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Les enceintes urbaines et villageoises de Saintonge et d’Aunis

tude topographique par Yves Blomme

samedi 25 mars 2017, par Pierre, 2824 visites.

Toutes les villes mdivales ne furent pas entoures de remparts, beaucoup ne le furent entirement qu’aprs 1340, sous l’effet de la guerre de Cent Ans. A l’inverse, de nombreux villages furent fortifis.
Et pourtant la muraille fut l’lment le plus important de la ralit physique et symbolique des villes mdivales , crit Jacques Le Goff [1]

Je tiens remercier ici tous ceux qui m’ont aid dans cette recherche, en particulier MM. Robert Favreau, Jean Glnisson, Marc Seguin, Pierre Senillou et Pierre Thomas.

L’tude des fortifications urbaines et villageoises pour elles-mmes est donc essentielle pour l’histoire du Moyen Age. Elle se distingue bien de l’tude du chteau fort qui, pour notre rgion, semblant plus chanceuse, est illustre par des travaux plus nombreux. Et cela, mme si, comme nous le verrons, le chteau doit parfois abriter la ville elle-mme en certaines heures sombres de la fin du Moyen Age.

Source : Bulletin de la Socit des antiquaires de l’Ouest et des muses de Poitiers - 1988 - BNF Gallica

I. METHODE ET SOURCES.

L’tude des enceintes d’agglomrations n’a gure connu en Saintonge le succs qu’elle mritait. Non seulement aucun travail de synthse ne peut tre cit qui leur soit consacr, mais mme par le biais des innombrables monographies de bourgs et de villes, la part qui leur est rserve demeure indigente. La plupart des ouvrages que nous mentionnerons en bibliographie pour chacun des sites tudis dans la seconde partie effleure peine la question. Exceptionnels sont ceux qui vont jusqu’ proposer un plan.

Les raisons de cet oubli peuvent tre de deux sortes : il est d’une part presque toujours impossible de rapprocher les renseignements tirs des sources mdivales de la ralit topographique actuelle. De plus, la disparition physique de presque toutes les murailles, mme lorsque le trac en est bien connu, enlve l’essentiel de son ct attractif une telle recherche. Rien voir ici avec l’intrt que peut soulever une glise romane ou mme un chteau fort. Le lecteur pour qui les mots d’ enceinte mdivale voquent Carcassonne ou Aigues-Mortes sera fatalement du !

De l’absence d’tudes monographiques de bonne qualit dcoule l’absence de la rgion dans les synthses rcentes qui ont vu le jour sur le sujet : mme dans le tour de France rapide qu’il conduit la suite d’une longue tude des bastides du Sud-Ouest, Pierre Lavedan n’a pratiquement pas un mot pour la Saintonge [2]. On ne trouve par ailleurs que les mentions, forcment fort rares, des fragments d’enceintes subsistants, dans le rpertoire tent par Ch.-L. Salch [3]. Or, comme dans pratiquement toutes les rgions, les villes et bourgs — parfois de fort modestes villages — qui tentrent d’assurer leur dfense par la construction et l’entretien d’une enceinte sont nombreux.

Le cadre choisi pour cette tude a quelque chose d’artificiel. Ce n’est que pour adopter une limite relativement permanente durant le Moyen Age que nous entendrons par Saintonge le territoire de l’ancien diocse de Saintes, conscient qu’une entit religieuse n’a pas pour vocation de fournir le cadre gographique d’une recherche traitant d’architecture militaire.

Chronologiquement, plutt qu’une date, c’est l’apparition d’un certain type d’ouvrage qui nous servira de limite : les modifications importantes, apparues au XVIe sicle dans la poliorctique [NDLR : La technique du sige, aussi bien celle de la dfense que celle de l’attaque]. Rgion maritime, la Saintonge eut jouer un rle stratgique au cours des sicles classiques. L’apparition de ces nouveaux tracs y est donc frquente. Ils doublrent souvent l’enceinte mdivale ou se substiturent totalement elle. Ce type d’ouvrage, commandit par le pouvoir central et dessin par ses ingnieurs, avait en propre de coter fort cher et d’avoir une emprise au sol considrable qui exigea souvent la destruction des faubourgs. Lorsque l’initiative reste locale, il est beaucoup plus malais d’appliquer une telle distinction : G. Fournier a constat qu’en Auvergne, il est souvent difficile de distinguer entre les enceintes villageoises des XIVe etXVEsicles et celles de la fin du XVIe sicle [4]. Claude Masse dplore les mauvais ouvrages. trs imparfaits. faits par les milices ou paysans du pays Talmont.

Les comptabilits des villes durant le Moyen Age sont une source tout fait essentielle de l’histoire des fortifications. Ds le dbut de la guerre de Cent Ans, cette dpense apparat vite comme l’emportant sur les autres. A partir de 1358, par la clbre ordonnance de Sens, le roi ordonna de fortifier tous les lieux qui pouvaient l’tre. Mais les comptabilits urbaines ont contre elles, outre le rapprochement presque toujours difficile entre ce qui est dcrit et ce qui subsiste, d’tre rarement conserves. Nous ne les rencontrons chez nous que pour Saint-Jean-d’Angly, o les archives municipales nous livrent des renseignements partir de 1391 [5]. Il convient d’y ajouter pour La Rochelle le rcit d’Amos Barbot, qui put puiser ses renseignements dans les comptes de la ville avant leur complte disparition. Des renseignements pars sont recueillir dans les chartes, les rcits des chroniqueurs — Froissard en particulier ; la moisson strictement mdivale se rvle malgr tout assez maigre.

Les rcits de l’poque moderne comblent en partie cette lacune. Ds 1568, Elie Vinet dans L’antiquit de Saintes et de Barbezieux s’intresse d’assez prs aux remparts de ces deux cits. A la fin du sicle, Nicolas Alain, dans son De Santonum regione et illustrioribus familiis item de factura salis parle, fort brivement il est vrai, de quinze ou seize villes de la province, dont il note ventuellement l’enceinte. Quelques renseignements sont aussi tirer de Belleforest. Le XVIIe sicle livre d’intressantes descriptions de la Saintonge. Armand Maichin dans sa clbre Histoire de Saintonge, Poitou, Aunix et Angoumois est consulter pour une douzaine de sites. Il y a bien peu tirer en revanche du Mmoire sur la gnralit de La Rochelle commenc l’extrme fin du sicle sous la direction de l’intendant Bgon. Mais c’est incontestablement l’ingnieur Claude Masse que revient la premire place. Ses mmoires manuscrits, insparables des admirables recueils de plans qu’il nous a laisss, sont une source d’information de grande valeur. Nous renvoyons au travail de R. Faille et N. Lacrocq, qui ont inventori l’œuvre de cet ingnieur aujourd’hui disperse dans sept dpts d’archives, dont principalement les archives du Gnie, le muse des Plans-reliefs et le Service historique de l’arme, Vincennes, pour les recueils de plans [6].

L’iconographie ancienne est encore reprsente par quelques collections moins importantes : les Civitates orbis terrarum de Braunius, o les cits sont reprsentes comme des miniatures, ne contiennent malheureusement pour nous que Saintes et La Rochelle. La Topographie franaise de Claude Chastillon compte 43 planches consacres la Saintonge, d’un intrt trs ingal cependant. Les Plans et profils de toutes les principales villes et lieux considrables de France, de Tassin, publis en 1633, apparat comme une compilation de dessins qui ne s’intresse qu’ la poliorctique moderne. De plus, l’absence frquente de la voirie sur les plans en diminue considrablement l’intrt.

Quelques cits ont la chance d’tre reprsentes sur d’autres plans d’origines diverses, le plus souvent l’occasion des siges des XVIe et XVIIe sicles.

Pour l’tude sur le terrain, nous sommes parti le plus souvent de l’ancien plan cadastral, appel cadastre Napolon . On sait que cette vaste entreprise, commence sous l’Empire, s’est prolonge jusque dans les annes 1830. Les plans de Mauz (1808) et de Saintes (1809) sont parmi les plus anciens ; les derniers pouvant dater de 1838 (Soubise, Royan). Bien que les dessinateurs n’aient pas constamment adopt les mmes critres, on a l une premire reprsentation prcise des villes et bourgs, vieille de plus d’un sicle et demi. Les plans sont nettement antrieurs aux importantes transformations de l’re industrielle, notamment les percements de boulevards et d’avenues qui ont apport des modifications radicales. Les plans de Tonnay-Charente et de Saint-Jean-d’Angly sont rvlateurs ce sujet. Des fragments de remparts, des tours, aujourd’hui disparus, s’y voient parfois : ainsi Conac, Taillebourg, Soubise. A Royan, les traces des fortifications classiques se lisent dans le parcellaire, en des lieux o aujourd’hui le bton rgne en matre !

Enfin plusieurs plans ont fait figurer les noms des rues, et on est frapp de constater combien ceux-ci ont souvent une consonance mdivale.

Bref, il n’est sans doute pas exagr de dire que, dans bien des cas, plus de transformations irrversibles ont affect l’aspect des villes et bourgs depuis le cadastre Napolon aujourd’hui que depuis le Moyen Age la leve dudit cadastre.

II. REPERTOIRE DES ENCEINTES.

Il faut commencer par dire que la liste que nous proposons ici ne prtend nullement l’exhaustivit. Nous n’y avons inclus un site que lorsque quelque source ancienne ou moderne ou quelque lment archologique avaient attir notre attention. En plus des noms y figurant, il y aurait srement lieu de se poser la question de l’existence d’une enceinte pour des bourgs tels que Frontenay-Rohan-Rohan et Saint-Savinien-sur-Charente, ou pour les chteaux d’Ozillac et d’Archiac, dont les basses-cours durent abriter de petites agglomrations un moment ou un autre. Pour chaque lieu, nous avons en principe adopt quatre rubriques :
 Les sources anciennes, qui comprennent les descriptions — le plus souvent trs sommaires — d’historiens, les mmoires des gographes et les plans anciens existants.
 Une bibliographie o sont mentionnes les tudes modernes, mme si elles abordent peine la question de l’enceinte.
 Nos conclusions sur ce qui peut tre encore lu du trac de l’enceinte, les fragments subsistants, l’empreinte laisse sur le parcellaire, avec ventuellement des distinctions d’poques, surtout pour les villes importantes.
 Un plan, celui-ci prenant comme point de dpart le parcellaire figurant sur l’ancien cadastre. On y a soulign ensuite le trac de l’enceinte, les difices mdivaux existants et disparus, ainsi que les difices classiques importants, en utilisant les conventions ci-dessous :

( noter : les plans des villes dont la publication est prvue dans l’Atlas historique des villes de France n’ont pas t reproduits ici).

