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1400-1499 Ephémérides historiques de la Rochelle revisitées

jeudi 16 avril 2020, par Pierre, 13 visites.

Les Éphémérides historiques de La Rochelle, publiées par J-B Jourdan en 1861, sont une véritable mine d’informations sur l’histoire de cette ville. Cet ouvrage essentiel est composé de 847 notices sur les événements du riche passé de cette ville. Pour chacune de ces notices, les sources d’archives sont mentionnées, et l’auteur compare les sources, leurs éventuelles contradictions.
Un ouvrage qui est aussi déconcertant pour le lecteur, puisque les événements y sont classés du 1er janvier au 31 décembre, toutes années confondues, ce qui rend impossible d’y retrouver la chronologie sous-jacente.
Nous avons "revisité" cet ouvrage en reclassant les 847 notices dans leur ordre chronologique du 21 mars 1089 au 12 novembre 1858.
Réalisée en période de confinement, propice aux travaux au long cours, cette nouvelle présentation facilitera, nous le pensons, les recherches des amateurs de l’histoire de cette ville au riche passé.
Nous avons conservé l’intégralité du contenu des 847 notices, avec leurs notes de bas de page. Pour faciliter la lecture, ces notes suivent immédiatement le texte principal de chaque notice

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ÉPHÉMÉRIDES ROCHELAISES.
Tout le monde sait que ce fut par un édit de Charles IX , donné à Roussillon, en Dauphiné, le 9 août 1564, que le premier jour de l’année fut fixé pour l’avenir au 1er janvier. Antérieurement dans l’Aquitaine , dont faisait partie la Rochelle, l’année commençait le 25 mars, contrairement à l’ancienne coutume de France, qui fixait le premier de l’an au jour de Pâques. Toutefois, l’année municipale rochelaise continua de s’ouvrir le jeudi après la Quasimodo, jour de l’installation du Maire, dont l’élection avait lieu chaque année le dimanche de la Quasimodo.


1400
1401 03 22. — Acte d’hommage de Jean l’Archevesque , sire de Parthenay, qui « avoue tenir du Roy , à cause de son chastel, ville et chastellenie de la Rochelle, à foy et hommage lige et au debvoir d’un baiser, pour tout debvoir de morte-main, son chastel, chastellenie et ville de Chastelaillon. ( Cart. des PP. Minimes de Surgères). Les noms étaient restés, mais ni le château de la Rochelle, ni la ville de Châtelaillon n’existaient plus : quelques tours en ruine attestaient seulement la force du premier et l’antique importance de la seconde. (V. 22 janvier 1373.)
1402 05 01. — Jehan de Bethencourt, gentilhomme normand, accompagné du chevalier Gadetïer de la Sable, chambellan de Charles VI, part de la Rochelle avec deux navires qu’il y avait armés, non pas, comme paraissent le croire Arcère et Massiou, pour aller découvrir les Canaries, que Robert de Braquemont avait déjà découvertes dix ans auparavant, mais pour en prendre possession , par suite de la cession qui lui en en avait été faite par ce dernier, en échange de quelques terres en Normandie. On ne doit pas s’étonner que l’intrépide navigateur fut venu à la Rochelle composer ses équipages. A cette époque reculée, antérieure de près d’un siècle à la découverte de l’Amérique, et où l’usage de la boussole était à peu près inconnu, les Rochelais passaient pour les marins les plus habiles et les plus audacieux. « ray des actes, écrivait Gaufreteau, par lesquels appert qu’en ce temps-là si les marchands de Bordeaux alloient à la Rochelle par mer, ou ceux de Saintonge en Bretagne, ceux de Bretagne, Picardie et Normandie en Angleterre, ils faisoient leur testament et entroient en une plus grande appréhension que si maintenant ils devoient faire les courantes de Goa ; au lieu que les Rochelois pour lors fendoient les mers, gourmandoient les orages et en despitde la colère des vents, voyageoient au-delà du soleil. » (A. Barbot.— E. de Préville. - Gauf. la Digue.)
1406 10 19. — Sentence de Pierre, seigneur de Vilennes, Delcoumy et du Mettot, chambellan du Roi et gouverneur de la Rochelle, châtellenie et ressort d’icelle, et des gens du conseil du Roy estant en ladite ville, réglant les conflits d’attribution et de juridiction , qui existaient depuis longtemps entre le corps de ville et les prévôt (1), lieutenant et procureur du Roi de la Rochelle. Il en résulte qu’à cette époque, le corps de ville jouissait du droit de haute, moyenne et basse justice ; qu’aux magistrats municipaux seuls appartenait la connaissance de toutes les affaires criminelles et de police, et de celles qui regardaient la défense de la ville, quelle que fut d’ailleurs la qualité des personnes, bourgeois, étrangers ou forains ; que seulement pour ces derniers, l’exécution de la peine prononcée par les magistrats de la commune était attribuée au prévôt, auquel appartenait en outre l’exécution des condamnations à mort, rendus contre les bourgeois (2) ; qu’en matière civile, les procès des bourgeois et jurés, et le droit de faire inventaire étaient de la compétence des magistrats de la commune, et que si un bourgeois était assigné devant le prévôt, il lui suffisait de faire connaître sa qualité pour être renvoyé devant ses juges naturels ; — le procureur de la ville pouvait même intervenir, en tout état de cause, pour demander ce renvoi.- Qu’il ne pouvait être prononcé aucune confiscation dans la ville, ni dans le ressort du gouvernement, si ce n’est dans le cas de lèse-majesté ; que le gouverneur ni les gens du conseil du Roy n’avaient le droit de faire statuts ou ordonnances, qui touchassent la chose publique de la ville ou pays d’environ, si non par arrest de la cour ou du consentement de la plus grande et saine partie des Maire, eschevins et pairs ; qu’il était défendu de chasser par les vignes et terres de ce gouvernement, depuis le mois de février jusqu’après vendanges ; qu’enfin les bourgeois n’étaient contraignables d’aller voir l’exécution des criminels, s’il ne leur plaisoit. (Invent. des privilèges. ) — V. 28 février.

(1) Le prévôt était le juge ordinaire , qui avait succédé aux anciens viguiers. Le siège de la prévôté de la Rochelle fut supprimé , en 1628, par la déclaration de Louis XIII.

(2) Mais lorsqu’il n’y avait lieu qu’à abscision de membres ou à piloriser , associlier ( couper les oreilles ), bannir ou fustiguer , les magistrats municipaux étaient chargés de l’exécution. (Inv. des privil.)


1408 03 20. — Charles VI, à la demande de Pierre d’Amboise, vicomte de Thouars, comte de Benon et baron de l’île de Ré, déclare les habitants de l’île de Ré francs et quittes à toujours de toutes aides, tailles et subsides, pour fait de guerre, en se fondant sur ce motif que, sans cesse exposés aux descentes des ennemis et notamment des Anglais qui, récemment encore, avaient brûlé leurs maisons , ravagé leurs terres et les avaient cruellement rançonnés, ils ne pouvaient recevoir de secours de personne et ne devaient compter que sur eux-mêmes. (Laurière, Ordon. des rois de France.)
1410
1410 08 27. — Les Rochelais eussent difficilement pu protester contre cette annexion de leur ville à la principauté d’Aquitaine par le Roi d’Angleterre, en invoquant le privilège de Louis VIII, qui avait déclaré la Rochelle inséparablement unie à la couronne de France (V. 3 avril), puisque la cession de leur ville au Roi d’Angleterre par le roi Jean, après le traité de Brétigny, en avait été une bien plus éclatante violation. (V. 8mai). Mais ayant reconquis leur nationalité française, en 1372, et ayant obtenu de Charles V que la Rochelle devint chambre de la couronne et ne put en être détachée à quelque titre que ce fût, les Rochelais, après la cession par Charles VI du duché de Guienne à son fils Louis, dauphin de France, déclarèrent que le Roi n’avait pu comprendre leur ville dans cette cession et refusèrent d’obéir et de prêter serment de fidélité aux commissaires que le duc de Guienne leur avait envoyés. Le Roi reconnut que leur résistance était fondée et, par des lettres patentes du 27 août, déclara que son intention n’avait pas été de comprendre la Rochelle dans le don qu’il avait fait à son fils du duché de Guienne. (Invent. des privil. — A. Barb.) — V. 29 avril.
1412 02 25. — Lettres patentes de Charles VI, par lesquelles il s’engage à « n’asseoir ni imposer sur les bourgeois et habitants de la Rochelle , aucuns subsides, gabelles, impositions du 10e et 13°, ni autres quelconques, si ce n’est de leur consentement et volonté, sans que chose aucune puisse cy-après estre sur eux exigée si non de leur dit consentement. » (Invent. des privil.) Privilège immense, s’il eût toujours été respecté !
1419 01 12. — Charles VI confirme , par des lettres-patentes, l’obligation imposée à tous les hôteliers de la Rochelle, de renouveler leur serment chaque année entre les mains du nouveau Maire, et de jurer notamment de lui apporter les noms et qualités de tous les étrangers qui logeraient chez eux. (Invent, des privilèges).
1420
1422 10 11. — Henri V d’Angleterre, que le honteux traité de Troyes avait fait, deux ans auparavant, régent et héritier du royaume de France, venait de mourir au château de Vincennes, laissant le poids de deux couronnes sur la tête d’un enfant, qui n’avait pas encore un an ; quelques jours encore et le pauvre insensé Charles VI, qui avait dépouillé son fils, en faveur de son gendre, de la succession au trône de France, allait terminer sa misérable existence. Ce fils déshérité , le Dauphin Charles , qu’on allait bientôt appeler Charles VII, était alors à la Rochelle, qui, en haine des Anglais, n’avait pas hésité à se prononcer pour lui et à lui jurer fidélité , comme à son seigneur naturel, contre tous ses adversaires. Aussi était-ce sur les côtes de l’Aunis que , l’année précédente, une flotte castillane, alliée du Dauphin , avait débarqué de nombreuses troupes d’Espagnols et d’Ecossais (1). Le prince était logé dans une maison , bastie en charpenterie (2) , formant l’angle nord-ouest de la rue Chef-de-Ville et de la venelle de la Verdière (la rue Verdière actuelle.) Le Il octobre (3), il y avait convoqué ses principaux conseillers, pour délibérer sur les moyens de profiter de la mort, si favorable à sa cause, de leur plus redoutable ennemi. Par une heureuse circonstance, on avait placé le siège, que devait occuper le Dauphin, dans une sorte de niche, pratiquée dans l’épaisseur du vieux mur d’enceinte de la ville, qui longeait le canal de la Verdière et qui faisoit le fond de ladite maison. Tout à coup, pendant que la noble assemblée était en séance, la charpente s’écroula avec un épouvantable fracas, ensevelissant tous les assistans sous ses débris. Le Dauphin resta seul suspendu sur ces ruines, et en fut quitte pour quelques blessures légères ; mais plusieurs grands personnages y perdirent la vie, parmi lesquels Jean de Bourbon, seigneur des Préaux , et un grand nombre furent retirés des décombres plus ou moins dangereusement blessés. Qui peut calculer quelles conséquences immenses eût pu entraîner , dans les conjonctures présentes, la mort du Dauphin,, s’il n’eût été préservé par un hasard qu’on pourrait appeler providentiel, puisqu’avec l’aide du bras de Jeanne d’Arc, il devait être appelé bientôt à chasser les Anglais du royaume de France. (A. Barb. — Monstrelet. — Aug. Gallant. — De Barante. — H. Martin.)

