Histoire Passion - Saintonge Aunis Angoumois

Accueil > Grands thèmes d’histoire locale > Descriptions des provinces et dpartements > Descriptions de l’Angoumois, de l’Aunis et de la Saintonge > Descriptions des cosmographes, des navigateurs, des plerins et des touristes d’au > 50 (c) - Pline le Jeune dcrit l’Aquitaine gallo-romaine

50 (c) - Pline le Jeune dcrit l’Aquitaine gallo-romaine

vendredi 17 avril 2009, par Pierre, 3106 visites.

Le texte du Livre IV de Pline a fait couler beaucoup d’encre et de salive, parce que sa description est trs sommaire, et soulve plus de questions qu’elle n’apporte de clart. L’auteur du XVIIIme sicle qui le commente ne manque pas d’imagination, et remplit avec beaucoup d’application les trous laisss par l’encyclopdiste du 1er sicle. Ne vous y fiez pas sans lire des crits plus rcents sur le mme sujet !

Les notes, rdiges par le commentateur de 1771, sont prendre avec beaucoup de circonspection.

Source : Histoire Naturelle de Pline - Paris - 1771 - Books Google

L’Histoire Naturelle de Pline est l’Encyclopdie des Anciens. On peut la consdrer comme le dpt de toutes les connoissances physiques, astronomiques, gographiques, &c. de l’Antiquit ; comme le tableau de toute l’industrie humaine ou des arts, depuis les tems les plus reculs jusqu’au premier secle de notre Ere [1]. C’est l’ouvrage au moins le plus vaste, le plus intressant & le plus curieux qu’aient jamais produit les Romains ; les Grecs n’ont rien lui comparer. Aristote mme qui, comme dit Montagne, a tout remu, ainsi que Pline, est encore fort loign de son abondance & de sa richesse. Il peut avoir deux ou trois fois plus de mots ; il a quatre ou cinq fois moins de choses. Quelle partie de la Nature & des connoissances humaines, quel usage des productions naturelles, & quelle invention des arts connus de son tems, ont chapp aux recherches de Pline ? Quelle foule d’Ecrivains cits, appelles en tmoignage des faits & des observations qu’il rapporte ! En un mot, quelle ide lui-mme il nous donne de sa prodigieuse lecture, en reprsentant son ouvrage comme le rsultat & le produit de plus de deux mille volumes, dont les extraits ou les fragments, conservs par son utile travail, sont autant de dbris sauvs des ravages du tems !

(Introduction de l’dition de 1771)
Texte latinTraduction

Aquitania.


AQUITANICAE sunt Ambulatri, Anagnutes, Pictones,Santones liberi, Bituriges cognomine Vibisci, Aquitani unde nomen provinciae, Sediboniates. Mox in oppidum contributi Convenae, Begerri, Tarbeli quatuorsignani, Cocossates sexsignani, Venami, Onobrisates, Belendi, saltus Pyrenaeus ; infraque Monesi, Osquidates montani, Sibyllates, Camponi, Bercorcates, Bipedimui, Sassumini, Vellates, Tornates, Consoranni, Ausci, Elusates, Sottiates, Osquidates campestres, Succasses, Latusates, Basabocates, Vassei, Sennates , Cambolectri Agesinates Pictonibus juncti. Hinc Bituriges liberi, qui Cubi appellantur. Dein Lemovices, Arverni liberi, Gabales. Rursus Narbonensi provinciae contermini Ruteni, Cadurci, Antobroges, Tarneque amne discreti Tolosanis Petrocori. Maria circa oram, ad Rhenum septentrionalis Oceanus, inter Rhenum. & Sequanam Britannicus, inter eum & Pyrenaeum Gallicus. Infulae complures Venetorum, & quas Veneticae appellantur, & in Aquitanico sinu Uliarus.

L’Aquitaine


L’AQUITAINE (1) comprend les Ambilatres (2), les Anagnutes (3), les Pictons (4) , les Santons libres (5), les Bituriges surnomms Vibisques (6). Les Aquitains (7) propres, qui donnent le nom la province ; les Sediboniates (8). Suivent plusieurs annexes de la ville de Convena (9) ; savoir, les Begrres (10), les Tarbells (11), surnommes quatre Enseignes (12) ; les Cocossates (13), surnomms six Enseignes (14) ; les Venames (15), les Onobrisates (16), la fort Pyrne (17) ; au-dessous, les Moneses (18), les Osquidates(19), montagnards, les Sibyllates (20), les Campons (21), les Bercorcates (22), les Bipedimuins (23), les Sassumins (24), les Vellates (25) , les Tornates (26), les Consorannes (27), ceux d’Ausch, les Elusates (28), les Sottiates (29), les Osquidates (30) champtres, les Succasses (31), les Latusates(3i), les Basabocates (33), les Vasses (34),les Sennates (35), les Cambolectres Agesinates (36), qui sont une annexe des Pictons (37). Ensuite les Bituriges (38) libres qui sont surnomms Cubes. Plus loin, les Limousins, les Arvernes (39) libres (40), les Gabales (41). Aux confins de la Gaule Narbonnoise, les Rutenes (42), la cit de Cahors, les Antobroges (43), & les Prigourdins, spars des Toulousins par le Tarn. Les mers qui bordent la cte, sont vers le Rhin , l’ocan septentrional ; entre le Rhin & la Seine, l’ocan Britannique ; entre la Seine & les Pyrnes, l’ocan Gallique. Les Venetes (44) ont un grand nombre d’isles (45) appelles d’eux Vntiques. Au golfe d’Aquitaine est l’isle d’Uliare (46).

