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1764 - 1819 - La carrire de Jean-Jacques-Etienne Lucas, capitaine de vaisseau

mardi 11 novembre 2008, par Pierre, 6845 visites.

De l’Hermione au Rgulus, la carrire d’un intrpide capitaine de vaisseau, n Marennes, hros de Trafalgar et des combats de la rade d’Aix, sous l’Empire.

Sources :
 Biographie maritime ou notices historiques sur la vie et les campagnes des marins clbres, franais et trangers - M. Hennequin - Paris - 1837 - Books Google
 Service Historique de la Dfense

D’autres pages sur les pisodes de la carrire de Jean-Jacques-Etienne Lucas

Jean-Jacques-Etienne LUCAS, capitaine de vaisseau, commandeur de la Lgion d’Honneur, chevalier de Saint-Louis, n a Marennes (Charente-Infrieure) le 28 avril 1764, mort Brest le 6 novembre 1819.

Jean-Jacques-Etienne Lucas, capitaine de vaisseau

N en 1764 Marennes, dcd Brest en 1819, Jean-Jacques Etienne Lucas est le fils d’Etienne Lucas, officier royal, et de Jeanne-Victoire Melon-Duplessis. Il se marie avec Marie-Jeanne Jezequel en 1791 Brest.
Embarqu comme mousse 14 ans sur la Bathilde dans la Marine Royale, il participe, partir de 1780, comme pilotin sur L’Hermione la guerre d’indpendance des Etats-Unis et passe la postrit par son action hroque comme commandant du Redoutable lors de la bataille de Trafalgar.

Ses tats de service sont les suivants :
 De Mai 1779 mai 1782 comme Pilotin sur L’Hermione
 1783 il sert sur le Jeune-Dauphin
 1784 sur l’Adour avec lequel il fit naufrage l’le de R
 1784 sur la corvette la Martinique en tant qu’aide pilote
 1785 La Fauvette Saint Domingue en tant qu’aide pilote
 De 1788 1789 la Nride en tant que second pilote
 1790 sur L’Orion Brest
 1791 sur le Fidle avec une longue campagne aux Antilles
 1792 il est nomm enseigne de Vaisseau et part vers l’Ocan Indien pour une campagne d’observation astronomique entre fvrier 1792 et mars 1794
 Mars 1794 et fvrier 1795 il retourne sur les ctes de France
 Avril 1794 il est fait Lieutenant de vaisseau
 1795 il revient servir Brest
 1796 il participe l’expdition d’Irlande sur le Fougueux
 1797 il commande la Bellone
 1798-1800 il commande le Nestor et le Jean-Jacques Rousseau
 1799 il est nomm Capitaine de Frgate
 1801 le 6 juillet il embarque sur Le Formidable et participe au combat d’Algsiras
 1803 en septembre il devient Capitaine de Vaisseau
 1803 en dcembre il reoit le commandement du vaisseau de 74 canons Le Redoutable dans l’Escadre de Villeneuve o il s’illustra Trafalgar le 21 octobre 1805 en portant secours au Bucentaure de l’Amiral Villeneuve. Le Redoutable livra au Victory de Nelson et au Tmraire un combat qui cota la vie au grand amiral anglais. Fait prisonnier par la flotte anglaise, il fut libr sur paroles en avril 1806, prsent le 4 mai l’Empereur il fut promu commandeur de la Lgion d’Honneur.
 1809 il reoit le commandent de la Topaze puis du vaisseau de 74 canons le Rgulus, il se distingue lors de l’affaire des Brlots de Rochefort (ou bataille de l’le d’Aix) dans l’escadre de Zacharie Allemand
 Juin 1810 juillet 1814 il commande le Nestor.

En raison de son caractre, Lucas ne sera jamais officier gnral, celui-ci prend la dfense de Villeneuve aprs Trafalgar et se met ainsi Napolon et le ministre Decrs dos. Il dplaira ensuite Louis XVIII en restant fidle l’Empereur.
Il quitte le service actif en janvier 1816.


Le pre de Lucas, qui tait huissier royal, dirigea de bonne heure ses gots vers la marine, et il n’avait pas encore atteint sa quatorzime anne lorsqu’il l’envoya Rochefort. En y arrivant il fut embarqu comme mousse sur la prame la Bathilde, qui tait charge de l’escorte des convois sur les ctes.

