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1811 - Combat naval franco-anglais dans la Rade des Basques, au large de Chtelaillon (17)

mardi 27 avril 2010, par Pierre, 2039 visites.

Le secteur compris entre l’le de R, l’le d’Olron et la cte est un des points-cls du dispositif anglais du Blocus Continental. La Rade des Basques, qui commande l’entre maritime vers La Rochelle et Rochefort, est sous trs haute surveillance. Les escadres anglaises pient tout mouvement de navire. Rcit d’un de ces pisodes, le 27 dcembre 1811.

Source : La France Maritime - Dir. Amde Grhan - Paris - 1837

1811 - Combat naval dans la Rade des Basques

Voir aussi : 1809 - Fouras (17) - La "bataille des brlots" :
  bord du vaisseau "le Rgulus"
  bord du vaisseau "le Patriote"
 l’amiral fait son rapport l’Empereur

Combat naval dans la Rade des Basques (1811)

La rade des Basques

Si dans les guerres navales de l’empire, la fortune n’a pas toujours t fidle notre pavillon, le courage de nos marins, on peut le dire, ne s’est jamais dmenti. Dans les grands et dsastreux combats, comme dans les simples engagements d’embarcations, — ces tirailleurs de l’arme navale,—l’audace et le talent de nos braves ont souvent triomph d’un ennemi suprieur en nombre. L’pisode que nous allons esquisser est une des mille preuves qui justifient cette assertion.

Trois vaisseaux, trois frgates et trois canonnires taient mouills sur la rade de l’le d’Aix. Un brave et habile officier, devenu depuis, par son pe, l’une des premires illustrations de notre marine militaire, — l’amiral Jacob. — commandait cette escadre. Il montait le Rgulus, vaisseau d’une construction mdiocre, mais l’un des mieux tenus de l’poque, et qui le serait encore aujourd’hui, malgr les perfectionnements amens par le progrs. Le second commandant tait M. Fargenel, installateur distingu de la marine impriale, et qui fut ensuite capitaine de pavillon du mme officier gnral sur le vaisseau l’Ocan.

Le second vaisseau tait le Patriote, qui avait vu son bord deux victimes de l’inconstance populaire : le roi Louis XVI Cherbourg, l’empereur Napolon l’le d’Aix mme ; l’un mort sur l’chafaud, l’autre dans l’exil ; celui-l puni par la France exaspre, ivre de libert ; celui-ci, par la France indiffrente, rassasie de gloire. Le troisime vaisseau tait le Triomphant.

Les frgates taient la Pallas, l’Elbe et la Saalt, qui la restauration imposa le nom de l’Amphitrite, tant elle redoutait jusqu’aux mots qui pouvaient tinter un souvenir importun de nos glorieuses conqutes. Enfin, les canonnires portaient les ns 186, 191 et 184.

Une escadre anglaise tait stationne dans la rade des Basques.

1811 - Combat naval dans la Rade des Basques

C’tait le 27 dcembre 1811, neuf heures du matin. Par un vent du nord-ouest, bon frais, un petit convoi parti de la Rochelle fuyait devant cinq pniches de l’escadre ennemie, et se voyait forc de chercher un refuge, tout prs de la cte, dans le fond de la baie comprise entre la Rochelle et l’le d’Aix, et qui se nomme Chtelaillon. Le commandant Jacob laissa les pniches s’enfoncer fort avant dans la baie, avant d’ordonner aucun mouvement la flottille qu’il voulait envoyer pour les envelopper et leur couper la retraite. Lorsque le moment lui parut favorable, il fit appareiller les trois canonnires, sous le commandement du lieutenant de vaisseau Dur, et quatre canots des vaisseaux, sous les ordres de l’enseigne du Rgulus, Constantin (J.-D.). Le chef de notre division dirigeait la marche de cette petite flottille de manire rendre impossible la fuite de l’ennemi.

Aussitt que l’escadre anglaise aperut ce mouvement, un vaisseau, deux frgates et un brig appareillrent pour venir dgager leurs embarcations compromises. Celles-ci, ayant vu galement notre flottille, forcrent de voiles et de rames pour rallier leurs protecteurs.