(1) Dans les archives de l’hôpital Saint-Barthelémy, on trouve plusieurs actes de 1422, établissant que des hahitans d’Aytré et de Lhoumeau n’ont pu labourer leurs terres, tant pour cause de vimère de guerre et des Espaigneulx, qui, l’an passé estaient en ce païs, et, qui avaient mis lesdits lieux comme déserts, que pour la cherté du temps et des laboureurs.

(2) « Et que l’on dit être celle où pend pour enseigne le cocq » , ajoute A. Barbot. On sait que la rue Verdière a longtemps porté le nom de rue du Coq , que lui donnent encore certaines personnes.
(3) C’est à tort que M. Henri Martin , dans son histoire de France , place cet événement à une date postérieure à celle de la mort de Charles VI, qui ne décéda que le 21 octobre. Monstrelet dit qu’il eut lieu peu de temps avant la mort du Roi, et A. Barbot, qui écrivait d’après les anciens titres de la ville , le fixe au 11 octobre.


1423 01 03. — Ordonnance de Charles VII, qui défend aux maire et membres du corps de ville de se rendre adjudicataires, directement ou par personnes interposées, des fermes de la commune.
1430
1430 05 15. — Traité de commerce entre le souverain de Castille et le duc de Bretagne, qui stipulent entr’autres choses que la Rochelle étant un lieu de rendez-vous des nationaux de l’une et l’autre partie contractante, il y sera établi un juge pour statuer sur leurs différends, tant passés que futurs. (Dom. Lobineau, Hist. de Bretagne.)
1432 03 16. — Lettres patentes de Charles VII, établissant à Poitiers une université, avec les mêmes droits et priviléges dont jouissaient les universités de Paris, Toulouse, Orléans, Angers et Montpellier. Elle devait se composer de quatre facultés : de théologie, de droit, de médecine et des arts. Le carme Cousin Seguin, professeur de théologie, fut député vers le corps de ville de la Rochelle pour lui notifier cet établissement. Celui-ci, voulant montrer le prix qu’il attachait à cette institution scientifique et son désir de contribuer à sa prospérité , n’hésita pas-à offrir son concours généreux. Un passage de notre annaliste Merlin prouve que, de son temps, la Rochelle comptait de nombreux élèves à l’université Poitevine : « Les étudiants de ceste ville et gouvernement à Poitiers, dit-il, ayant voulu faire un admiral d’Aunix, bien qu’ils soient de la juridiction du comté de Poitou, furent rompus, battus et blessés par les Poitevins ». (Thibaudeau, Hist. du Poitou).
1433 03 31. — A peine les seigneurs de Faye et de Bazauges étaient-ils arrivés devant Mornac (V. 19 mars) et en avaient-ils commencé le siège du côté de la rivière , pendant que les seigneurs de Pons et de la Roche cernaient la place du côté de la terre, qu’ils apprirent que le Maire de Bordeaux marchait au secours de Mornac. Ils écrivirent alors, le dernier jour de mars, au corps de ville pour qu’il leur envoyât d’autres navires et de nouvelles troupes. Aussitôt le Maire se mit en rapport avec des capitaines de bâtiments flamands et espagnols, mouillés dans la rade de Chef-de-Bois, et, les prenant à la solde de la commune, les chargea de transporter à Mornac une certaine quantité de gens de guerre. Le Maire de Bordeaux avait réussi à pénétrer dans la place assiégée ; mais, aidés des renforts qu’ils avaient reçus, les chefs Rochelais firent si bien jouer leurs pierriers et mangonneaux et donnèrent de si rudes assauts à la ville, que les assiégés étaient réso us de se rendre à eux plutôt qu’aux chefs des troupes de terre , quand le seigneur de Pons, informé de leurs dispositions, s’empressa de traiter avec les Anglais ; et bien que ses troupes n’eussent pas donné un seul assaut, il souffla ainsi aux Rochelais .’honneur et le fruit du succès dû à leur courage. — Le singulier moyen dont ceux-ci se servirent pour ravitailler la petite garnison du château qui, manquant complètement de vivres : était sur le point de capituler, mérite d’être rapporté. Ils lancèrent dans leur donjon un vireton, (grosse flèche d’arbalète) auquel était attachée une corde légère, à l’aide de laquelle le capitaine du Gast put tirer à lui un câble, qui fut fixé fortement à ses deux extrémités ; puis « par un autre cordage, qui se tenoit au premier et qui alloit et venoit, on envoyoit audit capitaine chevreaux, gorets vifs, pain et autres victuailles. Ce que voyant lesdits Anglois, furent tout émerveillez et s’efforcèrent de rompre et couper avecq gisarmes, lançons et grans perches ledit cordage, mais ilz n’y pouvoient tenir. » (Conain. — A. Barbot. — Ms. 1977.)
1434 03 14. - L’indolente faiblesse de Charles VII n’avait pas su profiter de l’élan patriotique inspiré par la vaillante bergère de Vaucouleurs. Les Anglais possédaient encore Paris et une grande partie de la France. Maîtres du Bordelais, ils fesaient de fréquentes incursions dans la haute Saintonge, et les Rochelais venaient d’apprendre que, s’avançant jusqu’à la ville de Mornac, située sur la petite rivière de la Seudre, ils s’en étaient emparés la nuit par surprise. Un pareil voisinage était de nature à inspirer aux Rochelais de sérieuses inquiétudes et menaçait la sécurité de leur commerce. A cette nouvelle, le Maire fait aussitôt sonner la cloche de l’échevinage pour réunir le corps de ville, et il est résolu qu’on s’empressera de secourir le brave capitaine du Gast, qui, renfermé dans le château de Mornac avec une poignée de soldats, avait refusé de le rendre, et que, secondé par le puissant seigneur de Pons, qui avait donné l’avis au Maire, on s’efforcerait de chasser les Anglo-gascons de la place. On fit une telle diligence que deux jours suffirent pour équiper, avitailler et expédier cinq baleiniers, montés par cent soixante hommes d’élite et. commandés par des officiers expérimentés, avec mission de remonter la Seudre et de garder la rivière. De nouveaux renforts devaient suivre bientôt. (Livre de la paterne. — A. Barbot.)
1434 03 19. — Départ de quatre grandes berches (espèce de navires que l’on appela plus tard ramberges), montées par trois cents soldats, que commandaient messires Regnault Girard, seigneur de Bazauges (1), et Laurent Poussard , seigneur de Faye, tous deux chevaliers et membres du corps de ville, pour aller au secours de Mornac. (A. Barbot.) — V. 15 mars.

(1) C’est du titre de cette tivs ancienne famille municipale que notre rue Bazoges a tiré son nom.


1434 11 26. — Dans la grande lutte que soutenait Charles VII , pour achever l’œuvre si glorieusement commencée par Jeanne d’Arc, de chasser les Anglais du royaume, il venait de contracter alliance avec Jacques Ier, roi d’Ecosse, qui s’était engagé à lui fournir un secours considérable , moyennant la cession du duché de Berry et d’autres seigneuries en fief ; alliance qui devait être scellée par le mariage du Dauphin Louis ( depuis Louis XI ), alors âgé de dix ans, avec la princesse Marguerite, fille de Jacques, qui n’en avait que neuf. Les ambassadeurs, chargés d’aller chercher la jeune princesse en Ecosse, pour l’amener en France , devaient s’embarquer au port de la Rochelle ; mais le trésor royal était tellement épuisé, qu’on manquait d’argent pour payer les frais de cette ambassade. Louis de Bourbon , comte de Vendôme, souverain maistre de Voslel du Roy, et Jeh. Chastenier, général des finances, venus à la Rochelle pour se procurer la somme nécessaire, songèrent à battre monnaie sur la caisse de l’hôpital Saint-Barthelémy, en l’obligeant à amortir les cens, rentes et devoirs qu’il payait annuellement au Roi sur différents domaines. Le gouverneur de l’hôpital et le corps de ville firent en vain valoir les immunités et les besoins de cet Hostel-Dieu, dont les longues guerres et la misère générale avaient encore augmenté les charges, il leur fallut consentir à verser, entre les mains du receveur général des finances, Charrier, 500 réaux d’or, de 64 au marc, encore n’en furent-ils quittes à ce prix qu’en prenant l’engagement de faire célébrer à perpétuité, un jeudi de chaque mois, dans la chapelle de Saint-Jean-Baptiste dudit hôpital, une messe à note du benoist Saint-Esprit, pour la félicité et prospérité du Roy et de sa lignée , et aussy pour la paix et tranquillité du royaulme, et, après le trépassement du Roy , une messe de requiem pour le repos de son âme. A ces conditions, Charles VII leur octroya , à la date du 26 novembre 1434, des lettres patentes déclarant libres et exempts de toutes rentes, cens et redevances les domaines et possessions de l’aumosnerie de Saint-Barthome. Peu de temps après, la princesse Marguerite débarquait à la Rochelle, non sans avoir couru le danger d’être prise par un flotille anglaise, qui croisait sur sa route, et qui oublia sa principale mission pour poursuivre et capturer un assez grand nombre de bâtimens rochelais chargés de vins pour la Flandre (1). (Titre origl. de l’hôp, St-Barth. — Buchanan, ap. Arcère.)

