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1788 – Enfants abandonns : une nourrice-connection Saintes

dimanche 28 novembre 2010, par Pierre, 984 visites.

Plan gnral de cette tude Rfrences et bibliographie

Un inventaire des enfants abandonns Saintes et dans ses environs. Le commentaire qui l’accompagne rvle des pratiques douteuses : une vritable nourrice-connection tire des profits illicites d’un monde de misre. Parents qui abandonnent, nourrices, sage-femmes et personnel des hospices sont impliqus. Monsieur de Lavalette laissera-t-il prosprer ce scandale ?

Source : AD17 - Cote C313 - Transcription par Pierre Collenot

Etat des enfants trouvs du dpartement de Saintes, touchant les quels on a acquis quelques connoissances

Cet tat est en trois parties ; dans la premire sont consigns les renseignemens qui ne proviennent que de dclarations vagues, et dont il seroit difficile de constater la vrit. Ils paroissent d’ailleurs peu intressans, v qu’ils tablissent l’illgitimit des enfans qui y sont mentionns, et qui, comme btards, ont droit la pension du Domaine. Mais comme l’on sait que l’esprit clair d’un Administrateur habile sait mettre tout profit, on se dtermine mettre ces notes sous les yeux de Monsieur de La Valettre [sic] qui en tirera le parti qu’il jugera convenable.

Il n’est point possible de se refuser payer les pensions de ces enfans aux nourrices qui ils ont t confis ; elles ne se sont engages leur donner les soins qu’exige cet ge, qu’ condition qu’elles seroient payes exactement et sans difficults ; d’ailleurs la plpart des renseignemens ayant t fournis par elles-mmes, il seroit injuste de les rendre victimes de leur confiance. Ce n’est donc qu’autant que les auteurs rclameront leurs enfans, que le Domaine pourra tre soulag. Or ceux-ci se tairont tant qu’ils les auront sous leurs yeux, car il est bien sr, comme on le verra ci-aprs, qu’aucuns n’ignorent les nourrices chez qui ils sont placs. On les mettroit en mouvement, en ralisant le projet que l’on avoit annonc d’enlever les nourrissons. Ce seroit alors que la nature parleroit aux coeurs des pres & mres, comme elle a parl ceux de quelques unes des nourrices mentionnes dans les deux tats ci-aprs, cotts n 2 & 3. Epouvantes cette nouvelle, elles vinrent avoer leur faute, & bien d’autres sans doute en auroient fait autant, si une personne de considration qui quelques unes parlrent de leurs craintes, ne les avoit rassures en traitant ce projet de vain pouvantail.

Si l’on commenoit seulement enlever 5 ou 6 enfans, en les prennant dans les lieux o ils sont en plus grand nombre, l’allarme se rpandroit bientt, et les auteurs presss par le sentiment ne tarderoient pas se dcouvrir. Le transport de ces 5 ou 6 enfans, su Monsieur de la Valette ordonnoit qu’il et lieu pour la Rochelle, ne seroit pas difficile excuter ; le Voiturier de la Recette qui y va le 4 de chaque mois pourroit d’autant mieux s’en charger, que l’on auroit le soin de les prendre d’un ge un peu avanc. Ceci n’est point un avis, il ne conviendroit pas d’en donner la sagesse qui prside cette administration. On a seulement dsir marquer le zle et le dvoment que l’on a pour l’intrt de la chose, en mettant au jour les ides que suggrent ces sentimens.

S’il toit possible, si l’on avoit quelque moyen de dcouvrir d’une manire incontestable les auteurs des nourrissons, & que l’autorit fort alors ceux qui seroient dans l’aisance rembourser d’abord ce que leurs enfans auroient cot au Domaine, et ensuite pourvoir eux-mmes leur subsistance, ce parti vaudroit sans doute infiniment mieux. Quelques amandes prononces contre les plus coupables, feroient le meilleur effet. On ne se feroit plus pour ainsi dire, un jeu d’exposer des enfans & alors le Domaine seroit moins grev.

On a dj observ Monsieur de la Valette que des gens mal intentionns avoient port l’impudence jusqu’ rpandre dans la campagne, le bruit que chacun pouvoit sans inconvnient faire nourrir ses enfans aux dpens du Roi, en les portant au berceau, et souvent c’est l’instigation de personnes de considration que des parens se dterminent les y porter.