BARBEZIEUX

(fig. 1).

Barbezieux

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S. C’est Elie Vinet qui parle le plus longuement de l’enceinte de cette ville : Barbezieux (.) est petit lieu, rond, qui selon mon esme ne peut avoir plus de vingt journaux de sol. Il a par ci-devant t enclos de dous fort larges et profondes, faites en un roc tendre (.) il l’a aussi t oncques de murailles que le temps et les guerres aient abattues, je ne puis rien assurer de cela. Je n’en reconnait aucune certaine marque. Il est vrai qu’ quelques portes, et des deux cts d’icelles, se voient encore quelques restes de vieilles murailles, mais il peut tre que l seulement y en avait ainsi jadis un peu pour y attacher les portes et fermer la ville, et non pas que tout le lieu fut ceint. Il poursuit en donnant les noms de ces portes et en dplorant le comblement progressif des douves. Aprs lui, Nicolas Alain et Maichin apportent peu de prcisions nouvelles.

B. Auguste BONTEMPS, Barbezieux, son anciennet, son chteau, Bordeaux, 1925, traite de l’enceinte dans le ch. 2 (p. 11-17) ; il en restitue le trac et dcrit portes et tours de manire si prcise qu’on peut s’interroger sur les sources effectives de l’auteur. Pierre DUBOURG-NOVES, Charles Marionneau en Charente, 1843 , dans Mm. Soc. archol. et hist. Charente, 1975-1976, p. 233-245, prsente deux dessins de cet artiste qui montrent un fragment de l’enceinte urbaine aujourd’hui disparu. Andr DEBORD, La socit laque dans les pays de la Charente, Paris, 1984, p. 441 ; et Les bourgs castraux dans l’Ouest de la France , dans 1er Colloque intertiational d’histoire de Flaran, Auch, 1980, p. 65.
L’auteur y traite de l’origine et du dveloppement du bourg. Inventaire gnral, Regard sur Barbezieux et sa rgion, Poitiers, 1983, et Indicateur du patrimoine : arrondissement de Cognac, t. I, Paris, 1983.

Conclusion. Quelques restes de l’enceinte, mais surtout l’escarpe taille, se voient encore bien sur une partie des fronts nord et sud. Les rues des Hautes et des Basses-Douves en gardent le souvenir. A l’ouest du chteau existe une tour demi-circulaire engage dans un fragment de muraille et perce d’une baie flamboyante. Pour le trac oriental, le plus hypothtique, nous suivons ici Bontemps.

BASSAC

(fig. 2).

Bassac

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S. Claude Masse nous a laiss un plan trs petit et fort mauvais du bourg (Paris, Bibl. Gnie, ms. 503 : Recueil des plans de Saintonge, fo 44).

B. Abb Jules DENYSE, L’abbaye royale de Saint-Etienne de Bassac, de l’ordre de Saint-Benot et de la congrgation de Saint-Maur , dans Bull. Soc. archol. et hist. Charente, 5e srie, t. III, 1880, p. 37-38. Indique sommairement le trac et donne le nom des portes de l’enceinte.

Conclusion. Il ne reste presque plus rien de cette petite enceinte qui, partant l’est de l’abbaye, enfermait l’ouest l’glise Saint-Nicolas, aujourd’hui presque totalement disparue. Trs pauvres restes de la porte Barrire sur le front nord. Quelques maisons mdivales existent encore dans le village.

COGNAC

S. Masse ne nous livre le plan dtaill que du chteau et du pont sur la Charente. Pour le reste de la ville, il ne donne qu’un plan sommaire petite chelle (Recueil des plans de Saintonge, fos 30 et 44). On connat divers plans du XVIIIe sicle et quelques vues des remparts avant leur destruction, en particulier celles de C. Thinon, conserves au muse de la ville.

B. Abb COUSIN, Histoire de Cognac, Jarnac, Segonzac., Bordeaux, 1882, p. 88 ; P. MARTIN-CIVAT, Cognac des origines 1789. Institutions et monuments, Cognac, 1924, p. 118-122 ; ID., Deux sicles de vandalisme Cognac,XVIIIe-XXe sicle , dans Bull Soc. archol. et hist. Charente, 1968, p. 235-245. Edgar BROUTET, dans Regards sur Cognac, Millau, 1982, p. 115-161, donne une synthse de vulgarisation mais de bonne qualit.

Conclusion. Le trac de l’enceinte de Cognac est assez bien connu, ainsi que l’essentiel des conditions de sa disparition. Il n’en subsiste que deux paves ariennes : un fragment de muraille dans un jardin, rue Richard-Harrison, et surtout la belle porte Saint-Jacques, du XVe sicle.

CONAC (commune de Saint-Thomas-de-Conac).

S. C’est par les plans de Masse, dats de 1708 et 1715, que nous connaissons Conac l’existence d’une basse-cour jadis remplie de maisons : avant-cour ou ville qui estoit close . Elle renfermait encore une halle auXVIIIesicle, tandis que les vestiges d’une glise subsistaient dans l’enceinte castrale.

B. Pierre-Damien RAINGUET, Etudes historiques. littraires et scientifiques sur l’arrondissement de Jonzac (Charente-Infrieure), Jonzac, Saint-Fort-sur-Gironde, 1864, p. 291-292 ; J. GARDELLES, Les chteaux du Moyen Age dans la France du Sud-Ouest, Genve, 1972, p. 126-127.

Conclusion. Outre un fragment de l’enceinte du chteau, dominant la falaise, il subsiste une partie du puissant mur nord de la basse-cour, sous un hangar agricole. Mais la tour attenante, dessine par Masse et qui figure encore sur l’ancien cadastre, a aujourd’hui disparu. Conac tait le sige d’un des onze archiprtrs de Saintonge. Le dictionnaire gographique de l’abb Expilly lui attribue encore 45 feux auXVIIesicle.

CORME-ROYAL

Plusieurs auteurs affirment que Corme-Royal tait une ville pourvue d’un rempart, dont une des portes existait encore auXVIIesicle. L’glise paroissiale Saint-Pierre, occupant l’emplacement de la grand-place est distinguer de l’glise actuelle qui, situe en marge du bourg, tait une dpendance de l’abbaye aux Dames de Saintes. L’examen de l’ancien cadastre, joint celui des lieux, ne permet gure de proposer un trac de ces anciennes dfenses.

FONTAINE-CHALENDRAY

(fig. 3).

Fontaine-Chalendray

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S. Dans sa Topographie franaise, Claude Chastillon a laiss une vue de l’ancien chteau de Fontaine.

B. C’est dans un obscur bulletin paroissial que l’abb Mulot a enfoui une srie d’articles, crits le plus souvent partir de sources notariales indites, qui sont toute la documentation moderne que nous possdions sur cette enceinte villageoise trs en lien avec un chteau fodal, dont elle constitue une extension de la basse-cour. Voir Les cloches de Fontaine, n5 (novembre 1925) 106 (aot 1934).

Conclusion. Le village occupe le sommet d’une butte de la chane de collines des marches du Poitou. Le chteau, dont de pauvres restes existent dans une ferme, occupait l’angle nord-est du bourg. Celui-ci avait une forme ovode, dont le front sud apparat encore assez bien. Le front nord dominait une dpression plus marque. Dans le rseau tortueux des rues, on est frapp par le grand nombre des maisons qui peuvent remonter au bas Moyen Age par tel ou tel dtail de leur architecture. L’glise actuelle est l’ancienne chapelle Notre-Dame du chteau. L’ancien centre de la paroisse tait 700 m l’ouest du village, au lieu-dit Saint-Maixent, o se trouve encore le cimetire.

JARNAC

(fig. 4).

Jarnac

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S. Gravure de Chastillon o, sous le titre ville de Inacque , figurent un grand chteau et une glise ruine. Masse consacre les feuilles 34 40 de son Recueil des plans de Saintonge larnac. La plupart concernent le magnifique chteau construit au XVIIe sicle et qui s’levait l’est du bourg ; mais sa feuille 54 nous livre un plan de la ville elle-mme.

B. Abb COUSIN, op. cit., p. 317-318. L’auteur dcrit sommairement le trac de l’ancienne enceinte en prcisant qu’elle avait neuf tours, dont la principale dominait la porte Saint-Pierre.

Conclusion. L’ancien plan cadastral, dress hlas aprs la disparition du chteau, ne nous apporte que peu de renseignements. Il subsiste toujours une notable partie du front nord de l’enceinte discernable sur plus de 100 m dans un mur sparant des jardins entre la Grand-Rue et la rue des Fosss. Deux tours de flanquement dcouronnes et la moiti de la porte Saint-Pierre se voient galement.

JONZAC

(fig. 5).

Jonzac

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S. Agrippa D’AUBIGN, dans ses Mmoires (d. CHARPENTIER, 1854, p. 178), a racont le sige de Jonzac pendant les guerres de Religion : La ville entoure de barricades assez primitives construites la hte, tait incapable de rsister un coup de main. Les retranchements taient forms d’un tage de pipes ou futailles sur lesquelles on avait tendu des planches. Nicolas Alain ne dcrit Jonzac que comme un bourg populeux . Maichin parle lui d’un grand et riche bourg .

B. RAINGUET, op. cit., p. 175-182. Denys D’Aussy, Introduction Jonzac et Ozillac , dans Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. XX, 1892, p. 28-51 ; Marc SEGUIN, Jonzac au XVIIe sicle, Saint-Jean-d’Angly, 1983. Les foires de Jonzac, longtemps interrompues, furent rtablies en 1473 par ordonnance du roi. Cependant, Jonzac reste simple prieur-cure dpendant d’Archiac jusqu’en 1648 et ne recevra le titre de ville qu’auXVIIIesicle.

Conclusion. Si l’agglomration ancienne s’est dveloppe autour de trois ples — le chteau l’est, la priorale Saint-Gervais l’ouest, puis le couvent des carmes fond en 1505, au-del de la Seugne -, seul ce qu’on peut appeler le bourg du chteau , enfermant halle et minage, semble avoir reu une protection. La petite porte de ville est d’un aspect bien tardif, mais elle est flanque au nord d’une tour qui parat plus ancienne. Une curieuse rue sinueuse passages surbaisss et plusieurs maisons de la fin du Moyen Age existent dans la ville.

