Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

Accueil > Grands thèmes d’histoire locale > Villes, bourgs et villages > 17 La Rochelle > 1089-1858 Éphémérides historiques de la Rochelle revisitées > 1577-1599 Éphémérides historiques de la Rochelle revisitées

1577-1599 Éphémérides historiques de la Rochelle revisitées

vendredi 17 avril 2020, par Pierre, 18 visites.

Les Éphémérides historiques de La Rochelle, publiées par J-B Jourdan en 1861, sont une véritable mine d’informations sur l’histoire de cette ville. Cet ouvrage essentiel est composé de 847 notices sur les événements du riche passé de cette ville. Pour chacune de ces notices, les sources d’archives sont mentionnées, et l’auteur compare les sources, leurs éventuelles contradictions.
Un ouvrage qui est aussi déconcertant pour le lecteur, puisque les événements y sont classés du 1er janvier au 31 décembre, toutes années confondues, ce qui rend impossible d’y retrouver la chronologie sous-jacente.
Nous avons "revisité" cet ouvrage en reclassant les 847 notices dans leur ordre chronologique du 21 mars 1089 au 12 novembre 1858.
Réalisée en période de confinement, propice aux travaux au long cours, cette nouvelle présentation facilitera, nous le pensons, les recherches des amateurs de l’histoire de cette ville au riche passé.
Nous avons conservé l’intégralité du contenu des 847 notices, avec leurs notes de bas de page. Pour faciliter la lecture, ces notes suivent immédiatement le texte principal de chaque notice.

Page précédente Table alphabétique des matières Page suivante

ÉPHÉMÉRIDES ROCHELAISES.
Tout le monde sait que ce fut par un édit de Charles IX , donné à Roussillon, en Dauphiné, le 9 août 1564, que le premier jour de l’année fut fixé pour l’avenir au 1er janvier. Antérieurement dans l’Aquitaine , dont faisait partie la Rochelle, l’année commençait le 25 mars, contrairement à l’ancienne coutume de France, qui fixait le premier de l’an au jour de Pâques. Toutefois, l’année municipale rochelaise continua de s’ouvrir le jeudi après la Quasimodo, jour de l’installation du Maire, dont l’élection avait lieu chaque année le dimanche de la Quasimodo.


1577 01 23. — Aussitôt que la Ligue triomphante eut fait voter par les Etats généraux , réunis à Blois, qu’il n’y aurait plus dans le Royaume d’autre religion que la religion catholique , les huguenots avaient repris les armes à la voix du Roi de Navarre, qui s’était échappé de la Cour, et du prince de Condé, déclarés l’un chef, l’autre lieutenant-général de la contre-Ligue. Ce dernier arriva bientôt après à la Rochelle pour déterminer les habitants à embrasser la cause de la Confédération. Mais, sachant combien le Maire était jaloux de son autorité et peu disposé à s’en démettre , en faveur d’un prince puissant moins que de tout autre, et n’ignorant pas d’ailleurs que la Rochelle était à peine remise des maux qu’avait entraînés le siège de 1573, si glorieux qu’il eût été pour elle, il crut devoir recourir au crédit dont jouissait, auprès de ces fiers citoyens , le brave et loyal la Noue. L’éloquence persuasive du héros calviniste l’emporta sur les partisans de la paix, et le 23 janvier, dans une assemblée générale tenue dans la salle Saint-Michel ( sur l’emplacement actuel du temple protestant ), le peuple se prononça pour la cause des princes et de la religion réformée , mais en stipulant de prudentes garanties pour la conservation des privilèges de la Rochelle et en dictant à Condé les conditions de son obéissance. (Bruneau).
1577 01 26. — En vertu du traité passé, le 23 du même mois, avec le prince de Condé , le corps de ville décide qu’il sera nommé un conseil extraordinaire, composé de quatre échevins, quatre pairs et quatre bourgeois , aux séances duquel pourraient assister le dernier maire, les coélus à la Mairie et les capitaines des compagnies militaires, pour délibérer sur les affaires de la guerre et aviser aux nécessités du temps. (Bruneau.)
1577 03 13. — « Statut du corps de ville établissant qu’à l’avenir il ne sera loisible à aucuns, ains est expressément deffendu à tous habitans de la Rochelle, de non desmolir ni rebastir aucunes avances de leurs maisons, soit en pierre ou bois, sans ordonnance de M. le Maire, qui, après avoir ouï gens compétens, les règlera en leurs dites avances comme il appartiendra, sous peine de démolition de ce qui aura esté basty et de cent livres d’amende. » (Bruneau.)
1577 05 13. — Nous avons vu qu’au commencement de cette année, les Rochelais, non sans quelque hésitation, avaient embrassé le parti de Condé, dont le caractère altier et absolu s’accommodait assez mal à leur fierté bourgeoise et à leur esprit d’indépendance. (V. 23 janvier.) (1) Le duc de Mayenne n’avait pas tardé à envahir la Saintonge, avec les troupes royales, à s’emparer de Charente et bientôt après de Marans, que la lâcheté de la garnison avait obligé la Popelinière à abandonner. Colin dit même que, le 10 mai, il s’était avancé jusqu’à Lagord et après avoir canonné la maison seigneuriale du Treuil-aux-Filles (2), s’en était emparé. On avait appris à la Rochelle qu’il se préparait en même temps à Bordeaux un armement important, destiné sans doute à infester ces côtes et peut être à bloquer la ville. En conséquence, dès le 1er mai, une assemblée générale des habitants avait résolu de former une armée navale et voté les fonds nécessaires. Le 18 mai, parut en effet dans le pertuis d’Antioche la flotte royaliste, commandée par Guy de Saint-Gelais, seigneur de Lansac, et composée de douze vaisseaux, quatre pataches et deux galères. Quoique les Rochelais n’eussent encore que six navires prêts, ils coururent aussitôt avec une noble ardeur au-devant de l’ennemi pour faire diversion et empêcher une descente. Le lendemain, une quinzaine de navires rochelais, bien armés et montés par seize cents soldats d’élite et cent gentilshommes, se déployaient dans la rade de Chef-de-Bois. En vain de Lansac fit sommer la garnison du fort St-Martin de se rendre ; renforcée par deux compagnies envoyées de la Rochelle, elle répondit à ses sommations par de nombreuses décharges d’artillerie. De Lansac, qui ne s’attendait pas à trouver les Rochelais si bien préparés à le recevoir, jugea prudent de se retirer et gagna la Gironde, poursuivi mollement par Clermont d’Amboise , que Condé avait nommé amiral de la flotte rochelaise, en remplacement du capitaine Houe, élu par les Rochelais. Clermont d’Amboise fut accusé de ne pas avoir su profiter de ses avantages et d’avoir contenu plutôt qu’utilisé la courageuse intrépidité de ceux qu’il commandait. (Baudouin.— la Popelin. — d" Aubignè. — de Thou. — Bruneau.)

(1) Le Maire Gendrault, passant devant lui la revue des milices rochelaises , lui avait déclaré que lui seul, comme chef de la commune , avait le droit de les commander. « Eh bien, lui avait répondu le prince, je veux être bourgeois de la Rochelle , pour marcher à leur tête. » (La Popelinière.) Comme le même magistrat combattait l’élection à la mairie de Gargouillaud, que Condé voulait y faire nommer, celui-ci l’apostropha publiquement en ces termes : « La passion de commander est devenue a la Rochelle une manie générale ; vous voulez donc faire les souverains dans votre ville , marcher à côté des rois et donner la loi aux princes ? Ne vous attendez pas à me voir au milieu de vous travailler en sous ordre. que pleust à Dieu > M. le Maire , le parti et moi se peusse passer de ceste ville, je vous eusse fait paroistre, il y a jà longtemps, le peu de plaisir que je prends de séjourner parmi vous. » (La Popelinière.)

(2) Ce domaine, situé à l’extrémité Sud-Ouest du bourg de Lagord , appartient actuellement a M. Bruneteau.


