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1668 - Comment lutter contre la contagion dans une ville ?

dimanche 15 mars 2020, par Pierre, 77 visites.

L’auteur de ce document propose plusieurs moyens complémentaires pour lutter contre la contagion à l’intérieur d’une ville :
- une organisation civile spécifique,
- une gestion des approvisionnements,
- une police,
- une bonne organisation des services de santé,
- une assistance particulière pour les personnes les plus démunies
- une vraie quarantaine
- des remèdes

Cependant, malgré toute cette organisation, il y a ce conseil magistral : "Le plus grand remède de tous, c’est de fuir bien loin ; & revenir bien tard."

La présentation du dispositif est suivie par l’indication de quelques remèdes contre la peste.

Source : Ordonnances de M. Espelly,... touchant le mal contagieux, quand une ville s’en trouve atteinte... - Parfum pour esrier les maisons et bastimens des pauvres et ce qu’il y faut observer, adjousté par un maistre et ancien apotiquaire d’Amiens [Le Febvre] - 1668 - BNF Gallica

ORDONNANCES DE MONSIEVR ESPELLY, de la ville de Marseille touchant le mal Contagieux, quaand une ville s’en trouve atteinte : & la manière qu’il se faut gouverner, & les précautions qu’il faut observer, comme on a vû par expérience.

PREMIEREMENT, il faut que ses Magistrats établissent un Conseil de personnes de probité.

Qu’ils fassent provision de tout ce qui leur peut estre necessaire, le moins pour trois mois, suivant la quantité des habitans qui y seront.

Qu’ils divisent leur ville en quatre où plusieurs quartiers selon la grandeur, & fassent un Capitaine en chacun desdits quartiers avec un Corps de Garde, pour empescher qu’il ne se fassent point de larcins, qui en ce temps-là sont trop frequents, & c’est ce qui fait durer le mal.

Qu’ils établissent des Médecins, Apotiquaires & Chirurgiens pour médicamenter & visiter les malades dans la ville, & les Hospitaux où logeront les malades, & que ce soit des personnes, s’il se peut, bien expérimentées. Cela estant tout prest,

Faut faire crier par toute la ville à son de trompe, que ceux qui voudront se retirer hors de la ville ayent à le faire dans quatre jours, autrement qu’ils seront renfermez pour quarante jours dans leurs maisons ; cela est cause qu’il y a beaucoup de personnes qui s’en vont crainte d’estre enfermées, & cela décharge la ville d’autant.

Ce qu’estant fait,

Il faut faire la recherche des pauvres que la ville nourrira, & leur trouver un lieu s’il se peut, hors de la ville pour les loger. Ce seroit une bonne affaire, & une grande décharge pour la ville : car ce sont les pauvres qui donnent plus de peine, & où la peste s’attache plû-tost.

Il faut ensuite disposer tous vos boulangers, Bouchers, Cabaretiers, Herbieres & autres qui fornissent la ville, les obligeant chacun à leur quartier d’y demeurer pour le temps ̃& terme qu’il sera necessaire.

Tout cela estant fait, vous disposerez vostre peuple a une retraite de quarante jours, que vous ferez observer ponctuellement.

Et pour cet effet vous établirez des personnes à chaque rue, & de bons Religieux, si vous voulez, pour leur distribuer tout ce qui leur sera necessaire, & une ou 2. fois la semaine permettre à un des chefs de chaque maison d’aller acheter leurs necessitez avec un des Gardes de la ville avec luy, à celle fin qu’il ne communique pas avec personnes infectées, & l’argent qu’ils donneront aux Boulangers & à ceux qui vendent, les faut obliger à le jetter dans le vin-aigre.

Plus une fois le jour les Medecins & Chirurgiens seront obligez avec quelqu’un des Intendans de la santé, d’aller par la ville, & faire sortir à la fenestre & d aM nii r , ar la, vil l o , & faire sortir à la fenestre chaque famille pour voir s’il n’y a point de malades, & dès-lors qu’il s’en trouvera quelqu’un, faut faire vuider cette famille hors de la ville, c’est à sçavoir ceux qui seront attaquez de la peste avec les malades, & ceux qui n’auront point de mal dans un autre lieu a part, avec les précautions suvantes, & dès aussi-tost qu’ils seront sortis de la maison la faire parfumer avec les parfums cy-dessous.