MARANS

S. La planche 57 de la Topographie franaise de Chastillon figure le chteau en 1604. Le bourg n’apparat pas fortifi. En la feuille 27 de son Recueil des plans de Poictou et d’Aunis conserv Paris (Bibl. Gnie, ms. 505), Masse a donn un plan du bourg. Il crit le bourg a port le titre de ville ayant est autrefois clos de murailles et l’on y voit encore les vestiges d’une porte . Arcre est plus circonspect : On a prtendu que ce lieu avoit titre de ville. Il est vrai que la dclaration portant translation du prsidial et autres juridictions de La Rochelle Marans, lui donne cette qualit, mais dans les autres monuments anciens et modernes il n’est connu que sous le nom de bourg .

B. Denys D’Aussy, Chroniques saintongeaises, p. 418, 422, 433, 436.
L’escadre anglaise de Richard d’Arundel entra sans combattre dans le bourg qui alors n’avait aucune enceinte de murailles en 1389.
En 1574, le capitaine Bruires, l’approche des calvinistes, fit masquer la hte toutes les rues et distribua une partie de ses soldats dans les maisons dont elles taient bordes . Trois ans plus tard, La Popelinire fortifia le bourg de Marans. et fit mme rparer les murs du chteau ruins en plusieurs endroits .

Conclusion. Comme Jonzac, il semble bien que, sans porter le titre de ville, Marans ait t fortifi de faon intermittente pendant la guerre de Cent Ans et les guerres de Religion. Claude Masse a reprsent une porte fortifie environ 140 m en avant du chteau, sur l’actuelle rue Guy Seguinot. Il n’a cependant reprsent aucun ancien retranchement autour du bourg.

MAUZ

(fig. 6).

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S. Mauz a est autrefois une ville bien munie et fortifie , note Maichin. Claude Masse sera plus prcis : Le bourg porte le titre de ville, c’est une des baronies qui relve de Benon, il est encore enceint de fossez en partie secs et ceux du cost de la rivire pleins d’eau l’hiver, du cost de la hauteur ils estoient assez profonds, mais points revestus ni l’escarpe ni la contrescarpe. Il reste encore quelques vestiges de mauvais murs dans la partie haute droite et gauche de la porte Boureau, mais ils ont est en tous temps peu considrables bastis de mauvaise maonnerie mortier de terre et point flanqus de tours except celles qui paroissent avoir est la porte et autour de l’glise (.) l’glise qui estoit fortifie faisoit une partie de l’enceinte de la ville  ; et plus loin : Les fosss de la ville ont 8 10 et 12 toises de largeur sur 10 12 pieds de profondeur . Masse donne aussi un plan de la ville en 1719 (Recueil des plans de Poictou et d’Aunis, fo 34). Amos Barbot, dans son Histoire de La Rochelle, a rapport un incident survenu en 1542 et que reprend d’ailleurs Arcre : le roi ayant impos une taxe lever sur les villes mures de la province d’Aunis, les Rochelais imaginrent de faire partager cette charge Mauz, du fait de son ancienne enceinte. Mais les habitants de Mauz ne semblent pas avoir eu de peine en tre dchargs (t. II, p. 42).

B. Lon FAYE, Mauz en Aunis , dans Mm. Soc. Antiq. Ouest,1resrie, t. XXII, 1855, p. 70-79.

Conclusion. Il ne subsiste de remparts et de tours, sur une centaine de mtres, qu’au chteau implant l’ouest du bourg, le long d’un bras du Mignon. Mais les anciens fosss ont laiss quelques traces discernables surtout autour de l’angle sud-est du bourg. Le front sud est toujours marqu par un petit canal qui conserve le trac de la douve. Le front nord, beaucoup plus boulevers par la voirie moderne, n’est plus lisible.
Trois ou quatre maisons d’aspect mdival subsistent encore dans le bourg.

MIRAMBEAU

S. Dans les deux plans qu’il en a donn, de 1714 et 1717, Claude Masse a dsign la moiti occidentale de l’enceinte du chteau de Mirambcau comme le jardin autrefois occup par la ville et jardin que l’on dit avoir t occup par des maisons . Ailleurs, dans son mmoire, il parle de l’ ancien chteau, autrefois ville .

B. RAINGUET, op. cit., p. 264-265 ; GARDELLES, op. cit., p. 175.

Conclusion. Le quartier d’habitations proche du chteau porte encore aujourd’hui le nom de la ville . En fait, comme dans les cas de Conac et de Surgres, il semble bien que la ville de Mirambeau ne fut jamais autre chose qu’une basse-cour remplie de maisons. Il ne reste qu’une petite partie du front sud de l’enceinte de ce chteau, qui a t reconstruit au XIXe sicle dans le style no-gothique.

MORNAC-SUR-SEUDRE

(fig. 7).

Mornac-sur-Seudre

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S. Maichin note seulement que Mornac estoit anciennement fortifi par le moyen d’une grosse tour qui a t abattue. Mornac portait autrefois le titre de ville qui a est dmantele et aussi bien que son chateau dont on voit encore quantit de vestiges. Deux glises dont une a t racommode en 1706 et l’autre qui estoit l’encienne paroisse et qui est hors de la ville, est inhabite et presque toute ruine. les fosss du chateau qui ne sont pas combls, et ceux de la ville sont fort profonds , crit Masse. Le gographe donne aussi un petit plan de Mornac au f 77 de son Recueil des plans de Saintonge. Autre plan de la ville, dat de 1771, publi par R. COLLE dans Chteaux, manoirs et forteresses d’Aunis et de Saintonge, t. II, La Rochelle, 1984, p. 77.

B. H. DE TILLY, La Saintonge sous la domination anglaise , dans Rec. Actes Comm. Arts etMonum.hist. Charente-Infrieure, t. XI, 1891-1892, p. 231, et D. D’AUSSY, La Saintonge pendant la guerre de Cent Ans , dans Rev. Saintonge et Aunis, t. XIV, 1894, p. 385, ont parl de la prise de la ville par les Anglais en 1433 ; Les foires de Mornac , dans Rev. Saintonge et Aunis, t. XII, 1892, p. 281-282 ; A. BOURRICAUD, Mornac en 1749 , dans Rec. Actes Comm. Arts et Monum. hist. Charente-Infrieure, t. VIII, 1886, p. 308-318, indique les anciens noms des rues et prtend que la halle qui est dans le faubourg doit tre de fondation fort ancienne .

Conclusion. S’il ne reste rien des anciennes murailles, leur trac se lit sans difficult, enfermant un bourg au plan caractristique. Une rue en arc de cercle, descendant au port, enveloppe la motte du chteau. De multiples ruelles au trac tortueux en partent, toutes s’arrtant contre l’emplacement des anciennes douves. L’glise est reporte sur un ct, tandis que la halle est btie l’extrieur, dans le bourg.

MORTAGNE-SUR-GIRONDE

(fig. 8).

Mortagne-sur-Gironde

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S. Mortagne, autrefois ville, maintenant simple bourg, pourtant chef-lieu d’une principaut, avec un chteau et un couvent augustin , crit Nicolas Alain. Avec Claude Masse, on voit apparatre une autre tradition qui assure que la falaise situe au nord-ouest du chteau serait le site de l’ancienne ville de Mortagne. Prudemment, l’ingnieur ajoute qu’il n’y parat plus aucun vestige et se demande si s’est bien l ou dans le bourg actuel que les anglois se dfendirent longtemps et soutinrent un mmorable sige se qu’assure la tradition . Plan du bourg et carte des falaises de la cte saintongeaise de la Gironde, dans Recueil des plans de Saintonge, f 56.

B. Pierre-Damien RAINGUET, Mortagne-sur-Gironde, Jonzac, 1859, reprend l’hypothse d’un site originel diffrent de celui du bourg actuel.
A. BOUYER et E. JOUAN, dans Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. II, 1875, p. 297, n. 1, relve qu’au XVe sicle, Jean de Beaumont avait des maisons dans les paroisses Saint-Etienne et Saint-Michel, tant dedans que dehors cette ville, et joignant aux fosss et aux remparts de la ville de Mortagne . DE COMBES, Le sige de Mortagne (9 novembre 1574) , dans Rec. Comm. Arts et Monum. hist. Charente-Infrieure, t. X, 1891, p. 74-92. Eutrope JOUAN, Notice sur Mortagne , ibid., p. 92-93, distingue et situe les diffrentes communauts religieuses de la ville.

Conclusion. L’emplacement de l’ancien chteau de Mortagne est connu : il est aujourd’hui occup par un centre de vacances. S’il est plus difficile de donner les limites de l’ancienne ville, il semble qu’il faille carter l’hypothse d’un site entirement diffrent du bourg actuel. Celui-ci possde en effet suffisamment de dtails qui indiquent son origine mdivale : d’une part, le prieur augustinien Saint-Etienne (C’est l’glise actuelle, 750 m au nord du chteau) ; d’autre part, une ancienne glise ruine, porte sur le plan de Masse de 1715, dont le vocable est connu, puisque l’ancien cadastre connat l une rue Notre-Dame ; enfin, un peu plus au sud, une place de la halle, et au sud de cette place, une escarpe encore bien visible qui limite nettement le bourg de ce ct ; nous somme l trs prs du fort ou chteau avanc not par Masse et qui est sans doute une barbacane. La ville close devait donc s’tendre au nord-est du chteau, autour de la halle et de l’glise Notre-Dame.
Il semble impossible de retrouver le trac, mme approximatif, des anciennes douves. Le prieur augustinien s’installa dans le faubourg.
Cette implantation contribua dplacer le centre du bourg moderne vers le nord-est.

PONS

(fig. 9).

Pons

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S. Il n’est pas question de donner ici un inventaire des sources, non plus qu’une bibliographie complte sur Pons. Le donjon roman a en particulier donn lieu une littrature abondante que nous ne reprendrons pas. A la fin du XVIe sicle, Nicolas Alain note que la ville est entoure d’un double mur. Selon lui, le couvent des jacobins est dans la ville la diffrence de celui des cordeliers, ce que ne confirme pas les donnes archologiques. Le mmoire et les relevs de Claude Masse sont essentiels pour la connaissance des anciens remparts de Pons.
Ceux-ci couvrent les feuilles 46 49 du Recueil des plans de Saintonge.

