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1743 - Le commerce des étoffes à la Foire de Bordeaux

Les marchands saintongeais et leurs produits

D 12 décembre 2017     H 23:42     A Pierre     C 0 messages     A 198 LECTURES


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Le rapport de M. Lemarchand, inspecteur des manufactures, sur les produits textiles qui se vendent à la foire de mars 1743 à Bordeaux est un joli voyage dans le temps.
La variété de produits est assez impressionnante.
L’inspecteur des manufactures est confronté à bien des difficultés pour rédiger son rapport : l’enfer des mesures de l’Ancien Régime, les appellations locales, le respect approximatif des normes par les producteurs, la mauvaise volonté des marchands qui craignent que les informations fournies à l’enquêteur se retournent contre eux.
Il livre ses états d’âme à son chef, et semble plutôt pessimiste sur l’avenir de cette foire semestrielle (mars et octobre).
Les détails qui illustrent son rapport nous permettent de découvrir les fabrications venant des manufactures royales de la Saintonge et du Poitou,

En bas de page, diaporama d’échantillons de tissus fabriqués au XVIIIème siècle à Cognac, Segonzac, Barbezieux, Jonzac, Pons, Gémozac, Saintes, Saint-Georges-des-Coteaux, Cozes et Saint-Jean-d’Angély. - Source BNF Gallica

Sources : Arch. mun. de Bordeaux, HH. I3. Copie. Transcrit et communiqué par M. Paul Courteault et publié dans les "Archives historiques du département de la Gironde" - Jules Lépicier - 1918 - BNF Gallica

Voir en ligne :

Dans le tableau ci-dessous, la liste de tous les produits textiles mentionnés dans le rapport.

Ajustement de femme
Baracan d’Abbeville
Bas d’homme
Bas de Nîmes
Bas de Saint-Mexant
Bas de Ségovie
Bas de femme
Bas de page
Bas à la Bourgogne
Blicours en ecarlate
Bonnet de laine
Cadis de Mazamet
Cadis de Montauban
Cadis de Saint-Gaudens
Cadis de la Burguière
Cadis de montagne
Cadis valentins (de Valentine)
Camelot de laine
Capas du Labourd
Cordelat
Cordillat
Cordillatrie
Cotonille blanche de Castres
Cotonille de Toulouse
Cotonille rayée
Coutil
Coutil vil vigne
Couverture en poil de bœuf
Culotte en peau de daim
Damas
Dourgne
Drap d’Elbeuf
Drap de Lodève
Drap de Louviers
Drap de Sedan
Drap de la Caune (ou Lacaune)
Drap saisin
Draperie
Droguet de Bagas
Droguet de Mezin
Droguet en soie
Droguet fil et laine
Droguet sur fil de Jonzac
Etamine
Etamine d’Agen
Etamine de Cognac
Etamine de Gémozac
Etamine de Nogent-le-Rotrou
Etamine de Pons
Etamine de Saintes
Etamine du Mans
Flanelle fil et laine
Fleuret de vallée d’Aure
Frison de Castres
Frison de la Burguière
Galon point d’Espagne
Gris burette
Gros de Tours en soie
Gros de Tours sur fleuret
Laine du Labourd
Marègues du Labourd
Mazamet
Mercerie
Mignonette
Mignonette de Toulouse
Molleton
Mouchoir de soie
Mouchoir façon d’Espagne
Pinchinat du Poitou
Ras de Saint-Cyr
Ras maroc
Raze
Sarguille croisée
Sarguille unie
Satin
Serge double en soie
Serge en soie
Serge et sergette du Gévaudan
Siamoise
Siamoise de Rouen
Soirie
Taffetas
Taffetas d’Angleterre
Taffetas de Florence
Tiretaine fil et laine
Toile de Cholet
Toile de l’Agenois
Toile du Quercy
Toscane en soie
Toscane sur coton
Veste en or et argent

 Voir des échantillons de tissus du XVIIIe siècle

De 1736 à 1738, Louis-François-Armand de Vignerot du Plessis, duc de Fronsac, de Richelieu, prince de Mortagne, marquis du Pont-Courlay, comte de Cosnac, baron de Barbezieux, baron de Cozes et baron de Saujon, maréchal et pair de France, (1696-1788), constitue une collection d’échantillons de tissus fabriqués par les manufactures royales. Des images de cette collection sont visibles sur le site BNF Gallica.