(1) Le mariage de Louis et de Marguerite ne fut célébré que le 25 juin 1436, à Tours. L’assasinat du roi Jacques, par son oncle, avait empêché l’exécution du traité passé entre lui et le roi de France. (H. Martin).


1436 03 16. — Le corps de ville rétablit d’anciennes ordonnances, qui prescrivaient qu’en cas de décès des échevins et pairs, leurs enfants seraient appelés de préférence à leur succéder, s’ils en étaient jugés dignes et capables. (Statuts du corps de ville.) C’était substituer l’hérédité à l’élection pour des charges qui devaient être données aux plus dignes. Cette fâcheuse dérogation aux institutions primitives du corps de ville et qui engendra bientôt la vénalité, devint la source de longs troubles et de déplorables luttes entre le corps de ville et les bourgeois. ( V. 11 janvier 1613.)
1439 12 12. — Lettres patentes de Charles VII ainsi concues : Informé des grans maux, dommages, pilleries et roberies qui ont esté faiz, le temps passé, et se font encores chascun jour en nos pays de Poictou, Xaintonge et gouvernement de la Rochelle par plusieurs gens de guerre, qui ont esté et sont encores à présent en nosd. pays, vivans sur les champs et par aultres estans en plusieurs chasteaux, forteresses , églises fortes d’iceulx pays, qui pillent, robent (volent) et destroussent lesd. pays, apatissent et rançonnent nosd. subgiez, destroussent et desrobent les marchans et aultres gens passant par les chemins, et font aultres maux inumérables ; et aussi que plusieurs de nos subgiez d’iceulx pays, gens d’église, nobles , barons et aultres, en venans contre nos ordonnances et commandemens en contemps et mespris de nous et de nostre seigneurie et auctorité royale , et en grant escande et lésion de justice , n’ont voulu obéir plusieurs à nos lettres et mandements, ains les ont rompus et dessirez, battu et menacié les exécuteurs d’iceulx et aultres nos officiers, et avec ce que aulcuns ont empoiché à lever nos deniers, tant des tailles comme des aides. levé et exigé finances par rançon et aultres extorsions et exactions indues., désirans de tout nostre cœur y pourveoir. confians entièrement de nostre très chier et très amé fils, le Dauphin de Viennois (le futur roi Louis XI)., iceluy avons ordonné et ordonnons aller et soy présentement transporter en nosd. païs. et luy avons donné et donnons, par ces présentes, pouvoir auctorité et mandement espécial de pourvoir aux choses dessusd. et chascune d’icelles, ainsy qu’il verra estre à faire pour le bien de nous et ded. païs etc. » Pour juger les coupables, le Roi fit accompagner le Dauphin de trois conseillers au parlement. Louis vint à Niort, mais entraîné par une funeste ambition , il leva bientôt l’étendard de la révolte contre son père, et s’allia avec ceux dont il avait mission d’arrêter les désordres et de punir les méfaits. ( A. Briquet.) V. 10 août.)
1440
1440 10 01. — Par une exception bien rare, si non unique, le corps de ville, cette année là , ne procéda à l’élection du Maire que le 1er octobre. Charles VII, qui ne se permit pas cette seule atteinte aux privilèges des Rochelais, avait exigé que la mairie de Laurent Desnorps fut prorogée jusqu’à cette époque, et Nicolas Pignonneau fut élu pour achever l’année municipale. Mais afin que cette déférence aux commandements du Roi ne formât pas un précédent qu’on pût invoquer à l’avenir, le corps de ville sollicita et obtint du Roi des lettres de non préjudice. (A. Barbot.)
1443 04 28. — Première élection à la mairie de Jehan Mérichon, fils du maire de 1419 et de 1426 et qui fut lui-même élevé cinq fois à la première dignité municipale (en 1443-57-60-63 et 68). On peut le, considérer comme le premier historien de la Rochelle ; car pendant sa dernière mairie il fit dresser la liste des maires qui l’avaient précédé, en y joignant une notice des choses les plus mémorables qui s’étaient passées sous leur administration. Il fit ensuite déposer ce livre, écrit sur parchemin et enrichi de miniatures, au trésor de la ville (1). Chacune de ses mairies fut marquée par quelques grands travaux d’utilité publique et par les plus sages règlements : il fit paver plusieurs de nos rues ; terminer la grande boucherie , située près de la tour Mallevaut, et dont la rue des Bouchers a tiré son nom ; refaire, sinon établir, un abreuvoir pour les chevaux, qu’on appelait le Gayouer, et un vaste lavoir pour les lavandières sur le canal de la Verdière ; reprendre et presque entièrement achever les travaux de la belle tour de la Lanterne (2), commencée, en 1445, par son beau-frère, le maire Pierre Bragie.r, et qui ne fut complètement terminée qu’en 1476 , etc. « Et ce qui est remarquable, dit A. Barbot, c’est que pour tous les édifices et réparations ci-dessus, qui furent de très grandes dépenses, Mérichon, porté au bien de la ville, en fit les avances de ses propres deniers ». Il jouissait, il est vrai, d’une très grande fortune : seigneur de Lagord, d’Huré, du Breuil-Bertin et des halles de Poitiers, comme unique héritier de ses père et mère, son mariage avec Marie de Parthenay Soubise avait dû l’enrichir encore. Aussi se fit-il bâtir/sur un terrain qu’il avait acquis , en 1452, de l’hôpital Saint-Barthelémy, ce bel hôtel d’Huré , dont il est si souvent fait mention dans nos annales, et dans lequel descendirent tour à tour, pendant leur séjour à la Rochelle , le duc de Guienne, en 1467 , Louis XI, en 1472, François Ier, en 1518 et 1543, et Charles IX, en 1569 (3) ; il fonda encore à Lafons, en 1461 ,’un couvent de Cordeliers. Mérichon ne fut pas seulement cinq fois maire de la Rochelle, il fut aussi grand bailli d’Aunis, député aux Etats généraux, gouverneur de la Rochelle, chambellan de Louis XI, qui l’appeloit par prérogative sur tous autres françois son bon bourgeois (la Popel.) , et le chargea de plusieurs missions aussi délicates qu’importantes, président en la chambre des comptes, etc. (A. Barb. — Arch. de l’hôpital St-Barthelémy).

(1) Servi par un singulier hasard , j’ai pu retrouver et acquérir le premier feuillet de ce précieux manuscrit, dont le reste paraît avoir été détruit, mais dont heureusement il nous a été conservé plusieurs copies. Au-dessous d’une miniature très bien conservée , on lit ce titre écrit en vermillon : En ce présent livre sont contenuz les noms et seurnoms de tous les maires et recteurs de la communité (commune) de ceste ville de la Rochelle, depuis la fondation et institucion d’icelie. Et lesquelx ont esté icy rédigez par escript et extraiz des anciens livres et cartulaires de ladicte ville en mémoire perpétuel.. par noble homme et saige, maistre Jehan Mérichon, seigneur de Uré, Lagort et le Bruil-Bretin, conseiller. du Roy et baillif d’ Aulnis , en sa quinte mairie 1468. La miniature représente une élection de maire, probablement la sienne, dans l’église Saint-Barthélémy, et peut-être faut-il voir son portrait dans l’échevin , vêtu d’une longue robe grise , garnie de fourrure, qui, à genoux devant la table des scrutateurs sur laquelle est ouvert le livre des Evangiles, prête serment avant de déposer son vote.

(2) Elle s’appelait tour du Phare ou de la Lanterne, parce que sur la tourelle de l’escalier existait « une lanterne de pierre , percée à jour et à six pans et vitrée, pour empescher que le vent n’esteignit le gros cierge ou massif flambeau que l’on mettoit dedans , la nuit, en mauvais temps, pour servir de phare et lumière aux vaisseaux ». (Mervault. — A. Barbot. — Ms. des recherches. curieuses). On la nommait encore tour du Garot, -parce que pour désarmer les navires de leurs canons avant qu’ils entrassent dans le port, on se servait d’une machine ou engin appelé garrot. Cette dernière interprétation donnée par Mervault me paraît préférable à celle imaginée par Arcère dans ses notes manuscrites, qui fait dériver ce nom du vieux mot françois, garreau signifiant guérite. Nous avons vu pourquoi on la désignait enfin sous le titre de tour des prêtres. (V. 10 février).

(3) V. janvier. - 1er février. — 21 avril. Louis XI, qui se défiait de l’esprit d’indépendance des Rochelais , voulut acheter l’hôtel de Mérichon pour avoir un pied chez eux. Il écrivait, le 20 mai 1473, à Jacques de Beaumont, seigneur de Bressuire : « Je vous prie que vous sachiez de Mérichon s’il vouldroit vendre son hostel de la Rochelle ; car je le vouldrois bien avoir pour moy ou aulcun des miens, pour estre plus près d’eulx (des Rochelais) et leur voisin et les faire tenir du pied, Je ne veulx point de ses terres ny aultres choses, mais seulement ledict hostel. Et besoignez si secrètement qu’il ne s’en apperçoive point qu’il vienne de moy, ny que je le veuille avoir ». (Brantôme).