B. L’tude essentielle, qui dispense d’une vaste bibliographie est celle de Mgr Ludovic JULIEN-LAFERRIRE dans L’art en Saintonge et en Aunis, Toulouse, 1879, p. 43-58 et 82-86. On la compltera seulement par les observations multiples faites par M. Pierre SENILLOU et publies dans Archologie pontoise, n 33, 1976 (non pagin), et le Bull, munic. Pons, 1985, p. 28-31.

Conclusion. L’enceinte castrale de Pons dessine un demi-cercle dont le diamtre, d’environ 180 m, domine de fort haut le cours de la Seugne.
Il est marqu son extrmit ouest par le donjon roman, et l’est par la porte Saint-Gilles. Une plus vaste enceinte, date duXIIIesicle et attribue Renaud II, conserve cette ligne de dfense au sud. Il en subsiste des restes importants de la porte Haute et du rempart attenant vers l’est, ainsi que les substructions des deux tours de la porte des Tours-Neuves, l’ouest. De cette poque peuvent aussi dater les portes du faubourg des Aires, tablies aux dbouchs des ponts des les de la Seugne. Probablement auXIVesicle, deux extensions notables de cette enceinte sont cres : le bourg Saint-Vivien, qui n’inclut pas le prieur.
Le front ouest de ce rempart est en partie visible prs de l’actuel terrain de sport. A l’est, il longeait la Seugne pour rejoindre le moulin de la Tour, englobant ainsi de vastes espaces dont on s’est demand s’ils taient occups au Moyen Age. Au nord, le nouveau mur entoure le bourg Saint-Martin, en passant par le chevet de cette ancienne glise, au-dessus de la Font-Pissot, o il se voit encore. Plus l’ouest, une tour subsiste rue du Rempart. Enfin, l’est, la dcouverte des substructions de la tour du Canton-Basset a permis M. Senillou de corriger quelque peu le trac propos par Julien-Laferrire.

PONT-L’ABB-D’ARNOULT

(fig. 10).

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S. La ville a t close de murailles. On voit encore les portes et des bouts de murs et des fosss qui estoient taills dans le roc. Mais prsent le tout est assez dlabr , note Masse, qui nous livre aussi un petit plan au f 94 du Recueil des plans de Saintonge.

B. Quelques notes dans H. DE TILLY, Excursion archologique du 7 juin 1883 , dans Rec. Comm. Arts et Monum. hist. Charente-Infrieure, t. VII, 1884, p. 302 ; D. D’AUSSY, L’excursion du 8 mai , dans Rev. Saintonge et Aunis, t. X, 1890, p. 250 ; Andr BAUDRIT, Pont l’Abb, 1959.

Conclusion. Outre une porte duXIIIeou du XIVe sicle qui subsiste prs de l’glise, Pont-l’Abb a conserv une partie de ses anciens remparts, sur le front ouest o ils surplombent des jardins, et surtout sur le front est, o le foss, avec son escarpe et sa contre-escarpe tailles dans le roc, est facile suivre, en particulier ct de la poste actuelle. Le bourg a conserv quatre ou cinq maisons mdivales.

LA ROCHELLE

Il n’est videmment pas question de donner ici une tude complte des anciennes fortifications de La Rochelle, ce qui dpasserait de loin le cadre de cette tude. Nous nous contenterons d’esquisser un tat de la question.

S. La perte des archives communales nous prive d’une source essentielle.
Cependant, beaucoup de textes, aujourd’hui disparus, ont t utiliss par Amos Barbot dans son histoire de la ville. On consultera aussi celle d’Arcre, compose au milieu duXVIIICsicle. Du point de vue iconographique, les plans anciens sont assez nombreux (voir Bibl. mun., carton II). On trouve d’abord quelques plans assez maladroits, montrant la ville depuis le nord. Une importante srie concerne le sige de 1572.
Ils se recopient beaucoup les uns les autres. Certains ajoutent, en pointill, le trac du mur disparu entre la ville et le faubourg de Cougnes (carton II, n 6). Deux beaux plans figurent une miniature de la ville : celui de Braunius et Hogenberg, tir des Civitates orbis terrarum, de 1574 (plan aux trois personnages ), et un plan de 1620, plus prcis.
Puis c’est la trs belle srie des plans et relevs de Claude Masse, conservs la Bibliothque du Gnie Paris et qui donnent des vues de dtail de nombreux quartiers et des relevs de monuments mdivaux aujourd’hui disparus : tour de Moureille, porte de Cougnes, porte Malvault, commanderie du Temple. Le plan de 1689 semble tre le derniernous donner le trac de l’ancienne enceinte mdivale, rase en 1629. L’ensemble de ces plans et dessins a t publi. Notons enfin la vue en perspective de la ville par Chastillon, reprise par Tassin.

B. Trs nombreux sont les historiens de la ville qui ont parl de l’enceinte. Nous renvoyons la liste de Ph. WOLFF, Ph. DOLLINGER et S. GUENE dans leur Bibliographie d’histoire des villes de France, Paris, 1967, p. 429. Nous y ajouterons l’importante tude sur les tours d’E. JOURDAN, dans Rev. Aunis et Saintonge, t. III, 1866, p. 564-580 et 628-645 ; ainsi que quelques passages des Cahiers du Pre COUTANT, notamment lesnos9 (Un lot mconnu. La Rochelle, 1982), p. 52-53, et 5 (La Rochelle : le vieux march, la fontaine du Pilori, les rues du Minage et Gargoulleaud, s.d.), p. 45-51. Une excellente synthse rcente est due M. Robert FAVREAU dans Histoire de La Rochelle, Toulouse, 1985, p. 13, 16, 46-49, et surtout dans Les dbuts de la ville de La Rochelle , dans Cahiers Civil. mdiv., t. XXX, 1987, p. 3-32.

Conclusion. La premire enceinte, leve auXIIesicle, peut-tre au cours de la dcennie 1160-1170, dessinait dj un vaste quadrilatre.
Dans un deuxime temps, une premire et fort vaste extension inclut au nord le faubourg de Cougnes. Le trac de la premire enceinte, rappel sur un plan de 1573, et la porte Malvault, qui subsista jusqu’auXIXesicle, en conservent le souvenir. En 1222, les Rochelais sollicitrent du roi d’Angleterre Henri III de fortifier les bourgs situs hors de la ville.
Il s’agit peut-tre des quartiers du Perrot, au sud-ouest, et de Saint-Nicolas, au sud-est, qui furent inclus dans l’enceinte duXIIIesicle. De nombreux travaux aux fortifications, qui permirent de renouveler une grande partie de celles-ci, eurent lieu durant la seconde moiti du XIVe sicle et tout le xve sicle. Entre 1373 et 1376 est construit le rempart, qui reliant la porte Saint-Nicolas la tour du mme nom, inclut la petite rive, ou Gabut, dans l’enceinte. Outre le front de mer, trs connu, mais dont le rempart conserv ne date que duXVIesicle, il ne reste de tout cela qu’une des tours de la porte de Cougnes et quelques bribes de muraille au chevet de l’glise Notre-Dame.

ROYAN

(fig. 11).

Royan

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S. On trouve de brves notations sur cette ville chez Nicolas Alain, Maichin et dans le mmoire de Masse. Les plans anciens sont plus riches en informations : outre l’intressante gravure de Chastillon (Topographie franaise, n 89) qui montre un chteau entour de plusieurs enceintes, dont l’une gauche inclut un quartier d’habitations, on note le plan de Tassin et les deux relevs des feuilles 68 et 69 du Recueil des plans de Saintonge de Claude Masse. Sur le premier, qui veut reprsenter l’tat des lieux en 1622, le rempart enferme une petite cit aux rues irrgulires.

B. Robert COLLE, Royan, son pass, ses environs, La Rochelle, 1965 ; Chr. GENET, La vie balnaire en Aunis et Saintonge, Gmozac, 1978, p. 128-133.

Conclusion. S’il ne reste aujourd’hui videmment rien du Royan mdival, on est frapp par l’aspect que prsentait encore la pointe de Foncillon sur le cadastre napolonien (achev en 1838). Le parcellaire conserve le dessin des ouvrages cornes ajouts au XVIe sicle, et la trace du premier foss, qui jouxtait le mur mdival, se repre sans difficult.

SAINTES

S. Au XVIe sicle, l’abb Belleforest et Elie Vinet ont quelques mots pour l’enceinte. Dans son long mmoire sur la ville, Masse en parle peine, si ce n’est comme tous les autres pour remarquer les fragments d’antiquits inclus et l dans le rempart. Il nous livre cependant un intressant mmoire sur le pont. Voir notamment ses planches 23 29 du Recueil des plans de Saintonge. Le plan de Braunius et Hogenberg, dat de 1560, est par contre assez nettement suprieur celui propos par les mmes auteurs pour La Rochelle.

B. J. MICHEAU, Le dveloppement topographique de Saintes au Moyen Age , dans Bull. philol. et hist. Comit des Trav. hist. et scient., 1961, p. 23-26. Louis MAURIN, Saintes antique, Saintes, 1978, p. 326-327 (voir notamment la note 17). L. H. HUDE, divers articles dans Rev. Saintonge et Aunis, 1973, p. 195-199 ; 1967, p. 18-20 ; 1968, p. 33-41.
Notons enfin le travail de Marc BILLARD, Topographie ancienne de Saintes (dactylographi).

Conclusion. Mis part un trs vague fragment affleurant rue du Rempart, il ne reste rien des anciennes fortifications mdivales de Saintes. Cependant leur trac est fort bien connu : sur trois faces, le trajet du mur reprenait celui du rempart antique, en en rutilisant souvent des fragments plus ou moins importants. Il ne s’en cartait que le long du fleuve o, suivant la berge d’assez prs, il passait environ 45 m en avant du mur antique comme l’a montr L. Maurin.

SAUJON

(fig. 12).

Saujon

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S. Maichin crit que Saujon (Saugeon) a est autrefois une ville forte et bien munie, c’est maintenant un beau et grand bourg accompagn d’un magnifique chteau, assis sur la rivire Seudre . De son ct, Masse est peine plus prcis. Pour lui, ce lieu a est autrefois enclos de murailles, comme l’on voit par une porte qui est encore entire. Le cardinal de Richelieu y fit bastir un beau chteau flanqu de quatre gros pavillons, enceint de fosss, plein d’eau , et il donne, en la feuille 56 du Recueil des plans de Saintonge, un plan de Saujon.