Il s’y trouve une grande partie des tissus figurant dans le tableau ci-dessus.

On trouvera par exemple des échantillons
- des étamines fabriquées par la manufacture de Cognac (1736)
- de drap, étamine, raze de Segonzac, serge de Segonzac, serge, étamine, droguet de Cognac, serge de Segonzac, venant de la manufacture de Cognac (1736)
- des serges venant de la manufacture de Jonzac (1736)
- de tissus fabriqués à la manufacture de Marennes (1736)

 MÉMOIRE de l’inspecteur des manufactures Lemarchand sur les marchands et les marchandises d’étoffes à la foire de Bordeaux de mars 1743.

On ne peut juger que par l’estimation de la quantité des marchandises qui viennent aux foires de Bordeaux, et cette estimation idealle en general ou par partie des differentes sortes n’étant qu’incertaine et presque chimérique, je ne l’ay point mise dans mes mémoires de foire. Je n’y ay porté que le nombre des marchands d’etoffes et les qualités de leur marchandise. Cela ne donne qu une idée très imparfaitte du commerce desd. foires. Et pour la comparaison d’une foire a l’autre, ce ne sauroit être de même que sur une connoissance vague du plus ou moins de marchandises apportées et vendües.

Si le commerce des foires de Bordeaux n’est pas aussy grand que celuy des foires de Beaucaire, il doit aller au dessus de celuy des foires de Pezenas et de Montagnac en Languedoc, de Niord [Niort] et de Fontenay dans le Poitou, autant qu’on y comprendra avec celuy des marchands forains ce qui s’y vendra en gros par plusieurs marchands drapiers et merciers de la ville de Bordeaux. Elle se tient bien différemment de ces dernières, où toutes les marchandises qui y arrivent ne peuvent être déchargées ou exposées en vente que sous les halles, à peine d’amende. Par les patentes de Charles VII (sic) pour les privilèges et franchises des foires de Bordeaux, il étoit permis aux Maire et Jurats de faire construire et ediffier deux grandes halles à l’effet du trafic des marchandises, ce qui n’a point eu lieu. L’hôtel de la Bourse ayant été construit, il fut ordonné en 1653, sur une requette présentée au Roy par le Juge, consuls, bourgeois et marchands de la ville, que les marchands forains qui tiendraient lesd. foires seroient obligés d’établir leurs marchandises dans la place du change de la Bourse et au devant d’icelle, et non ailleurs. Le commerce desd. foires étant acru, c’est dans le voisinage et contour de la Bourse que les marchands ont etably leurs magasins en plusieurs rues spatieuses où ils prennent comme ils peuvent des chambres et boutiques, et il y en a plusieurs dispersés au loing des autres. Toute la ville est champ de foire. Les boutiques et magasins d’en bas sont pour la cordillatrie, les chambres sont plus communément pour les soiries, merceries, mignonettes et estamines. Dans l’intérieur de la Bourse et sous ses galleries sont aussi nombre de boutiques et magasins pratiqués tant en haut qu’en bas par des cloisons de planches. Il y en a plus d’une centaine. Les plus grandes d’en bas sont occupées par trois marchands de Limoges tenant les foires de Bordeaux en draperie et mercerie, étoffes de bien des sortes, et par d’autres marchands de mercerie et quinquaillerie, de différents endroits. Les autres boutiques d’en haut sont occupées par des marchands de bas, de peaux, d’ajustemens de femme, bijouterie et mercerie. Presque tous ceux-là sont marchands de la ville. Il y a un côtté neamoins occuppé par huit ou dix marchands de St Estienne en Forets, ayant armes, coutelleries, foyers, etc. Les marchands et fabriquants d’estamines de Saintes, Pons, Cognac et Gemozac, au nombre de 30 à 35, ont leurs marchandises dans les chambres de la rue des Bahutiers. Il y en a quelques uns d’eux qui apportent aussi des bas de St Mexan, d’autres qui n’apportent que des bas. Dans la même rue il y a sept ou huit marchands et fabriquants d’Aubusson, qui tient (sic) leurs magasins de tapisseries dans des chambres : les pièces de montre en sont attachées contre les maisons, et les étaminiers ont des pièces aux fenestres de leurs chambres.