Au mois de mai 1779, Lucas passa en qualit de pilotin sur l’Hermione, que commandait le comte de La Touche, et, pour son dbut, il assista la prise de deux corsaires anglais dont cette frgate s’empara sur les ctes de l’Ile-Dieu, aprs un combat des plus opinitres.

Au commencement de l’anne 1780, l’Hermione reut l’ordre de se rendre la Nouvelle-Angleterre, pour se runir l’arme navale aux ordres du comte de Guichen.

Lucas fit cette nouvelle campagne comme volontaire, et pendant les vingt-huit mois qu’elle dura, il assista au combat que cette arme livra, le 17 avril 1780, celle de l’amiral Rodney, aux quatre engagements particuliers que l’Hermione soutint dans ces parages pendant les annes 1781 et 1782, et dans l’un desquels Lucas reut une blessure grave au bras gauche.

Au retour de cette frgate Rochefort (mai 1782), il fut embarqu sur la corvette le Jeune Dauphin, et il passa ensuite sur la gabarre l’Adour, bord de laquelle il fit naufrage l’le de R.

Pendant les annes qui s’coulrent de 1783 1791, Lucas devenu successivement aide-pilote, second, et enfin premier pilote, fut embarqu dans ces divers grades sur la corvette la Fauvette, la frgate la Nride et sur le vaisseau l’Orion, bord desquels il fit plusieurs campagnes dans la Mditerrane, aux les du Vent, et Saint-Domingue.

Lucas, qui depuis longtemps remplissait les fonctions d’officier bord de ces btiments, fut promu au grade d’enseigne de vaisseau au mois de fvrier 1792. A cette poque il tait embarqu sur la frgate la Fidle, qui faisait partie de la station de l’Inde, et il y tait encore lorsqu’au mois d’avril 1794 il fut fait lieutenant de vaisseau.

Aprs une campagne de plus de quatre annes conscutives dans ces mers, pendant lesquelles Lucas s’tait livr particulirement aux observations astronomiques, la Fidle vint dsarmer Brest en 1795. Un officier moins actif aurait profit de cette circonstance pour prendre du repos, mais ds le lendemain de son dbarquement de la Fidle, il passa sur le vaisseau le Fougueux qui faisait partie de l’arme navale aux ordres de l’amiral Morard de Galles.

En 1799, Lucas fut nomm capitaine de frgate, et il s’embarqua en cette qualit sur l’Indomptable. Ce vaisseau participa aux attaques que l’escadre expditionnaire de l’amiral Ganteaume entreprit contre Porto-Ferrajo, de l’ile d’Elbe. En 1801, Lucas faisait partie, sur ce mme btiment, de la division aux ordres du contre-amiral Linois, et il prit une part glorieuse au beau combat que cet officier gnral soutint, le 6 juillet 1801, dans la baie d’Algsiras, contre l’escadre commande par l’amiral Saumarez.

Au mois de septembre 1803, Lucas fut promu au grade de capitaine de vaisseau ; il reut en mme temps l’ordre de se rendre de Brest au Ferrol, pour y prendre le commandement du Redoutable. Au funeste combat de Trafalgar (21 octobre 1805), ce vaisseau tait le troisime serre-file du Bucentaure, que montait le vice-amiral Villeneuve. Au moment o l’amiral Nelson, sur le Victory, manœuvrait pour couper la ligne franaise, en se dirigeant sur le Bucentaure, la tte d’une colonne de douze vaisseaux, le Neptune et le San-Leandro, placs en arrire de ce vaisseau, taient sous le vent de leur poste, et laissaient ainsi un espace vide entre l’amiral et le Redoutable. Lucas, voyant le danger auquel l’loignement de ses deux matelots d’arrire exposait le Bucentaure, et jugeant de l’impossibilit o se trouvait le Neptune de prendre son poste assez temps, fora de voiles, et vint audacieusement poster son vaisseau dans la hanche du vent du Bucentaure. Par cette habile manœuvre, Lucas couvrit son amiral, et mit le Victory dans l’impossibilit d’excuter son projet. En ce moment l’amiral Villeneuve faisait le signal de commencer le combat ds qu’on serait porte. Aussitt le Bucentaure, le Redoutable, ainsi que la Santissima-Trinidad, qui tait le matelot d’avant de l’amiral franais, ouvrirent leur feu sur le Victory et sur les vaisseaux qui marchaient sa suite. En moins de dix minutes il fut dmt de son mt d’artimon, de son petit mt de hune, de son grand mt de perroquet, et il eut une de ses vergues coupe. Soit que ces avaries l’eussent fait dvier de sa route primitive, soit tout autre motif, Nelson cessa de gouverner sur le Bucentaure pour porter droit sur le Redoutable, mais Lucas tint ferme au poste qu’il tait venu prendre. L’amiral anglais, voyant que ce vaisseau ne pliait point, laissa tout coup venir au vent, et tombant alors en travers il aborda le Redoutable de long en long. Aussitt Lucas fit lancer ses grapins d’abordage bord du Victory, et les deux vaisseaux ainsi engags se tirrent bout portant plusieurs voles, d’autant plus meurtrires qu’aucun boulet n’tait perdu.