1577 08 23. — Mort du Maire Pierre Bobineau, si dévoué à sa patrie, qu’Arcère ne craint pas de le comparer à Caton. La douleur publique lui fit de pompeuses funérailles. On fit fermer les portes de la ville et mettre tous les habitants sous les armes ; défense fut faite à tous les marchands, artisans et cabaretiers d’ouvrir leurs boutiques. Tous les magistrats et officiers de la ville, tous les nobles et grands seigneurs, qui s’y trouvaient, assistèrent au convoi, les uns portant les drapeaux , les autres les clés des tours et de la ville. Les douze sergens de la Mairie portaient des panonceaux aux armes de la Rochelle, et les tambours étaient tendus d’étoffe noir. Les huit capitaines des milices urbaines portèrent la bière, qui était couverte d’un poêle de velours noir, dont quatre anciens Maires tenaient les coins. Il fut enterré dans l’église Saint-Sauveur, au milieu d’un concours immense. Jean Barbot, second coélu, fut choisi par le lieutenant-général pour continuer l’année de la Mairie. (Baudouin. — Bruneau.) — V. 14 mars.
1577 09 24. — La paix venait à peine d’être signée, à Bergerac, entre Henri III et les confédérés protestants, que les Rochelais furent avertis, par Biron, que leurs ennemis avaient persuadé nu Roi et à la Reine mère qu’ils voulaient se soustraire à l’obéissance de leur souverain et se donner à l’Angleterre. Indigné de cette accusation , le corps de ville dépêche deux de ses membres vers leurs Majestés, pour protester contre cette calomnie , « les assurer que jamais telle lâcheté n’est entrée en cœur Rochelois et qu’il n’est aucun d’entr’eux qui ne préférât la mort plustôt que de consentir à un tel outrage ; que de tous leurs privilèges, le plus précieux à leurs yeux est celui qui assure à leur ville le droit de n’être jamais détachée de la couronne de France, et que, lors même qu’ils ont été contraints de prendre les armes, leur amour pour le Roi et leur obéissance n’en ont jamais été ébranlés, si bien que, même pendant la guerre, la justice n’a pas cessé d’être rendue en son nom, et le Maire d’être choisi par le gouverneur ou son lieutenant ; qu’enfin le Roi n’a pas de plus fidèles et plus dévoués sujets et qu’ils supplient leurs Majestés d’éloigner de leur cœur d’injustes préventions, dont ils rougiroient d’encourir l’infamie aux yeux de la postérité. » (Bru-neau.) L’édit de paix, qui comprenait la Rochelle dans les places de sûreté accordées aux protestans, et lui garantissait tous ses privilèges, fut publié dans cette ville, au mois d’octobre , en présence de René, vicomte de Rohan , et du corps de ville, avec feux de joie et autres solempnitez accoustumées.
1578 01 18. — Le corps de ville achète à Michel Esprinchard (nommé maire peu de mois après), « un horloge fort singulier et beau, pour le prix de 1,500 escuz, duquel il fit présent au Roi. » (Hruneau). Sans doute en reconnaissance de ce que , quelques mois auparavant, il avait confirmé aux Rochelais tous leurs anciens privilèges et accordé amnistie entière à ceux qui s’étaient compromis dans les troubles précédents. (Mém, de Castelnau – Arcana Saec.).
1578 05 05 (Siège de). — « Les assiégés mirent un navire entre les deux tours de la chaîne et force pièces de canon dedans , pour se garder de surprise et empescher que les galères ne vinssent gagner le passage et par ce moyen prendre la ville. » (Mervault.) Cette sorte de fort mobile est désignée dans les relations du siège sous le nom de la Ratonnière-.
1578 11 23. — Voici la tragique histoire que raconte Baudouin sous cette date : « Advint une grande sédition à la Rochelle , pour une querelle particulière des sieurs de Beauregard, Saint-Germain , Fonspatour, Saint-Chrislophle, les Bugodières et autres contre le cappitaine Barache , qu’ils estoient venuz trouver en ladite ville, où ils le voulurent outrager, dont il avertit le seigneur Maire, qui envoya vers lesd. sieurs nobles hommes Jeh. Boisseau et Pre Haranneder , eschevin , qui prodictoirement fust tué par ceux de la troupe dud. Beauregard , voulant les séparer ; ce qui donna tellement l’allarme aux habitans , qu’un chascun ayant la main armée coururent sur eux, et furent tués le sieur de Fonspatour et un nommé Beauregard, de Mauzé, et toute leur troupe mise ès prisons de la ville (1). » Après une longue détention , les prisonniers furent mis en liberté , en payant seulement une indemnité à la veuve du malheureux échevin.

(1) Elles étaient à l’Hôtel-de-Ville.


1580
1580 03 08. — Décès à la Rochelle du ministre protestant Pierre Richier ou Richer, dit de Lisle, que la Popelinière appelle le père de l’église de la Rochelle. Sorti de l’ordre des Carmes, et reçu ministre à Genève, en 1556 , il était allé prêcher la réforme au Brésil. Entravé dans ses efforts de prosélytisme par Villegagnon , il était revenu débarquer à la Rochelle en 1558. Il y trouva un faible troupeau, composé d’une cinquantaine de personnes, que Charles de Clermont, avait, l’année précédente, initiées secrètement aux principes de Luther. Les esprits y étaient si bien préparés qu’en peu de temps un grand nombre de citoyens embrassèrent le culte réformé et que Richer put former un consistoire et établir la discipline de la nouvelle église. (De Bèze. — Ph. Vincent ) — V. 6 février 1558.
1580 10 09. — « Advint dans la Rochelle, sur les huit heures du matin , une fort grande alarme et tumulte populaire, pour cause, comme on disoit, de certaines eschelles qui se faisoient en icelle, par le commandement de Monseigneur de Rohan , qui s’estoit retiré à la Rochelle avec sa famille ; tellement que le Maire fut par icelle en armes, accompagné de plusieurs , menant de l’artillerie avec luy, sans que les habitans sçussent qui l’avoit induict à ce faire ; lesquels (habitans), s’estant saisis des cantons, le voulurent empescher de passer au canton de la Caille, auquel endroit, il fut arresté avec sa troupe : ce qui apporta beaucoup de querelles particulières, lesquelles n’ont esté de longtemps après assoupies. » (Baudouin. )
1581 04 12. — Baptême, dans le temple de Saint-Yon, de Raphaël Colin , qui, pendant plus de quarante ans qu’il fut lieutenant particulier, assesseur criminel au présidial (de 1607 à 1647, c’est-à-dire dans l’une des périodes les plus agitées de la Rochelle), joua un rôle très-important dans les troubles de la commune, dans les luttes du corps de ville avec les bourgeois, du présidial avec le corps de ville, pendant le siège et dans les circonstances difficiles qui le suivirent, et qui nous a laissé sur cette époque si intéressante de nos annales de précieuses chroniques, entachées trop souvent de passion et de partialité ; mais pleines d’enseignements et de curieux détails sur l’histoire de notre ville. (Reg. de l’état-civil des protest.)
1581 06 03. — A cette date le roi de Navarre (Henri IV) écrivait au corps de ville : « Messieurs, j’ay entendu que, au mesprys de l’édict de pacification faict par le Roy, mon seigneur, un nommé Popellynière , qui demeure pour le présent en vostre ville, a faict un livre contre la religion réformée et aussy contre ceulx de nostre maison ; lequel il a faict imprimer en vostre ville par vostre imprimeur qui est. D’aultant que je scay que estiez désireulx du bien et repos de cest estat et zélateurs de la religion contre laquelle ledict livre est faict, et aussy aïant à cœur l’honneur de nostre maison, pour y avoir trouvé faveur et adsistance quand vos affaires l’ont requis, je vous ai bien voullu escripre les présentes. pour vous prier, Messieurs, voulloir faire telle et si exemplaire justice d’ung Popellynière et de vostre imprimeur, qu’elle donne occasion derelenyr lesaultres en leur debvoir ; que si telles choses estoient souffertes, cela feroyt que ung chascung se enhardiroit à faire le semblable, pour l’espérance qu’ilz auroient de demeurer impunis. De Nérac, ce 3e jour de juin 1581, votre affectionné amy, Henry. » Cet écrivain , dont le prince parle avec tant de dédain, était cependant le vaillant capitaine, qui avait plus d’une fois combattu à ses côtés, et qui portait noblement sa double devise : Dieu est mon rempart — pacis et belli artibus ; l’imprimeur dont il avait oublié le nom, était Abraham Haultin, de la célèbre famille d’imprimeurs Rochelais, dont les belles impressions pouvaient rivaliser avec celles des Etiennes. Enlin ce livre qu’on prendrait pour un violent pamphlet, d’après les termes dans lesquels en parle Henri, qui sans doute ne l’avait pas lu, est l’Histoire de France, enrichie des plus notables occurences depuis 1550 jusqu’en 1577, dont l’Estoile lui-même, l’historiographe d’Henri IV, parle ainsi dans son journal : « Si les derniers livres de son histoire eussent répondu aux premiers, on l’eust pu justement appeler le premier et le dernier historiographe de nostre temps, et qui avec plus de hardiesse, liberté et vérité (dont il cuida courir fortune de sa vie, à la Rochelle, en ayant reçeu pour paiement un coup d’espée au travers du corps ), sans flatterie et sans dissimulation a traicté ce notable subjetc. » L’ouvrage de la Popelinière, soumis à la censure du consistoire, y subit de nombreuses mutilations (1) et l’auteur fut déclaré indigne d’être admis à la cène. (Fillon, Etudes numismatiques.) — V. 20 février et 13 mai.

(1) La bibliothèque de la Rochelle possède le premier volume de l’exemplaire expurgé par le consistoire , et les passages condamnés , dont aucun ne se rapporte d’ailleurs à la maison de Bourbon , ne semblaient guères de nature à exciter la susceptibilité religieuse ou de famille du roi de Navarre.