Jusques à présent, et pour ceste foire cy encorre je ne puis donner que le nombre des marchands et fabriquants d’étoffes qui y sont venus. Dès les premiers jours de la foire, avec les gardes jurés des marchands drapiers je fis mes visittes de foire, et de ceux qui voulurent me le déclarer je pris les quantités des différentes sortes d’etoffes venues pour chacun en particulier : mais il y en eut plusieurs qui ne le voulurent point, quoyque je leur assurasse que cela se pratiquoit aux foires des autres provinces, et que ce n’étoit que pour connoître le fort et foible des ventes des marchandises, et qu’enfin je leur eusse communiqué les ordres que j’en ay receues de M. le Controlleur general. Ils me répliquèrent qu’ils ne sçavoient pas souvent les quantités des différentes sortes de marchandises qu’ils avoient en foire, et qu’à la fin de la foire ils ne sçavoient pas ce qu’ils en avoient vendu. Je les prié de m’en faire à leur loisir un petit état pour me le remettre le dernier jour. Quand j’ay été leur demander, ils n’en avoient point fait et m’ont dit que pour cette foire cela n’avoit pu se faire parce qu’ils n’en avoient pas été prévenus, et que pour la foire prochaine ils prendroient des arrangemens à cet égard. J’estime en pouvoir prendre un facille pour mettre cela en règle, qui sera au commencement de la foire de donner à chaque marchand un état de foire en blanc semblable à celuy cy joint, où il n’aura qu’à remplir les quantités pour lui venues en foire et celles par luy vendues.

Ceux qui m’avoient donné la déclaration de leurs marchandises n’ont point jugé à propos de me donner celle de leur vente à la fin de la foire. Les marchands des plus gros magasins au commencement comme à la fin m’ont refusé. À moins qu’il n’y ait un ordre supérieur qui les y engage, ils n’en fairont pas autrement à la foire prochaine.

Je me persuade qu’ils y defereroient à la réquisition de M. l’Intendant. Les gardes jurés des marchands drapiers de Bordeaux, qui doivent concourir avec moy à l’execution des reglemens du Conseil de Sa Majesté concernant les manufactures dans l’examen et visitte des marchandises apportées en foire, pourront aussi les déterminer à me fournir leurs déclarations.

Le commerce des foires de Bordeaux lié à celuy de la consommation de la ville, de la province et des autres provinces voisines, il faudroit, ce semble, aussy que les marchands drapiers et merciers de Bordeaux fournissent au moins leurs déclarations des marchandises qui leur arrivent au tems de foire, hors ce tems la n’en tirant que très peu à cause de l’exemption des droits au tems de foire.

Dans un des premiers mémoires que j’ay eu l’honneur de remettre à M. le Controlleur general, j’avois proposé de faire donner par les marchands de Bordeaux et forains la déclaration de leurs marchandises venues pendant la foire, si l’on vouloit parvenir a la connoissance du commerce intérieur de Bordeaux et de celuy de ces deux foires.

De touttes les marchandises qui viennent du cotté de Paris, il seroit aisé par un dépouillement des acquits des droits remis au bureau de la douane, d’en sçavoir les quantités, mais non pas de celles qui viennent du cotté du Languedoc. A moins que les marchands n’en donnent leur déclaration détaillée et spécifiée, on ne peut pas sçavoir ce qui en vient en tems de foire, les passavans n’étant que pour balles et ballots de marchandise, cordillatrie ou mercerie, sans que l’espece ny les quantités y soient portées, seulement le poids des balles.

