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1627-1628 -2- Le grand siège de la Rochelle dans le Journal de Pierre Mervault

Deuxième partie : décembre 1627-mai 1628

dimanche 30 juillet 2023, par Pierre, 211 visites.

Publié pour la première fois en 1644, le Journal des choses les plus mémorables qui se sont passées au dernier siège de La Rochelle, par Pierre Mervault, Rochelois, est un document tout à fait remarquable.
Il raconte jour après jour le siège de la ville, décrit la vie difficile des habitants (alimentation, santé et risques militaires), difficultés de tous ordres rencontrées par le Corps de Ville pour gérer le quotidien, tout en menant des négociation avec l’assaillant (le Roi et Richelieu) et l’armée anglaise qui ne s’aventure plus dans les parages, en dépit de toutes les promesses du roi Charles 1er d’Angleterre.

Publié en 1644 (première édition, présentée ici), il a été réédité à plusieurs reprises.

Pierre Mervault avait environ 20 ans en juillet 1627, quand il commença à tenir ce journal, et 37 ans lors de la première édition (lire en priorité la préface de l’auteur).

Ce livre couvre une période allant du mardi 20 juillet 1627 (jour d’arrivée de la flotte anglaise aux abords de l’île de Ré) au samedi 18 novembre 1628 (publication de la Déclaration de Louis XIII mettant fin au statut particulier de la ville de la Rochelle). Une période de 16 mois cruciale et dramatique pour la ville.

J’ai choisi de publier ici la préface de l’auteur et une très grande partie de ce journal allant du 25 décembre 1627 au 18 novembre 1628.
Dans cette transcription, les passages qui m’ont paru présenter un intérêt particulier sont surlignés en jaune.

Source : BNF Gallica - Médiathèque Michel Crépeau (éditions de 1644 et de 1671).
Transcription : Pierre Collenot

 PREFACE DE L’AUTHEUR

Lors que le Siege de la Ville de la Rochelle, lequel je descri, commença d’estre formé, j’estois seulement en l’An Vingtiesme de mon aage : & ayant esté eslevé pour le Commerce, n’avois nul aide de lettres. Je ne laissois pourtant dés lors de prendre garde aux choses qui se passoient ; & outre ce que tous sçavoient, ayant mon Pere, qui estoit du Corps de la Maison commune, & qui comme Maistre de l’Artillerie exerçoit la seconde charge de la Ville, j’aprenois de luy diverses particularités, & estois soigneux de coucher le tout par escrit. Au moien de cela je me suis trouvé ce Journal complet à la fin du Siege, & n’ay eü a y adjouster sinon la closture d’iceluy, en la Reddition de la Ville. Pour lors je n’avois rien moins en pensée, que de dresser un ouvrage pour le public : & me proposois seulement de faire des mémoires pour mon usage particulier, si Dieu me faisoit la grace de survivre. De là est venu que ce Recueil est demeuré en mon Cabinet tout cet espace, qui a coulé du depuis. Neantmoins les diverses instances que plusieurs m’ont faites de luy laisser voir le jour, l’ont enfin emporté sur ma première Resolution : & me suis laifé aller à le commettre à un Imprimeur. Ni l’aage auquel j’estois lors, ni ma profession, ni le peu de soin que j’apportais quant à la maniere de coucher les choses, croyant n’escrire que pour moy, ne permettent pas qu’on attende un ouvrage exact, ni qui, quant à la forme & au stile fust digne qu’on y jestat les yeux. Tout ce qui peut le recommander, c’est quelque diligence, & une bonne foy toute entiere. Je le di à l’esgard de ceux qui sont au loin, Veu que quant à ceux d’icy, je les auray tous pour tesmoins de l’exacte vérité de tout ce que je dy : & que sans interest aucun, soit d’affection ou de Haine, je fay un simple narré des choses, selon quelles sont advenües. Comme ce Siecle est fertile en bons Èsprits, si quelqu’un travaille a l’Histoire de nostre temps, ces Mémoires luy pourront servir. En tout cas plusieurs seront bien aises de sçavoir diverses particularités que je leur ay icy recueillies.

Pierre Mervault.

......

 Décembre 1627

- Le Vendredy 25. Une partie de l’armée Navale du Roy, au nombre de dix à douze grands Vaisseaux, quelques Pattaches & la Galere de Broüage, vindrent mouiller l’ancre à la rade de Chef de Baye, & à leur arrivée deschargerent tout leur canon, comme aussi le Fort Louys, & la Batterie Royale, à quoy la Rochelle respondit en mesme temps du sien.

- Le lendemain 26. Sur les trois à quatre heures du soir, un coup de canon venant de la Batterie Royale, tua trois gueux & en blessa deux à trois autres, comme ils estoient à jouer aux cartes dans l’une des Boutiques à planches de la Porterie, qui sont sur les Cai de la Grand’Rive, vis à vis de l’ouvert de la Chaisne. Le lendemain ces Boutiques furent mises par terre, afin qu’elles ne servissent plus de mire, & ne causassent plus de tels meurtres a l’advenir.
En ce temps la Digue s’advançoit fort des deux costez de Chef de Baye & de Coureille ; afin de traverser & fermer l’entrée & sortie de la Rochelle par la mer. Dequoy les Rochelois se mocquoient, se faisans croire, que les tourmantes & mauvais temps en deferoient plus en une marée que l’on n’en pourroit faire en six mois.

- Le Mardy 28. Il fut veu travailler entre Ronsay & Beaulieu, à une bonne portée de canon de la Ville, pour y faire un Fort.

- Le 30. A la marée du matin, il entra dans la Rochelle, une Barque chargée de vin de Bourdeaux, sur laquelle fut tiré à force du Fort Louys, & de la Batterie Royale, mais sans luy toucher.

 Janvier 1628

- Le troisiesme Janvier mil six cens vingt & huict, il fut veu travailler au Petit Festillé pour y faire un autre Fort, ce qui obligea ceux de la Ville à tirer dessus, mais sans grand succez.

- Le 6. Il se fit une si forte tourmante de vent de Sur-oest, que la Digue en fut presque renversée, & les Vaisseaux du Roy, qui estoient en rade à Chef de Baye tellement incommodez, que trois d’iceux furent jettez és Costes de Chef de Baye & de Coureille, ou l’un en moins de rien fut brizé & mis en piece.

- Le 8. Quarante Cavalliers estans sortis de la Rochelle par la Porte Neufve, pour aller battre l’estrade vers le grand Festillé & les entours, firent rencontre de quelques Cavalliers des Assiegeans & les malmenoient : mais Monsieur de Bassompierre avec force Cavallerie & Infanterie y accourut, & les fit retirer, sans autre perte toutesfois que de quelques blessez, en eschange dequoy ils amenèrent avec eux trois prisonniers dans la Ville.
Le mesme jour fut descouvert par un Soldat (qui quelques jours auparavant s’estoit jetté du Camp en la Ville) une entreprise sur le Fort de Tadon, tramée par l’Enseigne du Capitaine la Salle, lequel fut aussi tost pris & mis à la question, qu’il eut ordinaire & extraordinaire, & le Lundy dixiesme fut pendu, & sa teste mise au bout des travaux dudit Fort, à demy portée de mousquet du Fort de Bonnegrenne. Pour le mesme sujet trois sepmaines ou un mois auparavant avoient esté pendus deux Soldats, & un condamné de les assister au pied de la potance, & la corde au col.

- Le Mercredy 12. Quelques Soldats advanturiers amenèrent dans la Rochelle quelque soixante tant Bœufs que Vaches.
En ce mesme temps, il fut veu travailler à Miroeil, pour y faire un Fort.

- Le Jeudy 13. Les Rochelois aians veu arriver au matin quelques Barques à Coureilles, conduites par des Galiottes, & se doutans que ce fust du canon & des munitions de guerre (veu qu’ils avoient eu advis quelques jours auparavant, qu’il y en devoit arriver) entreprirent de faire une sortie par mer, pour tascher de les enlever, & en mesme temps d’en faire un autre par terre, pour divertir le secours. A cet effect ils esquipperent en toute diligence onze Chalouppes, qui se trouvans prestes des les huict heures du soir, bien munies d’hommes, pierriers, grenades & feux d’artifices, sortis de la Chaisne, ils costoierent le rivage de Port Neuf, de peur d‘estre descouverts, & aians laissé deux de leurs chalouppes au milieu du Canal, tant pour empescher le secours, que pour attraper ceux qui voudroient se sauver, ils allèrent fondre à l’improviste sur ces Vaisseaux qui estoient à l’ancre sous le Fort de Marillac, & d’abord se rendirent maistres de deux Galiottes, contraignirent les autres & aussi les Barques de s’eschoüer, & tuerent quantité de ceux qui estoient dedans, & pour se sauver se jettoient à l’eau. Mais veu que le secours leur venoit de toutes parts & craignans aussi que sejournans plus long temps ils demeurassent à sec, pour ce que la mer perdoit, ils se retirerent avec leurs deux Galiottes, dans la Rochelle, n’aiant perdu que quatre hommes, & huict de blessez, en toute cette execution.
En mesme temps que les choses se desmesloient ainsi sur la mer, ceux de terre donnerent à la Redoute de Beautreil, entre Bonnegrenne & la maison de Coureille, ou estoit en garde une Escoüade de trente hommes du Régiment de Jonsac, qui apres quelque resistance furent forcez & taillez en pièces, sur tout par les Anglois, au sujet de leur compaignons qu’on avoit tuez en l’Isle de Ré, de sorte qu’il ne s’en sauva que deux ou trois. Quant aux Rochelois, il n’y en eut qu’un de tué, & trois de blessez, & aporterent dans la Ville toutes les armes qui demeurerent à ceux qui les avoient prises.