Le feu continua pendant quelque temps dans cette position ; mais bientt l’quipage du Victory, abandonnant les batteries, se porte en foule sur les gaillards avec le dessein apparent d’aborder le Redoutable. Le capitaine Lucas, pour prvenir cette manœuvre, fait aussi monter tout son monde sur le pont. Alors une vive fusillade s’engage entre les deux quipages ; des grenades et des obus main lancs des hunes du Redoutable pleuvent sur le pont de l’amiral anglais ; bientt ses gaillards et ses passavants sont jonchs de morts, et Nelson lui-mme, frapp d’une balle l’paule gauche, tombe bless mortellement. Cet accident achve de porter le trouble bord du Victory, et un moment ses gaillards sont dserts. L’quipage du Redoutable demande grands cris l’abordage ; pour le faciliter, Lucas donne ordre d’amener la grande vergue, et il en fait ainsi un pont qui communique avec le vaisseau anglais. Mais en cet instant le vaisseau trois ponts le Tmraire, aborde le Redoutable du ct oppos au Victory, en lui envoyant toute sa vole. L’effet en fut terrible ; prs de deux cents hommes furent atteints par les boulets ou la mitraille ; le brave Lucas reut aussi une blessure, mais comme elle tait peu grave, il n’en continua pas moins de donner ses ordres.

Le secours donn si propos par le Tmraire au Victory ranima l’ardeur de l’quipage de ce vaisseau, qui recommena le feu avec une nouvelle vigueur. Press ainsi entre deux vaisseaux trois ponts, le Redoutable leur opposait la plus belle rsistance, lorsqu’un troisime vaisseau, le Tonnant, de quatre-vingts, se plaant dans sa poupe, l’crasa par ses bordes d’enfilade, tires bout portant. En moins d’une demi-heure le Redoutable fut mis dans le plus grand dlabrement. Le capitaine du Tmraire, le voyant dans cet tat, lui hla de se rendre ; mais Lucas, qui ne pouvait plus tirer de canon, rpondit cette sommation par une vive fusillade. Presque au mme instant le grand mt du Redoutable tombe en travers sur le Tmraire, et les deux mts de hune de ce vaisseau, tombant en mme temps sur la poupe du Redoutable, l’enfoncent et crasent plusieurs hommes. Pour comble de dsastre, on vient prvenir Lucas que le feu a pris la braie du gouvernail, mais ce qui restait debout de l’quipage parvint bientt l’teindre.

Ce combat acharn d’un vaisseau de soixante-quatorze contre deux trois ponts et un de quatre-vingts durait dj depuis plus de deux heures ; sur six cent quarante-trois hommes dont se composait l’quipage du Redoutable, cinq cent vingt-deux taient hors de combat, dont trois cents tus et deux cent vingt-deux grivement blesss ; tous les officiers et dix aspirants taient au nombre de ces derniers. Presque tous les canons se trouvaient dmonts, les deux cts du vaisseau taient entirement dtruits et les pompes brises. Il fallut enfin succomber. Lucas, ayant la certitude qu’il ne livrait aux Anglais qu’une carcasse de vaisseau hors d’tat de servir, donna l’ordre d’amener le pavillon ; mais au moment de l’excuter, le mt d’artimon, la corne duquel il flottait, tomba sur le pont. Quelques heures aprs qu’il eut t amarin, le Redoutable coula bas [1].