Quand, a la fin de la foire, les marchands forains ainsy que ceux de la ville voudront fournir ces déclarations, on pourra former un état general, par lequel on demontreroit le produit des foires et des marchandises qui y viennent, tant pour la consommation de la ville que pour le trafic de chaque foire. J’ay toujours entrevu que ce projet meritoit des attentions et que les répugnances des marchands y apporteroient des obstacles ; car premièrement les déclarations seront-elles véritables ? Après qu’ils auront connu qu’elles ne leur préjudicient en rien, il leur sera indifferent de déclarer le tout au vray.

J’en reviens pour cette foire cy au nombre des fabriquants et marchands venus a la foire de mars 1743.

Il n’y avoit que quatre fabriquands de Montauban ayant des cadis de cette fabrique et quelques pièces de raze. Autrefois il en venoit plus.
^
Seize marchands en gros de Montauban avec cordillatrie qui s’est vendue, sçavoir :
Cadis ordinaire et larges de Montauban, de 58 s. a 3 1. 5 s. l’aune.
Mazamets, de 33 à 40 s.
Dourgnes en blanc, 28 à 34 s. ; les gris burettes, 24 à 26 s.
Fleurets d’Aure ordinaires, 22 à 25 s. ; autres dits larges, 24 à. 28 s.
Cadis valentins larges, 19 à 22 s. ; les étroits, 11 a 13 s. Lesd. étroits ont été chers à cette foire, et il y en avoit peu, a cause qu’ils avoient été achetez pour les doublures des vestes des miliciens.
Cadis forts, autrement dit de Montagnes, 32 a 38 s.
Les razes, 24 à 25 s.
Cotonilles rayées, 21 à 22 s. ; blanches de Castres étroites, 12 a 14 s.
Sarguilles croisées, 22 à 24 s. ; les unies a la pièce de 50 aunes, 26 à 27 l.
Frisons ordinaires à la pièce de 29 a 30 aunes, 39 à 42 l.
Sargettes du Gévaudan, les ordinaires, 24 a 26 l. la pièce et les fines 30 a 32 l.
Ce sont la les sortes d’étoffes que tiennent ordinairement les marchands de Montauban. Ils ont quelquefois quelques pièces de draps saisins et Lodève.

Il vient un marchand de Toulouze assorti pareillement en cordillatrie.
A la foire de mars on y en apporte moins qu’a celle d’octobre. Il n’y en avoit que moitié de ce qu’on y en apporte ordinairement, et on estime qu’il n’y en a été vendu que le tiers.

De Toulouze les marchands de mignonettes, au nombre de sept, quoyque cette foire cy soit plus propre que celle d’octobre à la vente de leur marchandise, en ont vendu peu ; ny de leur vente ny de ce qu’ils avoient apporté ils ne m’ont point donné leur déclaration, que je leur avois demandée. La consommation de cette fabrique diminue toujours. On préféré les étoffes de soye et les siamoises, dittes cottonilles en cette province.
Un autre marchand de Toulouze, qui fait un grand commerce en mercerie, soye, ruban, fil, poil de chèvre, etc. y apporte aussi des siamoises, des toilles de Chaulets, des coutils, des mouchoirs de soye. Cette foire cy il n’en avoit point d’Espagne. Il en avoit quelques pièces de Lyon avec ploms de la Douane a chaque piece.

De Castres, Burguière et Mazamet six fabriquans marchands ayant molletons, mazamets, dourgnes, cadis de la Burguière en laine beige, flanelles larges et etroittes, cotonilles de Castres rayées et en blanc.

