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1723 - Le couvent des Capucins de Rochefort (Charente-Maritime)

jeudi 8 novembre 2012, par Pierre, 860 visites.

En 1723, Jean-Jacques Amelot de Chaillou, intendant de la Gnralit de la Rochelle, lance une enqute sur les tablissements religieux et hospitaliers de la Gnralit, dans le but d’tablir une "statistique". Le questionnaire envoy par courrier comprend 6 questions :
 historique de la fondation
 nom de l’tablissement
 ordre de rattachement
 effectifs
 revenus
 charges

Nous avons dpouill pour vous les rponses cette enqute. Voir l’introduction de cette rubrique

Source : Archives Dpartementales 17 - H86 - Transcription : Pierre Collenot.

Ce document est un des plus riches de cette enqute : vie religieuse Rochefort au XVIIIe sicle, tat des glises, concurrence entre congrgations, dsordres montaires de cette priode. Le tout dans un franais d’excellente qualit, avec un humour parfois grinant...

Etat du monastre des Capucins de Rochefort en Aulnis

Le dit monastere de l’ordre des frres mineurs capucins de St Franois, de le province de Touraine, de la ville de Rochefort en Aulnis du diocese de la Rochelle, fut bati en 1673 par M Colbert du Terron, suivant l’ordre de Lois le Grand, de glorieuse memoire, sur les fonds ordonns par sa Majest, tant pour les batiments dudit monastere, que pour celui de son eglise, qui a pour patron St Jean Baptiste, eglise qu’on peut dire la seule de Rochefort, raison de sa grandeur, pieux monument de la piet et du zele du grand monarque, qui a fait batir ce monastere pour donner par l, comme il le dit lui mme par ses lettres patentes, registres et revtues de toutes les formalits requises, que sa Majest accorda aux religieux dudit monastere en 1701 aux officiers, soldats, matelots, ouvriers et autres emplois au service de la marrine, tous les secours spirituels dont ils pouvoient avoir besoin.

2 En segond lieu la famille dudit monastere, qui deveroit etre de douze prtres, suivant les besoins convenables, tant pour les messes, que pour l’administration du sacrement de penitence, tant au dedans que au dehors, singulirement dans le tems des grandes solennits, et des maladies populaires assez frequentes au dit lieu, n’est actuellement que de neuf prtres, d’un clerc aspirant la pretrise et de quatre freres laics, dont l’un est invalide.

3 Pour ce qui est des facultez, ou ce que les rents appellent revenu du dit monastere, elles consistent :
 1 en une aumne de 800# que sa Majest lui donne par chaque anne, 200# par quartier [1] sur le tresor de la Marine
 2 en une autre aumne de 190# du magasin des vivres qui lui tient lieu de celle qu’on lui donnoit cy devant en danres, consistant en deux tonneaux de vin de Bordeaux, 500 buches, 50 livres de chandelle, 8 quinteaux de farine, 2 quinteaux de lard, un quintal de poisson sec, 3 quinteaux de poids [pois ?], et 100 livres d’huile d’olive ; changement qui a caus un tres grand prejudice audit monastere, aussi bien que la soustraction qu’on lui a faitte, depuis peu d’annes, de 30 livres de cierges par quartier, qu’on lui donnoit au grand magasin, duquel il ne reoit plus rien ; lesquelles six vingt livres de cierges toient presque sufisantes pour l’entretien du luminaire de son glise.
 En troisime lieu ledit monastere peut tirer, en toute rigeur, en ce tems cy, de sa sacristie, la somme de cent pistoles auxquelles on peut adjouter le montant de deux ou trois autres cent livres, qu’il tire par chaque anne des aumones de divers particuliers, marins ou autres habitans de Rochefort ;

et voil tout ce qu’on peut appeler revenu ou facultez dudit monastere, dont le total se monte 2050 # et quelques sols, 2150# de laquelle somme il ne faut compter pour fixe que celle des 800# de sa Majest, dans un lieu o les dits religieux toient il y a quelques annes plus en tat d’en faire subsister 30 et 35 qu’aujourdhui 12 et 14 par la soustraction qui leur a t faite de l’abondance des charitez qu’on leur faisoit alors.