On se gne si peu aujourd’hui pour les exposer, qu’on le fait quelquefois en plein jour. Les sages femmes qui ont accouch les mres et qui se chargent de porter les enfans la bote sont d’intelligence avec la portire de l’hopital ; elles se runissent ensuite avec la femme charge de retirer les enfans du Dpt pour savoir chez quelles nourrices ils seront placs. Toutes sont intresses la chose par des rtributions que ces dcouvertes leur valent ordinairement. Quelquefois elles font mieux, elles surprennent des personnes en places des billets ou ordres portant que les enfans leur soient confis. Quant aux nourrices, malgr toutes les prcautions que l’on prend, elles sont toujours connes ; elles sont pies et guettes toutes les avenes de la ville. Elles mmes ne manquent jamais d’aller l’hopital dire leurs noms et demeures, et pour apprendre qui appartiennent les nourrissons ; elles en parlent et les montrent tout le monde dans les rus, afin de les faire connotre ; c’est que les auteurs leur donnent toujours des secours, de sorte qu’elles se trouvent souvent payes doublement, par les parens & par le Domaine : on a plus d’une fois t tmoin de toutes ces manoeuvres. On essayeroit bien de les dconcerter en allant l’improviste chez les nourrices enlever les enfans, et les transporter dans un quartier fort loign. Mais outre qu’il faudroit pour cela une autorisation bien expresse, et que cette opration ncessiteroit des dpenses considrables ; outre qu’on auroit redouter qu’elle n’effaroucht les nourrices, et que leur raret ne caust ensuite beaucoup d’embarras, il seroit encore craindre qu’elle ne devnt inutille, et que malgr ces prcautions les auteurs ne dcouvrissent le nouveau placement de leurs enfans : les anciennes nourrices feroient des questions, les nouvelles en feroient aussi de leur ct ; la maison du portier de l’hopital, dpositaire du berceau, seroit le centre commun des informations des unes et des autres, & des combinaisos qui s’en suivroient rsulteroit bientt la dcouverte du mistre.

Dans la seconde partie de cet tat, cotte n 2, se trouve la nomenclature des enfans qui sont btards, mais dont les mres sont connes et sont dans l’indigence ; quelques unes mme sont charges de leurs enfans : Monsieur de la Valette ayant donn dans le tems pour principe qu’autant que les circonstances, la prudence, & l’intrt du Domaine le permettoient, il toit de l’humanit de procurer aux enfans btards le lait maternel. On a supprim de l’tat des pensions ceux marqus aux ns 87, & 251 pour les raisons nonces ct de leurs articles. Si Monsieur de Lavalette juge que les autres doivent galement tre supprims, il est suppli de les rayer du dit tat.

La troisime partie cotte n 3 comprend les enfans que l’on a dcouverts lgitimes. Ils sont au nombre de 7. On a supprim de l’tat des pensions ceux ns 63, 104, 123 & 248, par ce qu’ils sont entre les mains de leurs mres, & que celles-ci, loin d’avoir droit au payement, seroient peut-tre dans le cas d’tre punies, ou du moins de rembourser ce qu’elles ont surpris au Domaine. On n’a conserv sur le dit tat que les enfans ns 283 & 312, le premier, fils du nomm Ordin, tailleur de St Sauvant, l’autre, du nomm Rosbach, du faubourg St Palais, parce qu’il sembleroit injuste de priver les nourrices du salaire des peines qu’elles ont prises auprs de ces enfans, salaires qu’elles ne pouroient jamais obtenir de leurs pres & mrs, si on les renvoyoit eux pour se faire payer ; que d’ailleurs tant redevables elles de cette connoissance, ce seroit lak reconnoitre le service qu’elles ont rendu, de ne pas leur payer les pensions des enfans qui ont exig leurs soins, leur tems & leurs peines. Ces pensions ne pourront tre supprimes que lorsque l’autorit aura forc les auteurs de ces nourrissons les reprendre chez eux : car ils se refuseront toujours le faire de gr. Il seroit mme dsirer qu’on ft un exemple pour effrayer les pres & mres inhumains qui seroient dans le mme cas, ou qui se proposeroient de s’y mettre.