1445 10 23. — Charles VII, en considération de l’attachement que les Rochelais avaient manifesté envers la couronne de France, en chassant les Anglais de leur ville , et du concours dévoué qu’il lui avaient prêté ensuite pour recouvrer la Guienne et le Bordelais, les exempte de toutes aides, tailles et quatrième du vin vendu à la Rochelle et dans la banlieue, moyennant le paiement annuel de la somme de 4,500 livres , pour l’entretien des gens de guerre. Il autorise en même temps le corps de ville à percevoir le huitième du vin, vendu en détail dans la ville et banlieue, et à imposer deux sols six deniers sur chaque tonneau vendu en gros, ou à mettre tel autre impôt, qu’il jugerait moins préjudiciable, sur toutes autres productions du pays, pour les deniers en provenant être employés aux travaux de la commune, sans obligation d’en rendre compte à d’autres qu’à eux mêmes. (Invent, des privil.) V. 31 janvier. Les Rochelais avaient longtemps joui de l’immense privilège d’être exempts d’impôts. ( V. 29 août.) « La nécessité publique, sous le respect de laquelle ployent toutes considérations plus fortes , dit A. Gallant, entama ce privilège. L’ouverture en fut faite sous Charles VI, du consentement des habitans, avec des protestations suivies de patentes. ( V. 25 février.) Sous Charles VII, la misère commune porta le Roy à d’autres impôts, tailles et aydes, au lieu desquels les habitans furent réduits à un équivalent, et depuis, par patentes du 31 aoust 1461 , furent abonnez, par Louis XI, à 3,000 liv. seulement. » (Discours au Roy.) — V. 29 août.
1445 12 23 (2). — Lettres patentes de Charles VII, qui exemptent les Rochelais de toutes aides, tailles, et quatriesme du vin vendu à la Rochelle et dans la banliefve, moyennant le paiement annuel de 4.500 livres. (Inventaire des privilèges.) — V. 23 octobre. (2) C’est par erreur que ces lettres ont été inscrites sous la date du 23 novembre.
1447 08 22. — « Lettres patentes de Charles VII, par lesquelles le Roy permet aux Maire et échevins de la Rochelle d’imposer 10 deniers sur chascun tonneau de vin, yssant hors la banliefve de ladite ville par les ports et havres du Plomb (1), Esnandes, Cou-de-vache (2) et des Moulins-neufs (3), pour estre employez à la construction de la fontaine vulgairement appelée la vieille fontaine. » ( Invent. des privil. —Delaurière.) Un passage des statuts du corps de ville indique que, depuis plus d’un siècle déjà , la Rochelle jouissait d’une fontaine publiqne ; mais tout porte a croire que ce fut seulement à celle époque que l’on entreprit de conduire dans la ville l’eau des sources de Lafons, par les conduits souterrains qui servent encore à alimenter nos fontaines. La vieille fontaine, dont il est ici question , fut construite sur une place qui existait entre la rue de Sairit-Julien-du-Beurre et la rue Dauphine, qui a longtemps porté le nom de rue de la Vieille Fontaine. (V. 15 septembre.)

(1) V. 21 Mars.

(2) Cauda vaccœ , Queue-de-vache , dont on a fait depuis Coup-de-Vague.

(3) Le port Sainte-Catherine des Moulins-Neufs se trouvait près d’Angoulins.


1447 12 12. — Vérification, par les élus de Saintes, de lettres patentes de Charles VII de la même année, « par lesquelles les douze sergens du Maire, les canonniers, portiers et trompette de la Rochelle sont déclarés exempts de toutes tailles, subsides et impositions. » (Invent, des privil.)
1450
1454 08 24. — Charles VII , considérant la petite quantité de grains que produisent les environs de la Rochelle, exempte les marchands, qui en apporteront par terre ou par mer en cette ville, du droit ordinaire de 12 deniers par livre. (Invent. des privil.) Cette faveur était sans doute la récompense de l’utile concours que, l’année précédente, les Rochelais avaient prêté au roi dans son expédition contre Bordeaux.
1454 12 02. - « L’an de grâce MCCCCLIIII et le 2e jour de Décembre, noble homme Mesre. Jeh. de Jambes, chevalier seigneur de Montsoreau, conseiller et premier maistre d’hostel du Roy, vint en lad. ville pour la possession et saisine de l’office du gouverneur de lad. ville, chastellanie et ressort d’icelle, vacant par mort et trespas de noble et puissant seigneur de Villequier. Monseigneur le Maire et plusieurs de Messieurs ( du corps de ville) en sa compagnée allèrent au-devant de luy ; lequel ils rencontrèrent sur le pont des Sallines, bien accompagné de gens d’estat et d’illec s’en vindrent jusques à l’entrée de la porte de Cougnes, et illec Mesre. Jeh. de Jambes fist serment à M. le Maire , aux sainctes évangilles , de les garder en leurs privilèges, droictz, usages, coustumes, franchises et libertez. » Le cortège se dirigea ensuite vers l’église Saint-Barthelémy et, après y avoir entendu la messe, se rendit à la maison et auditoire du Roy, où il fut donné lecture de la commission du nouveau gouverneur. Celui-ci monta alors en la chaire, et le Maire, Jacques Audouher, prêta , sur l’évangile , tant en son nom qu’en celui de tout le commun, serment d’estre au Roy, et à ses hoirs masles et successeurs à la couronne de France, bon et loyal, obéissant subject et vassal ; sa vie, son corps et membres garder et aussy son proffict, biens et choses et ses droictz, et mesmement la ville de la Rochelle, à luy et à son obéissance et de ses hoirs masles et successeurs en son loyal pouvoir comme à son souverain seigneur , sans jamais avoir ne recognoistre autre seigneur souverain. Le gouverneur renouvela ensuite le serment qu’il avait déjà prêté à la porte de Cougnes. Après quoi, le procureur de la commune protesta contre le titre de capitaine de la Rochelle , donné au gouverneur dans sa commission , ce titre appartenant au Maire seul de la ville, qui entendait en jouir comme lui et ses prédécesseurs l’avaient toujours fait ; question d’ailleurs qui était alors pendante devant le Parlement. ( Livre de la paterne.)
1457 09 01. — Contrat par lequel le Maire , Jean Mérichon , afferme aux bouchers de la petite boucherie, moyennant 80 livres de rente annuelle, payables entre les mains du trésorier de la ville, la petile boucherie du Perrot, dont la commune venait de faire l’acquisition , et située dans la grant rue par ou l’on va de l’ologe (la Grosse-Horloge) à la porte des Deux-Moulins, devant l’église de Notre-Dame des Carmes. L’un des articles du traité porte que nul ne pourra y exercer l’état de boucher, qu’après avoir été reçu par deux ou trois bouchers des plus suffisans. Il existait une seconde boucherie, appelée la cohue du grand seing ou grande boucherie , près de la porte Mallevaut. (Invent, des priviL — Bruneau. — Arch. de l’hôp. de St-Barthélémy. — Acte de Chessé.) — V. 20 septembre.
1457 10 28. — Quoique la grande lutte des Valois et des Plantagenets, qui avait duré, presque sans interruption, pendant près de 120 années, eut véritablement pris fin par la conquête que Charles VII avait faite de la Guienne , les deux dynasties restèrent longtemps encore en état de guerre. Le jour de Saint-Simon et de Saint-Jude (28 octobre), quelques vaisseaux anglais, détachés de la flotte qui se dirigeait vers les côtes de Flandre, vinrent tenter une irruption sur les côtes d’Aunis et attaquèrent un grand navire rochelais, appelé la grosse nef de Pierre Gentilz. Après plusieurs heures de combat, la victoire semblait se prononcer pour les Rochelais, quand une affreuse tempête, s’élevant tout à coup, jeta la grosse nef sur la côte de Laleu. Elle se brisa contre les falaises et quatre-vingts hommes furent engloutis dans les flots. Les Anglais, qui avaient échappé au danger en coupant leurs mâts, voulurent opérer leur descente. Mais le gouverneur et le maire Mérichon déployèrent tant d’activité pour défendre la côte, avec les milices do la ville et de la banlieue, que l’ennemi jugea prudent de se retirer. Il se dédommagea de cet échec en débarquant à l’ile de Ré, le jour de la Toussaints, et en pillant et rançonnant le bourg de la Flotte. (Liv. de la paterne. — A. Barb.)
1460
1461 01 25. - Louis d’Ambroise cède à Louis XI les seigneuries de Marans et de l’île de Ré. (M. de la Bibliothèque).
1461 04 13. - Anniversaire du jour où le jeune Leclerc , resté muet depuis sept ans à la suite d’un accident, recouvra la parole, après avoir reçu la communion à Saint-Barthélemy.Chaque année, le lundi de Pâques, l’église célèbre encore , à la cathédrale , la mémoire de cette guérison regardée comme miraculeuse. Arcère a copié sur le livre de la Paterne la version qu’il en donne dans son Histoire de la Rochelle ; voici celle beaucoup plus détaillée qui se trouve sur un registre de l’ancienne église Saint-Barthélemy : « L’an de grâce 1461 (1), le jour et feste de Pasques , miracle grand advint, en l’église monseigneur Saint-Barthomme de la Rochelle, de Bertrand Leclercq, en son vivant pair et bourgeois de la Rochelle, fils de feu Joseph Leclerc et de Pérette Chasteau , ses père et mère. Lequel Bertrand Leclercq , luy en son jeune âge , de 8 ans enfant ou environ, fut malade ; et un jour qu’il faisoit fort temps, comme tonnaire et esclairs, une femme ou servante, le remuant d’un lit en l’autre , entra, par la fenestre de la maison où il estoit, un estourbillon de feu ou esclair , en telle façon que la femme quy le tenoit cheut à l’envers et, de la grande peur qu’elle eust, laissa tomber ledit enfant qu’elle tenoit à terre ; lequel incontinent perdist la parole et fust par l’espace de sept ans sans parler et tout impotent, tellement qu’il lui convint aller sur les bourdes (2). Toutesfois comme bon chrétien alloit tous les jours à l’église en grande dévotion. Or est-il que le jour de Pasques, l’an susdit, luy estant dans ladite église Saint Berthomme avecq ladite Duchasteau, sadite mère, luy montra par signes évidens qu’il vouloit bien recevoir le précieux corps de nostre Seigneur. Laquelle Duchasteau en parla au vicaire, qui pour lors estoit, le priant que son plaisir fust de le bailler à recevoir à son fils. Lequel vicaire fust de ce faire refusant, disant qu’il n’estoit confessé, et qu’il en pourroit estre reprins. Laquelle mère , voyant le refus dudit vicaire, se print à pleurer ; et cognoissant ledit Leclercq que ledit vicaire ne luy vouloit bailler à recepvoir, se jetta à genoux devant luy et luy joignant les mains, luy faisant signe que son plaisir fust qu’il luy baillast à recevoir son créateur. Lequel vicaire en eust pitié , et à la requeste et prière de ladite mère, luy bailla à recevoir le précieux corps de nostre Seigneur, et tout incontinent, luy estant devant la table de l’hostel, dit : Adjutorium nostrum in nomine Domini. Et ce voyant, ladite mère dit : vous parlez , mon enfant ?. et alors luy respondit son dit fils : ouy, ma mère, la mercy à mon Dieu. Et incontinent que ledit miracle fut advenu, tous les chapelains, compagnons dieuservans en ladite église en rendirent grâces à Dieu et louanges, chantèrent : Te Deum laudamus, etc. Depuis lequel miracle ainsy faict, et advant iceluy, Leclercq a tousjours aimé Dieu et l’église. »

(1) Le livre de la Paterne donne la date de 1460, adoptée par Arcère et Massiou , mais comme il ajoute que ce fut pendant la mairie de Jean Mérichon et que celui-ci ne fut nommé maire que huit jours après la fête de Pâques de l’année 1400 , on doit donc préférer la date de 1461.

