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1652 - Epidémie de peste en Saintonge pendant la Fronde

D 3 juillet 2007     H 01:21     A Pierre     C 0 messages A 2874 LECTURES


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A Saintes, les décès causés par cette redoutable maladie se comptent entre 10 et 15% de la population pour la seule année 1652.
Témoignages et chiffres d’une année de malheur qui est également un temps de guerre civile (la Fronde - Saintes subit un siège).

Sources : Bulletins de la Société des Archives Historiques de Saintonge et d’Aunis - Années 1884 et 1885

L’EPIDEMIE DE 1652 EN SAINTONGE (par Louis Audiat)

Faire l’histoire des épidémies qui ont sévi à Saintes ou dans la contrée serait fort difficile. L’absence d’archives municipales qui ont péri jusqu’à la dernière page dans l’incendie de l’hôtel de ville et de la bibliothèque de Saintes, le 11 novembre 1871, sera toujours un obstacle sérieux pour une étude détaillée et approfondie. Cependant où il n’y a rien, le chercheur ne perd pas tous ses droits ; il sait encore trouver ; et puis, si les documents manquent ici, ailleurs il y a des indications. Notre confrère, M. le docteur Henri Bourru, professeur à l’école de médecine navale de Rochefort, a entrepris d’étudier la peste de 1693-1694 à Rochefort et les autres épidémies qui affligèrent à diverses époques notre contrée. De son côté, un autre membre de la société, M. Jules Pellisson, avocat et bibliothécaire à Cognac, a publié la Peste à Barbezieux en 1629-1630. Il a constaté que celle-là venait du siège de La Rochelle, 1628-1629, travaux de terrassement, tranchées, agglomération de troupes, misères et famine des habitants. Elle ravagea toute la contrée et s’étendit jusqu’à Poitiers, Limoges et Tulle.

J’ai moi-même, dans ma brochure La fronde en Saintonge (La Rochelle, in-8, 1866, 24 p.) signalé deux épidémies. En 1603, la contagion fit de très grands ravages à Niort, Poitiers, Châtellerault, Blois, Bordeaux, La Rochelle, Oleron, Arvert, Brouage, Marennes, Jonzac, Jarnac-Champagne, etc. Elle sévit à Saintes l’année suivante, surtout à l’abbaye. En 1605, du commencement de juillet à la fin de septembre, deux cents personnes périrent, la plupart du faubourg Saint-Eutrope. (Etudes et documents sur la, ville de Saintes, p. 37). On fut obligé d’isoler de la ville en fermant la Porte-Evesque. Puis, le fléau croissant, et l’hôpital étant insuffisant, on construisit hors ville des cabanes où l’on portait les pestiférés. La municipalité montra la plus grande activité, nomma dans chaque paroisse des inspecteurs chargés de lui signaler les malades, et condamnait à l’amende ceux qui manquaient à ce devoir ; elle assainit, elle alluma de grands feux pour purifier l’air, comme l’avait fait Hippocrate ; elle distribua pain et remèdes. Le clergé répand d’abondantes aumônes ; et puis le péril rendant égoïste, les habitants de La Bertonnière demandent l’autorisation de se barricader contre les pauvres des faubourgs Saint-Eutrope et Saint-Vivien qui viennent vaguer chez eux.

En 1651, la guerre civile d’abord, de formidables inondations ensuite, telles qu’on appela cette année l’année du déluge, causent une mortalité effrayante. Un seul fait nous donnera une idée du fléau. Des quatre paroisses de Saintes intra muros, c’est-à-dire Saint-Pierre, Saint-Maur, Saint-Michel et Sainte-Colombe, Saint-Michel comptait, en 1649, quinze décès, dix-sept en 1650, sept en 1653. Or, en 1652, il y a en janvier 22 décès, en février 13, en mars 39, en avril 64, en mai 27. Qu’on juge des six autres paroisses de la ville ! En supposant que la population n’ait pas été plus considérable dans les autres, ce qui est faux au moins pour Saint-Eutrope, Saint-Vivien, Saint-Pallais par exemple, et que la mortalité ait été aussi forte, on arrive pour janvier au chiffre de 154, 91 pour février, 271 pour mars, 448 pour avril, 189 pour mai ; ce qui forme le chiffre exorbitant de 1153 décès sur une population de moins de dix mille âmes. Or, si l’on compare la mortalité de cette époque avec celle de 1882, on constatera que, malgré des pertes à jamais regrettables et toujours trop nombreuses, le fléau est loin d’avoir mérité sa terrible réputation et surtout de causer l’épouvantable panique qui a fait peut-être autant de victimes que lui-même. Pendant les mois d’octobre, novembre, décembre 1881 et janvier 1882, il y a eu à Saintes 83 décès ; pour les mêmes mois correspondants de 1882-1883, il y en a eu 170,ce qui fait une différence en plus de 87 décès, chiffre, hélas ! élevé, mais enfin qui est loin d’expliquer et surtout de motiver l’affolement de la population.

