ulceré qu’il n’a membre sain & entier au lieu qu’il souloit estre le Royaume plus heureux, plus florissant & sur tous autres renommé de religion envers Dieu, d’intégrité en justice, d’union entre les sujectz, d’amour & obéissance envers leur Roy, & de bonne foy entre les hommes, toutes lesquelles choses se voyent maintenant tant alterées, en plusieurs endroictz si effacées que à peine s’en recognoist umbre ny marque.

Certainement quand je viens à considerer l’estrange changement qui se voit partout depuis le temps des Roys de tres louable memoire, mes pere, & ayeul, & que j’entre en comparaison du passé & du present, je cognois combien heureuse estoit leur condition, & la mienne dure & difficille.

Car je n’ignore pas que de toutes les calamitez publiques & privées qui adviennent en un estat, le vuIgaire peu clair voyant en la verité des choses, de tous maux qu‘il sent,il s’en pend à son prince, l’en accuse, & prend à garant, comme s’il estoit en sa puissance d’obvier à tous sinistres accidens, ou d’y remédier aussi promptement que chacun le demande.

Bien me conforte qu’il.n’y a personne de sain jugement qui ne sçache la source dont sont venuz les troubles, qui m’ont produict tant de miseres & calamitez, de la coulpe & blasme desquels le bas aage, auquel le feu Roy mon frere, & moy estions lors, nous justiffie assez.

Et quant à la Royne ma mere, il n’ya personne de ce temps là, qui ayt peu ignorer les incroyables peines travaulx qu’elle print pour obvier au commencement des mal-heurs, & les empescher. Mais autre fut la détermination & la providence divine, dont elle porte les angoisses & ennuys qui ne se peuvent comprendre par la singuliere affection qu’elle avoit à ce Royaume, amour & maternelle charité envers nous ses enfans, voyant le danger de la dissipation de nostre paternel & legitime heritage, la conservation duquel apres Dieu il luy doibs & tous universellement qui ayment la France, sont tenuz luy rendre immortelle louange de la grande vigilance, magnanimité, soin & prudence, avec lesquelles elle a tenu le gouvernail pour sauver ce pauvre Royaume à nostre minorité, contre l’injure des vagues, & impétuosité des mauvais vens, partialitez & divisions dont cest estat estoit de toutes parts agité.

Pareillement il n’y a personne, qui ne me doive rendre tesmoignage qu’aussi tost que j’ay attaint l’aage de porter les armes, & faire service au feu Roy nostre frere, & à ce Royaume, je n’ay espargné labeur ny peine, j’ay exposé ma personne & ma vie à tous hazardz de la guerre, où il a esté besoing d’essayer par les armes à mettre fin aux troubles. Et d autrepart où il a este befoing de les pacifier par réconciliation, nul plus que moy, ne l’a desiré ni plus volontiers que moy n’a presté l’oreille à toutes honnestes & raisonnables conditions de paix, que I’on a voulu mettre en avant.

Nul ausi n’ignore le devoir ou je me mis de pacifier ce Royaume, avant que d’en partir pour aller en Pologne, il est pareillement notoire à tous en quelle combustion je trouvay les choses à mon retour plusieurs villes & places fortes occupées, les revenuz de la couronne en plusieurs lieux usurpez, le commerce failly, partye des sujectz desbordée en toute licence, bref tout ce Royaume plain de confusion. Ce que voyant à mon arrivée je m’esforcé par tous les offices & moyens de douceur qui me furent possibles de faire poser les armes, louer les desfiances, asseurer chacun & rendre tous mes subietz capables de mon
intention & que ma volonté ne tendoit que à pacifier les troubles par une bonne reconciliation, & faire vivre tous mes sujetz en bonne paix & repos soubz mon obeissance.

Toutesfois je travaillay lors en vain, & demeura ma bonne intention frustrée, ce que voyant à mon tresgrand regret, je fus contraint recourir aux extremes remedes, que je m’efforçois d’eviter comme un rocher en la mer, ayant par expérience cogneu les maux que les guerres intestines apportent à un estat, combien les sujetz de ce Royaume auroient ja suporté de miseres par l’injure d’icelles & que si le mal-heur estoit qu’elles continuassent, je serois aussi contrainct de continuer les charges & tribuz sur mon peuple, voyre à l’adventure les multiplier, comme les despenses desdites guerres sont infinies & inestimables.

Je considerois d’avantage, que toutes occasions & moyens me seroient tolluz au commencement de mon régne, de faire gouster à mes sujectz le fruict de ma bénignité, & de la volonté avec laquelle je voulois les soulager tous & gratifier chacun selon son mérite, prevoyant de là, que au lieu de ce que plus je désirois, aduviendroit ce que plus j’abhorrois, pouvant affermer en vérité que de tous les accidens de ces dernières guerres, je n’ay rien senty si grief ny qui m’ayt pénétré dans le cueur si avant, que les oppressions & miseres de mes pauvres sujects la compassion desquelz m’a souvent esmeu à prier Dieu de me faire la grâce de les delivrer en brief de leurs maux, ou terminer en ceste fleur de mon aage, mon regne & ma vie, avec la reputation qu’il convient à un prince descendu par la longue succession de tant de magnanimes Roys, plustost que de me laisser envieillir entre les calamitez de mes sujectz, sans y pouvoir remedier, & que mon règne, fust en la memoire de la posterité remarqué pour exemple de regne malheureux.