B. Denys D’AUSSY, Chroniques saintongeaises, p. 318-325. Pierre BOUCHOLLE, Saujon, seigneurie baronnie, et le cardinal de Richelieu, Luon, 1965, parle plusieurs reprises de l’enceinte urbaine et des conditions de sa dmolition. R. CROZET et P. ROUDI, Le chteau de Saujon , dans Bull. Soc. Hist. Art fran., 1968, p. 57-64. Sur les fouilles de Lon MASSIOU, voir Rev. Saintonge et Aunis, 1912, p. 253-258 ; il y est question de la dcouverte des restes d’une glise mdivale dans l’enceinte du chteau.

Conclusion. Le plan de Claude Masse nous permet de situer la porte de ville sur le front est. Partant de l, le rempart se raccordait certainement au chteau, en passant en retrait de l’actuelle rue du Presbytre, qui doit garder le trac des anciennes douves. Un fragment semble en subsister dans un mur de hangar. Vers le sud, le trac est encore plus incertain. Une dfense existait probablement la tte du pont sur la Seudre.

SOUBISE

(fig. 13).

Soubise

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S. Ville assez ancienne pour Maichin, autre ville fortifie pour Nicolas Alain, Soubise avoit un chasteau. qui a est pris et repris et raz en [un blanc] aussi bien que les murs de la ville qui estoient flanqus de tours l’antique, et ceint d’un bon foss creus dans le roc, qui la sparoit de la terre ferme , pour l’ingnieur Masse, qui donne aussi un petit plan des lieux la feuille 94 de son Recueil des plans de Saintonge.

B. Soubise a peu retenu l’attention. Quelques notes dans DenysD’AUSSY,Chroniques saintongeaises, p. 252, 259 et 263-264.

Conclusion. A l’aide du plan de Claude Masse, on repre facilement le trac de cette enceinte triangulaire, dont il subsiste des fragments non ngligeables, surtout sur le front est du chteau, ainsi qu’une tour demi-circulaire engage sur le front sud.

SURGRES

S. Arcre note qu’un ancien titre de 1333 qualifie Surgres de ville.
On dit qu’il y avoit autresfois des maisons bties dans ces grands espaces qui sont enclos et renferms des murailles de ce chasteau, et qu’elles formoient une ville , crit Maichin, suivi en cela par Masse : Son chasteau que l’on tient avoir est autrefois rempli de maisons d’habitanes et (sic) d’une figure ovale. il reste de l’encienne ville dans l’enceinte de ce chasteau l’glise paroissiale . Plan au f 29 du Recueil des plans de Poictou et d’Aunis, et pl. 56 de la Topographie franaise de Chastillon.

B. Notice de Paul VICAIRE, dans Congrs archologique de France. CXIVe session, 1956, La Rochelle, Orlans, 1956, p. 272-275 ; DEBORD, op. cit., p. 445.

Conclusion. Comme dans le cas de Mirambeau, la ville de Surgres ne fut pas autre chose qu’une petite agglomration qui trouva place dans une partie de l’enceinte castrale. Celle-ci est, comme on sait, la mieux conserve de la province. Le rempart, en grande partie conserv, possde encore treize tours sur les vingt-trois qu’il compta.

SAINT-JEAN-D’ANGLY

(fig. 14).

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S. Saint-Jean est la seule ville de la province qui ait conserv une partie notable de ses archives communales pour le Moyen Age : voir L.-C. SAUDEAU, Archives communales de Saint-Jean-d’Angly antrieures 1790, La Rochelle, 1895 ; Registres de l’chevinage, 1332-1496 , publ. Denys D’AUSSY dans Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. XXIV, 1895, XXVI, 1897, et XXXII, 1902 (Nombreuses mentions concernant les fortifications, ibid., t. XII, 1884, p. 24-25 et 101).

N. Alain a vu la ville entoure de murs solides . Elle a des retranchements faits d’amas de terre, levs en forme d’arcs, et un chteau qui ne redoute point un sige .
— Plans et vues anciens. Ce sont surtout des plans illustrant les siges de 1569 et 1621, reprsentant les fortifications sans faire figurer la voirie : Saint Jean d’Angly assig par le roi Charles IX, en 1569 (montre le front ouest du rempart assig) ; Claude CHASTILLON, Topographie franaise, p. 136, vue trs recopie, notamment par Tassin ; Prise de Saint-Jean en 1621 , plan excut en 1649 pour l’ouvrage Les triomphes de Louis le Juste, XIIIe du nom ; Plan de Saint-Jean en 1634 , extrait du baron de CHABAN, Histoire de la guerre des huguenots ; Plan de Tassin ; Plans de Saint-Jean en 1621 et 1710, par CI. Masse, Recueil des plans de Saintonge, f 107 (Sur le plan de 1710, la voirie a t figure, mais l’auteur dit par ailleurs que ce plan estant fait que dide, et il faut encorre moins compt sur ces rues quy sont peut estre en plus grand nombre ). Le muse de la ville renferme de nombreuses reproductions de plans anciens, dont la copie d’un plan qui mentionne la voirie de faon dtaille, malheureusement sans indication de l’original.

B. L.-F. GUILLONNET-MERVILLE, Recherches topographiques et historiques sur la ville de Saint-Jean-d’Angly., Saint-Jean-d’Angly, 1830, p. 72-75 ;DrJ. TEXIER, Inventaire archologique de l’arrondissement de Saint-Jean-d’Angly, fasc. 1, Saint-Jean-d’Angly, 1963 ; Elizabeth BONAZZI, Saint-Jean-d’Angly de 1372 1453, son histoire, ses institutions, thse de l’Ecole des chartes, dactyl., Paris, 1958, p. 5-19 et 134-148 ; GLNISSON et HIGOUNET, op. cit. la n. 5, p. 30-74.

Conclusion. Dot la fin du Moyen Age de la deuxime enceinte de la province, loin devant Pons, Cognac et Saintes, Saint-Jean-d’Angly n’a rien conserv de ses remparts. On a pu supposer que ceux-ci dessinaient un primtre moins important. En effet, un texte de 1313 mentionne l’ancienne clausure , la douhe.devers la porte du seing , c’est-dire proche de l’actuelle tour de l’Horloge (Arch. hist. Saintonge et Aunis, t. XII, 1884, p. 101). De plus, les cordeliers obtinrent en 1225-1226 des maisons sises l’alleu, prs de la ville de Saint-Jean-d’Angly le long de la Boutonne , site qui au XIe sicle tait un bourg qui touche la ville de Saint-Jean-d’Angly . Il y eut donc au cours du Moyen Age une extension considrable de l’enceinte au sud et l’est. L’ancien plan cadastral prsente un intrt considrable. Tout le quartier situ au nord des rues Gambetta et Grosse-Horloge a t profondment boulevers au XIXe sicle par le percement du boulevard Joseph-Lair et la construction de la mairie, du palais de justice et de la salle des ftes. La voirie avait conserv une forte proportion de noms voquant le Moyen Age. On y trouvait une rue des Fosss et un chemin des Doues. Ajoutons que Saint-Jean-d’Angly possde encore un nombre non ngligeable de maisons anciennes.

SAINT-SAUVANT

(fig. 15).

Saint-Sauvant

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Saint-Sauvant, malgr son site admirable, ne semble gure avoir retenu l’attention des historiens anciens ou modernes. Le village, o se rencontrent plusieurs maisons du XVe sicle, occupe un site en peron barr, dominant le confluent du Coran et du Pidou. Le mur est en partie conserv sur le flanc sud et surtout l’ouest, o une tour crnele duXIIIesicle domine l’-pic. Vers l’est, la dfense naturelle manque totalement, et le bourg est domin par les quelques vallonnements voisins. Une barricade dont il ne subsiste rien et qu’il est impossible de situer exactement devait protger le village de ce ct.

TAILLEBOURG

(fig. 16).

Taillebourg

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S. Dans son mmoire, Masse a not les enceintes successives : Cette seconde enceinte du chasteau tenoit lieu de cloture la ville basse du cost de la hauteur et cette ville environne le pied du chasteau au nord et l’orient. la ville haute estoit fortifie du cost de la terre ferme par une enceinte revtue de maonnerie d’environ 180 toises d’un vallon l’autre, et environ 80 toises de cette enceinte il y avoit une troisime d’un foss large et profond.  ; puis il s’tonne que ces murs qu’il juge mal flanqus et peu solides aient par le pass valu une telle rputation cette ville. Le plan qu’il en livre, dat de 1714, est antrieur la construction des deux ailes du chteau, auXVIIIesicle (Vincennes, Service historique de l’arme, Recueil MassepoC 1293, n 18). Il existe diffrentes vues de la ville, auxXVIIIeet XIXe sicles, qui n’apportent rien de plus pour notre propos.

B. P. BILLY, Histoire de Taillebourg, Payet, 1939, ne parle pratiquement que du chteau.

Conclusion. Le cadastre du XIXe sicle se prsente comme une vritable reproduction du plan lev par Masse un sicle auparavant. La ville basse y conservait son front sud de murailles, flanqu de tours demi-circulaires. De nos jours encore, le front nord et surtout le front sud de la ville haute sont assez bien conservs.

TALMONT-SUR-GIRONDE

(fig. 17).

Talmont-sur-Gironde

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S. La vue de Chastillon montre une ville protge par un rempart et un puissant chteau cantonn de quatre tours rondes, avec la lgende : Talmont petit port de mer Villette et fort chasteau scitue sur la Gironde . Quand Masse lui consacre plusieurs feuilles (60 64) de son Recueil des plans de Saintonge, le chteau a disparu. A son emplacement, il n’y a plus que le rocher du chatellet que la mer ruine actuellement  ; et il note dans son mmoire : La ville n’est pas ancienne, on dit son origine auXIIIesicle, l’on croit qu’elle fut btie des dbris d’une ville qui tait l’est. elle fut close d’assez bonnes murailles de cinq six pieds d’paisseur .

B. L’tude fondamentale est de Ch. DANGIBEAUD, Talmont sur Gironde travers les sicles , dans Rev. Saintonge et Aunis, t. XLV, 1931, p. 203-222 et 257-274 ; voir aussi GARDELLES, op. cit., p. 225-226.

Conclusion. Le bourg est cern par la mer sur trois cts. Le mur de soutnement de la falaise a d tre repris en maints endroits, et s’loigne assez notablement de son ancien trac, surtout l’ouest. Il ne reste de parties importantes du mur mdival que sur le front nord, ct par lequel la presqu’le se rattache la terre.

TONNAY-BOUTONNE

(fig. 18).