1re partie : Enfans btards touchant lesquels on n’a p recueillir que des notions vagues et incertaines

NsNoms des enfanset leurs demeuresObservations
57 Catherine Chez la Diet de St Vivien On dit que la fille du Sr Comminge est la mre de cet enfant, et qu’elle est aujourd’hui marie un autre homme que son sducteur.
61 Jean Chez la Bouyer de St Bris On dit qu’il est fils du Sr Foucaud garon, demeurant St Bris.
80 Antoine Chez la Denis de Tnac On le dit fils btard de M. Bernard, avocat.
97 Marie Elisabeth Chez la Lagroix de St Vivien On dit que cet enfant est de Marennes.
114 Rose Chez la Royon de St Eutrope Fille d’un femme veuve, demeurant Bordeaux : on ne connoit pas son nom.
115 Jean-Paul-Mdric Chez la Deschamps de Montils La nourrice dit que cet enfant est entretenu, mais qu’elle ne connoit point les personnes qui lui apportent les objets de cet entretien.
147 Nicolas Romain Fils btard du nomm Pascaud, mauvais sujet.
148 Marie Chez la Dessendieu de Montils Fille batarde de la nomme Arrodos de Cognac qui ce qu’on dit en a tous les ans : on a d’elle une lettre du 18 8bre 1787, par laquelle elle recommande que l’on prenne soin de son enfant ; la nourrice prtend que cette fille est aujourd’hui la Rochelle.
173 Jean Baptiste Chez la Aulmier de St Sauvant Entretenu par on ne sait qui.
177 Louis Prussien Chez la Tachon de Chrac On dit que cet enfant est originaire de Cognac, mais on n’en dit pas d’avantage.
178 Jeanne Agathe Chez la Dinand de St Sulpice Entretene on ne sait par qui.
204 Bernard Chez la Guinguenaud de St Sauvant On dit que c’est encore un enfant du nomm Pascaud.
229 Andr-Honnor La Sellier de Courcoury Entretenu par le S. Couturier chirurgien, chez qui l’on croit que la mre a accouch.
233 Jean Ardouin Chez la Perrogon de St Csaire On le dit fils d’une servante de la ville de Cognac, dont on ignore le nom.
235 Nicolas Chez la Artou de St Sulpice On le dit fils du Sr Tabois, bourgeois de St Sauvant.
250 Jean Chez la Charruaud de Montils On dit cet enfant fils d’un menuisier de Marennes dont on ignore le nom.
282 Catherine Chez la Beurg de St Sulpice On la dit batarde de la nomme Moreau, revendeuse du fauxbourg St Palais.
288

289

Jeanne

_ Pierre Frdric
Chez Jeanne Faure Montils

Chez Marie Guillaud Chaniers

On dit que ces dux enfans sont ns Marennes, et que l’un d’eux a t trouv sur des coquilles d’hutres.
301 Elisabeth Anne Chez la Cousin de Tnac M. Boisnard chirurgien s’intresse cet enfant ; on a compris par ses discours u’il est originaire de Marennes.
303 Elisabeth Chez la Boutaud de Chrac Fille batarde de la nomme Buisson, nice de la Lambert porteuse de lettres.
314 Magdelaine Chez la Brun Montil Entretene par le S. Couturier chirurgien : on la croit fille de M. de Chambre & de sa servante qui en a dj e plusieurs.
316 Joseph Chez la Daud St Bris Fils btard de Nicoles Bergeret et de Marie Bertin, du Port du Frere, paroisse de St Vivien.

2de partie de l’tat : Enfans trouvs qui sont batards, mais dont les mres sont connes

77 Thrse Chez la Guischard de Brisambourg Fille batarde de la soeur de la nourrice : la mre est fort pauvre.
81 Franois Chez la Tourneur de St Eutrope Fils btard de la Tourneur sa nourrice.
87 Severin Chez la Chef-gros de Chanier On dit que cet enfant est fils batard de la femme du S. Laborde arquebusier de St Palais. Sur le bruit qu’on alloit enlever les enfans trouvs, la nourrice est vene dire de rayer l’enfant de l’tat.
96 Agathe Chez la Favreau de St Vivien Fille batarde d’une soeur de la nourrice : elles sont toutes deux dans la dernire misre.
137 Franois Chez la Belot de Chrac Fils batard de M. de St Germain, de Saujon, et d’une pauvre fille. Sur le surdit bruit d’enlvement la mre vient de solliciter auprs de Monsieur l’intendant la remise de son enfant. M. Bruna lui a dclar qu’elle ne l’obtiendroit qu’en restituant au Domaine les sommes qu’avoit coutes la pension. On croit que cette fille assignera M. de St Germain faire compter ces sommes.
228 Pierre Chez la Gaudin Bussac Fils batard de sa nourrice.
251 Franois Chez la Barbereau de Pizany Fils batard de la nourrice qu’on assure avoir reu 50 ou 100 cus du pre de l’enfant.
385 Catherine Chez la Prudhomme de St Bris Fille batarde de la nourrice qui est veuve et fort pauvre.