1582 02 13. — Erection en maîtrise, par le corps de ville, de la corporation des couteliers, qui comptait alors dix maîtres. Chaque année, après l’installation du Maire, ils devaient élire deux maîtres regardes, chargés d’inspecter et de vérifier tous les ouvrages de coutellerie exposés en vente et sur lesquels devait être apposée la marque du fabricant, dont l’empreinte était déposée à l’échevinage sur une plaque de cuivre. (Statuts du Corps de ville ).1587 04 08. — Installation dans ses fonctions de Maire de Jehan Guiton, seigneur de Lhoumeau, frère de Jacques Guiton , le Maire précédent, et père du fameux Cuiton, Maire de 1628. Le Roi de Navarre, qui allait bientôt monter sur le trône sous le nom d’Henri IV, et qui se trouvait alors à la Rochelle, avait manifesté l’intention d’assister au dîner que le nouveau chef de la communne était dans l’usage d,,, donner, le jour où il prenait possession de la charge. La siille de Saint-Michel, lieu ordinaire du festin , n’étant pas assez vaste , « fust dressé, dit Baudouin, un parquet depuis la maison de l’échevinage jusques au quanton de la Caille , où bon nombre de seigneurs et gentilshommes accompagnèrent ledict seigneur Roy, qui fust servy par la jeunesse de ceste ville, sans faire essay d’aucuns vivres qui luy fussent présentez.
1582 06 28. — Ouverture à la Rochelle du onzième synode national des Eglises réformées, dont le ministre Odet de Nort fut nommé modérateur ou président. L’assemblée décida que les pécheurs, notoirement reconnus tels, feraient la confession publique de leurs fautes ; proscrivit l’usure excessive et scandaleuse, ainsi que les habillements indécens et les parures trop fastueuses ; assujettit aux censures les fidèles qui, dalles temples, ne daignent pas chanter les psaumes, ni apporter le livre de prières et de psalmodie ; confirma les procédures et les condamnations du consistoire contre la Popelinière et son Histoire de France (V. 3 juin) : et condamna aussi un livre latin sur la Genèse, qu’un piémontais, nommé Jacques Brocard, avait fait imprimer à la Rochelle. (Synodes nationaux.)
1584 08 11. — MM. Barnabé-Brisson et Ilierôme d’Angeroux , le premier président, et le second, conseiller au parlement de Paris, arrivent à la Rochelle, comme commissaires envoyés par la cour pour procéder à la réformation du coustumier général du païs, ville et gouvernement de la Rochelle, publié en 1514. Mais par suite de questions de préséance , qui surgirent entre le corps de ville et le présidial, ils ne purent vaquer à leur commission et furent obligés de se retirer sans avoir fait autre chose, dit Amos Barbot, que de supprimer la place de président du présidial. La commune n’en fut pas moins obligée de leur payer 2,500 écus pour les défrayer de leur voyage. (Baudouin. — A. Barb. — Colin.) — V. 27 août.
1584 10 10. — Le Roi de Navarre, après avoir défait les troupes de Joyeuse et de Mercœur, revient à la Rochelle, avec le comte de Soissons, qui s’était prononcé en sa faveur, et fait présent à la ville de quatre cornettes et d’un guidon pris à l’ennemi. Quatre jours après, il en repartit pour aller battre de nouveau Joyeuse à la célèbre bataille de Coutras. ( Baudoin.) Les magistrats municipaux de la Rochelle lui donnèrent, selon les uns, ou lui vendirent, selon les autres, deux canons et des munitions pour ses nouvelles expéditions. (Ms. int., recueil de l’llôtel-de- Ville.) - V 1er et 30 juin.
1585 05 08. — Il est souvent fait mention dans nos annales, sous les noms de peste ou de contagion, d’affreuses maladies contagieuses, dont la nature et les caractères ne sont pas déterminés, mais qui causaient d’épouvantables ravages et fesaient bien plus que décimer la population. Arcère ne parle pas de la terrible épidémie qui affligea la Rochelle en 1585. Sans donner aucun détail, Baudouin nous apprend que « le mal contagieux continuant de plus en plus « le corps de ville fit, à la date du 8 mai, l’ordonnance dont le texte nous a été conservé dans les statuts de la commune, sous ce titre : Règlement pour la contagion. Après avoir prescrit de nombreuses précautions de propreté urbaine, il défend aux bouchers de ne plus buffer (souffler) la viande ; il interdit « à toutes personnes malades et à tous ceux qui les traitent d’aller quérir de l’eau aux fontaines ni autrement que premièrement le couvre-feu ne soit sonné, ni par la ville , sans porter une verge blanche en la main , de deux pieds de long, pour estre remarquez et ne se mesler, en façon que ce soit, parmy les autres, à peine d’être mis hors la ville et d’amende arbitraire. » Dès que la contagion se manifestait, dans une maison , les portes en devaient être aussitôt fermées et, sur l’avis que les voisins étaient tenus d’en donner au Maire, celui-ci fesait marquer la maison d’une croix blanche. Le domaine de Mireuil (1), qui appartenait à l’hôpital Saint-Barthelémy, était affecté au traitement des pauvres, frappés par le fléau. Les deux hommes désignés pour marquer les maisons et ensevelir les morts étaient en outre chargés de conduire les indigents au lieu de la santé, comme l’appelle Merlin. On leur avait affecté pour costume distinctif « un bonnet rouge et une casaque bleue, avec une barre blanche, et une verge blanche en la main de la longueur cy-dessus. » Six autres individus devaient porter les morts aux cimetières et creuser leur fosse, si le fossoyeur ordinaire s’y refusait, k. (Baudouin. — Statuts du corps de ville.)
1585 07 02. — « Le mardy, secong jour de juillet, a esté baptizé (au temple Saint-Yon), Jehan, fils de noble homme Jehan Guiton, eschevin de ceste ville, et de damoyselle Elisabeth Bodin ; pesrain noble homme Jeh. Bodin , eschevin de ceste ville ; méraine Damoyzelle Françoyse Henry (grand-père maternel et grand-mère maternelle de l’enfant.) (Reg. des protest.) Cet acte de baptême du célèbre Maire de 1628 , réduit à néant l’échafaudage généalogique de l’auteur de l’Histoire de la Saintonge et de l’Aunis, qui prétend que Guiton était né en Normandie. Il était fils du Maire de 1587 et petit-fils de Jacques Guiton, Maire de 1575. Son consciencieux biographe, M. Callot, a négligé de reproduire une particularité, qui lui a paru peut-être peu vraissemblable, et qui est racontée par Gaufreteau : « Estant encore enfant, dit-il, il y eust une vieille mendiante de la ville, laquelle ayant demandé l’aumosne à sa mère, qui le tenoit entre ses bras, et l’ayant receu favorable luy dit : Vostre fils, commère, sera un jour Maire de la Rochelle. A quoy on rapporte que la mère de Guiton répliqua, sans y songer plus avant : Comment ichieu vrayment, ma commère Andréa, ce sera donc quand o n’y oura plus de Rochelle. » (La Digue, p. 70.) — V. 15 mars et 30 avril.
1586 04 27. — Mort à la Rochelle de René II , vicomte de Rohan, prince de Léon, fils aîné de René Ier et d’Isabelle d’Albret, grande tante d’Henri IV ; second mari de Catherine de Parthenay (V. 13 février) et père d’Henri de Rohan, l’illustre chef des réformés et du duc de Soubise, dont la ville de la Rochelle avait trois ans auparavant été la marraine. Il fesait depuis assez longtemps sa résidence à la Rochelle, où il habitait avec sa femme et ses six enfants. Il avait plus d’une fois combattu pour la cause rochelaise en zélé protestant et en habile capitaine, aussi fut-il fort regretté. (Baudoin. - d’Aubigné.- Berger de Xivrey).
1586 06 01. — Arrivée du roi de Navarre (Henri IV) à la Rochelle, où il se délibéra de faire son principal séjour, dit Sully, dans ses mémoires. Si dans sa vie guerroyante et vagabonde, il ne séjournait bien longtemps nulle part, il est certain qu’entre-ce moment et celui où il fut appelé à la couronne de France, ia Rochelle devint son véritable domicile. Il habitait, paraît-il, une vaste maison, sur l’emplacement de laquelle a été bâti depuis l’ancien évêché, devenu la bibliothèque de la ville, et que l’on appelait alors le palais royal pu le grand logis.
1586 06 11. — Depuis le triste traité de Nemours (7 juillet 1585), qui avait consacré le triomphe de la ligue, anéanti la liberté de conscience, qui semblait définitivement acquise aux protestants et renouvelé contre ceux-ci les persécutions des plus mauvais jours, les deux principaux chefs des réformés, le Roi de Navarre et le prince de Condé, tous deux excommuniés par Sixte-Quint, s’étaient établis à la Rochelle comme dans la principale place d’armes du parti. (V 1er juin.) Le prince de Condé qui, après son échec devant Angers s’était réfugié en Angleterre , avait été ramené dans cette ville, au mois de janvier précédent, par les vaisseaux de la reine Élisabeth, qui s’était déclarée ouvertement en faveur des réformés français. Le 11 juin 1586, il présenta au baptême , comme parrain , le fils du maire Jacques Guiton , oncle du célèbre Jean Guiton. (Reg. de bapt. des protest. — Hist. des derniers troubles.)
1587 04 08. — Installation dans ses fonctions de Maire de Jehan Guiton, seigneur de Lhoumeau, frère de Jacques Guiton, le Maire précédent, et père du fameux Guiton, Maire de 1628. Le Roi de Navarre, qui allait bientôt monter sur le trône sous le nom d’Henri IV, et qui se trouvait alors à la Rochelle, avait manifesté l’intention d’assister au dîner que le nouveau chef de la communne était dans l’usage de donner, le jour où il prenait possession de la charge. La salle de Saint-Michel, lieu ordinaire du festin, n’étant pas assez vaste, « fust dressé, dit Baudouin, un parquet depuis la maison de l’échevinage jusques au quanton de la Caille, où bon nombre de seigneurs et gentilshommes accompagnèrent ledict seigneur Roy, qui fust servy par la jeunesse de ceste ville, sans faire essay d’aucuns vivres qui luy fussent présentez. »
1587 08 07. — « Le roy de Navarre, dont le tempérament estoit porté à l’amour, ne laissoit pas , au milieu de ses grandes affaires , de fréquenter les dames et d’avoir mesme avec elles autant d’aventures qu’il pouvoit. Ce prince avoit dans la mesme ville (la Rochelle), une intrigue avec Mlle de Boyslambert (1), laquelle , estant grosse du roy , accoucha d’un fils le 7 août 1587. Cet enfant mourust quelque temps après. » (2) (Ms. des recherches curieuses. - Colin.) Bergier, dans son diaire, nous apprend que la belle Rochelaise s’appelait Esther et était fille d’un avocat, probablement de Jacques Imbert, seigneur de Boyslambert, l’un des avocats choisis, en 1576 , par les bourgeois pour juger l’accusation de conspiration portée par le prince de Condé contre le Maire , et quelques membres du corps de ville. « En 1592, Esther, voulant aller trouver le Roy en Bourgoigne, mourust en chemin (14 juillet), soupçonnée d’avoir été empoisonnée par Gabrielle d’Estrée, qui commençoit à partager avec elle les bonnes grâces de Sa Majesté. » (Ms. des rech. cur.) - V. Michelet. — La Ligue et Henri IV, p. 410.)