- Le Vendredy 14. De fort bon matin, il fut tiré de la Batterie Royale quinze à vingt coups de canon à travers la Ville, sans tuer ni blesser personne, à la reserve d’un temeraire Soldat, qui ainsi qu’il se moquoit de ceux qu’il voioit se baisser, & se mettre au couvert du parapet, pour eviter l’attainte mortelle de ces foudroians tonneres, & demeuroit quant à luy sur la muraille, il eut la teste emportée de l’un d’iceux.

- Le 15. Le Sieur de Fequiere fut amené prisonnier dans la Rochelle, & mis dans la Tour de Moureille proche l’ancienne Porte de Maubec ; ayans esté pris comme il traversoit de Coureille en un autre quartier : il estoit accompagné du Sieur de la Forest Lieutenant des Gardes de Monsieur le Cardinal de Richelieu, qui fut tué ne s’estant pas voulu rendre.

- La nuict du Mardy venant au Mercredy 19. sur les deux heures du matin, sortirent de la Rochelle, pour aller en Angleterre tascher à haster le secours, & achepter des bleds & autres provisions pour la Ville, les Sieurs Daniel Bragneau, de la part du Corps de Ville, & Jean Gobert, pour les Bourgeois, & partirent avec dix voiles, c’est à sçavoir, trois Navires de guerre, cinq Pataches, & deux Bruslots, & passerent sans recevoir aucun dommage des Forts & Batteries, ni des Vaisseaux de guerre, qui estoient à Chef de Baye à l’ancre ; seulement à la sortie de la Chaisne un de leurs bruslots, par la faute de ceux de dedans s’alla embarasser avec un desdits Navires de guerre, & en telle sorte qu’il luy falut couper les mats & cordages, & en cet estat le laisser aller à la dérive & au courant qui le jetta à Port Neuf, où il donna l’alarme bien chaude , & luy furent tirez force coups de canons & de mousquets ; mais voians que nul ne leur respondoit, comme de vrai il n’y avoit personne, ils l’aborderent avec leurs chalouppes & le menèrent eschouër à l’anse dudit Portneuf ; outre ces dix voiles, dix autres eussent sorti sans un second embarras de deux vaisseaux de guerre, qui venans à se rencontrer à la sortie de la Chaisne ne purent estre despris l’un de l’autre, que la marée ne fust presque perduë, & fermèrent par ce moien le passage aux autres : Dequoy on imputa la faute à un des Capitaines desdits Vaisseaux, qui ne désirant faire le voiage, ainsi qu’on croioit, fit cet embarras à dessein.

- Le Jeudy 20. Les Rochelois tirèrent quantité de coups de canon sur le bout de la Digue, du costé du Fort Louys, pour essaier d’en interrompre le travail, qui nonobstant ne laissoit de continuer.

- Le Vendredy 21. Sur les deux à trois heures apres midy, estant plaine mer, la Palissade au nombre de dix à douze grands Vaisseaux murez & pleins de pierre par dedans, fut posée entre Portneuf, & le Fort de Marillac, du costé de Coureille, à une demie portée de canon de la Ville, on les y conduisit fous la faveur & escorte des Navires de guerre, & de la Galere, & des Galiottes de Broüage, sans que les Rochelois y peussent mettre empeschement, par tout ce qu’ils peurent tirer de coups de canon, ni aussi par la sortie de dix Chalouppes de guerre, qui s’estans advancées furent contraintes de se retirer, voians qu’elles avoient à essuier tous les coups des Batteries qui tonnoient furieusement sur elles, & qu’elles ne pourroient rien contre les Navires de guerre. Tout ce qu’ils peurent faire ce fut de s’en revenir avec quelques blessez.

- Le Sabmedy 22. Sur les neuf heures du soir les Rochelois firent une sortie par la Porte des deux Moulins, de quarante chevaux, deux à trois cents hommes de pied & de la plus grand part des Matelots & Charpantiers de Navires, qui avec planches & autres matériaux allèrent à la Palissade, pour tascher à boucher les auges ou ouvertures des Navires, murez & plains de pierre, afin de les amener dans la Chaisne, où en lieu, où ils ne peussent leur nuire. Mais comme ils estoient apres & avec eschelles (la mer estant toute basse & retirée) montoient sur ces Navires, ils se trouvent inopinément accueillis d’une gresle de mousquetades, de ceux qui y estoient en garde, qui en abbatirent trois ou quatre, & firent descendre les autres plus viste qu’ils n’y estoient montez. Cela donna telle espouvante à ceux qui estoient au bas à fermer les auges : joint le grand nombre qui leur vint sur les bras de Portneuf & Coureille, qu’ils abandonnèrent tout pour se fauver à la fuite , & en tel desordre qu’ils couroient risque d’estre tous taillez en piece, sans la Cavallerie qui les voiant de son poste si mal menez, acourut à leurs secours, & donna si vivement sur les poursuivans qu’elle les fit reculer jusques à la Palissade, & en fit demeurer plusieurs sur la place, & entr’autre un Capitaine qui estoit venu dudit Coureille à leur secours.
Le mesme jour sur les quatre à cinq heures du soir, furent tirés du Fort de la Fons, sur la Ville divers coups de canon de trente & deux, & trente & trois livres de basle, sans tuer ny blesser perfonne, de sorte que le peuple voiant le peu d’effect du canon s’y accoustuma, & n’en firent plus de conte.

- Le 27. Les Rochelois aiant eu advis que l’armée Navale du Roy, de quelque trente Navires de guerre, conduits par Monsieur le Duc de Guise, estoit depuis peu de jours arrivée à Chef de Baye, comme aussi Dom Federic de Tolede Admiral d’Espagne, avec de trente & cinq, à quarante autres Vaisseaux de guerre, firent sortir à la marée du soir trois Pattaches de guerre, avec chacune leur despesche, pour aller en Angleterre advertir leurs Deputtez de leur arrivée ; & aussi qu’on avoit mis dix à douze grands Vaisseaux murez en Palissade, au travers du Canal ; afin qu’ils se diligentassent de les faire secourir : Ils les chargerent aussi de lettres à Monsieur le Prince d’Orange & à Meisseurs les Eftats. Nonobfiant tout l’embarras des Navires enfoncez sur aucuns desquels il y avoit du canon & tous les autres Vaisseaux de guerre, ces Pattaches passerent sans difficulté.

- Le 28. Arriva au Camp à Estré, le Marquis de Spinola, en qualité d’Ambassadeur extraordinaire d’Espagne : lequel le Roy receut avec toutes sortes de caresses, & luy fit voir toute l’assiette du Camp & les lignes, & aussi la Digue. Il parla du tout (ainsi qu’on raporta) avec beaucoup d’estime, & dit sur tout de la Digue, que s’estoit le seul moyen de prendre la Rochelle.

 Février 1628

Richelieu au siège de la Rochelle
Peinture d’Henri Motte (1881)

- Le 4. de Fevrier, on vit de la Rochelle poser une chaisne qui traversoit de Coureille jusqu’à Port neuf, & estoit supportée sur l’eau par des pipes, esloignées les unes des autres, par un certain intervalle, y aiant en l’entre-deux des traverses liées & emmortaisées les unes dans les autres, & au milieu d’icelle une Machine flottante entournée de fessines.

- Le Mardy 8. Les Rochelois envoyerent deux Galiottes legeres en Angleterre, pour faire haster le secours, & representer l’estat, auquel ils estoient réduits.

- Le Jeudy 10. Le Roy partit pour Paris, apres avoir esté devant la Rochelle quatre mois moins deux jours, et laissa à Monsieur le Cardinal de Richelieu, tout le poids des affaires & la principale authorité & commandement sur son armée, avec le tiItre de General : Monsieur le Duc d’Angoulesme, & les Mareschaux de Schomberg & de Bassompierre y demeurans aussi en qualité de Lieutenans Generaux de sa Majesté, sous ledit Sieur Cardinal de Richelieu.

- Le 18. Furent posez divers autres Navires murez, pour renforcer la Palissade, & s’en contoit de quarante à cinquante, & une Machine au milieu.

- Le 19. Quelques Cavalliers estans allez vers Ronsay, agasser la Cavallerie qui y estoit en garde, furent repoussez, nonobstant le secours qui leur vint de la Ville, & le canon qui se fit de la partie, & ne peurent si bien faire qu’il n’en demeurait trois ou quatre de morts sur la place ; & entr’autre un nommé la Forest, qui fut fort regretté à cause de sa valeur, & des services qu’il avoit rendus à la Ville, aussi il fut enterré le lendemain avec beaucoup d’honneur.
En ce mesme temps Monsieur le Cardinal de Richelieu envoia aux Rochelois un Trompette, avec une lettre, pour les exhorter de venir à quelque Traitté de paix, disant, en avoir l’ordre du Roy, qui mesmes pour le faciliter s’estoit retiré à Paris, & leur remettoit l’option du lieu pour en conferer, fust ce à l’une de leurs Portes, promettant y faire trouver Monsieur du Haller, où autres : La chose mise en deliberation dans le Conseil de guerre à cet effect assemblé, il s’y trouva des contredisans, qui de haute lutte l’emporterent par dessus le Maire & la plus grand part du Conseil, y employans mesmes les menaces de souslever le peuple contr’eux, s’ils venoient à entrer en cette Conférence, qui tendoit (disoient ils) à la ruine de la Ville. Ainsi cette proposition alla en fumée.

