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1644 - 1694 - Des loups-garous en Angoumois : la justice s’en mêle

D 18 janvier 2014     H 15:49     A Pierre     C 0 messages A 415 LECTURES


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Un humain se transformerait en loup (lycanthrope), sous l’influence du démon, par des pratiques magiques. Ce mythe a traversé les siècles en Europe. Quand la justice s’en mêle, cela peut devenir dramatique pour celui qui est accusé de cette pratique. Et les mots "loup-garou" et "sorcier" ne sont bien souvent prononcés que pour nuire à la réputation d’un voisin.
Nous avons extrait quelques exemples de procédures judiciaires sur ce thème dans les jugements du Présidial d’Angoumois, au 17ème siècle.

A lire avant de s’endormir ...

Voir aussi :
- Un animal fantastique en Aunis et Saintonge : le loubron ou berou
- 1723 - 1725 - Sorcier, coureur de loup-garou et mangeur de chiens en Angoumois

Source : Archives Départementales de la Charente - Sénéchaussée et Présidial d’Angoumois - Transcription par Gabriel Delage – Association Généalogique de la Charente. - Texte numérisé par Pierre

Le loup-garou : une peur ancestrale


Article tiré du Dictionnaire de la pénalité dans toutes les parties du monde connu.
 Par Edme Théodore Bourg Saint-Edme – Paris - 1828


LOUP-GAROU. Homme changé en loup ou autre bête féroce, et courant la nuit sous cette forme. Cette absurde et superstitieuse croyance, qu’un individu peut, par des moyens surnaturels, changer de forme et en prendre une effrayante, était répandue chez les anciens peuples ; on lit dans Virgile : Sœpè lupum fieri Mœrim et se condere sylvis.

Le christianisme, loin de détruire cette erreur, lui prêta un nouvel appui par le dogme de l’influence du démon sur les hommes. Ce dogme, appliqué par l’ignorance et le fanatisme, fit regarder comme certains les faits les plus ridicules. On admit l’existence des sorciers comme article de foi ; il y eut des loups-garoux, et on brûla ceux qu’une honteuse procédure osa reconnaître comme s’étant livrés à cette sorte de métamorphose ; les tribunaux trouvèrent même des hommes qui eurent l’extrême folie de s’avouer coupables de ces changemens de forme de leur corps. La Roche-Flavin rapporte un arrêt du parlement de Dôle, de l’année 1574 , qui condamna au feu Gilles Garnier, pour avoir renoncé à Dieu, et s’être obligé à ne plus servir que le diable, qui le changea en loup-garou. L’arrêt dit que, sous la forme de loup-garou, il a saisi et dévoré de petits garçons, et que le coupable avoua plusieurs fois tous ses crimes. La philosophie a dissipé de vieilles erreurs et chassé les démons des corps qu’ils obsédaient. Plus de sorciers, plus de loups-garoux, que pour quelques pauvres paysans imbécilles. Il est vrai que cette classe malheureuse souffre encore des effets de son ignorance ; car il n’y a peut-être pas de village en France qui n’ait ses loups-garoux ; mais on ne verrait plus aujourd’hui un tribunal admettre dans ses jugemens la certitude d’une transformation surnaturelle. Un des derniers exemples de loups-garoux, ou prétendus tels, que présentent les annales judiciaires, est celui du nommé Maréchal, qui demeurait, en 1804, au village de Longueville, à deux lieues de Méry-sur-Seine. Marié et déjà d’un certain âge, Maréchal devint amoureux d’une fille d’un village voisin ; et, ne pouvant s’en faire aimer, il se transforma successivement en sanglier, en ours, en loup, et alla toutes les nuits faire son sabbat plusieurs fois à la porte de sa belle, dans l’idée d’obtenir, par la frayeur et la violence, ce que sa laideur et sa réputation de sorcier ne lui permettaient pas d’espérer. La fille qu’il persécutait ainsi engagea par ses promesses un jeune paysan à coucher auprès d’elle pour la garantir des visites du loup-garou. Ce nouveau chevalier s’arma d’un fusil, se rendit à son poste, et attendit la bête. Dès qu’il aperçut le monstre à quatre pattes, qui venait assez lourdement à lui, il le coucha en joue et le manqua. Le loup-garou, qui avait aussi un fusil, tira à son tour sur le paysan et lui cassa la jambe. Celui-ci, étonné de se trouver eu face d’un loup qui tirait des coups de fusil, se jeta comme il put dans la chambre de la demoiselle, et ferma la porte au verrou. Des scènes semblables se continuèrent. A la fin, la justice, informée, s’empara de Maréchal. On ne trouva dans le prétendu sorcier qu’un vaurien coupable de vols et de divers brigandages qu’il exerçait dans ses courses nocturnes. On le condamna aux galères perpétuelles.

