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1809 - Fouras (17) - La bataille des brlots - L’amiral fait son rapport l’Empereur

jeudi 12 juillet 2007, par Pierre, 3833 visites.

Du 11 au 13 avril 1809, la rade de Fouras a t le thtre d’un combat naval d’une rare violence entre les flottes anglaises et franaises.
Dans ce document, le vice-amiral Allemand, en charge de l’escadre de Rochefort, fait son rapport l’Empereur Napolon et explique ce qui s’est pass pendant ces 3 journes d’enfer.

Source : Bibliothque Municipale de Saintes - Fonds ancien - MS 133/6

Autres documents sur cet pisode de la guerre navale franco-britannique : voir en colonne de gauche "dans la mme rubrique"

L’amiral James Gambier (1756-1833)
chef de l’escadre anglaise
Le vice-amiral Zacharie Allemand (Port-Louis, 01/05/1762 - Toulon, 02/03/1826)

Rsum de cet pisode de la guerre navale entre la France et l’Angleterre

Dans la nuit du 11 au 12 avril, ce sont 28 brlots britanniques qui drivent vers ses navires avec la mare, prcds par 4 vaisseaux explosifs dont le but est de faire sauter l’estacade et d’ouvrir des chemins pour les brlots. La panique s’empare des navires franais, qui, l’exception des seuls Foudroyant et Cassard du contre-amiral Gourdon, coupent leurs amarres et vont s’chouer. Le Rgulus, command par le capitaine de vaisseau Lucas, hros de Trafalgar, drive sur l’Ocan d’Allemand et y met le feu avant d’aller finir au sec ! Seule la frgate Elbe a pu rentrer se mettre l’abri dans la Charente. Au lever du jour, 8 vaisseaux et 1 frgate sont chous ; le Foudroyant et le Cassard appareillent tranquillement et vont se mettre leur tour en scurit. Le Rgulus et l’Ocan se remettent flot, mais s’chouent nouveau sur les vases de Fouras.

C’est le moment que choisissent les Anglais se prcipiter sur les navires les plus exposs l’ouest : devant l’approche de leurs frgates, le vaisseau Calcutta est abandonn aprs avoir t incendi ; le Varsovie amne son pavillon ; l’Aquilon se rend et est incendi par les hommes de Gambier. Le Tonnerre, attaqu, est son tour incendi sur ordre de son commandant. Dans cette mme matine, le reste des navires est dgag, et mis l’abris dans la Charente, l’exception du Rgulus et de la frgate Indienne, qui se brise en deux. Lucas, refusant d’abandonner son navire le Regulus, va rsister pendant 15 jours aux attaques anglaises, allant jusqu’ faire percer des brches dans la coque pour pouvoir mettre ses canons en batterie ! Il sera finalement renflou, et entrera Rochefort le 29 avril, sous les acclamations de la foule.

Il sera reproch Gambier de n’avoir pas pouss son avantage ; la victoire anglaise est cependant totale, car l’escadre de Rochefort est anantie. 4 vaisseaux et 1 frgate ont t incendis. 7 vaisseaux et 3 autres frgates ont t sauvs, mais sont inutilisables car elles ont d jeter par dessus bord leur artillerie, ont t gravement endommag par le feu anglais et ont un grement en pices. Si les Anglais peuvent dplorer la perte de 32 tus et blesss, les Franais comptent environ 250 tus, 800 blesss et 650 prisonniers !

Source : site La marine dans l’pope impriale

Sire,

Le 10 mars, six heures du matin, je reus de notre ministre de le marine l’ordre que V. M. me faisoit donner de partir de Toulon et de me rendre, dans le plus bref dlai, prendre le commandement de votre Escadre mouille sur la rade de l’isle d’Aix.

A une heure, j’tois parti en poste ; je courus jour et nuit, et arrivai le 15 Rochefort. Le 16, je reus le brevet de vice-amiral dont V. M. daigna m’honorer, et le 17, je pris le commandement de votre escadre et y arborai mon pavillon. Le mme jour, 13 vaisseaux, 6 frgates, 5 corvettes et 6 btimens de transport ennemis mouillrent dans la rade des Basques.

Le 21, je plaai votre Escadre sur deux lignes d’embossage, endentes, trs serres entre elles, et prs de l’isle d’Aix, mes frgates en avant-garde.