(2) Béquilles. Cette expression s’est conservée parmi le peuple.


1461 11 30. — « Lettres (patentes ) du roy Loys XIe, par lesquelles appert que lesdits de la Rochelle sont exempts de tailles et équivallent, et qu’elles n’auront plus de cours en lad. ville et banliefve d’icelle ; mais au lieu d’icelles payeront la somme de 3,000 liv. par an et par quartier ; et pour icelle somme , leur est fait octroy du huictiesme du vin vendu en détail en lad. ville et banliefve d’icelle, et deux sols six deniers pour tonneau de vin ou autre qu’ils voudront mettre sus en lad. ville et banliefve ; au payement duquel debvoir seront tenus et contraintz toutes sortes de personnes, et les procès et différends meuz à raison dud. huictiesme jugez et décidez par le Mayre ou son juge-commis, comme appert par led. privilège scellé du grand scel de cire blanche à double queue, donné à Tours, le dernier novembre 1401. » (Invent, des privilèges.) - V. 23 octobre.
1462 08 07. — Louis XI, sur les remontrances qui lui avaient été adressées par le corps de ville, révoque les lettres de provision de Maire, qu’il avait conférées à tin sien serviteur , nommé Pierre de Taillac (1), au préjudice des droits et privilèges des dits de la Rochelle, et ordonne qu’il soit procédé à l’élection du chef de la commune dans la forme accoutumée. (Inv. des priv.) (1) Aug. Gallant l’appelle Guil. de Canat. (Discours au Roy, & ;.)
1462 08 25. — Dès que les Anglais se brouillaient avec la France, les côtes d’Aunis étaient le but principal de leurs incursions. Déjà , en 1457, ils avaient rançonné une partie de l’île de Ré ; « le 25 août (1462), ils mirent l’ancre au lieu de la Palisse, et incontinent ils descendirent à ladite isle et misrent le feu en une partie de l’abbaye (de Sainte-Made des Chatelliers) et rançonnèrent lad. isle, et estoit chef de l’armée , le sire de Foucamberge, et fusrent dans lad. Isle environ quatre jours, et oncques n’osèrent approcher de la terre deçà, pour la grande force d’artillerie, qui continuellement estoit sur la coste de Saint-Marc (commune de Laleu) , et aussy qu’il n’estoit jour que M. le Maire (Rob. Cadiot) (1), n’y fut en personne, en armes, accompagné de plusieurs de Messeigneurs ( membres du corps de ville) et de bon nombre de bourgeois et habitants de la ville, en telle manière queaulcun inconvénient n’arriva , Dieu inercy, à la terre depar deçà ni au païs. » (Ms. n° 1977.) (1) C’est peut-être en souvenir de cette défense que Louis XI l’appela, en 1473, au gouvernement de toutes les artilleries. ( Cheruel ) — V. 24 Mai.
1463 01 11. - Marie d’Anjou, fille du roi de Naples et veuve de Charles VII, ayant reçu en douaire, entr’autres domaines, le bailliage d’Aunis, était venue à la Rochelle pour surveiller l’arpentage qu’elle en avait ordonné. Pendant le séjour de près d’une année qu’elle fit dans notre ville, Louis XI, son fils, vint l’y visiter, affectant une grande simplicité et refusant les honneurs que la commune voulait lui faire. Ce fut de la Rochelle que, le 11 janvier, il expédia des lettres patentes par lesquelles, après avoir résolu de prolonger son voyage jusqu’à Bayonne, il institua gouverneurs de Paris, pendant son absence, Bertrand de Beauveau, président de la cour des comptes, et Ch. Melun , seigneur de Landes. (A. Barb. Bruneau, don Lobineau)
1463 08 14. — Louis XI ayant raccommodé le roi d’Aragon avec le roi de Castille et ayant reçu de lui le Roussillon et la Cerdagne en garantie de la somme de 300,000 écus d’or, ou 50,000 doubles à la baale, qu’il s’était engagé à payer pour lui au souverain de Castille, les Maire , échevins et pairs de la Rochelle et les Maire et jurats de Bordeaux sont établis cautions du Roi de France, (A. Barbot. — Invent, des privil.) (1)

(1) J’ai suivi la version de notre annaliste et de l’inventaire des privilèges, M. Henri Martin, qui porte à 350,000 écus d’or la somme prêtée par le Roi de France, fixe ce prêt à l’année précédente et dit qu’il était destiné à payer un corps de troupes françaises , qui devait marcher contre les Catalans. (Hist. de France.)


1464 04 04. (1) — Sur la demande du corps de ville, qui, se refusant à entrer dans la ligue du bien public, était resté fidèle à la cause royale, Louis XI, par des lettres adressées à l’ancien Maire de la Rochelle, Jean Bureau, devenu grand-maître de l’artillerie et connétable, fait don à la commune de deux canons-pierriers, de six ribaudequins et d’une certaine quantité de poudre , qui avaient été mis en dépôt à la Rochelle par Charles VII, et confiés à la garde des habitants. (A. Barbot. - Aug. Gallant.)

(1) Auguste Ballant donne aux lettres de Louis XI la date du 14 , qui a été prise par Barbot sur l’original, conservé dans les archives communales. Cette date m’a paru devoir être préférée.


1465 05 24. — Les élections à la Mairie étant trop souvent entravées ou influencées par la cour ou de puissants personnages, Louis XI accorde au corps de ville des lettres-patentes fesant défense à qui que ce soit de porter atteinte à la liberté des suffrages, et autorisant le corps de ville à n’avoir aucun -Bgard aux rescriptions, prières ou requestes que le Roi ou tous autres pourraient faire sur ce point. (Privil. de la Rochelle.)
1465 10 25. — Le droit de déterminer le lieu où les navires étrangers devaient déposer leur lest, ou prendre celui dont ils avaient besoin, avait jusque-là appartenu au prévôt royal et à ses sergents, et plus d’une fois le corps de ville s’était plaint des nombreux abus qui en résultaient. Louis XI, à la demande des magistrats de la commune , leur accorda des lettres patentes, datées du 25 octobre, qui leur conféraient les droits de lestage et de delestage et celui de percevoir à leur profit, pour être employés ès réparations et emparemens de la ville et non ailleurs, les sommes payées pour cet objet par les capitaines de navire. ( Invent. des privil. — A. Barb.)
1465 11 30. — Quatre ans après, à la même dale, Louis XI exigea des Rochelais qu’en reconnaissance des nombreux privilèges qu’il leur avait accordés, ils lui fissent don de 1,000 écus ; somme dont le Maire Mérichon fit l’avance à la commune. ( A. Barbot.)
1469 04 29. — Traité par lequel Louis XI cède à son frère , en échange de la Champagne et de la Brie qu’il lui avait d’abord promises, tout le duché de Guyenne avec la Saintonge , l’Aunis et la Rochelle. Cette cession était une violation de l’ordonnance de Charles V, qui avait déclaré la Rochelle inséparablement unie à la couronne de France. Aussi Louis XI, qui savait combien les Rochelais étaient jaloux de ce privilège, leur mandat-il aussitôt de lui envoyer des députés pour leur communiquer les motifs puissants qui avaient dicté sa détermination et leur faire connaître ses volontés. Le maire , Pierre Bragier, et sept membres du corps de ville furent choisis pour aller « remonstrer au Roy qu’il ne pouvoit aliéner, ne mettre hors de sa couronne, pour quelconque cause que ce fust, la ville de la Rochelle (ni son ressort), qui estoit chambre du Roy., et empescher et contredire par tous moïens que ladite ville ne fust baillée à son frère. » Avant leur départ, il fut résolu par le conseil de la commune de refuser l’entrée de la ville aux commissaires, qui viendraient au nom du Roy ou du nouveau duc de Guienne. En conséquence, on doubla les postes des portes, et l’on étabiit à chacune d’elles deux membres du corps de ville pour s’opposer , même par la force , à l’entrée des commissaires. Le sire de Crussol, sénéchal du Poitou, ne tarda pas à se présenter au nom du Roi ; on refusa de le recevoir. Il insista pour être admis comme simple particnlier, mais on ne déféra à sa demande, qu’après qu’il eut juré, en foy de chevalier, quelque ordre qu’il reçut du Roi, de ne faire aucun acte en vertu de sa commission , déclarant nul d’avance et sans effet tout ce qui serait contraire à cet engagement ; ce dont il fut dressé acte par deux notaires. Peu à près arriva le seigneur de Lescun , commissaire du duc de Guienne, « avec grande compagnie de seigneurs et gens de conseil, jusques à sept ou huit vingts chevaulx. » Il eut beau exhiber lettres signées de la main du Roi, enjoignant aux magistrats de la Rochelle d’avoir à recevoir les ambassadeurs du duc, « il ne fut aucunement obtempéré à icelles M, et il fut obligé de se retirer à Marans, jusqu’à ce que le Maire et les députés fussent de retour. (Livre de la paterne.) Nous verrons bientôt quelles garanties exigèrent ces fiers Rochelais avant de se soumettre aux volontés royales.
1469 05 24-1972. — Par une coïncidence étrange, Louis XI fit son entrée à la Rochelle le jour même où, trois ans auparavant, le sire de Crussol, sénéchal de Poitou, avait en son nom remis cette ville aux mains d’Odet d’Aydie, seigneur de Lescun, représentant le duc de Guienne. Les Rochelais avaient longtemps résisté à cette cession (V. 29 avril) ; il avait fallu, pour les déterminer à reconnaître le duc de Guienne pour seigneur, que Louis XI leur fit les plus pressantes instances, invoquât les plus" graves raisons d’Etat et leur délivrât des lettres de non préjudice, attestant qu’ils ne se soumettaient à ses ordres réitérés que forcés et contraints ; qu’il déclarât qu’il réservait son droit de souveraineté sur la Rochelle, et qu’il leur garantît qu’il ne serait porté aucune atteinte à leurs privilèges et franchises. Alors seulement, et après les sommations des commissaires de leur ouvrir les portes, sous peine de confiscation de biens et de corps, le Maire, Guillaume de Combes, avait, 1 e 24 mai 1469, consenti à prêter au nojn de la commune, entre les mains de Lescun, le serment de fidélité au très haut, très puissant et très excellent prince et très redouté seigneur, le duc de Guienne. Nous. venons de voir comment, fidèles à ce serment, les Rochelais avaient refusé de remettre leur ville au Roi. Obligés de céder- aux menaces royales, qui étaient appuyées d’une nombreuse armée, ils voulurent encore constater la contrainte dont ils étaient l’objet, en n’allant point au-devant de Louis XI, en ne fesant aucun préparatif de réjouissance publique et en ne lui offrant aucun cadeau, toutes choses consacrées par l’usage pour la réception des princes. Le Maire, Gaubert Cadiot(1), accompagné du corps de ville , des officiers de la commune et de plusieurs notables, alla seulement l’attendre à la porte de Cougnes. Quand Louis arriva , dans la soirée, le Maire lui dit que depuis les temps les plus reculés, les Rois ses prédécesseurs avaient toujours, avant d’entrer à la Rochelle , prêté serment de respecter et maintenir à jamais ses priviléges, franchises, libertés, domaines, statuts, coutumes, prérogatives, prééminences, droits de noblesse et de juridiction. Le Roi descendit alors de chevalo se mist àgenoulx, et luy estant à genoulx, mist la main sur la sainte paterne (2) que tenoit M. le Maire et, sans soy lever et la teste toute nue, prononça le serment, dont le greffier de la ville lui lut la formule et dans lequel étaient comprises les promesses qu’il avait faites à Bourgneuf. Après avoir reçu à son tour le serment de fidélité du Maire, au nom du corps de ville, il remonta à cheval. Le Maire fil aussitôt couper le cordon de soie verte que , selon l’usage antique , on avait tendu de l’un à l’autre montant de la porte de ville, et le cortège se dirigea vers l’église Notre-Dame de Cougnes, où le Roi et le Maire renouvelèrent leur serment devant l’autel. Pendant que Louis était en prière, Jehan Langlois, qui redoutait les effets du ressentiment qu’il lui avait déjà manifesté à cause de son opposition à ses volontés dans le corps de ville, se jeta à ses pieds en le priant, au nom de la mère de Dieu , de lui pardonner. Après un geste de colère, le Roi s’adoucissant lui dit que, puisqu’il Vavoit supplié de la part de sa bonne dame et maîtresse, il luy remettoit l’offense et la peine de ce qu’il avoit fait contre luy. Il se rendit ensuite à cheval, en traversant la grand’rue, à l’hôtel de Mérichon, que le duc de Guienne avait nommé ’son sénéchal et que le Roi confirma dans sa charge, à la grande satisfaction de ses concitoyens. (Liv. de la paterne. — Gallant. — A. Barbot. — Ms. n° 1977.)