(1) Ce n’était pas la première intrigue amoureuse que le roi vert-galant eut eue dans notre ville : « Estant dans sa première jeunesse à la Rochelle, dit Bassompierre dans ses mémoires, Henry desbaucha une bourgeoise nommée dame Martine, de laquelle il eut un fils, qui mourut. Les ministres et le consistoire lui en firent de publiques réprimandes au presche. » Dame Martine était la femme du savant professeur Martinès ou Martinius, que Jeanne d’Albret avait fait venir de Béarn. (V. 14 mai, note) Plus tard, vers 1586 , il adressa ses hommages à la fille d’un échevin, dont le manuscrit des recherches curieuses rapporte à cette occasion un trait d’une naïveté charmante. (V. ma XVIIIe lettre rochel.)

(2) Je crois que c’est à la mort de cet enfant que se rapporte ce passage d’une lettre qu’écrivait Henri, le 30 novembre 1588, à sa belle maîtresse, Corisande d’Andouins : « . Je suis fort affligé de la perte de mon petit, qui mourut hier. A vostre advis, ce que ce seroit d’un lévitime il commençoit à parler. » M. Berger de Xivrey, en fesant justement ressortir l’invraisemblance de la supposition de Voltaire que l’enfant, dont Henri pleure ainsi la mort, pouvait être un fils de Corisande elle-même, avoue qu’il n’a pu se procurer de documens certains sur cet enfant naturel du roi de Navarre. A la date de la lettre du prince, l’enfant de la pauvre Esther aurait eu i 5 mois et quelques jours , et devait en effet commencer à parler.


1587 08 28. — Encore un exemple de l’aveugle crédulité de nos pères : « Advint dans la Rochelle, raconte Bruneau, sous cette date , que par un homme fut jeté un chapeau dans le puids, qui est près de Saint-Berthome (Barthelémy), en la ruette des prestres (1) ; pour lequel aller quérir, descendirent deux hommes l’un après l’autre, qui, si tost qu’ils furent en bas , moururent. Tellement que l’opinion d’un chascun fut qu’il y avoit quelque basilic (2) ou autre bête vénéneuse. Ce qui causa M. le Maire de faire combler led. puids. » Singulier moyen d’arracher à la mort les malheureux, qu’avaient évidemment asphyxiés quelques gaz délétères.

(1) Cette petite rue, qui n’existe plus, se trouvait entre l’église SaintBarthelémy et la place, et traversait de la rue Chaudellerie dans la petite rue de l’Evêché actuelle.

(2) Le basilic était un serpent fabuleux, dont on racontait mille contes absurdes. On disait qu’il naissait de l’œuf d’un vieux coq ; que son regard suffisait pour tuer ; mais qu’en crachant sur lui, après avoir communié, on le faisait mourir, et’o. (Furetïere.)


1587 10 25. — Le Roi de Navarre, après avoir réuni tout ce qu’il avait de troupes, avait laissé la Rochelle, le 17 octobre, emmenant deux canons et force munitions, dont lui avaient fait présent les Rochelais : le 20, il remportait contre Joyeuse la célèbre bataille de Coutras. Le dimanche suivant, 25 octobre, « furent faitz grands feux de joye à la Rochelle, dit Bruneau, et toute l’artillerie tirée, avec les sons des trompettes et tambours, et furent grandes escoupeteries et arquebuzades, tant en la place du Chasteau que autres endroits. Et furent rendues grâces à Dieu par prières extraordinaires, par tous les temples de la ville. »
1588 03 18. — Depuis que Henri III s’était complètement jeté dans les bras de la Ligue et avait, en 1585, rendu un édit par lequel était interdit dans toute la France, l’exercice de tout autre religion que celle enseignée par l’Eglise catholique, apostolique et romaine, les huguenots avaient constamment été sous les armes et l’Aunis et la Saintonge en particulier, n’avaient pas cessé d’être le théâtre de continuelles hostilités. La victoire de Coutras avait récemment relevé les affaires des huguenots ; mais sans amener la paix. Jean de Beaumanoir, seigneur de Laverdin , lieutenant du gouverneur du Poitou , marchant contre Marans, s’en était emparé. Le château résistait seul encore, défendu par l’ancien Maire de la Rochelle, Guillaume Choisy, seigneur de la Jarrie. Comprenant combien était importante pour la Rochelle la possession de Marans, le roi de Navarre, que la mort du prince de Condé venait de faire le principal chef des protestants, accourt de Saint-Jean-d’Angély à la Rochelle, le 18 mars, et en repart aussitôt avec les soldats qu’il avait pu réunir pour tâcher de dégager Marans. Trois jours après, il racontait ainsi son expédition à sa belle maîtresse , Corisande d’Andouins : « Estant arrivé à Taillebourg, je trouve que Laverdin avoit pris l’isle de Marans, avec son armée, qui est de. 4 à 5,000 hommes ; qu’il ne restoit plus que le chasteau, qu’il bastoit de deux pièces. Soudain je m’acheminois de ce lieu à la Rochelle, pour tascher de secourir les assiégés et assembler mes troupes, lesquelles j’estime assez fortes pour faire un grand eschec à Laverdin. Je ne crains si non que ledit chasteau soyt mal pourveu et qu’il se rende ne sachant point de mes nouvelles. J’ai repris un des forts (le fort du Braud) et suis jour et nuit à faire des ponts, car l’eau est haute au maroys. Depuis que je suis ici, je n’ai couché qu’une heure dans mon lit estant tous jours à cheval. » Après d’inutiles efforts pour pénétrer jusqu’à Marans et avoir couru de très-grands dangers, par suite de l’élévation des eaux du marais, Henri fut obligé de se retirer et le commandant du château se rendit le 25, après avoir obtenu de sortir avec armes et bagages, tambours battants et enseignes déployées. (Compl. de la maison de Navarre. d’Aubigné. — de Thou.).
1588 06 06. - Pour éviter des abus non moins contraires au secret des votes qu’à la dignité des élections municipales, il était interdit de faire aucun signe sur les bulletins (Statut de 1407) ou d’y écrire autre chose que les nom et prénoms des candidats (Statut de 1582). Malgré cette dernière prohibition, il fut trouvé dans la scrutine, à l’élection du Maire de 1588 , un bulletin portant ces mots : M. Odet de Nort, pape de la Rochelle, et ruineux d’icelle par son ambition. (1) Le coupable était Jean Salbert, l’ancien Maire de 1568 et de 1569, l’un des personnages les plus importants de la commune. (V. 25 mars.) Honteux de sa faute, en voyant l’émotion qu’elle avait causée dans le corps de ville , il se dénonça lui-même et fit amende honorable, d’abord devant ses collègues, et le dimanche suivant, 6 juin, publiquement en la salle Saint-Yon, à l’issue du prêche.. (Baudouin.)

(1) Merlin cite le quatrain suivant, écrit sur un bulletin de l’élection de 1603, sans dire à quels personnages il fait allusion :
D’un Oreste, triste et pasle
D’un altéré Tantale
Et d’un Tarquin la gloire
Je chante la mémoire.
L’année suivante, un autre bulletin portait : Jn Salbert, l’avaritieux ; Jn Sarragan, l’ignorant ; Paul Yvon, l’ambitieux. Le premier, fils du Maire de 1568 fut élu ; le second le fut trois ans après ; le fantasque seigneur de Laleu ne le devint qu’en 1616. (V. 7 Janvier.)