Le 22, l’ennemi reut de nouveaux btimens. Il n’toit pas prsumable, Sire, que cette escadre, qui toit partie des ports d’Angleterre pour courir aprs celle de V. M., et des besoins qui ncessitassent l’envoi de tant de btimens. Je conjecturai que l’ennemi rassembloit des troupes pour attaquer l’isle d’Aix, et des brlots pour incendier votre Escadre. Je pris donc des dispositions de dfense, j’en donnai avis V. ministre ; je lui fis part de mes projets et de la demande que je faisois, au port, d’ancres, de grelins et de bois flottant, pour former une estacade 400 toises au dehors de ma premire lign, afin d’arrter ou au moins de diminuer l’effet des catamarans et des machines infernales, qui, sans elles, eussent fait leur explosion sous quelques uns de mes vaisseaux ; et pour aussi le diverger je m’occupai grer une flottille de 73 embarcations ; les onze chaloupes devoient porter chacune un canon et caronade de 36, et 4 pierriers.

19 grands canots armoient chacun une caronade de 36 et quatre pierriers et les 43 autres portoient chacun 4 espingoles. Je fis mes demandes de matires au port ; le 31, je la renouvellai avec instances ; je demandai deux bombardes qu’on ne put me fournir.

Le 1er avril, j’employai ce qui me restoit d’ancres et de grelins dans l’arme former une estacade de 800 toises de longueur ; je destinais 419 hommes de garnison de l’escadre pour renforcer celle de l’isle d’Aix, et j’invitai le prfet du 5e arrondissement maritime d’y envoyer 50 canonniers.

Le 3, il m’arriva du bois et des ferrements pour l’installation en guerre de ma flottille ; je fis mettre la main l’œuvre, et la plus grande activit rgna tous les bords. L’ennemi reut une augmentation de brlots et de transports. Le 5, j’augmentai les rondes de nuit de deux lieutenans, d’une de capitaines de frgate, d’une de capitaines de vaisseau, et d’une de majors.

Le 8, mon estacade toit forme. Je comptois 60 btimens au mouillage ; je donnai l’ordre de dverguer les voiles inutiles, et caler les mts de hune, de retirer le grment et ramasser dans la cale ce qui pourrait accrotre l’incendie ou offrir des points d’accrochement aux brlots ; je plaai votre arme dans une second position plus directe aux courants, pour qu’elle prsentt moins de front leur envoi. Ma flottille tait organise en 5 divisions ; tous ceux qui y toient employs avoient reu par crit des instructions sur la manire dont ils devoient agir dans tous les cas supposables : les capitaines avoient des ordres sur la manire de s’embosser en raison des diffrents vents et courants. Votre ministre tait inform de toutes ces mesures ; je ne pouvais rien de plus : votre arme toit dans une position formidable pouvant tirer, de quelque ct que l’ennemi se prsentt, avec un feu bien nourri et bien concentr. Nous sommes tous convaincus, Sire, que dans cette superbe position, 25 vaisseaux n’auroient pas russi forcer votre arme.

Le 10, je reus 4 ancres jet du port ; l’ennemi runissoit 72 btimens ; il avoit mis prcdemment au courant des barils de goudron enflamms, pour connatre leur direction sur l’escadre de V. M.