A la foire d’octobre ils apportent plus d’étoffes et ils en avoient peu à cette foire. Il m’y a été remis de la part des fabriquants de Burguière et Castres copie d’un reglement nouveau pour la fabrique de leurs frisons. Il est du 28 janvier 1743 par devant les consuls et juges des manufactures de la Burguière en presense du sieur Henry Sauclieres, inspecteur des manufactures au département de Castres, par lequel les frisons étroits se feront à l’avenir et pour revenir au retour du foulon, à demi-aune un pouce ou à demi-aune, et non moins, et les larges à une aune. J’ignorois quelle étoit la vraye largeur des frisons. Les fabriquans de la Bruguière m’assuroient qu’ils devoient avoir trois pams [1], qui doivent faire demi-aune 1/12. Il y en avoit des pièces dans cette largeur, d’autres qui n’avoient que demi aune 1/16, et demi-aune 1/24, ceux de Castres moins larges que ceux de la Bruguière. Les marchands drapiers de Bordeaux m’ont toujours dit que cette étoffe devoit avoir suivant la largeur ou ils l’avoient toujours vue, demi-aune 1/12, et ils ont été surpris que les fabriquants l’ayent statuée à demi-aune. Ils prétendent que cette largeur ne convient pas à l’usage que l’on fait de lad. étoffe, qui s’employe pour des gillets du peuple, dont la hauteur du gillet se trouve dans la largeur a demi-aune 1/12, et pour juppes de femmes. N’étant plus dans cette largeur, elles seront obligées d’en prendre plus d’aunes, ce qui les determineroit, à raison du coust, à choisir une autre sorte d’etoffe. Il semble que ces fabriquants, qui ont dessein de les vendre le meme prix dans la largeur de demi-aune, en quoy ils trouveroient leur proffit, n’ont pas pezé les conséquences du deffaut de consommation. Les marchands de Bordeaux m’ont remis sur cela leur représentation par un placet qu’ils prennent la liberté de faire à M. le controleur général. J’ay l’honneur de luy adresser cy joint.

Quoy qu’on ait fait quelque reforme sur la fabrique de Dourgnes, dont les cordelats [2] ne sont plus étroits comme autresfois, cependant si les fabriquants s’en tiennent à leurs statuts, qu’un d’eux m’a remis, lesd. cordelats ne doivent pas avoir pleinement la largeur de demi aune moins 1/24, à laquelle les ordres de M. le controleur général m’ont été donnés de les contenir. Leur règlement, en datte du 15 juillet 1724, pour les fabriquants et marchands de Dourgne, en presence de l’inspecteur des manufactures au département de Carcassonne, porte qu’attendu l’employ des laines grossières et pelades à la fabrique desd. cordelats, il leur est impossible de les fabriquer au nombre des portées et qualité prescritte par l’arrest du Conseil d’Etat du premier février 1716 ; ainsy qu’ils ont délibéré de fabriquer le cordelat étroit du nombre de 22 portées en chaisne passées dans des rots de quatre pams et quart, mesure de Toulouze [3], pour avoir au retour du foulon la largeur de deux pams et tiers au moins, même mesure. Les deux pams et tiers de Toulouze ne font guère que demi-aune moins 1/16. Pour peu que l’étoffe soit un peu plus foulée, elle se trouve à demi-aune moins 1/12. Les deux pams et tiers de Montauban ne font pas même pleinement demi aune moins 1/24. Je doutte que dans les autres départements on les tiennent (sic) rigidement à cette largeur. En blancs ils l’ont presque tous, à ce que disent les marchands, mais que ceux qui passent à la frisure s’y retraicissent. À l’egard des cadis de St Gaudens et de Valentine, qui se rétrécissent a la teinture et aprets, que ces étoffes légères conformes à la largeur du règlement au sortir du foulon, n’y sont plus après la teinture et aprêts. J’oze prendre la liberté d’observer qu’il seroit bon de lever toutes les équivoques par un reglement qui fixa les largeurs de ces étoffes aux dimentions de l’aune de Paris, et après la teinture et dernier aprets, d’autant que l’arrest du Conseil d’Etat du 25 7bre 1677, qui est la règle primordiale pour la largeur de ces sortes d’étoffes a deux pams et tiers, dit mesure du pays.