1588 06 19. — Henri, roi de Navarre , présente comme parrain au baptême le fils de René Blandin , seigneur de Lozières, d"une ancienne et puissante famille municipale. La marraine était Loyse du Fou, dame de Vérac. (Reg, des protest. — V. 21 Mars et 14 Mai ).
1588 06 30. — Voici la merveilleuse histoire racontée, sous cette date, par un écrit du temps : Les capitaines de deux navires Rochelais avaient capturé deux bâtiments espagnols, sur l’un desquels se trouvaient le seigneur Antonio de Mandrague et le marquis dom Diego de Santillane, pieux docteurs qui revenaient des Indes, où ils avaient été envoyés par le Pape pour la conversion des infidèles. Les prisonniers furent conduits devant le Maire. Au moment où ce magistrat voulut les interroger, le ciel se couvrit tout-à-coup des plus épais nuages et au milieu d’une pluie torrentielle , accompagnée des plus bruyants éclats de tonnerre , il tomba des nues , dans la salle où était le Maire, une grosse pierre toute sanglante , presque ovale et ne pesant pas moins de quinze livres, sur laquelle étaient gravées une croix et, de chaque côté, une main tenant une épée, avec ces mots : pour la foy. La foudre emporta en même temps les deux bras de celui qui avait conduit les prisonniers et une partie de l’un des navires, qui avaient fait la capture. (Le discours merveilleux, &.) — Le même jour, le Roi de Navarre rentrait triomphant à la Rochelle. Il venait, en quatre jours , de reprendre aux catholiques les isle de Charron et de Marans , leurs forts et châteaux et dix enseignes et une cornette. Devant lui marchait Descluseaux ( auquel était confié le commandement de Marans, qu’il n’avait pas su défendre), portant les drapeaux pris à l’ennemi et dont Henri fit présent à la ville. (Compte des dép. du Roy de Nav. — Mém. de Duplessis-Mornay. — Ms. des recherches curieuses.)
1588 08 17. — Le Roi de Navarre part de la Rochelle pour marcher contre la ville de Montaigu, où le duc de Mercœur s’était canigé. Celui-ci ne l’y attendit pas. Henri eut promptement raison des troupes qu’il avait laissées dans la place, leur tua trois ou quatre cents hommes et revint bientôt à la Rochelle rapportant six drapeaux qu’il offrit à la commune (Baudouin.)
1588 09 02. — Le Roi de Navarre, de retour de ses expéditions guerrières, fait faire des prières publiques dans tous les temples, pour remercier Dieu de l’heureuse victoire remportée, entre Douvre et Calais, par la flotte anglaise , commandée par Drack , sur cette invincible Armada espagnole, armée à si grands frais pour envahir l’Angleterre. (1) « En ceste déroute et dissipation , dit un manuscrit de la bibliothèque de la Rochelle , est recogneue l’assistance de Dieu pour le bien de son église et la conservation de l’Estat d’Angleterre. Le Roy de Navarre despêcha le seigneur de Pugeols vers la Royne pour l’en congratuler. On fit de grandes réjouissances dans la ville, et Sa Majesté, accompagnée de plusieurs grands seigneurs, alla mettre le feu à un feu de joye, dressé sur la place du Chasteau, et composé d’un mât de navire, fort haut élevé, garni de barils, de gouldron et de fagots. » ( Baudouin. — Ms.n° 1977.)

(1) Elle avait coûté 36 millions, était forte d’environ 150 voiles et portait 8,000 matelots , sans les rameurs , 2,000 canons et des munitions inombrables. Jamais l’Angleterre ne courut un plus grand danger. Philippe II se croyait si sûr du succès, qu’il était convenu d’avance avec Sixte V, qui avait pris sa part aux frais de l’expédition , qu’il tiendrait le royaume d’Angleterre à foi et hommage du Saint-Siège. (H. Martin.)


1588 11 14. — Pendant qu’Henri III tenait à Blois les Etats généraux du royaume (1), le Roi de Navarre fesait, le 14 novembre, à l’Hôtel-de-Ville de la Rochelle, l’ouverture d’une assemblée générale des églises réformées (2), à laquelle assistaient le vicomte de Turenne, le duc de La Trémouille , Duplessis-Mornay , Favas et plusieurs autres grands seigneurs. La ville y était représentée par cinq députés. Après avoir exposé la déplorable situation des affaires du parti, le chef des protestants fit appel à l’union de tous, unique moyen de salut, et chercha à effacer les préventions qu’entretenaient contre lui les plus zélés huguenots, déclarant que son attachement à la religion réformée était tel qu’il était prêt à verser son sang pour elle, jusqu’à la dernière goutte. Et il montrait en même temps les enseignes appendues dans le salon et qu’il avait enlevé à l’ennemi. Malgré les applaudissemens donnés à son discours, on ne laissa pas de lui reprocher assez amèrement les faveurs qu’il prodiguait aux gentils-hommes catholiques de sa suite, au détriment des capitaines huguenots, qu’il laissait languir dans la misère ; on l’accusa d’avoir vendu l’île d’Oleron à St-Luc ; on blâma sans ménagement sa passion pour Corisande, à laquelle il avait sacrifié les fruits de la bataille de Coutras (V. 18 Mars), et bien d’autres choses plus aigres encore, dit d’Aubigné. Henri eût la prudence et l’habileté de dissimuler les sentimens que durent lui faire éprouver de si dures remontrances. L’assemblée commença par renouveler le serment d’union fait à Montauban , en 1584, tant entre les églises réformées entr’elles , qu’entre elles et le Roi de Navarre, leur protecteur. Elle adopta ensuite de nombreuses mesures pour développer les sentiments religieux et réprimer plus sévèrement les infractions aux lois divines et humaines, réparer l’état des finances, multiplier les moyens d’instruction , et fortifier les universités et les écoles protestantes ; régulariser l’administration de la justice, entravée par l’état de guerre, qui empêchait de recourir aux parlements, régler la tenue des synodes nationaux et provinciaux , etc. L’assemblée décréta encore l’établissement d’un conseil supérieur de douze membres, sans l’avis duquel le Roi de Navarre ne pourrait rien entreprendre, et dont cinq devaient être nommés par les provinces, cinq par les assemblées politiques et un par la Rochelle, qui avait rendu tant de services à la cause ; le chancelier de Navarre devait être le douzième. Etaient en outre déclarés membres de droit, les princes du sang et les pairs, qui se joindraient au parti, et un certain nombre des plus grands seigneurs protestans (3). Enfin, après avoir adopté une remonstrance et requeste très humble au Roy, avoir ordonné un jeûne général et célébré solennellement la cêne , l’assemblée se sépara le 17 décembre. (Proc-verb. de l’assemblée. — De Thou. — Hist. des derniers troubles. — Ms. Int. : Hôtel-de-Ville de la Roch. — H. Martin. — Haag , la France protest. — L. Anquez, hist. des assemb. polit, des réformes.)

(1) Ils étaient assemblés depuis le 18 octobre. Au nombre des députés figurent ceux de la ville et gouvernement de la Rochelle. (Hist. des dern. troubles.)

(2) Il avait été nommé président par élection et suffrages pris des provinces. (H. Martin.)

(3) Le conseil devait se réunir dans le logis du Roi de Navarre : les lundi, jeudi et samedi de chaque semaine. (L. Anquez.) — V. 1er juin.)


1588 12 17. — L’assemblée générale des réformés , qui siégeait depuis plus d’un mois à la Rochelle, clot ses séances après un discours du Roi de Navarre, auquel elle avait accordé 50,000 écus de liste civile et pareille somme pour dépenses imprévues, et après avoir ordonné un jeune général dans toutes les églises réformées de France. (Haag, la France protest.)
1589 01 28. — Le roi de Navarre , encore convalescent d’une pleurésie dont il avait failli mourir, arrive à la Rochelle au milieu des acclamations de joie de toute la population, qui, pendant tout le temps qu’il avait été en danger, avait manifesté la plus profonde douleur et était accourue en foule dans les temples adresser au ciel des prières publiques pour la conservation des jours de leur prince bien-aimé. (1) (Comptes de la maison de Navarre. - Man. de la bibliothèque de la Rochelle).

(1) Trois jours après il écrivait à la belle Corisandre : « Certes , mon cœur, j’ai vu les cieux ouverts , mais je n’ai été assez homme de bien pour y entrer. Dieu veut se servir de moi encore. En deux fois vingt-quatre heures j’étois réduit à être tourné dans le linceul. Je vous eusse fait pitié. Si ma crise eût duré deux heures à venir , les vers auroient fait chère de moi. Je finis parce que je me trouve mal. Bon iour, mon âme. HENRY » (Voy :, du roy François Ier. - Gallant).