Lucas, conduit en Angleterre, y fut trait avec une distinction toute particulire ; toutefois sa captivit ne fut pas longue, car ayant obtenu son renvoi sur parole, il revit la France au mois d’avril 1806. Prsent l’empereur Saint-Cloud, le 4 mai suivant, il en reut l’accueil le plus honorable ; Napolon le flicita publiquement sur la bravoure qu’il avait dploye au combat de Trafalgar, et lui remit, de sa main, la dcoration de commandeur de la Lgion-d’Honneur.

En 1807, Lucas fut nomm au commandement du Rgulus. Ce vaisseau faisait partie de l’arme navale aux ordres du vice-amiral Allemand, runie en rade de l’le d’Aix, lorsque, le 11 avril 1809, elle fut attaque par la flotte de l’amiral Cochrane, compose de douze vaisseaux, sept frgates, neuf bricks, six avisos et environ quarante autres btiments, dont la plupart taient des brlots. Le Rgulus fut un des premiers vaisseaux accrochs ; un grand brlot lanant des fuses incendiaires, des clats de bombes et de grenades, vint tomber sous son beaupr ; vainement il fit couper ses cbles et mettre le perroquet de fougue sur le mt ; comme ce brlot venait vent arrire, il fut impossible de l’viter. Le feu se communiqua bientt dans les focs du Rgulus, il gagna le beaupr et toute la partie de l’avant du vaisseau. L’quipage travaillait se dbarrasser de ce brlot avec une ardeur d’autant plus hroque qu’il manœuvrait sous une grle de boulets et de projectiles de toute espce, lancs par les brlots et par les vaisseaux ennemis. Enfin, aprs une demi-heure des efforts les plus pnibles, on tait parvenu le mettre au large ; mais il fallut alors manœuvrer pour viter ceux qui s’avanaient dans la mme direction, ce qui fit tomber le Rgulus sur le banc dit les Palles. La mer tait basse alors, et bientt le vaisseau, ayant djaug de neuf pieds, se coucha sur le ct de manire faire craindre qu’il ne pt tre relev.

Au flot, Lucas manœuvra pour retirer son vaisseau de la position o il se trouvait, A. la rserve de douze canons de trente-six et quatre de dix-huit, tout le reste de la batterie fut jet la mer ; on vida toute l’eau, et l’on ne conserva de poudre que ce qu’il en fallait pour servir l’artillerie conserve. Alors on longea des ancres et de fortes toues ; bientt le vaisseau fut flot, et il fut aussitt mis en appareillage. Il tait temps, car plusieurs vaisseaux anglais, ayant pass sous les forts d’Oleron, vinrent mettre le feu aux vaisseaux chous, comme le Rgulus, sur les Palles, mais qui comme lui n’avaient pu se relever.

C’tait le 12, dix heures du matin, que le vaisseau avait commenc flotter ; deux heures aprs midi il tait la voile, et parvenu l’entre de la rivire de Rochefort ; mais n’ayant plus ni ancres, ni cbles, ni grelins, Lucas ft forc de l’chouer sur les vases devant Fouras. On tait alors dans les grandes mares, et le Rgulus se trouva chou tellement haut, qu’il fallut attendre la grande mare suivante pour essayer de le relever.

Ce fut pendant qu’il tait dans cette position qu’une flottille anglaise, compose de deux frgates, deux bombardes, six bricks portant du gros calibre, une golette munie de fuses la Congrve et accompagne de trois brlots, vint, le 13, mouiller porte et demie de canon derrire le Rgulus, qui ne pouvait lui opposer que les restes de son artillerie. Lucas fit tablir, dans la chambre de conseil, des plate-formes sur lesquelles on monta deux canons de dix-huit qui, joints ceux de la grande-chambre et de la sainte-barbe, formrent une batterie de six pices, avec laquelle, dans l’espace de six heures, il tira environ quatre cent cinquante coups, qui endommagrent assez fortement plusieurs des btiments ennemis. Plusieurs bombes tombrent bord du Rgulus ; l’une d’elles traversa le gaillard d’arrire, tout le faux-pont, et clata dans la cale ; un homme fut tu et cinq grivement blesss. Le lendemain, Lucas eut encore soutenir un combat, qui dura environ trois heures, et dans lequel il eut un homme tu et quatre blesss.