Si l’on suit ces ordres avec ponctualité, empeschant par ce moyen la communication, assurement la peste finira, & s’appaisera dans les quarante jours de retraite, comme l’on a vu par expérience. Il faut observer aussi qu’aux rues où il y a eu & y à encore de la peste, il y faut faire de grands feux sur le soir ; car il n’y a rien qui chasse le venin comme cela.

Pour nettoyer & parfumer les maisons infectées avec le parfum qui est décrit cy-dessous.

Il faut que les Parfumeurs entrent dans les maisons infectées, qu’ils prennent garde aux meubles qui ont servy pour les malades, soit matelats, lits de plume, couvertures, linceuls, & autres linges, lesquels, il n’est point besoin de brusler ; mais les faut mettre tous dans une chambre, de laquelle on fermera bien les fenestres.

Si sur les matelats il y avoit des excremens du malade, il les faut faire découdre, & faire tremper ia laine, futaine, & couverture dans des chaudiere d’eau bouillante, laisser seicher à l’air, & mettre dans la chambre close : s’il n’y avoit point d’excremens, il ne faut qu’ouvrir les matelats aux costez & au milieu, & les mettre sur des cordes & des perches, le parfum pénétrera assez.

Il faut faire bien balier toute la maison, oster toutes les araignées, & jetter le tout dans la rue, ou faire brusler les ordures.

S’il se trouve dans lesdites maisons des coffres, cabinets & armoires qui ne soient pas ouvertes, il les faut faire ouvrir sans sortir rien de dedans ; car ledit parfum penetrera bien le tout.

Il faut ensuite que le Parfumeur mette en chaque chambre cinq à six livres de foin sec, plus ou moins, selon sa grandeur : ll l’étendra de la rondeur d’un pied & demi de diamètre, puis l’abaissera avec les mains, & y jettera par dessus une écuelle de vin-aigre, & au dessus dudit foin, il y metta deux livres de parfum cy-apres mentionné, & couvrira ledit parfum d’une poignée de foin, & encore une demi écueillée de vinaigre par dessus ; & on préparera à chaque chambre, sale & cabinet, la mesme chose, ensuite de quoy on fermera tous les tuyaux de cheminées & les fenestres, en bien étoupant toutes les fentes des fenestres & cloisons. Tout estant fait,

Le Parfumeur prendra un flambeau allumé,& commencera au plus haut érage à mettre le feu audit parfum, & ne sortira pas de la chambre qu’il ne voye le parfum allumé, puis tirera la porte après luy, pour faire jouer le parfum ; & de cette façon descendra d’une chambre à l’autre jusqu’A la porte de la ruë, qu’il fermera ; & fera une marque sur la porte, à celle fin de sçavoir les maisons qui auront esté parfumées : & deux jours après que ledit parfum aura être appliqué, on pourra entrer librement dans la maison sans aucun danger,

Drogues qui doivent entrer dans la composition du parfum general, pour en faire cent livres ; & si l’on en veut faire davantage ou moins, on augmentera ou diminura à proportion.

PRENEZ,

Soulfre, six livres.
Antimoine, quatre livres.
Sinabre, trois livres.
Assa fetida, trois livres.
Euphorbe, quatre livres.
Son, cinquante-sept livres
Poix rasine, six livres. -
Orpiment i quatre livres ;
Litarge, quatre livrer.
Cumin, quatre livres.
Zingembre, quatre livres.

Il faut pulveriser toutes ces drogues chacune à part, & en faire le mélange dans une chambre, jettant à terre la moitié du son, & y jetter encore pardessus une partie des drogues en remuant beaucoup, & y ajoutant le reste du son ; le tout estant bien remué avec une pelle et mélangé, on mettra ce parfum dans un sac ou une caisse pour vous en servir, conformément à ce qui est écrit cy-dessus.

Drogues qui doivent entrer dans un parfum plus doux pour les personnes de condition, duquel ils se doivent parfumer particulierement quand ils craignent avoir frequenté quelques personnes infectées, ou par précaution : qui ne peut estre nuisible, ny aux femmes enceintes, ny aux enfans.

Encens, quatre livres.
Storax, cinq livres.
Canelle, quatre livres.
Anis, six livres.
Ladanum, deux livres.
Son, soixante quatre livres
Benjoin, deux livres.
Myrrhe, quatre livres.
Muscade, deux livres.
Iris de Florence, six livres.
Geroffle, une livre.