Tonnay-Boutonne

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S. Claude Chastillon, Nicolas Alain, Maichin et Masse qualifient TonnayBoutonne de ville. Ce dernier, dans son Recueil des plans de Saintonge, nous livre, auxfos105 et 106, un excellent plan du bourg et des plans, coupes et lvations du donjon, appel tour de Ganne et fcheusement dtruit en 1838. Chastillon montre le donjon ainsi qu’un rempart trs ruin reliant deux portes.

B. Dr TEXIER, op. cit., fasc. 11, Saint-Jean-d’Angly, 1982, p. 17-18 ; Ren GUILBOT, Tomzay-Boutonne. histoire et lgende, 1974, p. 21-22.

Conclusion. Le trac de l’ancien rempart sur les fronts nord, ouest et est se lit parfaitement sur l’ancien plan cadastral. Au sud, il devait longer la Boutonne. L’tablissement de ce cadastre est antrieur la destruction du donjon, dont la motte ovale se distingue bien dans le trac des rues.
On sait qu’une porte fortifie subsiste au nord du bourg.

TONNAY-CHARENTE

(fig. 19).

Tonnay-Charente

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S. La vue de Chastillon (Topographie franaise, n 136) n’est pas sans intrt : un mur brch court sur une crte de collines gauche d’un puissant chteau fort domin par un donjon. La haute ville est sur le bord d’un costeau qui est clause de murailles l’antique presque toutes ruynes. Enceinte d’un foss creus dans le roc et du cost de la rivire ce n’est qu’un escarpement. Cette ville a de longueur 630 toises, larg. 100 toises , crit Masse, qui nous en livre le plan en 1700, au f 98 de son Recueil des plans de Saintonge.

B. Denys D’Aussy, Chroniques saintongeaises, p. 470-493 ; abb BRODUT, Tonnay-Charente et son canton, Rochefort, 1901, p. 217.

Conclusion. L’ancien plan cadastral est antrieur au percement de la rue Alsace-Lorraine et la construction du pont suspendu qui ont profondment transform l’aspect de la ville haute. Le front nord du rempart est conserv sur prs de 150 m et renforc de trois tours demicirculaires qui subsistent toujours dans des jardins. Les importantes transformations du chteau, de ses terrasses et de son parc l’poque classique rendent fort hypothtique le trac du mur mdival du ct est.

III. ETUDE DE SYNTHESE.

1. Les ples de formation des bourgs et des villes.
L’tude topographique ne permet que rarement d’obtenir des certitudes pour une priode antrieure au bas Moyen Age. La disparition massive des remparts eux-mmes nous oblige raisonner sur les traces laisses par les vieilles fortifications souvent dmanteles rvles par les topographes de l’poque classique. La science de ces derniers n’est pas sre. Pourtant, une certitude les anime : ces remparts sont vieux , l’antique , incapables de rsister devant les progrs de l’artillerie . Beaucoup de ces fortifications ont du natre pendant la guerre de Cent Ans. Abandonnes pendant prs d’un sicle, elles furent remises en tat durant les guerres de Religion. Ces deux priodes, catastrophiques pour la Saintonge, rendirent les dfenses partout ncessaires, mme au niveau d’humbles bourgades. L’examen des plans dresss nous livre quelques informations sur le ple partir duquel semble s’tre constitue l’agglomration ainsi protge : nous trouvons une seule ville constitue partir d’une cit gallo-romaine, beaucoup plus d’agglomrations nes d’un chteau et quelques-unes nes d’une implantation ecclsiastique, avec quelques cits bipolaires associant ces deux derniers cas.

Saintes, capitale historique, s’enferme durant tout le Moyen Age dans le trac de son enceinte gallo-romaine. Un accroissement a seulement pu tre repr avec certitude par Louis Maurin du ct du fleuve, o le rempart se trouve report environ 45 m l’est du mur antique. L’accroissement est d’environ deux hectares. Les prieurs Saint-Vivien, Saint-Eutrope et l’abbaye aux Dames, sur la rive droite, demeurent hors de l’enceinte. D’ailleurs, ces tablissements disposent de leurs propres enceintes, encore en partie existante pour celle de Saint-Eutrope. Il n’est nullement exclu qu’elles aient abrit certains moments un petit bourg monastique.

Mais le ple de formation le plus souvent reprable est le chteau.

Andr Debord a not qu’en Saintonge, pays de bourgs, le phnomne du bourg castrai est le plus frquent [7]. Lorsqu’une enceinte vient protger l’agglomration, le chteau en est presque toujours le point fort.

Dans certains cas, le village prend tout simplement place dans l’enceinte castrale elle-mme : G. Fournier a not qu’un peu partout des chtelains ont prvu le peuplement de la basse-cour dans la construction de leur chteau. La solution est adopte ds la fin duxr*sicle ou le dbut du suivant dans le Sud-Ouest aquitain [8]. Nous le rencontrons Surgres, Mirambeau et Conac, o de minuscules agglomrations ont pris place dans une moiti de l’ovale dessin par le chteau, ou dans une barbacane.

Les seigneurs savent y attirer les lments importants de la vie : l’glise Surgres, la halle Conac.

Ouand le chteau a recherch un site escarp pour sa dfense, la ville a d se dvelopper au pied, ou seulement du ct o la pente tait la plus douce : c’est le cas pour Pons, dont le quartier situ au pied de la falaise o s’lve le chteau ne recevra sa propre dfense que dans un second temps. A Tonnay-Charente, la populeuse ville basse, o s’lve la halle, ne fut jamais comprise dans l’enceinte. A Taillebourg, o le chteau est protg sur trois cts par un escarpement, il se prolonge vers l’est par la ville haute , qui se groupe autour de la collgiale.

La ville basse enveloppera le chteau par le nord et l’ouest pour rejoindre la rive du fleuve. Elle sera son tour fortifie.
Le chteau pourra tre situ au bord d’une rivire. La prsence d’un pont ou d’un port influe sur le dveloppement de l’agglomration. Outre les exemples dj cits, nous voyons Tonnay-Boutonne une motte, dominant de peu la rivire, porter le chteau autour duquel la ville se dveloppe au nord et l’est, l o une le facilite le franchissement de la voie d’eau. Le quartier du port, ple attractif en temps de paix, bnficie rarement de la protection de l’enceinte : ainsi pour Saujon et Mornac, sur la Seudre, et pour Tonnay et Soubise, sur la Charente.

Enfin quelques petites villes sont nes d’une forteresse qui domine la rive saintongeaise de la Gironde : Royan, Talmont, Mortagne et Conac s’grnent du nord au sud. Le port maritime sera davantage dfendu pour lui-mme que le port fluvial : ainsi pour Royan. sans parler bien sr de La Rochelle.

Le ple de formation initial des bourgs a pu tre aussi un tablissement ecclsiastique. Le cas le plus remarquable est Saint-Jean-d’Angly o, la fin du Moyen Age, des quartiers d’habitations enveloppent l’abbaye bndictine sur ses quatre cts. L’abbaye de Bassac et le prieur de Pont-l’Abb donnrent aussi naissance des bourgs monastiques protgs d’une enceinte. A Bassac, le village s’tend uniquement l’ouest de l’abbaye. D’autre fois, on rencontre une origine bipolaire : un bourg castrai et un bourg ecclsiastique ayant fini par former une unique agglomration. C’est le cas pour Cognac et Barbezieux, tudis par Andr Debord. A Cognac, c’est auXIIIesicle que Guy de Lusignan dote la ville de fortifications. Dans les deux cas, le chteau occupe le point le plus stratgique : sur le fleuve, au dbouch d’un pont, Cognac, ou sur une hauteur Barbezieux. Le prieur est peu loign de lui : entre 200 et 250 m. Notons que dans ces deux villes l’enceinte marque un lger tranglement entre les deux bourgs, prieural et castal, marquant bien la dualit d’origine de ces cits. A Jonzac, les lments paraissent en place pour un dveloppement analogue : l’est de l’agglomration, le puissant chteau des Saint-Maure est distant de 400 m de l’glise Saint-Gervais. L’agglomration qui se constitue le long de la Seugne entre les deux bourg ne sera pourtant que fort partiellement protge. Une porte de ville, d’aspect fort tardif, lui donne sa limite ouest, 260 m du chteau. Un troisime ple de dveloppement apparatra au sud avec la cration en 1505 du monastre des carmes. Jonzac ne sera jamais appel ville avant l’poque moderne : peut-tre le trop grand loignement du ple castral et du ple prioral a-t-il t un handicap insurmontable.

Le cas de La Rochelle semble chapper toutes ces classifications : s’il existe bien un prieur dpendant de l’le d’Aix Cougnes, il ne sera inclus dans la ville que dans un second temps ; s’il existe bien un chteau, cit en 1214 et qualifi d’inexpugnable, aucun de ces lments ne semble tre la vritable origine de la ville, mais bien sa situation exceptionnellement avantageuse qui, d’une ville ne tardivement, va faire un des premiers ports atlantiques du Moyen Age [9].

2. L’enceinte et son volution.
Telle que nous pouvons la restituer partir de la topographie et des constatations des gographes anciens, l’enceinte apparat bien souvent dans son tat final, datant de la fin du Moyen Age. Et il est souvent impossible de prciser quelle fut sa gense et ses tats successifs.

Pour les villes les plus importantes, nous connaissons cependant certaines tapes de l’agrandissement de l’enceinte. C’est surtout le cas pour Pons et La Rochelle. A Pons, la premire enceinte urbaine profitait des mmes dfenses naturelles que le chteau. A une date qu’il est difficile de prciser, une importante extension sud inclut de vastes terrains jusqu’ la Seugne. On s’est interrog sur leur occupation effective. S’il existe encore bien l une rue des Juifs avec une ou deux maisons mdivales, il est en effet douteux que les vastes tendues jouxtant la rivire aient t loties au Moyen Age. A La Rochelle, les extensions considrables de l’enceinte, qui incluent successivement les bourgs de Cougnes, de Saint-Nicolas et du Perrot, tmoignent du dynamisme de la cit.