- Le 25. & 26. A la marée de la nuict du Jeudy venant au Vendredy, il souffla un impétueux vent de Surouest qui debrisa partie de la Chaisne flottante des Navires murez, & envoya vers la Ville quantité de bois & traverses, & deux piles de fessines, qui estoient autour de la Machine. Le menu peuple estant sorti sur la falaise pour emporter ce qu’ils pourroient de ce fracas.
Le canon qui joüa dessus tua trois hommes & une fille & en blessa quelques autres, & démonta un Cavallier sans luy faire autre mal.

- Le 29. De la nuict du Lundy venant au Mardy, une Galiotte sortit de la Rochelle, pour aller en Angleterre haster le secours, & passa sans aucun empeschement.

 Mars 1628

- Le troisiesme Mars, les Rochelois receurent lettre par terre des Sieurs David, Vincent, & Dehinsse, dattée du quatriesme Février, & escrite en chiffre, qui portoit que dans le mois de Mars ou d’Avril au plus tard, l’armée seroit preste pour leur porter le secours d’hommes, de vivres & munitions necessaires ; ce qui rejoüit bien fort toute la Ville. La lettre estoit telle.

MESSIEURS
Ayans receu la vostre par le Sieur de Baussai, nous avions tellement pressé l’envoy des provisions que Monsieur Dehinsse qui devoit les conduire estoit parti pour Plemud, mais aiant rencontré par le chemin le Sieur Gorribon, qui en son passage a trouvé vers Bretaigne l’armée Navale du Roy, qui estoit d’environ soixante voiles. Ils ont creu que le convoi estant foible indubitablement le tout seroit pris, ainsi ils sont retournez & avons representé à sa Majesté vostre estat, il nous a promis de vous secourir d’une puissante armée de mer en Mars pour le certain, ou au moins en Avril, sous le bon plaisir de Dieu ; & cependant qu’on fera risquer divers petits Vaisseaux avec du bled. Aiez bon courage, sans delai on ira à vous avec hommes & toutes provisions, faites en estat, & faites aussi provision de chalouppes, ce sont, Messieurs, Vos tres-humbles & obeïssans serviteurs. David, Vincent. De Londres le 4. Fevrier 1628.

En ce mesme temps furent mis nombre de Navires en plusieurs endroits de la Digue, outre ceux qui y estoient, & estoient liez les uns aux autres par de gros cables, pour empescher que rien ne passast.

- Le 6. Il y eut une escarmouche entre les Assiegeans, & ceux du Fort de Tadon, sans grande perte de costé ni d’autre.

- Le 11. Monsieur le Cardinal de Richelieu Lieutenant general pour le Roy en l’armée, aiant (comme on disoit) des intelligences secrettes avec aucuns de la Rochelle, vint avec environ huict mille hommes, tant Infanterie que Cavallerie, & grand nombre d’eschelles, ponts, petards, cordages, madriers, & artifices, qui estoient portez dans dix chariots, jusques au Plessis, maison ruinée & distante de la Ville de cinq à fix cents pas : la nuict luy estant favorable pour faire seurement ses aproches, veu qu’elle estoit fort obscure & venteuse. Le principal but de son dessein & entreprise estoit de pettarder la fausse Porte des Salines, qui est Maubec, escaler les Bastions du Gabut & de l’Evangile ; essaier par le pettard la Porte neufve, & celle de Sainct Nicolas, tenter à bon escient l’ouvert de la Chaisne, & branqueter entre les deux le Fort de Tadon : Cependant que diverses bandes iroient donnant en divers endroits de fausses alarmes, pour divertir & dechirer les forces de la Ville : Et luy assistoient à cette haute expédition, les Mareschaux de Schomberg, & de Bassompierre, exhortans l’infanterie de donner avec cette assurance, que jamais dessein ne se fit avec si peu de risque. Que sa Majesté avoit dans la Ville, huict à neuf cents confidans, tous bons hommes, & que par l’ouverture du Pettard, le trajet des Ponts, & l’aide des Eschelles, tous moiens bien adjustez, on les rendroit à l’aise & quasi en bataille dans le milieu des rües, & places d’armes : Que là s’embrasseroit en tout heur & félicité la fortune toute entiere, avec ses meubles plus précieux, & qu’apres une telle gloire, il n’y avoit plus rien à souhaiter pour eux. Mais tandis que ces belles paroles couloient avec facilité, & que le cœur voloit aux gens de guerre ; voicy que tout à coup la rouë du dessein se trouve cloüée & chevillée sans qu’on sache à quoy l’attribuer, sinon à ce que la nuict que ledit Seigneur Cardinal, avec raison avoit choisie très obscure, mit de la confusion dans l’ordonnance des troupes & executeurs, où à la varieté de tant de pièces & de ferrailles, qui causa de l’embarras, où bien à quelque mal entendu parmi l’armée, quoy que soit, toute cette nuict s’escoula jusqu’au jour, sans qu’il fust rien entrepris, sinon qu’on envoya recognoistre les Portes par quelques Soldats asseurez, qui en fraperent les Ratteaux & premiers Ponts levis, sans que le Guet de la Ville, qui se faisoit assez bon en ces lieux en ouïst aucune chofe.

- La nuict du Dimanche venant au Lundy 13. ledit Seigneur Cardinal de Richelieu, voiant que son desseing sur la Rochelle avoit manqué, en entreprit un autre sur le Fort de Tadon, afin de voir s’il ne luy reussiroit point mieux. Et pour cet effect il choisit la fleur des troupes de l’armée, qu’il fit mettre en trois Bataillons : Au premier estoient les Enfans perdus, de quelque cent cinquante à deux cents hommes, commandés par les Sieurs de Marillac & de Sourdis, Capitaine au Régiment des Gardes ; Le second faisoit le Corps de Bataille, ou commandoit le Mareschal de Schomberg en propre personne, & estoit de quelques huict cents des plus lestes, hardis & vigoureux Soldats de l’armée, avec la fleur de la Noblesse, qui devoient donner ensemble : Le troisiesme, qui estoit le plus gros, ne devoit seulement que soustenir, sans se faire de la meslée, aiant la Cavallerie à ses ailes. Cela ainsi ordonné, il les fit marcher tout le long de la Falaise, sans faire de bruit, jusqu’a la teste du Fort de Tadon, chasque Mousquetaire aiant son cachemesche, afin de n’estre descouverts. Mais avant que de rien entreprendre, furent envoiez une trentaine de Soldats, qui passerent à sec le canal, veu que la mer avoit entierement perdu, voulans harseler & amuser le Corps de Garde de la Tenaille, & Porte des deux Moulins, & donnans l’alarme de ce costé là, d’autant mieux asseurer la vraie entreprise sur ledit Fort de Tadon qui est presque à l’opposé. De plus il adjouta à ce tour de guerre, cet autre, d’envoier un Soldat acort à la Porte de Sainct Nicolas, hucher à ceux qui estoient en garde au Rasteau de ladite Porte, au nom de ceux dudit Fort, qu’ils n’eussent point à tirer, pour quelque chose qu’ils ouïssent, & advisassent, tout le long de la Courtine dudit Fort, d’autant qu’ils avoient un contre dessein à jouer sur les assiegeans qui venoient à eux le long de la mer & qu’ils ne pouvoient tirer dans la confusion de cette meslee, qu’avec plus de péril pour ceux du Fort, que pour les attaquans, lequel advis ils receurent, & fut la cause qu’ils ne firent point de feu, & seulement entendans tirer donnèrent l’alarme en Ville. Ce soir commandoit dans ledit Fort, par le sort du billet, le Sieur Pontlevain, Gentilhomme de Xaintonge, qui outre sa compaignie en avoit cinq autres, sçavoir, quatre Françoises & une d’Anglois. La Sentinelle qui estoit à l’oest entrouït bruire les cailloux du rivage, mais le vent qui venoit du Nort en le croisant, luy desroboit le jugement de son ouïe, & l’occasionna de regarder plus attentivement de cette part, vers laquelle il luy sembla appercevoir comme une grosse ombre, qui flottoit à hauteur d’homme devant luy, sans pouvoir autrement discerner que ce pouvoit estre. Il s’esmeut neantmoins & tira son coup, à la lueur duquel il descouvrit ces bataillons, & vit que desja ils estoient dans les approches. Leur Chef se voiant descouuert fit marcher deux de ses premières troupes par le travers des laisses de la mer, comme s’il eust voulu donner à la Porte de Sainct Nicolas & apres les avoir faict advancer jusqu’entre la Ville & ledit Fort, vis à vis du Gabut, pour se mettre le vent aux espaules (qui de ce costé là souffloit impétueux aux yeux de ceux dudit Fort) & en suite aiant fait faire demi tour à droit, & descouurir leur mesche, leur commande à haute voix la première attaque. A quoy ils obeïrent sans marchander, & sur tout les enfans perdus. Mais ils y trouverent leur partie en bon estat, & bien disposée à les recevoir, & le Fort moins accessible qu’on ne leur avoit figuré. D’abord & presque tout le temps que dura l’attaque, les Capitaines du Fort, furent d’advis de ne faire tirer qu’à brusle pourpoint, quelque impatience & envie qu’en eussent les Soldats : par ce qu’a leur jugement ils n’avoient point de coups à perdre, & qu’ils avoient assez de quoy s’exercer en cette occasion qu’ils voioient avoir esté commencée avec beaucoup de conduite , & estimoient devoir estre poursuivie avec une longue opiniâtreté. Mais cette pensée quelque raisonnable qu’elle fust, n’arriva pas, car les premiers aians donné vivement jusques sur le bord du fossé, & y aians rencontré de l’embarrassement par les Chevaux de frise, qu’on avoit mis le long de la falaise, furent arrestez sur le cul, & là chaudement saluez en front & par le flanc de la mousqueterie, & de quelques coups de pierriers, dont les plus advantureux Soldats & des premiers donnans y demeurerent morts, ou hors de combat. Le Marefchal de Schomberg, vint luy mesme à la charge. Mais comme il vit que ses gens estoient en desordre il se retira, & s’en alla un peu à l’escart du Fort où il fit son raliement comme s’il sust voulu redonner : C’est ce que ceux du Fort creurent & espargnerent leurs coups, les reservans pour cette seconde charge. Mais ledit Sieur Mareschal se contenta de retirer ses morts & blessez. Ce qui ne fut senti par eux qu’apres qu’il eut desja demi tourné teste pour sa retraite, laquelle fut serrée en queue de quelques coups de canon & pierriers, tant de la Ville que du Fort, & de quelque escopeterie. Le vent estoit si grand que pas un des premiers coups ne fut ouï dans la Ville. Ce qui fit avec la surprise faite (comme j’ay dit) à ceux de Sainct Nicolas, que l’alarme ne s’y donna point qu’il ne fust jour, & que l’attaquant n’eust presque tout à fait disparu. Le jour venu il ne se trouva que dix morts & quelques blessez d’entre les entrepreneurs, les autres aians esté remportez par leurs Camarades, comme il fut sceu puis apres par quelques Soldats qui se rendirent en la Ville, où ils raporterent qu’il y estoit mort quelque quatre vingt à cent hommes & force blessez. Quant à ceux du Fort aucun n’y fut blessé ni tué.