Ceux au reste qui ne voyent les choses que superficiellement, et qui ne savent pas les usages de ces religieux oront de la peine se persuader que le cazuel [2] de leur glise leur produisent si peu (je dis cazuel v qu’ils n’ont point d’obits [3]) mais ils en conviendent aisment pour peu qu’ils veuillent s’instruire sur l’article, et qu’ils fassent attention la diffrance des tems passez d’avec ceux cy ; quoi qu’il en soit on en donnera une preuve detaille si la Cour le juge necessaire.

Il faut aussi remarquer que le dit monastere n’a aucune qute de campagne, comme tous les autres de sa province, desquelles il puisse tirer, comme eux, quelque secours pour sa subsistance, proportion de l’abondance ou de la sterilit des fruits de la terre ; et ce parce que dans le tems de son etablissement, celui des Capucins de Charente [Tonnay-Charente] qui n’en est loign que d’une liee, toit en possession de faire les dittes qutes, sans lesquelles il ne pourroit subsister.

Pour conclusion de cet article cy, il est remarquer que de tous les billets de banque qui lui avoient t donns, tant par sa Majest que par divers particuliers, dont le montant alloit la somme de 1910#, il ne lui en reste plus que deux billets de liquidation, l’un de 250#, et l’autre de 180#, avec un billet de 100 non liquid. De plus, de tous les billets d’ordonnances [4] qui lui avoient t donns, sur la fin du regne de Lois le Grand pour les 800# de sa Majest, pour retributions d’avents et carmes prchs la paroisse de St Lois dudit Rochefort, par les religieux dudit monastere, et pour l’honoraire d’annuels ou enterrements et services qui se faisoient alors dans l’eglise desdits religieux (sur lesquels ils ont perdu 3400#) il en reste encore trois au dit monastere, savoir un de 129# 3 sols six deniers, un de 108# 4 sols, et l’autre de 108#, avec nombre de billets payables, tant sur le trsor de la Marine, que sur la Caisse des Vivres qui lui sont restz en pure perte.

Au reste si les dons disputz aux dits religieux pouvoient tre compts pour quelque chose de sr, on pourroit icy faire mention de deux qui leur ont t faits au Cap Franois, cte de St Domingue, mais il y a si peu y compter, quelque diligence qu’on ait fait pour les requerir, qu’on les donneroit volontiers disputer ceux qui ne savent pas ce que c’est que d’avoir affaire au RP Bouthin, cur du dit Cap, qui en dispute la validit.

4 Pour ce qui est des charges dudit monastere, il doit fournir d’un aumonier pour l’amiral, et d’un autre pour la chapelle du Roy tablie l’Intendance dudit Rochefort ; et d’un predicateur de dominicale dans son glise ; pour lesquels trois services il reoit, comme il a t dit, 200# par quartier sur le tresor de la Marine ; outre ces trois engagements, les religieux du dit monastere avoient, il y avoit quelques annes, le soin de bnir tous les vaisseaux du port et de chanter pour l’Amiral tous les Te Deum ordonns par sa Majest, mais il a plu Messieurs les Lazaristes de les dcharger de ces honorables fonctions, en qualit de curs de la paroisse de St Lois, comme si elles toient essentiellement lies celles de cur ; c’est ce qu’on laisse dcider la Cour pour lui faire remarquer qu’il avoit t souhaiter que ces messieurs en s’emparant d’un droit qui appartenoit aux dits religieux en qualit d’aumoniers du port, les essent aussi dchargs de l’embarras de recevoir la quantit d’trangers, religieux ou autres, qui ne trouvent d’azile que chez eux.