Le 16, les vaisseaux et frgates qui restaient de ceux qui s’taient chous taient parvenus entrer en rivire ; le Rgulus se trouva seul expos aux attaques del flottille anglaise, qui alors dirigea tous ses efforts sur lui. Lucas, de son ct, fit ses dispositions pour les repousser, et aussi pour assurer le salut de son quipage, dans le cas o il se verrait forc d’abandonner le vaisseau. Toutefois le temps fut tellement orageux pendant toute cette journe que les Anglais n’osrent rien entreprendre, et Lucas profita de cette espce d’armistice forc pour mettre son vaisseau l’abri de l’effet des bombes et de l’incendie.

Le 20, le temps tant devenu plus maniable, la flottille anglaise, commande par l’amiral Gambier en personne, vint s’tablir et s’embosser derrire le Rgulus. A deux heures et demie, elle commena son feu, qui dura, sans interruption, jusqu’ sept heures et demie du soir. Pendant ce laps de temps, le Rgulus tira environ quatre cents coups de canon. Six bombes tombrent bord, mais heureusement, elles clatrent en tombant. La poupe du vaisseau fut entirement crible et la mture fortement endommage ; deux hommes furent tus et quatre blesss.

Jusqu’au 24, la flottille anglaise ne fit aucune dmonstration hostile ; mais ce jour-l, sept heures et demie du matin, elle vint s’embosser prs de l’Ile d’Enet, par la hanche de bbord du Rglus, et de manire, cette fois, ne pouvoir tre atteinte ni par ses canons de retraite, ni par ceux de ct. Lucas, voyant que la position prise par les Anglais l’exposait recevoir tous leurs coups sans pouvoir riposter, fit alors hacher plusieurs sabords, couper les montants des fentres des chambres, jeter bas toute la galerie, une partie du therme de bbord, et il parvint ainsi installer trois pices de trente-six, qui tirant toute vole, forcrent bientt les bombardes et bricks appareiller, pour se soustraire l’action d’un feu aussi vif que bien nourri. Dans cette dernire action, qui dura huit heures et demie, le Rgulus tira cinq cent trente coups de canon, et lorsque le feu cessa il ne lui restait de munitions que pour quinze coups.

Enfin, aprs un acharnement de quinze jours sur un seul vaisseau qu’il n’avait pu parvenir rduire, l’amiral anglais, persuad que dsormais ses efforts seraient inutiles, s’loigna dans la nuit du 25 au 26. Les mares commenant alors rapporter, et Lucas ayant reu de Rochefort les secours qui lui taient ncessaires, releva son vaisseau, et, le 29 avril, il rentrait dans ce port, o il fut reu en triomphe par les habitants.

Au mois de juin 1810, Lucas reut l’ordre de se rendre Brest, pour y prendre le commandement du vaisseau le Nestor qu’il conserva jusqu’en 1816, poque laquelle il fut mis la retraite ; il avait alors cinquante-un ans, il tait dans toute la vigueur de l’ge et de l’activit, et certes il et pu encore rendre d’utiles services. Le commandant Lucas avait t, en 1814, port sur une promotion de contre-amiraux ; mais les vnements politiques qui survinrent alors ayant empch qu’elle ne ft signe, il fut ainsi priv d’un grade qu’il avait si noblement acquis.

Le chagrin qu’il prouva de se voir arrt dans sa carrire avant d’avoir atteint la rcompense, objet de sa louable ambition, altra sa sant, et il mourut Brest, au mois de novembre 1819, emportant l’estime et les regrets du corps entier de la marine, mais plus particulirement de ceux qui avaient pu apprcier son extrme bravoure et ses excellentes qualits.


[1Le glorieux combat du Redoutable a fourni MM. Genillou et Crepin le sujet de deux tableaux qui ont t exposs au salon.

Le capitaine Lucas s’est fait graver Paris un cachet de forme ovale, d’un pouce de large sur dix lignes de haut. On y voit deux pyramides surmontes chacune d’une urne cinraire. Sur l’une des deux on lit ces mots ; Aux braves du Redoutable ; sur l’autre : Nelson, mort le 21 octobre 1805. Entre les deux, pyramides est un cusson surmont d’un aigle, avec le chiffre E. L. Dans le fond on aperoit la mer et le Redoutable, entirement dsempar, mais ayant encore son pavillon. Le capitaine Lucas avait coutume d’apposer ce cachet historique sur les certificats qu’il donnait aux marins de son quipage qui s’taient distingus au combat de Trafalgar.

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