La zone principale des combats des 11, 12 et 13 avril 1809

Le 11, les vents au N.O., grand frais, des frgates ennemies approchrent environ 1500 toises dans le lit du vent, dans le centre de votre escadre. Je donnai l’ordre aux 4e et 5e divisions de la flottille d’aller bivouacquer l’estacade. A six heures du soir, j’envoyai prvenir le gnral de brigade Brouhard, commandant l’isle d’Aix, que d’aprs les manœuvres de l’ennemi je prsumais qu’il entreprendrait une attaque dans la nuit ; je l’engageai tre en mesure. Tous les btimens de V. M. furent tablis en branle-bas de combat. A 9 heures, la nuit trs obscure, les frgates ennemies mirent des feux, tirrent quelques coups de canon, et parurent servir de jalons la direction de leurs brlots ; je donnai l’ordre d’envoyer le reste de la flottille d’aller les dtourner. Peu aprs, une machine infernale fit explosion l’estacade, lanant des grenades et des fuses incendiaires dans diverses directions. La dtonation fut trs forte. Ds que la fume fut dissipe, nous vimes des btimens enflamms la voile, arrts l’estacade et se divergeant. Un instant aprs, 33 gros btiments de transport, frgates et vaisseaux de ligne parurent sous toutes voiles, enflamms dans toutes leurs parties, forant l’estacade, se dirigeant sur vos vaisseaux, faisant feu de leur artillerie, lanant des grenades, des fuses incendiaires, des bombes et tous les projectiles imaginables. Rien, Sire, ne pouvoit arrter ces masses conduites par un vent trs fort. Nous faisons sur elles un feu bien soutenu, mais sans succs apparent. Votre vaisseaux le Rgulus fut accroch par son avant, ses focs furent l’instant dvors par les flammes ; le feu gagnoit, le capitaine ne pouvoit entreprendre de se dgager qu’en coupant son cble ; il le fit, abbatit sur l’Ocan, qui avait deux autres brlots enflamms en travers sous son beaupr. Je coupai aussi mon cble ; les autres se trouvrent bientt dans la mme position et firent la mme manœuvre. Nous n’avions pas d’ennemi combattre, Sire, mais une destruction incendiaire et gnrale viter. Je venois d’viter une frgate et un vaisseau de ligne en feu ; je ne pus russir contre un grand transport ; il m’accrocha par derrire, on parvint le dgager ; il me reprit sur le travers et fut encore loign ; il s’accrocha au bossoir, les flammes sillonnaient gros flocons le long de votre vaisseau l’Ocan ; il n’y avoit de salut pour personne ; la consternation toit gnrale ; il m’toit difficile de me faire entendre. Je me portai sur l’avant, suivi par MM. Pesron, capitaine de frgate, et Gaspard Dupog, un adjudants, et par le capitaine de frgate Lissilaux. J’appelai " moi les braves de l’Ocan, rien que des braves". Ce mot si puissant sur l’esprit des Franais fut entendu, il ranima le courage : on coupoit ; la chaleur ne permettoit gure d’approcher. Enfin, Sire, des braves se dvourent, deux perdirent la vie dans les flammes, d’autres furent grivement blesss par des brlures, d’autres tombrent la mer et prirent ; mais votre vaisseau l’Ocan fut encore une fois sauv. Le jeune enseigne de vaisseau Aleuri vint, dans un canot du vaisseau le Tonnerre, crocher audacieusement ce brlot ; il continua nous aider ; il sauva aussi une vingtaine d’hommes, de ceux tombs la mer par-dessus la civadire. Chacun, dans l’arme, s’occupoit parer son vaisseau et son quipage d’un incendie certain ; la mer toit en feu. Au jour, j’eus la satisfaction de compter tous mes vaisseaux et mes frgates, mais chous sur les vases.

L’escadre ennemie mit sous voiles et manœuvra pour entrer ; quel dut tre l’tonnement des Anglais en nous voyant tout prservs d’une destruction qu’ils regardoient comme vidente, ce qui devait leur avoir cot immensment, mme dans l’emploi des brlots qui toient tous doubls en cuivre. C’est par stupfaction sans doute que l’amiral Gambier n’osa pas entrer pour nous canonner. S’il avoit profit de cette circonstance, V. M. perdoit son escadre, qui, choue, ne pouvoit prsenter que quelques canons de l’arrire au feu de travers de l’ennemi. Ce ne fut que vers les trois heures aprs midi qu’il envoya deux vaisseaux, quelques frgates et bombardes. Ceux qui il restoit des ancres en longrent sous leur feu, et trois frgates et trois de nos vaisseaux parvinrent se mettre flot : le Calcutta, l’Aquilon, le Varsovie et le Tonnerre ne purent y russir, les trois premiers furent contraints d’amener aprs avoir soutenu deux heures de combat ; ne pouvant riposter que rarement de deux canons de retraite ; le dernier toit crev, il vacua son quipage et se brla lui-mme. Je fis sauver beaucoup de monde de leurs bords, et le 12 l’ennemi les incendia.

Le 13, les 7 vaisseaux restant toient chous plus en dedans ; il n’y avoit pas d’eau pour aller plus loin ; votre vaisseau l’Ocan toit le plus au large. L’ennemi eut la hardiesse de placer dans mon arrire six canonnires, deux bombardes, une golette et un cutter, lanant des fuses incendiaires. L’action commena dix heures du matin ; je ripostai de mes six canons de retraite avec un tel succs qu’ 4 1/2 l’ennemi lcha pied et se retira ; je perdis quelques hommes, mais je dus faire du mal l’ennemi. Dans ces 6 h 1/4 les 6 pices ont tir 1,040 coups, la majeure partie portant. Il est vrai, Sire, qu’elles toient servies par des hommes de choix.