- Le 14. Les Rochelois firent extraordinairement dans tous leurs Temples des prières publiques, pour rendre grâces à Dieu, de ce qu’il les avoit gardez & delivrez de cette entreprise, & le prier de vouloir continuer à l’advenir sa sauvegarde sur eux.

- Le 16. qui estoit jour de Dimanche aiant esté donné à la devotion, Dés le lendemain matin nous nous trouvasmes au lever du Duc, qui nous dit que luy & trois autres du Conseil avoient esté nommez pour Commifsaire, afin de faire avec nous un traitté en forme, au nom de sa Majefté, qui servist à faire paroistre à tout le monde une telle union entre luy & nous, qu’on perdit toute esperance, ou qu’il nous abandonnast, ou que quant à nous, nous peussions nous destacher de luy par un accommodement separé. Mais en suite il revint à la proposition qu’il nous avoit desja faite, & nous dit que c’estoit à nous d’adviser à ce que nous pourrions proposer de nostre part, pour bien affurer sa Majesté, & l’obliger aux grands frais qu’il conviendroit faire, pour entreprendre à bon escient notre defence.
A cette demande nous jugeasmes plus seur d’interroguer que de respondre, & luy dismes qu’en l’infinie disproportion de nous à un si grand & puissant Monarque ; Nous n’avions pas assez de temerité pour presumer que nous eussions chose aucune qui fust digne de luy estre offerte, ni qui peust estre mise en paragon avec la gloire d’une action si grande & si genereuse, comme ceroit celle de nous avoir secourus. Que les grands Roys sont en cela, les images de Dieu, qui font du bien à ceux dont ils n’en peuvent recevoir. Neantmoins que si il y avoit chose aucune où nous fussions capables de luy tesmoigner nos entieres reconnoissances, & en attendant l’assurer de la sincerité de nos intentions, à ne point faire un traitté separé, nous l’escouterions avec tout respect.
Sur cela avec assez de difficulté, & en paroles fort embroüillées, comme un homme qui a à dire une chose dont il ne se voudroit pas exprimer, il nous toucha deux choses, Premierement ce qu’il nous avoit desja ouvert, touchant quelques jeunes enfans de maison, qu’on envoiast icy pour ostages. Secondement qu’en cas de necessité, nous nous obligeassions de donner retraitte aux armées du Roy, soit de Mer, soit aussi de terre. A quoy il adjousta qu’il avoit desiré en communiquer avec nous, avant nostre abouchement avec les Commissaires, afin que devant eux il n’y eut rien à débattre, ce qui nous pourroit porter prejudice.
Nous luy respondismes, que puis que S. M. avoit à gré que nous couchassions un traitté nous en esbaucherions les Articles, & les luy communiquerions au plustoft. Ce qu’il trouva bon, & nous promit de nous envoyer le Sieur de Vic son Secrétaire, à l’apres-midi.
Lors que nous fusmes en nostre privé, & que nous peusmes communiquer entre nous, nous tombasmes d’acord que ces deux ouvertures estoient dangereuses, & un piege tendu à nostre liberté. Quant aux ostages, qu’il feroit grief à nos concitoiens de se voir arracher leurs enfans, pour aller humer un air estranger, & d’estre liez par de si chers gages. Quant à l’autre, la consequence nous en sembloit plus grande, & le danger plus imminant : Veu que s’ils avoient la pensée de se saisir de nous, ils n’auroient sinon à faire une feinte, & sous-ombre de cercher retraitte , eftans entrez les plus forts, forcer la Ville à reprendre leur ancien joug. Si un tel malheur advenoit, que nostre Ville seroit un theatre eternel de guerre ; Veu que le Roy ne nous l’airroit jamais entre leurs mains. Cela mesme ne fust il à craindre, que le joug de leur domination estoir trop pesant pour le subir de plein gré, & que prix pour prix, s’il faloit en estre reduits à ce point, de perdre nostre liberté, toutes sortes de raisons nous obligeoient à demeurer soubs nostre vrai & legitime Maistre, & ainsi recercher les moiens, lorsque nous nous en verrions là de faire avec luy nos conditions. Mais veu que c’estoit la derniere extrémité, à laquelle nous devions tascher partout ce qui se pourroit de prudence de ne nous laisser pas reduire, Ce qui escheoit pour l’heure, estoit de nous temperer en sorte, d’un costé que nous esquivassions ces propositions, autant que nous le pourrions, sans les mescontenter : Mais de l’autre, si ils y insistoient, qu’en l’instant d’un coup si important comme estoit celui du ravitaillement present de la Ville, nous ne le retardissions point, par le rebut de ce qu’ils pourroient demander, & leur accordassions tout ; Nous remettans pour le surplus à la Ville, qui en suite en ratifieroït ce qu’elle verroit à propos pour sa seureté.
Estans tombez tous trois dans ce sentiment, selon qu’en toute nostre gestion nous avons toujours esté tres-unanimes, nous prismes la plume, & dressasmes le projet de nostre traitté, afin que les Articles d’iceluy estans arrestez entre nous, & couchez sur le papier, nous marchassions plus seurement en nostre communication, soit avec le Secrétaire du Duc , soit avec les Commissaires. Ainsi en aians assez longtemps conféré ensemble, nous luy donnasme cette forme.

TRAITTÉ entre le tres-glorieux Prince, Charles, par la grace de Dieu Roy de la Grande Bretagne & les Maire, Eschevins, Pairs, Bourgeois & habitans de la Ville de la Rochelle, faisans pour eux leurs Deputez soubssignez. [1]

Charles 1er Stuart, roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande de 1625 à son exécution en 1649. Peint par Antoine van Dyck vers 1630.

Les Députez de la Ville de la Rochelle, munis de bons & amples pouvoirs, s’estans presentez à sa Serenissime Majesté, & l’aiant tres-humblement Supliée de vouloir prendre & recevoir ceux de la Ville de la Rochelle, soubs la protection & sauvegarde & leur en faire sentir les effects, par une assistance digne de sa Maiesté, au moien de laquelle ils puissent estre delivree de l’oppression laquelle ils souffrent maintenant & estre remis en la bonne grace de leur Prince le Roy tres-Chrestien, pour jouïr d’une bonne & asseurée paix : Sa Serenissime Majesté enclinant favorablement à cette Requeste leur a accordé sa protection, & en ont esté reciproquement stipulés les articles qui s’ensuivent.

Premièrement quant auxdits de la Rochelle, ils presteront toute l’aide & faveur à eux possible pour l’advancement & heureux succés des armes de sa Serenissime Majefté : en équippant le plus de vaisseaux de guerre, qu’il leur sera possible, pour favoriser les executions de l’armée de mer de S. M. en luy fournissant de pilottes expérimentés, pour ce qui est des costes qui leur sont voisines, & les emboucheures des Rivieres, en pourvoiant à ce que ceux auxquels S. M. en pourra donner l’ordre, trouvent en leur Ville, des magasins & lieux propres, pour faire une Estape de toutes sortes de provisions, si il est jugé à propos ; en recevant les Vaisseaux, que le mauvais temps contraindroit de relascher vers eux, ou qui y seroient poussez par quel qu’autre necessité, en cas mesme que toute l’armée de S. M. se trouvast pressée, luy donnant retraite & abri, & pourvoiant à sa seureté.

2. Lesdits de la Rochelle ne presteront l’oreille à aucun accommodement particulier, & n’entendront à traitté quelconque de paix, sinon du gré & entier consentement de sa Majesté.

3. S’il avenoit cy-apres, qu’il se fîst quelque entreprise de la part de la France, sur les Estats de sa S. M. au sujet de laditte assistance, laquelle maintenant il leur offre ; ils se declareront en sa faveur, & divertiront de tout leur pouvoir les desseins qu’on auroit à son prejudice.

4. Pour foy & asseurance de cela, dés a present lesdits Députez, le promettront au nom desdits de la Rochelle, & s’obligeront de leur faire ratifier, en faire faire un serment solemnel, tant aux Maires, Eschevins & Pairs de la Maison commune, qu’aussi à tous les Bourgeois & habitans, extraordinairement assemblez pour cet effect.