3me partie de l’tat : Enfans trouvs, dcouverts lgitimes

63 Guillaume Chez la Prevaudeau de St Sauvant Fils lgitime de la Prevaudeau sa nourrice ; on dit que c’est le 3e enfant qu’elle a su glisser dans l’tat des pensions.
104 Franoise Chez la Guischard de Chaniers Fille lgitime de la Guischard sa nourrice, qui est veuve et fort pauvre. Sur le bruit de l’enlvement des enfans, elle est vnue avouer sa faute qu’elle dit n’avoir commise que par la misre extrme dont elle toit accable.
123 Franoise Chez la Chabot de Saintes Cette enfant est fille lgitime de ladite Chabot : elle l’avoit eue avant son mariage ; elle l’a lgitime depuis.

On demandera peut-tre ici comment ces enfans se trouvent avoir t confis prcisment leurs mres ?

Cette question ne peut avoir de rapport qu’aux deux premiers articles, attendu que l’enfant relat au n 123 toit vraiment batard, lorsqu’il fut confi la sienne. Quant aux autres nourrices, la Prevaudeau et la Guischard, elles obtinrent dans le tems leurs enfans par surprise. Il y a des momens o les nourrices sont rares, et cette raret se faisoit surtout sentir sur tout dans les premiers tems de la gestion de l’exposant. Dans l’embarras que causent de pareilles circonstances, on est forc de prendre les nourrices premires venes. Ces deux femmes se trouverent alors sous la main, vers le tems o ces enfans avoient t exposs. On ne pouvoit souponner leur ruse, ou les leur donner.

248 Dominique Chez la Giraud de Dompierre Fils lgitime de Pierre Ginquenaud, tonnelier, homme fort pauvre, demeurant St Palais les Saintes. Son pre l’ayant rclam, il lui a t remis sans aucune forme, parce que n’ayant point encore reu d’instructions ultrieures de Monsieur de la Valette, on a cru devoir agir conformment une lettre de mondit sieur du 2 Xbre 1787 qui rpondoit de la manire qui suit une question que le S. Emond lui avoit faite relativement une circonstance peu-prs pareille celle-ci :

Je prendrai les ordres de M. l’Intendant sur la question que vous proposez : mais en attendant la dcision du Magistrat, je ne vois aucune difficult ce que vous fassiez rendre l’enfant reclam, ds que vous serez assur que la personne qui le demande en est rellement la mre. On sera toujours mme de la poursuivre pour lui faire rembourser au Domaine la dpense que lui a cout son enfant.

Et en effet la remise pralable qui a t faite de cet enfant pour soulager le Domaine ne nuit pas la facult de faire restitution des sommes de pension qu’il a coutes.

265 Anne Chez la Lafond, de Saintes Fille lgitime de Jean Ginguenaud, journalier de Chaniers, neveu de la jardinire de l’hopital ; elle lui a t remise le 21 juillet 1788 de la mme manire que le prcdent.
283 Jean Baptiste Chez la Bureau de Chaniers On assure que cet enfant est fils lgitime du nomm Ordin, tailleur demeurant Pidoux, paroisse de St Sauvant.
312 Etienne Chez la Allison de Chaniers La nourrice assure que la mre de cet enfant est alle le voir, et qu’elle l’a dit tre lgitime, elle a indiqu sa demeure qui est dans le faux bourg St Palais. Sur les informations qu’on a prises, on croit que cette femme est une cantinire du Rgiment d’Agenois, et que son mari est la suite dudit Rgiment. Le mari se nomme Rosbach ; on espre se procurer des renseignements par le moyen de la nourrice.
296 Jacques Chez la Joguet de Louzac Fils lgitime du nomm Leblanc galonier du faux bourg St Palais ; il a t remis son pre par ordre de Monsieur l’Intendant, intim par M. Bruna.

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