Bien que nous soyons moins bien renseigns pour Saint-Jean-d’Angly, on relve des indices d’une extension considrable de la surface emmure au cours du Moyen Age. Le dynamisme de ces trois cits contraste avec la relative stagnation de la capitale : Saintes subsiste pratiquement dans l’enveloppe de ses murs antiques, dont elle n’a repouss le primtre qu’en direction du fleuve. Avec 18,5 ha, elle est loin du dynamisme tmoign par les vieilles cits voisines : Poitiers, sous Henri II Plantagenet, a absorb plusieurs bourgs monastiques et enclos pratiquement tout le plateau entre Boivre et Clain, soit prs de 200 ha ; Bordeaux, la grande enceinte du XIVe sicle, avec 5 250 m, enclt 170 ha en runissant plusieurs bourgs aux 32 ha initiaux de la cit gallo-romaine. En Aunis et Saintonge, Saintes est elle-mme dpasse par Cognac, Pons, Saint-Jean-d’Angly et surtout La Rochelle (voir le tableau ci-dessous).

Encore cette dernire ville, de loin la plus dynamique de la province, fait-elle figure de ville trs moyenne avec ses 60 ha enclos dans une enceinte de 3 800 m.

Cinq autres agglomrations dpassent encore la dizaine d’hectares.
Parmi elles, seuls Taillebourg et Barbezieux sont vritablement des villes. Mauz, Tonnay-Boutonne et Fontaine-Chalendray resteront de gros bourgs ruraux abrits l’ombre d’une forteresse. Dans le dernier cas, il s’agit de la vaste basse-cour ovale d’un chteau, tabli sur une colline des confins du Poitou et de la Saintonge.

Ailleurs, des primtres de quelques centaines de mtres enferment des surfaces plus modestes encore. Mais c’est encore plus que la petite enceinte de La Couvertoirade, en Larzac, qui enferme un village de 1,2 ha au milieu du XVe sicle [10]

3. Les lments de l’enceinte.
Toute trace de fortification urbaine releve aujourd’hui sur le terrain ou dans les textes ne signifie pas que la cit concerne ait bnfici d’un mur continu pour sa protection. A ct des points stratgiques, routes et ponts, souvent mieux dfendus, des lments divers, palissades, fosss, murs aveugles des maisons colles les unes aux autres pouvaient subsister.

Les fosss sont les premires dfenses que l’on rencontre en venant de l’extrieur. Il en subsiste d’importants vestiges ; leur largeur varie : une vingtaine de mtres Tonnay-Boutonne et Tonnay-Charente, une douzaine seulement Pont-l’Abb ,o le foss, taill dans le roc, prsente encore une contre-escarpe redents. Les fosss taient souvent en eau.

On peroit des amnagements du rseau hydrographique destins assurer leur alimentation Mauz, Tonnay-Boutonne (flanc ouest) et sans doute aussi Saujon, Mornac et Soubise.

Aprs les fosss, nous rencontrons les courtines avec leurs tours de flanquement et leurs portes. Cette considration assez idale est fortement relativise par le caractre extrmement volutif des enceintes mdivales, spcialement not par J. Mesqui [11]. Il l’est aussi par la relative raret des lments encore visibles chez nous : huit des enceintes rpertories n’ont plus aucun vestige arien, aucune n’a conserv un fragment de rempart possdant encore son couronnement. Deux seulement ont une ou plusieurs tours ayant gard — ou retrouv — son crnelage ; et trois portes seulement ont t conserves peu prs compltes. Partout ailleurs, il n’y a donc plus que des soubassements ou simplement des substructions. Ces donnes limiteront forcment la porte de nos conclusions.

Le flanquement semble gnralement avoir t assur par des tours demi-circulaires engages dans la muraille. On trouve cependant une tour engage en sens inverse, Surgres. Plus rarement, on trouve des tours quadrangulaires : Talmont, sur le flanc nord de la ville, Saint-Sauvant et Conac, dans l’enceinte du chteau, o elle alterne avec une tour ronde. D’aprs une lithographie ancienne, la tour de Lusignan, Cognac, avait une base talute. Intrieurement, les tours superposent des salles votes ou spares par des planchers, d’o l’on peut servir des archres. A La Rochelle, seule la tour Saint-Nicolas superpose deux salles votes d’ogives. Dans les tours de la Chane et de la Lanterne, seul le soubassement a reu une vote, des planchers partageant le reste du volume intrieur. Une superposition de deux salles votes en berceau existe dans une tour Saint-Sauvant, datable duXIIIesicle. La tour de la rue du Rempart, Pons, runit un volume en demi-cercle un autre quadrangulaire. Ces deux parties ont chacune reu un berceau. Les quelques archres o nous avons pu accder sont le plus souvent niche.

Ce type rgne tous les tages des tours Saint-Nicolas et de la Chane La Rochelle. A Pons, outre la tour dj voque, M. Senillou l’a relev dans les restes de la tour du Canton-Basset auxquels il a pu accder.

La distance existante entre les tours de flanquement peut aussi tre note dans certains cas : elle n’est que de 20 25 m Surgres, environ 35 m Conac (chteau) et Jarnac [12], 45 m Tonnay-Charente et Taillebourg (flanquement disparu du rempart de la ville basse). On atteint 50 60 m Mauz, mais il s’agit l d’un fragment de l’enceinte castrale.

On ne sera pas tonn d’avoir constater que le type dominant de porte est celui deux tours cylindriques. Situes au dpart d’importants ponts sur la Charente, les portes Saint-Jacques Cognac et Montribe Saintes sont assez bien connues : la premire existe encore et la seconde a t soigneusement releve par Masse. Cette dernire tait d’ailleurs nettement plus ancienne. Dangibeaud a livr une tude de ce monument qui se prsentait plutt comme une tour ovalise traverse par un passage routier surmont de deux salles votes [13]. La porte de Pont-l’Abb prsente encore deux tours peu saillantes runies par la chambre de manœuvre de la herse. C’est au mme type qu’appartient la porte de Cougnes La Rochelle, dont il subsiste la tour nord et que Masse a connue et dessine entire [14]. La face ventrue de la tour subsistante est d’ailleurs noye dans des maisons modernes. Un troit couloir, s’ouvrant par une baie en arc bris et parallle la rue, que Masse indique comme une ancienne poterne , doit tre un passage piton. Il subsiste une haute rainure, qui peut avoir t destine recevoir la flche du pontlevis, et un assomoir servi depuis la terrasse. Toujours La Rochelle, la porte Malvaut, elle aussi connue par les relevs de Masse, tait un vestige de la premire enceinte du XIIe sicle. On y constate l’absence de tours semi-circulaires. Par contre, un dessin de Bourneau nous rvle de telles tours en saillie la porte Maubec. A ce type appartenait, toujours La Rochelle, la porte de la Grosse-Horloge (autrefois du Perrot), mais la transformation du passage routier en 1672 ne permet plus de l’tudier de notre point de vue. Les substructions de la fort belle porte des Tours-Neuves, Pons, visites et releves par M. Senillou, ont livr des renseignements nouveaux. Les deux tours, d’un diamtre de 8 m, ne prsentaient de face arrondie que vers l’extrieur. Leurs murs, pais de 3 m, n’enfermaient en sous-sol que de petits espaces octogonaux que reliait entre eux un boyau souterrain. La porte Saint-Pierre Tonnay-Boutonne, encadre par deux tours cylindriques pleines et surmontes de machicoulis dont il reste les corbeaux, est un simple mur qui portait le chemin de ronde. Nous avons not la belle porte SaintJacques Cognac couronne de machicoulis sur corbeaux orns d’arcs trilobs, de la fin duxvesicle. La chambre de manœuvre de la herse runit les deux tours. Terminons par la petite porte de Jonzac. Elle jouxte une tour ronde d’aspect svre et nettement plus ancienne. Elle-mme est au contraire gracieuse avec sa srie de corbeaux ouvrags surmontant une large ouverture chanfreine. Elle ne dut jamais tre relie des remparts bien puissants et nous avons vu plus haut quel point taient prcaires les conditions de dfense de ce bourg pendant les guerres de Religion.

4. La ville dans l’enceinte.
Dans la plupart des cas, nous avons affaire des bourgs dont l’origine fort ancienne est bien antrieure la cration d’une enceinte. Celle-ci renferme donc un rseau de rues dont l’agencement ne vient tmoigner d’aucune vellit d’organisation. C’est ce qui explique la frquence des plans inorganiques. Encore quelques sous-groupes sont-ils discernables.

Il y a trs peu dire propos de l’empreinte laisse par la voirie antique : Saintes, Louis Maurin a identifi la rue Victor-Hugo au decumanus ; mais, dans le castrum du Bas-Empire, il ne relve une hypothtique voie antique que sous l’actuelle rue des Jacobins — de la Comdie — des Iles [15].

A La Rochelle, la voirie comprise dans la premire enceinte duXIIesicle se distingue par un quadrillage relativement rgulier. Les rues Saint-Lonard, de l’Escale, Admiraud, du Palais, Saint-Yon et des Merciers sont recoupes par les rues Gargouleau, Fleuriau, Bazoges, Aufredy-des Augustins et Fromentin-Dupaty. Au sud-est, autour de l’glise Saint-Sauveur, les choses se brouillent. Dans le faubourg de Cougnes, inclus dans un deuxime temps, quelques voies nord-sud se prolongent, recoupant de nouvelles rues : Rambaud-du Minage, SainteClair-du Collge, Delayant et Alcide-d’Orbigny, sauf aux abords de l’glise Notre-Dame, o les choses nouveau se brouillent. La mme constatation pourrait tre faite propos du faubourg du Perrot, mais gure pour celui de Saint-Nicolas. Un quadrillage assez rgulier se lit encore Talmont, o Dangibeaud a vu une des plus fortes bastides — la seule de Saintonge — btie sous l’influence anglaise, en Aquitaine .

Parmi les autres plans, qu’il faut bien qualifier d’inorganiques, une rue peut avoir t l’lment directeur d’un dveloppement assez tir en longueur : ainsi Mauz, Bassac et Taillebourg. A Jarnac, deux rues, la Grand-Rue et la rue Basse, sont relies par plusieurs petites voies transversales. Trois rues peu prs parallles sont l’lment directeur du plan Fontaine-Chalendray.