Bien doy-je rendre graces à Dieu, qu’en toutes ses agitations d’orages,& tempestes, il m’a tousjours conforté d’une ferme fiance, qu’il ne m’a point mis ceste couronne sur ma teste pour ma confusion ny le septre en la main pour verge de son ire, mais qu’il m’a colloqué en ce souverain degré & Royale dignité, pour estre instrument de sa gloire. Ministre & dispensateur de ses graces & benédictions sur le nombre infini de tant de creatures qu’il a mis souz mon obeissance & protection, Aussi le puis-je appeller à tesmoing, que ie me suis proposé pour unique fin le bien, salut, & repos de mes sujectz, & que à cela tendent tous mes pensemens & desseintz, comme au port de la plus grande gloire & félicité que je puisse acquérir en ce monde.

En ceste intention a pres avoir bien consideré les hazardz & inconveniens qui estoient de tous costez à craindre, j’ay finalement prins la voye de doulceur & reconciliation, de laquelle on a ja recueilly ce fruict, qu’elle a estaint le feu de la guerre, dont tout ce Royaume estoit enflammé, & en danger de le consommer entierement qui n’eust soudain jetté ceste eaue dessus.

Je sçay bien que d’une si grande combustion qui a duré si longuement, que celle des troubles de ce Royaume , il est demeuré beaucoup de reliques lesquelles pourroient facillement rallumer le feu qui ne les amortiroit du tout, à quoy je veux principalement travailler, accommodant, autant que possible sera, toutes chose, pour affermir & asseurer une bonne paix laquelle je tiens estre comme le remede seul & unique pour conserver le salut de cest estat. Aussi est il trop evident, que sans la paix toutes les ordonnances, provisions, & reiglemens que je ferois icy pour soulager mes sujectz ne proffiteroit de rien.

Soions doncques pour la raison, par les exemples des mal-heurs d’autruy, & le trop d’experience des nostres, enseignez : je croy aussi que si chacun faict son devoir avec l’ayde de Dieu, ceste assemblée ne se departira point, que n’ayons faict les fondemens d’un repos asseuré, trouvé les remedes pour soulager mon pauure peuple,pourvoir aux abuz, & renger tous estatz en bon ordre & discipline car il n’y a rien, si difficile dont avec le travail & universel, consentement de mes subjectz (tous lesquels vous représentez icy) je ne me puisse promettre l’issue que je desire.

Pour ces causes, je vous prie & conjure tous par la foy & loyauté que me devez, par l’affection que me portez, par l’amour & charité qu’avez envers vostre patrie, au salut de vous, voz femmes & enfans, posterité, & à la conservation de voz biens, qu’en ceste assemblee toutes passions mises en arriere, veuillez tous de cueur & volonté uniz, mettre vivement la main avec moy, a ce bon œuvre, pour me ayder & asseurer ce repos si necessaire, extirper autant que faire ce pourra, les racines & semences de division, reformer les abus, remetre la justice en son integrité, & en somme repurger les mauvaises humeurs de ce Royaume, pour le remettre en sa bonne santé, vigueur, & disposition ancienne.

Quant à moy, ayez je vous prie ceste opinion, que je recognois de la grace de Dieu ce que je suis, que je ne veux pas ignorer pourquoy il m’a mis en ce plus hault lieu de honneur & dignité, moins veux-je mal user de la souveraine puissance qu’il m’a donnée.

Je sçay, que j’auray une fois à luy rendre compte de ma charge, & veux aussi protester devant luy en ceste assistance, que mon intention est de régner comme bon, juste & legitime Roy sur, les sujets qu’il a mis soubz ma conduite, que je n’ay autre fin que leur salut & prosperiré, nul si grand desir que de les veoir uniz & vivre en paix soubz mon obeissance, veoir mon pauvre peuple soulagé, mon Royaume repurgé des abus qui y ont prins pied par l’injure du temps, & le bon ordre & discipline retablis en tous estats. Vous asseurant que à ceste fin je travailleray jour & nuict, & y emploiray tous mes sens mon soing, & mon labeur sans y espargner mon sang &ma vie s’il en est besoing.

Au demeurant, soyez certains, je le vous promects en parolles de Roy, que je feray inviolablement garder & entretenir tous les reglemens & ordonnances qui seront en ceste assemblee par moy faictes, je ne donneray dispense au contraire, ny permettray qu’elles soient aucunement enfraintes.
.
Parquoy si vous correspondez à mon intention, il n’y a rien qui puisse empescher le fruict de noz labeurs, Car il fault croire que Dieu assistera ceste congregation, & si saincte entreprinse, & de laquelle si je puis (moyennant sa grace) venir à chef, j’espere que l’on verra soubz mon regne, ma couronne aussi florissante, & mes subjects autant heureux qu’ils ayent jamais esté en autre temps de mes predecesseurs. Chose qu’avec tous mes voeux & affectueuses prieres je requiers incessament à Dieu, comme le plus hault point d’honneur & gloire où je sçauray etteindre, en ce monde, & auquel si je puis parvenir, je me sentiray tres-heureux & contant.

Extraict du privilege du Roy.

Par grace & privilege du Roy, il est permis à Jean de Lastre Libraire, demeurant en ceste ville de Paris, d’imprimer & faire imprimer, vendre & distribuer par tous les lieux de ce Royaume, Ia harangue prononcée par le Roy, aux Estatz generaulx tenus à Bloys, ensemble le plan & figure d’iceulx, & defences sont faictes à toutes personnes de quelque estat ou qualité qu’ils soient, de n’imprimer ny contrefaire la figure sur les peines contenues en son privilege. Donné à Paris, ce douziesme de Decembre 1576.

Signé par le Conseil. TESTU.

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