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1666 - Colbert, ministre de Louis XIV, crit Colbert de Terron, intendant de Rochefort

mercredi 11 août 2010, par Pierre, 2055 visites.

Le Ministre Colbert, dans une sorte d’inventaire des ressources du royaume, crit l’intendant de Rochefort pour lui donner ses instructions sur l’achat des matires premires ncessaires la construction des vaisseaux de la marine royale. L’introduction est une trs belle dfinition du protectionnisme commercial. Un sujet qui reste toujours d’actualit.

Source : Lettres, instructions et mmoires de Colbert - Pierre Clment - Paris - 1864 - Google Books

Mmoire pour les sieurs Colbert de Terron et de Seuil.

(Copie portant : De la main de Colbert.)

Fontainebleau , 3 juin 1666.

Il est ncessaire d’observer soigneusement, sur les achats faire, qu’il faut toujours acheter en France prfrablement aux pays estrangers, quand mesme les marchandises seroient un peu moins bonnes et un peu plus chres, parce que, l’argent ne sortant point du royaume, c’est un double avantage l’Estat, en ce que, demeurant, il n’appauvrit point, et les sujets de Sa Majest gagnent leur vie et excitent leur industrie.

Par exemple : les trois mille canons de mousquets de trois pieds et demy et du calibre de seize la livre, commands en Biscaye, pourraient facilement estre commands ou en Forez ou en Nivernois ; et mesme il seroit trs-bon de commencer en establir une manufacture, ou en Angoumois, ou en Guyenne, ou en Bretagne.

Outre cette observation d’acheter toujours les marchandises et d’establir les manufactures en France, par prfrence aux estrangers, il faut encore au dedans du royaume quelques distinctions : les peuples qui payent la taille et autres impositions, telles qu’il plaist au Roy, doivent estre plus chers et plus considrables Sa Majest que les peuples des provinces qui jouissent du privilge des Estats ; c’est--dire qu’il faut acheter les marchandises et establir les manufactures en Saintonge, Angoumois, pays d’Aunis et Poitou, prfrablement la Bretagne.

Les cent vingt milliers de fers demands en Espagne auroient pu estre fabriqus, sinon le tout, du moins une bonne partie dans les forges d’Angoumois, Poitou, Prigord et Guyenne, et mesme en celles de Bretagne ; et, comme la France est plus abondante en fer de toute qualit qu’aucun autre pays du monde, il faut travailler faire en sorte que la manufacture de fer soit aussy bonne que celle d’Espagne. Je ne doute point qu’en donnant, dans trois ou quatre forges, des modles de fer d’Espagne, l’on ne parvienne facilement en faire faire d’aussy bon ; mais pour cela il faut ne pas se rebuter, et faire faire des preuves si frquentes en tant de lieux, qu’enfin nous parvenions rendre cette manufacture aussy parfaite qu’en Espagne.

Pour le goudron, il faut donner ordre au sieur Lombard [1], de Bordeaux, d’envoyer toute la quantit qui s’en fera en Mdoc.

II faut diligemment mettre les trois frgates de Brest, scavoir celle de 600 tonneaux, celle de 900 et celle de 1000 1100, en estat d’estre mises la mer et de servir dans l’anne. Je suis bien ayse de scavoir aussy combien le sieur Hubac en doit dlivrer l’anne prochaine, et en quel temps de l’anne.

Pour les canons, j’espre que nous en aurons 4 ou 500 pices de fer de Sude, dans le courant de cette anne.

Photo : P. Collenot

A l’gard du cuivre, il faut que M. de Terron fasse travailler en toute diligence la fonderie de Saintes. Ce sera un grand avantage s’il peut faire russir la fonte des canons de fer en Angoumois, comme de ma part je travaille faire russir la mesme fonte en Nivernois.

Pour les boulets, la Bretagne, l’Angoumois, et le Nivernois eu peuvent fournir une quantit suffisante ; il faut en faire faire deux testes et chaisnes une grande quantit, afin que l’on n’en manque point dans tout l’armement des vaisseaux.

Pour des poudres, j’ay donn ordre d’en faire voiturer cent milliers Brest et autant la Rochelle. .

Pour les armes, il faut travailler de tous costs pour en garnir les magasins, faire tout ce qui se pourra pour establir cette manufacture et l’augmenter, tant en Angoumois qu’en Bretagne.

En faire venir de Biscaye.