(1) Aujourd’hui proprement la Gascogne. Autrefois cette contre d’Aquitaine avoit infiniment plus d’tendue. On la divisoit en premire, seconde & troisieme Aquitaine. Voyez- en les dtails (entr’autres Auteurs modernes) chez Dupleix, hist. de France, tome I, pag. 25 & 26.

(2) Ceux de Lambale en Bretagne selon quelques Savants. Au reste quelques Editeurs lisent ici Ambulatres. Chez Csar on lit Ambiliates & mme Ambialites.

(3) Je pense que ce sont ceux de Chavagnes proche Bazoges & Montagut dans la partie occidentale & maritime du Poitou.

(4) Ceux du Poitou, les Poitevins, Poitiers est leur capitale

(5) La Xaintonge

(6) La partie de la Saintonge o est Bourge ou Bourg, non pas Bourges du Berry, mais une autre ville trs diffrente par sa situation, & qui cependant toit une fondation de ceux de Bourges, ou avoit paru telle aux Romains. En consquence ils en nommoient les habitans Bituriges, c’est--dire ceux de Bourges ; & pour les distinguer des Bituriges propres propres, il les distinguoient par le surnom de Blasons cause que Bourg est tout voisin de Blaiz. On sait que Blason se prend souvent dans le sens de fltrissure, & c’est dans ce sens-l mme que nous disons un homme blazon, c’est--dire qui a t fouett & marqu, ou fltri d’une autre manire. Or le mot Vibex exprimoit chez les Latins les marques d’escourges, des fers, de brlures, &c.qui restoient aux esclaves repris de justice ou corrigs par leurs matres. Ainsi par une interprtation peu avantageuse de notre mot Blazon, les Latins se servirent du mot Vibisci qui vient de Vibex pour dire. les Blaisois, & ils donnrent aux Saintongeois de Bourg ce surnom de Vibisci, c’est--dire de Blaisois ou Blazons, parcequ’ils toient voisins de Blaiz & pour les distinguer des autres Saintongeois & des autres Bituriges, qui d’ailleurs toient libres.

L’pithete de Blazons qui convient proprement aux esclaves, pouvoit donc avoir eu dans ce tems-l une application assez juste avec la condition de serfs laquelle toient rduits les Bituriges Blaisois, sur-tout par comparaifon aux Bituriges & Saintongeois libres. Bituriges Vibisci ne sont donc point ceux de Bordeaux, comme Ortelius a eu la sagesse d’en douter, mais ceux de Bourg proche Blaiz quelque distance de Bordeaux. Ce que je dirai dans la note suivante vient encore l’appui.

(7) Le nom & Aquitaine vient coup-sr d’Aqua, & signifie pays en taure d’eau , bord d’eau, &c.d’o Bordeaux & le Bordeillois. Les Aquitains propres sont donc coup-sr ceux de Bordeaux

(8} Lisez Sedibodiates. Ce sont ceux de Bod-ains-at, entre Bordeaux & Bazas. Notre vieux mot ains qui signifie mais est traduit par sed ; bod par bod ; at par ates.

(9) Cominges.

(10) Aujourd’hui Begerac & par corruption Bergerac. En effet les Begerres ne sauroient tre le Bigorre, puisque le Bigorre appartient proprement aux Tarbelles ou ceux de Tarbe qui suivent

(11) Ceux de Tarbes , capitale du Bigorre.

(12) Ce surnom parot signifier qu’il y avoit Tarbe une garnison compose de quatre corps de troupes, ayant chacun son enseigne.

(13) Chez Csar on lit Cocosates, lisez Cacosates , comme qui diroit mauvaise race. Aujourd’hui ceux de Caverton proche Bayonne. En grec Cacos & Cavaros sont synonymes.

(14) Voyez la note 12.

(15) Inconnus aux Anciens & aux Modernes. Le Pre Labbe dit pourtant que les uns en font Benne, Venasque, &c. & qu’on a mme cherch en faire le Barn.