5. Quant à sa Serenissime Majesté, il leur promet en parole de Roy, de les secourir à ses propres frais & despans, & par Mer & par terre, selon sa puissance Royale, jusques à ce qu’il les ait liberez des forts qui sont tant en l’Isle de Ré, qu’és environs de leur Ville, & leur ait moienné la paix. Pour cet effect que dés-apresent il fera armer puissamment pour à ce Printemps, executer quelque chose digne de S. M. Moyennant quoy les desseins qu’on a contre ladite Ville puissent estre divertis, & les troupes qui la pressent soient obligées de luy donner du relasche, jusques à ce que enfin par l’heureux succés qu’il plaira à Dieu de donner à ses armes elle en soit entièrement delivrée.

6. Sa Majesté durant tout le temps que la guerre continuera, assistera ladite Ville, d’un tel nombre de soldats d’entre ses Sujets, qu’elle jugera en avoir besoin pour se garder, lesdits soldats soldoiez par sa Majesté.

7. Sa Majesté permettra, tant à ses Sujets, qu’aux habitans de ladite Ville, de charger en tous ses Estats, toutes les provisions, desquelles elle a besoin, & en fera expedier des Pattentes Authentiques, qui seront envoiées en tous les Ports & Havres ; afin qu’en vertu d’icelles, sans autre plus particulier passeport, les Marchands puissent faire librement leurs Achapts & Cargaisons, sans estre troublez au transport.

8. Dés a present S. M. fera partir avec un suffisant convoi les bleds & autres provisions, qui par son commandement se trouvent chargez, pour au plustost estre portez en ladite Ville, & y estre debitez a prix honneste.

9. Pour soulager la pauvreté de la Ville, & subvenir à ses plus pressentes necessitez S. M. permettra une Collecte en tous ses Estats ; & dés-apresent establira l’ordre qui est necessaire pour cela.

Le Duc de Buckingham, Amiral anglais (1592 - 1628)

10. Ayant esté cy-devant compilé certains articles de traitté, entre ie Seigneur Duc de Buckinghant son grand Admiral, & lesdits de la Rochelle, dont ledit Sieur Admiral auroit accordé les uns, soubs le bon plaisir de S. M. & remis les autres à une plus particulière conférence, Dés à present sa Majesté a agreé & tient pour bons & valables ceux que ledit Sr. Admiral en a passé, & quant aux autres, les fera examiner au plustost, pour, sur iceux donner ausdits de la Rochelle, tout le juste contentement qu’ils peuvent attendre.

11. Enfin cas advenant que S. M. vienne cy-apres à quelque pourparlé de paix avec le Roy tres-Chrestien, lesdits de la Rochelle y seront appellez par sa Majesté, & nul traitté ne se conclurra, sans stipuler bien expressement leurs Privileges & immunités, selon les mémoires qu’ils en fourniront ; Sa Majesté s’obligeant en outre de leur garantir ledit traitté.

David, Vincent, Dehinsse.

Ces Articles ainsi compilés, nous attendions le Secrétaire du Duc, Mais il ne vint point n’y ce jour là n’y le lendemain, de sorte que nous mesmes le Mercredy 19. les allasmes porter au Duc, qui les retint pour les considerer à loisir, & nous promit qu’il en confereroit avec les Commissaires, & nous manderoit.
Retournés à la maison, nous y trouvasmes son Secretaire, qui tesmoigna estre fort mary de son delai, qu’il excusa sur des affaires pressées ; Mais de nostre part il nous vint bien plus àgré qu’il ne nous eust point veus, aimans mieux communicquer avec le Maistre, que non pas avec le Serviteur.

Nous laissasmes couler jusques au Samedy 22. & voians qu’il ne nous mandoit point, nous recerchasmes l’occasion de nous presenter à luy ; Mais il nous fit dire qu’il estoit occupé pour des affaires urgentes du Roy. Mais au fonds la vérité estoit qu’il évitoit nostre rencontre, sur une difficulté que luy & les autres Commissaires avoient trouvée sur le cinquiesme Article de nostre traitté qu’il vouloit estre changé. Mais ne desiroit pourtant en entrer en contestation avec nous.
Le moien qu’il choisit fut d’envoier son Secrettaire vers Monsieur de Soubise, auquel il fit entendre que les termes esquels nousxdesirions que le Roy s’obligeast à nous, avoient quelque chose de trop précis. Ainsi qu’il le prioit de nous amener à les adoucir, & le concevoir en ces termes.
« Quant à sa Majesté, estant meuë, de la bonne affection qu’elle à toujours eue pour les Eglises, & particulièrement pour ladite Ville de la Rochelle, Elle promet en foy & parole de Roy, de leur donner toute l’assistance convenable, jusques à une bonne & ferme paix. »
Monsieur de Soubise en aiant conféré avec nous, nous receusmes grand déplaisir de ce changement, & craignismes qu’il ne vint de quelque crainte qu’ils eussent de ne nous pouvoir obtenir une paix qui nous delivrast de nos fers, & sur tout de ce fort, pour lequel ils avoient entrepris la guerre. Neant moins nous ne jugeasmes pas qu’il falusst apporter la moindre accroche au traitté. Ainsi nous remismes au net nos articles ainsi corrigez, & le Jeudy 27, les portasmes au Duc, qui les aiant pris de nostre main, & leus en nostre presence, nous tesmoigna qui les approuvoit, & nous dit que sans autre communication avec les Commissaires, dont il n’estoit plus de besoin, puis que tout estoit convenu, il les porteroit au Roy & les presenteroit au Conseil, & nous asseuroit que nous en aurions tout contentement.
Estans partis d’auprès de luy ce nous fut beaucoup de joye, de ce que le Duc ne nous avoit plus parlé n’y d’ostages n’y de recevoir les armées en la Ville. Et d’ailleurs que sans avoir esté obligez à nul débat avec les Commissaires, nos articles estoient receus.

- Le Mercredy 22. Sur les cinq heures du soir & estant pleine mer, le Sieur Jean David, Capitaine d’une Patache de guerre, venant d’Angleterre, passa au travers de toute l’armée Navale, & de tous les embarras de la Palissade, aiant pris du costé de Portneuf & entra dans la Rochelle sans perte d’hommes, nonobstant environ deux cents coups de canon, & un nombre infiny de mousquetades, qui furent tirez sur luy en passant, tant des Navires que de toutes les Batteries. Ce qui le mit en plus de péril furent les Galiottes qui le poursuivirent jusques fort proche de la Chaisne, bien qu’il fist jouer son canon & ses pierriers sur icelles à mesure qu’elles s’approchoient de luy. Quoy que ce soit, il arriva sain & sauf, seulement il jetta dans l’eau son pacquet de lettres, sur la crainte qu’il eut deux à trois fois d’estre pris, & fut sçeu que il fut trouvé par ceux de la Palissade.
A la mesme marée sur les six heures du soir, le Capitaine Jean Martin, dit Sacremore, commandant aussi dans une Patache de guerre, passa au mesme lieu qu’avoit fait l’autre, tirant apres soy une prise chargée de vin de Bourdeaux. Mais veu que la mer perdant, il ne se trouva pas assez d’eau pour entrer en la Ville, sa prise s’eschoüa contre la Palissade, & fut aussi tost abordée & prise des Galiotes. Quant à luy il donna jusques sur les vazes du costé du Fort de Tadon, & à demi-portée de mousquet de la Ville, d’où il se rendit en Ville en une Chalouppe, pour porter son paquet au Maire. Lors que ce vint fur la minuict, (la mer estant toute basse & retirée) ceux de Coureille vindrent attaquer son Vaisseau, aportans forces eschelles pour y monter, & aussi du bois & du feu pour le bruler, en cas qu’ils ne le peussent prendre. Mais encore qu’il n’y fust resté que dix hommes, ils se deffendirent avec tant de vigueur, qu’ils donnèrent temps à ceux de la Ville de les secourir & à la marée du matin se rendirent au port, aians perdu en ce combat cinq hommes, & trois de blessez : Il y avoit esdites deux Pataches, quelque vingt & cinq à trente thonneaux de bled, tant fromant que seigles & autres provisions & raffraischissemens qui apartenoient à des particuliers.
On receut beaucoup de joie de l’entrée de ces Pataches, sur tout à cause du pacquet que la derniere avoit conservé, où estoient les copies de toutes les depesches que les Deputez avoient jusques là escrites, & les memoires de leur negotiation.
...

- Le jeudy 24. furent fondues dans la Rochelle, quatre pièces de canon de fonte verte deux entorçis de dix-huict livres de balle & les autres deux en demi torsis de dix livres de balle : dont il ne s’en trouva que trois de bonnes, une des grosses aiant manqué, veu que la moule n’estoit bien sec.

- Le 30, les Maires, Eschevins, Conseillers, Pairs, Bourgeois & gens de guerre, s’estans assemblez en l’Hostel de Ville, jurerent & promirent garder le traité, qu’avoient faict leurs Députez avec le Roy de la Grande Bretagne : en la protection & sauvegarde duquel ils se mettoient, sans toutes fois desroger à la fidelité & obéïssance qu’ils devoient au Roy tres-Chrestien leur Naturel & Souverain Seigneur.