1589 09 16. — Erection en maîtrise, parle corps de ville, de la corporation des guimúeletiers-taillandiers et adoption du statut, qui réglait l’exercice de leur métier. Ce règlement, qui reproduit la plupart des dispositions que nous avons déjà eu l’occasion de signaler pour les autres métiers, n’offre d’autres particularités que l’obligation pour les maîtres d’avoir un poinçon pour marquer les ouvrages sortis de leur atelier , et d’en déposer l’empreinte sur une lame de cuivre à l’échevinage , et pour chaque candidat, celle de faire don au Maire de son chef-d’œuvre d’épreuve et de verser à la caisse de la commune , après sa réception , la somme d’un écu. ( Statuts et réglements.)
1590
1590 06 27. — Lettres patentes de Henri IV, datées du camp d’Aubervilliers , par lesquelles « il accorde et permet aux Maire et escheviris delà Rochelle d’enclore dedans la ville la prée de Maubec et une place contigue. » (Invent, des privilèges.) C’était le cinquième agrandissement depuis l’enceinte primitive de la Rochelle, commencée sous le comte de Poitou, Guillaume X, dans la première moitié du XIIe siècle. Le premier avait annexé à la ville le faubourg de Cougnes ; le second, le faubourg du Pérot ou de Saint-Jean ; le troisième, le faubourg de Saint-Nicolas ; le quatrième, le vaste terrain compris entre le mur, qui fermait ce dernier faubourg du côté de la petite rive et le port d’une part , et de l’autre, entre le pont Saint-Sauveur et la muraille nommée depuis du Gabut. Voici quelle était à l’époque des lettres patentes de Henri IV, l’enceinte extérieure de la ville de la Rochelle : elle commençait à la tour de la Chaîne, allait rejoindre la tour de la Lanterne, où formant un angle , elle se dirigeait, à travers l’emplacement de la rue des Fagots et de l’hôtel de la Préfecture, jusqu’à la tour du Padé, placée vers l’angle Nord-Est du jardin de la maison de M. Viault, après avoir laissé passage à la porte des Deux-Moulins, située alors à l’extrémité de la rue Saint-Jean. De cette dernière tour, elle obliquait à l’Est jusqu’à Varceau jeté sur le canal de la Verdière et qui se trouvait au bout du jardin de Mme Hocbocq. Reprenant alors la direction du Nord, elle suivait à peu près la ligne extérieure des maisons du côté Sud de la rue Réaumur, s’ouvrait à l’extrémité de la rue àuffrédy pour la Porle-Neuve, rencontrait, sur la place, les dernières tours du château et s’arrêtait à la tour de Sermaise ou de la Crique, près du boulevart de l’Evangile. La partie de la muraille qui formait le front Nord de la place , le plus exposé parce qu’il n’était pas protégé, comme les trois autres côtés, par la mer ou par des marais, passait derrière la rue des Trois Cailloux, à travers l’emplacement des maisons situées devant le Jardin des Plantes, suivait à peu près la ligne de la rue actuelle de Bethléem et se rendait à la tour d’Aix, construite au Nord de l’église Notre-Dame. Descendant de là vers le Sud, en laissant au bout de la rue des Prêtres la vieille porte de Cougnes et en longeant le derrière de la rue Notre-Dame , elle formait un coude peu après la rue des Bouchers , rejorgnait l’extrémité de la petite rue de l’Echelle-Chauvin , continuait jusqu’au carrefour des Trois Fuseaux et, reprenant la direction du Sud, passait au bout de la petite rue de la Rochelle, obliquait légèrement derrière la rue de Saint-Michel, et atteignait la tour de Moureilles , près du canal Maubec , où elle formait un angle pour arriver à la vieille porte de Maubec. Reprenant, de l’autre côté du canal, au coin de la rue Sardinerie, elle tournait derrière cette rue, traversait un terrain très marécageux, gagnait le derrière de l’église Saint-Nicolas et bientôt la porte du même nom ; et là, se dirigeant vers l’Ouest, elle allait enfin aboutir à la grosse tour de Saint-Nicolas. (V. le plan qui accompagne l’ouvrage de Cauriana.) Le système d’épaisses et hautes murailles , flanquées de nombreuses tours , qui avait longtemps suffi pour faire regarder la Rochelle comme une place presque inexpugnable, était devenu insuffisant depuis les grands progrès qu’avait faits l’artillerie. L’usage de plus en plus répandu du canon avait donné naissance au système des bastions. Dès le règne de François Ier, les Rochelais avaient élevé le bastion de Sermaise, qui, perfectionné depuis, était devenu le fameux boulevard de l’Evangile ; plus tard et au commencement des guerres de religion, ils avaient, sous la direction de Scipion Vergano , construit le bastion du Gabut, le demi bastion de la vieille Fontaine et couvert les quatre portes principales d’ouvrages bastionnés. Mais quelque glorieux qu’eut été pour eux le siège de 1572-73, il leur avait révélé cependant l’insuffisance de leurs fortifications. C’était donc moins pour agrandir leur ville que pour élever au-delà de leurs murailles une ceinture de bastions, qu’ils avaient sollicité et obtenu les lettres patentes de Henri IV. En 1596, fut commencé, sous l’administration du Maire Pierre Chasteigner , le premier des six grands bastions royaux, entièrement revêtus de pierre, qui ne furent terminés qu’en 1612. Toute la prée Maubec et une partie du vieux cimetière de Cougnes furent comprises dans la nouvelle enceinte, qui s’élargit de ce côté d’environ 200 toises, (1) depuis la petite rue de la Rochelle jusqu’au bastion de Maubec ou du petit Genève, situé sur l’emplacement actuel de l’hôpital général. Au Nord de la place, les bastions des grands et des petits Lapins , et à l’Est le bastion de Saint-Nicolas ne s’étendirent pas à plus de 80 toises au-delà de la muraille ; du côté Ouest, on se contenta de redans gazonnés. La Rochelle se trouva dès lors si bien fortifiée que, désespérant de l’emporter d’assaut, Richelieu sentit que la famine seule pouvait l’en rendre maître. (Anciens plans. — Colin. — Abrégé de l’hist milit. — Massé, etc.).

(1) Ce terrain ne se couvrit que lentement de maisons et fut appelé la ville neuve.


1590 08 18. — Le corps de ville érige en maîtrise-jurée le corps de métier des fourbisseurs d’épées de la Rochelle, qui étaient alors au nombre de douze. Le règlement qui leur fut donné les autorisait à vendre et garnir, à l’exclusion des couteliers , toutes sortes d’armes pointues et tranchantes, comme épées, dagues, coutelas, pertuisanes, hallebardes, fers de lance ou de pique, en un mot tous harnois de guerre, et à forger gardes et pommeaux d’épées seulement. Deux inspecteurs, nommés maîlres-regardes et élus par eux, devaient visiter soigneusement les armes qu’ils mettraient en vente, saisir celles qui seraient défectueuses et en poursuivre la confiscation, ainsi que la condamnation à l’amende des contrevenants, devant le tribunal du Maire. Leur patron était Saint-Jean-Baptiste, et dans leur bannière, ils portaient : d’azur à une garde d’épée d’or. (Statuts et règlements. — Armor. de la Rochelle.)
1590 12 29. — Les guerres civiles ayant occasionné de graves abus et de grands désordres dans l’exercice du métier de tonnelier (1), le corps de ville , à la demande des maîtres-tonneliers , nomme quatre de ses membres pour examiner et réformer leurs anciens statuts. Le pays d’Aunis était presque exclusivement couvert de vignes : à peine y voyait-on quelques champs de grains (2) ; aussi le vin formait sa plus grande richesse, et la bannière de St-Nicolas, patron des tonneliers, devait être la plus antique comme la plus importante des corps de métiers : elle était de sinople à un tonneau d’or, accompagné de deux maillets de même en chef. Outre les dispositions relatives à l’élection des regardes ou inspecteurs, au serment annuel des maîtres-tonneliers entre les mains du Maire, au chef-d’œuvre imposé aux compagnons pour être admis à la maîtrise, le long règlement, qui fût adopté par le corps de ville, au mois de février, présente plusieurs particularités remarquables. On ne connaissait, pour le commerce des vins, que trois sortes de futailles, dont la contenance devait être exactement conforme à la jauge en fer déposée à l’échevinage, et dont chaque maître-tonnelier était tenu d’avoir une semblable : la pipe, qui était de dix coutrets, la barrique, de cinq, et le quart, de deux coutrets et demi. Le coutret contenait quarante-trois pintes, plus une chopine pour le bouchon (3). Toute différence en plus ou en moins dans la capacité des futailles entraînait leur destruction par le feu, et une amende contre les contrevenants. En conséquence tous maîtres-tonneliers ou bourgeois fesant confectionner des futailles dans leur maison (4), devaient avoir une marque à feu particulière, qui était appliquée sur le fond de chaque futaille, au moment où elle esloit preste à barrer, et dont une empreinte sur plaque de plomb était conservée à l’hôtel-de-ville. Les futailles ne pouvaient être cerclées par bandes : elles devaient être entièrement couvertes de cercles, à l’exception de l’espace d’un pied à l’endroit de la bonde. Un réglement antérieur interdisait de barrer celles qui étaient destinées au vin d’Aunis de bois de fayan , à la similitude des vins de Gascougne (1408). D’autres articles déterminaient le bois à employer, la largeur du mérain dollé , la longueur du feuillard et du loisy (osier), etc. (Livre de la Paterne. — Statuts et réglem. — Reg. de la Mairie. — Armorial de la Roch.)

(1) On les appelait anciennement charpentiers de tonneaux (1423) ou charpentiers-tonneliers. (1470)

(2) « le pays d’Aulnis où il n’y a que vignes. » lit-un dans les doléances des bourgeois de 1408. ( La Rochelle située en pays de vignobles et en lieu où ne croissent aulcuns grains, au moings dont le peuple puisse estre soutenu. » (Ordonnance de Charles VII, de 1424.)

(3) Dans les coustumes de là visconté de l’eau de Rouen , de l’an 1200 environ, il est dit que le tonnel de la Rochelle était compté pour quatre muis. (E. de Fréville.) Dans un rapport de 1330 des jauijeurs de Paris sur la capacité comparative des tonneaux en France, on lit que le tonnel de la Rochelle devait tenir six muis et huit setiers , mesure de Paris. (Revue des sociétés savantes, 1860.)