Quoi qu’il en soit, outre les charges cy dessus, l’entretien de 14 religieux et de deux domestiques, dans un lieu o les danres sont ordinairement aussi chres qu’ Paris, celui d’une sacristie fort frequente par quantit de prtres trangers, celui des bastiments, qui oront sans doute t couch sur l’tat, comme celui de tous les autres bastiments royaux de Rochefort, pour peu que les premiers religieux, trop contents de leur abondance, eussent prvu la disette de ceux qui devoient venir apres eux, outre, dis-je, toutes les charges cy dessus, et celles de recevoir les malades de son ordre, tant de la Rochelle que de [Tonnay-] Charente pour toutes lesquelles le dit monastere augmente tous les jours ses dettes, qui se montent actuellement cent pistoles. Il se trouve encore dans l’impossibilit de faire les reparations tres urgentes et singulierement celles du clocher de son glise, qu’on peut dire la seule tour de Rochefort, et aussi necessaire l’observation de l’entre et de la sortie des vaisseaux du port qu’ exciter les fidles aux exercices de pit ; pour lesquelles reparations la Cour oroit, la verit, ordonn qu’on compte la somme de cent pistoles aux religieux du dit monastere, laquelle a paru fort insufisante pour une degradation aussi grande que s’est trouve celle de ce clocher, quand il a fallu y mettre les ouvriers, et comme il parotra encore plus clairement si M l’Intendant de la Rochelle, par ordre duquel on a dress ce present tat, n’et avoir la bont d’en ordonner une prompte visite et d’en faire faire un proces verbal par les ingenieurs et autres expers. Je dis une prompte visite, par la crainte qu’on a que si on ne remedie promptement une telle dgradation, ce clocher qui menace d’une chute prochaine, n’entrane par sa ruine celle de la majeure partie du dit monastere, et plus particulirement celle de l’glise.

Pour conclusion de tout le detail de cet tat, on ajoutera aux charges cy dessus celles de payer quatre mois les … du conterolle pour toutes les quitences que le dit monastere est oblig de donner, soit au trsor de la Marine, soit ailleurs, contre l’usage ordinaire, et l’intention de sa Majest, qui par ses lettres patentes du mois de juillet 1716 registres au Parlement le 17 decembre de la mme anne a confirm tous les religieux dudit ordre des Capucins de France tous les privileges et exemptions eux accordes par ses predecesseurs pour toutes impositions mises ou mettre.

Nous sous signez certifions que le present tat du couvant des Capucins de la ville de Rochefort en Aulnis, contient verit.

En foy de quoy nous l’avons sign de notre seing et scel du sceau de ntre monastere le 20 septembre 1723

F. Louis d’Angoulme, ancien lecteur de thologie et gardien du dit monastere


[1Quartier = trimestre

[2Casuel, S. m. Revenu casuel d’une terre, d’un bnfice. Ce Cur n’a que du casuel. Le casuel des Curs de Paris est plus considrable que les revenus fixes des meilleures cures. (Dictionnaire critique de la langue franaise – Abb Feraud – Marseille - 1787)

[3Obit, anniversaire, obitus, anniversarium, messe fonde qu’on dit pour un dfunt tous les ans pareil jour de sa mort. Le plus ancien obit de France est celui du roi Childebert, qui tait fond en l’abbaye de Saint-Germain-des-Prs Paris, et qui se disait la veille deSaint-Thomas. Il y avait des obits o l’on distribuait de l’argent, et d’autres o l’on distribuait du pain, du sel, etc. Il y avait Notre-Dame de Paris un obit qu’on nommait sal, cause qu’un y faisait une distribution de sel. A Notre-Dame de Rouen , il yavait trois obits qui se disaient le 15janvier, le 23 juin et le 11 juillet , auxquels assistaient trente chanoinesses. C’est le nom qu’un donnait trente filles ou veuves qui possdaient des prbendes qu’on nommait les trente prbendes de saint Romain. (Molon, Voyage liturg. p. 374.) OBIT. Ou entend aussi quelquefois par obit, une chapelle ou chapellenie titre de bnfice, quelquefois une simple fondation de messes ou de prires, sans dsignation ou nomination du chapelain, et quelquefois l’molument mme qu’il produit, comme quand on disait que les obits et fondations ne s’imputaient pas la congrue d’un cur, ou ne se rduisaient pas en distributions manuelles dans un chapitre. (Bibliothque sacre ou dictionnaire des sciences ecclsiastiques – RRPP Richard et Giraud OSD – Paris - 1824)

[4Monnaie papier, en principe garantie par l’Etat franais (ou par la Marine), mais qui ne fut rembourse aux titulaires qu’une trs faible partie de sa valeur.

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