On ne dit pas la nature du mal de 1652 ; il s’agit toujours de peste, de contagion : « Le 5 juin, on fait les funérailles de Joachim du Gaignon, doyen du chapitre de Saint-Pierre, qui fut enterré le visage couvert, à cause de la maladie dangereuse ». Le lendemain 6, c’est Michel Damoiseau, aussi chanoine ; pour lui il y a une indication plus précise ; il fut enterré « le visage couvert, et est mort du pourpre ». Quel nom donne-t-on maintenant au pourpre ? Est-ce peut-être la petite vérole noire ? Les noms changent, mais les maladies restent.

La maladie de 1652 ne se fit pas seulement sentir dans la ville et les faubourgs de Saintes. Les paroisses rurales en furent aussi atteintes. Il y aurait une statistique à faire dans les registres paroissiaux des décès comparés de l’année 1652 avec ceux des années précédentes ou suivantes. Ces recherches peuvent aisément se faire sur place dans les mairies. Bornons-nous à transcrire les passages suivants que nous copions dans les registres de l’état civil de la commune de Thaims, canton de Gemozac. C’est le curé qui consigne ces faits douloureux : « 1652. Au village du Roch, Mathurin Millier, apostat ou athée, sa femme et sa fille fréquentant les sacrements de l’église, et deux de leurs enfants, de sorte qu’il n’est resté aucune personne à la maison. La femme fut enterrée à la chapelle de Benelle ; l’homme et sa fille, dans son jardin, et ses deux enfants ont été enterrés en leurs quéreux. dont l’un fut mangé des chiens. Les soldats assommoient et massacroient de telle sorte le pauvre peuple qu’il n’osoit paroistre. Plusieurs autres sont morts et enterrés de ceste façon. Le sacristain faisant une fosse dans le cymetière pour enterrer des corps, les soldats le battirent tellement qu’ils le quittèrent pour mort.

« Outre les cinq personnes mentionnées en l’autre page, décédées dans l’année 1652, pendant le cours actuel de la misère de la guerre sont morts de tyranie, cruauté, désespoir, ou autres misères qui ont persécuté le pauvre peuple dans cette année susdite 1652, dans la paroisse de Thaims, composée de huit vingt communians tout au plus ceux et celles qui s’ensuivent :
- 1° Dans le bourg de Thaims : Jeanne Rouillé, 16 ans ; Elio Nicolle, 50 ans ; André Bastin, 31 ans ; Hélie Hilaire et sa femme, 50 ans. Les susdits, au nombre de douze du dict bourg, ont reçu les sacrements de pénitence et d’eucharistie. En outre, sont morts : Louis, fils de Jeanne, et Pierre, enfant ; Michel, de la-religion prétendue réformée, et des enfants ;
- 2° Au village de Chez-Boisson : Raymond Ballay et sa femme, 75 ans, Marie, 70 ans ; la femme de Jean Cabirot, 50 ans ;
- 3° A Benelle : Nicolas Aubin et sa femme, 70 ans ; Marie Delhommeau, 45 ans ; un petit enfant ;
- 4° A Grave : Jean Arnoulo, notaire à Cozes, 45 ans ;
- 5° Au village de L’Anglade : 9 décès ;
- 6° Aux Brandes : 6 décès ;
- 7° A La Pourtaudrie, 3 décès ;
- 8° A Crugeard : Michel Sujet, 50 ans, et deux de ses enfants ; Jean Bernard et sa femme, 50 ans ; la fille de Jean, 4 ans ; une fille de 11 ans ; femme Pierre Gorrin, 40 ans. Même année 1652, au logis noble de Montravail, deux petites filles de M. de Montravail, » probablement Antoine Mathieu de Jagonnas, écuyer, seigneur de Beaulieu, Montravail et Thaims, qui eut de Marie Badiffe : Antoine en 1645, Marguerite en 1648, Jean, etc.

En cherchant dans les registres paroissiaux des autres communes du département, il est à croire que l’on trouverait de nouvelles indications ; au moins on pourrait établir la statistique des décès.

Louis AUDIAT.


Peste, guerre et abjurations à Ecoyeux en 1652

Si la guerre civile de 1651 et les formidables inondations qui suivirent causèrent une mortalité effrayante dans la ville de Saintes et ses faubourgs, comme on l’a déjà vu, les paroisses rurales des environs ne furent pas épargnées [1]. Escoyeux en particulier fournit son large contingent au fléau.

Les registres conservés aux archives de la mairie constatent : dix décès pour le mois de janvier 1652 ; quatre pour février ; neuf pour mars ; vingt-trois pour avril ; vingt-sept pour mai ; dix-huit pour juin ; seize pour juillet.

Le curé d’alors, Charles Durand, qu’on trouve qualifié quelque part de chanoine de Taillebourg, protonotaire apostolique, insère au registre la note suivante : « 99 catholiques, 8 huguenots, somme 107 morts despuis le 6 janvier jusques à ce jour ; 2 aoust 1652, tous de la paroisse d’Escoyeux ; tesmoing mon sing manuel. CH. DURAND, curé d’Escoyeux. »

Les cinq derniers mois de l’année fournissent encore vingt-cinq décès. C’est donc à cent trente-deux qu’il faut porter le chiffre des décès pour ladite année 1652. N’est-il pas effrayant lorsqu’on le compare à celui des années qui précèdent et qui suivent : 1649, 19 décès ; 1650. 31 ; 1651, 24 ; 1653, 12 : 1654, 16. La mort frappe aveuglément, sans distinction d’âge ni de condition, depuis l’enfant qui vient de naître jusqu’au vieillard de cent ans, témoin la femme Catherine Gombert, décédée le 19 mars.