Sénéchaussée et Présidial d’Angoumois – Archives Départementales de la Charente – B1 – 976 (1)

1644 – Vaux-Rouillac (Charente)

31 octobre 1644 - Interrogatoire de Théodore Massicot, maître chirurgien, demeurant au bourg de Rouillac, accusé, à la requête de Michel Maignen promouvant

interrogé où il était le 8e jour du présent mois

répond que venant ledit jour de Foussignac et passant par le bourg de Vaux, il aurait fait rencontre dudit Maignen, auquel il aurait demandé quelque argent qu’il lui devait, à quoi led promouvant aurait fait réponse qu’il ne lui devait rien…

Interrogé si ledit jour il serait allé dans la maison du nommé Renollet, hôtelier au bourg de Vaux

répond que passant par le bourg de Vaux à cheval, il aurait rencontré led Renollet au devant sa maison qui l’aurait invité à goûter de son vin. À quoi il aurait fait réponse que très volontiers il en goûterait.

Interrogé si ayant aperçu dans la maison dudit Renollet ledit Maignen, il se serait adressé à lui et se serait mis en colère, lui demandant 7 sols 6 deniers qu’il lui devait, auquel ledit promouvoir aurait fait réponse qu’il ne lui devait que 4 deniers, lesquels il était prêt de payer.
Alors, ledit répondant se serait d’abondant mis en colère, juré et blasphémé le saint nom de Dieu, lui disant qu’il avait menti
et qu’il était un sorcier, avait la marque du diable à la joue, et lui ayant donné un grand soufflet, lui disant qu’il courait le loup-garou et que si Tabourin [1] était au pays, il serait brûlé
et que le diable lui avait arraché la moitié du poil de la tête et s’étant mis derechef à blasphémer le nom de Dieu, il lui aurait dit qu’il lui arracherait le reste poil à poil.

Répond qu’ayant aperçu ledit promouvant en la maison de Renollet, lui demanda s’il lui voulait pas payer 7 sols qu’il lui devait dès le temps des fauches dernières, à cause de viande de mouton prise dans sa maison. À quoi il aurait fait réponse comme il a déclaré ci-dessus, qu’il ne lui devait rien, et que le nommé Resnier l’aurait payé,
lequel aurait fait réponse que lui, ni ledit Resnier, ne l’avaient payé.
À quoi ledit promouvant aurait fait réponse qu’il n’y avait que 6 sols 8 deniers.
Alors ledit répondant lui aurait dit : « Jure ta foy ; si cela est véritable, je te donne le tout ».
Lequel aurait fait réponse : « Je me donne au diable si cela n’est véritable »
alors, lui qui répond, lui aurait dit : « il y a longtemps que tu es à lui et que tu t’y donnes à bon marché, puisque ce n’est que pour 4 deniers »
là-dessus, led promouvant se mit à jurer, et à dire qu’il avait menti et se serait jeté à lui pour lui méfaire
ce que voyant ledit accusé se mit en défense et le repoussa…
Le promouvant se mit à l’appeler « méchant homme, affronteur, qu’il ne valait rien, n’avait jamais rien valu, et ne vaudrait jamais rien »
ledit répondant se mit à rire et lui aurait dit : « Tais-toi, tais-toi, Tabourin viendra dans peu de temps qui te châtiera bien car tu portes la marque de ceux qu’il cherche ».