De ma part, j’ay donn ordre en Hollande et en Danemark, pour en acheter et les envoyer la Bochelle et Brest.

Sur la grande quantit de fer qui se consomme, je serois bien ayse de savoir si le sieur Hubac, dans le march qu’il a fait pour la construction de dix vaisseaux, n’est pas oblig de fournir tout le fer ncessaire.

Pour les cordages, il faut travailler continuellement amasser des chanvres, et faire travailler la corderie, afin que l’arme n’en puisse manquer en cas d’accident, d’autant plus que le cordage en sera meilleur, estant un peu gard dans les magasins : il faut seulement prendre garde de le bien conserver.

Pour les voiles, il est bon d’en faire une bonne provision ; mais il y a lieu de s’tonner que M. de Beaufort en demande un jet neuf pour chacun vaisseau, vu que sur les deux premiers vaisseaux de l’arme il y en a trois, dont deux neufs et un de l’anne dernire, et que sur tous les autres il y en a deux, savoir un neuf et un de l’anne dernire, en sorte qu’il semble qu’il ne sera pas trop ncessaire, pour un seul voyage de Levant en Ponant que les vaisseaux auront fait, de leur donner un jet de voiles neuf.

Rochefort - Corderie royale

Pour du bois, outre celuy qui sera tir de la forest de Faou [2] et des autres forests du royaume, j’ay donn ordre d’en faire venir de Hollande et du Nord.

Pour des masts, la couronne de Sude a fait prsent au Roy de la charge d’un ou deux grands vaisseaux. Il faut faire toute la diligence possible pour en avoir du cost des Pyrnes.

Four le bois ouvr, c’est un travail qui se fait en Bretagne ; il faut seulement le continuer et l’augmenter, s’il est possible.

Les munitions pour les radoubs et armemens : il faut prendre toutes ces munitions et marchandises en France, estant impossible que l’on n’en trouve toute la quantit ncessaire, pourvu que l’on y pourvoye de bonne heure. Il faut prendre garde surtout que la manufacture de goudron, non-seulement ne diminue point, mais mesme augmente en bont et en quantit, parce que j’ay avis certain que la bont diminue considrablement.

L’on peut se passer de l’Allemagne pour le fer-blanc, vu que la manufacture en est prsent establie en Nivernois. Je donneray ordre que l’on envoy six barils composs chacun de 450 feuilles Nantes, l’adresse du sieur Valton [3], d’o le sieur de Seuil donnera ordre qu’ils luy soyent envoys Brest.

Il semble que l’on pourroit facilement trouver en France l’estamine et la revesche, sans la faire venir d’Angleterre.

Pour la mche, c’est un grand avantage que la manufacture en soit establie en Bretagne ; il faut la maintenir et la perfectionner tous les jours, autant qu’il se pourra.

Pour les armes, il faut s’entendre avec M. de Terron pour en taire faire en Forez toute la quantit qui sera ncessaire tant Brest qu’ la Rochelle. L’on travaille cependant incessamment en Forez, outre la manufacture de mousquets establie en Nivernois, en sorte que j’espre que nous aurons dans le royaume toute la quantit d’armes qui nous sera ncessaire.

Pour les ouvrages de peinture, j’enverray dans peu un peintre de l’Acadmie, le plus propre qu’il se pourra pour ces sortes d’ouvrages.

Pour ce qui est des bastimens propres pour magasins et pour couverts, l’on peut dpenser celte anne 10 ou 13,000 livres pour faire les plus presss.

(Bibl. Imp. Mss. 500 Colbert, Dpches de 1666 et 1667, vol. 126, fol. 135.)


[1Joseph Lombard, d’abord ingnieur et contrleur des travaux de Bordeaux, comme nous l’avons dit tome II, 568, devint commissaire de marine en cette ville en 1671 et commissaire gnral en 1688. Ray des cadres en 1691, il y fut rtabli en 1703 ; nomm inspecteur gnral en 1704. Rform en 1716.

[2Petite ville situe au fond de la rade de Brest. La fort de Faou appartenait la comtesse d’Auronne. Le 26 mars 1666, le conseil d’tat avait rendu un arrt donnant pouvoir d’en tirer les bois ncessaires aux magasins de Brest, et, le 4 juin suivant, le Roi confirma cet arrt. (Dp. conc. la mar. 1666, fol. 148.)

[3Commissaire tabli Nantes pour recevoir toutes les fournitures de marine, les faire charger et transporter aux arsenaux de Brest ou de Rochefort.

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