Il n’est venu à cette foire qu’un marchand de Lodeve avec une quarantaine de pièces de drap Lodeve en 5/4 et aune du prix de 10 a 11 l. et de 3 à 8 l. l’aune. A la foire de mars 1741, je luy avois saisi une pièce de drap parce qu’il n’avoit pas en largeur, lisières comprises, qu’une aune moins 1/6 portant au chef prc Paux du Pont. Je la saisis comme petit Lodeve ou façon de Lodeve, et la confiscation en fut jugée par M. l’Intendant, suivant et en conformité de l’arrest du Conseil d’Etat du 30e mars 1734 portant reglement pour les draps de Lodeve, petis Lodeve, etc. Ce marchant se plaint et se recrie encorre de cette confiscation, attendu que cette pièce de drap étoit de largeur du drap de la Caune et qu’il s’en fabrique à l’instar dans le lieu de Pont, et autres endroits à la proximité dud. Lacaune, desquels le commerce est libre, et considérable dans les autres provinces et autres foires du royaume ; ce que j’ay reconnu effectivement sur l’état de la foire de Fontenay du mois d’octobre 1762, où il est porté 80 pièces de draps de La Caune et autres en 3/4 1/2 de large et aune, qui tirent 13 à 14 aunes, de 58 a 60 s. l’aune. Tel étoit le drap et prix du drap de ce marchant, qui me remit quelque tems après une copie collationnée du reglement particulier pour la fabrique des draps de La Caune par l’assemblée des fabriquants, marchands et consuls dud. lieu, en presence de l’inspecteur des manufactures du departement de Castres et de S1 Pons, en datte du 15 mars 1714, par lequel les draps sont statuez a 28 portées de 3 fils passées dans un peigne de sept pams pour avoir la même largeur en toille et quatre pams étant prêts, le tout mezure de Montpellier. Quatre pams mesure de Montpellier font 5/5e de l’aune de Paris. J’aurois cru que ce reglement ne devoit plus avoir lieu depuis l’arrest susd. Cependant lesd. draps sont exposés en vente dans les autres provinces et foires.

A cette foire deux marchands de Niord en Poitou, qui m’ont déclaré ce qu’ils avoient de marchandises et ce qu’ils en ont vendu. Ensemble ils avoient étoffes du
- Poitou
64 pièces pinchinat du Poitou. Vendu 31 pièces.
40 pcs tiretaine fil et laine. ......Vendu 18 p.
52 pcs petit droguet fil et laine. … Vendu 35 p.
100 pcs coutil vil vigne.... Vendu 56 p.

L’un d’eux avoit d’ailleurs
- d’Amiens. 4 p camelot de laine.
- de Reims :
8 pcs à quadrille
5 pcs ras maroc … Vendu 2 p.
15 couvertes poil de bœuf.... Vendu 11 p.
43 culottes peau de dain. .... Vendu 3
14 douzes bonnets de laine …. Vendu 2
2 douzes bas de Ségovie.

Il n’avoit point d’estamines du Mans ou de Nogent-le-Rotrou comme à d’autres foires.

Le seul marchand du Mans qui frequente ces foires, m’a déclaré n’en avoir apporté que 5o pcs, vendu 28. Les pièces sont de 43 aunes, du prix de 55 s. l’aune, les unes dans l’autres, y en ayant depuis 52 s, jusqu’à 3 l. 10 et 16 s.

Il y avoit à cette foire quatre marchands d’Agen, dont deux n’apportent que des estamines de cette fabrique : et les deux autres avoient d’ailleurs des étoffes de Reims et sergettes du Gevaudan. Ils m’ont déclaré avoir apporté entre eux quatre environ 460 pièces d’estamine d’Agen et en avoir vendu 400 p. Ils n’avoient que quelques pièces de serge de cette fabrique, qu’ils nomment serge de Gênes.