(4) Il était permis aux bourgeois-jurés de commune de faire eux-mêmes, ou de faire confectionner par des ouvriers non reçus maîtres, les futailles dont ils avaient besoin. (Art. 5. du réglem.)


1591 10 14. - Informé que ses ressources ne pouvaient suffire à entretenir, au collège, un nombre suffisant de professeurs pour la deue instruction de la jeunesse, tant és langues que philosophie, et animé d’une singulière affection au bien et décoration de la Rochelle, désirant surtout favoriser un si bon œuvre et dessein, pour empescher que l’ignorance, qui prend cours en son royaulme, par la longueur des guerres civiles, ny prenne pied aulcun, et en puisse être chassée, et que, par une bonne et heureuse instruction, la jeunesse soit eslevée et rendue d’autant plus capable de luy faire service et profiter à la chose publique, Henri IV avait assigné à la commune, sur son domaine, une subvention annuelle de 666 écus sols et deux tiers d’écus (2,000 liv.), par lettres patentes datées d’Aubervillers, du mois de juin de l’année précédente ; mais le parlement, siégeant alors à Tours, s’était refusé à l’enregistrement de ces lettres patentes. Le Roi fut obligé de lui enjoindre, le 14 octobre 1591 , d’avoir à procéder, sans aucune opposition, à leur vérification et enterrinemenl. De nouvelles difficultés empêchèrent cependant la commune de jouir de la libéralité royale avant la fin de l’année 1593. Cette allocation lui fut continuée jusqu’au siège de 1627-28. (1) (Delaurière.)

(1) Le compte du trésorier de la ville , de 1599 , fournit de curieux renseignements sur le nombre des professeurs , et le traitement qui leur était alloué ; on y lit : payé à M. Copus 253 escus 20 sols, tant pour ses gages de principal que ceux de professeur en grec ; à G. Achard , 1er régent, et M. Morisseau , tenant la 1ère classe , 41 escus 40 sois , pour une demi-année de gages ; à M. Rault, professeur en philosophie 100 escus, pour trois quartiers de gages ; à Gme. Hartus, écossois , professeur en philosophie, 16 escus 2 tiers, pour un quartier ; à Gille. Legoust, 78 escus 20 sols , pour une année de ses gages de 2e régent ; à A. Hérault, 3e régent, 66 escu 40 sols, pour une année ; à G. Malaquin, 4e régent, 66 escus ; à de Mandragues, pour avoir tenu la 5e classe, 30 escus , pour six mois ; à Pre. Hernin, 53 escus 20 sols, pour une année de ses gages. (Ms. de la bibliothèque.)


1592 02 10. - « Il est venu à Chef-de-Boys une galère d’Espagne avecques 250 forsés ( forçats) et 25 soldats, et se sont venus rendre en ceste villa de leur bon gré et volonté. Et ladite galère avoit 10 pièces de canon et 3,000 livres de poudre et des boulets et grand nombre de biscuitz et de vin ; et le capitaine de ladite galère s’est donné à messieurs de ceste ville. » (Diaire de Bergier.) Notre chroniqueur a oublié de nous dire ce que ceux-ci avaient fait du cadeau.

(1) L ouvrage intitulé l’entrée de la religion pretendue reformee a la Rochelle en porte le nombre à vingt ou trente , chiffre évidemment exagéré ; j’ai préféré celui donné par la Chronique de Langon, écrite par une plume contemporaine et catholique.


1592 07 27. - « Le Sinode (des églises réformées) s’est tint en ceste ville et y avoyt assemblé le nombre de 60 ministres , et des églizes de toutes parts pour aviser aux affaires desd. églizes. » (Bergier). Le premier article adopté par ce synode proscrivit les vertugadins, en punissant les femmes qui en porteraient de la privation des sacrements. Renchérissant sur ce rigorisme, le synode qui se tint à Saint-Jean d’Angély l’année suivante étendit cette proscription aux collets faits à confusion, aux pécadilles et eslèvement de cheveux, et tous autres habits indécents. (Synodes nat.).
1592 11 03. - Première apparition , dans les rades de la Palisse et de Chef-de-baie, des navires de Saint-Luc, qui avait obtenu du Roi cet étrange privilège de lever, depuis Bayonne jusqu’en Bretagne, sur tous navires qui importeraient des marchandises, de quelque lieu qu’elles vinssent, un droit de 4 pour cent et 2 écus par tonneau de vin ou de blé , avec faculté d’entretenir vingt navires pour faire payer ces droits. Les Rochelais , justement alarmés du préjudice que devait causer à leur commerce l’exécution d’une pareille mesure, contraire d’ailleurs à leurs privilèges, après avoir adressé leurs réclamations au Roi, avaient porté l’affaire devant le parlement, qui, le 10 novembre, rendit un arrêt fesant défense à la Limaille, agent de St-Luc, de lever aucun impôt, tant que sa commission n’aurait pas été vérifiée en parlement. La Limaille n’ayant tenu aucun compte de cette injonction, les Rochelais placèrent deux pièces de canon à la pointe de Coureilles et deux autres à la pointe de Chef-de-Baie , et mirent en mer deux gaillotes, sous le commandement de Gargouillaud, pour donner la chasse à la Limaille ; ce qui permit aux navires d’entrer à la Rochelle, sans payer aucun droit. (Diaire de Bergier. — Ms. intitulé Hôtel-de-Ville.) C’est ainsi que les Rochelais savaient se faire justice eux-mêmes, quand le pouvoir violait leurs privilèges.
1592 12 21. - Pendant que Henri de Navarre , l’ancien chef des protestants, luttait encore avec sa conscience, finissant cependant par se persuader de plus en plus que Paris valait bien une messe, la princesse Maguerite, sa sœur, femme d’aussi noble caractère que d’esprit cultivé, était devenue l’idole des huguenots par sa fermeté dans les croyances qu’elle avait reçues de sa mère. Les Rochelais ayant appris quelle était à Niort avec la duchesse de Rohan, lui députèrent, le 21 décembre, le capitaine Bergier, avec vingt argouletz, pour lui offrir en présent deux moniques, qui avoient la barbe toute noyre , et deux perrocquetz et deux sagouins , et 80 livres de confitures. (Ms. de Bergier.)
1593 04 09. — Tremblement de terre à la Rochelle. (Arcère.)
1593 07 25. — Le jour même de son abjuration, Henri IV écrivait au corps de ville de la Rochelle : « Chers et bien amez, ayant faict résolution, sur la conférence que nous avons eue avec les prélats et ceulx qui ont plus de congnoissance des sainctes lettres, que nous avons faict assembler par deçà, de faire doresnavant profession de la religion catholique, apostolique et romaine (et y commencerons dès ce jourd’huy), nous vous en avons bien voulu icy donner advis et vous asseurer que ce que nous en avons faict a esté pour bonne considération, principalement pour y avoir veu et cogneu d’y pouvoir faire nostre salut et y vivre selon la loy et commandement de Dieu. Mais, c’est tousjours avec ferme résolution d’entretenir les édicts de pacification qui ont esté cy-devant faicts, sans souffrir qu’au faict de vostre religion vos consciences soyent forcées ; dont nous vous prions en demeurer très asseurez et ne nous donner pas ça desplaisir qu’il en paroisse aulcun indice de déffiance ; ce qui nous seroit aussy moleste que nous sentons qu’il n’y a rien tant esloigné de nostre intention , laquelle, ainsy quelle ne changer-a point en ce qui sera de l’observation desd. édicts, changera aussy peu en l’affection, que nous vous avons tousjours portée, ayans toute occasion, pour les bons services et l’assistance que nous en avons tousjours eue, de vous aimer et gratifier et préserver de toute oppression et injure : ce que nous ferons tousjours de notre pouvoir, etc. » (Sermon de la simulée conversion. — Recueil des lettres ms. de Henri IV). (1).

(1) La veille , il écrivait à Gabrielle d’Estrée : « Ce sera demain , dimanche , que je ferai le saut périlleux. A l’heure que je vous écris , j’ay cent importuns sur les épaules , qui me font haïr Saint-Denis , comme vous faites Mantes. Bonjour, mon cœur, venez demain, de bonne heure , car il me semble desjà qu’il y a un an que je ne vous ai vue. »1593 11 19. — Entre deux et trois heures de l’après-midi, nouveau tremblement de terre, plus violent que celui du 9 avril précédent. (Merlin.) 1628. — « Le lendemain du départ du Roi, le presche s’est fait au temple Saint-Yon , au matin et à l’après-dîner, par MM. de Lhoumeau et Colomièz ; on y mist des gardes du Roy pour empescher le scandale. » (Guillaudeau. — Mervault.) — V. 3 novembre.