Finalement le répondant dit qu’il tient et répute le promouvant pour homme de bien et d’honneur et non de la qualité des injures mentionnées en sa plainte.


1694 Bourg-Charente

Sénéchaussée et Présidial d’Angoumois – Archives Départementales de la Charente – B1 – 1020

9 mars 1694 - plainte au lieutenant criminel

par Jean Pierre, meunier, disant que David Vernou, aussi meunier, lui a impropéré depuis 8 à 16 mois en ça, plusieurs injures graves…
l’ayant traité en plusieurs divers endroits et en son absence,
de loup-garou, sorcier, et méchant homme,
à dessein de le perdre d’honneur et de réputation.

13 mars 1694 information par le juge de Saint-Même

Pierre Masson, 28 ans, marchand, demeurant au village des Prevost, paroisse de Mainxe

au mois de juillet dernier, il était à Segonzac chez le nommé Izaac Bousay, chapelier
comme ledit qui dépose et ledit Bousay voulaient se mettre à table pour faire collation, il y survint David Vernou qui demande audit qui dépose si chez eux donnaient encore la pochée [2] à Jean Pierre
et ledit qui dépose lui ayant dit que oui, ledit Vernou dit qu’il s’étonnait comme quoi il buvait avec Jean Pierre et qu’ils donnaient leur pochées parce que sa réputation était fort méchante, qu’il était un sorcier et même disait qu’il avait ouy dire qu’à la foire dernière de Jarnac, il avait pris un chien de nuit, au Bout des Ponts de Jarnac.

Pierre Martin, 22 ans, chasseron, demeurant au lieu de Berland, paroisse de Bourg Charente

il a ouï dire seulement que le dit David Vernou disait qu’il s’étonnait comme quoi Jean Rabit buvait avec Jean Pierre.

Jean Rabit, 35 ans, meunier, demeurant au lieu de Veillard, paroisse de Bourg Charente

depuis la St Jean-Baptiste dernière, ledit qui dépose était avec ledit Vernou, assis devant sa porte, où ledit Vernou accusé dit à celui qui dépose qu’il s’étonnait comme quoi il buvait avec le promouvant
et qu’il avait ouy dire par une fille qu’elle avait vu une peau noire large comme un manteau, sous son chevet de lit, et disait que c’était une peau de loup-garou.

David Treuillard, 30 ans, meunier, demeurant au moulin de Brelant, paroisse de Bourg Charente

depuis la Saint Jean-Baptiste dernière,, étant un jour chez David Vernou, à boire, ledit Vernou lui aurait dit en parlant de Jean Pierre qu’il aurait ouï dire à une fille qu’elle avait vue chez Jean-Pierre une grande peau noire, large comme son manteau, et qui avait le poil extrêmement long, qui était dur comme du fer. (Vernou aurait dit aussi que Jean-Pierre était un sorcier)

1er avril 1694 Audition à Angoulême

de David Vernou, 50 ans, meunier au moulin de Berlan, paroisse de Bourg Charente

il dénie tout.


[1Expression à signification incertaine. S’agit-il d’un personnage mythique qui survient à l’improviste ?
Un « Dictionnaire Universel français et latin » de 1743 donne cette définition :
TABOURIN , ou Tambourin, f m. Petit tambour qui sert à faire jouer les enfans, à faire danser les gens de village & le peuple. Tympanulum. II n’y a pas long-temps qu’on ne dansoit qu’avec le rebec & le tabourin ; d’où l’on a fait ce proverbe, ce qui vient de la flûte s’en retourne au tabourin pour dire qu’on se ruine souvent par des voies semblables à celles, par lesquelles on s’est enrichi.
Tabourin , se dit aussi de celui qui joue du tabourin : & l’on dit proverbialement d’un homme qui survient à propos en quelque occasion, qu’il vient comme tabourin à noces. Tympanysta. On dit aussì d’un homme qui a beaucoup bu dans un repas, qu’il a bu tant que tabourin à noces.

[2Sac de grain à moudre

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