Dans le nombre, j’en ai remarqué plusieurs qui meurent de blessures faites par des soldats, et deux en particulier, dont l’acte funéraire s’écarte d’une façon sensible de la formule consacrée. Je cite textuellement : « Gédéon Estourneau, aagé de 37 ans ou environ, a esté inhumé dans l’églize d’Escoyeux, dans la fosse de feu son père, dans la chapelle nommée d’Éstourneau, l’ayant requis et s’estant converti lors de son affliction, ayant esté blessé au costé droict par un soldat passant le chemin au-devant l’églize d’Escoyeux, le 20e jour de janvier 1652. Et a esté inhumé le 17e jour de febvrier suivant, par moy curé soubzsigné. CH. DURAND, curé d’Escoyeux. »

Dans le même registre se trouve l’acte d’abjuration du susdit, rédigé en ces termes : « Gédéon Estourneau, marchand du présent bourg d’Escoyeux, a fait abjuration de l’hérésie calvi¬niste pardevant moy curé d’Escoyeux, ayant esté frappé d’un coup de fusil au costé droict par un soldat passant chemin au devant la porte de l’églize ; où sans sermons d’aucun, ledit Estourneau m’auroit demandé la dite absolution, se seroit confessé incontinant ; et le landemain matin l’aurois exorté et catéchizé et m’auroit prié et requis luy vouloir donner le corps de nostre sauveur, ce que j’aurois faict ; et auroit receu avec grande humilité et dévotion avec une grande foye, promettant de vivre et mourir en la foy de nostre mère sainte églize catholique, apostolique et romaine. Ladite abjuration faitte en sa maison au présent bourg, en présence de François Seuillet, hoste de l’Escu de France, Jehan Chaillou, marchand de la ville de Saint-Jean d’Angély, Jean Marais, tailleur, Jean Couchot, marchand, Charles Guion, Paul Porcher, Pierre Charbonnier et plusieurs autres personnages, hommes et femmes, du présent bourg d’Escoyeux, le 8e jour de febvrier 1652, qui ont signé avec moy. CH. DURAND, curé d’Escoyeux. »

« Georges Durand, nepveu de messire Charles Durand, prestre, curé d’Escoyeux, natif de la paroisse de Beslon, en Normandie, fils de Guillaume Durand et d’Anne Pierre, ses père et mère, est mort à Escoyeux, le 17e jour de décembre 1652 ; et a esté enterré dans l’églize d’Escoyeux, du costé droict, au dessoubz des barreaux, estant escolier en troisième aux jésuites, aagé de... où ont assisté messieurs les curés et vicaires de Saint-Hilaire, Berclou, Brisambourg et Le Douhet. Le service faict par messire Jacques Robbe de Beauchesne, curé de Brizambourg, son confesseur et bon amy, le tout au grand regret de son oncle. Lecteurs qui lisez le présent mémoire, priez Dieu pour le repos de son âme. Sit nomen Domini benedictum. Le tout en présence des soubzsignés. Lequel défunct est mort ayant eu auparavant une fiebvre continue deux mois entiers ; et ayant passé, a esté atteint d’une fiebvre lante avec entérite, lientérie et dyssenterie qui lui a duré 13 jours entiers ; et a esté au lict douze jours entiers, est mort en son quatorziesme jour. Requiescat in pace. CH. DURAND, curé d’Escoyeux, oncle du pauvre défunct. »

Dans l’année qui suivit cette grande mortalité, le zélé pasteur d’Escoyeux fit donner une mission à ses paroissiens si cruellement éprouvés. Il appela pour cet effet les dignes fils de Vincent de Paul que l’évêque Jacques Raoul avait établis dans le diocèse en 1644. Dès le premier dimanche de l’avent, commencèrent ces pieux exercices, sous la direction de Philippe Vageot (1), supérieur de la maison de Saintes, qu’accompagnait Louis Rivet (2), prêtre de la même compagnie.

Escoyeux, 18 avril 1883. S. BRAUD.


[1« On trouve, sur le registre de l’état civil de Canals, canton de Grisolles, arrondissement de Castel-Sarrazin (Tarn-et-Garonne), constatée une peste dite la carbonescle qui, en 1628 et 1629, enleva environ 70 personnes t. Bulletin de la société archéologique de Montauban, X, 238, 1882. — Cette peste eu 1631 sévit aussi dans le Périgord où, dit le chanoine Lespine, t. XLVIII, p. 19, « la famine fut si grande que le blé valait dix écus le boisseau pour le froment. La peste suivit, et il périt à Bergerac et aux environs les deux tiers du petit peuple. La peste commença au mois de juillet et cessa en octobre. »

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