(16) Ceux de Saint-Olron, dnomination interprte par les Latins dans le sens de sainfoin, herbe nomme en grec Onobrychis : en effet Oler signifie une herbe quelconque, & la finale on interprte dans le sens du grec onos signifie ne. Or le sainfoin comme je le disois est nomm par les Grecs Onobryche, c’est--dire herbe aux nes. Ainsi Saint-Olron, sainfoin & Olron sont trois mots synonymes dans une certaine acception bizarre, telle que celle qu’on remarque dans la plupart des noms topographiques.

(17) Cette fort me parot tre Salva tierre, c’est--dire pays sauf. Il faut se souvenir qu’autrefois selon Diodore de Sicile la fort des monts Pyrnes fut rduite en cendre. Je prsume qu’on donna le nom de Sauveterre la petite partie de la fort qui fut prserve de ce vaste incendie. Quelques-uns, selon le Pre Labbe, traduisent la valle du Saut.

(18) Aujourd’hui Moneins dans le Barn comme le veulent plusieurs Savants,

(19) Deux manuscrits portent Oscidates. Inconnus.

(20) Sont-ce les Sibusates de Jules Csar ? Selon la remarque du P. Hardouin Saubuse est encore un nom de lieu entre Dacqs & Bayonne. Selon le Pre Monet le Sebousan ou Sibousan est une contre assez peu clbre, laquelle confine au Commingeois.

(21) Hadrien de Valois observe qu’il y a encore aujourd’hui au Bigorre un lieu nomm Campan.

(22) Un anonyme chez Ortelius en fait Beaulieu. Samson les place vers Orths.

(23) Trois manuscrits portent Pimpedumni au lieu de Bipedumui. Inconnus.

(24) Trois manuscrits portent Lassunni. Pareillement inconnus aux Anciens & aux Modernes.

(25) Absolument inconnus.

(26) Ceux de Tournay en Bigorre selon Hadrien de Valois.

(27) Aujourd’hui Coserans.

(28) Aujourd’hui mme Euse ou Eause au comt d’Armagnac.

(29) Aujourd’hui Soz au diocese d’Auch.

(30) Inconnus aussi-bien que les Osquidates montagnards, comme on l’a dj dit note 19.

(31) Aujourd’hui Secas, trois de lieues de Bordeaux selon Hadrien de Valois.

(32) Peut-tre faut-il lire Tarusates avec Jules Csar ; aujourd’hui Tartas selon Monet & Labbe ; le Tursan selon Mariana.

(33) Aujourd’hui Bazas.

(34) Quelques-uns en font Vassey, ce que n’approuve point le P. Labbe. Scaliger en fait les Landes de Bordeaux.

(35) Quelques-uns en font Mans de Marsan, ce que dsapprouve le P. Labbe comme une conjecture que rien n’appuie.

(36) Ceux de l’Angoumois selon la plupart des Modernes. Voyez ce que j’ai dit sur le sens de la dnomination de Cambo lectres au livre 3, chap. 4. agenesinates ou Agesinates, c’est--dire ii qui sunt Genesinate regione, ceux qui sont de la contre de Gsine, car Gsine qui veut dire accouchement est synonyme d’Angoumoi, qui vient du grec Enkumon. Une femme qui accouche, qui est dans les douleurs de l’enfantement.

(37) Ceux du Poitou.

(38) Les Berruyers ou ceux du Berry dont la capitale est Bourges, Berri c’est comme qui diroit le pays du beurre. Or le beurre se dit en latin butyrus, d’o par un lger changement ces mmes Latins ont fait Bituriges.

(39) Les Auvergnats. Ceux de Clermont en Auvergne.

(40) Ils se qualifioient de frres des Romains, & se disoient, leur exemple, descendus des Troyens. Arvernique aufi Latio se dicere fratres, sanguine ab Iliaco populi. Lucain, Phars. L. 1

(41) Ceux de Javoux au Gvaudan, quatre lieues de Mande.

(42) Aujourd’hui les Rouarguais selon le P. Labbe. Ceux de Rhods selon le Pre Hardouin. On en a dj parl livre 3, chap 4.

(43) Ceux de Rogebron ou Rochebron proche Cahors. Le voisinage de Cahors & des Antobroges le fait voir clairement. Au reste je souponne que l’ancien nom Celtique toit Rochebrndt, duquel nom retourn les Latins ont fait Antobroges.

(44) Ceux de Vannes, en Bretagne.

(45) Telles de Groys, Belle-Isle, &c.

(46) c’est la mme que Sidonius Apollinaris, livre 8, Ep. 6, appelle Olarionensis Insula. Aujourd’hui l’isle d’Olron.


[1Pline mourut l’an 79 de Jesus-Christ.

Rechercher dans le site

Un conseil : Pour obtenir le meilleur résultat, mettez le mot ou les mots entre guillemets [exemple : "mot"]. Cette méthode vaut également pour tous les moteurs de recherche sur internet.