(1) Arcère se trompe en lui donnant le prénom de Robert. Louis XI le nomma maître de son artillerie ; mais il ne jouit pas longtemps de cette charge , car il mourut avant la fin de sa Mairie , dans laquelle il fut remplacé par Foulques Roulin , l’un des coélus. (Gallant. — Livre de la paterne.)

(2) C’était le livre des Evangiles sur lequel était posé un crucifix.


1469 06 02.— Lettres-patentes de Louis XI, confirmant aux nobles et francs archers de la Rochelle, le privilége de ne pouvoir être appelés à servir ailleurs que dans leur ville, bien que possédant fiefs et arrière-fiefs en Aunis, Saintonge et Poitou. (Bruneau.) Dès l’année 12-11, Jean d’Angleterre avait exempté bs Rochelais d-e tout service militaire en dehors de la Rochelle, afin que leur ville fut toujours suffisamment gardée et pourvue de défenseurs. (Collection des priviléges.)
1469 07 06. — Le duc de Guienne , après avoir confirmé aux Rochelais, dans une longue charte du mois précédent, tous les privilèges dont les avaient gratifié les rois de France et d’Angleterre , désirant sans doute achever de se concilier leur affection, voulut les visiter en personne et arriva à la Rochelle le 6 juillet. Le Maire, accompagné du corps de ville, dont un grand nombre de membres étaient à cheval, et précédé des archers de la ville, alla au-devant lui jusqu’à la Moulinette, ainsi que tous les religieux de la ville et les abbés de Saint-Michel en l’Herm, de l’île de Ré, de la Grâce-Dieu , de Saint-Léonard et de Charron , tous revêtus de leurs chapes , marchant processionnellement, et accompagnés de nombreux enfants de chœur, qui portaient chacun un panonceau aux armes du Duc. Celui-ci, monté sur un cheval bayard, était vêtu d’une robe courte, en damas blanc, fourrée de martre. Le Maire, après lui lui avoir fait la révérence, lui présenta les clés de la ville, que portait un cheval conduit par deux sergents de la mairie ; et le cortège se dirigea vers la porte de Saint-Nicoias, où était tendu le cordon de soie traditionnel. Avant de franchir la frêle barrière, le prince jura, selon l’usage, entre les mains du Maire, de respecter et maintenir tous les priviléges, franchises et libertés de la commune , et reçut à son tour le serment du Maire, au nom de tous les habitants. Le cordon ayant alors été coupé , six des plus anciens échevins reçurent le duc de Guienne sous un dais magnifique, soutenu par six lances. A peine avaient-ils fait quelques pas, qu’à la seconde porte de Saint-Nicolas, une belle pucelle, bien parée et ornée , descendit d’amont en une tour, et laquelle présenta à mond. sieur ung cœur : par laquelle pucelle estoit signifiée la Rochelle, qui présentait son cœur à mond. sieur. Et sur le pont Saint-Saulveur, contre les anciens murs, y avoit troiz chafaux, bien et honnestement faictz, esquelz avoit de cent à six vingtz en fans, tous vestuz à blancq, chantans Nau. Et au carrefour des changes (de la Caille), avoit une belle et somptueuse fontayne, gardée par quatre grans hommes sauvages, et à l’encontre de laquelle avoit quantité de pucelles vestues à blancq. Et autres beaux et notables personnages furent faictz par lad. ville pour lad. venue. (Livre de la Paterne.) Le cortège se rendit d’abord à l’église Saint-Barthelémy, où fut chanté un Te Deum, et conduisit ensuite le duc de Guienne, comte de Xainctonge et seigneur de la Rochelle, à l’hôtel de Mérichon, chez lequel il logea pendant son séjour. (Registre du gouver. — Ms. n° 1977. — A. Barb. - Bruneau.)
1469 07 07. — Le lendemain de l’arrivée du duc de Guienne , « après disner, Monsieur le Maire et Messieurs les eschevins , conseillers et pairs, s’en allèrent pardevers mond. sieur, et par M0 Jehan Delacroix, licencié en loix, luy fisrent faireunebelle et notable proposition ou harangue, en exaulcens l’honneur et nom de mond. sieur (le duc) et de la ville, et le priant et suppliant que son bon plaisir fust les avoir et tenir tousjours en sa bonne recommandation, en les entretenant en leurs privilèges et aultres choses que longues seroient à réciter, et dont mond. sieur fust fort content et, pour son joyeux advènement, luy fust donné cent cinquante marcs d’argent en vaisselle. ( Livre de la Paterne.)
1469 09 07. — Quelque magnifique que fût l’apanage donné par Louis XI à son frère Charles, pour le réconcilier avec lui et le détacher du parti du duc de Bourgogne (V. 29 avril et 24 mai), il le savait si faible et si léger qu’il croyait ne rien devoir négliger pour le lier davantage à ses engagemeuts et sceller plus complétement leur réconciliation. A cet effet il avait, le mois précédent, fait transporter à Saintes (1) la fameuse croix de Saint-Laud, pour que le nouveau duc de Guienne prêtât sur cette relique vénérée le plus solennel des serments, et il avait résolu d’avoir avec lui une entrevue. Il lui avait, en conséquence , envoyé à la Rochelle les plus grands seigneurs de sa suite pour le saluer, lui offrir des présents (2), et convenir du lieu et du mode de l’entrevue. Il fut réglé qu’elle aurait lieu vers l’embouchure de la Sèvre, au port du Braud, près de Marans, et sur un pont de bateaux. Telle était la touchante confiance des deux frères, qu’après avoir élevé une loge en charpente sur le bateau qui formait le milieu du pont, on dut séparer cette loge en deux par un grillage en bois et en fer, comme pour empêcher deux bêtes féroces de s’entr’égorger. Le 7 septembre, après avoir laissé à distance les gens d’armes qui les accompagnaient, le Roi et le duc s’avancèrent, chacun de leur côté, vers la loge, suivis seulement de douze témoins désarmés. Le duc de Guienne, mettant un genou en terre, supplia Louis XI d’oublier le passé, de le lui pardonner et l’assura de sa ferme volonté de le servir de tout son pouvoir. Le roi l’invita à se relever et lui tendit la main à travers les barreaux. Après quelques moments d’entretien, Charles manifesta à Louis le désir de passer de son côté, pour ne pas être séparés par cette barrière, qui témoignait d’une si cruelle méfiance. Le Roi y consentit non sans peine, et le duc se jeta de nouveau à ses pieds ; son frère le releva et l’embrassa si affectueusement que tous ceux qui les voyaient en furent attendris (3). Au moment de la séparation, Charles voulut suivre le Roi, mais celui-ci s’y refusa, en promettant que le lendemain ils se reverraient sans barrière. Dans cette seconde entrevue, les deux frères se firent les plus grandes démonstrations de confiance et de tendresse et aussi les plus belles promesses ; le duc voulait ce jour-là même aller dîner avec Louis, mais le Roi allégua plusieurs raisons pour l’en détourner : toutefois, deux jours après, ils se trouvèrent réunis chez le sire de Malicorne, au château de Magné, près de Coulonges-les-Réaux, où eurent lieu de grandes parties de chasse. (Mém. de Comines. — de Barante.)