 Avril 1628

- Le premier d’Avril arriva à la Rochelle un jeune homme nommé Vivier, serviteur du Sieur Vincent, despeché par luy de Hollande, où suivant l’ordre qu’il en avoit, il estoit passé, pour procurer quelque soulagement de vivres & munitions pour laditte Ville. Lequel Vivier rendit au Maire cette lettre dattée du sixiesme de Mars de cette teneur, en chiffre.
Messieurs, outre deux hommes que ie vous ai envoié de ce païs je vous depesche ce troisiesme pour vous donner advis de l’estat, où j’ay laissé les affaires en Angleterre, & de ce que je fai icy. Je vous diray donc que là on se dispose à vous secourir avec de grandes puissances, & par mer & par terre, moiennant la grace de Dieu, & qu’en attendant on avoit resolude vous faire couler des provisîons ; Pour à quoy travailler, Messieurs Bragneau & Dehinsse devoient partir de Londres pour Plemud le quatorze du passé, & que Monsieur le Comte d’Embei les suivroit aussi tost. J’espere que vous en aurez receu quelque chose. Quant à moy : je partis de Londres le dix sept avec Monsieur Dolbiere, venu icy pour acheter des armes & des chevaux, & arriuay le vingt & un en Zelande : où j’ay sejourné huict jours, pour dispofer des particuliers à charger des bleds pour vous envoier. Ce qu’aiant mis en train, comme j’espere que vous en sentirez les effets, & qu’il vous en ira de là Cent cinquante thonneaux : Je suis venu icy, où je parlai hier au soir à Monsieur le Prince d’Orange, qui me fit bon accueil, & ne suis pas sans esperance, que soubs main nous n’en tirions quelque aide, à tout le moins d’argent. Cela estant, j’espere faire une grande Cargaison à Amsterdam, ou j’iray au plustost, & desja ay disposé par lettres plusieurs Marchands à y entrer. De tout cela j’ay creu qu’il importe vous donner advis, & qu’il ne faut point espargner l’argent en Messagers, afin que de plusieurs l’un au moins vienne à vous. J’ay donné cent livres à cestui-cy, & vous prie s’il s’acquitte bien de sa promesse de luy faire une honnesteté, C’est Vostre tres-humbîe & très-obeïssant serviteur & Député Ph. Vincent.
Messieurs De la Haye en Hollande ce 6. Mars 1628
L’esperance qu’on conçeut de la prompte arrivée du Comte d’Embei suivant ces lettres réjouit grandement les Rochelois.

- Le 8. la nuict du Dimanche venant au Lundy la Batterie Royale & les forts Louys, Miroeil (dit du Saint Esprit, qui n’avoit encore tiré) & la Fons, tirèrent depuis les neuf heures du soir, jusques à quatre heures du matin des boulets à feu. Ce fut neantmoins sans tuer ny blesser personne, n’y mettre le feu en aucune maison, & ce au moien de la pourvoiance qu’on y aporta, aiant mis des sentinelles aux Clochers, qui aussi tost que le boulet estoit tombé crioient pour advertir du lieu ou les particuliers l’alloient cercher, avec une griffe de fer faite expressement pour cela, les saisissoient aisement, & les portoient en rue. Autrement leur ardeur estoit telle que les laissans tant soit peu ils embrasoient tout aussi tost les planchers, qui sont d’ordinaire d’ais de sapin. Et s’en est trouvé tel qui à percé en moins de rien trois estages.

- Le Mardy 10. le Maire aiant eu advis que les assiegeans faisoient miner és premières Maisons ou mazures de la Fons, à cinq cens pas de la Ville, fit sortir par la Porte de Coigne deux compagnies d’infanterie, & quinze à vingts chevaux pour en sçauoir la vérité. D’abord ils descouplerent huict Cavaliers, & une quinzaine de soldats, conduits par un Sergent, pour recognoistre qu’elle force il y avoit, tandis que se coulans par le couvert du grand chemin, ils donnèrent iusques auxdites Maisons, dont ils esperoient se rendre maistres, Mais le secours qui leur vint des forts prochains les força quant à eux de se retirer, & se jettérent pour là plus grand part, dans les mazures & Tonnelles des Moulins, à trois cents pas de la contr’escarpe : où les autres tout incontinent les vindrent escarmoucher, quoy qu’assez peu en nombre pour les attirer dans l’embuscade, qu’ils leurs avoient dressee à cent pas de là dans un fons de chemin : Ce fut toutesfois sans effet, Veu qu’ils se retindrent en leur fort, jusques à ce que le secours qui leur vint de la Vilie leur donna moien de se retirer. De ceux de dehors un Sergent fut blessé à mort, d’un coup d’arquebuse à roüet, au travers du corps : & fut enterré à la piece destachée de la Porte de Cougne. De ceux de dedans un soldat fut blessé legerement à la jambe. Cette sortie n’aiant peu rien descouvrir de ce qu’on avoit desir de sçauoir, le Maire en tout evenement fit creuser au milieu du fossé depuis ladite Porte jusqu’au Boullevart de l’Evangile.

- Le 12. de la nuict du Mercredy venant au Jeudy sur les quatre à cinq heures du matin, un boulet à feu venant du Fort Louis, mit le feu dans une des maisons de l’hospital, qui se trouvant pleine de foin & de paille, il y eut bien de la peine à esteindre : & y fut tué un homme & un autre blessé d’un coup de canon, tiré dudit Fort Louys, qui en delascha jusques à vingt pendant que le feu dura : L’hospital ne receut neantmoins aucun dommage, au moien du secours qui fut diligent.

- La nuict du Samedy venant au Dimanche 15, un boulet a feu venant de la Batterie Royale tua une ronde comme elle alloit du Corps de Garde de la Porte de Cougne, à celuy du Bastion des grands Lappins.

- Le Mardy au matin 17. & dés l’aube du jour, le Maire fit sortir par la Porte de Cougne, vingt & cinq chevaux & cinq compagnies d’infanterie, avec quelques volontaires pour descouurir de nouveau si les assiegeans faisoient travailler comme on avoit dit aux premières maisons de la Fons ; Mais ils n’y trouverent personne, ni apparence de travail.

- Le Mercredy venant au Jeudy 19. sur la minuict, ceux de la Fons vinrent abattre & raser à fleur de terre, les maisons à demi-rompues des Moulins de la Fons prés la Ville : & de là mirent le feu en trois Moulins les plus proches. Ce qui aiant faict monter une fort haute flame dans l’air, fit croire à ceux des forts Louys, Miroeil, & Batterie Royale, que le feu fust en plusieurs maisons de dedans, & les occasionna de tirer tout le reste de la nuict des boulets à feu, & autres, à travers la Ville. Ce fut toutefois sans tuer n’y blesser perfonnerurils combien qu’il fust tiré cette nuict, cent soixante & cinq coups de canon.

- Le Lundy 23. sur les deux à trois heures apres midi, le Roy arriva pour la seconde fois devant la Rochelle, aiant fait ses Pasques à Surgeres. Pour sa bien venuë on délascha trois fois le canon de toutes les Batteries & Navires, & sur tout furent envoiez plusieurs boulets à feu sur la Ville. Le soir à neuf heures la mesme Musique se fit ouïr fans autre effet, toutefois que le fracas de quelques toits. Sa Majesté avoit esté absante depuis le dix de Fevrier jusqu’aux dit jour vingt & trois d’Avril. C’est à dire deux mois treize jours.

- Le Mardy 24. vinrent à la Porte de Cougne un tambour & deux trompettes, qui dirent avoir charge de sçavoir si ceux de la Ville recevroient un heraut en cas que le Roy le leur envoiast, mais on ne fit point de response, d’autant mesmement qu’on ne scavoit pas encores que sa Majesté fust au Camp.
Le mesme jour sur les onze heures du soir, un boulet à feu venant de la Batterie Royale mit le feu dans une maison plaine de foin & de paille, devant le Clocher de saint Barthélémy, joignant la grand Escole, qui est l’un des Magasins de la Ville, & fut cette maison presque toute brulée, sans toutefois endommager ledit magasin, tant pource que la muraille estoit bonne & fort espaisse de ce costé là, que pource qu’on fît grand devoir d’esteindre le feu avec des peaux de Bœufs, & autres choses semblables.

 Mai 1628

- Le Dimanche deuxiesme de May fut faict Maire au lieu de Jean Godefroy Escuier Sieur du Richard, Jean Guitton Escuier ; Le mesme qui avoit esté Admiral pour les Rochelois és guerres de mil six cens vingt & un, & mil six cens vingt & cinq.

- Le Mardy 4. il fut trouvé à la Coste de S. Nicolas un petit coffret de planches de sap, bien clos, dans lequel estoit un billet, advertissant les Rochelois de prendre garde à eux, & qu’en peu de jours ils devoient estre attaqué en plusieurs endroits, & principalement à la Chaisne , & au Fort de Thadon, & qu’il seroit jetté dans la Ville forces feux d’artifices. Ce qui leur fit doubler leurs gardes, & se tenir en estat.

- Le Jeudy 11. sur les deux à trois heures apres midi, l’armée Angloise commandée par le Comte d’Embei (beau frere du Duc de Buckingham) parut vers le pertuis Breton, composée de onze Ramberges, trente à quarante Navires de guerre, & autant d’autres vaisseaux chargez de vivres & munitions : & vint sur les quatre à cinq heures du soir, mouiller l’ancre à Chef de Baye. A son arrivée l’armée du Roy, qui y estoit en rade se vint mettre à couvert prés la Digue, & les Batteries des pointes de Coureille & de Chef de Bayë, que le Roy y avoit fait dresser expressément pour battre en ladite rade, & empescher les Navires, qui voudroient passer, pour porter des Vivres dans la Rochelle. Ces Batteries incommodèrent tellement l’armée Angloife (& entr’autres l’Admiral qui avoit mouillé le plus proche de terre) que dés le soir mesme elle desencra pour se mettre plus au large, & hors de la portée du canon desdites Batteries.