1595 11 15. — Le corps de ville réforme le statut des texiers (tisserands) de la Rochelle, dont la corporation avait été érigée en maîtrise en 1493 , mais en refusant d’étendre le privilège de maîtrise à ceux qui étaient établis dans les faubourgs de la Rochelle, et qui devaient être néanmoins soumis aux visites des maîtres-regardes élus par ceux de la ville. Plus que les autres, ce règlement s’occupe de la boîte ou caisse commune de la corporation , destinée à secourir les orphelins, laissés par les maîtres, et les compagnons sans ouvrage. Elle était alimentée par le tiers des amendes prononcées pour contraventions aux réglemens du métier, par les trente sols que devaient y verser tout nouveau maître, après sa réception , et par les douze deniers que les compagnons, qui venaient travailler à la Rochelle ; étaient tenus de payer à leur arrivée. ( Rég. des statuts. )
1596 10 19. — Le 19 octobre, le corps de ville décide que la commune s’emparera de tous les revenus des fabriques des paroisses de la ville. Les catholiques protestèrent contre cette mesure , et le mémoire qu’ils rédigèrent à cet effet nous apprend que, depuis douze ans, le culte catholique n’était plus exercé dans l’enceinte de la ville ; qu’en 1592, ils étaient encore obligés d’aller à Bourgneuf, à Esnandes où à la Jarrie ; mais qu’à cette époque, les habitans de Laleu ayant offert de relever leur église de ses ruines, il avait été arrêté qu’ils se chargeraient de la maçonnerie, et que les catholiques de la ville paieraient le reste de la dépense, et que ce fut dès lors dans cette église que se fit le service divin, pour toutes les paroisses de la ville et autres circonvoisines des champs. (Notes de Jaillot.)
1597 09 20. - « Arrest de la cour du parlement de Paris. donné au profit des Maire, eschevins, conseillers et pairs contre les maîtres bouchers de la grande et petite boucherie de ceste ville, portant établissement d’une troisième boucherie au lieu nommé l’Evesquau, appartenant aud. Maire, esch., cons. et pairs », lit-on dans l’inventaire des privilèges de la Rochelle. Nous savons déjà où étaient situées la grande boucherie et la petite boucherie du Perrot ( V. 18 avril et 1er septembre) ; l’Evescault, on se le rappelle , se trouvait dans la rue qui en a gardé le nom. ( V. 17 juillet.) Nos annales ne nous disent pas comment la possession en avait passé des mains de l’évêque de Saintes en celles de la commune, mais elles nous apprennent qu’en 1597, le Maire, Léonard Sauvignon , fit commencer sur son emplacement la nouvelle boucherie ; que son successeur Jehan Thévenin acheva l’année suivante, et afferma pour 400 écus à des bouchers. On la trouve désignée dans différents titres sous les noms de : boucherie neuve, boucherie neufve de l’Evesquault ou simplement de l’Evesquault , enfin de boucherie de la ligue, peut-être par un piquant jeu de mots sur la fameuse ligue des Guises et celle des bouchers rochelais , qui furent vaincues presque en même temps. Une de ses portes existe encore avec quelques sculptures, en face de l’extrémité nord de la rue des Cloutiers ; mais on y cherche en vain les armoiries des Maires Sauvignon et Thévenin, qui la décoraient autrefois. (A. Barb. — Colin.) (1)

(1) Le premier avait pour armes trois raisins, par allusion sans doute à son nom ; le second portait d’azur, au cheval d’argent, accompagné en chef de deux merlettes de même et d’une étoile en pointe , aussi d’argent. (V. ma VIIe lettre Rochelaise.)


1598 06 29. — « Grande dispute entre Messieurs de la Maison de ville et Messieurs du Présidial, à l’occasion du feu de joye que le Roy avoit commandé qu’on fist par toutes les villes du royaulme, à cause de la paix qu’il avoit conclue avec le Roy d’Espagne. Ces derniers en ayant fait un et y voulant mettre le feu, ils en furent empeschés par les premiers, qui le jour ensuivant en firent un magnifique. Ce fust un portefaix qui, au moment où Messieurs du Présidial mettoient le feu, retira le bois et toute la populace en fist autant. » Le portefait fut arrêté et emprisonné dans un cachot, dont la clé fut confiée au procureur du Roi ; mais le corps de ville, craignant qu’il en résultât quelque jugement fâcheux , non-seulement pour le prisonnier, mais pour le corps de ville lui-même, députa vers le procureur du Roi quelques-uns de ses membres qui, partie par amitié, partie par 1nenaces, obtinrent la remise de la clé du cachot. Ils en profitèrent pour aller, pendant la nuit, rendre la liberté au détenu, qui le lendemain eût été condamné pour le moins au fouet. Le présidial parut bien d’abord vouloir donner suite à l’affaire, mais en définitive elle tomba d’elle-même. (Merlin.)
1598 07 09. — « Entre 7 et 8 heures du soir, éclata la tempeste la plus grande et épouvantable, dont jamais on eust ouy parler, qui dura toute la nuict, avec vent, esclairs, tonnerre etpluyes." Les effets en furent terribles : les blés qui étaient en terre furent emportés, les arbres brisés ou déracinés, etc. (Merlin.)
1598 09 10. — Une certaine dame de la Personne avait étranglé, puis brûlé un enfant, dont elle voulait cacher la naissance ; dénoncée par ses deux jeunes filles, qui en moururent bientôt de regrets, elle s’était précipitée dans un puits, d’où on l’avait retirée morte. Le présidial ne l’en condamna pas moins à être pendue par les pieds sur la place du château. L’exécution eut lieu le 10 septembre, et le lendemain, le corps fut enfoui dans des fumiers près de la. Porte-Neuve. (Merlin.)
1598 12 12. — « Sur les neuf heures du soir, il y eût un tremblement de terre. » (Sanceau. — Merlin.)
1599 08 04. — Après de longues et orageuses conférences avec les deux commissaires royaux, de Parabère et Langlois , envoyés à la Rochelle pour y faire publier l’édit de Nantes et rétablir l’exercice de la religion catholique depuis longtemps interrompu, les magistrats municipaux consentent enfin à la publication de l’édit, mais à la condition qu’il leur sera donné acte par les commissaires de leurs remontrances et protestations. (Merlin.) — V. 9 mai.
1599 08 06. — Aussitôt après la publication de l’édit de Nantes, à la Rochelle, les commissaires royaux mirent les catholiques en possession de la chapelle Sainte-Marguerite, que les protestants avaient transformée en temple, ainsi que de remplacement et des ruines de l’ancienne église de Saint-Barthelémy. Le 6 août (1), Mgr Nicolas Cornu de la Courbe, évêque de Saintes, après avoir réconcilié la chapelle, y célébra solennellement la messe, en présence d’une grande quantité de monde pieux et dévot, rendant grâces à Dieu, d’une joie incroyable , de se voir à un jour si heureux d’une solemnité si longtemps attendue, et qui n’estoit presque plus espérée. Pour la solemnité de l’Assomption de Notre-Dame, il y eut une démonstration plus grande encore de la joye commune de tous. Il y avoit plus de 5000 personnes, tous bons catholiques. (Le rétablissement et célébration de la sainte messe à la Roch. — Pr. verb. des commissaires. ) L’évêque établit en même temps un petit chapitre de cinq preslres, pour estre curés des églises paroissiales qui existoient autrefois à la Rochelle, et qui estoient toutes renversées jusques aux fondements, afin que lesd. prestres-curés vacquassent conjointement au service de Dieu, à l’administration des sacrements et autres fonctions curiales dans la chapelle Sainte-Marguerite, sous la direction et autorité d’un recteur (Jacq. Gastand.) A laquelle société ou chapitre furent assignés les droits , revenus et esmolumens des paroisses, qui avaient échappé à l’usurpation des hérétiques. (Procur.on de l’évêque.) (2)

(1) Arcère s’est trompé doublement en donnant à cette solennité la date du 8 août et celle de 1598. Le procès-verbal des commissaires et le diaire de Merlin s’accordent pour la fixer au 6 août 1599.

(2) Tous les religieux des divers couvents furent réintégrés de même dans leurs élablissements , biens et revenus , « et leur fut donné libre accès (dans la ville) en leurs habits monachaulx. » (Pr. verb. des commissaires. )


1599 10 21. — « On fit les funérailles magnifiques de M. de Rohan, dont le corps fut porté en Bretagne. » On sait qu’il était mort à la Rochelle en 1586. (Merlin.) — V. 27 avril. « M. de Soubize vint quérir le corps de son père, qui luy fut livré par MM. les Maire, eschevins et pairs, avec le corps de Monsieur son frère ; le tout avec grand honneur », lit-on dans un vieux manuscrit.
1599 12 05. - Voici ce que raconte sérieusement, sous cette date, le grave et docte ministre Merlin : Mlle S. revenant, avec son beau-frère, de souper en ville, vers dix heures du soir , par un temps de forte et épaisse brouée, aperçut un fantôme, vêtu d’une robe noire et portant un flambeau à la main, qui cheminait le long de la courtine des murailles, et semblait venir du côté de l’hôpital ; il passa derrière Sainte-Anne, près le cimetière Saint-Barthelémy, puis entre les deux tours du château, et disparut en se dirigeant vers Nieul. « Ce fust un mauvais présage au sieur des Roziers pour son procès, qu’il perdist. » (Diaire de Merlin. )
1600
Page précédente Table alphabétique des matières Page suivante

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Se connecter
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Lien hypertexte

(Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)

Ajouter un document

Rechercher dans le site

Un conseil : Pour obtenir le meilleur résultat, mettez le mot ou les mots entre guillemets [exemple : "mot"]. Cette méthode vaut également pour tous les moteurs de recherche sur internet.