L’existence d’un chteau l’origine de l’agglomration peut avoir donn son schma directeur la voirie : Tonnay-Boutonne, une rue annulaire ceinture la motte qui portait le donjon. A Pons et Mornac, le chteau implant sur un ct de l’enceinte a fait natre des rues en demi-cercle peu prs concentriques. A Cognac et Barbezieux, les bourgs castraux et ecclsiastiques sont marqus chacun par un rseau serr de ruelles que runit une rue au trac sinueux. Cit importante, ne serait-ce que par la surface enclose, Saint-Jean-d’Angly semble s’tre dvelopp sans schma directeur : deux rues, elles-mmes assez sinueuses, conduisant aux quatre portes de la ville, partagent l’espace urbain en quatre zones, parcourues chacune par un rseau inorganique de ruelles.
 a. Les lments de la vie urbaine.
On ne rencontre que dans les cits les plus importantes ces symboles de la vie municipale que sont chevinage et tour de l’horloge.
La Rochelle, Saintes et Saint-Jean-d’Angly possdent encore des restes de ces monuments datant en partie du XVe sicle. La chapuse et lanterne du gros horloge fut faite en 1478 La Rochelle. En cette ville, la porte Malvault fut aussi appele du gros-seing , cause de la cloche qui s’y trouvait. A Saint-Tean-d’Angly, la tour de l’horloge fut leve de 1406 1408.

Les halles, les minages et les rues attribues certaines corporations de marchands ont davantage marqu la topographie urbaine. Les sept cits les plus vastes, jusqu’ Mauz compris, eurent la fois halle et minage dans l’enceinte. A Jonzac, l’enceinte, mdiocre et fort troite, renferme au moins ces deux lments essentiels. Six foires annuelles y sont rtablies par une ordonnance de 1473, aprs avoir t longtemps interrompues par les guerres. Ailleurs, les halles sont encore trs frquentes, implantes jusque dans la petite enceinte de Conac. Rares sont celles qui prennent place hors les murs, ainsi Mornac et TonnayCharente.

 b. Les lments de la vie religieuse.
Le nombre et la place des glises et des couvents sont d’autres lments importants. On constate que, de mme qu’elle attire gnralement elle les lments de la vie conomique, l’agglomration se dote galement d’glises dans ses murs.

Quand le centre de la paroisse se trouvait hors les murs, on assiste presque toujours la naissance d’une autre glise dans l’espace enclos : ainsi Fontaine-Chalendray, o le cimetire et l’glise taient SaintMaixent, 700 m l’ouest du bourg, et Mornac, o Masse a not, outre l’glise qui subsiste de nos jours, une autre qui estoit l’encienne paroisse et qui est hors de la ville .

Les vieux ordres religieux ne se retrouvent pas toujours dans les murs de la ville : ainsi Pons et Jonzac, o les prieurs Saint-Vivien et Saint-Gervais restent hors de l’enceinte. L’abbatiale de Tonnay-Charente est fort loin de la ville. A La Rochelle, deux paroisses neuves, Saint-Sauveur et Saint-Barthlemy, sont la naissance de la nouvelle cit qu’enfermera la premire enceinte duXIIesicle. Le prieur de Cougnes n’y sera inclus qu’un peu plus tard. L’exemple de Saintes est plus frappant encore : les prieurs Saint-Eutrope et Saint-Vivien, ainsi que la puissante abbaye aux Dames restent dans les faubourgs. L’exemple inverse est donn Saint-Jean-d’Angly, o c’est l’abbaye bndictine qui est au dpart du dveloppement de la ville.

Saintes a de multiples et minuscules paroisses, hrites du haut Moyen Age, qui se disputent l’espace exigu de la cit : on en a compt six l’intrieur des murs, sans dnombrer les paroisses des faubourgs.

Les villes nouvelles se dotent au contraire d’un quipement religieux plus adapt : cinq paroisses La Rochelle, dont deux seulement taient comprises dans la premire enceinte, et trois Saint-Jean-d’Angly (Saint-Rvrand, Saint-Pierre et Notre-Dame), pour des espaces urbains beaucoup plus vastes qu’ Saintes.

Mais c’est principalement l’implantation des ordres mendiants, partir duXIIIesicle, qui doit tre tenue pour rvlatrice de l’urbanisation.

Ce phnomne a commenc tre tudi de manire systmatique [16]

Le tableau que nous donnons en annexe est une illustration de la corrlation qu’il y a entre phnomne urbain et prsence des ordres mendiants partir du XIIIe sicle. Pratiquement, les premires villes de la liste concentrent la quasi-totalit des implantations. Le cas de La Rochelle est tout fait remarquable, avec, ds leXIlIesicle, une implantation de chacun des quatre grands ordres, et deux implantations des petits ordres , que supprimera bientt le concile de Lyon en 1274. Il y aura encore une tardive implantation de franciscains Lafond en 1461.

C’est non seulement la taille, mais tout autant le dynamisme de la premire cit de la province qui est soulign l. Saint-Jean-d’Angly est la seule autre ville capable d’accueillir prcheurs et cordeliers dans ses murs, ce qui confirme bien sa seconde place. Fils de saint Franois et de saint Dominique pourront encore implanter un couvent intra muros, les premiers Cognac, les seconds Saintes. Ailleurs, les fondations se feront hors les murs. On ignore o situer l’phmre couvent trinitaire de Taillebourg, cit en 1268 dans la correspondance d’Alphonse de Poitiers.

Les carmes auront encore une implantation tardive Jonzac (1505).

Mais c’est descendre une poque o il deviendrait lgitime de dnombrer aussi les fondations des capucins. Trs rares seraient par ailleurs les noms ajouter la liste des cits et bourgs rempars que nous avons tablie ici : les cordeliers sont cits en 1243 en Olron, et l’on connat le beau couvent des augustins de Saint-Savinien, fond sans doute au XIVe sicle. Au total, c’est donc une corrlation presque parfaite que nous pouvons relever, corrlation qui jouera peut-tre double sens pour nous faire dire que la taille des enceintes que nous avons pu mesurer est un rvlateur correct de l’urbanisation au Moyen Age.

ANNEXE

Lieu Surfaces partielles (ha) Surface en ha dont chteau (ares) Primtre (m) Couvents de mendiants
La Rochelle 60  ? 3 800 *4+1
enceinte du XIIe sicle 25 (2)
faubourg du Perrot 7
faubourg Saint-Nicolas 4,50
faubourg de Cougnes 16
Gabut + port 7,50
Saint-Jean-d’Angly 37  ? 2 560 *2
Pons 30 154 2660 *2
enceinte du XIIe sicle 9,50
faubourg Saint-Vivien 12
faubourg Saint-Martin 7
faubourg des Aires 1,50
Cognac 21 95 1 920 *1
Saintes 18,50  110 1 740 *2
Barbezieux 12,80  95 1 450 *1
Mauz 12,20  35 1 680 *1
Taillebourg ville basse ville haute -
6,50
5,60
12.10 191 1 870 (1)
Tonnay-Boutonne 10,50 280 460
Fontaine-Chalendray  10  85 1 180
Pont-I’Abb-d’Arnoult 6,40 1 050
Jarnac 5,30  50 1 100
Saujon  5  ?  ?
Soubise 4.40 90 840
Tonnay-Charente 4,15  50 890
Bassac 3,80  1 000
Talmont 3.70 820
Mornac-sur-Seudre  3.30 25 650
Conac  2,85  120
Jonzac 2.80 35 800 1
Saint-Sauvant  2,60  ?
Royan 2.50 27  700
Surgres 2.40 125 600
Mirambeau 1,65 80

La cinquime colonne indique le nombre de couvents des ordres mendiants installs dans la ville. Le chiffre prcd d’un astrisque indique les couvents des quatre grands ordres (dominicains, cordeliers, carmes et augustins) fonds au XIIIe sicle, le chiffre sans astrisque, ceux fonds aprs leXIII"sicle, et le chiffre entre parenthses indique le nombre de couvents des petits ordres supprims par le concile de 1274.

Portfolio


[1Histoire de la France urbaine, t. II La ville mdivale, Paris, 1980, p. 198.

[2P. LAVEDAN et J. HUGUENEY, L’urbanisme au Moyen Age, Genve-Paris, 1974, p. 99.

[3Charles-Laurent SALCH, Atlas des villes et villages fortifis en France (Moyen Age), Strasbourg, 1978, p. 17-22 et 288-290. En tout, huit sites rpertoris.

[4G. FOURNIER, La dfense des populations rurales pendant la guerre de Cent Ans en basse Auvergne , dans Actes du 90e Congrs national des socits savantes, Nice, 1965, p. 157-199.

[5J. GLNISSON et Ch. HIGOUNET, Remarques sur les comptes et sur l’administration financire des villes franaises entre Loire et Gironde, XIVe-XVIe sicles , dans Finances et comptabilit urbaine du XIIIe au XVIe sicle. Actes du colloque international de Blankenberge, 1962, p. 29-74.

[6Ren FAILLE et Nelly LACROCQ.Les ingnieurs gographes Claude, Franois et Claude-Flix Masse, La Rochelle, 1979.

[7Andr DEBORD. Les bourgs castraux dans l’Ouest de la France , dans Chteaux et peuplements en Europe occidentale du Xe auXVIIIesicle. Premier colloque international d’histoire de Flaran, 1979. p. 60.

[8G. FOURNIER, Les chteaux de la France mdivale, Paris, 1978, p. 177.

[9Voir Robert FAVREAU, dans Histoire de La Rochelle, dir. M. DELAFOSSE, Paris, 1985, p. 11-21 ; et Les dbuts de la ville de La Rochelle , dans Cahiers Civil. mdiv., t. XXX, 1987, p. 3-32.

[10Pierre BARBIER, La France fodale, Saint-Brieuc, 1968, p. 260-265.

[11Jean MESQUI, Provins, la fortification d’une ville au Moyen Age, Genve-Paris, 1979, p. 164.

[12Bontemps a indiqu que l’enceinte de Barbezieux tait flanque de tours de 40 m en 40 m. On aimerait cependant savoir sur quels lments rellement observs repose cette affirmation.

[13Rec. Actes Comm. Arts et Monum. hist. Charente-Infrieure, t. XV, p. 303-311.

[14Plan dans Recueil des plans de la ville de La Rochelle, f 77 ; lvation et coupe connues seulement par Bournaud, Bibl. mun. La Rochelle, pl. 3528.

[15Louis MAURIN, Saintes antiques, Saintes, 1978, pl. 17 et p. 383.

[16Voir Jacques LE GOFF, Enqute ouverte. Apostolat mendiant et fait urbain dans la France mdivale : l’implantation des ordres mendiants , dans Annales E. S. C., mars-avril 1968, p. 335-352 : et Robert FAVREAU, Les ordres mendiants dans le CentreOuest auXIIIesicle . dans Bull. Soc. Antiq. Ouest, 4e srie, t. XIV, 1977-1978, p. 9-35.

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