- Le Dimanche 14. les Sieurs Bragneau & Gobert Deputez de la Rochelle, & tous les Capitaines François, voyans comme le Comte d’Embey & son Conseil ne se mettoient en devoir de forcer la palissade, pour faire entrer le Ravitaillement dans la Rochelle, & que le temps s’escouloit sans rien faire, luy presenterent & à son Conseil un escrit, signé deux tous : par lequel ils le supplioient de mettre à execution les commandemens que le Roy leur Maistre leur avoit faits, aussi tost estre arrivez devant la Ville d’y faire entrer le secours. Et à cet effet leur dirent qu’il estoit necessaire.
1. De faire garnir les Barques Françoises où estoienr les vituailles de nombre suffisant de soldats, pour les defendre des Pattaches & Galiottes qui gardoient la Palissade.
2. Que chacun des Navires à feu, eust, outre la chalouppe, un bon grand batteau, bien armé & équippé d’hommes pour les garantir des empeschemens qui leur pourroient estre donnez en leur execution.
3. Que tous les Navires Anglois, tant ceux de sa Majesté, que autres, eussent par leur commandement à s’advancer vers la Palissade, pour avec les Nauires de guerres François faire retirer ceux des assiegeans, & tandis qu’ils feroient leur execution, & qu’on combattroit faire passer les Navires chargez de Vituailles, tant François que Anglois dans la Ville.
Et pour les mieux accourager, ils promettoient tant en leur nom propre & privé qu’au nom de laditte Ville, en vertu de leur Commission. Qu’en cas que dans cette execution, il vint à se perdre quelqu’un des Navires, ils seroit payé au Roy ou au Bourgeois selon sa juste valeur : Et de plus que si estans entrez dans la Ville, ils n’en pouvoient sortir, ils seroient nourris & payez aux despans du Public.
Cest escrit estant presenté audit Comte & à son Conseil, & les Députez ayans vivement representé de bouche tout ce qui se pouvoit pour les animer, ils leur respondirent que leur charge, ne portoit pas de combattre ; Mais qu’elle estoit seulement de les conduire jusques où ils estoient, afin que leur presence facilitast leur entrée dans la Rochelle s’il se pouvoit. Qu’ayans executé leur ordre, ils avoient resolu de mettre à la voile le Jeudy au soir, pour s’en retourner en Angleterre, & ce d’autant plus qu’ils avoient esté advertis, qu’il devoit venir bien tost en ces costes une armée Espagnolle, pour les combattre ; Ce qu’ils vouloient éviter, afin de ne hasarder & perdre les Vaisseaux du Roy.
Les Anglois estans obstinez en cette resolution, les Sieurs Bragneau & Gobert considerans en quel danger estoit la Rochelle, despecherent des le mesme soir, pour l’en advertir un nommé Vidault, & ce dans un petit equif que le Comte d’Embei leur donna, & le munirent de deux lettres, l’une qu’il devoit jetter en l’eau vis à vis de la Palissade, qui contenoit sommairement, que les Rochelois n’eussent point à s’estonner, s’ils voioient dans le Jeudy au soir l’armée mettre à la voile, d’autant que ce qu’elle en faisoit n’estoit à autre dessein, qu’apres avoir esté à Bel Isle, rencontrer une partie de ses vaisseaux, que la tourmante & mauvais temps avoit separé du gros, retourner en bref plus puissante, pour les secourir au peril de leur vie. Et l’autre toute contraire & plus véritable, pour advertir leurs Concitoyens, du peu ou point du tout d’affection & volonté qu’avoit l’armée Angloise de les secourir, & la resolution quelle avoit prise de mettre a la voile le Jeudy au soir, pour s’en retourner en Angleterre, nonobstant toutes les prières & remonstrances qu’ils luy avoient peu faire, de donner combat, ou du moins de demeurer en la Rade pour quelque temps : afin que tandis qu’elle seroit là, & les armes à la main, la Rochelle eust moien de recourir à la bonté & clemence de son Prince, pour y trouver grâce, au lieu d’une ruyne totale, que luy pourroit apporter sa retraitte. Que la chose en estant là, ils leurs en donnoient advis, afin qu’ils vissent, si tandis que l’armée demeuroit là, ils ne devoient point recercher la Clémence du Roy, & essaïer de faire leur apointement.
Dés le mesme soir ledit Vidault se rendit en la Ville sur les onze heures de nuit, ayant passé sans empeschement à travers les Navires de guerre & la Palissade, & faisant bonne mine remplit toute la Ville de bonne esperance, & dit merveilles de la resolution des Anglois. Mais en particulier il representa au Maire le vrai estat des choses, & luy rendit sa lettre.
Sur l’heure mesme le Maire fit assembler le Conseil de guerre, & auparavant que de faire lecture de la lettre fit jurer & faire serment devant Dieu à tous, de tenir secret ce qui y seroit contenu, puis le leur communiqua, & de plus fit entrer ledit Vidault qui les instruisit de tout ce qui se passoit en l’armée Angloise. Là dessus ils se resolurent de ne perdre point de temps, & pendant qu’elle estoit là, de recercher la grace du Roy soubs les meilleures conditions qu’il se pourroit, & en telle sorte neantmoins, qu’on ne cognust point que cela vint d’eux. Comme ils estoient en peine comment ils s’y gouverneroient, ils s’adviserent qu’ils ne le pourroient mieux qu’en se servant du sieur de la Leu, qui quelques jours auparavant avoit demandé permission de se retirer hors la Ville, & mesme avoit obtenu du Roy sauf conduit pour cela, & donnèrent ordre à Jean Godefroy Escuier Sr. du Richard de le voir, & le prier en leur nom d’en prendre la Commission, Ce que ledit sieur Godefroy fit le lendemain matin, allant trouver ledit Sr. de la Leu, qui en accepta la charge, & convinrent ensemble, Que si il y avoit esperance de la part du Roy d’obtenir la paix sous de bonnes conditions il envoyeroit dans le jour un trompette ; si soubs de passables & non trop advantageuses, un tambour, & s’il ne pouvoit rien obtenir, il n’envoieroit n’y l’un n’y l’autre. Mais quand il devroit courir risque de perdre la vie il retourneroit dans la Ville rendre conte de ce qu’il auroit faist.
Cela accordé entr’eux & raporté par led. Sr. Godefroy au Maire & Conseil de guerre, il fut arresté que ledit Sr. de la Leu sortiroit de la Ville le Mardy matin, seize, pendant que l’on seroit au Presche, afin qu ?il ne fust veu de personne, craignant que si on le voioit sortir, ses ennemis ne suscitassent le peuple contre luy, pour luy faire du desplaisir, & cependant qu’on tesmoigneroit avoir de bonnes nouvelles, & mesme qu’il seroit donné une chaisne d’or audit Vidault, afin que cela estant rapporté au Camp du Roy, le mesnagement qu’on projettoit se peust faire plus advantageusement. :
De plus, avant que de se separer ledit Maire fît d’abondant faire serment à tous sur la Sainte Bible que ils n’acheteroient aucunes provisions, soit directement où indirectement, pendant le temps que ladite armée Angloise seroit en Rade à chef de Baye, craignant que cela donnast à cognoistre au peuple que ladite armée Angloise (se sentant trop foible pour forcer la Digue, & faire entrer le Ravitaillement dans la Ville) se vouloit retirer, & les laisser en proye, & par ainsi empeschast non seulement le traitté qu’on desiroit faire par le moien dudit Sieur de la Leu, mais mesme mist toute la Ville dans l’espouvante.

- Le Mardy à l’heure designée, on fît sortir ledit Sieur de la Leu, & ne fut aperçeu que de bien peu de gens.
Sur les deux à trois heures du soir (soit que ce fust par son entremise comme il auoit promis, où pour autre sujet) il se prefenta un trompette au fort de Tadon, Mais l’un des Capitaines qui y commandoit fit tirer sur luy, sans vouloir permettre qu’il achevast sa chamade, non plus qu’à un tambour, à qui il fit rompre la caisse, n’y qu’on advertist le Maire de leur venue, estant indigné (& plusieurs autres) contre le Maire & Conseil, de ce qu’ils n’avoient voulu leur donner cornmuniquation de cette lettre, n’y dire pourquoy on avoit fait sortir ledit Sieur de la Leu. Mesme ils en vinrent iusques là que de les accuser de vouloir faire par luy leur paix particulière, & les abandonner à la mercy & discretion de leurs ennemis. Et dautant qu’on fut contraint d’insinuer quelque chose de la lettre à aucuns des plus eschauffez ils s’escrioient qu’elle estoit supposée, & que ledit sieur Godefroy l’avoit fait faire, & signer audits Bragneau & Gobert avant que de partir, & ainsi que c’estoit un artifice pour les perdre sur le point de leur delivrance. Mais le Jeudy au soir venu comme ladite armée Angloise mettoit à la voile il ne parut que trop, que la lettre estoit vraie, & que ces opiniastres avoient tout perdu par leur trop de curiosité, & peu de confiance, en ceux qui travailloient plus pour leur bien que pour le leur propre, dont quelques uns vinrent à resipisçence, & à recognoistre leur faute, mais il n’estoit plus temps.
Aussi tost que ledit Vidault fut entré dans la Rochelle, le Maire fit faire des Signals de feu au hault des Tours de Saint Nicolas, de la Chaisne & de la Lanterne, pour advertir l’armée Angloise de son arrivée. Et au matin arborer auxdites tours des Enseignes qui y demeurerent, jusques à ce que laditte armée Angloise s’en retournast en Angleterre.