(1) M. de Barante, dans son Histoire des ducs de Bourgogne, a écrit comme le père Daniel, que c’était à la Rochelle que le duc de Guienne avait prêté ce serment ; mais une pièce insérée dans les preuves des mémoires de Philippe de Comines, démontre que le prince était alors à Saintes.

(2) Il lui avait adressé comme gage d’amitié une belle coupe d’or enrichie de pierreries, qu’on disait douée de la vertu d’annihiler l’action du poison ; ce qui n’empêcha pas le duc de Guienne de mourir empoisonné, moins de trois ans après. (V. 25 mai.)

(3) Dans la lettre que Louis XI écrivait, le même jour, au chancelier, pour lui rendre compte de ce qui s’était passé entre son frère et lui, on lit ce passage : « En notre assemblée est advenu une chose que les mariniers et aultres à ce cognoissans disent estre merveilleuse ; car la marée qui devoit estre ce jour d’huy la plus grande de l’année, s’est trouvée la moindre de beaucoup qu’on ne vist de mémoyre d’homme et sy s’est retirée quatre heures plus tost qu’on ne cuydoit, Dieu et nostre Dame en soyent loués. » (Hist. de Louis XI.)


1470
1471 02 15. — On appelait jadis petite Rive tout l’espace compris entre-le port, le pont Saint-Sauveur, le mur d’enceinte du faubourg Saint-Nicolas et la grande muraille, bâtie sous Charles V, pour unir la grosse tour St-Nicolas à la porte du même nom. (1) Sur cette place, qui appartenait au roi, « toutes manières de gens, bourgeois et autres avoient accoustumé descendre leurs marchandises pour les amener ailleurs en la ville et y faire leurs aisemens et exploictz pour leurs denrées et marchandises franchement, sans en faire aukun ctebvoir au roi ou à aullre. » En 1436, Charles VII avait fait don à la commune de la petite rive « pour y faire un port, quay et hâvre, » à la charge de lui payer chaque année deux marcs d’argent et une tasse martelée au fond et verrée ou dorée aux bords. Reculant sans doute devant la dépense qu’aurait entraînée le creusement d’un second port, la commune s’était contentée d’y faire un large canal, qui servait principalement à déposer les mâts et bois de construction (ce qui lui avait donné le nom de Fosse aux mâts), et d’établir sur ses bords le chantier de construction des navires. Le 15 février 1471, Louis XI, à la demande des Rochelais, leur fit remise de cette redevance, mais à la condition de curer et entretenir le port à leurs frais. (Invent, des priv. — Bruneau.) (1) V. ma Ille Lettre Rochelaise.
1472 05 23. — Le don du duché de Guienne, que Louis XI avait fait à son frère Charles, en y comprenant la Rochelle (T. 29 avril), n’avait pas empêché celui-ci de s’allier contre lui au roi d’Angleterre et aux ducs de Bourgogne et de Bretagne. Pour conjurer le péril qui le menaçait, Louis eut recours au double moyen de le faire empoisonner et de reprendre, à main armée, les possessions qu’il lui avait abandonnées. Il envahit d’abord la Saintonge , et de Surgères, il manda aux Rochelais de lui envoyer des députés pour leur communiquer ses ordres. Après leur avoir exposé que son frère avait manqué à ses engagements et trahi ses serments, il leur manifesta sa volonté de reprendre la Rochelle et d’y être reçu le jour même. Le Maire lui objecta que les Rochelais avaient résisté autant qu’ils Pavaient pu aux ordres qu’il leur avait itérativement donnés lui-même de reconnaître pour seigneur le duc de Guienne ; qu’ayant été contraints de jurer fidélité à ce prince, ils ne pouvaient dès lors, sans son assentiment, manquer à leurs serments. Irrité de ce refus, le Roi lui déclara que si les Rochelais ne lui ouvraient les portes de leur ville, il les réputeroit traîtres, rebelles , desloyaux et désobéissans envers Dieu, le Roy et la couronne de France ; que son intention estoit de faire aller son armée devant la Rochelle et icelle détruire et tout le païs, en telle manière que ce soit exemple aux autres. Il consentit cependant à attendre jusqu’au lendemain , leur donna rendez-vous à Bourgneuf, pour qu’ils eussent à lui rendre foi et hommage, et leur remit les lettres les plus menaçantes pour le corps de ville. Le 23 mai, il se rendit au lieu indiqué, en compagnie du duc de Bourbon, des comtes de Guise, de Perche et de Dunois, des vicomtes de Narbonne et de Rohan, et de plusieurs seigneurs. Lesnouveaux envoyés Rochelais insistèrent encore pour qu’il voulut bien surseoir à son entrée jusqu’à ce qu’on eut député vers le duc de Guienne. Mais Louis fit éclater son ressentiment, en accablant de reproches l’ancien Maire Jehan Langlois, seigneur d’Angliers, qui portait la parole et dont il connaissait le dévouement à son frère ; puis s’adoucissant peu à peu et reconnaissant ce qu’il y avait d’honorable dans le sentiment qui faisait agir les Rochelais, non-seulement il consentit à révoquer solennellement le don qu’il avait fait à son frère de la ville de la Rochelle, et à jurer de ne la plus détacher à l’avenir de la couronne, sous quelque prétexte que ce fût, mais dans la charte qu’il leur octroya , il alla jusqu’à déclarer que, s’il manquait à ses engagements, ils étaient autorisés à ne pas obtempérer à ses ordres, à y résister par la force , et à se donner même à tel autre seigneur qu’il leur plairoit ; ajoutant que si leur ville étoil assiégée, il prometloil de la secourir en personne et de tout son pouvoir et jusques à la mort inclusivement. (Liv. de la paterne. — A. Barbot. - Invent. des privil. — Delaurière, &.)
1472 05 25. — Le lendemain de son entrée à la Rochelle, Louis XI, en visitant ce que la ville offrait de remarquable, monta dans la tour de la Chaîne. Là, embrassant du regard cette ceinture d’épaisses et hautes murailles, bordées de larges fossés et flanquées de tant et de si fortes tours que Pontanus, dans son Itinéraire de la Gaule Narbonaise , compare la Rochelle à Cybèle ; contemplant ces nombreuses et riches églises, dont il avait peine à compter les clochers, le port encombré de navires de toutes les nations, cette belle rade surtout où l’on voyait comme une fort de mâts, il ne put contenir son admiration et, avec le diamant de l’anneau qu’il avait au doigt, il grava ces mots : Oh ia grande folie !.. sur l’une des verrières d’une fenêtre de la galerie, qui joignait les deux tours de la Chaîne (1). Et comme les seigneurs qui l’accompagnaient ne comprenaient pas ce qu’il avait voulu dire, il en acheva ainsi le sens : « d’avoir cédé une ville de cette importance. Je la tiens désormais, ajouta-t-il, et ne la lâcherai plus, et si j’ai un conseil à donner à ceux qui viendront après moi, c’est de ne la jamais laisser échapper de leurs mains. » Le jour même , Louis, qui se fesait informer très exactement des progrès de la maladie de son frère , reçut la nouvelle qu’il était trépassé la veille à Bordeaux (2). Le Roi passa trois jours à la Rochelle et en considération de la grande loyaullé et fidélité que les Maires, eschevins et pairs ont tous jours porté à la couronne de France, il laissa avant de partir ce témoignage de gratitude à ses habitants de leur permettre de trafiquer librement, même en temps de guerre, avec toutes nations, fussent-elles ennemies et d’autoriser tous étrangers , même de nation en guerre avec la France, à venir en toute sûreté à la Rochelle ou dans la banlieue, soit par terre soit par mer, vendre ou charger marchandises et denrées quelconques , en prenant seulement un sauf conduit du Roi ou de son amiral. Privilége immense pour une ville dont le commerce fesait toute la richesse et dans un temps où les guerres étaient si fréquentes. (A. Barbot. — Invent, des privil.)

(1) Massiou s’est trompé en fesant monter Louis XI dans la tour de Saint-Nicolas. Je ne suppose pas qu’il ait pu prendre au sérieux l’aplomb avec lequel le gardien de cette tour signale aux curieux la fenêtre même où se trouvait le Roi, en s’excusant de ne pouvoir montrer la vitre illustrée dt ; son écriture. Une partie de la galerie, dont parle A. Barbot, existe encore : elle unissait la grosse tour de la Chaîne à la petite tour du même nom, qui était plus rapprochée de l’entrée du port et dans laquelle se trouvait l’appareil à l’aide duquel on levait, chaque soir, la chaîne qui fermait le port.

(2) Le même historien commet une nouvelle erreur en fesant mourir le duc de Guienne le 28 mai : dans ce cas, son frère n’eut pu apprendre sa mort à la Rochelle, comme l’atteste A. Barbot. M. Henri Martin, d’accord avec notre chroniqueur, dit qu’il décéda le 24.