Il faut faire le mélange de celuy-cy comme du precedent, & faire l’application avec le foin pour l’allumer.

On peut demeurer dans ce parfum une bonne demie heure ; mais dans le premier, il n’y faut pas demeurer que la longueur d’vn Pater noster.

Tablettes contre la peste

pour en prendre trois fois la semaine, une dragme [1] le matin : & lors que l’on a frequenté des infectez, il en faut prendre deux dragmes le soir, & se mettre dans le lit pour bien suer, & une heure après un bouillon.

Fleurs de soulfre, une once. Trochisque de viperes, six dragmes. Poudre Diarhodon, une dragme. Poudre Diamargaritum frigidum, une dragme, Confection d’hyacinte, une dragme. Confection d’alKermes, une dragme.

L’on en formera des tablettes avec le sucre fin, une livre, cuit avec l’eau de Scorssonnere ou Chardon bénit, lesquelles on couvrira de feuilles d’or.

Autre tablettes que l’on peut prendre ayant la peste, ou estant parmy les pestiferez,

une dragme chaque prise, la tenir dans la bouche, & la laisser fondre.

Fleurs de soulfre, sept dragmes. Camphre, un scrupule. Poudre Diarhodon, une dragme :

Il en faut former tablettes avec le sucre fin quatorze onces, que l’on cuira en eau de Scabieuse, & on couvrira les tablettes de feuilles d’or.

Il y a quantité d’autres Cardiaques qui sont point specifiez icy, comme Theriaque, Mitridat, Orviétan [2], Confections & autres remedes communs, dont on se peut servir : mais le principal est de faire observer tout ce que dessus ; & qu’on prenne garde de ne point faire seigner ceux à qui la peste & charbon paroissent, mais les tenir bien chauds jusqu’à ce qu’ils soient hors de danger, particulièrement les femmes enceintes.

Le plus grand remede de tous, c’est de fuir bien loin ; & revenir bien tard.

Opiat specifique & expérimenté contre la peste.

PRENEZ
Racine d’Angelique, deux onces. Racine d’Imperatoire, une once. De Valériane, une once. De Bistorte, une once. De Tormentille, une once. De Dictame blanc, une once. De Gentiane, une once. De Calamus Aromaticus, une once. De Carline, une once. De Chameleon blanc, une once. De Aristoloche ronde, une once. De Aristoloche longue, une once. De Consolida major, une once. De Scordium, une once. Semence de Chardon bénit, une once.

Faut mettre toutes ces racines cy-dessus en poudre, y adjoustan, Theriaque, une once. Confection d’A Khermes, une once. Confection d’Hyacinte, une once.

On mettra lesdites Confections & Theriaque dans une bassine, lesquelles on délayera avec du syrop de Limons, & le miel d’épure, puis on y jettera les poudres qu’on remuera, & on luy donnera la consistance d’électuaire, ou comme le Theriaque. Cet Opiat est propre dans le commencement de toutes maladies pour la contagion, indigestion d’estomac, fievres malignes, coliques. C’est un préservatif contre toute sorte de venins. La prise est de la grosseur d’un gros pois à jeun.

...


[1La drachme est une unité ancienne de masse, utilisée depuis l’Antiquité.

Il existe deux masses anciennes dites « drachme ». L’une est grecque, l’autre romaine :

La drachme grecque valait 1/100 de mine grecque, donc environ 4,36 grammes.
La drachme romaine valait 1/96 de livre romaine – qui trois quarts d’une mine grecque – donc environ 3,41 grammes.
Il existe deux masses dites drachme dans le système des apothicaires anglo-saxon :

La drachme avoirdupois (symbole dr av ; en anglais dram) est défini comme 1/16 d’once avoirdupois (27 11/32 grains) et vaut donc exactement 1,771 845 195 312 5 grammes
La drachme troy ou gros (symbole dr t) est définie comme 1/8 d’once troy (60 gr) et vaut donc exactement 3,887 934 6 g. On la subdivise en 2,5 deniers (pennyweights) ou 3 scrupules (scruples) - Source Wikipédia.

[2L’orviétan est un faux antidote des XVIIe et XVIIIe siècles.

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