- Le 15. les Anglois envoierent un Brulot plain de feux d’artifices en forme de petards dans l’armée du Roy pour y mettre le feu ; Mais le feu s’y estant pris auparavant qu’il fut temps le Brulot & ceux qui estoient dedans, perirent miserablement, sans qu’il s’en sauvast aucun.

- Le Jeudy 18. sur les deux à trois heures apres midy, l’armée Angloise mit à la voile, pour s’en retourner en Angleterre. Aiant esté en rade à Chef de Baye huict jours sans avoir fait aucun effort, ni tenté de faire entrer des vivres dans la Rochelle, ce qui atrista grandement les Rochelois, & les mit en grand peine & perplexité. Toutefois ils se resolurent de souffrir toute extrémité auparavant que de se rendre ; Et pour cet effet, achetterent les uns des autres toutes sortes de provisions : & afin de tenir plus longtemps, retrencherent leur ordinaire de la moitié de ce qu’ils avoient de coustume de manger, & sur tout le pain, qu’ils commencèrent à peser.
Le mesme jour que ladite armée Angloise mit à la voile, les Sieurs Bragneau & Gobert firent assembler dés le matin tous les Capitaines François au bord dudit sieur Bragneau, & la sur la resolution que ladite armée Angloise avoit prise de mettre à la voile, pour s’en retourner en Angleterre, sans avoir voulu pour quelques remonstrances, prieres & supplications qu’ils luy eussent peu faire, leur donner main forte, pour faciliter l’entrée des Navires du ravitaillement dans la Rochelle : Il fut jugé à propos & arresté du consentement unanime de tous, que le sieur Gobert prendroit dés l’heure mesme la Pattache du Capitaine Guillet, pour le conduire en toute diligence en Angleterre, representer au Roy, le peu d’effort qu’avoit fait son armée, & le danger evident, où elle laissoit la Rochelle : afin qu’il pleust à sa Majesté d’y remedîer. Ce que ledit sieur Gobert aiant accepté, & le vent luy estant favorable, arriva le vingt & deux du mois à l’Isle D’Uvic proche d’Angleterre, & de se faisant passer à Portsmud, prinst la poste pour aller à Londres : où estant arrivé, il alla aussï tost trouver Monsieur de Soubise, auquel aiant fait le récit de ce qui s’estoit passé en son voiage, & le retour de l’armée Angloise, sans avoir rien fait, ils allerent de compagnie porter ces mauvaises nouvelles au Duc de Buckinghant, qui en tesmoigna beaucoup de ressentiment, & les mena aussi tost vers le Roy, auquel le sieur Gobert aiant fait la relation particulière du tout, il en fut vivement touché, & luy demenda quel sujet pouvoit avoir obligé son armée de faire une si prompte retraitte, sans avoir au préalable combatu, secouru & ravitaillé la Rochelle. Puis prenant ledit sieur Gobert le mena contre une fenestre, & s’apuyant sur son espaule & plorant à chaudes larmes, luy reïtera la mesme demande en ces mots, quel sujet donc ont eü mes gens de se retirer, & abandonner cette pauvre Ville ? A quoy il respondit qu’il n’en sçavoit autre sujet, qu’une terreur panicque, qui les avoit pris sur certain faux bruit, d’une armée Espagnole, preste à venir és Costes de France, & la crainte qu’ils tesmoignoient avoir de risquer & perdre ses Vaisseaux. Alors sa Majesté plus esmeuë que devant, & se retirant trois à quatre pas en arriere luy dit, hé quoy ! mes vaisseaux sont ils faits pour faire peur & non pour combattre en les hasardant, & en mesme instant commanda audit Duc de Buckinghant de faire assembler le Conseil. Ce qui fut fait à l’heure mesme : où ledit sieur Gobert estant appellé, & enquis quel jour l’armée estoit arrivée devant la Rochelle, quel combat elle avoit esté contrainte d’y faire, quels morts, & quel dommage elle y avoit receu : Il leur déclara que l’armée estoit arrivée devant ladite Ville le onziesme, que de combat il n’y en avoit point eü, pour ce que l’armée du Roy de France s’estoit retirée proche de la Digue : Mais que seulement de dessus la terre, & les pointes qui advancent, l’Admiral avoit receu de quelques batteries qui y estoient posées un coup de canon sans avoir blessé personne. En suite de quoy le Roy & son Conseil, resolurent de depescher un Gentilhomme avec ledit Sr. Gobert. pour dans le mesme vaisseau, qui l’avoit amené, aller retrouver ladite armée Angloise en quelque part, quelle fust, avec commandement exprès au Comte d’Emby de retourner mouiller l’ancre dans les rades de la Rochelle, & attendre là, le renfort, que le Roy alloit faire préparer pour ladite Ville. Saditte Majefté faisant en mesme temps commandement audit sieur Gobert d’escrire une lettre à ceux de ladite Ville, & leur dire qu’ils ne s’estonnassent point, si son armée s’estoit retirée sans rien faire : Veu qu’il leur preparoit un si puissant secours, qu’il s’assuroit, qu’ils seroient delivrez en bref, & qu’il perdroit plustost la moitié de son Royaume, que de les laisser perir. Ce que ledit sieur Gobert fit, en la presence de tout le Conseil, & le Roy l’ayant signée, fut par homme exprès envoiee à ceux de laditte Ville. Apres quoy les susdits Gentilhomme & Gobert prindrent la poste pour Portsmud, où estans arrivés, s’embarquèrent dans ladite Pattache, pour tascher de rencontrer ladite armée Angloise, Comme ils firent le quatriesme jour de leur départ dudit Portsmud à la coste de Cornouailles, mais desja dissipée pour la plus grand part, n’y aiant plus que quatre où cinq vaisseaux de guerre, avec l’Admiral, tous les autres s’estans retirez aux plus prochains havres d’Angleterre, lesquels ne laisserent pourtant d’aller au Bord dudit Admiral presenter au Comte d’Embey de la part du Roy & de son Conseil les pacquets qu’ils avoient entre-mains, & les commandemens que sa Majesté luy faisoit de retourner és Costes de France. Lequel leur dit, qu’il luy estoit du tout impossible de ce faire, veu que son armée estoit dissipée & ses vivres pour la pluspart consommez, & continuant sa route, alla moüilier l’ancre entre l’isle DVvic & Portsmud.
L’Armée Angloise ainsi retirée & les Rochelois nonobstant estans resolus de tenir bon, ils firent choix du sieur de la Grossetiere, Gentilhomme de Poictou, pour aller en Angleterre advertir le Roy de la grande Bretagne & leur Deputés de leur Estat & necessités, & haster le secours. Il partit le Dimanche 21. & fut porteur de cette lettre.
SIRE
Nous sommes asseurez, que l’image de nos malheurs aura prevenu nos plaintes, & que vostre Serenissime Majesté, se l’estant portraite effroiable en la force de son esprit, celle cy ne sçauroit faillir à trouver une audience favorable d’un cœur si généreux & si grand que le vostre. SIRE, Vous nous avez avouez de vostre grace, & nous avez promis la delivrance ; Mesme vous avez pris les armes pour faire entretenir la foy publicque des traittez que l’on vous avoit deposés. Mais vos gens, SIRE, nous ont abandonnez contre vos Magnanimes & tres-fïdelles instructions, & celle de leur General, n’aiant pas osé seulement halener de près, ni en visager le péril d’une si glorieuse execution, de vôtre parole Sacrée. Quelle sorte d’excés où de prodige peut avoir ainsi conjuré contre la dignité de vôtre nom, & l’estat de nostre patrie. SIRE, Nous vous parlons les larmes aux yeux,les mains jointes, & le cœur desja transpercé de plusieurs coups, pour demeurer en l’honneur, & aux conditions de vostre protection. Les choses estant en leur entier, Nous avons mesprisé le Conseil de nos amis ; & s’il faut l’exprimer ainsi, les respects de nostre naissance. A ce coup, que tout est perdu, que nous trouvions au moins s’il vous plast, SIRE, en vostre Justice, ce que nous n’avons plus moien de recouvrer en la clemence du Roy nostre Souverain. Dieu nous fournit encore assez de vie & de vigueur en ces blessures toutes fraisches, pour attendre vostre renfort plus d’un bon mois. Que vostre Majesté feconde ce miracle, & vous nous verrez ressucitez à sa gloire immortelle, & à la restauration des Églises de ce Royaume, qui ne peuvent attendre que les revers du mesme couteau qu’on nous tient si prés de la gorge. Voila, SIRE, nos tres-humbles & très ardantes Supplications, où pour mieux dire en un mot, C’est nostre testament, que nous laissons escrit sur vôtre Thrône, devant le Ciel & la terre, pour un Memorial à la posterité de la plus estrange & mémorable desolation, qu’un peuple innocent ait jamais soufferte, & dont l’occasion incomparable puisse jamais sommer la puissance d’un grand Roy, comme vous, Pardonnez , SIRE, à des femmes, des petits enfans, des Meres & des Peres, traînez ensemble à mesme Supplices, s’ils ne peuvent parler aujourd’huy qu’avec des mots trenchans. La face des mourants est tousjours affreuse. Mais l’angoisse de la mort ne nous fera jamais desdire d’estre pour tout cela de vostre Serenissime Majesté. SIRE
Tres-humbles & très-obeïssans serviteurs, Les Maires, Eschevins, Conseillers, Pairs, Bourgeois & habitans de la Rochelle, & pour tous
GUITTON
De la Rochelle ce 18. May 1628.

A suivre ...


[1Ce traité, longuement négocié par les Rochelais, ne fut jamais signé par le Roi d’Angleterre.

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