Les marchands et fabriquants d’estamines de Saintes, Pons, Cognac et Gemozac, au nombre d’une vingtaine seulement à cette foire, et chacun d’eux avec une moindre quantité de pièces, m’en ont déclaré en avoir apporté par ensemble environ 583 pièces, et non point leur vente. On croit qu’ils en ont remporté aprochant du tiers.

Les trois marchands en gros de Limoges, avec draps de Sedan, de Louviers, d’Elbeuf, des étoffes de Reims, d’Amiens, baracans d’Abbeville, des blicours en ecarlatte, des serges de Gevaudan, siamoises de Rouen, flanelles fil et laine, avoient de tout moindre quantité a cette foire, et de ce qu’ils avoient apporté on estime qu’ils n’en ont vendu que le tiers. Ils ne m’ont point voulu donner la déclaration de ce qu’ils en avoient ny de ce qu’ils ont vendu.

Les marchands de Nismes au nombre de quatre, avec taffetas d’Angleterre, taffetas de Florence, gros de Tours en soye, toscannes en soye, serges doubles en soye, serges ordinaires, ras de St-Cir, gros de Tours sur fleuret, toscannes sur cotton, satins sur fil, mouchoirs doubles et mouchoirs façon d’Espagne assortis par douzaine, et à chaque douzaine le plomb de fabrique ; bas de la fabrique de Nismes, à hommes, à femmes, à page, à la bourgogne.

Le seul marchand de Lyon qui vient tenir les foires de Bordeaux, n’y avoit apporté qu’un très petit assortiment. Il apporte ordinairement damas, satins, taffetas, droguet en soye, etc., vestes en or et argent, galon point d’Espagne. Ny luy, ny ceux de Nismes ne m’ont point donné la déclaration de leur marchandises et de leur vente, que je leur avois demandée, quoyqu’ils convienent qu’elle se donne aux inspecteurs des manufactures aux foires de Beaucaire.

Il n’est venu à cette foire que deux fabriquants de droguet sur fil de Jonzac avec une vingtaine de pièces. Ceux qu’on y apporte de Mezin et de Bagas etoient destinez pour les marchands detaillistes de ces sortes d’etoffes. De même trois marchands commissionnaires de St Gaudens, Valentine et quatre valées d’Aure fournissent aux marchands de Bordeaux les étoffes de ces fabriques et n’en exposent icy aucune piece en vente. Ils ne viennent que pour recevoir le payement des billets de foire en foire. Il y a des marchands de Toulouze qui en fournissent aussi aux marchands de Bordeaux et à ceux de plusieurs autres villes de cette généralité.

Pendant cet hiver la vente en detail a été très médiocre dans les villes de ces Provinces qui ressortissent à Bordeaux, et à Bordeaux même, où les vins de la dernière recolte ne sont point de vente, ce qui ne donne pas d’aisance.

Les marchands en gros regardent cette foire comme la plus mauvaise depuis 30 ans, plus encorre par le deffaut de payement que par la non vente de la marchandise.

Il n’est venu à cette foire que quatre marchands de capas, maregues et laines du pays de Labour. Ils vendent tout ce qu’ils apportent. Nombre d’autres balles de laines ne font que passer par Bordeaux en tems de foire. De differentes provinces, de Tours, d’Orléans, du Poitou, du Périgord et de la Gascogne sont apportez cuirs et peaux de veau, de mouton et autres. Il y en vient quelquefois jusqu’à 20 et 25 marchands qui se placent avec leur marchandise aux quatre coings de la ville. Un d’eux m’a assuré qu’à certaines foires il s’en vendoit pour quatre à cinq cent mil livres. Les bayles des cordonniers perçoivent un petit droit par douzaine de peaux qu’ils marquent. On pouroit sçavoir par lesd. bayles les quantités de chaque foire déclarées.

Il vient auxd. foires toilles du Quercy et de l’Agenois, plus en fil de chamvre que de lin, en uni et ouvré, le tout en ecru. Ce sont des femmes qui font ce commerce, qui les corportent pendant le tems de la foire par la ville. On pouroit sçavoir, ]e croys, la quantité qui s’y en apporte. Des maîtres papetiers et des marchands papetiers du Quercy, de l’Agenois et du Périgord y apportent leur papier, qui est vendu ou qui se vend aux marchands qui en font le commerce, et qui des batteaux dans lesquels il vient, est transporté chez lesd. marchands de Bordeaux ou embarqué pour l’étranger.