Le 14, je fis longer l’ancre qui me restoit pour rentrer l’Ocan ; il n’y avoit peu compter sur la russite en raison de son loignement de la rivire et de son grand tirant d’eau ; mes manœuvres ont t couronnes de succs. Je suis entr au Port-des-Barques en lui conservant la moiti de sa batterie de 12 et toutes celles de 24 et de 36.

L’ennemi envoya les mmes forces que la veille canonner et bombarder les btimens restant en dehors ; je me rendis leur bord dans l’action ; je donnai des ordres partout. Je rassemblai les canots arms qui me restoient et je fus bivouacquer toute la nuit entre les vaisseaux ennemis et ceux de V. M. pour crocher et loigner moi-mme les brlots qu’on leur enverroit ; il ventoit horriblement, la pluie tomboit par torrens. A minuit, l’ennemi mit des feux et tira quelques coups de canon. J’tois rsolu prir, Sire ou sauver le reste de votre Escadre ; je n’avois d’autres moyens employer que de m’opposer moi-mme aux brlots avec mes canots. Sur les une heure du matin, les vents passrent au S.O. et l’ennemi s’en tint ses dispositions.

Ma bonne constitution ne put rsister ce dernier coup de fatigue phisique et morale ; je revins mon bord avec une fivre violente qui a cedd qu’au repos que j’ai t forc de prendre. Le 15, les vaisseaux le Cassard, le Tourville, le Jemmapes entrrent en rivire ; il ne restoit plus que le Foudroyant et le Rgulus en dehors. Je me rendis bord du premier : il fut mis flot ; je le quittai lorsqu’il toit la voile, faisant route pour entrer en rivire. J’allai bord du Rgulus, et j’eus le chagrin de voir, un moment aprs, le pilote du Foudroyant l’chouer encore hors du chenal, cependant assez en dedans pour tre protg par les batteries de l’isle Madame.

Le 17, j’entrepris de faire flotter le Rgulus l’aide de btimens placs le long de son bord : je ne pus y parvenir ; la mer ne monta pas assez ; il fallut attendre la mare de pleine lune.

Le 20, 2 bombardes, 4 canonnires et une corvette, lanant des fuses incendiaires, se placrent derrire ce vaisseau ; le pavillon de l’amiral Gambier tait plac sur la goullette, il a voulu probablement se donner le honteux plaisir de lancer lui-mme quelques fuses, en se tenant plus honteusement encore hors de la porte de canon, dans 5 heures de bombardement. Le Rgulus a peu souffert. A 4 h 1/2 l’amiral Gambier a fait route pour rejoindre son escadre sur la rade des Basques.

Daignez, Sire, me rendre la justice de compter sur mon zle pour votre service ; croyez que personne n’auroit empch ce qui est arriv votre Escadre et qu’il est tonnant mme, qu’avec des moyens si considrables de destruction, elle n’ait pas t la proie des flammes.

J’ose esprer, Sire, que V. M. me fournira l’occasion de me venger d’une conduite aussi lche de la part de l’ennemi, qui, hors d’atteinte de notre feu, envisageoit d’un œil barbare l’horreur de notre destruction que, certes, ils a cru certaine. Je serai peut-tre assez heureux, un jour, pour les attaquer plus honorablement ; je prie V. M. de me permettre de leur faire subir le mme supplice. Ce seroit user de reprsailles en les laissant leurs bords et en y mettant le feu.

J’ai fourni des hommes et des munitions aux forts qui deffendent l’entre de la rivire. Je la ferme par une estacade en cbles et en chanes pour qu’elle ne soit pas force. Ce seroit se faire illusion que de croire que l’ennemi, qui il reste autant de moyens, s’en tienne l’horrible action qu’il vient de commettre.

Si les mesures que votre Ministre vient d’ordonner sont promptement excutes, sous deux mois V. M. aura une Escadre de 10 ou 8 vaisseaux de ligne et trois frgates, sans qu’on puisse craindre un pareil vnement pour l’avenir.

Sign ALLEMAND.

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