1472 06 12. — Par suite de la cession que Louis XI avait faite de la Rochelle au duc de Guienne ( F. 29 avril), cette ville se trouvait comprise dans le ressort du parlement de Bordeaux. Après en avoir repris possession, le Roi, par lettres-patentes à cette date, ordonne que « toutes les causes de la ville et gouvernement de la Rochelle, en cas d’appel et de dernier ressort, ressortiront du parlement de Paris et ne pourront être portées ailleurs. » (Invent. des privil.) Par autres lettres-patentes, à la même date, il confirme aux Rochelais les anciens privilèges en vertu desquels ils étaient exempts de tous impôts sur le sel fait dans leurs marais, droits de gabelle ou autres, et avaient pouvoir de contraindre les nobles du gouvernement et autres gens d’armes à venir défendre leur ville en cas de guerre. (A. Barbot.)
1473 06 26. — Pierre Doriole, fils de Jean Doriole, Maire des années 1409-15-21-30, et qui avait été lui-même deux fois appelé à la première magistrature municipale (en 1451 et 1456), est nommé chancelier de France par Louis XI. Ses lettres de provision sont ainsi conçues : « Loys etc. savoir faisons que pour considéracion des grans, louables , continuelz et recommandables services que nostre ami et féal conseiller, Me Pierre Doriole , général de noz finances , a par cy devant faiz à feu nostre très chier seigneur et père, que Dieu absoille, au service duquel il a par longtemps et jusques à son trespas esté continuelement en son conseil et en plusieurs grands et poisantes charges, tant de faict de justice que de finances et autres, touchanz les plus grans et espéciaulx affaires ; ayant aussy à mémoire les grans et solennels services qu’il nous a faiz despuis nostre advenement à la couronne en maintes manières, tant en plusieurs voyages et ambaçades que autres charges reparties de nos plus grandes et poisantes matières où l’avons employé ; en quoy il s’est très loyaument et vertueusement gouverné et conduit en nostre service, faict et continue de faire, chascun jour, en grant cure et diligence. deument acertenez par longue expérience de ses vertuz, loyaulté, grant sens, littérature, souffisance , prudomie et bonne diligence, à iceluy Pierre maistre Doriole. avons donné et octroyé de grâce especiale , par ces présentes, l’office de nostre chancelier, que naguères souloit tenir et exercer feu Jouvenal des Ursins, &c. »
1474 08 18. — Louis XI, voulant organiser une force militaire permanente, avait créé, l’année précédente, des corps de francs-archers, qui devaient être entretenus par les villes où ils tiendraient garnison. Le nombre de 25 avait été imposé à la ville de la Rochelle ; mais le Roi, reconnaissant que par leurs privilèges les Rochelais étaient exempts de tout service militaire hors de leurs murailles, les dispensa de cette charge par lettres patentes du 18 août 1474. (Invent. des privil. — A. Barb.) — V. 22 juin.
1477 09 22. — « Privilège du Roy Louis XI, par lequel pouvoir et permission est attribué aux Maire, esclievins et pairs , ausquels appartient toute la police de la ville, d’imposer sur chascune maison de lad. ville trois deniers tournois par semaine, pour emploier à l’entretenement des charriots requis et nécessaires pour oster et charroyer les immondices de la ville et tenir les rues nettes, et de contraindre tous les manans et habitans de lad. ville, soit gens d’église ou autres privilégiés , au paiement dud. debvoir, nonobstant oppositions ou appellations quelconques. » (Invent. des privil.). Jusque-là l’enlèvement des immondices était à la charge des habitans ; c’est du moins ce que l’on peut induire de lettres patentes de Charles VII, de 1446 , qui reconnaissaient au Maire le droit de contraindre les possesseurs de maisons à tenir les rues nettes de toutes immondices. (A. Barb.) On revint sans doute plus tard à cet ancien usage, car un titre de 1588 constate que toutes les places de la ville étaient tellement encombrées de fumiers et bourriers , qu’une infection d’air en estoit fort à craindre, et que, pour nettoyer ces places, feut travaillé quasi toute l’année, avec nombre de tombereaux. Pour empescher que doresnavant les bourriers ne se jetassent plus ès places publiques , on rétablit les anciens réglemens et on mit en adjudication le service des tombereaux, dont l’adjudicataire était autorisé à percevoir de chaque propriétaire une allocation proportionnelle à l’étendue de son pavé. ( Ms. n° 1,977.) On revint encore au système d’entretien du pavé par les particuliers, et un règlement de police , de 1642, enjoignit « à tous manans et habitans de nettoyer les rues chascun en droit soy, les mercredy et samedy de chaque semaine, et de porter les immondices ès lieux destinés et marqués par les balises, à peine de 30 liv. d’amende. »
1480
1485 09 14. — Mort de l’illustre Rochelais Pierre Doriole. (V. 26 juin.) Il n’était plus chancelier ; la noble indépendance de son1 caractère avait fini par prendre aux yeux de son maître, toujours plus soupçonneux à mesure qu’il approchait de la mort, un aspect de trahison. Ne pouvant oublier cependant les nombreux et importans services qu’il lui avait rendus, Louis XI ; en le remplaçant, en 1483, par Guillaume de Rochefort, avait dissimulé sa disgrâce (1) sous le prétexte de son grand âge, et lui avait accordé une pension de 4,000 fr. Mais à peine monté sur le trône, Charles VIII avait nommé Doriole premier président de la cour des comptes. ( Arcère. - de Barante.)

(1) Peu de temps auparavant, il lui écrivait des gracieusetés comme celles-ci : « Je vous prie , beau Sire , que vous ne soyez pas si rigoureux en mes besognes, car je ne l’ay pas été aux vôtres. Je ne sais si c’est Me Adam (son ancien médecin) qui vous le fait faire , parce qu’il n’y a pas d’argent à gagner ; mais faites que je ne vous en récrive plus. » et encore : « Chancelier, vous avez refusé de sceller les lettres de mon maître d’hostel Bouteillat ; je says bien à la persuasion de qui vous le faites ; qu’il vous souvienne de la journée que vous avez prise avec les Bretons, et dépeschez incontinent sur votre vie. D (de Barante.)


1490
1492 10 17. — Grandes réjouissances à l’occasion de la naissance du dauphin Charles Orland, fils de Charles VIII et de la célèbre duchesse Anne de Bretagne, dont le récent mariage avait réuni pour toujours à la France cette belle province. Tous les habitans, raconte A. Barbot, allèrent en procession rendre grâces à Dieu dans l’église Notre-Dame de Cougnes ; des tables rondes furent dressées devant l’Hôtel-de- Ville et dans les différents carrefours , où l’on donnoit à boire et à manger à tous allans et venans ; enfin, le soir, la ville fut éclairée de nombreux feux de joie. "Quelques mois auparavant, de bien plus belles fêtes avaient attiré à la Rochelle un concours immense d’étrangers. Sept membres du corps de ville s’étaient réunis pour offrir à leurs concitoyens une de ces grandes représentations désignées sous le nom de mystères. Ils firent faire à leurs dépens les plus beaux chafaulx, qui furent jamais en ce royaulme, et qui leur coûtèrent plus de 3,000 livres. Il y fut joué la Passion la plus triomphante dont il fut jamais mémoire : « Elle dura plus de huit jours, avec autant de joye et récréation que de contentement pour un chascun, ayant grand nombre de musiciens et joueurs de toutes sortes d’instrumens, qui ne cessoient, tant de jour que de nuict, à récréer le peuple, tellement que la pluspart des nuicts, pendant lad. huitaine, se passèrent en toutes sortes d’esbattemens, tant pour les estrangers que habitans. » On n’estima pas à moins de 15 à 20,000 le nombre des personnes, tant grands seigneurs, dames et damoiselles que commun peuple, qui vinrent de toutes parts assister à ces pieuses représentations, qui eussent été de plus longue durée sans les grands différends qui intervinrent entre Msr de Candale et M. d’Uré ( 1 ). (Bruneau. - Conajn. Ms. 1,977.) 18 Octobre.

(1) Gaston de Foix , comte de Candale, lieutenant-général au gouvernement de Guienne , chargé du commandement d’un corps de troupes dans l’Aunis , et Jehan Mérichon , seigneur d’Huré , auquel il succéda comme gouverneur à justice de la Rochelle.


1493 07 16. — Arrêt du parlement de Paris, qui confirme la sentence prononcée par les Maire , eschevins, conseillers et pairs de la Rochelle , contre un nommé Beliart, accusé de plusieurs larcins et qui avait été condamné à estre battu nud de verges par les carrefours de la ville et devant les lieux ès quels il avoit commis lesd. larcins ; à avoir l’une de ses oreilles coupée et ce faict, estre banny à tousjours de la ville et gouvernement de la Rochelle, sur peine de la hart, au cas qu’il y seroit trouvé après lad. exécution. (Ms. de la bibl. n° 1977-59.) — V. 26 juin.
1493 12 14. — Nomination, par le corps de ville, de treize commissaires, chargés, sous la présidence du Maire , de corriger , diminuer ou augmenter les ordonnances et statuts municipaux. Semblable réformation avait eu lieu déjà en 1407 , et voici comment débute le curieux préambule qui précède les statuts révisés : « Au nom de la sainte et individue Trinité, père , fils et Saint-Esprit, de la glorieuse vierge Marie, mère de Dieu, et de toute la célestiale cour et compaignée de Paradis, Amen. A tous ceux , présens et advenir, qui ce présent escript verront et orront, Renaud Girard, licencié-ès-loix, Maire de la ville et commune de la Rochelle en ceste présente année MCCCCVII et les eschevins, conseillers et pairs de lad. ville , Salut. Comme pour considéracion de ce que Dieu, le souverain père omnipotant, forma nature humaine du néant et du limon de la terre, et que tant que pour ce que pour le pesché qu’elle commist contre la divine Majesté, en trépassant son commandement, si comme il est escript au premier livre de la Genèse, elle soit sy fragile et inconstante que, pour sa fragilité et inconstance, elle ne peut pas estre tous jours en la domination de raison, pour laquelle cause et pource que les premiers esmouvemens ne sont pas en la puissance des hommes, et que mémoire d’homme est labile, et aussy que nul n’ait cause raisonnable de faire à autruy, mais ce qu’il voudroit que l’on luy fist, et qu’un chascun rende à autre ce qui est sien , justice ayt esté jadis constituée, ordonnée et commandée par les Empereurs , Roys et Princes. et aussy pour considéracion de ce que toutes les bonnes citez et villes où il y a congrégation de peuple, icelluy peuple doibt estre traitté et gouverné par justice, bonne police et par loix,, et que lad. ville de la Rochelle , qui est grand ville et notable , de moult ancienne fondacion et propre héritage et domaine de la couronne de France, et les habitans en icelle vrais subjectz et justiciables de la couronne, sans aucun moyen, assize sur port de mer, et marchande, en laquelle a (Huent chaque jour plusieurs gens de diverses nations, tant pour y faire leur résidance que aultrement, et plusieurs marchandises de moult lointain païs ; pour laquelle cause soit de congruë nécessité que icelle ville et les habitans et ceux qui affluent en icelle soyent traittés et gouvernés par bonne justice et par loy , moyennant charité et toute bonne équité, etc. » ( De Berrandy. )
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