L’enseigne Constantin montait une pniche arme de vingt-deux hommes ; il en attaqua une monte par trente hommes, qui tait au moment de rejoindre la division envoye son secours. Cet officier engagea le combat avec ses espingoles et sa mousqueterie ; mais craignant que l’ennemi ne lui chappt, il fit porter dessus et l’aborda. Forts de la supriorit de leur nombre, les Anglais s’lancrent aussi l’abordage ; mais l’imptueux Constantin se prcipita sur eux et les culbuta sur le bord oppos de leur pniche, que ce mouvement fit remplir. Les Franais remontrent leur bord et sauvrent vingt-six hommes, dont un aspirant et un chirurgien.

L’officier commandant la pniche anglaise fut tu et trois hommes dangereusement blesss. Le brave et intrpide Constantin reut un coup de feu qui lui fracassa le bras gauche et traversa une partie du corps. Cette belle action lui valut le grade de lieutenant de vaisseau et la croix de la Lgion-d’Honneur. Voil des distinctions qu’on doit tre fier de montrer, quand on les a si bien mrites.

Pendant ce combat, nos canonnires attaquaient les quatre autres pniches anglaises, toutes armes de caronades, d’espingoles et de mousqueterie. Le lieutenant de vaisseau Dur, tout en contenant le brig ennemi qui voulait protger ses embarcations, en amarina une de dix-huit hommes, dont deux aspirants. Les trois autres taient harceles par le canot du commandant de l’escadre, sous les ordres de l’aspirant de premire classe Gorgy. Perces de boulets et coulant bas, elles arrivrent sur la cte o il les poursuivit et fit prisonniers les quipages, montant soixante-dix hommes, y compris un officier et cinq aspirants.

Le rsultat de cette affaire, qui fait honneur aux talents du commandant qui l’a si bien dirige, et au courage des marins qui l’ont accomplie, fut la prise de cinq pniches et de cent dix-huit hommes, dont deux officiers, huit aspirants et un chirurgien. Dans ce nombre, un officier et quatre matelots ont t tus, deux sont morts immdiatement aprs l’action, et cinq ont t blesss.

Ce n’tait pas la premire fois que la baie de Chalelaillon servait de thtre un combat d’embarcations. Le 13 fvrier 1810, dans une circonstance peu prs semblable, treize pniches anglaises furent combattues par sept embarcations des frgates la Pallas et l’Elbe, seuls navires alors mouills sur la rade de l’le d’Aix. Les pniches franaises forcrent leurs ennemies abandonner deux chasse-mares dont elles s’taient dj empares. Malheureusement l’une de nos embarcations fut prise : c’tait celle commande par l’aspirant Potestas, de la frgate la Pallas. Emport par trop d’ardeur, le jeune marin s’tait imprudemment jet au milieu des embarcations anglaises, et s’en trouva entour quand le signal de ralliement obligea les autres canots cesser le combat. Virant de bord lui-mme pour obir au signal qui flottait aux mts de la Pallas, il se fit abandonner par plusieurs pniches. Combattant toujours, il esprait leur chapper, lorsque, abord par trois de ces embarcations, il fut atteint par une balle qui lui traversa la poitrine et lui fractura le bras gauche. Couvert de sang et entour par plusieurs hommes de son quipage blesss comme lui, il n’eut pas au moins la douleur de voir amener le pavillon : un matelot anglais renversa d’un coup de hache le mt auquel il tait suspendu. Transport mourant bord du vaisseau le Christian VII, Potestas y reut les plus grands soins. Le commandant de ce btiment, touch de la jeunesse et du courage de son prisonnier (il avait peine dix-sept ans), le renvoya bord de la Pallas, aprs lui avoir demand le nom des hommes de l’quipage de sa pniche qui paraissaient le mieux mriter cette faveur, et l’accompagna lui-mme dans son canot jusqu’ la porte des canons des forts de l’le d’Aix. L’empereur Napolon, toujours prt rcompenser les belles actions, accorda pour celle-ci l’toile de la Lgion-d’Honneur au jeune et brave Potestas.

Les deux officiers qui se sont principalement distingus dans ces affaires, et qui seraient heureux d’avoir l’occasion de se signaler encore, sont attachs au port de Rochefort. M. Constantin, capitaine de frgate, est sous-directeur des mouvements, et M. Potestas, capitaine de corvette, prside les commissions de recettes pour les approvisionnements de l’arsenal.

Amde Grhan, Directeur-Fondateur de "La France Maritime".

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