On ne presumme pas qu’il soit possible de donner un état détaillé et speciffié des quantités de marchandises apportées à chaque foire de Bordeaux ; vendues et invendues. Cependant si les marchands en veulent donner leurs déclarations, je feray en sorte de remplir cet objet, que M. le Controlleur general m’a proposé et qu’il a fallu abandonner pour cette foire cy.

Portfolio


[1NDLR - Pam : en Espagne, mesure de longueur pour les toiles et étoffes. Le pam fait
- 6 pouces 7 lignes 3/5 en Aragon
- 7 p. 4 l. en Catalogne
- 7 p. 8 l. en Castille
- 8 p. 4 l. au royaume de Valence
- 9 p. 2 l. en Galice
Source : Itinéraire descriptif de l’Espagne - Alexandre de Laborde - Paris - 1809 - Google livres
Cette mesure est aussi utilisée dans le sud de la France, où on l’appelle selon les lieux le pam ou le palme

[2Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : CORDELAT, s. m. (Drap.) étoffe qui se fabrique en plusieurs endroits, à Ausch en Auvergne, à Langogne, en Languedoc, à Romorentin, en Rouergue, dans les vallées d’Aure, à Montauban, Nebousan, pays de Foix, &c. Elle varie dans sa longueur, largeur, & fabrication, selon les endroits. En Languedoc elle doit avoir, quand elle est étroite, vingt - huit portées de trente - deux fils chacune passées dans des lames & rots de quatre pans mesure de Montpellier, ou cinq sixiemes d’aulne mesure de Paris, pour revenir du foulon à la largeur de demi - aulne prise entre les lisieres. Quand elle est large, elle a trente - quatre portées de trente - deux fils chacune, passées dans des lames & rots de cinq pans de largeur mesure de Montpellier, ou une aulne un vingt - quatrieme mesure de Paris, pour revenir du foulon à demi - aulne demi - quart, de la derniere mesure entre les deux lisieres. Les cordelats appellés redins ont trente - quatre portées de trente - deux fils chacune, & sont passées dans des lames & rots de cinq pans de largeur mesure de Montpellier, pour revenir au retour du foulon, à demi - aulne demi - quart, les lisieres comprises. Les cordelats qui se fabriquent dans les autres manufactures, sont assujettis aux mêmes regles. Il est permis de les teindre au petit teint. Les cordelats de Montauban, tant blancs que mêlés, doivent avoir, selon les reglemens, quarante - quatre portées de quarante - fils chacune, passées dans des peignes appellés dix - huit, de quatre pans trois quarts ou cinq sixiemes & demi - aulne de large, pour avoir au sortir du métier quatre pans un quart ou cinq sixiemes d’aulne ; & au retour du foulon, trois pans ou demi aulne & un douzieme de large. Et lorsque les chaînes seront filées plus grosses, on les pourra fabriquer à quarante - une portées & demie de quarante fils chacune, dans des peignes appellés dixsept, leur conservant toutefois les largeurs ordonnées, tant au sortir du métier qu’au retour du foulon. Les cordelats de Romorentin ont cinquante - six portées de trente - deux fils chacune, & trente - deux aulnes d’attache de long, dans des lames & rots d’une aulne & demi - quart y compris les lisieres, pour être au sortir du foulon d’une aulne de large, & de vingt - une à vingt - deux aulnes de long. Il est permis au Nebouzan, pays de Foix, &c. de leur donner telle longueur qu’ils voudront, pourvû qu’ils ayent de large deux pans un tiers mesure du pays. Voyez les reglem. des manufact.

[3Le pam de Toulouse mesurait 22,45 cm, celui de Marseille et celui de Montpellier 22,5 cm.

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